MANGIN@MARRAKECH

12 octobre 2017

PREMIERS FILMS TOURNÉS EN PARTIE À MARRAKECH: LE SANG D'ALLAH, IN'CH'ALLAH & LES HOMMES NOUVEAUX.

Voir en fin d'article un film sur l'histoire du cinéma Le Colisée (passé inaperçu en raison d'un titre inadapté "Marrakech ciné stories" !!!)

Le film MEKTOUB, tourné à Marrakech et dans les Rehamna, fut en 1918 le premier film de fiction tourné au Maroc. Projetté dans les salles seulement en 1920. Tous les acteurs et figurants étaient marocains à l'exception de deux acteurs professionnels venus de Paris. Le scénario correspondait à une histoire vraie de la vie marocaine au temps du grand vizir Ba Ahmed (vers 1903). Ce film donna un rôle de premier plan à une chika, danseuse et chanteuse de Marrakech, Saïda Beni Saïd et en fit la première actrice marocaine.

Nous avons déja présenté ce film sur ce blog. voir le lien: MEKTOUB C'ÉTAIT ÉCRIT

Ce premier film tourné au Maroc précéda dans les mois qui suivirent d'autres films,  soit des films à intention patrimoniale ou touristique, purement documentaires, sans acteurs, dont nous donnons une liste indicative au bas de cet article, soit des films construits avec un scénario et une mise en scène.

Stinia-Palais-Glaoui

TROIS FILMS D'ACTEURS FURENT TOURNÉS DANS LA MÊME ANNÉE 1922 ET DONNÈRENT LIEU À UNE STIMULANTE RIVALITÉ ENTRE LEURS RÉALISATEURS FRANÇAIS. "LE SANG d'ALLAH" par LUITZ MORAT,  "IN'CH'ALLAH" par FRANZ TOUSSAINT & LES HOMMES NOUVEAUX PAR VIOLET ET DONATIEN. Les trois films furent tournés partiellement à MARRAKECH et partiellement dans l'Atlas pour LE SANG D'ALLAH, partiellement au sud de Mogador/Essaouira pour IN' CH' ALLAH et partiellement à Casa, Rabat et Fez pour LES HOMMES NOUVEAUX. Tous furent tournés partiellement à MARRAKECH. Ci-dessus le palais du Pacha, la Stinia. Le pilier sur la gauche de la photo couleur (vu sous un autre angle) est le même que le premier pilier de la scène du film ci-dessous en noir et blanc.

chez-le-pache-cinemonde Une scène du film "Le sang d'Allah" tournée dans le Palais du pacha de Marrakech.

Ces films n'étaient pas destinés à un public marocain mais se voulaient instructifs pour les européens se rendant au Maroc. Tout en faisant découvrir les moeurs marocaines ils voulaient alerter les européens sur les dangers qu'ils encouraient à s'intéresser de trop près aux femmes marocaines. Des films pédagogiques pour adultes en quelque sorte.
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LE SANG D'ALLAH - 1922 -  Scénario : Luitz MORAT (vrai nom Louis RADIGUET, photo à gauche) et Alfred VERCOURT

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Début du tournage en décembre 1921- Le film eut d'abord pour titre "AU SEUIL DU HAREM"; mais ce titre fut abandonné entre le tournage et le montage. Ce remplacement de titre a fait croire à certains qu'il y avait deux films différents, en fait il s'agit du même film.
La première projection fut réalisée le 11 octobre 1922 et la diffusion en salles effectuée par Pathé Consortium Cinéma
Sortie dans les salles le 1er Décembre 1922 à Paris, Aubervilliers et Clichy, puis par toute la France, quelques villes d'Algérie  et... le 18 mars 1923 Arcachon ...
Le sang d’Allah est présenté comme un conte d’Islam, tourné au Maroc avec une immense figuration indigène, 18000 hommes, 5000 cavaliers, 3000 chameaux. 

gaston-modo-cinemonde

Acteurs: Florica Alexandresco (d'origine roumaine), Gaston Modot (photo à droite), Henri Rollan (vrai nom: Martiné), Marthe Venot, Baron San Giorgio, '....           
Société productrice: Films Luitz Morat, Pierre Régnier et Cie
Opérateurs: Jules Krüger et Décors: Hugues Laurent. Jules Krüger deviendra un très célèbre chef opérateur. (voir photo avec caméra à manivelle). Laboratoire mobile: André Debrie, constructeur d'une caméra à grande vitesse, le Debrie GV. Cet appareil, à entraînement manuel, permettait de filmer jusqu’à 240 images par seconde.
Scénario: Deux jeunes européens, Henry Averson et Jack Herveley, accompagnés de quelques amis, ont été conduits en Afrique, l'un par son goût de la chasse et du sport, l'autre par le désir d'oublier le grand chagrin que lui a causé l'infidélité de sa femme. (En photo, Gaston Modot, ligotté et surveillé par son geolier)

Jules-Kruger-cinematographe

Un jour qu'ils excursionnent aux environs d'une ville dont le sultan ayant surpris sa favorite Yasmina dans les bras d'un esclave a ordonné que la coupable fut lapidée. Henry, que révolte cette punition impensable pour lui,  arrache Yasmina au supplice, mais ce geste de pitié est, par les fidèles du Coran, considéré comme un crime. Le camp européen est attaqué, Yasmina rendue à son seigneur et maître et Henry fait prisonnier. Celui-ci va être livré au boureau lorsque la jeune femme offre sa vie au sultan en échange du fou qui a essayé de la sauver. Mais le sultan refuse cette offre; et cruel dit au jeune homme: "Tue toi-même la coupable et tu seras libre." L'européen refuse et est conduit sur une terrasse avec Yasmina où ils succomberont tous les deux au double supplice du soleil et de la soif. Yasmina meurt la première et Henry est délivré par son ami Jack.

Florica-Alexandresco-star-roumaine

Cette action que n'alourdit aucune intrigue annexe est emportée dans un mouvement fievreux qui gagne le spectateur qui ne s'interroge un moment que lorsqu'il y a à nous faire voir des tableaux, comme celui qui groupe sous les vieux remparts de la citadelle où est tapi le sultan, quelques miliers de cavaliers prêts à s'élancer sur leur proie.
L'interprétation de "Le sang d'Allah' est simple et musclée avec MM. Henri Rollan, Georges Modot et San Giorgio, souple, nerveuse et d'un charme à la fois orietal et slave avec Mme Florica Alexandresco.
Sous le nom de - Au seuil du Harem le départ pour le Maroc eut lieu dès décembre 1921. 

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Mais ce titre fut abandonné par Luitz-Morat et il choisit à la place "Le sang d'Allah"
Le titre abandonné fut repris plus tard (1926) pour la version française d'un film danois de A. W. Sandberg. (L'acteur menotté sur la photo à gauche est Henri Rollan. On reconnaît la forme des colonnes de Dar Moulay Ali, proche de la Koutoubia)
Le tournage de "Au Seuil du Harem" devenu "Le sang d'Allah" s'est déroulé à Marrakech et même plus au sud au printemps 1922, comme nous l'indique un courrier de Luitz Morat au journaliste Croze: "Dans le bled marocain, ou plutôt aux contreforts de l'Atlas neigeux, un peu plus au sud que la grande capitale Marrakech".
Il écrit aussi à un journaliste du Petit Journal après la fin du tournage qui a duré un peu plus de deux mois. Mais sa lettre ne sera publiée qu'en  juillet 1922.
Luitz MORAT: "Que penseriez-vous du metteur en scène qui, pour entreprendre un film portant semblable titre, ne se croirait pas obligé de s'en aller dans l'extrème-sud marocain, à Marrakech par exemple ? C'est donc à Marrakech que, pour réaliser le scénario que m'avait remis mon ami Alfred Vercourt, j'avais établi mon quartier général et le laboratoire ambulant établi par Debrie, où je disposais du nécessaire pour voir, le soir même, et grâce au dévouement et à l'habileté de mes opérateurs Krüger et Laurent, le négatif de ce que nous avions tourné dans la journée... Or, nous tournions, nous tournions beaucoup, nous tournions tous avec entrain et foi, tant que nous étions: Mme Florica Alexandresco, du théâtre national de Bucarest, M. Henri Rollan (L'Athos des 3 Mousquetaires), Mlle Marthe Vinot, le baron Saint-Georges, Gaston Modot qui, après son farouche Ascanio de La terre du Diable, exprimait dans son nouveau rôle, toute sa fantaisie et tout son humour. Et, c'est en tournant que nous parcourumes une importante partie du Maroc: partis de Marrakech, nous passames par Tazerte, point d'où s'élancent les pistes du désert, et que nous atteignimes après avoir traversé le Haut-Atlas aux neiges éternelles, puis... par Tahamaout, Sourk, Azemour, Tagadirt, où se passe un bon tiers de l'action du film. (il y a beaucoup de lieux qui portent les mêmes noms dans l'Atlas, avec parfois des orthographes différentes, mais cette liste devrait permettre de situer plus précisément le bled où se fit le tournage)
Sans doute notre vie fut-elle mouvementée, mais elle ne le fut qu'agréablement, grâce surtout à son Excellence le Pacha de Marrakech qui facilita notre tâche de tout son pouvoir - et même au-delà... 
Durant notre séjour dans l'extrème sud marocain, nous avons évidemment tous vécu de la vie berbère, couchant sur la terre, mangeant le couscous et le méchoui ou bien encore du poulet farci de figues vertes et de dattes, et cela avec la main, sans le moindre secours de la moindre fourchette.
Après chaque repas, le serviteur apportait à chacun de nous un bassin d'argent rempli d'eau chaude, où nous trempions la main droite. Et puis nous buvions le thé à la menthe - jamais de vin - et nous fumions un tabac très parfumé. Le dîner achevé, tout en buvant et en fumant, nous regardions des danses qui dans la nuit profonde nous enveloppaient de poésie.
Heure exquise de repos après le travail épuisant sous le soleil. Maintenant, ce travail nouveau pour nous et plein de pauses non moins inédites est fini et j'espère avoir réussi dans le projet que j'avais formé de présenter l'Islam sans supercherie et sans artifice, tel qu'il est réellement en 1922, rébarbatif d'aspect, moyennageux de moeurs et d'allures, mais en définitive plus près que nous le croyons de notre vie moderne. Ce que j'ai essayé de mettre  dans "Au seuil du Harem", que vous verrez au début de l'automne prochain, c'est l'Islam tout entier, avec ses châteaux forts en tronc de pyramides, avec ses habitants si farouches quand on ne les connait pas; mais si doux, ingénus et hospitaliers quand on a gagné leur confiance et nous verrons bien si j'ai réussi. In' Ch'Allah! Comme nous disions quand nous étions les hôtes du Pacha de Marrakech. Luitz MORAT
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In'Ch'Allah, c'était écrit, film de Franz Toussaint
Franz Toussaint est un homme du Sud-Ouest, né à Toulouse, ami de Jean Jaurès et Jean Giraudoux. Auteur et traducteur de poèmes orientaux, il parlait l'arabe dont il faisait des traductions, de même du persan, du sanscrit et du japonais. Il ne tourna lui même qu'un seul film: In'Ch'Allah et fit également les scénarios de: La sultane de l'Amour et de Tristan et Yseult (en arabe).
Tournage au Maroc à partir de mars 1922

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Première projection à Paris en novembre 1922
Le film ne sera projetté à Alger qu'en avril 1924.
Le critique de cinéma Emile Vuillermoz après avoir vu la première projection mi-novembre 1922 a publié un article dans Comoedia:

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L'auteur, Franz Toussaint nous présente l'aventure d'une petite danseuse arabe du nom de Zilah, ( Stacia Napierkowska) dont une prédiction mystérieuse va bouleverser la douce existence. Une inscription funéraire annonce qu'une jeune vierge très belle, dont le père sera originaire du Maghreb et pour laquelle sept hommes seront morts dans la même nuit, sauvera son pays d'un désastre. Le père de Zilah, le vieux Bakir, et un chamelier farouche nommé Saïd, vont se vouer à la tâche sacrée qui consistera à conduire Zilah, de gré ou de force, vers son destin. Car le fatalisme musulman ne croit pas inutile d'apporter aux prédictions d'Allah la collaboration la plus énergique et la plus active. Zilah aime le jeune caïd Sliman et se soucie peu d'être une héroïne de l'Empire marocain. Bakir et Saïd ne pouvant la convaincre, l'enlèvent et lui font traverser le désert pour l'emmener à Irchad. Sliman se lance à sa recherche, la rejoint au moment où Bakir vient de mourir, et, toujours sous la protection menaçante de Saïd, se voit contraint de suivre la voie fatidique. Ils arrivent enfin à Irchad, où le sultan Khaled, oublie ses devoirs de chef entre les bras de sa perfide favorite Djahila, qui médite de livrer l'empire aux tribus des montagnes.
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Le voluptueus Sliman s'éprend de Djahila et délaisse la pauvre Zilah qui se désespère.(Photo: Fabienne Fréa en Djahila)
Mais Saïd veille, toujours mystérieux et, toujours énergique. Il épie les traitres et déjoue leurs projets. Les tribus de la montagne envahissent la ville, le sultan s'enfuit lachement, Sliman est tué, Djalila se fait justice. Zilah fanatise le peuple qui prend les armes sous la conduite de Saïd et délivre l'empire. La prédiction est réalisée. Et le chamelier, refusant la main de Zilah devenue sultane d'Irchad, reprend lentement la route du désert.
On devine aisément ce qui a du se passer dans l'atelier de montage de Franz Toussaint. Pour réaliser ce vaste tableau d'histoire musulmane, l'auteur avait du accumuler les notations et les détails. Il a fallu, au dernier moment, resserrer le sujet en réduisant le métrage. Minute dangereuse où furent certainement sacrifiés des éléments essentiels. À ces moments là, un auteur, trop familiarisé avec son oeuvre est incapable de discerner ce qui est indispensable ou non à l'intelligence de son sujet et ses coupures deviennent souvent des mutilations graves. Pour un oeil neuf ces mutilations laissent des cicatrices apparentes. Voici celles que, pour ma part, je voudrais voir disparaître, ce qui est, d'ailleurs, un résultat très facile à obtenir. Il y a, dans ce sujet, un élément dramatique capital trop souligné: le voluptueux Sliman et le farouche Saïd sont frères. Leur antagonisme autour de la frèle Zilah crée une situation digne de plus sérieux développements, d'autant plus que Saïd est seul à connaître ce secret et se laisse condamner à mort par Sliman sans se faire reconnaître.
Sliman a une épouse qui cherche à s'opposer à son départ et tente de le suivre au désert. De ce rôle, probablement important dans le scenario, il ne reste plus que deux "amorces" inutiles qui déroutent le spectateur et qu'il serait prudent de faire disparaître, malgré toute la grâce de Mademoiselle Yvonne Simon, parce qu'elles ne sont plus justifiées et sollicitent une curiosité qui sera déçue. La mort de Sliman est escamotée et nous ne voyons pas l'évolution de la pensée de Zilah en qui l'indignation tue l'amour. Nous avons laissé une petite danseuse en larmes; nous retrouvons une Jeanne d'Arc du Maghreb sans aucune transition. L'équilibre entre l'anecdote sentimentale et le drame du fanatisme patriotique est, d'ailleurs souvent compromis. Le sujet se rapetisse et grandit tour à tour: il pourrait, mieux conduit, mieux enveloppé, garder toujours la même échelle. Encore une fois, il ne s'agit là que de détails de montage. Quelques sous-titres, quelques rapppels, quelques insistances adroites arrangeraient toutes choses et donneraient au film toute sa force et toute son éloquence. Mais l'oeuvre est assez belle pour qu'on n'hésite pas à lui accorder de tels soins.
L'interprétation est excellente. Mademoiselle Napierkowska, étoile désormais attitrée de films sahariens, a vécu son rôle avec une sobriété, une tenue, un charme et une intelligence tout à fait remarquable. Mlle Fabienne Fréa a eu de belles minutes d'expression dramatique aigue et féroce. Et le centaure Brahim El Hadjeb a dominé tout le film de sa magnifique autorité, de sa simplicité pleine de force et de son expérience artistique d'enfant du désert renseigné, à qui Franz Toussaint a dû présenter quelque jour à Nice, le terrible Modot et "La sultane de l'Amour!...
Il faut citer aussi dans l'équipe deux actrices marocaines: Messaouda Bent Yella, Zouhra Bent Yabla et les acteurs Brahim El Hadjeb et El Hadi El Moukhtar. De même : Yvonne Simon, Jean Salvat, André Volbert, Dartagne, Jacques de Trévières et Marco de Gastyne.
Opérateurs Louis Chaix et Henri Gondois.
Société de Production : Général Film Office
Distributeur: Compagnie Française du Film
La comédienne Fabienne Fréa raconte son recrutement et le tournage au Maroc :

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C’était un matin gris de mars dernier. Les arbres, que j’apercevais de mes fenêtres, n’avaient pas encore leur robe de feuilles.  Assise au coin du feu, tisonnant les braises et mes souvenirs, je m’efforçais de lutter contre ma grande nostalgie du soleil et de l’azur de mon pays natal. Certaines femmes sont mélancoliques le soir, d’autres ont du vague à l’âme toute la journée, la plupart, et je suis de celles-là, en ont surtout le matin, quand elles viennent de murmurer – ou à peu près – et sortant des limbes, du sommeil et des rêves.

Afin de pouvoir prendre mon courage à deux mains, je venais de poser ma tasse de thé sur la cheminée lorsque retentit l’appel du telephone.

-       Allo! Mlle Fabienne Fréa ?

-       On le dit.. lançais-je sans aménité.

-       Franz Toussaint…

-       Oh! Pardon…

-       Vous allez bien ? Oui ? Alors, si vous êtes libre et si ça vous chante, nous partons demain soir pour le Maroc. Mon film… In’ Ch’ Allah ! Je vous ai choisie… Je vous confie un des rôles principaux.

Dans mes joyeux égarements, et à ma honte immediate, moi qui eus un premier prix de géographie au couvent des Dames de Sion (mais j’avais dû copier mes compositions…) je demandai à M. Franz Toussaint:

-       Est-ce que le paquebot fera escale à Smyrne?

Dieu est grand ! La communication avait été coupée. Mon intimidant interlocuteur n’a pas entendu cette question déplorable.

Et ma chambre, aussitôt, fut inondée de soleil, et des oiseaux merveilleux étincelèrent dans les arbres qui s’encadraient dans mes fenêtres et un puissant parfum de rose, de jasmin, d’oranger en fleurs, m’environna.

Était-ce vrai? Demain, le Maroc ? Ses grands sables où palpitent les mirages. Ses jardins édéniques… Au bord de la mer, Mogador, Mazagan, Rabat, Salé, ces villes blanches qui sont le collier d’Anphitrite…. Demain, le Maroc !  Fez, Marrakech, les neiges de l’Atlas, ses fontaines d’eau bleue, tous ces arômes qui m’attendent et dont je ne pourrai peutêtre plus me detacher !

Le temps d’allumer une petite cigarette, et j’ai retrouvé ma lucidité: “Ma fille, il ne s’agit pas d’un voyage d’agrément. Il s’agit d’un film, qui n’est pas une petite affaire. Pour comble, on te donne un des principaux rôles. Quel poids pour mes frèles épaules! Tu ne seras jamais capable de t’en tirer.”  Ah! Comme j’ai envie de dire tout de suite à M. Franz Toussaint que j’ai la grippe, ou que je viens de me casser la jambe, ou que mon fiancé m’interdit de partir !

Un des principaux roles d’In’ Ch’ Allah! Avec Stacia Napierkowska, la grande étoile… Non ! Je n’ose plus…

J’ai un prétexte. Je suis étrangère. Je ne possède aucun passeport. Je sais qu’il faut plusieurs semaines de démarches pour en obtenir un et la troupe s’embarque après demain. Je lui parle de mes papiers, qui ne peuvent être en règle avant longtemps….

-       Mademoiselle, vous les aurez ce soir-même. Le nécessaire a été fait.

Le sort en est jeté !

 -    Quelles robes dois-je emporter ? dis-je avec résignation?

-       Rien pour le film. Vous jouez un role en sultane. Comme il fait déjà chaud là-bas , ne vous munissez que de robes très légères, de petits chapeaux et d’ombrelles.

Bien entendu je n’ai entassé dans mes malles que des robes d’hiver, des manteaux, des fourrures et des parapluies.

Ça commençait bien ! Et je suis quand même arrivée à Casablanca, mais sans avoir apercu Smyrne.

À partir de ce jour, il m’est difficile de classer mes souvenirs du Maroc. J’ai vu tant de merveilles ! j’ai savouré tant de délices et j’ai eu de telles fatigues ! Tout est encore pêle-mêle dans ma mémoire.  La décantation sera longue. Quand j’évoque Fez, Marrakech ou Rabat. Je vois d’abord verdoyer des Jardins écrasés de lumière, des jardins ou les rosiers et les géraniums en fleurs sont des arbres. Des ruisseaux mélodieux, des fontaines et des bassins aux parois incrustées de mosaïques multicolores y répandent une fraîcheur d’oasis. Je ferme encore les yeux et c’est Fez dans une nuit lumière. J’écoute le bourdonnement qui monte de cette ville aux six cents mosquées. J’écoute les chant d’un moueddin’ qui appelle à la prière. Je vois le désert blanc des caravaniers exténués qui se traînent vers un puits tari. Et j’entends M. Franz Toussaint qui clame en arabe avec force jurons qu’Allah ne lui pardonnera jamais :”Ne regardez-pas les appareils !”

Je vois les opérateurs qui, ruisselants de transpiration pestent contre la poussière de sable qui va peutêtre atteindre leur pellicule. Je distingue M. Marco de Gastyne qui a des démélés avec nos turbans et nos robes. Je suis des yeux, avec angoisse, un de nos chauffeurs, qui est parti à la recherche d’eau qui refroidira son radiateur. J’entends annoncer que le chef de l’immense caravane convoquée pour trois heures dans la palmeraie de Sidi Harazem s’est trompé de route et ne pourra nous rejoindre que dans trois jours. J’assiste, le coeur battant, aux vertigineuses prouesses équestre qu’éxécute Brahim El Hadjeb, cet Arabe qui est le héros du film et qui risquait chaque fois sa vie avec une complète indifference.

À présent, dans le calme d’une retraite champêtre, je laisse vagabonder mon esprit parmi toutes les splendeurs auxquelles j’ai modestement participé. Tous ces souvenirs resteront mon plus cher trésor. J’ai beaucoup vu, j’ai essayé de retenir beaucoup. Puisse le sablier du Temps tarder à effacer dans ma mémoire les lumineuses images qui enchantent actuellement mes jours !

In’ Ch’ Allah (S’il plait à Dieu!). Parmi tous ces souvenirs, il en est que le père Kronos ne pourra pas détruire.

Si je dois à ce film d’avoir fait leplus beau voyage que l’on puisse imaginer, je lui suis surtout reconnaissante de m’avoir donné de connaître, d’aimer, et d’admirer davantage encore Stecia Napierkowska qui sera l’innoubliable flamme d’In’Ch’Allah! Son charme, sa grace, sa bonne humeur permanente dans les moments les plus pénibles – et nous en avons eu ! – étaient notre réconfort, notre stimulant.

Mais quel bavardage ! Vraiment, pensez-vous, ne ferait-elle pas mieux de nous dire quand on verra In’ Ch’ Allah !

Vous le saurez bientôt !

Il ne reste à la petite sultane qu’à s’excuser de n’avoir été que le pâle reflet de la femme mystérieuse et tragique dont M. Franz Toussaint a conçu l’existence.   Fabienne Fréa

LES HOMMES NOUVEAUX, film d'É.E. VIOLET et de É.B. DONATIEN.

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Ce troisième film tourné dans plusieurs villes du Maroc ne comporte que quelques scènes à Marrakech, notamment dans la palmeraie où l'acteur Georges Melchior joue le rôle du capitaine de Chassagnes, victime d'une agression. Il s'agit d'une adaptation du livre de Claude Farrère au titre éponyme. Le journaliste Marcel Gaultier a rédigé un résumé du scénario: 

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Le romancier Claude Farrère, ayant réalisé qu’il existe un autre Maroc que le poétique Maroc d’hier fait de palais, de jardins et de fontaines, peint à nos yeux le Maroc d’aujourd’hui et de demain, celui que sont entrain de créer, autour du Maréchal Lyautey et de ses collaborateurs, « Les hommes nouveaux ».

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Pour commencer se rencontrent sur le paquebot « Mezzar » allant au Maroc, Jules-Amédée Bourron (joué par Donatien), propriétaire et spéculateur à Casablanca, et, Christiane Séveral (jouée par Marthe Ferrare) qui veuve de guerre et ruinée s’en va au Maroc rénover une quelconque industrie de tapis indigènes. Les seuls paquebots offrant d’immenses ressources pour que ls relations s’y nouent et que les caractères s’y dévoilent, il arrivera à la fin de la traversée que nos deux personnages connaîtront ou croiront connaître leurs personnalités réciproques, et même seront fiancés.
Il est hors de doute que le romancier Farrère a pris dans la réalité toute pure Bourron, Christiane et ceux qui gravitent autour d’eux: nos compatriotes au Maroc n’ont pas eu de peine à soulever des masques à peine attachés. Ceci posé, il n’en reste pas moins que Christiane est, plus qu’un double de Mme X.., une fille de Farrère.

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 Elle est très belle et très séduisante, il va sans dire. Née d’une famille racée,(dans le premier sénario elle se nommait Christiane de Sainte-Foix) elle en a le courage, l’orgueil, et le goût de la sincérité. Elle a pu tromper un mari qu’elle n’aimait pas, et qui ne l’aimait pas; mais ce mari tué à la guerre, elle a eu "honte et horreur » de son amour, et elle a rompu, comme on accomplit un sacrifice nécessaire. Bourron, lui, est « l’homme nouveau ». Comme nous l’apprenons en même temps que Christiane à Tanger en 1910, il avait « moins que rien »; cinq mille francs empruntés; il « vaut » à Casablanca en 1922 douze millions. La différence suffit à montrer quelle manière de génie est Bourron; à une époque où le Maroc se fonde économiquement, il a su acheter et vendre des mules, des conserves, des terrains, et demain le pays entier lui appartiendra. Cela suppose évidemment un homme taillé pour la lutte, tour à tour fort et rusé, et sachant écarter les scrupules. Bourron a l’orgueil de sa fortune et de sa force, et ne veut pas être confondu avec les nouveaux riches de Paris ou de province. Car, dit-il « après eux rien ne reste que la misère de la France après nous la richesse d’un grand pays… Je me suis élevé, et j’ai élevé l’empire… » Envisagé ainsi un Bourron ne manque pas de grandeur que nous reconnaissons à un Carnegie ou à Rockfeller. Mais elle ne peut lui donner malgré ses prétentions ce qui lui manque totalement: l’éducation des manières, et surtout des sentiments.

Il pu conquérir la fine Christiane, car les femmes aiment la force, et aussi parce que l’ami commun que l’on trouve toujours en pareil cas a su lui démontrer ce qu’un tel mariage pouvait avoir de raisonnable.
Mais que ce ménage tourne mal, nous ne nous en étonnerons pas, malgré leur grande bonne volonté réciproque. Car ils se heurtent journellement à propos de ces menus riens dont justement la vie est faite. Christiane découvre peu à peu la grossièreté de son mari et en souffre, et s’ennuie sans savoir pourquoi, malgré l’adoration qu’a pour elle Laure, la délicieuse fille du premier mariage de Bourron.(jouée par Marcelle Legrand).
Mais voici que parmi les innombrables affaires que brasse Bouron se trouve une immense affaire d’accaparement. Celle-ci amène sur la scène un officier de renseignement (Capitaine de Chassaignes, joué par Melchior) détaché auprès du caïd Madhani, un grand caïd du Sud. Et c’est justement l’homme, si pareil à elle et si différent de Bourron que Christiane a aimé autrefois, et n’a pas oublié. Bourron, qui n’ignore pas tout à fait ce passé n’hésite pas à envoyer sa femme malgré elle vers cet homme, quand ses intérêts l’exigent.

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Mais l’orage affolé de la jalousie se lève sur lui quand Louis de Chassagnes, blessé dans une expédition et mourant pour son devoir, demande Christiane à son lit de mort.

Cinéa_-hommes-nouveaux-bourron-colere-1922Christiane insultée, brutalisée et enfermée s’enfuit, à la mode du pays, par les terrasses. Bourron perd en même temps que sa femme, sa fille révoltée de l’aveugle brutalité de son père; « Car, dit le philosophe du roman, M. Maurice de Tolly, vous avez un coeur d’or, un cerveau d’acier, et le reste à l’avenant. Vous serez donc un demi-dieu, la chose est possible, mais un gentleman, non, la chose ne l’est pas. Or, les femmes, bétail illogique et saugrenu, n’aiment que les gentlemen. Les femmes donc ne vous aimeront pas. Jamais. »

Christiane partira donc avec sa belle-fille pour le « voyage nécessité par sa santé » afin de sauver la face. Elle reviendra peut-être, car la grandeur de l’oeuvre des hommes nouveaux lui parait déjà, à peine Casablanca quittée. Et, résignée, elle pardonnera.
Ce roman est ainsi la double étude d’un mariage mal assorti, ce qui n’est pas neuf, et de la psychologie d’un "fondateur d’empire" ce qui ne peut manquer d’intérêt. Farrère y apporte avec le charme de sa philosophie désabusée, sceptique et indulgente, l’attrait d’un cadre merveilleux et plein de contrastes: Casablanca avec son activité américaine - Rabat et son jardin Bleu - les innombrables beautés de Marrakech - Et l’Atlas neigeux et boisé, où vit une organisation toute féodale le peuple marocain simple et fidèle, auquel les hommes nouveaux apportent la paix, la culture européenne, et peut-être aussi quelques autres bienfaits moins évidents.

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La mise en scène est celle d'Edouard-Émile VIOLET (de son vrai nom Chêne) qui joue aussi le rôle de Maurice de Tolly. Le producteur est Alexis DAL MÉDICO (DAL films), parmi les autresacteurs on cite André Gargour, Jean Bradin. Les opérateurs et photographes sont André Dantan et Louis Dubois.

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L'affiche du film ne dit en rien que cet intérieur bourgeois se situe à Casablanca, mais elle est significative de l'époque. La Première du film aura lieu à Paris le 12 janvier 1923, au Gaumont-Palace et au Aubert-Palace et la diffusion dans les salles à partir du 26 janvier.

 Trois réalisateurs, trois approches différentes, l'un Luitz Morat est un homme de cinéma expérimenté, il arrive à Marrakech avec la meilleure équipe technique du moment et un grand nombre d'acteurs européens. Il met en scène des milliers de marocains, mais ne leur confie aucun rôle d'acteur. L'autre Franz Toussaint est plus un auteur qu'un homme de cinéma. Il continuera plus tard à écrire des scénarios, mais ne voudra plus être réalisateur. Son équipe technique est légère. Il connait très bien l'arabe et sa culture. Il prévoit des figurants marocains mais compte en centaines et non pas en milliers. Il confie des rôles d'acteurs à deux marocaines et deux marocains. Les premiers après Saïda Beni Saïd, actrice dans Mektoub, c'était écrit. Édouard-Émile VIOLET a déja réalisé plusieurs films. Il adapte un roman à l'écran et arrive au Maroc avec son équipe de techniciens et d'acteurs qui a déja tourné plusieurs scènes sur le bateau. Il n'y a pas d'acteur marocain dans la distribution, seulement des figurants. 

Ce film muet précéda de 13 ans un autre film avec le même titre et la même histoire. Il ne faut pas les confondre entre eux. Le film parlant qui fut tourné en 1936 fut réalisé par Marcel L'HERBIER.

 Ces tois films muets tournés en partie à Marrakech et d'autres lieux du Maroc donnèrent l'occasion à plusieurs marocains de goûter à une carrière d'acteur de cinéma. A la première actrice Saïda beni Saïd qui joua dans Mektoub en 1918, viennent s'ajouter Messaouda Bent Yella et Zouhra Bent Yabla. Les femmes marocaines investirent le cinéma avant les hommes puisque nous ne connaissons que les noms de Brahim El Hadjeb et de El Hadi Ben Moukhtar comme acteurs en 1922. Mais les miliers de figurants, notamment dans le film de Luitz Morat, pouvaient donner l'espoir d'un futur développement du cinéma marocain.

Les quatre premiers films muets tournés au Maroc comportent des scènes filmées dans la Ville rouge: Marrakech, première capitale du cinéma au Maroc.

Quelques films documentaires de la même époque à Marrakech et environs:

Films documentaires de réalisteurs et opérateurs inconnus, sans fiction, tous sortis en 1920, seule la société de production est parfois indiquée.

Marrakech la rouge - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique fondée par Pierre MARCEL LÉVI en 1921 qui récupère des films a visée pédagogique tournés par d'autres avant 1921.
 
Petits métiers du Sud marocain - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique
Casbah-Tadla -1920 - (tourné en 1919) - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : Société Française des films et cinématographes Eclair - S.I.C.E. L'un des derniers films avant la faillite de son activité production (1922).
L'Oeuvre civilisatrice de la France au Maroc - 1920 - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : 

Ces films ont été conservés et il est possible de les visionner sous certaines conditions. 

On notera aussi parmi les premiers films sur la Perle du Sud:

Marrakech de René Moreau. produit par la CUC en 1922 - Film de 10 minutes en 35 mm - Noir & Blanc et Teinté - France

Descriptif: Marrakech, l'une des capitales du Maroc, est l'ancienne cité impériale. Sa médina et ses monuments font sa renommée. L'oasis, au pied des remparts, est un lieu de rencontres. Les caravaniers et leurs troupeaux viennent s'y abreuver. Une foule cosmopolite fréquente les souks et les marchés.
Si vous avez l'occasion ne manquez pas de voir MARRAKECH CINÉ STORIES avec LE COLISÉE, Méroé Films. Les producteurs qui ont choisi le titre devraient mettre des lunettes. Ils auraient vu que le nom du cinéma n'était pas "The Coliseum".

cinema-colisee-marrakech 

Hadj Saïd LAYADI, le grand-père, a acheté la salle en 1953 avant l'indépendance mais à l'époque des attentats de Casablanca. Aïcha Ait Belkheir est ouvreuse depuis le début des années 1970. Le Colisée ne compte aujourd’hui plus que deux placeuses, contre cinq autrefois. En 2009 Mohamed Layadi, est gérant après le grand père. Dans la rue du Colisée, les trois autres salles des confrères ont disparu. Entre 1995 et 2007, le nombre d’entrées a chuté de 70%. Le royaume ne compte plus que 94 écrans, contre 300 dans les années 1980. 

Les Marrakchis qui ont des souvenirs de leurs cinémas peuvent les partager dans les commentaires ci-dessous.


30 septembre 2017

LE BLOG A 9 ANS CE MOIS-CI, IMAGES DES MOUSSEMS, VOYAGE À MARRAKECH EN MAI 2018

DEPUIS SA CRÉATION LE BLOG MANGIN@MARRAKECH A PUBLIÉ :

757 ARTICLES,

12132 PHOTOGRAPHIES, 

6449 COMMENTAIRES DE LECTEURS

806566 LECTEURS SONT VENUS UNE OU PLUSIEURS FOIS

1726545 VISITES VENANT DE PAYS DIFFÉRENTS OÙ LES ANCIENS MARRAKCHIS SONT DISPERSÉS.

Merci à tous ceux qui contribuent par leurs souvenirs, photos et documents à faire revivre les différentes périodes traversées par les marrakchis. Vous permettez ainsi de recréer des liens avec des amis perdus de vue ou d'en créer de nouveaux avec ceux qui partagent les mêmes passions.

VOIR UN FILM SUR LE MOUSSEM DU 19 JUIN 2016 À AVIGNON QUI A RÉUNI DE NOMBREUX ANCIENS DE MARRAKECH. cliquer sur le lien: MOUSSEM 2016

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Jean-Louis-Majorelle-Stachewsky-2016

tombola-vives-moussem-2016 robert-lucké-portevoix-moussem-2016 jacky-feneyrol-moussem-2016 Le centre de La Souvine à l'heure de l'apéritif. Marcel Martin, le verre à la main. Jojo Stachewsky, Jean-Louis Majorelle et sa femme aussi le verre à la main; l'heureux gagnant d'un tableau de l'orientaliste renommé Roger Vivès; Robert Lucké le portevoix à la bouche. Jacky Feneyrol, Madame Lamon à table, aussi le verre à la main. Nous devons ce fiilm à Maurice CALAS que nous remercions de nous montrer les visages muris d'anciens adolescents de Marrakech.

 CONTACTER JOJO STACHEWSKY, ANCIEN DU LVH POUR UNE ESCAPADE À MARRAKECH EN MAI 2018 

Escapade-Marrakech 2018 http://jojo32jojo.simplesite.com/436309537

Georges Stachewsky a organisé pour les anciens de Marrakech l' Escapade à Nogaro en 2015, l' Escapade sur la côte basque en 2016. Deux escapades très réussies comme vous le diront leurs participants. Il invite tous les marrakchis qu'ils soient des anciens du LVH, du Lycée Mangin ou d'ailleurs avec leurs amis pour l'Escapade à Marrakech 2018.

LES PHOTOS DU MOUSSEM 2017 PRISES PAR BEAU & BEAU SONT EN LIGNE SUR LE SITE ARBEAU

 http://arbeau.free.fr/salam/. compte : salam - mot de passe : marrakech. Tous les caractères doivent être écrits en minuscules.

Voir ci-dessous à titre d'exemple quelques photographies du samedi 24 juin au soir de la collection d'Annie et Roger BEAU: 

2017 06 24 Moussem A 001-001 2017 06 24 Moussem A 005-002 2017 06 24 Moussem A 006-003 L'accueil au Vert Hotel 

2017 06 24 Moussem A 008-005 2017 06 24 Moussem A 012-008 2017 06 24 Moussem A 015-011 Le restaurant 

2017 06 24 Moussem A 018-014 2017 06 24 Moussem A 020-016 2017 06 24 Moussem A 021-017 de table en tables

2017 06 24 Moussem A 024-020 2017 06 24 Moussem A 033-028 2017 06 24 Moussem A 035-030 en attendant le premier verre...

Qui avez-vous reconnu ?

MERCI À MAURICE CALAS POUR SON FILM, À ANNIE ET ROGER BEAU POUR LEURS PHOTOS, À ROBERT LUCKÉ QUI ORGANISE LES MOUSSEM D'AVIGNON ET ÉDITE SALAM MARRAKECH, À GEORGES STACHEWSKY QUI CONCOCTE LES ESCAPADES ET À TOUS CEUX QUI CONTRIBUENT À FAIRE VIVRE LE BLOG MANGIN&MARRAKECH. JOYEUX ANNIVERSAIRE POUR SES 9 ANS  ! IL ENTRE DANS SA DIXIEME ANNÉE

25 septembre 2017

ROLAND DORGELÈS, REPORTAGE À MARRAKECH EN 1937 (SUITE)

 IL Y A 80 ANS... LES MARRAKCHIS

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ROLAND DORGELÈS QUI S'EST FAIT CONNAÎTRE PAR SES ARTICLES SUR LE FRONT DE LA GUERRE 1914-1918 ET SON LIVRE "LES CROIX DE BOIS" SE DÉPLACE À MARRAKECH EN JUIN 1937 POUR RENDRE COMPTE DES EFFETS DE LA SÉCHERESSE EXCEPTION-NELLE QUI DÉVASTE UNE GRANDE PARTIE DU MAROC. L'écrivain de l'Académie Goncourt est aussi journaliste et nous a décrit les mesures prises par les services du protectorat pour arrêter l'exode vers le Nord du Maroc des populations du Sud affamées; un peu comme s'il s'agissait de mener une guerre contre la panique. Il nous a parlé de la bataille pour nourrir les affamés et nous présente une description de Marrakech à cette époque. Nous continuons la présentation de ses articles parus dans le journal L'Intransigeant en juin 1937. (suite du récit édité sur ce blog le 14 septembre 2017)

LES CONTEURS, LES CHARMEURS DE SERPENTS…

Les badauds, autour d’eux, restent accroupis des heures en croquant des grains de courge et se rafraîchissant d’un gobelet d’eau. Ils écoutent les conteurs avec des mines émerveillées. Ce vieux à barbe grise qui les fait rire avec son petit compère et cet autre, dont la baguette merveilleuse amplifie le geste, rythme l’action et rend visibles les héros. Ils admirent les charmeurs qui font danser de noirs serpents. Ces deux hommes demi-nus, échevelés, écumants, qui jouent d’eux-mêmes comme d’un tambour, faisant claquer leurs coudes maigres sur leurs flancs décharnés. Cet escamoteur qui tire des oeufs de sa bouche inépuisable, cet acrobate qui se tord et bondit, ces Chleuhs aux tuniques flottantes et aux yeux peints qui dansent avec des graces equivoques, chantant d’une voix aigüe et s’accompagnant de castagnettes de bronze. Les cris, les musiques se mêlent, ne formant plus qu’un seul chant où la flute du charmeur donne une aigre réplique à la ghaïta nasillarde des danseurs.

Quand les hommes d’armes du pacha se groupent pour tirer la salve de minuit, la place se vide d’un coup.

Chacun retourne à son gîte, le miséreux à son coin de ruelle. Dans la palmeraie ou au pied des remparts. Ils sont des milliers qui dormant n’importe où. En voici qui s’éloignent, silencieusement, emportant pour leur songe la fable d’un conteur ou la plainte d’un violon. J’en remarque un, sa barbe diabolique peinte en rouge. Encore un Soussi. On dirait qu’il mène sa bande. Et, peut-être sans intention ou sur la  trace d’ardents souvenirs, ils se dirigent vers le Derb Dabachi, où se tiennent les filles de la douceur.

La cour de leur fondouk est à peine éclairée. Quelques lampes qui clignotent à l’intérieur des cases. Dans l’ombre on distinguee des soldats marocains, tirailleurs et goumiers – larges culottes, manteaux flottants – dont les voix rauques répondent aux rires des petites prostituées. Mais qui se croirait sur un marché d’amour ?

Des familles campent là, sans honte. Les enfants jouent en criaillant entre les pattes des chameaux. D’autres se sont endormis, et la mère qui allaite suit d’un regard tranquille le manège de cette fille dont le collier de faux sequins lui paraît un bijou.

UNE FEMME ET UN SOLDAT

Le bleu de la nuit les rend plus belles, et la mousseline de leurs robes retrouve sa blancheur. Soudain un soldat fait flamber son briquet, et le visage qu’il convoite apparaît, jeune et barbare, taché de tatouages, ainsi que d’un pinceau léger. Elle soulève le rideau  d’un geste brusque qui fait tinter ses bracelets, et le couple s’efface.

Les miséreux que je suivais se sont assis contre une charette remisée là ainsi que dans une ferme. Pas un ne parle; pas un ne rit. Ils regardent, la gorge sèche, les yeux brillants.

C’est sans doute la première fois qu’ils pénètrent ici depuis que la misère s’est abattue sur le Sud. Ils y sont entrés presque malgré eux, conduits par leurs anciens desirs. Comme s’ils voulaient mourir où ils avaient aimé. 

Dorgeles-vue-generale-mrk-1937 Photo L'INTRANSIGEANT, juin 1937

LA FAIM  A CHANGÉ DE CAMP

LES JUIFS MAROCAINS, … PEUVENT À PRÉSENT SE PENCHER SUR PLUS MALHEUREUX QU’EUX”            

Je m’étais arrêté, ce matin-là sur une petite place où travaillent en plein vent quelques artisans juifs. Elle se trouve à l’entrée du Mellah, contre le Dar el Bedi, vieux palais saadien aux murs à pic dont il ne subsiste que quelques salles nues, de grands bassins vides, des terrasses brûlantes et des nids de cigognes pareils à d’énormes fagots.

Au temps où se dressaient dans le ciel les pavillons à toit vert d’El Mansour, ses colonnes de marbre (venu d’Italie et payé poids pour poids en sucre), ses murs jointoyés d’or, les Ihoud (juifs) grouillaient déjà dans ce quartier méprisé de Marrakech et s’employaient aux mêmes tâches modestes: soudant le fer, rapetassant le cuir. Depuis, les siècles ont passé sur eux, les guerres, les famines, les pestes, et ils n’ont rien changé de leurs coutumes, portant toujours les mêmes calottes noires sur leurs mèches crasseuses.

Ceux-ci paraissent vivre des déchets de la ville. Je me demandais ce que devenaient les pneus hors d’usage jetés au bord des routes, à quoi pouvaient servir ces bouts de fils de fer, ces lambeaux d’étoffe que ramassaient des enfants blèmes et chassieux: je les retrouve sous les doigts de ces Jezabels grimaçantes et de ces patriarches à lunettes, qui  ne déposent l’outil que pour aller prier. Rien ne doit se perdre, chez ces indigents. Ils racommodent des guenilles avec des loques, fabriquent des seaux avec des chambres à air et ressemellent des sandales avec de vieux pneus. 

Dorgeles-marché-rien-a-vendre-20-Juin-1-1937-1 Photo L'Intransigeant, juin 1917.

LA FAIM A CHANGÉ DE CAMP

Taillant, cousant, ravaudant de l’aube à la nuit, ils arrivent à gagner trois francs. De quoi payer cette bouillie grisâtre qu’ils lapent dans une auge de fer-blanc. Je les ai vus nichés dans de fétides demeures où la cour même est remplie de grabats. Le mellah est une sentine où  ces réprouvés baignent dans la pourriture, et leur cimetière s’étale au pied d’une butte séculaire d’immondices. Pourtant, les juifs marocains qu’on dit les plus déshérités de tous les ghettos du monde, ces juifs craintifs qu’ont épuisés des générations de misère peuvent à présent se pencher sur de plus malheureux qu’eux. Depuis que les affamés du Sud refluent vers les villes, les artisans de ma petite place regardent avec pitié les musulmans errants qui convoitent leur bouillie et ne connaissent même pas de taudis où dormir. La faim a changé de camp.

-       Tiens ! a dit devant moi un de ces vieux Moïse en tendant du pain à une Chleuh qui s’en allait d’un pas trainant.

Naguère, la femme sans doute aurait craché. Aujourd’hui, elle a remercié.

-       Que Dieu augmente ton bien !

Et elle est repartie en dévorant le crouton du juif.

Dans les souks, les miséreux traînent par groupes, espérant une aumône qu’ils ne mendieraient pas. Esclaves du Dra, noirs comme le Sénégal, Soussi au teint brûlé, et ces Berbères des oasis dont le rude visage a la couleur du sable. Leurs yeux convoitent tout. Le pain fumant, l’agneau qu’on sort d’un four d’argile, les sauterelles cuites, les cédrats confits, les figues sèches, et même ces plateaux de mouches, sous lesquelles il doit y avoir quelquechose à manger.

D’autres, plus épuisés, renoncent à courir et se laissent tomber dans un coin d’ombre, leurs jambes repliées sous eux. Rabougris, tordus, étiolés, comme des plantes humaines que les passants arrosent avec des sous.

Autour d’eux, la Médina indifférente continue de trafiquer, dans une odeur de menthe, de crottin, de fruits pourris, de henné, et cette fumée entêtante du kif, qu’on tire à petites bouffées de pipes miniuscules. Mais son activité garde un air de flânerie orientale entre marchands nonchalants et clients désoeuvrés. Personne ne se presse, que les portefaix et les âniers.       

-       Balek ! Balek !

Déjà le fardeau vous bouscule et le bourricot est dans vos reins.

-       Balek ! clame-t-on dans l’autre sens.

Les jeunes qui reconnaissent une tenue européenne commencent à crier :”Attention!” Ça, les fixe-chaussettes, la monnaie de nickel et quelques vestes effrangées c’est le progrés…

Les échopes sont disposées l’une après l’autre, comme des armoires et le boutiquier a juste la place de s’y incruster entre ses marchandises. Couché sur le flanc ou accroupi comme un bonze. Devant les plus indolents se balance une corde de pendu, pour se soulever sans effort, et nul n’éprouve de honte à se proclamer si paresseux. Le travail est un châtiment que chacun allège de son mieux.

DIEU L’A VOULU

Le Chleuh famélique ne jalouse pas cet épicier ventru qui croque ses amandes. L’un est maigre, l’autre gras, l’un se prélasse, l’autre mendie: tout est dans l’ordre et rien ne servirait de crier. Leur acceptation du destin me fait toujours songer à Abd el Aziz qui, à l’instant où il croyait tenir la victoire, voyant s’enfuir ses cavaliers, murmura sans colère: “Ce matin j’étais sultan, ce soir je ne suis plus rien. Dieu l’a voulu…”

Dieu l’a voulu. Et ce vieux caïd à la mule harnachée de rouge passe sans même regarder une femme exsangue qui serre douloureusement un petit monstre informe contre son sein tari. Il a payé la “zekkat” pour la purification de ses biens, fait l’aumône quotidienne qu’exige le Coran, donné quelques piecettes à l’oeuvre musulmane qui répartit les secours, il ne doit plus rien. Ni aux pauvres, ni à Dieu.

UN SPECTACLE D’ÉPOUVANTE

L’AFFREUSE DÉTRESSE DES FEMMES ET DES ENFANTS MAROCAINS, QUE DES FRANÇAIS CHARITABLES S’EFFORCENT DE SOULAGER.

Pourtant, à mesure que je m’enfonce dans la Médina, la ville indigène, par un labyrinthe de ruelles grouillantes, entre des masures de boue séchée et des palais que le temps ronge, découvrant aux carrefours d’admirables fontaines, comme si l’eau seule méritait d’être sertie de mosaïque et protégée d’auvents de cèdre, m’arrêtant sur le seuil d’écoles coraniques où des petits bonshommes drôlement tondus, avec une courte natte qui brimbale, braillent des sourates en se dandinant – à mesure que j’avance dans ces derbs merveilleux et fétides, comme si je m’éloignais dans le temps, je m’étonne de rencontrer des pauvres de plus en plus nombreux. Non pas les meskines habituels, ces harpies édentées qui jouent de leur maigreur, ces malades suppurants qui étalent leurs ulcères, ces bandes d’aveugles à batons qui psalmodient ensemble: “Faîtes la charité à ceux qui ne voient pas la lumière”, et ces petits comédiens dépenaillés qui prennent  pour mendier des voix expirantes, la tête retombant sur l’épaule comme une fleur blessée, mais des réfugiés silencieux, pareillement maigres avec des barbes hirsutes et des yeux flamboyants.

Ceux-ci ont-ils vendu leur djellaba pour une dernière soupe ? Il ne leur reste d’autre costume qu’une sorte de chemise flottante et un caleçon terreux qui tombe à la cheville. En guise de turban, un chiffon ou une corde. Et les pieds nus.

LA MISÈRE DES FEMMES

Les femmes cependant semblent encore plus misérables. Surtout ces Chleuhs qu’on reconnaît à leur robe bleue; des enfants dans le dos comme de pitoyables paquets aux yeux vides et aux bras ballants. Leur troupe devient si dense, près de la Médersa Ben Youssef qu’on ne peut plus avancer. Il faut fendre la cohue, dénouer comme du lierre ces bras secs qui s’accrochent, presser contre soi cette chair suante, subir l’affreux contact de ces haillons infestés de vermine. Enfin on arrive devant un porche qu’on franchit. C’est dans ce fondouk abandonné du souk des Fassis que depuis plusieurs semaines des paticuliers distribuent de la soupe et du pain aux affamés du Sud.

Du pain que ces Français  achètent; de la soupe qu’ils payent. Sans espérer de remerciement de personne. Pas même de ces malheureuses abêties de privations et de fatigue qui se rendent chez les Nazaréens comme leurs moutons iraient à l’abreuvoir.

Combien sont elles dans cette cour brûlée de soleil ? Au moins deux cents. Pareillement décharnées. Et dans la ruelle d’autres s’écrasent, poussant des cris déchirants chaque fois que la porte s’entrouve.

Accroupies par rangées, leurs marmots dans les genoux, elles tendent les tickets rouges qui leur donnent droit à la pâtée. Peureuses, impatientes. Comme des enfants brandiraient des bons points.  Elles tremblent qu’à la fin il ne reste rien pour elles, et leurs bras maigres s’allongent encore, leurs voix gémissent, leurs yeux supplient.

LA DÉTRESSE DES ENFANTS

Les femmes sont effroyables, mais les enfants sont pires. On s’étonne de les voir debout, sur ces jambes minces comme des baguettes. Petits gnomes à têtes teigneuses qu’on a traînés des semaines par des pistes torrides nourris de dattes coriaces, désaltérés d’eau croupie et jetés sur le bât d’un bourricot, quand ils ne pouvaient plus avancer. Partout, même au mellah, les enfants jouent. Dans les excréments, la poussière. Ils n’en n’ont plus la force. Ni l’envie. Ils rampent comme des larves, des tétards, sans seulement se regarder entre eux. Petits foetus résignés. L’un caresse d’une main impuissante le visage de sa mère en larmes. L’autre grate le sol pour y trouver des miettes et suce avidement on ne sait quoi d’immonde. Ils portent sur eux toutes les tares, toutes les plaies. Crânes pelés, paupières suintantes, et ces échines atrophiées où il n’y a place que pour des os et des croutes.

Une vieille a ramassé un de ses petits monstres, plus maigre encore, plus efflanqué, plus vide que les autres. Comme une poupée dont le son serait parti. Il a les yeux fermés. Peutêtre aveugle? Ses tempes moribondes paraissent enfoncées et l’on dirait sa chair bleuie. La vieille alors le regarde longuement comme pour la dernière fois, puis poussant une plainte assourdie nous montre le sol où demain il faudra le coucher. Elle ressasse des mots que je ne puis comprendre. Celui qui distribue les tickets s’est arrêté, tout gauche d’émotion. Cette fois il fléchit. Puis ayant raffermi sa voix:

-       C’est le deuxième, traduit-il sobrement en détournant les yeux.

SPECTACLE D’ÉPOUVANTE

Ce spectacle d’épouvante, ils le voient cependant tous les jours. C’est leur unique répit, après une épuisante journée de travail. Celui-ci quitte son bureau, celui-là son chantier, sa fabrique, cet autre depuis l’aube, parcourait le bled en auto et,  encore poussiéreux, les bras moulus, ou les doigts tâchés d’encre, sans même passer chez eux pour se plonger dans le bain, sans regretter la promenade à l’Aguedal, les boissons fraîches d’un café du Guéliz, ou le bridge entre camarades, dans un salon aux stores baissés, ils se retrouvent ici pour donner du pain à ces filles dont on ne sait ni le nom, ni le pays, ni l’âge, à ces femmes à demi barbares, dont les époux et les pères ont fait, sans doute, le coup de feu avec les dissidents.

-       Pour notre part, nous en nourrissons six cents tous les jours, m’a appris celui qui empilait les miches pour la distribution.

Il disait cela avec un haussement d’épaules qui s’excusait de faire trope peu. Près d’ici, un autre vieux du Maroc, Français tanné comme ceux-ci, a loué de ses deniers un fondouk où les réfugiés peuvent dormir, après avoir vidé leur bol de riz. Chacun paye de sa poche, de son temps, de sa santé.

Entourré de ces miséreux couverts de vermine, ils savent en effet ce qu’ils risquent. Un villain pou qu’on écrase sans y prendre garde, il n’en faut pas plus. Le typhus… Combien sont morts ainsi? Officiers des affaires indigènes, petits fonctionnaires du bled, médecins de colonisation.

-       Bah ! s’il fallait penser à celà, me dit un grand garcon qui, sous le porche, contient les affamés.

Des femmes guenilleuses se suspendent à lui, le pressent, le bousculent. Doucement, il les écarte, les repousse à la file.

-       Tout de même, ajoute-t-il modestement pour ne pas avoir l’air de braver le danger le soir quand je rentre à la maison, je me déshabille et je regarde dans les coutures de mon costume. On ne sait jamais.

Puis, plus bas encore, comme une excuse;

-       J’ai trois enfants,  moi aussi…

LE TROISIÈME FLÉAU

APRÈSLA FAIM ET LE TYPHUS: LA POLITIQUE

S’il n’y avait que la misère; l’Empire-Fortuné pourrait attendre sans crainte l’armée des réfugiés: la faim ne s’attrape pas. Mais il y a le Typhus. Aujourd’hui ce n’est qu’une menace. Demain cela peut être un peril. Et soudain, un fléau.

De nombreux cas mortels ayant été signalés, des rumeurs affolées circulèrent. On chuchotait des chiffres que nul n’était à même de contrôler:

-       Je les tiens d’un médecin.

-       Moi, de la Région civile.

Et certains, sans rien dire, allaient consulter à "La Paquet" le tour des départs des paquebots. Par Bonheur, nous sommes en été; par ces temps chauds l’épidémie n’est guère à craindre; mais que le danger subsiste à l’automne, dans l’athmosphère amollissante des grandes pluies, et la situation deviendrait grave. Après avoir lutté contre la misère, il a fallu lutter contre la contagion.

LA CONTAGION MENACE

Ces errants couverts de vermine portent sur eux tous les germes. Dans les fondouks où ils dorment, leurs haleines confondues, leurs members enchevêtrés, les poux pullulent. Une simple piqûre: le mal est entré. Et comme ce Berbère dur à la souffrance va continuer à se traîner tremblant de fièvre, pendant des jours, des semaines, jusqu’à l’heure où il s’affaissera moribund, les parasites gorgés de son sang auront le temps de transmettre le virus à d’autres miséreux, qui sémeront à leur tour sur la route de l’exode.

Jeu tragique du furet.

“ Il a passé par ici

“ Il repassera par là…”

Mais qui l’arrêtera ? Ce mendiant pareil aux autres qui vous heurte dans les souks, ce gamin pendu à votre veste, cette vieille que vous frôlez peuvent cacher la mort dans les plis de leurs guenilles. Rien ne l’indique. Soudain, quelquechose vous démange. Vous vous frottez, machinalement. Cela suffit: peut-être êtes-vous perdu ? On ne le saura qu’à l’hôpital, quand le docteur soucieux apportera le résultat de l’analyse.

LA LUTTE CONTRE L’ÉPIDÉMIE

Le Maroc a toujours redouté le typhus. Ce terrible typhus exanthématique au virus invisible, au bacille sans nom. Il y a dix ans encore, une meurtrière épidémie a sévi dans le Sud. Mais avec le brassage actuel des populations,ce flot d’indigènes épuisés et sordides qui submerge l’intérieur, c’est le Maroc entier qui pourrait être dévasté. Il fallut hâtivement prendre des mesures. Dresser un barrage contre l’épidémie, comme précédemment, devant la panique. Ce nouvel ennemi était plus subtil. Il se cachait insaisissable dans cette invasion de loqueteux. C’est donc l’ensemble de la population qu’il fallait protéger. Au besoin contre elle-même. Et particulièrement ce prolétariat indigène qui vit autour des grands centres, dans une abjection qui inspire la honte.

Bidonville surtout, représentait un danger. L'ignoble Bidonville qui est le chancre de Casablanca, et l’une de ces curiosités, hélas !

Qu’on imagine, aux portes de la ville, dans d’immenses terrains vagues qui ne sont plus le bled et ne sont pas la banlieue, une immonde irruption de cahutes branlantes, qui s’abattraient au premier coup de vent si elles n’accouplaient leurs debris, n’entremêlaient leurs moignons jusqu’à former ce bloc infâme, cette croute noirâtre sous laquelle grouillent près de vingt mille individus.

La particularité de cette cite d’abjection, ce sont ses matériaux. Toutes ces masures sont en effet construites en plaques métalliques, avec le fer blanc des bidons de rebut qui traînaient sur le port ou dans le cimetière des usines, et c’est ce qui a baptise l’endroit. En Orient, notamment à Palmyre, dans les ruines du Temple de Baal, j’avais déjà vu de ces gourbis nouveau style, dont les plus neufsbrillent au soleil comme des chevaliers en armure. Où l’antiquitaé laissait des colonnes de marbre, notre siècle n’abandonne que des fûts puant l’essence et l’homme industrieux s’en accomode encore, utilisant les petits pour en faire des marmites, les grands pour en tirer son mobilier ou sa toiture. À Bidonville ce sont les maisons entières qu’on édifie en fer blanc. Des centaines, des miliers de masures sembllables dont chacune porte , ainsi qu’un rondache, un couvercle rouillé marquee Shell ou Standard. Tôle ondulée, planches pourries, découpures de bidon, papier goudronné, il n’entre rien d’autre dans la construction. Des ordures pour ciment. Surmontant mon dégoût, je me suis introduit dans un de ces taudis: la temperature y était effroyable. Sous ces minces parois, qu’on peut pincer entre deux doigts et qui brûlent au soleil, l’air est étouffant. Par contre, quand vient l’hiver,on y grelotte et la pluie pourrit les grabats.

DES NOMADES DEVENUS PROLÉTAIRES

Les misérables qui gîtent là vivaient autrefois dans le bled et dormaient sous la tente.Des tourists sensibles s’apitoyèrent sur eux. Maintenant ils ont un toit, onneles plaint plus. Ils étaient des nomades, ce sont des prolétaires. Ils habitent à la ville, comme les civilisés. Et ils payent un loyer à un vieil indigène qui a fait une fortune sur ce champ d’immondices.

Parler d’hygiène ici serait du cynisme. Pas d’eau, pas de fosses, pas  d’égouts, rien. On naît,  on mange, on dort, on crève sous les yeux l’un de l’autre., les déjections de chaque cabane se déversent chez le voisin. Si un seul cas de typhus se produisait là, ce serait terrible. Il n’y aurait plus qu’à metre le feu, comme jadis aux villages de cholériques, et celà même ne sauverait pas la ville. Aussi, à la première menace, a-t-on pris des mesures pour empécher la contagion.

Le directeur de l’Institut Pasteur du Maroc, le docteur Georges Blanc, savant que la France devrait mieux connaître, a découvert un vaccin qui, dans les essais locaux, avait toujours donné de bons résultats: c’était l’occasion de l’employer pour une expérience de grande envergure.. Mais encore fallait-il s’entourer de sérieuses garanties. Si l’on ne vaccinait qu’une partie des habitants et que d’autres succombent, dans l’embrouillement d'une population sans état civil où des hommes changent fréquemment de nom, du jour au lendemain, l’essai n’était plus concluant. On pouvait douter du vaccin et le risque d’épidémie persistait.

VACCINER PAR RUSE

Pour agir en toute certitude, il fallait piquer le même jour les quinze ou vingt mille habitants des Bidonvilles. Comment s’y prendre ? On songea bien à faire cerner l’agglomération par la troupe et à vacciner de force, mais le caractère brutal de cette opération déplut à tout le monde. On voulait autant que possible, agir sans contrainte. C’est alors qu’un fonctionnaire eut l’idée de faire vacciner d’abord les travailleurs municipaux, puis, quand ceux-ci auraient constaté que la piqûre ne rendait pas malade, les charger d’escorter les médecins le jour de la vaccination générale.

La ruse réussit. Devant les soldats, les assiégés auraient pris peur, ils se seraient défendus, ne comprenant pas ce qu’on leur voulait, tandis que la présence d’autres indigènes les rassura. Ces derniers leur apprirent qu’ils y avaient passé avant eux, que les toubibs français vous sauvaient ainsi du typhus, et tous, de bonne grace, s’offrirent à la lancette.

Le soir même on avait vacciné dix-huit mille personnes. Tout le Bidonville: hommes, femmes, enfants.

Ensuite on attendit, avec un peu d’inquiétude. Eh bien, dans ce cloaque, dans ce foyer d’infection, on n’a pas constaté un seul cas de typhus. L’expérience était faite. La victoire gagnée.

Immédiatement l’Institut Pasteur a approvisonné les hôpitaux de l’intérieur, les infirmeries du Sud; les postes de refoulement, et après un mois de vaccinations massives on a vu décroître le nombre des malades: le danger d’épidémie se trouvait conjuré.

LE DERNIER FLÉAU

Les événements prennent, souvent à distance, un relief, une importance qu’ils n’ont pas dans le pays même où ils se déroulent.

Ainsi on pourrait croîre après avoir lu ce récit, que le Maroc, depuis la sécheresse, vit dans l’angoisse: peur de la disette, peur de la maladie, peur de la révolte même, un nouveau Maître de l’Heure pouvant soudain surgir chez ces Berbères affamés. Or il n’en est rien.

Marrakech est toujours accueillante, Fez toujours aussi affairé, Rabat monte une garde blanche autour du Maréchal, qui a voulu reposer là et Casa, chaque jour, pousse un peu plus loin ses murailles. Si éprouvé qu’il soit, le Maroc continue de grandir.

Dans les circonstances présentes, les Français de là-bas ont tous amplement, fait leur devoir. Sur les listes de souscription des comités d’entraide, le colon voisine avec l’ouvrier, le petit employé avec le fonctionnaire. Les plus humbles ont même abandonné un jour par mois de leur salaire afin de venir en aide aux miséreux. Comme on voudrait que ce bel élan de fraternité ne fut pas sans lendemain !

Mais, par une amère coincidence, à l’heure meme où, devant la détresse, on faisait appel à l’union, la campagne électorale pour le Troisième collège prenait un caractère si basement injurieux que l’administration devait interdire aux indigènes l’accès des salles de réunion.

Ces mêmes Français, prêts à se priver pour secourir des hommes d’une autre culture, étaient incapables de metre fin à leurs misérables querelles. Au fléau de la sécheresse, au fléau de la famine, au fléau de l’épidémie, ils ajoutaient sottement celui de la politique, ce mal affreux de notre temps.

Et le jour où, à Fez, passant devant les proclamations électorales, j’ai vu un petit fonctionnaire, un facteur, tirer un crayon de sa poche et écrire “Au Poteau” sous le nom d’un candidat, ce jour-là, je me suis demandé si le coeur de certains hommes n’était pas aussi sec que celui de l’Atlas.

Quelle pluie, hélas, quelle pluie viendra jamais le féconder…

Roland DORGELÈS

Roland Dorgelès (1885-1973) fit publier en 1938 ses notes de voyages au Maroc (1932 et 1937) ce qui donna "Le dernier Moussem". Plus tard sous le titre "Route des tropiques" il réunira des textes écrits en 1923 et 1924 en Indochine avec une deuxieme partie intitulée "Soliloque marocain" où il reprend le texte du Dernier Moussem avec les notes de son carnet de voyage et poursuit sa réflexion sur la colonisation (1944).

Le blog réunit aussi des documents sur les années 30 à Marrakech

Médecin colonel Jacques BROUSSOLLE, du 4e Étranger: Il est décédé du Typhus début février 1938, la ville de Marrakech par reconnaissance avait donné son nom à une rue du Guéliz, elle fut débaptisée et s'appelle aujourd'hui rue Ibn Zaïdoun

PICHERAL Jean, contrôleur civil, décédé le 26.02.1938 en service commandé à Marrakech, mort à l’âge de 30 ans, La ville de Marrakech donna son nom à une de ses rues.  Son éloge funèbre fut prononcé par le Résident général Noguès en personne. Voir sur le blog les paroles prononcées pour son enterrement au cimetière européen de Marrakech. --> Jean Picheral 

Le Figaro du 19 mai 1938: Le docteur BERGIER, médecin de service de la santé publique de Marrakech, a succombé des suites d'une maladie contractée dans l'exercice de ses fonctions. La médaille d'or des épidémies lui a été décernée à titre posthume. Lui aussi eut une rue de Marrakech à son nom qui a été effacé pour celui d'Abdelouahad-Derraq.

En espérant que ces pages d'histoire enrichiront les connaissances des marakchis sur leur ville....

Le blog éditera les photos et documents que ceux d'entre seslecteurs détiendraient et voudraient partager.

 

14 septembre 2017

IL Y A 80 ANS UNE MANIFESTATION NATIONALISTE À MARRAKECH, ROLAND DORGELÈS DE L'ACADÉMIE GONCOURT

UNE MANIFESTATION NATIONALISTE EUT LIEU EN SEPTEMBRE 1937 EN MÉDINA

À L'OCCASION DE LA VISITE DU SECRETAIRE D'ETAT PAUL RAMADIER, ET À LA SUITE DE LA GRANDE SÉCHERESSE QUI TOUCHA UN MAROCAIN SUR QUATRE

MANGIN@MARRAKECH RAPPELLE CETTE PÉRIODE MARQUANTE POUR LA VILLE ROUGE ET LE MAROC

Le vendredi 24 septembre 1937 une manifestation nationaliste importante eut lieu en Médina de Marrakech.

Cette manifestation fut dispersée. Il y eut 30 arrestations et 12 condamnations à trois mois de prison. Le premier incident eut lieu à la sortie de la mosquée Ben Youssef où le sous-secrétaire d'Etat Paul Ramadier avait remis une importante aumône. Des jeunes nationalistes encourageant des miséreux secourus, (nombreux en Médina en raison de la sécheresse qui affamait le bled), provoquèrent un engorgement de la place, bloquant momentanément le trajet de Monsieur Ramadier. Il y avait parmi eux de nombreuses femmes avec enfants originaires des bleds du Souss venus pour recevoir des rations de vivres. Parallélement le poste de police voisin recevait des jets de pierres, sans qu'il y eut de blessés.

Par ailleurs, les témoins ajoutent que fait rare, une prière - La Fatiha - fut dite avec les fidèles de la Médersa ben Youssef en faveur de M. Ramadier et du général Noguès. Ceci n'avait plus été fait depuis la visite du président Millerand en 1922.

Dans l'Intransigeant du 27 septembre d'autres informations étaient révélées. Les commerçants des souks incités à fermer leurs boutiques ne l'avaient pas fait et n'avaient pas manifesté. Il y eut quand même plusieurs miliers de manifestants sur la place Djemaa el Fna, principalement des miséreux encouragés par un petit nombre de jeunes nationalistes.

Les douze condamnations à 3 mois de détention à la prison de Taroudant furent prononcées le lendemain matin. Ce qui provoqua une nouvelle manifestation plus petite (environ 600-700 personnes) venue par le derb Dabachi. Ils demandaient la libération des condamnés. Mais cette tentative de manifestation fut arrêtée et dispersée par le service d'ordre devant le souk aux roseaux

Les services de renseignements analysèrent ce qui s'était passé et notèrent la soudaineté de la manifestation comme dans plusieurs villes du Maroc, par exemple à Meknès trois semaines avant et Khemisset un mois après. Cette mobilisation a surpris et  montrait une réelle organisation des nationalistes. Les leaders nationalistes marocains ne sont pas originaire de Marrakech où Mohammed el Ouazzani est le plus influent. Allal el Fasi de son côté a une véritable emprise sur ses troupes, il exige le serment d'allégeance à sa personne. Les tracts maladroitement rédigés montrent des soutiens  de l'étranger. 

CETTE MANIFESTATION FUT PRÉCÉDÉE PAR UNE FAMINE PROVOQUÉE PAR LA SÉCHERESSE PARTICULIÈREMENT MEURTRIÈRE DANS LE BLED.

Le journaliste et écrivain Roland Dorgelès, de l’académie Goncourt, avait  fait une série d’articles sur la situation catastrophique des populations du bled seulement tois mois avant, en juin 1937. On remarquera son style d'écriture avec souvent des phrases sans verbe. 

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A travers le bled nu, calciné, torride, ils montent aveuglément vers le Nord, vers ces terres magiques ou les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. (Photo-L'intransigeant) 

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LE SOLEIL QUI TUE – Un reportage au Maroc de Roland Dorgelès (juin 1937)

ILS SONT 800000 QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Le bled. Nu. Calciné. Torride. Sans une touffe d’herbe, sans l’ombre d’un arbre. D’immenses ondulations, de schiste, de sable et de caillasse déroulent leur mer à l’infini et le “chergui” qui souffle n’en trouble pas les vagues.

Quelle malédiction a condamné ces steppes à l’immobilité ? Rien qui frémisse. Pas un bruit. La suffocante rafale qui vient du désert ne trouve pas une branche à secouer. Pas un nuage à poursuivre. Ciel aride comme la terre.

À une heure, vers le Nord, c’est l’océan. Casablanca. Presque l’Europe. Une heure au Sud, Marrakech. Ses murs roses, ses palmes enchantées. Ici, le bled Rehamna, morne frontière d’entre deux mondes, avec des cactus en fascine et des remparts que les siècles ont taillé.

De loin en loin, une koubba gonfle sa coupole blanche, ainsi qu’un blockhaus. (N’y a-t-il pas des ossements plus difficiles à vaincre que des mitrailleuses ?). Les pentes sont des glacis, les ravins des douves, les jujubiers des chevaux de frises. Tout rappelle l’époque – il y a vingt-cinq ans – où El Hiba bravait ici nos troupes, avec ses méhallas à chameaux blancs.

LE SOL RESTE EN GUERRE

Que faire sur ces crêtes stériles, que combattre et mourir? La paix est venue, mais le sol reste en guerre. Éternellement.

Pas un herbage. Pas un puits. On dépasse une hutte primitive, derrière un mur de pierres sèches, et, dans la rigole d’ombre qui borde l’enceinte, un Arabe accroupi fredonne une chanson. D’autres indigènes suivent la piste, venant de nulle part, allant n’importe où. Secs comme leur terre, des loques flottantes et un baton. Puis à nouveau, la solitude. Du sable, des rochers, des cailloux…

Ce mauvais chemin tourne sans arrêt. Par paresse. Plutôt que d’escalader les côtes et descendre dans les creux. Il a le temps… Mais brusquement, il prend sa course et file droit. Nous arrivons à l’oued…

On dirait qu’il veut s’y plonger. S’étendre dans le lit, et boire. Amollir sa chaussée coriace. Faire de ses pierres un gué.

Pour nos yeux de voyageurs, ce n’est rien. Un flot d’eau trouble qui descend de l’Atlas, comme ces Chleuhs que nous croisons, et comme eux pressés de fuir. Il contourne les pitons , se glisse dans les brêches, passant si vite que la berge altérée ne peut se rafraichir. Il flaire l’océan, court du Nord à l’Est. Pas un roseau, pas un palmier pour le guider. Tout se ressemble sur ces plateaux schisteux.  Alors, il s’affole, tourne sur lui-même. Une rivière perdue. Comme on le dit d’un chien.

UN DOUAR D’AFFAMÉS

J’allais repartir en direction de Bou Laouane, quand j’aperçus, dans un repli, quelques chameaux qui broutaient. D’un bond je fus sur un tertre et je découvris le troupeau entier; celui que je cherchais. Un de ces douars d’affamés qui, depuis trois mois, refluent du Sud, poussant devant eux leurs moutons et leurs chèvres, traînant des vieillards chancelants et des enfants dans le dos des femmess qu’on trouve parfois morts à l’étape.

Ces Soussi étaient parvenus à se faufiler entre deux postes de refoulement, suivant de loin la côte, et ils montaient aveuglément vers ces contrées magiques que chantent leurs conteurs: les vallées où l’herbe verdoie en toute saison, où les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. La Chaouïa, le Gharb, le Sebou.

Déjà, ils avaient franchi la zone maudite et se croyaient sauvés. Cet Oum er Rebia limoneux que je dédaignais d’un regard représente pour eux le salut. Le sang de la terrre. Et ils sont tombés, haletants, sur ses rives, trop épuisés pour seulement dresser les tentes.

L’officier des affaires indigènes qui me conduisait distingua tout de suite le chef de la tribu errante et se dirigea vers lui. L’homme semblait à bout. Maigre et fourbu, comme ses bêtes. Il fit néanmoins un effort et se leva pour saluer.

Nous marchons depuis vingt-six jours, expliqua-t-il. En chemin, nous avons perdu plus de cent moutons….

Le reste de leur richesse est là; les hardes qui les habillent, les quelques ustenciles queportent les bourricots, ces brebis efflanquées.. Puis, très loin, de l’autre côté de la montagne, une douira vide, dans des champs calcinés.

HUIT CENT MILLE QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Du Souss au Tafilalet, ils sont huit cent mille dans les mêmes conditions, m’a appris l’officier. Le long de la mer et par les cols, ils fuient devant la famine, laissant derrière eux un désert, et si la France n’était pas là, les trois quarts succomberaient. Tout le vieux fond de la race berbère.

Les Chleuhs de la montagne, les Berabers sahariens, les Harratines au noir visage de la vallée du Dra qui furent les derniers à déposer les armes, ne comptent plus aujourd’hui que sur nous pour les sauver.

On a établi des camps, comme jadis. Mais cette fois, de l’orge et du riz pour munition. L’autre conquête. La meilleure.

Craignant on ne sait quoi, ceux-ci ont coupé par le bled pour échapper aux postes de triage. Ils ne se sentient pas encore assez loin du fléau. Ils veulent remonter toujours plus vers le Nord. Tant que leurs jambes les porteront.

DEVANT LE SOLEIL

Que fuient-ils donc de si terrible ?

Le soleil.

Ce même soleil que les touristes viennent chercher l’hiver, avec leurs dos frileux et leurs lunettes noires. Ce merveilleux et dévorant soleil.

LE SOLEIL QUI TUE – QUAND T’ARRÊTERAS TU ?

QUAND LA TERRE SERA VERTE !

ET LE TRAGIQUE EXODE SE POURSUIT VERS LE NORD

Il n’a pas plu dans le Sud depuis deux ans.

Le filet des sources s’est aminci de jour en jour, puis plus rien n’a coulé. Les puits se sont taris. Les grands chotts où pêchaient les cigognes ont découvert leur fond gercé. Et, malgré les prieres, cela fait trois moulouds, trois anniversaries du Prophète, que le ciel reste nu. D’un bleu constant, d’un bleu qui brûle. Sans les beaux nuages qui sont ses jardins.

On a semé, comme on a pu. Le soc éraflant le champ durci. Le chameau tirant; et un bourricot; une femme parfois accouplés à la même charrue. Rien n’est venu, que quelques tiges vite rôties. La sécheresse a transformé le Souss et le Dra en un four de cent lieues où brûlent bêtes et gens.

Après les champs de ceréales, ce sont les olivettes qui ont dépéri. Puis les palmeraies. Les dattiers eux-mêmes, les sobres dattiers, ne trouvaient plus assez d’humidité dans cette dure éponge. Flétris, les feuilles retombaient.

Ce sont les hommes qui ont tenu les derniers. Enfin, quand ils eurent perdu l’espoir de rien récolter, pas même ces courgettes et ces aubergines hâtives qu’auraient arrosées les pluies de printemps, ils ont chargé leurs ânes, rassemblé leurs troupeaux, et fui leur pays sans esprit de retour. Comme les aïeux almoravides de leurs chansons qui, jadis, franchirent la mer et conquirent un monde.

Dorgeles-lever-le-camp-la-nuit-17-juin-1-1937 (Photo L'Intransigeant)

 DES MORTS SUR LA ROUTE

Les malades trébuchent et tombent. Tant pis. Un trou, une prière, un caillou… Il faut qu’avant ce soir les bêtes aient bu. Et l’on repart.

Sur le bord de cet oued grisâtre, ils ont pourtant repris espoir. Fait leurs ablutions, préparé le thé. Les moutons désaltérés cherchent leur nourriture. Il faut être mouton berbère pour découvrir de l’herbe sur ce sol ponceux. Un agneau de France s’y laisserait crever sans allonger le cou. Eux s’obstinent et tirent des brindilles qui craquent sous leurs dents. L’âne aussi est content, et recommence à braire. Le ventre en futaille. Les chameaux seuls boudent à l’écart et mangent sans gout. Pour passer le temps.

-       Nous repartiront demain a décidé le cheikh

-       Et quand t’arrêteras-tu ?

-       Quand la terre sera verte

Il faut alors que l’officier intervienne et lui explique qu’il ne doit pas aller plus loin. Rebrousser chemin, au contraire. À quarante kilomètres sur le route de Marrakech, un centre vient d’être aménagé pour recueillir et rapatrier les tribus en fuite. C’est donc vers Souk-el-Arba des Skour qu’il devra se diriger.

-       Là, il y a beaucoup d’orge, et de riz, et de légumes. Vous mangerez le couscous. Et on vous soignera. Car tu sais que nos vaccins empêchent de mourir.

Malgré ces promesses, le chef reste méfiant. Il regarde son troupeau, ses chêvres qui trottinent et semblent revivre.

-       Pourquoi veux tu que je retourne dans le Souss? Je te dis que la terre est morte.

-       Mais la France le sait. Elle vous donnera de quoi manger jusqu’à la prochaine récolte.

-       Fera-t-elle aussi pousser de l’herbe pour mes moutons ?

-       Non, mais tu ne garderas que ceux que tu peux nourrir. Les autres, on te les achète. Et la viande sera encore pour toi.

CONVAINCRE POUR SAUVER

Curieux marchandage dans ce campement de misère. Il faut les convaincre avant de les sauver.

L’an prochain, la récolte sera belle. Tes dattiers renaîtront.

Mais l’homme ne veut rien entendre. On devine , sous son silence, le projet qu’il mûrit: lever le camp la nuit même et fuir au Nord.

-       Ne renie pas ton pays, poursuit l’officier. La terre cache encore des trésors.

J’insiste à mon tour, faisant traduire:

-       Le prochain hiver, le ciel redeviendra sombre et l’Atlas sera blanc.

Nos images ne l’atteignent pas. Cela fait trop d’années que la neige ne blanchit plus les cimes et que les oueds se franchissent à pied sec. Rien ne poussera plus dans le Sud. Il le sait bien.

-       Pourtant, cette année même, ne m’as-tu pas dit que vous aviez vendu aux Anglais?

-       Oui. Des serpents;

Le Souss, dans ses flancs brûlés, ne cache plus autre chose, et ce printemps-ci les aroubia fouillant le sol n’en ont extirpé que ces vivantes racines: plusieurs centaines de viperes noires et de cobras, qu’un marchand de Londres a payés en douros. Leur seule récolte depuis la sécheresse.

Tordus de faim, ils attendaient la manne. Allah, impitoyable, ne leur a jeté que des serpents.

L’INVASION DES FAMÉLIQUES EST ARRÊTÉE

IL FAUT VAINCRE MAINTENANT UN INSAISISSABLE ENNEMI: LA FAIM

Comment arrêter une armée en déroute ?

Du Dra, du Tafilalet, du Souss, de l’Ouarzazate, des confines sahariens, les tribus fuient devant la famine, et par les pistes, le long des oueds, dévalant de l’Atlas, s’abattant au passage sur de maigres moissons don’t elles rongent les épis comme des nuées de sauterelles, elles cherchent à envahir le Maroc demeuré fertile.

Ces transfuges croyaient que de l’autre côté de la montagne ils trouveraient des paturages pour leurs bêtes, du travail pour leurs bras; or la sécheresse n’a guère plus épargné le vaste territoire des caïds du Sud; des Djebilets à l’OumEr Rebia, la plaine n’a pas Verdi. Ni blé, ni orge, ni fèves, ni maïs. L’eau ne chante plus dans les séguias du Haouz. Seuls les vergers bien irrigués du pacha et de quelques riches marrakchi ont normalement donné olives et oranges. Le reste est un desert.

Des fuyards épuisés se sont alors réfugiés dans MARRAKECH. Vendant le long des remparts leurs derniers moutons. Mendiant une soupe. Serrant entre leurs bras des enfants décharnés. Mais les plus tenaces n’ont pas cede. Évitant d’un crochet la capitale du Sud, ils ont continue vers le Nord. Avides, impatients, assoiffés. Déjà brûlés de maladies qui leur rendaient le pas plus lourd et l’oeil luisant.

LA BATAILLE POUR L’EAU

S’ils rencontraient un puits en chemin, leurs bêtes haletantes l’asséchaient en une heure. Et si les occupants criaient, on se battait à coups de pierres et de batons. Au passage dans les douars, ils cédaient quelques bêtes pour acheter du pain.

À n’importe quel prix. Dix francs un mouton. Parfois moins. Et ils repartaient obstinés, pour une nouvelle étape.

Si leurs colonnes faméliques atteignaient les grands centres, elles apporteraient le typhus. Ces villes, qui, déjà, regorgent de misère, ne pourraient contenir un tel afflux de malheureux. Les champs qu’on moissonne seraient aussitôt dévastés par leurs troupeaux amaigris. Coûte que coûte, il fallait donc maintenir et refouler cette invasion de la faim.

Photo: En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus et dévorés sur-le-champ

ENDIGUER L’INVASION

Le gouvernement du protectorat y est parvenu. Sans violence. On ne saurait trop louer l’oeuvre du general Noguès qui a mené cette lutte contre la misère comme un grand chef mène un combat. Il y avait à secourir le quart de la population: deux cent mille marocains dans le Maroc Oriental, quatre cen mille dans la région comprise entre Marrakech et l’Oum er Rebia, huit cent mille enfin de l’autre côté de l’Atlas. Ce miracle s’est accompli. À force de millions. À force de camions. Mais à force de courage aussi. À force de sacrifices.

Face au danger, des confins algériens aux rives de l’Atlantique, soixante douze postes ont surgi, rapidement aménagés par des contrôleurs civils et des officiers des affaires indigènes. Là, on arrêtait les colonnes de miséreux. On les sustentait, avant tout. La soupe fumant dans des marmites de troupe. On essayait aussi de sauver le bétail. Ou, plutôt que de laisser mourir ces moutons étiques, ces chèvres efflanquées, on les achetait vingt francs aux indigènes, pour leur en distribuer la viande, ne gardant que les peaux pour les vendre.. On réduisait ainsi l’effectif du cheptel, ce qui permettrait peut-être de faire subsister le reste du troupeau sur les pâturages rapés. En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus. Dévorés sur-le-champ.

LA CHARITÉ DES SOLDATS

Les pauvres aroubias mangeaient avec une telle voracité que les Français apitoyés, se cotisaient entre eux pour ajouter à leur ration. Tous les matins des officiers de Ouarzazate, prélevaient sur leur solde de quoi acheter du pain et des légumes aux noirs berbères du Dra.

Cela fera quelques soirées de plaisir en moins lorsque viendra la permission. Plus guère de superflu. Même un peu de privations. Et qui le saura ? personne…

-       Mais c’est si bon, monsieur, de regarder se rassasier un être qui a faim.

Ces postes de première ligne qui procèdent au triage, retiennent les contagieux et refoulent les valides sur leurs tribus. Ils ont si bien fonctionné que les deux grands centres d’hébergement aménagés en arrière de leur front pacifique – à Oued Zem pour les Confins et le Tafilalet, à Souk el Arba des Skhour pour le Souss et le Dra – n’ont reçu jusqu’à present qu’un petit nombre de fuyards, secrètement survenus par des pistes effacées.

La bataille contre la panique a donc été gagnée. Les régions restées saines ne seront pas envahies, Marrakech, Fès, Casablanca, ne connaîtront pas d’épidémies meurtrières, le Sud, dépeuplé, ne deviendra pas un désert. Mais ce n’est pas tout de ramener les populations dans leurs douars. Maintenant, il faut les nourrir. On a vaincu la peur. Reste à vaincre la faim.

LES CRÉDITS SONT INSUFFISANTS

Sanq doute, aux appels angoissés du protectorat, le gouvernement a tout de suite répondu en accordant quelques crédits. On a pu acheter du riz et de l’orge par milliers de quintaux, dresser des baraquements, multiplier les infirmeries de campagne, ouvrir des chantiers de travaux dans le Souss, l’Anti-Atlas, le Tafilalet, où l’on procède à l’équipement hydraulique, ainsi que dans les régions où sont prévues des routes nouvelles. Mais ce n’est pas assez.

Des soupes et des bons de pain, quelques milliers de francs jetés quotidiennement aux piocheurs ne sont pas suffisants lorsqu’il s’agit d’assister le quart d’une population. Plus d’un million de fellahs restent condamnés à mourir de faim si nous ne continuons pas à distribuer des vivres, et l’on estime à cinq cent mille le nombre de ceux qui seront entièrement à la charge de l’administration jusqu’à la prochaine récolte. À nous de les nourrir, de leur fournir des semences. Il faudra également prévoir une aide aux artisans des villes, qui ne trouveront plus à écouler leurs produits dans cette population ruinée.

Si, après avoir refoulé les tribus dans leurs douars, nous ne parvenons pas à les ravitailler, si la mort reprenait les transfuges sur la terre maudite qu’ils ont voulu fuir, nous serions responsables de l’horrible hécatombe et le prestige de la France ne s’en relèverait peut-être pas.

Pour fixer le marocain à sa terre, il faut lui donner la possibilité d’y vivre. Trouver ailleurs l’eau que le ciel lui refuse. Creuser des puits, endiguer les oueds, drainer l’eau souterraine par des khettaras semblables à celles du Haouz. Les portugais, quand ils s’établirent sur la côte, au XVIe siècle, ne parvinrent-ils pas, en irrigant, à faire surgir des oasis ?

IL FAUT VAINCRE UN ENNEMI INSAISISSABLE

À quoi bon avoir apporté la sécurité aux marocains si les troupeaux qu’ils élèvent grâce à nous sans craindre de razzias et, si les terres qu’ils cultivent sont à la merci d’un printemps torride ? Il faut vaincre à présent l’insaisissable ennemie: la sécheresse.

Les conquérants romains ont laissé sur le vieux monde plus d’aqueducs que de palais. L’exemple reste à suivrre. Mais la France ne doit pas ignorer que cet effort lui coûtera des centaines de millions, peutêtre enfouis à jamais dans les sables du desert.

Certes le Maghreb, au cours des âges, a subi d’horribles disettes (vieilles comme les vaches maigres des Écritures), mais les affamés d’autrefois ne poussaient jamais loin leur exode.

Dès qu’ils étaient signalés, les seigneurs des Kasbahs barraient les cols, les tribus du littoral et de l’intérieur s’armaient, les pachas des grandes villes levaient des troupes pour refouler ces bandes hagardes, et les pâturages restaient au plus fort.

La colonisation a ses fautes. Même ses crimes. Il faut à l’occasion proclamer sa grandeur.

DANS MARRAKECH-LA-ROSE OÙ LES FUYARDS DU SUD SE SONT ABATTUS, comme s’ils voulaient mourir où ils avaient aimé

Marrakech-la-Rouge. Non, le terme est trop brutal. Marrakech-la-Rose. D’un rose délicat de fleur fanée. De ces pétales qu’on retrouve entre les pages d’un livre.

De loin, on aperçoit ses remparts qui dominent le sable et prolongent la couleur. La pierre, la terre, les visages ont la même nuance. Cette peau moghrebine que le soleil a dorée.

Marrakech est un rêve, Marrakech est une proie. Les pâtres de la montagne comme les cavaraniers des oasis sont envoûtés par elle. Ville d’amour, ville de gain, ville de fête. Toutes les pistes y mènent, comme les veines vont au coeur.

De même qu’elle attire ces bêdouia du Sud, elle a toujours attiré les guerriers. Depuis qu’elle est sortie des sables, il y a bientôt mille ans. Les noirs mérinides du Sahara l’ont arrachée aux Almohades, les Saadiens venus du Dra s’en sont emparés à leur tour et l’ont rendue plus belle, les Alaouites pauvres et vertueux ont plus tard surgi du Tafilalet pour la punir, et quand, ce siècle même, le prétendant El Hiba a voulu se proclamer sultan, c’est d’abord sur elle qu’il s’est rué.

Elle est de tous les contes et de toutes les chansons. Lorsque le vent d’est soulève ses tourbillons, elle sourit derrière un voile d’ocre, puis, voluptueusement, le laisse retomber. Il faut s’approcher, s’approcher encore, pour connaître ses traits, déchiffrer ses yeux.

Photo: Vue générale de Marrakech

À Fès, en montant aux tombeaux des Mérinides, on peut suivre la ligne sinueuse des remparts, fouiller les cimetières, compter les minarets, tracer lointainement son chemin dans les meandres des souks, tandis que Marrakech ne laisse rien deviner. Allongée dans la plaine, elle se drape dans son manteau roux et attend, frémissante.

Fès se retranche, tortueux, hostile. Il faut le forcer, ruelle après ruelle. Marrakech, au contraire, s’abandonne, tout en se faisant désirer. Elle écarte ses voiles un par un, sans être jamais nue. On croit la posséder; encore une tunique qui tombe. À la manière de ces Chikates aux mentons tatoués qui s’engoncent sous dix robes, pareillement molles et brodées.

Elle paraît sèche et frémit de fontaines. Aride, et des bougainvilliers, des mimosas, des ifs, surgissent de palais ignorés. Ses jardins se dérobent au bout de longs couloirs en chicane, derrière d’énormes portes cloutées de bronze, où veillent des esclaves noirs et des serviteurs à turbans. Tout est surprise. Même les chiffres. La capitale du Sud compte deux fois plus d’habitants que celle du Nord. Mais moins visibles. Moins pressés. Au lieu d’une forteresse, un caravansérail. Ville de nomades qui, d’une heure à l’autre, pourraient repartir, ne laissant derrière eux que des murs d’argile et quelques mosaïques perdues sous les jasmins.

Ville sans ruines, donc sans âge. Ces coupoles à stalactites, ces revêtements bleu turquoise peuvent être aussi bien d’hier que du régne d’Ed Dehbi. Depuis des siècles, des artisans les recommencent avec les  mêmes outils, sur le même dessin. Le marbre devenu trop cher, on reconstruit en plâtre, et l’éphémère prend un aspect d’éternité.

Marrakech qui se dessèche au soleil, s’effrite et tourbillonne, meurt ainsi en poussière et renaît de son passé. Perpétuellement rose, coiffée de palmes et fardée de clarté.

MARRAKECH EST UNE COURTISANE

Je la regarde d’une terrasse, à l’heure où les premières lampes s’allument sur la Djemaa el Fna, tirant de l’ombre la silhouette des bateleurs; je la regarde, étourdi de musique, de cris, de chaleur, et soudain, je trouve sa resemblance: Marrakech est une courtisane. Parée de bijoux sur un corps saharien.

Est-elle riche, ou n’est ce que du clinquant ? On ne saurait dire. Comme de ces petites prostituées dont les vingt ans transmutent en or le métal ouvragé d’une main de fatma.

Dans les Kasbahs et sous la tente, les Berbères ne rêvent que d’elle, de ses musiciens, de ses conteurs, de ses sorciers, des moutons qu’on rôtit sur la place, des chevaux qui galopent sur le Souk El khemis et des “filles de la douceur” qui sourient en préparant le thé à la menthe du bout de leurs doigts teints de henné. Ils peinent des mois, grattent le sol, assèchent les puits, parcourent le désert pour venir gaspiller ici leurs douros en une nuit, à l’époque de l’Achoura, quand la ville retentit de tambourins.

Cette fois, n’ayant plus rien, ils sont venus quand même. D’un pas accoutumé. Fascinés par la Koutoubia qui dresse dans le ciel son minaret à trois boules d’or. Mais l’or qu’avait offert la femme d’El Mansour renonçant à ses bijoux est devenu du cuivre, et c’est peut-être pour punir les fils des ravisseurs que le Souss privé d’eau agonise.

Où leurs pères entraient victorieux, le fusil sur la cuisse, ils arrivent à bout de forces, cherchant des yeux la fontaine. L’eau scintillante du porteur d’outre, l’eau murmurante des jardins.

Il en est venu mille, puis dix mille, puis vingt. Ils se sont aussitôt perdus dans la multitude, comme des ruisseaux dans la mer. Rien ne les signale plus aux yeux européens, que parfois une loque bleue qui surnage: la robe d’une femme chleuh.

Ou, si l’on observe de plus près, d’horribles faces amaigries, des membres sans chair, prêts à casser.

ICI, ON NE REMARQUE PAS LA MISÈRE

Sous d’autres cieux, une telle misère crierait. Ici, on la remarque à peine. Guenilles et djellabas se confondent. Assis sur le même banc, le mendiant et le chaouch mangent la même soupe d’orge et, tout à l’heure, le gros marchand qui s’éloigne à dos de mule, ne dormira guère mieux, sur ses coussins de cuir, que ce miséreux contre le mur.

On dirait que le soleil atténue la détresse, comme il cicatrise les plaies. Dans le Sud, il consume. Ici, il se contente de tiédir la Pierre où l’errant posera sa tête lassée.

Depuis cette invasion, les souks ne sont plus qu’une plainte.

- Baraka allâh ou fik ! Que la bénédiction d’Allah soit sur toi!

Ils remercient pour recevoir: c’est leur façon de mendier. Mais derrière ces meskines qui connaissent la formule et prennent des tons geignards, il y a les vrais meurt-de-faim. Ces Soussi farouches, ces vieilles brisées qui se tiennent à l’écart. Il faut qu’ils apprennent à tendre la main, et les petits guenilleux qui s’agrippent ne savent même pas dire qu’ils ont faim.

Lorsqu’ils ont fini de trainer par les ruelles entortillées de la Médina, ils vont s’étendre le long des remparts. À Bab el Khemis où ils verront au moins passer des bêtes, souvenir de leurs troupeaux perdus. Ou bien ils disparaissent dans la palmeraie et creusent les buttes durcies d’immondices, pour en tirer des os qu’ils iront vendre. Parfois, des batailles éclatent autour de ces affreux gisements. Ils fouillent comme des chiens. Sans outil. De leurs pattes crochues. Le charnier les nourrit.

Au jour déclinant, la ville se ranime. Les carossas à tente blanche amènent les tourists des hotels et la chasse reprend.

- La bénédiction d’Allah soit sur toi !

Aura-t-il assez de Baraka pour les récompenser tous ? Chacun fait ce qu’il peut. Le Français donne pour apaiser l’âme; le musulman pour se concilier Dieu. Que seraient devenus ces malheureux sans leurs aumônes ? Certes des crédits étaient ouverts, des secours promis. Mais la faim n’attend pas.

LA JOIE POUR TOUS

Avec un bol de soupe gluante, un peu de pain, quelques dates, ils sont rassasiés. Et les voici revenus sur la Djemaa el Fna, mêlés à la foule indigène. Ici la joie est pour tous.

Des centaines d’écrans sont dressés, abritant les éventaires de leurs boucliers de roseaux. Tout est doux pour les yeux: oranges qu’on sent juteuses, babouches brodées d’or, piles d’étoffes bariolées. Pour les narines aussi: les pains de froment que les femmes tiennent au chaud dans leur panier couvert, les herbes odorants qui remplissent des couffins et ces brochettes de mouton qui grillent sur des feux en plein air. Le miséreux s’y grise, rien qu’à sentir et à regarder. Une immense fête qui ne finit jamais.

Des autocars, à tout instant, déversent d’autres curieux qui roulent peut-être depuis l’aube, serrés sur l’impériale comme un informe ballot blanc. Les becs à acetylene s’allument plus nombreux avec les étoiles.

Où courir ? Le spectacle est partout. Le marchand d’orvietan qui sert ses remèdes paresseusement, du bout de sa cuiller à long manche: poudres de couleur, plantes séchées et cette peau de crapaud qui tentera un riche. Puis ces  savants barbiers qui posent des ventouses derrière l’oreille pour sucer le sang des fiévreux et crachent de côté une salive rougeâtre. Le diseur de bonne aventure, entouré d’un cercle craintif. Le marchand d’images de La Mecque, qui chantonne ses légendes. Mais surtout ces fameux baladins de Marrakech, célèbres du Rif au Sahara.

PROCHAINEMENT LA SUITE DU TEXTE DE ROLAND DORGELÈS SUR MARRAKECH AU DÉBUT DE L'ÉTÉ 1937

IL Y A SEULEMENT 80 ANS...

08 septembre 2017

ILS NOUS ONT QUITTÉ - FAIRE PART DE DEUIL

GÉRARD GUI

Notre président Robert Lucké nous communique la triste nouvelle du décès de Gérard. Il a été enterré dans la terre marocaine au cimetière européen de Marrakech le lundi 28 aout après un service religieux à l'église des Saints Martyrs. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à Christiane son épouse, à ses filles et à ses amis. Les anciens élèves du Lycée Victor Hugo disent leur sympathie à Corinne et Patricia.

Gerard-GUI-en-famille-avril-2019 Le nom de Gérard GUI est associé à la Pharmacie de l'Atlas autrefois située 212 avenue Mangin/MV. Mais sa maison était dans le quartier El Ghoul. Son installation en région parisienne n'a pas réussi à lui faire oublier Marrakech. C'est lui qui a demandéà être enterré dans la Ville rouge.  Ceux qui le souhaitent pourront rappeler dans les commentaires les souvenirs qu'ils aimeraient partager à propos de Gérard et de sa famille.

Henriette DARMANI:

Daniel ARBACETTE, nous communique le décès d'une ancienne du Guéliz.

" Je viens avec un peu de retard informer tous nos amis marrakchis du décès de ma tante Henriette, née Darmani, épouse du frère de mon papa, François, décédé très jeune en 1942, deux mois après la naissance de son fils Jean Pierre !
Elle était arrivée à Marrakech en provenance d’Algérie (Bône-Annaba) et travaillait aux économats de l’Armée lorsqu’elle a épousé François Arbacette.
Ils ont eu Francine née en 1939 et décédée, elle aussi très tôt dans sa vie, en 1980, à Marseille où toute le famille était rentrée…
Ma tante Henriette avait entre temps épousé, en seconde noces, un charentais d’une grande gentillesse René Gaborit, décédé en 1980, mais tous ces événements familiaux, tristes voire tragiques, l’ont déterminé d’une façon incroyable à résister et à mener jusqu’au bout 
sa philosophie de vie puisqu’elle avait le bel âge de 104 ans lorsqu’elle nous a quitté le 04 aout 2017 à Marseille.
Elle avait un frère ainé Jean et deux soeurs Yvonne (Chouraud) et Juliette (Lebre) disparus avant elle la petite dernière de la famille Darmani. 
J’ai retrouvé une photo de ma tante dans l’album de mes parents que je joins et qui j’espère, apportera quelques souvenirs aux anciens du Gueliz.
Avec toute mon amitié, D@niel." 

Arbacette36 Merci à Daniel de nous avoir informé de ce départ, pour notamment ceux qui ont connu Henriette et ses proches. Nous adressons nos messages de sympathie aux familles Darmani, Arbacette et Gaborit.

Juliette-Beullac-100

Juliette BEULLAC-PRÉVÔT dont nous avions fêté les 100 ans (Voir le lien : Juliette BEULLAC) est décédée à 103 ans à Dijon le 31 mai 2017. Nous ne l'avons pas su plus tôt car sa fille Bernadette avec qui nous avions le contact est décédée avant elle. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à François Prévôt et Barbara Prévôt ses enfants ainsi qu'à ses petits enfants: Anne Marie et Jacques Duley, Cécile Prévôt, Odile et François Evrot-Carrican, ainsi que toute sa famille et à tous ses amis qui l'ont connue comme institutrice ou cheftaine de jeunes scouts. 

ets-Jm-carrion

Nous avons appris le décès de Jean-Marie CARRION, par son frère: "Je vous informe du décès de Jean-Marie CARRION à l'âge de 80 ans en décembre 2016." Son frère Gilbert.

Jean-Marie CARRION, dit "Jeannot", né le 18 mai 1936 avait créé une activité de réparation automobile, 1 route d'Ausonne à Seilh dans la proximité de Blagnac et Toulouse. Il est décédé le 22 décembre 2016. Nous adressons nos condoléances à Sandrine CARRION ainsi qu'à tous ses proches.

Joseph-et-Antoinette-Montoya

Monsieur Joseph MONTOYA effectua une partie de sa carrière à Marrakech.

Né à Beni Saf en Algérie le 14 avril 1915 il est décédé à Carpentras le 16 juillet 2017 à l'âge de 102 ans. 

Il a accompli une carrière militaire à Oran ,Tiaret, Marrakech, Naples au sein du 2 ème Regiment de Tirailleurs Algériens, puis au 151 ème régiment d'infanterie de la première armée Française "Rhin et Danube" du général de Lattre de Tassigny.

Il termine sa carrière militaire à Metz comme adjudant-chef, il est titulaire de plusieurs citations et décorations dont la médaille militaire.

En 1943 il avait épousé à Béni Saf Antoinette LUQUE. Ils eurent deux fils ,trois petits enfants et une arrière petite fille.

Il connut une seconde carrière de secrétaire greffier au tribunal de Carpentras. Il est parti à la retraite en 1980. Les marrakch'amis adressent leurs condoléances à Madame Antoinette Montoya ainsi qu'à toute sa famille.

Les anciens du Lycée Mangin et ies élèves de l'école de la Targa apprendront avec tristesse le décès d'Hervé FALKENRODT à 75 ans en février 2016 à Bordeaux.

Hervé-Falkenrodt-1957

Les Marrakch'amis expriment leurs condoléances à Mme Frédéric FALKENRODT, sa mère, Mme Hervé FALKENRODT, son épouse ; M. et Mme Franck FALKENRODT, M. et Mme Geoffroy FALKENRODT, M. et Mme Thomas FALKENRODT, ses enfants ; Alexandre, Charles, Antoine, Auguste, Armand, Dimitri, Hadrien, Paulin, Brune, Malo, ses petits-enfants  ainsi qu'à M. et Mme Gérard DIDES, M. et Mme Edouard LACOSTE, M. et Mme Eymeric LACOSTE.

Chacun peut écrire des condoléances ou des souvenirs dans les commentaires au bas de cette page. De même ajouter un "Faire part" pour informer les anciens de Marrakech du décès d'un proche.

 

 


04 septembre 2017

LE SITE LE PLUS COMPLET SUR LE LYCÉE MANGIN DE MARRAKECH

NOUVELLES PHOTOS DE CLASSE, NOUVEAUX NOMS DE PROFESSEURS, MEILLEUR RÉSEAU D'ANCIENS ÉLÈVES...

Le site Mangin@Marrakech s'enrichit régulièrement de photos des anciens élèves et professeurs du Lycée Mangin. Le lycée Mangin a fonctionné sous ce nom entre 1937 et 1961; avant il y eut le "Collège de Marrakech" et après, dans d'autres locaux, le lycée Victor Hugo. 

LE PROFESSEUR FROISSART PARTICIPE FIDÈLEMENT AUX MOUSSEMS DES ANCIENS DE MARRAKECH 

Froissart Prof-Froissart-2014 06 15 Moussem 

Nous le retrouvons avec plaisir chaque année

D'autres professeurs gardent le contact avec leurs anciens élèves du Lycée Mangin

PROFESSEURS DE LANGUES VIVANTES EN 1954

Honneur à nos professeurs de langues vivantes. Ceux dont les noms vont suivre étaient en fonction en 1954, certains depuis plusieurs années:

Mlle Odette Polezzi, professeur d’allemand

M. Paul Serra professeur licencié d’Anglais
M. Bouzari Ahmed ben Ahmed chargé de cours d’arabe 
Mme Hamann Jacqueline, professeur d’espagnol
M. Fontanel Yvan, chargé d’enseignement espagnol
Mlle Henriette Borgne professeur de ?
Mlle Georgette Boshoff, professeur d’anglais 
Mlle Lamaysounoube, professeur auxiliaire d’anglais 
Mlle Mahez, Genevieve, professeur d’anglais
M. Maral Harold, professeur licencié d’anglais, avenue Poincaré - Guéliz
Mlle Solange Pennettier, professeur d’anglais, 66 rue Clémenceau - Guéliz
M. Rousseau Alfred professeur agrégé d’anglais
M. Rousseau Marcel, chargé de cours allemand 
En 1950, Mr Jean Boucher est professeur au Lycée Mangin qui dira dans quelle matière ?
DOUZE NOUVELLES PHOTOS DE CLASSE AVEC LES NOMS DES PROFESSEURS ET ÉLÈVES
Les noms des élèves nous permettent de retrouver les adolescents de Marrakech des années 40 et 50. Certains sont aujourd'hui grandmère ou grandpère. Retrouvons leurs noms et leurs visages d'autrefois. Certains ont fait connaître leur email au blog, ils peuvent être joints.
PHOTO DE LA CLASSE DE CINQUIÈME 4 - ANNÉE 1946-1947 avec Mme WACHSMUTH

lycee mangin - 5e4-1946-47 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: X, X, Yvette BENNOT, Nenette COHEN, Marie LINARES, X, X;

Deuxieme rang: X, Léa WEBER, X, X, Marcelle DAHAN, X, X, X, Ginette HURET, X;

Troisième rang: X, X, Hélène NEGRINI, X, X, X, Rolande BRUNET, Carmen AUMELIN, X, Lisette FOTIS;

Rang devant: X, Huguette ZRELLI, X, Mme WACHSMUTH professeur de maths, Marie-Thérèse MUSA, X, X.

PHOTO DE CLASSE DE CINQUIÈME - ANNÉE 1949-1950 avec Mr DURISY

lycee mangin - SM6-5e-1950 De gauche à droite et de haut en bas:

Rang du haut: OUISFIT, BENHAIM, BENAMOU, X, GREMILLET, NEUST, SALGON, RUELO, REY, PRUNIER, BITON, AMZALLAG, RATIER, DJAMAL DINE;

Rang du milieu: NEGGIA, LUCAS, DAHL, AUBIN, LOUNIS, BERGER, AZAN, HARTMANN, DUPIN, JOUANDON, René SINTÈS, Le Chaouch: SALEM.

Rang du bas: KRAVCHENKO, René CAUMER, ASSOULINE, Yvon CHAIR, GLIMOIS, HARBOUB, BENZAKEN, Mr DURIZY professeur de dessin, Mustapha AMALOU, Jean-Claude HOUSSARD, Jacques BOYER, Michel LANGLADE, Pinhas BENAYER, MULAHERT;

Essayons de retrouver les prénoms et ajoutons-les dans les commentaires. 

PHOTO DE LA CLASSE DE TROISIÈME 5 DE 1952 AVEC M. PORTA

lycee mangin - SM-1952-3e5 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: CHRETIEN, Jean-Jacques JEUNEHOMME, Gérard LÉVY, Maurice RODRIGUEZ, Jean-Pierre MRECHES, Ahmed TOUNSI

Rang du milieu: INNOCENTI, PROST, HARDY, DRAY, AQUAVIVA, MALLAPLATTE, OLLIVIER, Jacqueline VINCENTI, Claudine SEUFFER, Ninette ATTAR (qui a écrit son Chkoun Ana)

Rang assis devant: BOUSSAROQUE, HIERNAUX, Maria HUTIN, Marthe MARTI, Mr PORTA, professeur de maths, HAZAN, SIBONY, Christiane STOJKO.

Merci de rajouter les prénoms dans les commentaires. Une photo plus nette serait la bienvenue.

PHOTO DE CLASSE DE SIXIÈME 5 - ANNÉE 1952- 53 

lycee mangin -6e5-52-53 Nous n'avons pas les noms par rangs, nous demandons aux lecteurs du blog qui reconnaissent les visages de remplacer les X, par des noms dans les commentaires:

Rang du haut: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X;

Rang du milieu: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X;

Rang devant: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X.

Nous avons des suggestions de noms, mais non localisés: CHIRON, JACQUES, CORMIER, R. BELKAHIA, FRANCESCHI, FRANTZ, MEYER DE WITTE, DUMINY, S. ABERGEL, R.BENNOT, Susie LINCOLN, GUILLE, Jacqueline ABT,..

PHOTO DE CLASSE DE QUATRIÈME - ANNÉE 1953-54 avec Mlle CLER

lycee mangin - SM6 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: X, GARNIER, X, TOURRET, Abdelkrim BÉNIS, Gérard ACHIM, Michel BERQUE, X, X, ALLOUL, FIDÉLE, PASQUIER, HARROSCH, OBADIA, André ABITBOL; 

Rang du milieu: X, Michel DOSNON, FAURE, J.R. ADISSON, CHESNY, PHILIPPE.

Rang devant: F. PHILIPPE, J. BERNARHDT, Michèle GÉANT, Liliane WOLFEL, Mlle CLERC professeur de français, Anne-Marie RAMPILLON, Christiane PERRONI, Colette GRANIER, Lyliane BORREL.

La photo est abimée, si vous en avez une meilleure, le blog fera l'échange.

PHOTO DE LA CLASSE DE SIXIÈME A2, année 39-40 avec Mlle MARTIN 

LM-6e-39-40 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: Pierre FAUCHET, Sergine VAN DE RICHT, Marie-Madeleine MARCHI, Andrée POURTEAU, Joseph PICKERMAN, Louis CASSAN, Charles SANTORY, Georges LECLERC; Rang du milieu: Françoise HENNION, Suzanne REPLAT, Andrée JUNCAS, Simone MALLIE, Jacqueline GINGALE, Hélène CHOMERAT, Simone DURANT, A. BIZAIN,  Huguette WALL, Yvette CORBEIC, Jacqueline PRADEL, Odette ANTOINET;

Rang assises devant: Mireille DENIS, Jeanine CERDA, Yolande CAREAU, Georgette BRUNEAU, Élise HONORAT, Jeanine VIALLON, Mlle MARTIN, Georgette DUBOSO, Elisabeth CAMBELL, Odette SCHAFERLING, Odette PETIT, Marcelline MAY, Odette BRUS.

PHOTO DE LA CLASSE DE 5e C, ANNÉE 1940-41 avec Mme THIERY

 lycee mangin -5EC-1940-41 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: André CAPELLA, Liliane POUVREAU, Jeannine FOULON, Huguette LAPRUN, Marcelle VACA, Lisette TINES, Hélène PUZENAT, Lucile BESSON, François FRANCESCHETTI;

Rang du milieu: Émile BARDIN, X, Gilbert JOUANDON (Titi), Pierre LOUVRIÈRE, Fernand IBANEZ, Louis TORRENTE (Ptit Louis), Yves Henri MARTIN, Armand CALABUIG, Fernand OGE, Jacques BENHAIM;

Rang devant: Jacques SEIGLE, X, Edmond Mikaelides, Andrée BESANA, Yvonne SOULIER, X, Mme THIERY professeur de maths, Roger KERBIDI, Gilbert BRUNEL, Marcel MOREAU, Jacques SPYNS.

PHOTO DE LA CLASSE DE 4e 3, ANNÉE 1952-53 avec Mr QUERANCI

lycee mangin - SM6-4e3-1952-53 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: ELGRABLI, Odile GUARIGUEZ, Suzanne MARIA, Lucienne FÉLICIAN, Christine LARAUD, Bernadette LABOURDETTE, Mireille X;

Rang du milieu: Mireille NEGGIA, Claudine FIEVET, Renée PICHOT, Danielle BERTHELEMY, Liliane HAZAN, Ginette HEINZ, Marie-Claude JAUPITRE;

Rang devant: Monique BUISSON,Micheline BERTRAND, Danièle HEGLY, Claude MENDEZ, Monsieur QUERANCI, professeur de maths, Nicole GUENIN, Françoise JAUPITRE, Françoise SANSON.

PHOTO DE LA CLASSE DE TROISIÈME 2 CLASSIQUE, ANNÉE 1957 avec Mme MANDON

arbousset-verschod-Manton-lm-1957 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut:  M THOMAS, Marie-Christine JULLIEN, M JOUFFROY, G VERSCOOTE, F GUENIN, Renée BÉNOT, J PEREZ 

Rang du milieu: Marie Odile SARAN, Annie DUBREUIL, S AFILALO, Colette DERVAUX, Sybille de MECKENHEIM, D MEYER 

Rang devant: M ELGRABLI, GOLDENBERG,  M T RUIZ, L ELMOZNINO, Mme MANDON professeur de Sciences, H Huguette ALFASSI, M LARDIER, Michèle MASSON, Anne CADART

Merci de compléter les prénoms dans les commentaires.

UNE CLASSE DE TERMINALE APRÉS GUERRE : 1947 

LM-mixte-1947 3 On remarquera la mode des vêtements et des coiffures - ajouter les noms dans les commentaires

PHOTO DE CLASSE DE SIXIÈME- ANNÉE 1938-39 

LM-38-39-Geronimi De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: LECLERC, MOREAUX, CHAMPIONNAT, FOUCHÉ, RIFTEIN, LABELLE, MALHOMME (fils), DOBROVITCH, Claude MASSA, CASSAING, MUSY, GRIMAL; Rang du milieu: CHARRIER, CARON, PABST, André JULLIARD, GASUN, BERNHARD, Charles SANTORI, Yves MARTIN, J-Pierre GÉRONIMI.

Rang du bas: LEBARON, André LECCIA, Pierre LOVICHI, RIBES, SROUSSI, ILLA, CREUSET, GONSALES, BILLOUT, CONSTANTINI, BILLOUT, AVERTY, AZRAN.

PHOTO DE LA CLASSE DE PREMIÈRE EN 1935-1936 

lycee mangin - SM-35-36 De gauche à droite et de haut en bas:

Rang des garçons: Pierre HONORÉ, Joseph ADDAD, Roger ANDRAULT, Henry LASSALLE, Jacques CLAUDE, Roger FLECCHIA, Guy FRIGGERI, Roger BRINDEJONC, Louis FABRE, Henri CORNET, Joseph AZRAN, Jacques RAT.

Rang du milieu: Jeanne APPOLLONI, Lucette ENARD, Esther BÉNISTY, Hélène ZRIHEN, Micheline BATARD, Adrienne MARCELIN, Marie-Louise LATRON, Yahne GRATZMULLER, Madeleine BORDENAVE, Dina ELKAIM, Georges MERME (en partie caché);

Rang devant: Renée ARRIBE, Andrée ROUSSEL, Françoise FAURE, BAULIEU, Marguerite X, Micheline DETRAZ, Jacqueline REVILLARD, Mlle CARASSOU, professeur d'Anglais, Marguerite BIZIER, Colette AGERON, Marguerite ATTAR, Yvonne LASSALLE, Marie-Thérèse FUMEY, Aline PAUGAM, Yvonne PRADEL. 

Ce sont nos anciens, à l'origine du Lycée Mangin.

Avant il y avait le Collège de Marrakech. Voir le lien: Collège de Marrakech

LES PENSIONNAIRES DU LYCÉE MANGIN

Les internes venus principalement de Safi et d'Agadir avaient une part importante dans la vie du lycée. Le blog a déja publié des photos de l'internat.   voir ce lien : Internat années 50 

LE RÉSEAU DES ANCIENS DU LYCÉE MANGIN EST PLUS COMPLET

En effet le blog Mangin@Marrakech ne parle pas seulement de classes d'élèves, mais aussi des adresses des habitants par quartiers et par rues, des activités sportives extrascolaires, du théâtre et autres activités culturelles,.. des communautés religieuses, du scoutisme, des sorties à l'Oukaimeden, Oualydia, Sidi Farés, Ouirgane... Il parle aussi des événements politiques qui ont eu une incidence sur la vie scolaire. Un grand MERCI à ceux qui aident le blog Mangin@Marrakech à rester le premier site internet du Lycée Mangin en envoyant des photos et en rajoutant des informations dans les commentaires.

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26 août 2017

FEMME ET ARTISTE PEINTRE À MARRAKECH EN 1929-1933 - MATHILDE ARBEY

MATHILDE ARBEY, UNE DES PREMIÈRES FEMMES A PLANTER SON CHEVALET DANS LA VILLE ROUGE

Beaucoup d'artistes peintres de sexe masculin ont exercé leur art à Marrakech dès le début du XXe siècle. Le Maréchal Lyautey a encouragé les artistes en créant des concours et des prix. Son but était de faire connaître le Maroc, son charme, ses atouts et l'art de vivre des marocains. Le blog a présenté plusieurs de ces artistes, ainsi qu'une femme Jeanine Guillou aussi artiste peintre, d'abord épouse du peintre d'origine polonaise Olek Teslar, puis d'un autre peintre Nicolas de Staël d'origine russe rencontré à Marrakech. Mathilde et Jeanine ont pu se connaître, mais Mathilde est arrivée la première à Marrakech en 1929. 

ARBEY-mrk-1932-La-MenaraMathilde Arbey aime les couleurs moirées, elle privilégie l'impression générale sur le détail. C'est particulièrement visible sur la silhouette de l'Atlas, qui n'est pas exactement celle que connaissent les marrakchis.

Peu d'artistes hommes se sont intéressés aux POUPÉES qui font partie de la tradition d'accueil des marrakchis à de hautes personnalités. 

Marrakech_Les-Poupées-1929-32-Mathilde_Arbey  Les femmes restent assises pendant de longues heures en attendant la personnalité et son cortège, elles ont habillé les poupées de vêtements de fête, mais ce sont les hommes du premier rang qui font danser les caftans et leurs couleurs. Les femmes, elles, papotent et se préparent à lancer leurs youyous lorsque le récipiendaire apparaîtra.

Marrakech_Place-Djemaa-el-Fna-1932-Mathilde-Arbey La place Djemaa el Fna en fin d'après midi. Quand les ombres s'allongent, les chalands se lèvent de leurs siestes.

Mathilde--Arbey-MRK-1930

Mathilde ARBEY, née en 1890 est au début de sa quarantaine quand elle s'installe à Marrakech. Ses oeuvres y sont datées de 1929 à 1933.

Promenade à Marrakech. Femme, elle met en valeur la femme marocaine, sans oublier totalement l'homme marocain. Elle utilise volontiers le pastel pour mettre en valeur les couleurs de Marrakech.

Elle s'est formée à l'École des Beaux Arts de Paris avec les Maîtres Jean-Paul Laurens, Fernand Humbert et Fernand Sabatté. Elle s'est distinguée dès le début de ses études et obtient des bourses pour les poursuivre. Elle expose à Paris dès 1919, et peu après sa venue au Maroc, elle obtient la médaille d'or des artistes français en 1930, pour un portrait qu'elle avait réalisé avant sa venue au Maroc.

Mathilde-arbey-Prix-1930Reproduction en noir et blanc sur carte postale du portrait primé

Après Marrakech elle ira à Rabat et Salé, Tunis et Kerouan, puis Bruges. Longtemps célibataire, elle se mariera tardivement à Maurice Miniot (juillet 1941), peintre comme elle, mais moins célèbre.

Son atelier est à Paris-Auteuil, qu'elle a installé au 57 rue Chardon Lagache.

Arbey-Cypres-de-Dar-Moulay-Ali-009 Femme marchant aux abords des cyprès de Dar Moulay Ali (résidence du chef de Région, à l'époque, le général Catroux).

Notre peintre laisse les charmeurs de serpents, conteurs et acrobates à ses collègues masculins. 

Arbey-Halka-MRK-010

 Jeunes chanteuses sur La place

Mathilde Arbey expose à différents Salons annuels de Paris :
-Le Salon d'Automne entre 1919 et 1924,

- Prix de la Cie Paquet en juin 1929, Prix de la Cie de Navigation mixte en 1931
-Le Salon des Tuileries en 1931,
-Le Salon des Artistes Français où elle obtient dès 1913 la mention honorable, et la médaille d'or en 1930,

- Médaille d'argent pour l'Exposition Universelle de 1937

Arbey-Mrk- souk-el-khemis

Le marché des tapis du côté de Bab El Khemis

arbey-mathilde-mrk-femme-de-marrakechNotre peintre s'intéresse à la silhouette féminine des marocaines et à leurs vêtements.

Femme de Marrakech

Mathilde illustre de ses oeuvres plusieurs ouvrages de Camille Mauclair sur Marrakech (1933), Rabat-Salé (1934), Tunis et Kairouan (1936), Bruges (1938) tous édités par Henri Laurens.

 

Elle est sensible à la situation des handicapés de la vie.


Arbey_mrk_5_aveugles  Cortège d'aveugles

Mathilde-Arbey-AutoportraitAutoportrait: Mathilde Arbey devant un chevalet- Prix Claudio Castelucho-Diana

Arbey-mrk-abreuvoir-65 A l'abreuvoir près des remparts

Arbey-Mrk-Bab-Djedid-004 En 1930, la porte de Bab Djedid, celle qui s'ouvrait vers le sud-ouest et la Ménara existait encore. Mais, trop étroite pour laisser passer un trafic  de plus en plus intense, il fut décidé d'élargir le passage et de la démolir.

Bab Djedid 

Grâce à Mathilde Arbey, nous en avons le souvenir.

Arbey-MRK-bab-Doukkala-005 Vers Bab Doukkala

Arbey-Mrk-femmes-dans-la-rueFemmes dans la rue 

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  Fontaine Sidi-El-Hassane et marchand d'eau au Mouassine

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Femmes se rendant au cimetière.

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La Koutoubia, effet du matin 

Arbey-mrk-remparts

 

 

Les Remparts et l'Atlas enneigé.

Arbey-mrk-marabout-decembre-1929

Un marabout en décembre.

Arbey-mrk-tombeaux-saadiens

Femmes aux tombeaux Saadiens 

Arbey-MRK-Toits Les terrasses et l'Atlas.

Arbey-MRK-Un-Patio-125Femme dans un patio.

ARBEY-MRK-uneRue007 Une rue de la Médina

Arbey-Petits metiers

Petits métiers 

mathilde-arbey-dans-le-souk-de-marrakech

Une rue de la médina

Dans les souks

Dans les souks

Après ce voyage à Marrakech autour de 1930, nous remercions Mathilde Arbey pour son art évocateur de souvenirs.

Si vous avez aimé (ou détesté) certaines de ces oeuvres, vous pouvez enrichir ce blog de vos commentaires.

Si certains anciens marrakchis trouvaient dans leur héritage d'autres oeuvres de Mathilde Arbey, le blog les publiera volontiers.

 

10 août 2017

KERMESSE 1958 - ÉGLISE PROTESTANTE SANS PASTEUR POUR UN AN - BAPTEME DE MONICA

LA PRESSE REND COMPTE DE LA KERMESSE DE JUIN 1958 ET ANNONCE LA VENUE DU PASTEUR DANIEL LESTRINGANT

La Vigie Marocaine du 6 juin 1958 rapporte:  La kermesse qui s’est déroulée pendant toute la journée de dimanche, dans le jardin et les locaux de la Paroisse de l’Église réformée de Marrakech (EEAM), avenue Barthou, a connu son splendide succès habituel.

journal-kermesse-mrk-EEAM-58

Le mérite en revient à un comité aussi dévoué qu’expéri-menté et actif. L’affluence a été énorme, sans interruption, avec une proportion considérable d’enfants dont les cris joyeux ajoutaient à La réunion une fraîcheur et un charme de fête.
Les jeux ne manquaient pas: lapinodrome, boules, jeu de massacre, tirs, stand du Rhin, bar, salon de thé marocain avec fines pâtisseries.
On pouvait traiter d’avan-tageuses affaires, agrémentées du sourire des vendeuses, au comptoir des fleurs, de l’épicerie, des ouvrages de dames.
Le réconfort gastronomique ne faisait pas défaut, à midi et le soir. Simon (le boucher-charcutier Fankhauser), aidé de Bertrand (le photographe) avaient magistralement cuisiné une choucroute de première classe et, hors programme, une alléchante fondue. 
Le salon de peinture

Jacques-Majorelle-Kasbah-de-l'Atlas-l

Avec une belle générosité, les artistes de Marrakech avaient offert des oeuvres de valeur à la kermesse: un tableau de Jacques Majorelle, acquis par M. Paul Jorion, consul général de France, quatre tableaux de Ch.-O. Holbing, dont une casbah, acquise par Lady Steel Midland, un dessin de Rose Ercole, un tableau de Belami, deux tablotins de M.-J. Revel.
Les personnalités La kermesse a été honorée de la présence du pasteur Clot, venu de Casablanca, de M. Paul Jorion consul général de France, M. Carton, consul de France, M. Wachsmuth, vice-consul de Suisse, M. Géminel, vice-consul du Portugal et Mme Géminel, le R.P. Edmond (paroisse des Saints-Martyrs), Lady Steel Midland, commandant Jouffroy, major de la garnison, et Mme Jouffroy.

On entourait beaucoup le colonel Kocher, ancien chef d’Etat Major de la Division de Marrakech (1947-48), qui à la place du pasteur avait officié au culte du matin au Temple de l’Hivernage.

La paroisse de l’Église protestante (EEAM) va recevoir son nouveau pasteur
Au cours de cette semaine la paroisse de l’Église protestante de Marrakech va recevoir son nouveau pasteur, M. Daniel Lestringant venant de Kénitra.
Nous lui présentons nos souhaits respectueux de bienvenue. Il succède à M. Le pasteur Jean de Mondenard, qui a quitté depuis plusieurs mois notre ville où il a laissé de profonds et durables souvenirs - ainsi que de très nombreuses amitiés.
(La Vigie, édition de Marrakech, 6 juin 1958).

Pasteurs-EEAM-Maroc Deux couples pastoraux incognito à Casablanca - A gauche Pasteur et Mme Lestringant à droite Pasteur et Mme de Mondenard. 

Historique résumé des protestants à Marrakech

Dès 1890 un culte protestant fut créé à Marrakech, mais en anglais. La Southern Morocco Mission de Glasgow avait formé une petite communauté en médina autour d'un dispensaire de soins médicaux pour les marocains, notamment pour les mères marocaines qui accouchaient, et pour les enfants à vacciner ou à soigner; le dispensaire était situé Derb Toubib. (c'est de l'activité médicale gratuite de ces écossais qu'est venu le nom du derb).  Le vice-consul anglais Alan Lennox et sa famille qui habitaient Dar Tounsi faisaient partie de cette première communauté protestante.

Dans sa brochure de juin 1913 exposant les services mis en place à Marrakech et donnant le plan de la ville, les services du général Brûlard indiquaient qu'un pasteur protestant était à Marrakech. En fait ce n'était pas exact à 100%. Il y avait un pasteur qui venait occasionnellement de Mogador: le pasteur Zerbib mais il était âgé et est mort en 1920; il n'est pas venu souvent. Il y eut aussi le pasteur Jalabert, il avait accepté les fonctions d'aumonier militaire et visitait régulièrement les régiments de la Légion étrangère cantonnés dans plusieurs villes du Maroc; un régiment Étranger d'Infanterie avait sa garnison à Kasbah-Tadla jusqu'en juillet 1917, ensuite au camp du Guéliz à Marrakech, mais i'aumonier Jalabert était souvent aussi à Fez où il y avait d'autres légionnaires. 

Puis vers 1922 le pasteur Serfass est nommé aumonier militaire à Casablanca, et dessert  plusieurs villes de garnison et occasionnellement Marrakech. Il vient un jour ou deux tous les deux mois, invité notamment par le Chef de région le Général Chopin de La Bruyère qui est aussi protestant. D'autres comme les familles Bruniquel, Beerli et Paul Chavanne, de même le Dr Gilloin forment la petite communauté protestante de langue française. 

Pasteur-aumonier-Jules Roche

Un deuxième aumonier militaire est nommé sur Fez et Meknes vers 1930, il s'agit du pasteur Jules Roche, ce qui permet au pasteur Serfass d'avoir plus de temps pour Casablanca et Marrakech. Puis au pasteur Serfass succède à Casablanca le pasteur Théo Calas.

Certains vieux marrakchis se souviennent de l'aumônier Jules Roche qui après Fez a été muté à Marrakech en 1938, comme aumônier de la division de Marrakech (qui comprenait aussi Agadir, Ouarzazate, Safi, Essaouira où il se déplaçait occasionnellement).  Il avait à sa  disposition une maison marocaine vers l'entrée du Mellah et y organisait les cultes protestants où venaient tant les civils installés à Marrakech que  les militaires de passage. Il a contribué aussi à soutenir le scoutisme : Il était commissaire pour les Eclaireurs de France et les Éclaireurs Unionistes. Ses formations incluaient aussi les Éclaireurs Israélites. Ceux qui l'ont connu se souviennent aussi de sa barbe.

En 1943 un grand terrain est choisi pour faire construire un temple dans le quartier de l'Hivernage. Mais avant de construire un vrai temple, il est décidé d'édifier des salles de jeunesse au fond du terrain. Ces salles devaient pouvoir servir dans l'immédiat de lieu de culte provisoire. Mais dix ans plus tard le provisoire devenait définitif.

bapteme-ducou-monique

En décembre 1945 les cultes protestants peuvent se faire au temple du quartier de l'Hivernage, mais le pasteur Jules Roche est sérieusement atteint par le typhus, il doit s'arrêter et obtient sa retraite d'aumonier militaire. En son absence c'est le pasteur Théo Calas qui vient de Casa pour par exemple célébrer un baptême. Ce sera le cas pour le baptême de Monique DUCOU. Elle nous en a confié une preuve, la photo prise ce jour là sur le balcon de l'immeuble Gidel où le pasteur en robe est accompagné de sa marraine Gabrielle Stépan et de son parrain, le dentiste Jean Caillères.

Monique : "En me plongeant dans mes cartons et mes albums, je suis tombée sur une photo de mon baptême et j'ai relu le passage écrit par mon père sur ce sujet. Je le trouve attendrissant et j'ai envie de le partager...."
 
"Peu après la naissance de Monique, le choix des parrain et marraine fut arrêté.
Maman et Papa auraient bien désiré que le baptême fut célébré à Casablanca où leur union avait été bénie par le pasteur Théo Calas. Mais il n'était pas possible de se réunir tous pour cette cérémonie.
Il fut donc décidé que le baptême aurait lieu à Marrakech pendant les vacances de Noêl. L'aumonier militaire, le Pasteur Jules Roche devait donc baptiser Monique le 30 décembre 1945.
Il n'en fut pas ainsi. "L'homme s'agite mais Dieu le mène."
Le Pasteur Roche fut immobilisé à Casablanca, terrassé par le typhus. Sa vie fut en danger pendant une dizaine de jours. De meilleures nouvelles parvinrent à Marrakech. S'il était hors de danger, il ne fallait pas penser le revoir à Marrakech avant le mois de Mars. C'est avec tristesse qu'il fallait différer la date du baptême de Monique alors que tout le monde se trouvait réuni à Marrakech.
Ce fut aussi avec une grande joie que fut accueillie l'arrivée du pasteur Théo Calas, à Marrakech, venu pour célébrer un culte avec Sainte Cène. Papa lui téléphona et, sans hésitation, il accepta de baptiser Monique le jour qui avait été fixé.
Monique fut d'abord un peu effrayée de se voir entourée de tant de personnes aux visages peu connus et fondit en larmes. Mais bientôt elle retrouva le calme. Elle apprécia la cérémonie du baptême car elle n'entendait plus que la voix du pasteur, et ravie de ses gestes, que les plis de sa robe amplifiaient, elle ne cessa de lui sourire. Elle supporta courageusement l'épreuve sans pleurer. Bien qu'elle eut les yeux submergés, elle conserva, jusqu'au bout, son sourire.
Le pasteur après la liturgie, prononça une émouvante allocution dans laquelle il exprima tout le plaisir qu'il avait de baptiser Monique, fruit de l'union qu'il avait béni un peu plus d'un an plus tôt. Il dit son émotion de voir le visage souriant d'un bébé, lui qui était déjà 14 fois grand-père et qui n'avait pas encore eu la joie de connaître ses petits-enfants à cause de la guerre."

En janvier 1947 arrive le pasteur Jean de Mondenard, qui pour venir à Marrakech accepte de devenir aumônier militaire. Il partage son temps avec Agadir, Safi, Essaouira, Louis-Gentil, Ouarzazate tout en résidant à Marrakech. La communauté protestante s'était agrandie vers 1945-1947 avec des familles  avec ou sans enfants: les Aumeunier (médecins), Berlaud, Brochier (médecin), Bakkoven, Ball (restaurant Rex), Bertrand (photographe), Bizeul, Bost (professeur de Piano), Bonniot (juge au tribunal), M. Brunner, Bacle (garage Citroen), Berger, Boeuf (Dr Sté d'électricité), Christoph, Chartier-Suau, Combe (CFM), M. Cornu (ingenieur des mines), Ducou (avocat et assureur), Despieds (pâtissier), R.Duru (inspecteur régional de l'urbanisme), Fankhauser (boucherie Simon), Garçon (base aérienne), Garnier (transports), Geydan (menuiserie), Gripon (retraité armée), Haeny (comptoir Suisse), Heim (dépot de remonte), Klinger, Lafon (institutrice), Lafourte, Lassale, Lebrat, Larroumets (retraité militaire), Migot (Pt de l'AGM), Manguy-Reuilly (graines Vita), Moussu, Nouguier (radio BA707), Perrenoud (comptable Sté Electricité, Perrier (Dr Défense des végétaux), Quarmenil, Rousseau (professeur), Sahi (officier GT514), Saint-Germain (épicier), Schmied (greffier et institutrice), Schweizer (plombier), Wachsmuth (Dr Moulin Baruk et prof de math), Paul Zeender (immobilier)en comptant les plus anciens des débuts: les Bruniquel, les Beerli et les Chavanne.

Les cultes ont lieu au temple de l'Hivernage et les groupes d'enfants et d'ados s'y rassemblent. En 1952, les protestants de Marrakech souhaitent avoir un pasteur civil qui disposerait pour Marrakech de plus de temps qu'un aumonier militaire et cherchent à construire un presbytère. C'est à cette époque que les protestants reçurent  en leg une belle villa située avenue Barthou au Guéliz.  

En 1953, les protestants de Marrakech demandent au pasteur Jean de Mondenard de devenir leur pasteur civil. Il accepte et pour celà démissionne de l'armée. La villa est agrandie et de vastes locaux pour la jeunesse, dont une modeste salle de spectacle, sont construits sur le même terrain.

En 1954 il est décidé d'agrandir et de rénover le temple de l'Hivernage. Raymond Duru, architecte  et responsable de l'urbanisme sur la Région réalisera les plans et surveillera la réalisation.

D'autres familles font partie de la paroisse de Marrakech sans compter celles du bled et la plus part des militaires: les Auberson, Arrondeau, Accart (médecin), Amy, Bataillard, Buttet, Bertrand JJ (Cie Marocaine), Buresté, Bailly, Breton, Boucry, Bassoli, Bignon, Bouffard, Brutsche, Bruègne, Barbey, Bechara, Boggia, Beer (Mamounia), Besana, Brochon (BE707), Calas, Crouzet, Chamorel, Couleru, Couchy, Cheynel (architecte), Delpuech (SJS), Druyer, Delavierre, de Douville-Maillefeu, Decorterd, Duclos, Dosnon-Vassas, Ducros, Denize, Eggink, Fehst, Forel, Trindel (instituteur), Fourets, Fesquet, Franceschi, Falkenrodt, Guiraud, Gauthay, Garzena, de Greyerz, Grand d'Esnon, Hébrard, Husen, Hoka, Holbing (artiste peintre), Hirsch (sage femme), Heraut, Jovert, Jarmolinsky, Jaccoud (médecin), Kopp, Kynel (photographe), Knecht, Kreitmann, Kellermann (chaussures Bata), Lobstein, Lebas, Lummech, Léridon (police), Lapierre, Lefevre, Leonhardt (BA707), Lopez, Lyautey (Pierre), Martinez, Mautner, Muller, Million, Moeglin, Monniot, Maerten, Manton, Morin (services municipaux), Mas (médecin), Monroe, Nussli (BA707), Nahmani, Noé, Oustry, Rappas-Malarte, Pernoux, Peets-Tagapera (médecin, Perret, Pratz, Puget, Petrachevitch, Ramming, de Rham, Rousseau (proviseur lycée), Ramelet, Riegert, Ruel, Roy J., Rosenq, Rouilly, Schvoelel, Stojko, Seidenbinder (manufacture Pitteri), Soudant (professeurs), Strasser, Scherrer, Seguin (armurier), Serramoune (GT514), Susini, Soyer, Sautter, Surleau (Souhela), de Tienda (médecin), Telon, Torrente, Teyssier, Venker, Vergara (enseignant), Walk (géologue), Weiss, Woehr,..  Environ 120 noms de famille, plus ou moins connus se sont ajoutés aux 50 noms de 1947.

Cependant en 1956, quelques familles commencent à quitter Marrakech.

En juillet 1957 le pasteur Jean de Mondenard appelé par les protestants de Toulouse rejoint le Sud-Ouest avec sa famille. Les protestants de Marrakech s'organisent pour vivre une année sans pasteur.

C'est pendant cette période qu'a lieu la kermesse 58 dont parle le journaliste de "La Vigie marocaine". Il n'est pas rare qu'une paroisse protestante reste une annnée sans pasteur. En effet chaque paroisse dispose d'un Conseil presbytéral, formé de Conseillers élus par les membres de la paroisse. C'est ce conseil qui veille à la vie de la paroisse. Pour les cultes, en cas d'absence de pasteur pour un an, ils les font eux-mêmes en partie et invitent des prédicateurs venus d'ailleurs de temps à autre (ce fut le cas avec le colonel Louis Kocher).  Le président de ce conseil presbytéral à cette époque fut l'architecte Raymond Duru, il y avait aussi dans ce conseil Mme Bruniquel, Mme de Rham, M. Lobstein, M. Perrenoud et M. de Tienda.

Lestringant-ane-1961

En juin 1958 arrive le pasteur Daniel Lestringant et sa famille, il restera plusieurs années.

Un film où l'on voit le pasteur Lestringant place Djemaa el Fna a été tourné par Maurice Calas.

Les élèves et professeurs du lycée Victor Hugo auront connu ses enfants: Anne-Marie, Isabelle et Pierre-Yves Lestringant;

Aujourd'hui la paroisse protestante de Marrakech est toujours dans le presbytère et les salles de l'ancienne rue Barthou. Le même escalier permet de monter à la terrasse et les bancs sont toujours les bancs de 1945. Un afflux de protestants d'Afrique subsaharienne a apporté un nouveau dynamisme. Voir sur Youtube:https://www.youtube.com/watch?v=gxG9lzCClbI

Merci à Monica d'avoir partagé la photo de son baptême et les propos de son père sur cet événement. Merci à celles et ceux qui ajouteront dans les commentaires leurs souvenirs de ces personnes qui ont participé à la vie de Marrakech tout aulong de ces années. En espérant que cet article servira à renouer des contacts.

28 juillet 2017

L'OUKAIMEDEN 1954-1957 EN FILMS

DSC_0089 - Copie

Jean-Paul et Gérard HINDIÉ partagent avec nous une autre oeuvre du peintre Max MOREAU datée de 1950 à Marrakech. (cliquer sur la photo pour agrandir). Elle a rejoint d'autres oeuvres du peintre qui se trouvent sur ce blog à MAX MOREAU

Maurice-Calas-54

MAURICE CALAS NOUS PERMET DE VOIR DES FILMS DE VACANCES DE SKI À L'OUKA ET D'ESCALADE AUTOUR DU TOUBKAL

Nous le remercions de ces évocations par des images animées qui nous rappellent les lieux, les moniteurs d'escalade et de ski et les marrakchis.

Maurice-calas-au-moussem  Maurice Calas est un pur marrakchi; il a étudié à l'école du Guéliz, au Lycée Mangin, il a suivi une formation professionnelle en téléphonie pour entrer aux PTT du Maroc. Parallélement il s'est investi dans le scoutisme unioniste et est devenu l'un des chefs éclaireurs de Marrakech. C'est par ailleurs un passionné de photographie et de cinéma. Le blog contient aussi plusieurs de ses histoires décrites d'une plume alerte. Il est toujours avec la caméra en bandoullière et immortalise les souvenirs des Moussems à Avignon.

Il partage avec nous, en cet été 2017, deux films tournés au gré des vacances de mardi-gras ou de Noël pour les skieurs et de juillet -aout pour les montagnards. Soixante ans déjà!

D'abord les vacances des skieurs : https://vimeo.com/album/4682942

Cinq séquences dans l'ordre:
1 - Oukaimeden  Mardi Gras 1954 - (1ere séquence): Paul Cornu et la première caravane remorquée par la route de l'Ouka. 

caravane-Paul-Cornu

Paul-Cornu-Ouka

De la Koutoubia au Chalet Jeunesse et Sports par le col du Taureau - Tizi Taliouine. 

Paul Cornu monte à l'Ouka avec sa 203 à toit ouvrant la première caravane par la route en lacets. Qui se souvient de Paul ?

chalet-SJS-ouka

Le chalet du SJS venait d'être agrandi d'une aile côté sud dont il est possible d'apercevoir les 2 étages de 3 fenêtres. 

2 - Vacances de Noël 1954 à l'Ouka - (2e séquence) -Le camp des éclaireurs (EUF) , chalet de M. Vivet et le camp des éclaireuses (FFE) dirigé par Mme Aumeunier. 

Camp-EU-Noel-Vivet Saurez-vous vous reconnaitre ou identifier des visages connus ? 

Madame-Aumonier-FFE Mme Aumeunier habitait 1 rue Arrighi. Certains se souviendront aussi de ses cinq enfants et des éclaireuses.


Jacques Delavierre et Simone Perrenoud  

Famille-Salmon-ouka On retrouve des personnes connues : ...M. Salmon (PTT) et famille. 

Raymond-carnuccini-cameraman

Raymond Carnuccini cameraman officiel

Il est ici de dos, mais sur d'autres séquences il est de face.

Bataille de boules de neige

3 -Oukaimeden Le Petit Téleski (3e séquence)

le-petit-teleski

André Besson moniteur Ski-Montagne 

M2M-petit-Teleski

...avec un blouson acheté chez GÉDA 
Christian Léonhard, moniteur pilote

4 - Oukaimeden Mars 1955 (4e séquence)

Ski en poudreuse avec André Besson 

Winiewski-ecole-de-ski

Ecole de Ski :Mlle Winiewski, 

Rambaud-moniteur

 M. Rambaud, 

Eddy-Nussli-Ouka

Eddy Nussli,  

Famille-Rambaud-ouka

Famille Rambaud,  

Rambaud-fils-famille

Bozon-moniteur

M. Bozon, moniteur. fait la démonstration des principaux apprentissages du ski devant son groupe

5 - Oukaïmeden 1956. (5e séquence) Coupe de ski cadet, table d'orientation et sauts à ski sur le premier tremplin d'AFNCoupe-de-ski-des-cadets-1956

Coupe de ski des cadets, 

vous-reconnaissez-vous

Raymond Carnuccini, 

Raymond-Carnuccini-Potos 

La table d'Orientation (2740m) 

Georges-Sawas-table-orientation

Georges Sawas et Boucingaud repèrent aux alentours tous les sommets enneigés : Taright, Angour, Toubkal, Tazarhart, Meltsen, etc...

Toubkal-4165m Le plus haut d'Afrique du Nord mais chacun est filmé.

Tremplin-ouka Le premier tremplin de saut à ski d’Afrique du Nord fut créé à l'Ouka

BOZON-tremplin

sautteurs: Masson, Bozon, . Courjarret, Paul Chappon, Magnin,  -

Magnin-moniteur-saut

Masson-moniteur-suisse

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX 

Deuxième film: les vacances en stage d'alpinisme: 

https://vimeo.com/album/4692575

Allez-vous les reconnaître ?

FILM TOUBKAL (Haut Atlas 1954-1956) en 3 séquences:
1 - Du Toubkal au Tazarhardt,  Durée 7'30"
(Voiture de Besson- tyrolienne-Brancardage-Glace-pont de glace) 
2 - Cirque d’Arround - Imlil -  arremd- Sidi Chaamarouch-  Toubkal- arrète     Durée 4'40"
3 - Les clochetons de l’ouanoukrim. Refuge de Lepiney- Couloir de Glace- Dans le Tazarahrt : Durée 8'

 1 - DU TOUBKAL AU TAZARHART (première séquence du film)

Toubkal-Besson-voiture

 

André BESSON, moniteur invite à sa maison Maurice CALAS et Simone PERRENOUD qui avaient participé au stage d'escalade à venir voir les photos de l'expédition.

Besson-calas-perrenoud Marrakech en septembre 1956 jusqu'à la maison d'André BESSON

chalet-SJS-ouka-été Ancienne photo du chalet . Beaucoup de personnes s'y retrouvent. Le moniteur André Bessson fait des démonstrations d'escalade et organise des entraînements: descente en rappel, passage en tyrolienne, exercice de transport de blessé en civière avec le moniteur Masson, puis c'est la randonnée qui commence... 

sur-la-piste-de-tachdirt et pour recupérer de la montée la colonne s'arrete... 

Halte-au-Tizi-n'ou-Addi Puis à nouveau jusqu'au refuge...

Tachdirt-refuge-2250m et ensuite les cascades 

Contact-avec-la-glace  une ascension 

face-nord-du-massif-de-l'aksoual-3912m travaiil au piolet, rappel entre rocher et glace, 

cordee-sur-neige Le moniteur Francis Bozon et la première cordée 

Jacques-Delavierre-cordée Jacques Delavierre et la 2e cordée 

Pont-de-glace-cordéé Passage délicat, mais assuré 

La deuxième séquence du film passe par le Cirque d’Arround - Imlil -  Arremd- Sidi Chaamarouch-  le Toubkal- arrète. Durée:     4' 40" 

jeune-berbere-cirque-d-arround

 Jeune berbère du Cirque d'Arround

cirque-d-arround  passage par la "piscine" et le refuge de... 

refuge-d-imlil-1740m Rencontres de femmes berbères 

femme-relevant-la-recolde-arremdt

Puis le gros village de 

village-arremd et par Sidi Chaamarouch vers ...

vers-le-toubkal-sidi-chamarouch   Descente sur le  

refuge-louis-neltner  puis par l'arrête sud-ouest un passage délicat avec descente en rappel,  puis ...

Sommet-Toubkal-Calas Maurice Calas à droite, sans sa camera,

Descente-en-rappel-Toubkal

puis , nouveau départ: 

vers-arrete-du-Tadaft 

3e séquence du film Les clochetons de l’ouanoukrim. Refuge de Lepiney- Couloir de Glace-Dans le Tazarahrt : Durée 8'

Clochetons-de-l-ouanoukrim Pitons, sauts encordés...

VERS_clochetons-Simone-perrenoud Simone Perrenoud

saut-encordé   Le doigt du Tadat 

doigt-du-tadat veers l'ancien et le nouveau 

Refuge-Lepiney-3300m  Passage dans le

Tazarhart-4050m et la voie la plus sportive, le...

couloir-de-glace-Tazarhart avec le moniteur-guide 

Francis-Bozon-alpiniste Pour ensuite continuer dans le 

Dans-le-Tazarhart-titre passage par l'arrête médiane, 

 Le retour au Chalet du SJSà l'OUKA avec ...

melanie-ouka-56  et aussi :

ouka-zoumzoum-danseur 

Cette page est destinée à montrer quelques photos des deux films, principalement les titres, mais les films montrent beaucoup d'autres visages que vous pourrez peurêtre reconnaître. MERCI À MAURICE POUR CES SOUVENIRS FILMÉS QUI NOUS RAPPELLENT LES MONITEURS GUIDES DE TALENT QUI PARTAGEAIENT AVEC LES MARRAKCHIS LEURS HAUTES COMPÉTENCE ET EXPÉRIENCES. 

21 juillet 2017

COMMANDANTS, CHEFS DE RÉGION DE MARRAKECH - CHRONOLOGIE

LA RÉGION DE MARRAKECH EUT SES CHEFS MILITAIRES, DONT CERTAINS AUX NOMS CÉLÈBRES.

CONNAÎTRE LEUR SUCCESSION PERMET DE RECONSTITUER LE SOUVENIR DES ÉTAPES D'UNE HISTOIRE ALLANT DE 1912 À 1958
Si vous cherchez leurs biographies ou leurs photographies, vous trouverez assez facilement l'histoire de certains d'entre eux. D'autres n'ont pas encore trouvé leur biographe. Ils font tous partie de l'histoire de Marrakech et des Marrakchis. Si nos lecteurs possèdent des informations ou des documents inédits sur l'un ou l'autre d'entre eux, le blog les publiera volontiers. 

Yves-Brayer-Danseurs_Chleuhs-Djemaa-El-Fna_1928 Danseurs Chleuhs sur la place Djemaa el Fna, Aquarelle de Yves Brayer en 1928 (Grand Prix de Rome 1930)

Mangin@Marrakech édite la première liste des Commandants de région de Marrakech. Vous ne la trouverez nulle part ailleurs sur internet.
La plupart avaient le grade de général de Brigade quand ils furent nommés. Cependant quatre commencèrent comme colonel. Il y eut aussi un civil d'exception qui fit un Intérim de sept mois entre deux généraux. Certains eurent une carrière partulièrement glorieuse.
1 - Colonel Charles MANGIN: septembre 1912 à février 1913.
2 - Général BRÛLARD Jean-Marie, Joseph, Armand : février 1913 à septembre 1914
3 - Colonel, puis Général Marie, Clément, Maurice de LAMOTHE: septembre 1914 à avril 1919
4 - Colonel, puis Général CHOPIN de LA BRUYÈRE : de avril 1919 à mai 1922
5 - Général Albert DAUGAN: mai 1922 à mars 1927
6 - Général Antoine HURÉ: mars 1927 à mai 1931.
7 - Général Georges CATROUX : mai 1931 à novembre 1935
8 - Général Jacques de LOUSTAL, janvier 1936 à février 1938
9 - Général François FOUGÈRE, février 1938 à juin 1940
10 - Général Henry MARTIN: juin 1940 à février 1943
11 - Général Georges LE DIBERDER, février à septembre 1943 
12 - Général Robert ASTIER DE VILLATTE: septembre 1943 à septembre 1944
13 - Colonel, puis Général  Antoine, Benoit d'HAUTEVILLE: septembre 1944 à juillet 1954
13bis - André HARDY, Intérim du Commandant de la Région: juillet à décembre 1954
14 - Général MASSIET DU BIEST: décembre 1954 à décembre 1955 
15 - Général Lucien BAZILLON: janvier à décembre 1956 
16 - Général Robert CHAVATTE: 1957 à fevrier 1958

Etat-Major-Marrakech L'État-Major à Marrakech-Guéliz à l'entrée du Camp Mangin

Colonel_Charles-Mangin_sur- le-djebel-guéliz-octobre-19121 - Colonel Charles MANGIN (1866-1925) Commandant la Région de Marrakech de septembre 1912 à février 1913. C'est incontestablement le plus célèbre, mais aussi son passage à Marrakech fut le plus court. Le blog a présenté plusieurs récits sur l'étonnante bataille de Sidi Bou Othmane qui délivra Marrakech d'El Hiba, celui qui voulait prendre la place du Sultan Alaouïte. Les récits du Capitaine Cornet montrent les premiers temps du commandement du Colonel Mangin à Marrakech. La rue principale du Guéliz porta son nom, jusqu'à ce qu'elle devienne rue Mohammed 5. Il décida avec les artilleurs la future configuration des fortifications du Guéliz. (voir photo)

General-Brulard-Jean_Marie_Joseph_Armand_Brulard

2 - Général BRÛLARD Jean-Marie, Joseph, Armand (1856-1923) Chef de la région de février 1913 à septembre 1914. Il était chargé aussi de la formation de l'armée chérifienne. Plusieurs méhallahs dirigées avec les grands caïds furent lancées en opération dans le Sous. Il fut le premier chef de région à  faire établir une brochure sur Marrakech avec ses activités commerciales, culturelles, les noms des principaux notables et responsables administratifs, ainsi que les perspectives économiques. Cette brochure accompagnée d'un plan de ville fut publiée en juin 1913. C'est sous son commandement que les premières maisons et bâtiments du Guéliz furent lotis et construits. La guerre en Europe requis la mutation du Général Brülard au commandement de la 2e Division d'Infanterie et lui fit cesser son commandement à Marrakech et au Sud en septembre 1914. 

Plan-de-Marrakech-en-1913

colonel-maurice-de-Lamothe-1913

 Ce plan de 1913, orienté à l'ouest, montre à côté de la Koutoubia la Résidence des Commandants chefs de Région: "Dar Moulay Ali" et la première localisation de l'État-Major.
3 - Colonel, puis Général Marie, Clément, Maurice de LAMOTHE (1866-1929), commanda la Région de septembre 1914 à 1919. Une rue de Marrakech porta son nom, elle s'appelle aujourd'hui avenue Yacoub el Mansour. D'abord collaborateur du général Brûlard en décembre 1912, le colonel de Lamothe prenait la direction du Service de renseignement du Maroc courant 1913. "Dès le début de son séjour, il se liait d'une sincère amitié avec les grands caïds, dont il avait si habillement su saisir la mentalité et, chose plus difficile lorsque l'on a la redoutable charge de mener la politique de Lyautey, il parvenait bientôt à leur inspirer confiance par la franchise de ses manières." Il fut promu général de brigade en septembre 1916 et après ses succès militaires sur la rebellion en fevrier-mars 1917, il reçut la cravate de la Légion d'Honneur par Lyautey en juin 1917. Il eut la difficile charge de maintenir une activité à Marrakech et le Sud, alors que la plupart des troupes étaient parties en Europe exposant le Maroc à la propagande allemande qui avait réussi à convaincre plusieurs de nos légionnaires allemands de déserter et de conseiller les troupes du dissident El Hiba et de les armer. C'est avec son appui et celui du Glaoui que fut tourné à Marrakech le premier film d'acteurs au Maroc : Mektoub. Il partit de la région de Marrakech vers avril 1919 pour commander la 2e Division en Syrie, et fut promu  général de Division en décembre 1921.

Revue-d-adieu-du-general-de-la-bruyereFrance-Maroc_General-de-la-bruyere-défilé-mai-1922

4 - Colonel, puis Général Etienne CHOPIN DE LA BRUYÈRE  (1868-1937). Nous ignorons la date exacte de sa prise de fonction comme commandant de la Région: probablement avril 1919. Le Colonel de La Bruyère avait participé à la prise de Marrakech sous les ordres de Mangin, comme chef d'Etat-Major de la Colonne.(photo: Revue d'adieu du général de La Bruyère sur l'Avenue Mangin) Il revint à Marrakech après avoir combatu à la Guerre de 1914-1918 à la tête d'un régiment de cavalerie et après le départ du général de Lamothe. Avec madame Hélène de La Bruyère, fille du Général d'Amboix de Larbont, il accorde un intérêt particulier aux questions médicales et d'hygiène, ce que poursuivra son successeur. Il s'occupe aussi beaucoup d'agriculture et d'élevage. Il met en place le lotissement de La Targa et celui de Tassoultant-Tabouhanit. Il donne plus d'ampleur à la Foire de Marrakech et organise un concours hippique. Il devient général de Brigade en mars 1921. Il fut le premier officier général à visiter le fief Glaoua à Telouet. En sa présence, place Djemaa el Fna Lyautey piqua une colère mémorable,en piétinant son képi furieux de voir que des dérogations aux règles d'urbanisme avaient été autorisées d'une part au Glaoui et d'autre part à un riche investisseur israélite par les services municipaux du colonel Demetz.  Le général de La Bruyère quitte Marrakech en mai 1922 après avoir géré la visite en avril du Président de la République Millerand.
Par la suite, en 1923, il commande le 3e groupement régional de cavalerie et sera promu général de Division cette même année.

General-Daugan-Casa-1925

5 - Général Albert DAUGAN, ( 1866-1952), Commandant la région de Marrakech est présent en mars avant le départ du Général de La Bruyère. Ils sont reçus ensemble par l'Association des Agriculteurs et des éleveurs.(19 mars 1922). Il était général de brigade depuis avril 1918 et avait commandé la Division Marocaine dès 1917. Il restera Commandant de la région de Marrakech jusqu'en mars 1927. Entretemps en 1923, il sera promu général de Division et en 1927, Commandant de Corps d'Armée.
Le 7 mai 1924, il assiste à la Heida du sultan Moulay Youssef. . De mai au 6 juillet 1925, il reçoit le commandement du Front nord dans la bataille du Rif et c'est le Général Naugès qui assure l'intérim de deux mois à la Région à Marrakech.

Insigne de Division de MRK

En 1926, la route de Telouet par le Tizi n'Tichka est terminée et le général lance une tournée d'inspection de sa région. Il est aussi célèbre à Marrakech par son épouse la générale Daugan qui créa La goutte de lait. Ce n'est qu'à partir de 1923 qu'on parle de la "Division de Marrakech", symbolisée par un insigne où figure la Koutoubia, l'Atlas enneigé et le poignard des Goums, avant on parlait de "subdivision"
Cependant, en 1927 le général Daugan est muté et reçoit le commandement du 16ème Corps d’Armée à Montpellier. Grand croix de la Légion d'Honneur en juillet 1929.

General-Huré-Resident-general-Steeg-decembre-1928

6 - Général Antoine (Jules, Joseph) HURÉ (1873-1949) Commandant la Région de Marrakech de mars 1927 à mai 1933, après avoir été Commandant du Génie du Maroc. (La photo le montre lors de l'inauguration de la Gare ferroviaire de Marrakech en novembre 1928, derrière le Résident Général Steeg). Il s'intéresse comme ses prédécesseurs à la Foire de Marrakech. Il est confronté à la rebellion de plusieurs tribus dans l'Atlas et le Sud. Il pratique la politique de pénétration pacifique chère à Lyautey. M. Bartel-Noirot témoigne: "Le général Huré venait de recevoir la soumission de deux grandes tribus qui lui avaient porté 4000 fusils, sans aucune bataille, sans aucune querelle. On l'avait convoqué, il est allé au rendez-vous et il a reçu la soumission de ces gens; et quand il a eu terminé sa conférence avec ces chefs, il leur a dit : "Et maintenant, qu'est ce que vous désirez ?" Nous désirons quatre voitures automobiles et deux camions pour nos tribus.". Voilà avec quoi on obtient le recul de la rebellion dans le sud marocain."
Le 27 mai 1931, il est promu Commandant supérieur des troupes du Maroc et laisse le commandement de la région de Marrakech au général Catroux.

General-Catroux-L'Afrique_du_Nord_illustrée_1935

7 - Général Georges CATROUX, (1877-1969) Commandant la région de Marrakech de mai 1931 jusqu'en novembre 1935
 Après la Grande-Guerre, il fait partie de la Mission Militaire française en Arabie, puis sert au Maroc (Direction du Renseignement), en Algérie (Aïn Sefra) et au Levant. Il devient Commandant de la région de Marrakech en mai 1931 après un stage à l'École des Hautes Études militaires.
Il s'engage dans la pacification active, ce sera le Todra, le coude du Draa, le Tazzarine-Tazhbalt, Sagho, Bou-Gafer. Imdras et Amtrous (Haut-Atlas) et la campagne de l'Anti-Atlas en 1934.
Le 4 décembre 1934, alors qu'il passait en revue la Base aérienne de la Menara, il est gravement blessé à la tête par le cable d'antenne d'un avion qu passait au-dessus de sa tête. Il subit une délicate trépanation. Le 3 juin 1935 il pose la première pierre du Casino de Marrakech.
Générale-Catroux-1935_
Appelé au commandement de la XIVe division à Mulhouse, il quitte Marrakech en novembre 1935.
Plus tard il deviendra  
général d’armée, ministre de la IVe République et ambassadeur français. Il fut l’un des principaux généraux ralliés au général De Gaulle après l'appel du 18 juin et joua un rôle prééminent dans l’action de la France Libre. 
il s'était remarié en mai 1932 avec Marguerite Jacob (1881-1959), fille d'un syndic des agents de change. Divorcée d'Hippolyte de Peyronnet puis du général Gaston d'Humières, elle était apparentée à Jean Cocteau. Ancienne infirmière, ayant reçu trois citations, elle se pencha sur la souffrance de la région du Sud en organisant la charité dans la défense de la santé et de l'hygiène. On lui doit à Marrakech le Pavillon Marguerite Catroux.

L'Afrique_du_Nord_illustrée-general-de-loustal-foire

8 - Général Jacques de LOUSTAL, (1876-1945) nommé à Marrakech en janvier 1936. Il avait commandé précédemment la région du Tadla.  Marié avec Sophie Herson de la famille du général Herson. Il est assisté d'un adjoint, le colonel Roches. (Sur la photo: S.A. Moulay Idriss et le général de Loustal accompagnés par MM. Faure, du Pac et Si Hadj Thami el Glaoui.) Il s'intéresse aux oeuvres sociales des anciens combattants français et marocains. Il encourage le tourisme et l'artisanat des tribus, notamment à la Foire de Marrakech. Il quitte son commandement à Marrakech en février 1938 pour commander la 2e division marocaine en septembre 1939. Il prend sa retraite peu après.

general-Fougere-MRK-1939-40

9 - Général François ( Marie-Jacques) FOUGÈRE (1888 - 1954) Il commande à Marrakech en février 1938, 4 mois après avoir obtenu le grade de général de Division. En février 1939 il accueille l'Amiral Darlan à Marrakech. En avril 1939 il reçoit le général Noguès (Résident Général) venu pour l'inauguration du barrage Frédéric Cavagnac. Le 28 mai 1939 il inaugure les nouvelles installations du refuge Neltner au Toubkal.
En février 1940 il reçoit à Marrakech la cravate de Grand officier de la Légion d'Honneur. Il quitte Marrakech en 1940 pour prendre le commandement du 24e Corps d'Armée. Après l'Armistice, il commande dans le Sud-Syrie.
10 - GÉNÉRAL Henry (Jules Jean Maurice) MARTIN (1888-1984)   Commandant la division de Marrakech à partir de Juin 1940.  Le 30 novembre 1940 il accueille le général Weygand à son arrivée à l'aéroport Ménara. Fin octobre il reçoit les généraux Huntziger et Juin.

general-martin-1941

 Jean Borotra, ministre des sports de Vichy vient parler "jeunesse" et "sports" à Marrakech le 21 avril 1941. Il serre la main des foutbaleurs du SAM. À gauche le Général Martin.  Le 18 décembre 1941, le général Martin reçoit le général Laure, venu pour inspecter la "Légion" du Maréchal Pétain. Le 4 janvier le Général Noguès lui remet la plaque de Grand officier de la Légion d'Honneur. Le 27 février 1942, il reçoit le ministre de l'intérieur Pucheu qui baptise l'avenue "Philippe Pétain" au Guéliz. Il inaugure la 21e foire artisanale de Marrakech le 5 avril 1942. Il a pour adjoint le général Le Diberder. MM Fauré et Brunel sont les commissaires de la foire-exposition. Le 8 novembre 1942 le débarquement des troupes américaines de l'opération Torch changent la donne politique. Début aout 1943, il est disgracié par Vichy mais il commande déjà la 4e DMM depuis juin. Le général de Gaulle est à Rabat avec le nouveau Résident général Gabriel Puaux. Il laissera la 4e DMM au Général Sevez pour prendre la tête de la 1ere armée française qui débarquera en Corse, à l'île d'Elbe et plus tard en Provence.
11 - Général Georges LE DIBERDER (1885-1974) Il commandait le 3eRTM en 1937 avant d'y être nommé officiellement en mars 1938. Par sa nomination à Marrakech le 25 septembre 1941, il commande seulement la ville; mais assez rapidement il devient l'adjoint du Général Martin pour toute la Région de Marrakech. De juillet à septembre 1942 il fait l'intérim du Chef de région de Fez, puis revient à Marrakech. L'opération Torch du 8 novembre 1942 entraîne de profonds changements politiques et militaires. Le général Martin prendra la commandement de la 4e DMM et le Général Le Diberder lui succédera à Marrakech.
En juin 1943 il y eut une prise d'armes à Marrakech à l'occasion du passage d'un détachement de goumiers de la Région de retour de Tunisie. Le Général Le Diberder passa en revue les Goums, les troupes de la garnison de Marrakech et un détachement de l'Armée américaine. Les goums avaient ramené une partie du butin pris à l'ennemi: camions italiens, voitures allemandes et canons de DCA. Nous manquons de photos sur cette période. Le général Le Diberder deviendra le Directeur du Musée de l'Armée à Paris.
12 - Général Robert ASTIER DE VILLATTE - (1895-1986); De 1936 à 1939 il est en poste en indochine à Tien-Tsin. Puis nommé au commandement du 12e régiment de tirailleurs sénégalais. Nommé Chef de Région de Marrakech le 10 septembre 1943, il y restera jusqu'en septembre 1944. Il y accueillera Sir Winston Churchill venu soigner ses poumons au retour de la conférence de Yalta. Il le rencontre à la Villa Taylor ainsi que Lady Churchill. C'est à ce moment que se produit l'entrevue de Churchill avec le Général De gaulle (janvier 1944). Astier de Villatte sera ensuite à la subdivision de Montpellier en 1946, Général de Division le 20 février 1947, Commandant de la 9e Région militairre en 1949 et terminera sa carrière comme Commandant des Forces françaises en Afrique Centrale, puis Inspecteur des réserves de l'Armée de Terre. Il avait épousé en 1919 Mathilde Bourgès. Nous manquons de documents et de photos sur cette année.

Gal d'Hauteville1951

13 - Colonel puis général d’HAUTEVILLE -(Roger-Marie-Antoine-Benoit) (1895 - 1970).   Marié en 1929 à Kathleen Mac Carthy. Au 2eRTM en 1935, puis il commande le territoire d'Agadir avant d'être appelé au poste de directeur du cabinet militaire du Résident Général Gabriel Puaux à Rabat. Il est nommé Chef de la région de Marrakech en septembre 1944. Il le restera jusqu'en juillet 1954, soit presque 10 ans. Photo devant la carte de la Région- Réalités 1951- 
En été 1953 apparait le coup de force du Glaoui qui rassemble la plupart des caïds à Moulay Idriss décidés à destituer le Sultan. Puis rassemblement à Marrakech pour élire un nouveau Sultan avant de marcher sur Rabat. Le nouveau Sultan Sidi Mohamed ben Moulay  Arafa fut élu à Marrakech le 13 aout 1953, jour de l'Aïd el Kébir. le surlendemain 15 aout, deux policiers, (Migot et Coulon), sont tués place du Méchouar. Le Général Guillaume informé écourte ses vacances à Vichy, mais arrive trop tard, le nouveau Sultan est élu et dans les premiers temps il est acclamé par les marocains de tout le Maroc..
Marrakech, ville jusque là calme, va être visée par des nationalistes  de Casablanca : Attentat à la grenade faisant des victimes autour de Moulay ben Arafa le 5 mars 1954; Assasinat du commissaire Monier le 15 mai 1954, le 25 mai une grenade est lancée dans la foule : 2 morts et 20 blessés; le dimanche 20 juin le général d'Hauteville qui traversait à pied la place Djemaa el Fna pour se rendre à la messe de derb nakous reçoit dans le dos une balle de révolver. Le 23 juillet c'est Jean Thivend, Délégué aux affaires urbaines qui est tué.
Sur le Conseil du général d'Hauteville, commençant une longue convalescence, le Résident général Francis Lacoste nomme le contôleur civil André Hardy pour assurer l'intérim de Chef de région.

Andre-Hardy_1908-1980

13bis -Contrôleur civil André HARDY (1908-1980). Le seul qui ne fut ni colonel, nigénéral fit l'intérim du chef de Région de Marrakech de juin à décembre 1954.  Après avoir obtenu son diplôme au Centre de hautes études d'administration musulmane, il réussit, en 1931, le concours pour devenir contrôleur civil. Le contrôleur (Sidi el Hakem) jouait le rôle de commissaire du gouvernement et participait aux enquêtes.
En 1935, André Hardy est nommé premier adjoint à Berkane où il reste jusqu'a 1937, puis à Salé (1937-1937), Chemaia (1938 - 1941) et à Casablanca (1941 - 1943) .
En 1944, il devient directeur du service de Sécurité en Tunisie puis occupe différents postes à Jérusalem et à Damas. Il poursuit sa carrière à Marrakech en 1951.
D'abord au Secrétariat Général de la Région, il devient l'adjoint du général d'Hauteville, pour les territoires extérieurs. Puis après la blessure par balle du général, André Hardy assure l'intérim de Chef de région. 
Sur la ville de Marrakech André Hardy fut confronté à la "Guerre des boutiques fermées" qu'il enraya. Le lanceur d'une grenade qui n'explosa pas fut ceinturé et à partir de son témoignage il fut possible de remonter toute la bande des sept ou huit terroristes des attentats précédents animée par un fquih depuis Casablanca dont faisait partie en particulier un ancien sous-officier de la guerre d'Indochine. Dès leur arrestation Marrakech retrouva son calme. André Hardy redevient adjoint en décembre 1954 du nouveau chef de région, le Général Massiet du Biest.
Père de sept enfants, il part pour la France avec sa famille en juillet 1956.

general-massiet-du-biest-decembre-1955

14 - Général Jacques, Louis, Marie MASSIET DU BIEST (1898-1972) Général de Division, Il avait participé à la Libération de Marseille avec les Goums quand il était colonel. Il était chef de la région d'Agadir; Il prend le commandement de la Région de Marrakech en décembre 1954 - Il le restera jusqu'en décembre 1955 atteint par la limite d'âge de son grade. Sur la photo, il salue les officiers de la garnison à l'occasion de son départ.(coll. Salam Marrakech)
André Hardy le décrit comme un "célibataire mondain, aimant recevoir et ouvrant largement les portes de Dar Moulay Ali (Résidence des chefs de région depuis le colonel Mangin) à toute une société frivole".
Création à Marrakech du 6e RPC le 1er aout. Il n'y eut pas d'incident dans la région de Marrakech pendant cette période, mais ce ne fut pas le cas dans d'autres villes du Maroc à partir de l'été 1955. Ce fut l'agitation créée par les cinquante jours de Gilbert Grandval, puis le général Duval se tue en avion le 22 aout. Le Général Boyer de La Tour, nouveau Résident général est obligé de faire face à une agitation montante.  Il fit placer de petites garnisons dans tous les centres isolés du bled. Les poteaux téléphoniques étant sciés sans pouvoir identifier les coupables, il fit mettre en place un réseau radio. Le retour de Mohamed V en novembre fut suivi d'une grande liesse populaire. Mais à Marrakech la vie continuait dans le calme et même pour certains l'insouciance.
15 - Général Lucien BAZILLON ( 1903-1985). Commandant de la région de Marrakech de janvier à juin 1956 - Officier des Affaires indigènes du Maroc entre 1928 et 1933. Élève à l’École supérieure de guerre entre 1935 et 1937, il est nommé chef du 2e bureau à l’état-major particulier du commandant en chef d’Afrique du nord de 1942 à 1943. Chef du 2e bureau de la Mission militaire française à Londres en 1944, il rejoint la 9e D.I.C. dont il est sous-chef d’état-major.
Il sert à Rabat les deux années suivantes, puis comme colonel du 7e R.T.Sénégalais à Dakar, entre 1947 et 1949. Professeur à l'École supérieure de guerre de 1949 à 1951, il est commandant de la zone ouest de Cochinchine de 1953 à 1954. Général de brigade en 1955, il devient alors chef de la région civile et militaire de Marrakech en janvier 1956.
Il passe en revue le 6eRPC revenu du Rif. Il assiste aux obsèques du Glaoui, Pacha de Marrakech décédé le 23 janvier 1956. Pendant son commandement en février, la prise de fonction de deux responsables marocains: pour la ville de Marrakech Mehdi Sakkali et pour les territoires de la province Moulay Hafid El Alaoui. Mehdi Sakkali fut incapable d'arréter les émeutes du 2 mai qui ensanglantèrent Marrakech: assassinat du frère du caïd Sektani, puis d'un ancien Khalifa du Pacha, puis du Fqih Bou Regba, puis des incendies de maisons dont celle des Mansouri, puis le caïd Hadj Omar fut tué, en fait probablement une centaine d'éxécutions de marocains par des marocains, le nombre de morts n'a jamais été connu. Du côté français il y eut la tentative d'assasinat du Révérend Père de Prémare début mars et l'enlèvement le 12 mai du capitaine Moreau qui ne fut jamais retrouvé. La bagarre entre marocains et sénégalais fit neuf morts le long de l'avenue Mohamed V le 30 juin. En fait le général Bazillon n'est plus le Chef de région, comme l'ont été ses prédécesseurs. Il assiste à des affrontements entre marocains: actions d'intimidation de l'armée plus ou moins clandestine de Libération, élimination de ceux qui semblaient avoir soutenu Moulay ben Arafa. Le général est principalement occupé à introduire les nouveaux responsables marocains dans leurs nouvelles fonctions et d'accueillir les visites-inspections des nouveaux ministres dans les domaines de leurs attributions.

general-Robert-Chavatte-1958

16 - Général Robert CHAVATTE (Pierre, André) - (1901-1990) Jeune officier il avait été en fonction à Marrakech puisque son fils François y est né en décembre 1932. Il fit sa carrière en Indochine dans les parachutistes de 1938 à 1956. Il y acquit une grande popularité. Les camps parachutistes sont attachés à son nom . Il fut nommé à la Région de Marrakech en 1957. Photo Salam MRK: le général est en présence du Président Justini, des anciens sous-officiers de réserve, de Monsieur Pingeon, maître tailleur de la garnison et de sa fille Nicole Pingeon habillée en Madelon. Nous recherchons des précisions sur les aspectss de son commandement à Marrakech. 
Les questions concernant Marrakech et sa région sont définitivement prises en charge par les responsables marocains mis en place. Reste la présence française représentée d'un côté par un Consul de France et d'un autre côté par un Délégué militaire  au grade de général. 
Madame la Générale Chavatte présidait les réunions des assistantes sociales de la Région et rendait des services éminents dans les relations franco-musulmanes. C'est à la suite de sa promotion comme Général de Division que le Général Chavatte a quitté Marrakech en février 1958.
Cet article est une contribution à l'histoire de 1912 à 1958 à Marrakech. On aura constaté que beaucoup de biographies de ces généraux restent à faire ou au moins à enrichir de documents et de photos. Nous encourageons les lecteurs du blog à partager les informations qu'ils détiennent sur ces grands acteurs de la ville de Marrakech et de sa région.
Cette rétrospective des Commandants chefs de région de Marrakech est originale. Elle ne peut être copiée sans l'accord écrit de l'auteur et la mention de l'édition: Mangin@Marrakech - 14 juillet 2017.