MANGIN@MARRAKECH

27 août 2015

LA MÉDINA DE MARRAKECH EN CARTES POSTALES DE 1917 - 1924

L'ÉDITEUR DE CARTES POSTALES L.L. PUBLIE DE NOMBREUX CLICHÉS DE MARRAKECH SAISIS À PARTIR DE 1917 PAR UN PHOTOGRAPHE INCONNU

 © Cette présentation des Editions LL et de ses photographies sur Marrakech est originale, elle ne peut être reproduite, même en partie sans l'autorisation de l'auteur et la mention de Mangin@Marrakech à la date du 27 aout 2015.

LA COLLECTION DES VUES NON NUMÉROTÉES

Titrée MARRAKECH avec des majuscules écrites en italique. Les deux premières cartes sont dentelées et ne portent pas la marque L.L. 

00LL-0985 +-MARRAKECH-Place Djemâa el Fna et la Koutoubia- LL Place Djemaa El Fna et la Koutoubia - Les constructions déja présentes comme la Poste de la Médina et celles encore absentes permettent de dater ce cliché de 1917. Au premier plan deux "halkas", l'une avec des danseurs, l'autre avec un charmeur de serpents. Nous ne connaissons pas le nom du photographe; il a été probablement recruté par Edouard Crété. Cette vue sera rééditée dans la série numérotée avec le N° 1 et un léger recadrage plus serré, mais il s'agit du même cliché.

00LL-1176 + MARRAKECH Riad zitoun Djedid et la mosquée LL

Riad Zitoun Djedid et la Mosquée

La carte ne porte pas la marque L.L. Mais c'est provisoire; en achetant l'entreprise aux frères Lévy, Edouard Crété a aussi acquis la marque qui fait sa réputa -tion. Riad Zitoun Djedid est un quartier de la Médina où vivent bon nombre d'européens à cette époque. On en voit un de dos, croisant paisiblement un marocain juché sur sa monture.

00LL-CP M'Kech ancien_Souk aux légumes 03 Le marché aux légumes - LL - À cette époque les petites échoppes couvertes d'une toile peuplaient la place.

00LL-CP M'Kech ancien_Tombeaux Saadiens 33

Galerie des Tombeaux Saadiens - LL - Le photographe s'intéresse à tout ce qui est monu - mental. C'est proba- blement le premier à mettre en valeur les tombeaux Saadiens. Félix ne s'y interessera que beaucoup plus tard. Ce cliché portera le numéro 9 dans la série numérotée.

 

00LL-CP M'Kech ancien_Souk El Khemis 02 Marchands de Poteries au Souk Khemis - LL - Le cliché est original; le photographe de L.L. est le seul à avoir mis en valeur la vente de poteries à cette époque. Alan Lennox avait publié une photographie de potier façonnant un vase sur son tour, mais il s'agissait plus d'une référence biblique.

00LL-CP M'Kech ancien_Palmeraie 41

Un coin de la Palmeraie - LL - Ce bassin du côté de Bab Doukkala a été pris par de nombreux photo-graphes. Ici les palmiers se reflètent sur les ondes.

00LL--CP M'Kech ancien_Avenue Koutoubia 66 Avenue de la Koutoubia - Entrée de la Médina -    Sur la gauche on distingue la voie ferrée, dite "voie de 60" qui permettait de transporter les pierres de la carrière du Guéliz jusqu'au côté ouest de la place Djemaa El Fna. Les jeunes arbres sont protégés afin de ne pas être dévorés par les animaux de passage.

Ces vues doivent être datées de 1917, elles sont à rapprocher d'autres vues de Félix n°97 ou n°115 de la même année. Les deux frères Lucien et Ernest Lévy vendent leur entreprise. La guerre a effondré les ventes de cartes postales. Ils cherchent à céder leur société à un imprimeur, spécialisé dans l'impression avec des illustrations photographiques.

Mais d'où viennent les initiales L.L. ?

À l'origine de L.L. deux associés: Moyse LÉON et Georges LÉVY, son gendre. Ils ont appris le métier chez Ferrier et Soulier, notamment dans la réalisation de vues stéréoscopiques. Ils prennent la succession de l'entreprise Ferrier en 1864 en créant la société Léon et Lévy (L.L.) et constituent un catalogue avec au départ des vues d'Egypte, Syrie et Constantinople. Ils élargissent à l'Espagne et au Maroc (1895) et leur catalogue comprend plus de 30 000 vues des cinq continents.

Levy-pere-photos

Georges Lévy devenu seul, change le nom de son entreprise en Jean Lévy et Cie, qui devient  vers 1895 Lévy fils et Cie Éditeurs Paris Versailles. L'entreprise édite de nombreuses cartes postales, des albums et des livres illustrés. Les deux fils, Lucien-Abraham et Ernest-Gaspard Lévy * déposent la marque L.L. en 1901 et décident de se spécialiser dans la carte postale. L'entreprise devient la plus importante maison d'édition de cartes postales derrière celle des frères Neurdein (ND Phot). Leur père, Georges Lévy meurt en 1913. (certains par erreur écrivent Louis Lévy)

L'imprimeur Édouard Crété de Corbeil va acheter successivement les deux sociétés; il reprend d'abord celle des frères Neurdein, puis celle des frères Lévy vers 1917. Cependant ce n'est qu'en 1921 qu'apparait la société "Lévy et Neurdein réunis". La marque L.L. est conservée pour les rééditions des collections des frères Lévy . En 1932 l'ensemble passe dans la Compagnie (Alsacienne) des Arts Photomécaniques.(CAP). 

Un photographe inconnu..

Plusieurs photographes ont travaillé pour L.L.: Bisson en Egypte, Chauvelin en Tunisie et bien d'autres ailleurs dont nous ne savons pas les noms. Même si la firme a réalisé une campagne de prises de vues au Maroc vers 1895, nous ne pouvons affirmer que l'un des deux frères soit lui-même photographe. Las prises de vues pourraient avoir été réalisées par deux photographes espagnols. Avant le XXe siècle peu de photographes pénétrèrent à l'intérieur du Maroc, ils étaient seulement tolérés dans certaines villes de la côte comme Safi, Mogador ou Azemmour.

Les clichés de Marrakech paru sous la signature L.L. sont de la fin de la Grande guerre. Edouard CRÉTÉ, imprimeur à Corbeil est le nouveau propriétaire de l'entreprise (certains par erreur écrivent Émile Crété). Edouard conserve la marque L.L. même après la constitution de "Lévy et Neurdein réunis" en 1924. Le photographe auteur des clichés n'est pas marrakchi, mais de passage dans la Ville rouge, il effectue une mission photographique pour Edouard Crété. Il s'agit peutêtre du photographe Sandoz, mais nous n'en avons aucune preuve. Les quatre fils d'Edouard ont leur place dans l'entreprise: en 1927 Georges est à la typo, Pierre à l'héliogravure, Max à l'offset et Maurice au commercial. Les cartes postales L.L. seront imprimées, au moins en partie et dès 1924 à la Compagnie des Arts Photomécaniques-Strasbourg (CAP). entreprise qui succédera en 1932 à la famille Crété et à la société Lévy et Neurdein réunis.

* Ernest Lévy lors de son mariage en mars 1887 avec Louise Alcan déclare la profession d'employé de commerce, et non celle de photographe.

Il est dommage que nous ne connaissions pas le nom du photographe qui vint en 1917 à Marrakech immortaliser une époque importante pour la Ville rouge. Nous lui devons de beaux clichés que nous retrouvons dans d'autres collections ultérieures car ils restent d'actualité. À la différence du photographe Félix, il n'est pas marrakchi et son intérêt se porte beaucoup plus sur les monuments et sur le patrimoine, alors que Félix s'intéressait à cette époque à tout ce qui concernait les préoccupations des marrakchis et notamment la sûreté de leur ville et les événements qui la concernaient notamment les visites du Sultan Moulay Youssef ou du Résident général. Le photographe de L.L. qui vient à Marrakech à cette époque a probablement aussi l'idée de réaliser un catalogue touristique qui se démodera le moins possible avec le temps. N'oublions pas que L.L. disposait d'une banque d'images du monde entier presque aussi importante que celle des frères Neurdein.

LE DÉBUT DE LA COLLECTION NUMÉROTÉE

Le photographe de L.L. en 1917 a pris des clichés à champ large. Par la suite, l'éditeur va les recadrer en focalisant sur une partie de l'image, tout en gardant les mêmes numéros et souvent les mêmes légendes. Parfois les légendes initialement surimprimées sur l'image sont déplacées à la base de l'image, les lettres ne sont plus systématiquement en italiques. Suivant les éditions, les légendes sont soit en minuscules, soit en majiscules.

1LL-bas-0984 + 1-MARRAKECH-Place Djemâa el Fna et la Koutoubia- LL

N°1 Place Djemaa El Fna. L'éditeur n'a pas vu qu'en déplaçant la légende, il décapitait du même coup la Koutoubia. Si on compare avec l'édition non numérotée on constate aussi que la vue a été amputée de la première "halka" au premier plan.

2LL-0969 + 2 MARRAKECH-Danseurs et Charmeurs de Serpents N¨2 Danseurs et Charmeurs de Serpents - Place Djemaa el Fna - LL - Le photographe a saisi les mêmes halkas que celles du cliché précédent à quelques minutes d'intervalle.   

3LL-CP M'Kech ancien_Derb Riad Zitoun Jdid 06 N°3 Souk du Riad Zitoun Djedid - LL - Comme nous avons eu l'occasion de le dire le Riad Zitoun était le quartier de la Médina avec celui de Bab Doukkala où il y avait le plus d'européens. À cette époque le quartier du Guéliz n'était pas assez peuplé et équipé pour les attirer.  

5LL_CP M'Kech ancien_Bab Agnaou 04  N°5 Porte des Portugais - Bab Aguenaou - LL - Le photographe met en valeur l'aspect monumental de la porte. Il saisit un moment où des marocains s'en approchent pour en montrer la taille imposante.

6LL-CP M'Kech ancien_Palmeraie 14 N°6 Un coin de la Palmeraie - LL - Cette vue a été prise le même jour que celle présentée plus haut dans la série non numérotée avec un âne. 

8LL-0772 + 8 MARRAKECH

N°8 La Koutoubia à travers les Palmiers - LL - Dans la tradition des photo-graphes qui ont silloné le proche orient, les monuments sont accom-pagnés de person-nages. Seuls les tombeaux Saadiens ont échappé à cette mise en scène classique.  

N°9 Galerie des Tombeaux Saadiens (voir le même cliché dans la série non numérotée).

12LL-color-1117 + 12 MARRAKECH Palais de la Bahia Cour d'honneur LL N°12 - Palais de la Bahia. Cour d'honneur - LL - Le photographe inconnu a pris soin de faire apparaître les vasques de la Cour d'honneur.

13LL-CP M'Kech ancien_Toits de la médina 10 N°13 Panorama vu du Palais de la Bahia - LL - Les toits de la Médina ont intéressé de nombreux photographes, surtout depuis les toits du Mellah. Cette prise de vue depuis la Bahia est originale, elle suppose une autorisation obtenue des services du Maréchal Lyautey.

14LL-CP M'Kech ancien_Bab Doukkala 20 N°14 Panorama vue du Bab Doukkala - LL - Corrigé en: Panorama vu de Bab Doukkala dans d'autres éditions. Le cliché a probablement été pris depuis le sommet de la porte de Bab Doukkala.

15LL-CP M'Kech ancien_Toits de la médina 12 N°15 Vue générale vers le Palais du Sultan - LL - Le palais du Sultan est à peine visible à l'horizon.

 

 

17LL_-Entrée de Bab- Doukkala et la Ville  N°17 Entrée de Bab-Doukkala et la Ville - LL -  Cette porte, patrimoine de Marrakech, a disparu. Grâce aux photographes, nous en avons le souvenir .  

18LL-CP M'Kech ancien_Souk El Khemis 03 N°18 Le Souk Kémis - LL - (!lire Khemis). Le souk du jeudi était plus important et plus ancien que celui de la place Djemaa el Fna.

19LL-26-MARRAKECH-porte de Bab-Khémis-le courrier au dos de cette carte date du 02-09-1926

 

N°19 Porte de Bab-Khemis - LL - Autre monument de la ville que le photographe immortalise. Une édition précédente portait "Bab-Kemis". Cette porte est relativement basse, ce qui est accentué par les personnages qui s'apprêtent à y entrer.

LE RETOUR DU PHOTOGRAPHE INCONNU

Edouard Crété, propriétaire de l'Imprimerie Crété de Corbeil, a fusionné les sociétés des frères Neurdein et des frères Lévy et a scellé cette fusion en 1924 en créant "Lévy et Neurdein réunis". Le même photographe (ou un autre) vient à nouveau à Marrakech pour ajouter des images à la collection LL. Nous en avons le témoignage avec le modèle de véhicule qui figure sur les clichés. Sur la carte postale ci-dessous, dans le coin en bas à droite, le véhicule montre que nous sommes en 1923-24.

26LL-CP M'Kech ancien_Place Djemaa El Fna 21 N°26 Panorama de la Médina - Place Djema El Fna - LL- Les commerçants plantent leurs tentes de formes très variées .

27LL-CP M'Kech ancien_Place des Ferblantiers 03 N°27 Place de Bab-Berrima et Souk des Ferblantiers - LL - Un cliché très réussi de cette place qui a déjà été photographiée sous toutes les coutures avec plus ou moins de bonheur.

30LL--CP M'Kech ancien_Derb des Forgerons 22N°30 Rue des Forgerons - LL - Une des rues les plus fréquentées par les touristes. Reynolde Ladreit de Lacharrière l'avait décrite en 1911 comme très pittoresque.

32LL-CP M'Kech ancien_Derb El Ksour 01 N°32 Rue El-Ksour - LL - Une autre rue active de la Médina

35LL-CP M'Kech ancien_Souk des Vanniers 04 N°35 Souk de la Vannerie - LL - La vannerie n'a plua l'importance qu'elle avait à cette époque.

36LL-CP M'Kech ancien_Souk aux étoffes 03 N°36 Intérieur du Souk des Etoffes - LL - les nouveaux bâtiments du souk aux étoffes

37LL-CP M'Kech ancien_Souk aux étoffes 01 N°37 Intérieur d'un souk -LL - ici chaque échoppe a son auvent, la rue n'est pas couverte par un toit étanche.

39LL-CP M'Kech ancien_Derb Riad Zitoun Jdid 03

N°39 Une rue de la Médina - LL - Il s'agit d'un derb de Riad Zitoun Jdid.

Nous arrêtons ici (provisoi -rement) la présen -tation des clichés du photo -graphe de LL qui nous a fait visiter principa -lement les rues et les souks. Nous poursui -vrons bientôt par les clichés suivants qui s'inté -ressent aux mosquées, portes, tombeaux et palais marrakchis. Au contraire du photographe Félix, celui de LL s'intéresse très peu au Guéliz. Souvenons-nous qu'il préivilégie les monuments et le patrimoine historique ancien qui se trouvent en médina; il s'intéresse peu à ce qui est récent.  En fait, le photographe Félix et les collections de LL se complètent pour le plus grand plaisir de tous les marrakchis. Nous le vérifierons encore dans l'article à suivre. À BIENTÔT !

© Cet article de Michel de Mondenard sur les Editeurs L.L. de cartes postales entre 1917 et 1924 sur Marrakech est original; il s'intéresse aux objectifs poursuivis par les éditeurs et les photographes et sur leur contribution à la mise en valeur du Marrakech de cette époque. Cet article ne peut être reproduit sans l'autorisation de l'auteur et la mention de Mangin@Marrakech 27 aout 2015.

Nous arrêtons ic


18 août 2015

MARRAKECH EN 1911 - OBSERVATIONS DE MADAME LADREIT DE LA CHARRIÈRE

SÉJOUR À MARRAKECH AU PRINTEMPS 1911

Reynolde_Ladreit_officiers

Madame Reynolde Ladreit de Lacharrière a fait un récit très détaillé de ses voyages dans plusieurs villes du Maroc et dans le bled dont nous reproduisons des extraits relatifs à Marrakech. Nous avons présenté une première partie de ses récits, notamment ses premiers jours de découverte de la Ville rouge du 24 au 26 mars 1910 et du 15 au 23 mars 1911. Nous poursuivons pour la période du 24 mars au 26 mai 1911 dans laquelle une parenthèse se fit du 12 avril au 4 mai, une expédition très risquée à Taroudant.

Grâce à ce récit nous apprenons que l'emplacement du futur hôpital Mauchamp venait d'être choisi. Le consul britannique Alan Lennox montre des photos des glaouas et parle de la chasse avec Hadj Tami. Visite du souk aux ferrailles, des forgerons, des teinturiers, etc.. ainsi que du Mellah. Elle parle déjà du sous-officier d'artillerie Fiori qui se rendra célèbre le 7 septembre 1912, elle rend visite aux canons du Méchouar. Nous assistons à une journée au palais du Pacha, repas raffiné et visite de son harem. Une curieuse intervention d'un colonel espagnol met la ville en émoi. Madame de Lacharrière fait une importante synthèse de ses observations sur les moeurs et coutumes marocaines à cette époque. Elle reprend ensuite son récit des derniers jours de son séjour marrakchi: Visite de l'Aguedal et accueil de la Chérifa, soeur du Sultan. Elle nous donne les noms des officiers et notables présents à Marrakech.

Nous reprenons la suite de la découverte de Marrakech par Madame de Lacharrière. 

(24 mars 1911) - La maison du futur hôpital est délabrée; le docteur Guichard fait réparer trois pièces pour s'y installer en attendant qu'on bâtisse les pavillons pour les malades. Le jardin est grand avec de beaux arbres, de vieux oliviers; un réservoir pourrait faire une piscine agréable. Il fait très frais dans cette verdure reposante. Nous allons ensuite au jardin de Ben Daoud où nous avons campé l'année dernière; le jardinier m'offre des fleurs et des salades; les orangers embaument. Les coups de fusil ne cessent pas; nous voulions sortir en dehors des murs pour une promenade, mais le Consul trouve celà imprudent car les indigènes tirent dans tous les jardins et leurs balles se dispersent aisément. Notre occupation consiste à arranger le jet d'eau du Consulat qui s'obstine à n'envoyer vers le ciel qu'un faible filet.

Alan_Lennox_1913

(25 mars) - Visite au consul d'Angleterre, M. Lennox. Entre temps la pluie s'est mise à tomber à flot, les rues sont transformées en torrents, la vase est infecte, puante et noirâtre; nos mules avancent péniblement, enfonçant jusqu'à mi-jambe, la chute est à craindre dans ce marais: les piétons tenant leurs babouches à la main, rasent les murs, pataugeant: nos bêtes éclaboussent de blancs haïks, ce qui nous vaut des regards foudroyants; plus loin, c'est un véritable oued, nos mules se mouillent jusqu'au portail. (portrait d'Alan Lennox en 1913)

Maillet_Hadj_Thami_13

Nous arrivons cependant sains et saufs. La maison est sombre; le Consul est fort aimable. Il nous montre de jolies photos faites ici et dans le Glaoua où le ministre d'Angleterre à Tanger et M. Rattingham, accompagné de Hadj Tami et El Menebbi, ont chassé le mouflon... M. Lennox raconte qu'Hadj Tami peut mettre de suite sur pieds 200 à 300 hommes à lui, en cas de mouvement dans la ville, et 2000 hommes venant de dehors, tous armés et montés; une escorte d'esclaves ne le quitte pas... (Hadj Thami el Glaoui, sur son cheval favori - cliché Maillet)

el_mennebhi_9 Palais de El Menebhy, ancien ministre de la guerre de Moulay Abd el Aziz et prédécesseur de Madani El Glaoui.(cliché Maillet)

(26 mars) - Encore la pluie, de gros nuages courrent dans le ciel... Un courrier volumineux nous parvient de France... Le colonel Muller et de Purry ont du arriver hier matin. L'oued Oum er Rbia à Mechra ben Abbou a grossi le lendemain de notre passage de 1,90. il est maintenant de 4 mètres, les chameaux apportant nos cantines et nos provisions sont en panne.

LadreitPl25_rue_couverte

 Il grêle, le vent est glacial, il a dû certaine-ment neiger dans la montagne. Plus tard le temps s'apaise, nous errons au souk des ferrailles. Dans ces boutiques il y a de tout, des entraves de chameaux, de mules, des chaînes d'esclaves, des clous vendus au poids dans des balances rudimen-taires, des vieux boutons de porte...

Rue couverte de la Médina - Cliché Jacques Ladreit.

Plus loin, sont les forgerons. La ruelle est en partie couverte de roseaux et de troncs de palmiers sur lesquels court une vigne au cep énorme; les coups de marteau résonnent sur l'enclume.

(27 mars) - Je ne me lasse pas, aux souks, de voir les allées et venues, le grouillement de population. Le quartier des teinturiers est pavoisé de soies de toutes couleurs, séchant sur des cordes traversant la ruelle; deux nègres pilent des écorces de grenades; ils ont tous les bras teints en bleu ou en rouge... Nous allons chez Abdesselam Kabbaj qui nous offre un repas; près d'une place, deux charettes à roues pleines, démolies servent de refuge aux mendiants... L'hôte et ses amis nous précèdent dans un patio ou deux ou trois arbres poussent entre des mosaïques; la maison est simple et peu décorée. Le déjeuner est préparé à l'européenne, avec nappe, serviettes. Le menu écrit en arabe, se compose de quinze plats. Les indigènes sont assis sur des tapis dans le patio, nos serviteurs et les soldats attendent patiemment nos restes. Le thé est servi à l'étage supérieur où le phonographe nous abrutit de chants arabes, chleuh et joue même : "Ö Richard ! ô mon roi !".. Après les verres de thé réglementaires et le café à l'ambre, nous mettons fin à la séance et rentrons au Consulat par une ruelle traversant de superbes jardins.

Il paraît que le sous-officier Fiori ( note: instructeur de tir au canon) a été poursuivi à coups de pierres sur la place Djema el Fna; le capitaine Jacquet a écrit au Pacha de lui envoyer un mokhazni de suite comme sauvegarde... L'Oumer Rbia n'a pas diminué, les communications sont interrrompues avec Casablanca. Que devient notre chameau ?.. Le bruit court qu'un officier français aurait été tué dans la mehalla autour de Fez...

(28 mars) - Le capitaine Jacquet (note: artilleur chargé de la formation des marocains) serait nommé commandant, nous allons lui porter nos félicitations. Nous circulons à pied chez les potiers qui vendent de grands vases en forme d'amphores dans lesquelles les femmes transportent l'eau, des lampes romaines à trois becs; d'autres décorent des jarres avec un bâton trempé dans du goudron. Le souk des koumias, plus loin le marché aux poules et aux pigeons... Nous passons à la Kissaria des belghas, la galerie couverte, bordée d'échoppes, regorge de monde, on ne peut y circuler; plus loin des soies dont les marchands, tenant l'écheveau avec leurs doigts de pied, roulent les brins entre leurs mains et font du cordonnet qu'ils rassemblent ensuite pour les tresser en beaux cordons de couleurs vives pour les koumias, ressemblant à des rouets. Des resemeleurs vendent des belghas d'occasion bien fatiguées.

 

LadreitPj29_coin_mellah Coin du Mallah - Cliché Ladreit de Lacharrière

(29 mars ) - Le temps est superbe, le soleil brûlant. Près du Mellah, des échoppes entourent une grande place: là, les juifs fabriquent avec des bidons de pétrôle, ou des boîtes de conserves, des théières, des cafetières, des burettes et mille objets; puis des fanars (lanternes) souvent très joliment découpées (on ne peut s'imaginer à combien d'usages servent les bidons de pétrôle; on en blinde même les portes, ce qui est l'orgueil du propriétaire). Près d'un arbre marabout, auquel des morceaux de vêtements sont accrochés, des femmes voilées vendent des pains ronds, posés en pile sur les genoux, elles restent immobiles comme figées, jusqua'au moment où l'acheteur se présente, enfonçant ses doigts osseux pour juger la cuisson et après avoir marchandé, achète la moitié du pain pour quelques pièces de cuivre (il en faut trente pour faire trois sous de notre monnaie).

Une porte donne accès dans le Mellah proprement dit, dont la fermeture se fait chaque soir à 9 haures. Le quartier entourré de murs est complètement isolé et ne communique avec la Médina que par cette unique ouverture. Dans une galerie couverte, des boutiques d'épicerie, d'étoffes imprimées; par terre, des juifs accroupis offrent des cartouches, des balles. Les rues étroites bordées de marchands de quincaillerie, de verroteries, sont sales et sentent mauvais. Les ordures restent indéfiniment et forment à la longue de grand tas, desséchés par l'ardeur du soleil, la saleté des habitants, vêtus de leurs longues lévites noires pleines de tâches, la calotte noire posée sur des cheveux longs et crasseux, est inouie. Les enfants ont la tête couverte de croutes blanchâtres. Quelques-uns ont des yeux magnifiques avec des cils très longs et arrivent quand même à être jolis. Des mendiants aveugles ou borgnes, le corps couvert de plaies, circulent dans la foule en gémissant pour attirer l'attention du passant.

En dehors du Mellah, le souk des bijoutiers enclos: on y accède par une seule porte, les échoppes sont minuscules; un tabouret aide les marchands à entrer chez eux; ils rabattent les auvents qu'ils ouvrent avec une clef énorme. Nous nous asseyons sur des coussins en paille dans une de ces cases, et le bijoutier nous étale ses richesses. Il n'ya rien d'intéressant; le travail est assez grossier. Tous les juifs arrivent bientôt m'apportant des plaques d'argent, des boucles de ceintures, des colliers, des bracelets. Il faut palabrer pendant des heures avant qu'ils nous montrent quelquechose de bien; alors avec précaution, le juif détache une clef pendue sous ses vêtements, ouvre une caisse grossière de boîtes de conserves, tire enfin quelques bibelots en or ou des pierres fines. À côté, des ouvriers dorent des objets en argent à l'aide de piles rudimentaires ou martèlent des plateaux en cuivre, fabriquent des medjmar, des étriers ou des battoirs avec des pointes pour carder la laine.

À la sortie du souk, contre un haut mur, sont accroupies les ravaudeuses; leurs vêtements sales et en lambeaux laissent voir leurs seins désséchés et leur peau frippée. Elles assemblent des bouts de chiffons, raccommodent des djellabas qui ne ressemblent plus à rien; à côté d'elles, sur un tas de charpies qui leur servent de pièces de rassortiment, des enfants lymphatiques dorment épuisés. Un peu plus loin, les savetiers pouilleux raccommodent des belghas en loques. Les clients attendent patiemment leur tour.

( 1er avril) - Le mokhazni ne veut pas nous laisser approcher des canons du Mechouar; je ne sais pourquoi cette fantaisie l'a prise, nous allons quand même. Deux sont sur des affûts à roues démolies, l'un et l'autre datent de 1870, un autre de 1697, fait à Séville, Mexico, initiale R; trois autres plus modernes, sur des affuts à peu près en bon état. Au fond de cette grande place servant au jeu de la poudre, se trouve un pavillon avec balcon d'où le Sultan assistait aux éxécutions et aux fantasias. À gauche, un bâtiment servait de ménagerie, plus loin, un petit minaret recouvert de faïence vertes, surmonté d'un nid de cigognes..

Dans la nuit une pluie torrentielle se met à tomber et traverse notre terrasse, remplissant le tub que nous avons mis sous le trou du toit por empêcher que toute la pièce soit inondée.

(4 avril) - Le temps est de nouveau beau, je pars avec le capitaine Landais faire une promenade à cheval dans la palmeraie. Nous galopons dans des sentiers coupés de frondrières, devant un ravin escarpé, un indigène nous fait un chemin avec sa pioche; nous poursuivons à l'aventure à travers des champs de liserons et de glaieuls rouges, puis un étroit sentier serpente entre les palmiers, des oliviers dont les branches nous effleurent au passage; des ruisselets coulent dans des buissons de pervenches ou entre des soucis couleur rouille. Le Tensift, grossi par les pluies récentes, roule une eau boueuse... Dans la soirée la pluie de nouveau tombe à flots, nous traversons pour aller au consulat, lacs et torrents; nos indigènes, la djellaba retroussée, entrent dans l'eau jusqu'au dessus du genou; il fait noir comme dans un four, on marche à tatons dans l'obscurité, sous la pluie qui redouble.

(5 avril) - L'eau a traversé notre plafond et coulé dans la chambre... Nos bagages viennent d'arriver de Casablanca, nous n'espérions plus les revoir...

(7 avril) - Le capitaine Landais et M. Fernau quittent Marrakech aujourd'hui. Le juif propriétaire de la maison nous met à la porte et le Consul nous offre une maison près de la sienne; les pièces sont très joliment ornées.

 

Stinia_hadj_Thami  Riads du Palais du Pacha Hadj Thami el Glaoui, cliché Félix

(9 avril) - Nous allons avec les Maigret et le docteur Weisgerber, déjeuner chez le Pacha, précédés des mokhaznis. Son nouveau palais n'est pas encore terminé; le chef des mokhaznis nous conduit sous une voute donnant sur un grand riad rectangulaire, bordé d'une galerie soutenue par des colonnes recouvertes à la base de mosaïques; les chapiteaux sont en plâtre découpé et coloré surmontés d'ornements en bois de cèdre qui mettent une note originale; les portes sont du même bois. Le Pacha vient au-devant de nous, suivi de ses esclaves familiers, et nous reçoit dans une belle pièce pavée de mosaïques. Les murs sont revêtus de faïences aux coloris chauds, les plafonds en bois peints d'arabesques ocrées; des frises en plâtre creusées et peintes... Le riad est partagé par quatre allées, au centre une vasque de marbre où l'eau jaillit sans cesse, quelques arbres chétifs; des giroflées, des jacinthes, des roses poussent à profusion. Nous nous asseyons sur de moelleux coussins en soie brochée, recouverts de mousseline blanche. des esclaves apportent les plats surmontés de mekkele qui sont posés à mesure sur une petite table basse. Les mets sont délicieux et le repas se termine par des laitues hachées et du cerfeuil sucré mélangé à la fleur d'oranger qui macèrent dans des coupes de cristal et des fèves baignant dans l'huile. Les rafraîchissements sont servis dans une seconde pièce richement décorée; café à l'ambre et dans des flacons de cristal à longs cols, du vin fait de raisins secs, un liquide vert foncé à la menthe, du lait d'amande, de l'orangeade.

Le Pacha conduit Mme Maigret et moi jusqu'à la porte de son harem où une négresse nous introduit dans un patio. Une jeune femme nous reçoit; le teint est bronzé, les cheveux noirs plantés irrégulièrement et bas sur le front, les yeux sont très foncés; elle est vêtue d'un cafetan de drap orange, recouvert de la tchemire de mousseline blanche à fleurs roses; autour du cou, des colliers de perles baroques, au centre une émeraude carrée de 4 centimètres et assez finement entourée de petits brillants incrustés dans l'or. Elle nous accueille très aimablement, tandis qu'une grosse négresse lipue, la tête recouverte d'un turban jaune, nous prépare le thé... Notre hôtesse nous explique qu'elle était couchée avec la fièvre et que le Pacha vient de la faire lever. C'est la favorite de l'heure présente; les autres femmes sont encore dans l'ancien palais; celles-ci est de Stamboul ainsi que sept autres compagnes achetées récemment; elles viennent du harem de Si Omar Tazi. Notre petite amie n'a pas l'air heureuse et ne s'habitue pas à sa nouvelle vie, le costume marocain ne lui plait pas. Plus fine que ses compagnes, elle préfère rester seule. Chaque femme a son petit jardin et deux pièces séparées des autres appartements. Hadj Tami a 50 cuisinières; il doit nourrir tous les jours 300 personnes. Les plats sont présentés au Pacha qui prend ce qui lui plait et le reste va aux femmes; une cuisine à part sert pour les serviteurs et les esclaves... Hadj Tami n'a qu'un fils, et d'une esclave. Les négresses n'ont pas d'influence et ne passent pas la nuit entière avec lui. Toutes les femmes sont prêtes le matin à 8 heures, habillées, coiffées, parées et attendent que le maître fasse demander l'une d'elles. Pendant qu'il mange, souvent plusieurs de ses femmes s'asseyent autour de lui; il aime à plaisanter avec les Turques et leur présence l'adouçit... Elles sont toutes libres alors jusqu'à cinq heures, changent de vêtements, retournent avec le Pacha si tel est son bon plaisir jusqu'à dix heures et dînent; chacune à son tour est appelée près de lui et se met en grande toilette... Souvent elles rafflent après un repas de gala le champagne, les gâteaux et se cachent pour fumer; une négresse les prévient quand le maître rentre, car il peut aller au harem à n'importe quelle heure. D'un caractère emporté et cruel, on craint Hadj Tami; il bat ses femmes lui-même pour se distraire ou fait donner la bastonnade à ses esclaves par ses mokhazni. Quelquefois il fait venir des vêtements européens et s'amuse à en travestir ses favorites. Elles ont peu d'argent à leur disposition; un juif leur vend des babioles, des juives viennent coudre des vêtements. Les distractions sont peu nombreuses; elles s'ennuuient et ont le spleen; les Turques surtout qui regrettent leur vie passée. Quelquefois un vieux maître enseigne aux petites filles à lire jusqu'à douze ans ou bien la musique aux esclaves les plus jolies...

Un serviteur vient nous chercher et notre nouvelle amie nous fait promettre de revenir. Le Pacha nous fait visiter sa demeure; un autre patio n'est pas encore décoré; plus loin, les logis des esclaves femmes, les cuisines sont énormes; il y a 25 fours et chaque négresse est assise devant le sien aidée de deux enfants. L'arsa est planté de beaux orangers, une gazelle se promène en liberté. À notre sortie des soldats nous suivent en mendiant. À peine rentrées au consulat, selon la Kaïda, des esclaves nous apportent des tapis et des coussins envoyés par la femme de Hadj Tami à ses amies chrétiennes.

(10 avril) - Nouvelle sensationnelle, il paraît qu'un officier espagnol et deux sous-officiers sont entrés dans Marrakech en uniforme avec 200 hommes. C'est un manque de tact, car les officiers français ont défense formelle de venir et c'est une affaire que cherchent les Espagnols, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Jacques les a rencontrés qui caracolaient le fusil en bandoulière à travers la place Djema el Fna; la stupeur des Marocains s'est manifestée par une rumeur hostile.

Michel_oued_ifcil l'oued Icill ici à sec déborde par fortes pluies - Cliché Ernest Michel 

 

( 11 avril) - Nous faisons une promenade dans la palmeraie. Une foule suit un enterrement et chante une complainte curieuse. L'oued Icill roule une eau boueuse; nos bêtes partent à la dérive et luttent contre le courant.

Le colonel espagnol Sylvestre est venu voir le Consul.. Il nous raconte ses exploits à Cuba et ses 22 blessures. Les 200 hommes de sa suite se réduisent à 18 soldats du Tabor espagnol. Le colonel Sylvestre n'est pas content de la réception du Pacha qui s'est montré très froid; il habite notre ancienne demeure, offerte par le juif qui nous a mis à la porte.

Il est en uniforme et porte la croix d'officier de la Légion d'honneur. Je lui demande en riant ce qu'il est venu faire à Marrakech "Me promener, me répondit-il. - Mais pourquoi avez-vous besoin d'une escorte aussi nombreuse ? - Oh! le pays n'est pas sûr. - Pas sûr ! mais nous n'avons que quatre muletiers et nous venons de faire la même route que vous; personne ne nous a rien dit". Le colonel a changé la converstion...

Les moeurs et coutumes marocaines observées et rassemblées à Marrakech par Reynolde de Lacharrière.

La cuisine marrrakchie:

Je résume ici quelques renseignements que j'ai pu recueillir sans rappeler les coutumes par trop connues. La Marocaine se lève avec le soleil, le premier repas "le ftour acri" se compose de la "Harira", soupe, faite avec des oeufs, du safran, du beurre et quelquefois de la viande. À 10 heures le Ftour el Kasra, comme le nom l'indique, le pain est le principal aliment, puis du beurre, du kefta, sortes de petites boulettes de viande hachée, des brochettes et du thé. Vers 2 heures et demie, le Rda se compose de trois ou quatre plats de mouton, poulet, pigeon.

À 8 ou 9 heures, l'Achia, on sert plusieurs viandes, couscous, du thé. Ces repas sont pris dans les familles de moyenne aisance et les plats sont plus ou moins nombreux, selon la richesse, les deux principaux sont le rda et l'achia. Chacun de ces repas est toujours précédé et suivi du thé, c'est la boison nationale faite avec un thé vert et mélangée avec la nana, menthe, du sucre et toujours sans lait.

Le café est servi rarement, pourtant chez quelques grands seigneurs et chez les Berbères de l'Atlas, on nous en a offert qui était parfumé à la rose, à l'ambre et au clou de girofle.

Les Marocains sont très friands de petit lait "leben", surtout avec le couscous, nourriture la plus répandue et mangée par tous, riches ou pauvres; c'est une sorte de semoule de farine de blé ou d'orge et que les femmes font elles-mêmes. Cependant, Marseille exporte du couscous tout préparé. Suivant l'habileté de la ménagère, le grain est plus ou moins fin, elle le passe dans un crible fait de lanières fines, se croisant pour former un treillage; on commence maintenant à se servir du tamis européen. Le couscous cuit à la vapeur, dans un vase troué au-dessus d'un récipient dans lequel mijote la viande du mouton. Il y a différentes manières de servir le couscous, soit bourré de mouton, de poulet, de raisins secs, de courges, ou saupoudré de sucre en poudre et de cumin.

Lorsque le mari part en voyage, sa femme lui donne une provision de couscous qu'il emporte pour le cuire dans le bled; quelquuefois, l'homme consent à faire la semoule au cas de nécessité, dans un long voyage par exemple. À Marrakech, on trouve du couscous tout fabriqué, nos hommes en avaient acheté qu'ils cuisaient au campemant.

Les femmes préparent du mait d'amandes ou une boisson avec le jus d'oranges, de l'eau de rose et du sucre; le mélange est passé dans un linge fin.

En été, lorsque la viande est grasse, on la coupe en morceaux minces pour la faire sécher, elle est ensuite cuite dans l'huile et conservée dans des pots. La viande n'est jamais fumée.

Un musulman ne mange de la chair d'un animal que s'il est égorgé d'après les règles coraniques, tout le monde connaït sa répulsion pour le porc, elle est cependant moins vive ici qu'en Algérie.

L'homme en général ne mange pas avec ses femmes (il y a pourtant des exceptions), mais avec un frère ou un ami; sa mère, sa soeur ou ses femmes sont servies chez elles. Les domestiques, les esclaves, mangent les restes.

Les fils à partir de 7 à 8 ans, prennent part au repas du père; avant cet âge, ils restent avec leur mère.

Les vêtements portés par les Marrakchia

Vêtements des femmes: le cafetan ressemble beaucoup à celui des hommes, elles mettent par dessus la tchémire, en étoffe légère. La garde-robe se compose de trois ou quatre vêtements différents, mais un est spécial pour le vendredi. Les pauvresses n'ont naturellement qu'un vêtement qu'elles lavent pour les fêtes. Celui de la nuit ressemble à la tchemire, mais sans garnitures, on ne porte jamais de vêtements noirs. La femme achète l'étoffe, fait elle-même ses cafetans ou les fait faire par une couturière le plus souvent juive qui vient chez la cliente. La machine à coudre commence à prendre une extension incroyable, mais ce sont surtout les tailleurs qui s'en servent.

La parure:

La femme se coiffe tous les sept ou huit jours, ou même quinze jours, lorsqu'elle va au hammam; les cheveux sont partagés en deux tresses allongées par de la laine noire pailletée. Les bijoux principaux sont des colliers, le mtbour el Khamsa, contre le mauvais oeil, sorte de trèfle à quatre feuilles en argent avec une pierre au milieu; sur le front, une pièce d'or avec quelquefois une émeraude au centre. Pas de bracelets de pieds, mais d'assez grossiers aux bras; comme boucles d'oreilles de grands cercles avec une pierre ou une poire de verroterie ou de corail. Le fard est très en faveur, le rouge se vend pour quelques centimes, dans de minuscules soucoupes en terre, il ne tient pas au lavage; par contre, le vernis noir pour les lèvres et les ornements du front est très résistant. Les yeux et les sourcils sont allongés avec le khol, les hommes s'en servent également. Pour avoir les dents blanches et les gencives rouges, les coquettes mâchonnent constamment de l'écorce de noyer. Une spécialiste fait les tatouages avec une longue aiguille à l'occasion des fêtes religieuses ou de celles de la famille, les petites filles ont souvent les mêmes signes que leurs mères. J'ai vu des femmes ayant des dessins bleutés sur le front, le nez, le menton et autour du cou, des colliers descendant jusqu'aux seins. Des bracelets aux bras et des bagues à tous les doigts. Mais ces ornements barbares sont surtout en faveur chez les Bédouines et les Chleuhs.

La femme de grande famille ne sort jamais; la bourgeoise va au souk (marché), acheter des vêtements; on les voit en bande devant les échoppes; leur tête arrive juste à la hauteur de l'étalage où les étoffes les plus criardes soulèvent leur admiration; à la Kaïsaria elles viennent vendre leurs vieux vêtements ou leurs bijoux. Chez elles, elles filent la laine ou la soie, brodent des selles arabes, des belghas; le marchand accroupi près de la porte de la maison s'entend avec une vieille duègne pour faire le prix d'avance.

Les femmes exercent certains métiers: toubiba, sorcière ou sage femme. On la consulte pour trouver un trésor, faire mourir un ennemi, se faire aimer de son mari ou d'un amant; pour cela, on a aussi recours à un taleb qui écrit un verset sur un papier qu'on fait tremper dans de l'eau offerte au mari volage. Les Marocaines se louent aussi pour aller cueillir les feuilles de mûrier, car, à Marrakech, les indigènes élèvent des vers à soie; elles font aussi de la Kessra qu'elles vendent au souk ou encore tressent des cordelières pour les chkara: quelques-unes sont ravaudeuses.

Dans les champs elles s'occupent des travaux comme les paysannes de nos pays, coupent les céréales, mais ne sèment que lorsqu'il n'y a personne pour aider l'homme.

Fiançailles et mariage:

Le mari ne connait sa future femme que par oui dire, ou s'il épouse une cousine, il a pu la voir enfant; des matrones servent généralement d'entremetteuses. Les fiançailles se font parfois très jeunes. Il y a alors un acte passé devant un adel entre deux familles. Lorsque les enfants ont sept ou huit ans et à chaque fête, le père du jeune fiancé envoie au père de la fiancée des cadeaux, des étoffes..

Les filles se marient vers 13 ou 14 ans, les garçons à 18 ou 20 ans, il n'y a pas d'acte d'état civil. Au reste les musulmans ne savent jamais leur âge exact et, quand on le leur demande, ils vous répondent qu'ils sont de l'année où les Français sont venus ou de l'année de l'invasion de sauterelles...

Au moment du mariage, la fiancée avant de quitter la maison de son père est portée et fait ainsi trois fois le tour du patio. Elle trempe la main dans du lait et un oeuf est jetté par terre. Les juifs mettent du beurre ou de l'huile sur la porte. À la nuit, les parents, les amies amènent l'arousa chez son mari, elle est enfouie sous un mannequin d'osier recouvert d'étoffes, porté par un cheval, une mule, ou bien on la transporte quelquefois en palanquin, selon l'usage des différentes provinces. Il y a des porteurs spéciaux. La musique et les coups de fusil font rage et les amis du fiancé font le simulacre d'un enlèvement. Un repas est préparé  pour les invités des deux sexes, mais séparément. La fiancée est conduite dans la chambre nuptiale, le mari entre ensuite. Toute la nuit, les femmes restent accroupies devant la porte jusqu'à ce que l'époux revienne avec la chemise de l'épousée et il n'a pas le droit de rentrer chez sa femme pendant sept jours, durant lesquels celle-ci ne portera pas de ceinture; chaque jour les amies viendront ripailler, entendre la musique, apporter des cadeaux; les fêtes durent quinze jours ou un mois.

La jeune mariée n'a pas le droit de sortir de la maison avant le quarantième jour. Alors toutes les voisines et parente vont avec elle au bain public, même s'il y a un hammam chez elle.

La dot est payée par le mari au père de sa femme, celle-ci apporte les tapis, les grands matelas servant de lit, deux ou trois couvertures et les rideaux pour mettre contre la porte.

L'accouchement, la naissance, l'allaitement, l'enfance, l'école:

La femme enceinte prépare du couscous pour les repas des amies qui viendront au moment de l'accouchement; si elle est d'une famille riche, ce sont les esclaves qui s'en occupent. Le jour de l'accouchement, les femmes sont réunies dans le patio, mangent, chantent pendant que les musiciens font résonner leurs instruments.

Dans la chambre de l'accouchée, sont présentes sa mère et la sage-femme, kabla. Le mari n'assiste pas. La future mère, au moment des douleurs, se cramponne à une corde pendue au plafond, sa mère, quelquefois une amie intime, lui prend les mains, tandis que la kabla accroupie la soutient, la tenant entre ses genoux. Souvent un récipient qui dégage de la vapeur est placé près d'elle, et la sage-femme reçoit l'enfant, l'enveloppe dans un morceau de vieille djellaba fine. Les assistantes crient pour couvrir les hurlements de la jeune mère. Le troisième jour, une petite fête a lieu, on met du henné au nouveau-né et de la poudre faite de myrte séchée et pilée, appelée reham. Le bébé est revêtu d'une petite chemise neuve et une mousseline lui entoure la tête; la kabla reçoit comme salaire une peau de mouton, quelquefois de l'argent et une distribution de viande est faite aux pauvres. Les youyous retentissent sans arrêt pour un garçon; si c'est une fille, trois zazari seulement. Le septième jour, la jeune mère se lève, prend un bain. Ses amies se réunissent chez elle, autour d'un repas. Les garçons sont allaités pendant deux ans et les filles pendant un an et demi seulement, car les Marocaines prétendent qu'elles grandissent plus vite; la préférence est toujours pour les fils. Au bout de quarante jours une autre femme allaite le bébé. Les cheveux sont rasés, sauf une touffe appelée marabout, la coiffure diffère selon le patron auquel est voué l'enfant et les mèches sont gardées dans un mouchoir avec des dattes; on met le tout sous l'oreiller de l'enfant. Une fête a lieu pour cette occasion. Les ongles des garçons sont frottés sur un morceau de bois, ceux des filles sont coupés avec des ciseaux et les rognures sont jetées. 

Une nouvelle fête est organisée pour choisir le nom du fils, donné par le père, ou, le plus souvent, tiré au sort; des bouts de bois de différentes longueurs portent chacun un nom et celui désigna par le hasard sera celui du petit garçon.

Les fillettes ont les oreilles percées à deux ou trois ans.

La circoncision a lieu pour le petit garçon vers trois ou quare ans, la cérémonie se fait le plus souvent à la maison. Le barbier fait l'opération avec des ciseaux. La plaie est fermée avec du henné en poudre.

Le petit musulman va à l'école vers 5 ans. Le maître accroupi, tient une longue baguette et frappe l'enfant paresseux, c'est un bourdonnement incessant de voix annonçant les versets du Coran inscrits sur une planchette et que chacun apprend par coeur en dandinant la tête.

Les petites filles s'instruisent à la maison avec un vieux maître souvent aveugle, leur éducation est tout à fait négligée.

Divorce, deuil, veuvage

Si le mari demande le divorce, la femme peut emporter ses meubles; dans le cas contraire, elle laisse tout et rentre dans sa famille, le mari l'entretient pendant trois mois.

Lorsqu'un musulman meurt, les voisines viennent pleurer devant le cadavre, des professionnelles hurlent sans interruption. Si c'est un vendredi, le mort est porté à la djema, puis au cimetière le jour même; si le décès survient pendant la nuit, on enterre le matin.

La veuve met des vêtements blancs, la tête n'est plus couverte du mouchoir de soie, elle ne s'enduit plus les mains ni les pieds de henné et ne fera pas sa toilette. Le veuvage est de 4 mois et 7 jours; une fête termine le deuil et après ce laps de temps la femme peut alors se remarier. Si une mère perd son enfant, le deuil est de 7 jours.

La veuve donne de l'argent aux pauvres pendant sept jours; un jour seulement si sa fortune ne lui permet pas plus. Le premier jour, les femmes vont prier au cimetière et distribuer des dattes et du pain aux malheureux. Les vieilles femmes seules vont le vendredi à la prière.

Fêtes, musique, jeux,:

Il n'y a pas de fête pour le blé nouveau; cependant à la récolte, le riche donne aux pauvres des gerbes de blé et permet de glaner les épis oubliés sur le champ; quand on bat la moisson, on fait une distribution de grains.

Des processions, des prières ont lieu pour amener la pluie. Quelquefois on mouille le milieu d'une corde que les femmes et les enfants tirent à chaque bout.

Les femmes apprennent rarement la musique, sauf les professionnelles. D'après les Marocains, la meilleure musique est faite par les orchestres composés d'hommes.

Les instruments sont: le taridja, vase en terre colorée et dont l'une des extrémités est recouverte d'une peau tendue. Derbouka ressemble à la taridja mais en plus grand. Chautka, sorte de grand violon; Kamandja, violon. Roab, rebec.. Laoud, luth; Rahira, flûte. Tous ces termes sont très diffrents au nord ou au sud du Maroc.

Les femmes jouent avec des cartes espagnoles, les dames, jeu favori des Marocains, sont réservées aux hommes. Les enfants s'amusent avec des osselets; les garçons, les jeunes gens pratiquent la kourra, sorte de cricket. Des branches recourbées des palmiers leur servent pour frapper la balle. Les petites filles ont des poupées qui se nomment "arousa" (fiancée) faites avec des roseaux, quelquefois avec du plâtre.

Sur le trajet de Taroudant Reynolde de Lacharrière rencontre une autre figure parmi les emropéens de Marrakech. Monsieur Marius Doré, ingénieur des mines.

Caid__elHadj_Dor__Ladreit Le Caïd El Hadj, Marius Doré, Mme Reynolde de Lacharrière - un mokhazni - Cliché Jacques Ladreit

(25 avril) - M. Doré a promis au Caïd du vaccin pour 50 personnes, mais on ne lui a pas envoyé. Demain j'offrirai mon office au harem, me voilà devenue Toubiba. Nous parlons de notre retour. Quelle est la marche à suivre ? Si le Consul nous dit de rentrer, avons-nous des moye,s sûrs pour y arriver ? Les nouvelles doivent être éxagérées. Nous nous couchons à minuit après avoir retourné dans tous les sens ces éventualités.

ladreit_seance_vaccination Séance de vacconation avec Mme de Lacharrière - Cliché Jacques Ladreit de Lacharrière

(26 avril) - Nos muletiers sont partis ce matin pour chercher des bagages laissés à  à Aoulouz dans le cas où nous serions obligés d'abandonner le projet de revenir par le Glaoui. Le Caïd réclame la séance de vaccination promise, il vient nous chercher à 4 heures et demie; son frère et son plus jeune fils âgés de deux ans; puis des négresses arrivent, leurs bébés à cheval sur leurs hanches; le patio est bientôt bondé. (...)

Puis c'est l'approche de Marrakech

(5 mai) - Devant nous, au loin, Marrakech, dominée par la Koutoubia et ceinturée de sa palmeraie. À l'horizon, les montagnes estompées par la brume. Sous le soleil, qui brûle, on marche vite, bêtes et gens sentent la ville proche, et puis nos mules habituées aux chemins pénibles, sont surprises de la facilité de la piste et activent l'allure. Dar es Sultan, une séguia près de l'Agdal, entouré de hauts murs flanqués de tours carrées.. Au loin un groupe de cavaliers: c'est  le Consul et Mme Maigret qui viennent au devant de nous avec Si Mohamed; Bouaza et un autre mokhazni font la fantasia... Nous avons marché près de 11 heures avec en tout un arrêt de 1 heure; le thermomètre marque 37° à l'ombre. Nous entrons en ville dans un nuage de poussière, il est cinq heures.

(6 mai) - Nous restons l'après midi à bavarder, nous avons tant de choses à raconter des deux côtés. La situation à Marrakech a été assez tendue, mais rien n'a éclos. Le général Moinier marche sur Fez avec 22 000 hommes.

(10 mai ) - Le Cheikh d'Ounaïne vient de m'apporter un couffin de raisins secs et du miel, Bel God sert d'interprète, car notre chleuh ne sait pas un mot d'arabe.

(12 mai) - Les nouvelles reçues ce matin sont mauvaises, deux convois de ravitaillement auraient été attaqués près de Rabat, il y a des officiers blessés. L'impression sur les indigènes de Marrakech sera néfaste; car tout cela va être grossi.

(18 mai) - Aïch et Abdel Aziz sont arrivés ce matin à Marrakech et nous apportent des nouvelles du Sous et les bénédictions de El Hadj ould Oumoniz.

Dans l'après midi, nous visitons avec le Consul et Mme Maigret l'Aguedal dont la porte crénelée donne sur la place du Douro. Une grande allée entre deux hauts murs mène à Dar el Beida, construction blanche ornée de dessins rougeâtres, nous allons à l'aventure dans cet énorme parc, clos de hauts murs de plusieurs kiliomètres de long, planté de grenadiers, de figuiers, d'oliviers dont les branches se croisent au-dessus des allées. Brusquement, un énorme réservoir apparaît. Sur l'eau bleue, des canards sauvages nagent paisibles. Au fond, un bâtiment et un embarcadère. Le Sultan Abdel Aziz se promenait sur ce lac en canot à vapeur.

(19 mai) - Mme Maigret et moi, précédées de Si Mohamed, allons rendre visite à Moulaï Moustafa... C'est un grand seigneur, plein de bonhomie et dont la physionomie est sympathique, il nous fait traverser deux riads pleins de fleurs et d'arbres fruitiers. Dans une grande pièce garnie de coussins et de matelas, la chériffa nous souhaite la bienvenue. C'est une soeur du sultan Moulaï Hafid; malgré son obésité, ses mouvements sont pleins de distinction, son sourire est très bon; un bandeau de soie rouge et jaune lui enserre le front, descend le long des joues et retombe en un long pan dans le dos, un autre morceau de soie verte se superpose au premier. Sur un velours noir traversant le bandeau, sont cousues des piecettes d'or incrustées d'émeraudes au sommet de la tête, une touffe de brins de plumes d'autruche noires est retenue par une colombe en diamants, une autre touffe plus grosse pend près du cou. De grandes boucles d'oreilles sont attachées à la coiffure par des chaînettes, on ne lui voit ni un cheveu, ni un bout d'oreille. La chérifa est vêtue d'un caftan de drap recouvert de la tchemire en limon avec des broderies à l'aiguille. Une très haute ceinture brochée se tenant raide remonte la poitrine et se termine par de gros cordond rouges et jaunes noués plus bas que les genoux. Nous demandons à voir ses filles. Elles sont parait-il, très intelligentes, savent lire et écrire, ce qui est fort rare, un taleb qui les a connues enfants les instruit et et, s'il venait à mourir, on ne le remplacerait pas car elles sont tropgrandes pour qu'un étranger les voit maintenant.. L'aînée est svelte, l'ovale allongé, de grands yeux cils recourbés; les cheveux noirs de geai sont partagés par une raie et relevés en un chignon pointu. Elle a l'air d'une statuette antique, drapée dans son vêtement blanc; très timide elle n'ose pas nous regarder. La cadette est épaisse, les traits empâtés, de très beaux yeux cependant; la plus jeune est moins bien, elle porte un caftan vert.

Une négresse accroupie près de la porte nous prépare le thé tandis qu'une petite esclave fait le service. La chérifa chasse les mouches bourdonnantes avec une queue de cheval.

(26 mai) - Nous faisons nos adieux émus aux Maigret; Abd el Aziz, le Sahab de Ould ou Mouiz nous accompagne avec Si Bou Aza. Départ à 10 heures.(...)

Après la traversée de l'oued Tensift, la vallée a de légers vallonnements et s'élargit en forme de cirque. (..) Mon cheval n'avance qu'avec peine et veut se rouler, je finis par descendre pour voir ce qu'il a. Il se met soudain à transpirer, la sueur coule en abondance sur tout le corps.Une femme de la Nzala bou Kerkour, devant laquelle la caravane s'est arrêtée, apporte un lézard séché ou un caméléon (je ne distingue pas bien l'animal était racorni), dans une coupe en terre, sur des charbons ardents, une odeur acre et de la fumée s'en dégage; elle en fait respirer à mon cheval qui ouvre les naseaux de contentement, puis elle lui fait passer cette sorte de fumigation sous le ventre, l'animal reste immobile, plongé dans la béatitude, il ne transpire plus, il est revenu à son état normal; l'effet du curieux remède, a été instantané.

Le séjour à Marrakech est terminé, d'autres aventures attendent Reynolde de Laccharrière sur les pistes Moghrebines. Nous ignorons la biographie de la voyageuse, nous espérons qu'un membre de sa famille ou un généalogiste nous fera mieux connaître la vie de cette femme courageuse et cultivée à qui les marrakchis doivent une tranche de leur histoire. Reynolde avait été précédée à Marrakech en aout 1909 par la doctoresse Françoise Légey qui était restée moins longtemps à Marrakech, mais avait prodigué des soins à de nombreuses marrakchia et à leurs enfants. Cette page est un hommage aux femmes françaises qui ont appris l'arabe pour mieux connaître les coutumes des marocaines et préparer ainsi le rapprochement des cultures et des peuples.

Nous encourageons les lecteurs du blog à noter les coutumes qui sont restées et celles qui ont changé depuis un siècle. Ces coutumes évoqueront aussi des souvenirs à ceux qui les ont vécues. Chacun peut compléter les informations sur les diférentes personnes citées.

13 août 2015

MARRAKECH EN 1910-1911 - SOUS LE REGARD D'UNE FEMME

 

Ladreit_couverture1913

Reynolde Ladreit de Lacharrière ne fut pas la première femme européenne à entreprendre un "Voyage au Maroc", d'autres femmes entreprenantes avaient visité le Maroc avant elle. Notamment la doctoresse Françoise Légey d'Alger l'avait précédée à Marrakech en réalisant un voyage d'étude en aout 1909 afin de préparer l'installation de sa future Maternité pour les marocaines de la Ville rouge et de sa région; cependant en raison des troubles, elle ne put revenir  à Marrakech que le 9 septembre 1912 à la suite de la Colonne Mangin.  Reynolde de La Charrière publie en 1913 chez E. Larose le récit de ses deux périples de 1910 et de 1911: Le long des pistes Moghrébines. Lors du premier voyage elle ne passe que quelques heures à Marrakech, elle est conquise par le charme magique de la ville, mais doit repartir. Revenant en mars 1911 elle y passe deux mois complets du 15 mars au 26 mai. On sait que le Protectorat est signé par Moulay Hafid le 30 mars 1912 et qu'en été 1912, Marrakech était aux mains des Hibistes, les Hommes bleus hostiles aux étrangers et notamment aux français. Reynolde de La Charrière décrit Marrakech avec un luxe de détails. Plus qu'un reportage, c'est un véritable document historique sur la Ville rouge et les moeurs de ses habitants, musulmans, juifs et européens.

Dans les récits de Madame de Lacharrière nous trouvons: la fête du Mouloud en 1910 et l'hostilité à l'égard des étrangers, l'accueil par le pacha Hadj Thami, la fantasia, la procession des Aïssaouas, le Marrakech-Hotel, le Consulat de France, La Place Djema el Fna et les souks, le premier cycliste sur la place, le mariage du fils Corcos, un repas chez Moulay Rechid oncle du sultan, une visite au marché aux esclaves et les noms de personnes notables parmi les européens.

L'arrivée: Marrakech est en vue depuis les djebilets (24 mars 1910):

"La caravane est maintenant pleine d'entrain et les bêtes aiguillonées accélèrent l'allure; de gros flocons de fumée blanche montent au dessus de Marrakech: ce sont les coups de canon annonçant le Mouloud, la fête musulmane de la naissance du Prophète...

ladreit_dela_charriere_1910  Madame Reynolde Ladreit de Lacharrière à cheval et son escorte - Cliché Jacques Ladreit de Lacharrière

La piste descend maintenant, le soleil tape dur, 11h20, nous pénétrons dans la palmeraie, c'est presque le but; pourvu que rien ne vienne barrer la route ! La ville se dérobe à nos regards, cachée par des palmiers assez déplumés. Nous traversons le Tensift sur un pont en partie écroulé; la piste est sablonneuse, un vent brûlant nous couvre de poussièree, les mules n'avancent plus. De chaque côté des murs en terre séchée derrrière lesquels on aperçoit de très vieux oliviers, des arbres fruitiers et quelques cultures de légumes; l'eau amenée par les séguia, colore toute la végétation d'un vert intense dont nous avions oublié la couleur! La route semble interminable, nous avançons péniblement, fouettés pourtant par le désir d'arriver; des caravanes soulèvent des tourbillons de sable qui aveuglent. Enfin les murs! Il est midi 1/2 lorsque nous franchissons la porte doublement coudée; sur des nattes sont assis les "amin" somnolents qui perçoivent les droits d'entrée.

Quelle émotion devant l'accomplissement de mon rêve, mes paupières battent; je sens les muscles de la figure qui se raidissent dans l'effort que je fais pour ne pas pleurer !

Nous suivons à la queue leuleu, nos fusils de chasse en travers de la selle, un dédale de rues étroites, les indigènes ont revêtu en l'honneur du Mouloud leurs plus somptueuses djellabas aux couleurs éclatantes, les enfants sont habillés de cotonnades vert pomme, orange ou ponceau. Tous nous regardent d'un oeil plutôt hostile. Un vieillard portant son tapis de prière sous son bras, nous lance un regard haineux. Un autre crache sur mon passage. La cravache à la main, j'ai fortement lutté avec moi-même pour ne pas montrer ma colère; nous aurions été dépecés par la foule ! Des seigneurs drapés de haïk en laine blanche transparente, sur un fond de couleur, passent à toute allure sur leurs mules harnachées de laine rouge en criant "ballak". C'est à vous de vous garer. Des serviteurs les suivent à pied en courant. On va ainsi, dans des ruelles étroites et torses, qui s'allongent sans fin. La ville semble immense: c'est un labyrinthe.

La maison que nous devions habiter est occupée par un fils de Moulaï Hafid (note: Sultan actuel depuis janvier 1908, il était Khalifa du Sultan à Marrakech avant d'entreprendre de le renverser pour prendre sa place), il faut chercher autre chose. Les bêtes de charge ne peuvent tourner, tellement les rues sont étroites.

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Cliché Félix - Devant le Palais du Pacha - La Stinia

Nous arrivons chez le pacha de la ville, il est une heure, je meurs de faim, je n'en puis plus; devant la porte sont accroupis les mokhazni, reconnaissables à la forme conique de leurs chéchias; la petite place couverte d'un clayonnage en roseaux est encombrée de serviteurs qui attendent le bon vouloir du maître. Deux chevaux noirs tenus en main, tout harnachés, énormes, ressemblent à de vrais percherons.

Le caïd Ahmed notre guide, après avoir fait déposer nos fusils, nous fait entrer par une porte coudée, dans une vaste cour; à droite, une sorte de galerie couverte avec des colonnades; des solliciteurs sont accroupis, les gens du pacha vont et viennent. On nous apporte de hauts coussins en paille tressées; un cheval noir d'ébène au poil reluisant, à la croupe énorme, est certainement un descendant d'un cheval cadeau de Louis XIV. Plus loin un chacal en liberté, regarde d'un oeil d'envie des moutons pansus...

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Un petit négrillon, portant une koumia retenue par un gros cordon de soie orange, précède le Pacha qui monte sur une estrade de pierre contre la porte de son palais. Il fait asseoir Jacques à ses côtés. Hadj Tami est grand, mince, l'allure distinguée, la figure maigre, longue, le menton pointu; la peau est très foncée, deux mèches de cheveux frisés bouclent sur ses oreilles.

Portrait de Hadj Tami jeune par le Capitaine Bernard - collection Halfaoui

il est drapé dans un haïk blanc en laine, d'une finesse extrème. Nous lui montrons nos lettres de recommandation, il répond des phrases de bienvenue fort aimables, me demande si je ne suis pas trop fatiguée et met à notre disposition une maison où ses serviteurs nous apporterons la mouna tous les jours, aussi longtemps que nous resterons: nous sommes Français, et il est heureux de nous satisfaire. Nous nous retirons; de nouveau devant nous serpentent les rues étroites.

A près avoir franchi une porte, nous pémétrons dans un passage; arrêt, personne n'a la clef du logement, l'attente est longue. Il est 2 heures et demie, je défaille, l'estomac vide. Enfin un Marocain ouvre la porte avec une énorme clef. Un long couloir qui mène à un jardin délicieux plein d'arbres, c'est d'un vert radieux. Notre campement est installé dans la pièce la moins délabrée; la maison, le Dar Bou-Bker est inhabitée, depuis fort longtemps.

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  Reynolde de Lacharrière dans le riad qui a appartenu à Bou Beker - Cliché Jacques Ladreit de Lacharrière

Deux mokhazni ont été mis à notre disposition et se disputent pour nous accompagner; Allel gardera la maison, et Ahmed viendra avec nous dans la ville, le bruit courait que les Français étaient entrés à Marrakech. Notre arrivée avec nos fusils de chasse avait donné lieu à cette nouvelle; en tous cas ce fut une prise d'armes toute pacifique !

Au loin, crépitent les coups de feu, c'est la fantasia, le "Lab el baroud", le jeu de la poudre qui a lieu à l'occasion du Mouloud. Une foule immense se presse sur le place Djema en Fna; nous restons à cheval, près d'un champ laissé libre pour l'évolution des cavaliers. En cinq minutes, nous sommes submergés par des indigènes; de temps en temps, je fais remuer ma bête pour ne pas être trop serrée; que pourrions-nous, au moindre incident, contre une telle masse, sous laquelle la place, les terrasses disparaissent; tous les visages sont tournés vers nous, les yeux figés dans leur contemplation.

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Cliché Navarro, collection Halfaoui

Des cavaliers arrivent au pas sur deux rangs. Ils ont de somptueuses djellaba en laine blanche sur un transparent de couleur vive. Les tapis de selle sont brodés de fils d'or sur des fonds de soie rouge, orange, saumon. Chaque homme tient un long moukala cerclé d'argent, à bras tendu. Tous partent au petit galop, puis passent à toute allure devant nous, se retournent sur la selle à haut dossier, tirent en arrière de la main gauche et fiont tournoyer leurs fusils au dessus de leur tête. Le spectacle est assez impressionnant, le soleil ardent fait briller les plaques d'argent et de cuivre des harnachements. Les cavaliers reviennent au pas, deux par deux, longeant les côtés du rectangle et laissent la place libre pour ceux qui de nouveau passent en trombe. Les femmes accroupies sur les terrasses poussent des cris aigus. Nous sommes de plus en plus resserrés par la foule. Hadj Thami, entouré de jeunes élégants, traverse au pas l'enceinte et passe l'oeil vague, indifférent, enveloppé d'un haïk de laine blanche d'une finesse inouïe sur un cafetan abricot, l'harnachement de son cheval est de soie saumon, le caparaçon est tout brodé d'or.

Deux équipes courent encore, soulevant un nuage de poussière. C'est le tour du Pacha et de ses courtisans, ils viennent en rangs serrés, tous rivalisent d'élégance: finesse des haïks et de cafetans de toutes couleurs où cependant les verts et oranges dominent. Hadj Tami, un peu en avant part au galop suivi de ses amis. Les coups de feu retentissent, tandis que les chevaux se cabrent et, malgré le mord qui leur casse la bouche, entrent dans la foule qui hurle de terreur.

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D'une terrasse, nous attendons le passage des Aïssaouas. La ruelle est bordée d'une haie de marocains qui nous regardent méfiants; un nuage de poussière, les voilà. Ils arrivent en criant, l'écume coule des lèvres, ils dansent, sautent et retombent sur les talons, balançant la tête; ils sont couverts de sang, trainant les peaux des moutons qu'ils viennent d'égorger et de manger crus. En arrière, des femmes en proie à des crises d'épilepsie, demi-nues, les cheveux épars; des enfants écumants les yeux hors de la tête entourent des vieillards portant des drapeaux. La troupe en délire s'éloigne. Des petits caïds juchés sur des mules au harnachement rouge passent au trot suivis de serviteurs à pied; la masse des indigènes court, gagnée par la crise de folie religieuse. Toute cette foule bigarrée, brulante, passe dans un éblouissement de poussière dorée par le soleil couchant; des tâches jaunes restent accrochées aux terrasses, une buée mauve enveloppe la ville. Les Djebilat découpent leurs contours bleus foncés sur un ciel qui s'éteint. Le Muezzin, au faite de la Koutoubia lance d'une voix vibrante ses appels à la prière. Des coups de feu, coupent seuls maintenant le silence, à intervalles réguliers. Il fait tout à fait nuit...

Un mokhazni nous précède en courant, tenant son fanar qui éclaire à peine. Au loin, retentit encore le tamtam des Aïssaouas. Ahmed, affolé à l'idée de rencontrer ces fanatiques, nous fait faire des détours invraissemblables, il crie "Ballak", se fraye un passage dans la foule et nous passons au galop; un rassemblement obstrue la ruelle, des hommes se battent en hurlant, des indigènes s'attroupent. Ahmed inquiet nous dit de passer coûte que coûte, les bêtes éperonnées se cabrent, s'ouvrent un passage, mais un individu m'a saisi la jambe et essaye de me désarçonner, mon cheval prend peur, fait un écart et me dégage... Puis c'est la course dans la nuit, dans les rues étroites où il faut se baisser sous les voutes, toujours criant Balak pour que les gens se garent au passage. Devant nous, dans la lumière du fanar de Ahmed insuffisante. Au loin de petits points lumineux vont et viennent comme des feux follets... des passants attardés longent les murs...

26 mars 1910 - Le Guiliz est une colline rocheuse qui domine Marrakech, au sommet de laquelle est le marabout de Sidi Bel Abbès patron de la ville. La vue s'étend à l'infini, l'Atlas, les Djebilat l'enserrent.

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Cliché Félix - Les remparts en pisé

La capitale du Sud est entourrée de hauts murs en pisé, flanqués de tours carrées rapprochées. Sept portes donnent accès à la Médina... Près de Bab-er-Robh, une multituded'indigènes regardent le jeu de la poudre, les murs sont couverts de grappes humaines; les jeux se continuent ainsi pendant sept jours. Les coups de feu partent à bout portant, il y a ces jours là beaucoup de balles perdues qui tuent accidentellement (!) un ennemi. La foule s'ouvre sur notre passage. Nous regardons les fantasias depuis un monticule. Le cercle se referme sur nous. Jamais tant d'yeux ne m'ont dévisagée, ils ne suivent plus les courses de chevaux, c'est impressionnant de voir les regards brillants dans ces faces bronzées enveloppées de laine blanche... Près de nous, des indigènes tirent sur des oranges fichées au bout d'une perche. Un Marocain, son fusil à la main, passe près de nous, parle à la foule et répète "Roumi, Roumia "; cependant nous avons l'impression, fausse peutêtre, qu'on n'oserait pas nous toucher. Les zarraris des femmes retentissent, excitant les joueurs... Près de Bab-er-Robh, un groupe entoure des étendards et une chamelle, couverte d'étoffes brodées que l'on mène en offrande à un marabout de la montagne, Moulay Brahim. 

Deuxieme voyage l'année suivante

(15 mars 1911) venant de Casablanca à cheval.

11 heures 25. Sidi bou Othman; des jujubiers aux tons gris ombragent des puits, l'eau est proche; derrière un mur, un cimetière et deux marabouts, puis le col et la route suivie l'an dernier.

LadreitPl23  Entrée de la palmeraie  cliché Jacques Ladreit

 

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Cliché Lennox-Bab el Khemis-Collection Halfaoui

4 heures moins 20, nous entrons dans la palmeraie de Marrakech, pour arriver à 5 heures à Bab El Khemis, sous la porte coudée. Les amins sont couchés nonchalammants sur des nattes, chassant les mouches avec une feuille de palmier. les murs sont croulants; au loin on entend le bruit du jeu de la poudre; une bande de gosses à peu près nus gambadent sur un tas de fumier; les femmes nous regardent curieuses; des seigneurs drapés dans de fins haïks, éclatants de blancheur passent au pas allongé de leurs mules. La rue s'enfonce entre deux murs élevés. Nous pataugeons dans la boue noirâtre; près de la Djema el Fna, on aperçoit les cavaiers emportés par le galop de leurs chevaux; puis la mosquée des hommes bleus de Ma-el-Amin. 

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Cliché Jacquemin, Propriétaire-Editeur Imberdis, collection Halfaoui.

Au fond d'une impasse on lit l'inscription pompeuse:"Marrakech Hotel", Nous entrons, c'est une maison indigène délabrée. le patron, court et gras, nous précède dans un escalier de poulailler branlant. la pièce offerte comme chambre est longue et étroite, le sol est en terre battue, les fenètres sans vitres; une table boiteuse et une cuvette étamée forme tout le mobilier. Un domestique européen ferait la moue devant un tel taudis; le plafond de branchages est soutenu par des troncs de palmiers mal équarris... le dîner est possible. À la table à côté, sept Allemands agacent avec leur baragouin...

(16 mars 1911) - Au petit jour, l'hirondelle nichée au plafond se cogne contre la porte en demandant à sortir... Le temps est merveilleux, pas un nuage...

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Le Consulat de france est une jolie maison indigène toute neuve, le patio est pavé de mosaïques; soutenant une galerie aux balustres de bois des colonnes, dont les différents ornements des chapiteaux sont fouillés dans le plâtre et se détachent sur un fond bleuté ou rougeâtre; une jolie fontaine ornée de faïences de couleurs met une note chaude, au centre une vasque de marbre. Nous prenons le thé.

Cliché du consulat par Jacques de La Charrière.

Mme Maigret, que j'avais rencontrée déjà, ne s'habitue pas facilement à l'existence de Marrakech, elle n'y est pourtant que depuis quelques jours. Son mari et elle se sont perdus en venant ici, entre Ber Rechid et Settat, conduits par un muletier pochard, ils sont restés quatorze heures en route et ne sont arrivés qu'à 3 heures du matin, mourant de froid et de faim; les enfants étaient éreintés... Ils sont fort aimables et mettent à notre disposition tente, cheval et mules.

Le capitaine Landais nous invite à prendre le café dans une maison voisine, où il est installé avec des amis dans un joli riad sur lequel donnent deux pièces très propres et joliment décorées. Nous y trouvons le Dr Weisgerber et M. Fernau; très accueillants ces messieurs nous offrent de venir prendre le frais dans le jardin tant que nous voudrons et même de camper dans la pièce faisant vis-à-vis à la leur.

(17 mars) - De gros nuages blancs couvrent le ciel sans cependant atténuer un fort soleil. Je classe les fleurs cueillies en route. Le capitaine Jacquet (officier artilleur) et le Dr Guichard viennent me faire une visite et s'apitoient sur mon logement.

La place Djema El Fna regorge de monde; autour des conteurs, la foule fait cercle; des marchands vendent des chouaris d'herbes; d'autres accroupis à l'ombre d'une natte étalent sur le sol des poteries. Des confiseurs ambulants portent sur une tablette des gâteaux au miel, des galettes de sucre rose ou blanc, de la pâte de berlingot enroulée autour d'un bâton; ils chassent les guêpes, qui restent engluées, avec un petit balai fait de palmes ou bien essuient les bonbons poussiéreux avec leur vêtement; les abeilles bourdonnent autour d'eux et les suivent. Dans la rue des maréchaux ferrands le bruit est assourdissant; des débris de fers jonchent le sol; les soufflets se composent de grosses outres qu'un enfant accroupi fait aller de chaque main en poussant une plaque de bois; la rue est encombrée de mules que l'on ferre. Au souk des légumes, les échoppes minuscules sont de petites boites élevées de cinquante centimètres au-dessus du sol. À l'aide d'une corde, les marchands se hissent à l'intérieur; ils sont accroupis ou étendus au milieu de leurs denrées, écartant nonchalamment les mouches, avec une feuille de palmier; des fleurs s'épanouissent dans un pot; une rose ou du jasmin sous leur turban, ils sirotent un verre de thé, attendant qu'Allah leur envoie un client... Il y a des piles de dattes sèches, des bottes d'oignons, de carottes, des collines de feuilles de menthe, dont l'odeur douce écoeure. Les rôtisseurs font griller des morceaux de gras et de foie, du hachis rosé sur des baguettes, des poissons frits ou des têtes de moutons dont les Marocains sont très friands. Près des gargottiers les indigènes font queue pour avoir une portion de couscous, du mouton nageant dans de l'huile d'argan. Plus loin, les épiciers vendent de tout, balais en feuilles de palmiers, savon noir en motte fabriqué dans le pays avec le ghassoul, beurre dont l'odeur rance nous poursuit, cigarettes espagnoles, verroterie, cierges colorés à longues mêches pour brûler devant les marabouts, verres à thé, objets émaillés dont on fait une consommation extraordinaire, cuvettes bleues servant de plat à cousccous; tout celà est pêle-mêle, entassé. Vous semblez demander une faveur au marchand à qui vous achetez un bibelot, tant ses gestes sont lents et majestueux. Plus loin dans le quartier des selliers, s'accumulent les séridja recouverts de drap rouge, des selles à dossier toutes brodées d'or, des harnachements en filali, des rênes en tresses jaunes, de larges étriers damasquinés, des éperons en cuivre, longs et pointus d'où pendent des cordons de soie. Des artisans ornent de dessins obtenus en grattant le cuir à l'aide d'un canif, des coussins, des chkara brodées.

Les rues sont couvertes d'une claie en roseaux, surlaquelle des vignes énormes grimpent et l'ombre est délicieuse. C'est un grouillement intense. Les cavaliers passent rapides, criant Balak! au piéton qui a juste le temps de se garer et aux meskin, couverts de haillons, pieds nus dans les belghas. Les sousis portent le Khnif, selham en laine rugueuse presque noire, décoré d'une demi-lune rouge à dessins brodés; leur tête est toute rasée, entourée d'une cordelette ou un rza laissant le crâne découvert. les hommes bleus, maigres, l'air farouche, sont vêtus du Khent qui déteint sur leur peau bronzée et leur donne la couleur d'où ils tirent leur nom. Les femmes, drapées dans un haïk toujours blanc en laine ou en grossière cotonnade, ont la figure couverte par un voile s'attachant derrière la tête et qui est souvent brodé d'une sorte de points de croix; ou d'un bordure bleue foncé ou noire; seuls les yeux sont à découvert. Les fillettes, les femmes qui travaillent, les campagnardes sont dévoilées. Les citadines portent le caftan en coton de couleur vive retenu à la taille par une corde de couleur vive ou une ceinture pailletée selon leur richesse.

Les mendiants des deux sexes pullulent; ils implorent la charité des marchands ou restent accroupis dans les ruelles. Ils sont à peu prés tous aveugles et appellent le passant en récitant les louanges d'un marabout d'un ton monotone et ininterrompu. Près d'eux un bout d'étoffe est posé par terre et les bons musulmans y jettent des pièces de cuivre, des légumes ou des fruits. Quelquefois plusieurs côte à côte se répondent, d'autres sont étendus à peu près nus et gémissent. Toutes les maladies se côtoient, et le matin on ramasse des enfants morts de faim ou de petite vérole... Les petits Marocains sont amusants, vêtus de leur caftan à capuchon vert pomme, orange, violet. Sur leur tête toute rasée se dresse une mêche tressée appelée marabout. Les négrillons portent au bout de cette petite houppe isolée un coquillage; les petites filles sont tondues sauf sur les côtés où leurs cheveux longs tressés s'attachent sur le sommet de la tête avec une pièce d'or, sur le front un douro retenu par un cordon de laine noire contre le mauvais oeil. Presque tous les enfants ont la teigne; des croutes blanches affreuses couvrent le cuir chevelu.

Près de la place Djema el Fna, des femmes accroupies vendent des effets d'occasion, des bijoux grossiers; un Marocain regarde dans une longue-vue, mais se trompe de côté et l'instrument passe de main en main.

Nous avons déménagé et habitons dans le jardin de nos voisins.

(19 mars) - Il est arrivé des nouvelles de Fez; des troupes de renfort partent pour Casablanca. Vers cinq heures, comme nous traversions la place Djemaa el Fna, un Européen à bicyclette débouchait suivi par des gamins; tout à coup la foule se met à courir derrière lui, puis les cris de rage se font entendre, les indigènes autour de moi, ceux qui écoutaient les conteurs se précipitent comme des fous; la place blanche de monde oscille, l'individu disparait, les pierres se mettent à voler et les hurlements féroces continuent; je suis saisie devant cet extraordinaire changement de la populace paisible tout à l'heure et je ne songe pas à m'en aller. Nous avons tout à fait l'impression de ce qu'a du être l'assassinat du docteur Mauchamp. J'ai peur que la victime n'en réchappe pas. C'est vraiment ridicule de sa part de se promener ainsi: les indigènes n'ont jamais vu une bicyclette. Pour eux, tout ce qu'ils ne comprennent pas est une invention du diable. Mon mokhazni s'est sauvé en m'abandonnant. Allel que nous avons rencontré dans les souks a voulu à toute force nous accompagner et reste près de moi; au loin les clameurs continuent.

 

Michel_Dar_el_Maghzen_Michel Dar el Maghzen Aguedal - Cliché Ernest Michel

(20 mars) - Je pars avec le mokhazni, Ben Djilali l'interprète et El Kébir un serviteur, au dar el Maghzen à gauche des trois grandes places vides aux murs crénelés l'Agdal; nous sortons de la ville par Bab el Kasba, et longeons Seridj el Bogar, très grand bassin, surélevé d'une dizaine de marches. Il paraît que l'eau est très profonde. Derrière nous, Marrakech, ses maisons, ses murailles et la Kpoutoubia se détachent en silhouettes sur le ciel. Le mokhazni est furieux, Ben Djilali me fait remarquer qu'il a laissé son capuchon pour cacher sa chéchia en pointe, insigne de sa fonction; il ne veut pas être vu avec des chrétiens; c'est pour cela qu'il ne voulmait pas me conduire au Dar el Maghzen, car cette partie de la médina n'est pas sous la dépendance du Pacha... Nous rentrons par la pluie battante; les rues pleines de boue sont transformées en torrents.

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Il paraît que trois Marocains auraient poussé le bicycliste d'hier dans un fondouk pour le soustraire à la foule; il s'est sauvé par les terrasses. Des femmes affolées en le voyant surgir poussaient des cris de détresse. La bicyclette fut anéantie par les indigènes qui finirent par se battre entre eux, trois furent tués. Le consul l'ayant fait comparaître, l'a fortement attrapé et le fera expulser en cas de récidive, car il peut exciter par ses imprudences les indigènes contre les Européens. Les mokhazni du Pacha ont hier fortement bousculé la foule hostile; un d'eux fut poignardé, d'autres sont en prison et les cafés de la place seront fermés pendant trois jours; décidément Hadj Tami a de la poigne.

(20 mars) - Le ciel est aujourd'hui sans nuage, nous montons sur la terrasse de notre logis, la vue est très belle, l'Atlas avec ses sommets neigeux se découpe nettement et semble tout proche. Nous rejoignons le Consul et Mme Maigret pour assister au mariage du fils Corcos (le postier français). les rues du mellah sont transformées en marécages, la boue noire et gluante gicle au passage des bêtes.

Les parents du mari sont les plus riches juifs de Marrakech, le père est banquier du Pacha, ils font ensemble des affaires dont il tire des profits appréciables. La maison est comme toutes les autres, avec un patio au centre, les murs et les balustrades sont peints en bleu du même ton que le ciel. Nous sommes reçus à la porte par le frère de la mariée; il porte la lévite mais fantaisiste en laine chinée beige, serrée à la taille par une ceinture de cuir, calotte noire et belgha noires. Il y a des juifs de tous les types; les vieux ont la traditionnelle lévite noire en laine ou en cotonnade, la tête couverte d'un fichu bleu à gros pois blancs attachés sous le menton. On se bouscule et s'étouffe pour nous voir. Les musiciens accroupis font entendre leurs glapissements, accompagnés des derbouka et du crin-crin de violon qu'ils tiennent à la mode marocaine. Les terrasses sont garnies de curieuses dont les regards plongent sur le patio. Nous arrivons enfin à fendre la foule jusqu'à la chambre où se trouvent les futurs époux. Sous un dais recouvert de brocart brodé d'or, garni d'évantails ou de ronds de papier jaune est une estrade. La mariée a malheureusement laissé de côté son costume indigène et a revêtu la robe blanche européenne; les cheveux très noirs sont coiffés en pyramide, couronnés de fleurs d'oranger. Autour du cou et jusqu'à la poitrine des colliers de perle baroques entremélées de gros carrés d'émeraudes; des gants de peau blanche, de lourds bracelets d'or, sur le corsage une montre avec sa broche. La mariée est assise entre Mme Maigret à droite et Mme Jacquet à gauche; sur une marche inférieure le capitaine et le Consul et le marié en jaquette noire, chemise ornée de gros boutons d'opale sertis de brillants et d'un rubis, cravate de satin crème, gants de peau blanche, bottines vernies. D'où ont-ils fait venir tous ces vêtements ? Ils sont raides et empruntés avec leur type de paysans à la noce. Je regrette leurs riches costumes ationaux. le marié à la tête du juif brun, gras, beau garçon, les yeux très noirs; il reste impassible... Devant lui un guéridon sur lequel se trouvent un grand ciboire en verre de couleur et doré, un autre plus petit, une carafe d'eau et une de vin. Un brûle-parfum fumant alourdit l'air. La mariée reste figée, pas un muscle ne bouge, depuis huit jours elle est en représentation. Elle n'est pas belle, le teint brouillé, les yeux bridés. Il fait affreusement chaud... Il est midi. le marié se couvre les épaules d'une écharpe de soie blanche à raies bleues pendant que le rabbin s'avance vers le guéridon et lit en chantant des versets de la bible; la foule fait les réponses en basse, le rabbin prend le verre de vin rouge, boit; la mariée boit à son tour, le tend à la mariée et, le plaçant au dessus d'une cuvette, le brise. Une grande coupe circule à la ronde, où chacun trempe les lèvres ou les doigts. La cérémonie est terminée.

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Noce juive à Marrakech, cliché Limanton. Il s'agit d'un autre mariage en habits traditionnels

Nous sortons sur le balcon pour respirer. De l'autre côté du patio, derrière une grande fenêtre grillée, des juives aux foulards multicolores nous regardent curieusement. Des femmes sont vêtues de robes froncées à la taille, en soie des plus vives, ou en mousseline, des teintes les plus hurlantes. Des tables sont dressées partout; des cuisines monte un relan d'huile rance. En bas, dans le patio, on voit les femmes accroupies cuisiner des mets... On se met à table; la mariée descend les marches de son trône, soutenue par son époux; tous deux vont s'asseoir sur une pile de coussins au bout de la table; on sert de la bière, des raviers d'oignons cuits hachés, des feuilles de salade et des tranches d'oranges, puis des petits pâtés feuilletés frits, bourrés de foie haché; la kaïda est d'en prendre deux.

On apporte le thé avec une espèce de gâteau de Savoie, l'orchestre s'est mis derrière nous. Un musicien joue du violon en le balançant en sens inverse de l'archet, d'autres ont une sorte de guitare bombée avec six cordes espacées par deux; ils se servent comme archet d'une baleine de corset. À l'autre bout de la table, des invitées, la tête entourée d'un foulard de soie, les cheveux partagés en bandeaux encadrant la figure; l'une en bleu a de jolis yeux brun clair, le cou alourdi de perles et d'émeraudes, au bras de gros bracelets. Puis deux vieilles sorcières, au bec d'aigle, les yeux enfoncés dans l'orbite, aux paupières lourdes, ce sont les deux sages-femmes toujours conviées aux cérémonies. La mariée a été conduite hier en grande pompe avec ses amies au domicile du fiancé, afin que le premier jour de ses noces elle ne sorte pas par crainte du mauvais oeil. Ses mains enduites de henné font un curieux effet au bout des manches de satin blanc; elle a relevé son voile. Un juif jette des douros et des demi-douros sur la guitare d'un des musiciens, qui les fait sonner, en annonçant le nom du donateur. Les chanteurs sont ainsi payés par les amis. Il parait qu'ils ont déjà récolté 3000 francs, cela me semble incroyable ! On me l'affirme, hier il y avait 700 convives à dîner, aujourd'hui dans tous les coins, des tables s'alignent, nous-mêmes nous sommes invités toute la journée à ripailler.

La chambre des mariés a deux énormes lits, dont un d'apparat à baldaquin de soie, recouvert de coussins de dentelles. Toutes les femmes et les jeunes filles vont attendre la nuit, jusqu'à ce que le marié leur apporte la chemise teinte de sang qu'on proménera dans la maison.

Nous partons pour la Kissaria, sorte de galerie couverte bordée d'échoppes au centre de la Médina. Un Dellal, crieur public, récite la prière, tandis que d'autres tenant leurs mains ouvertes devant eux répondent en invoquant Sidi-bel-Abbès, patron de la ville, puis portent leurs mains à la bouche et à la poitrine. La vente aux enchères commence alors. Les crieurs passent dans la foule qui s'écarte, les bras couverts de caftans, les mains pleines de bijoux ou de koumia, en répétant la dernière enchère. Dans un coin, des tapis crasseux entassés. Nous sommes mêlés à la foule, les regards ne sont pas hostiles, curieux seulement, et quelques habitués même nous saluent.

(21 mars) - Moulaï Rechid, qui fut adversaire de nos troupes à Médiouna et à Settat, est un ami maintenant. Il nous reçoit à la porte de sa maison et nous fait entrer dans une sorte de patio fermé; le plafond est en bois décoré formant une coupole où tous les tons d'ocre dominent. Des oiseaux sont entrés et voltigent au-dessus de nos têtes; le sol est couvert de mosaïques; de jolies sculptures sur plâtre ornent les murs. Notre hôte est accroupi entre son secrétaire et son bouffon, sorte de bancroche, aux mains très fines, qui était avec lui à Médiouna. Un amusant petit esclave nègre nous regarde apeuré, il a huit ans et en parait quatre tout au plus; son maître l'a acheté 200 pesetas, il a une drôle de petite tête de singe. Un serviteur apporte les plats énormes, surmontés du traditionnel cône en sparterie, qui s'alignent devant nous. Comme apéritif nous buvons une tasse de café froid à la rose; puis l'aiguière est présentée avec une serviette brodée d'arabesques violettes. Le premier plat est découvert; c'est un méchoui. Après le traditionnel Bissmillah, nous tirons à nous la peau bien rissolée et saupoudrée de cumin. Cela ne vaut pas cependant les méchouis d'Algérie où le mouton est cuit tout entier sur la braise et en plein air. Ensuite un plat de poulets farcis de couscous sucré. La chair de ces coqs de combat se défend avec âpreté; l'hôte, de ses longs doigts noirs et graisseux, prépare des morceaux qu'il dépose sur le bord du plat devant les deux dames pour être aimable. Deuxième plat de poulet avec des écorces de citron cuit, puis des pigeons froids très bons, du couscous, bourré de mouton et de raisins, avec lequel les hommes font de grosses boulettes. Un plat d'olives avec du jus de citron et des piments; puis, des radis hachés dans du jus d'orange ! l'aiguière fait de nouveau son apparition...

Nous montons à l'étage supérieur pour prendre le thé dans une espèce de galerie éclairée de fenêtre tout autour. À côté se trouve une longue pièce, le plafond est en bois peint en marron avec des dessins or, cela n'a pas l'air d'être un travail indigène, les portes sont entourées de boiseries. La chambre possède un large lit bas avec un baldaquin; par terre de la moquette affreuse, des matelas et des coussins; au mur, des frises, en plâtre fouillées, gris et blanc. Nous descendons dans le riad qui n'est pas très grand; au centre, un bassin avec des poissons rouges, quelques orangers. La maison a été donnée par le Maghzen à notre hôte...

Mme Maigret et moi, conduites par une négresse, allons voir les femmes, toujours la même disposition, un patio inférieur sur lequel donnent des chambres. ces dames se précipitent curieuses, les enfants regardent un peu effrayés les roumis; d'autres poussent des hurlements à notre approche; la femme de notre hôte nous tend la main et nous fait asseoir dans une pièce ornée d'un grand lit; à côté d'elle, sur des coussins d'autres femmes, des négresses. Des enfants entrés timidement, laissant leurs babouches à la porte, suivent tous nos mouvements. La conversation est plus animée par les rires que par les idées échangées. L'hôtesse est bouffie, les lèvres peintes en marron, le khol allonge les sourcils et cercle les yeux; elle est revêtue d'un caftan de mousseline brodée couvrant un autre de drap rouge; autour du cou un collier fait de croissants d'ébène, au centre un médaillon avec des armes en relief, puis, un autre fait de boules d'or; sur le front une pièce d'or avec une émeraude incrustée entourée de petites pierres fines, est attachée par un cordon de laine noire se confondant dans les cheveux: ce bijou s'appelle "Aïn"; de gros bracelets encerclent ses bras... Une toute jeune femme allaite son bébé, très noir de peau, de la couleur du père. Elles sont toutes fardées, seule une fillette n'a même pas de khol, les cheveux sont à découvert, un bandeau d'étoffe blanche autour du front, c'est une vierge, les femmes seules portent le foulard. À côté un curieux type, la figure aux traits fins, est celle des médailles romaines, l'ovale allongé, le cou long, bombé, le corps dans une  jolie attitude, penché en arrière, un enfant dort dans ses bras... Elles nous offrent du café à la rose, puis du thé...

À la fin de la journée, visite au marché aux esclaves avec les deux mokhaznis et Si Mohamed. Les mules des acheteurs sont à la porte, tenues par des gamins. Un indigène se met à réciter des prières tandis que les assistants répondent; la vente commence. Les amateurs sont accroupis soit dans les cases entourant l'enclos, soit au centre sous une sorte de galerie couverte. Le crieur tient l'enfant ou la femme par la main et lui fait faire le tour indéfiniment en passant devant les acheteurs, et criant la dernière mise. Les pauvres mioches ont l'air harassés et l'on voit battre leur pauvre petit coeur sous l'étoffe dont on les a affublés et qui se tient toute raide dans son habit neuf.

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Clichés Maillet- Lennox éditeur - collection Halfaoui

 

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Puis c'est le tour d'une négresse habillée de cotonnade rouge à fleurs. On lui examine la poitrine, les dents; l'enchère augmente, car elle sait fairre la cuisine. Une femme du Soudan passe devant nous, mince dans son haïc blanc, une ceinture autour des hanches, la tête est petite et fine; elle porte un négrillon sur les reins, retenu dans un morceau d'étoffe.  Une mulatresse fut adjugée à 169 douros; un négrillon150 pesetas. Une malheureuse fillette maigre, rachitique, n'ayant que les os sous la peau, n'a pas d'amateur, on la laisse dans un coin.

Deux petites esclaves habillées de neuf et rasées au marché de Marrakech - Cliché Maillet.

Je voulais lui donner quelquechose pour qu'elle puisse manger, car elle doit mourir de faim, mais Si Mohamed m'affirme que le vendeur le lui prendra. Dans une des cases, une négresse pleure à chaudes larmes. Une petite négrillonne de 6 à 7 ans, vêtue d'un cafetan de cotonnade neuve, et chaussée de minuscules belgha brodées, la tête fraîchement tondue, sauf deux petites touffes sur le côté, est jolie, la physionomie amusante; elle est trop jeune pour se rendre compte; on lui examine la bouche, les pieds, comme on le fait à une mule avant d'en pousser l'enchère; le prix s'élève très vite; elle est déjà à 45 douros. Une soudanaise, vieille loque, ne dépasse pas, depuis l'ouverture, 40 pesetas; celle qui pleurait tout à l'heure est à 80 douros, la tête est assez fine, les amateurs lui regardent les dents, les bras, les jambes, soupèsent ses seins, la questionnent. Une autre de 13 à 14 ans en parait 20? habillée de neuf, c'est une belle fille, les seins pointent sous le cafetan; les enchères sont actives et atteignent déjà 140 douros, la petite négresse est à 55 douros. Quelques aviséss s'enrichissent en achetant une esclave en mauvais état, l'engraissent et la revendent avec bénéfice. Les belles pièces sont fournies sur commande et à domicile. Un jeune nègre à l'oeil faux n'est pas encore adjugé... La vente se clôt; les acheteurs partent avec leurs acquisitions. Nous quittons ce lieu, attristés, écoeurés par ce spectacle si inhumain. (note: le marché fut supprimé par le Colonel Mangin en septembre 1913)

Deux Anglais reviennent du Glaoui où ils ont chassé le mouflon; les chemins sont, parait-il, très mauvais, pleins de neige; ils ont eu de grandes difficultés à passer, et ont perdu une bête; un de leurs hommes est revenu fort abîmé; un fusil et des bagages ont roulé dans un précipice.

(23 mars) - Avec le Mokhazni, Djilali et le fidèle El Kébir nous allons au souk des belghas; les vendeurs passent avec des piles en criant les prix; c'est l'heure de la vente aux enchères. Il y a de très jolies babouches en cuirs de couleur et brodés d'argent ou d'or, d'autres avec des semelles souples pour mettre dans les bottes....

Nous dînons chez le Consul avec le docteur Weisgerber (médecin et ethnologue, français d'origine alsacienne), M. Fernau (homme d'affaires britannique), le capitaine Landais, le docteur Guichard (successeur du Dr Mauchamp). Il parait que le lapidé de l'autre jour a réclamé mille francs comme préjudice matériel et quant au préjudice moral, il laisse le Consulat juge de la somme à réclamer. Quatre postes de soldats campent sur la place Djema el Fna; ils sont miteux, les jambes nues et portent une sorte de veste courte, sale et déchirée. C'est une précaution de Hadj Tami qui est, dit-on, très cruel et fait voler aisément les têtes; il est craint et sa puissance porterait ombrage à son frère le grand Vizir... Nous rentrons à 11 heures, accompagnés de cinq fanars et précédés d'un mokhazni tenant à la main une épée nue. Les ruelles étroites et tortueuses sont obscures, nous sommes arrêtés devant une porte de quartier fermée. Nos hommes frappant contre une petite loggia où dormait le gardien; il répond qu'il n'a pas la clef, ce qui est certainement faux. Nous sommes obligés de faire demi-tour, et marchons lentement, car il s'agit de ne pas mettre le pied dans un regard d'égout; une autre porte est encore ouverte. Malgré l'heure tardive. quelques boutiques sont éclairées par une chandelle fumeuse, le quartier est absolument désert maintenant, et nous cheminons dans la ville obscure et endormie.

(à suivre)

Rappel historique: 

 La période avant le Protectorat fut agitée. Le Sultan Moulay Al Hafid était au pouvoir depuis le 8 janvier 1908 en résidence à Fez. C’était grâce à l’appui armé des tribus du sud,les Hommes bleus, de son oncle Moulay Rechid et de Madani el Glaoui qu’il avait pu constituer une Mehalla à Marrakech pour renverser son demi-frère le sultan Abd-el-Aziz. Le général d'Amade au début s'interposa empéchant la Méhalla de Moulay Rachid de progresser dans la Chaouia, puis ayant obtenu un engagement écrit de Moulay Hafid, il laissa le passage à ses Mehallas qui vainquirent celle de son demi-frère et obtint son abdication. Le journaliste Christian Houel rapporte et traduit ses propos : « Mon frère n'a pas rempli ses devoirs de chef des Croyants. Il a contracté des emprunts qui n'ont pas servi à relever l'empire mais à satisfaire ses plaisirs. Il a ainsi compromis l'indépendance de notre pays. Je désire m'entendre avec toutes les grandes puissances et particulièrement avec la France, pour remettre de l'ordre dans le Maroc et y faire régner la paix ». 

Moulay_Hafid_MRK_1902

Déja en 1907 Marrakech était troublée, car Moulay Hafid y préparait son coup d'Etat et les Hommes bleus de Ma el Aïnine y étaient venus nombreux pour chasser tous les étrangers du Maroc. (Moulay el Hafid, Khalifa du Sultan à Marrakech en 1905- Cliché Maillet) En mars 1907, le Dr Mauchamp fut assassiné devant son dispensaire et le Dr Guichard fut nommé pour lui succéder.

Devenu Sultan à Fez, Moulay Hafid avait constitué une sorte de ministère composé de trois ministres, Si Madani El Glaoui, « allaf » ou ministre de la Guerre, Si Aïssa Ben Omar, ministre de la Mer et Affaires étrangères, et le Caïd El M’Tougui, ministre de l'Intérieur. 

Les lecteurs de Madame de La Charrière auront trouvé des indications sur l'histoire des Marrakchis dans la période trouble où le Protectorat n'est pas encore signé et où le Colonel Mangin n'a pas encore repoussé dans le sud les Hommes bleus. Les européens étaient très peu nombreux à Marrakech. Les Britanniques au début les mieux représentés (M. Fernau), voient venir plus d'Allemands et plus de Français. La France dispose d'un avantage linguistique car les juifs de Marrakech sont nombreux à apprendre le français à l'école et par ailleurs ses représentants (consul, officiers et médecins) en raison de leur expérience en Algérie connaissent très bien l'arabe.  

Le texte est illustré par des clichés de Jacques de La Charrière et les autres empruntés à des photographes de la même époque tirés de la collection de notre ami Halfaoui.

Dans les commentaires, chacun pourra exprimer ce que ce texte lui inspire sur ce qui a changé à Marrakech. Ce qui existait avant le Protectorat, ce qui a changé pendant le Protectorat, puis à partir de l'Indépendance.

07 août 2015

DES MARRAKCHIS VIENNENT DE NOUS QUITTER

GUY LAMON, ROBERT LACAZE ET JEAN-JULES ROGHÉ

Guy Germain Lamon, sympathique hôtelier de l'hôtel marrakchi Le Tafilalet vient de décéder. Il avait reprit l'hôtel de sa mère Marthe Lamon, universellement connue des anciens de Marrakech, dont il avait hérité. Elle était présidente d'honneur de l'association marrakchie. Il est mort le 5 aout à la suite d'un accident de la circulation, renversé par un véhicule sur un passage piétons. Il avait accueilli dans son hôtel le pélerinage de Salam Marrakech en mai 2013 dans la Ville rouge, puis quelques mois après, il s'en était déssaisi.

Tafilalet_2013

Lamon-Guy0439

Il avait préparé la visite des "pélerins" à l'église des Saints Martyrs et les avait accueillis en commençant par son ami le Président Robert Lucké.

Il soutenait généreu-sement l'association Salam Marrakech et avait participé au Moussem d'Avignon 2015 avec son épouse Andrée.

Nous présentons nos condo-léances attristées à Madame Andrée Lamon et à toute sa famille. 

Il est possible d'écrire des témoi-gnages de sympathie et des souvenirs dans les commen-taires au bas de cette page.

Les obsèques de Monsieur Guy Lamon se tiendront à l'église de Castellane (04120) ce mercredi 12 août 2015 à 15 Heures. 
A l'issue de la cérémonie religieuse, l'inhumation se fera au cimetière de Castellane.

Salam Marrakech et l'ASAM seront présents à la cérémonie d'obsèques. Son président Robert Lucké effectuera le déplacement à Castellane, accompagné de Jean, Yvette, Dominique Marsillio, ainsi que Laurence Lavaill et Michel Naccache afin de témoigner de leur amitié pour Guy Lamon et pour soutenir sa famille en deuil.

Robert Lucké avait préparé un hommage:

Dans la vie, il y a des moments que l’on voudrait bien qu’ils ne se produisent jamais:

C’est la disparition d’un être cher et d’un ami de longue date…

C’est le cas pour notre ami Guy Lamon qui fût pour moi un camarade d’école et nous avions 13 ans… Nous avons été dans la même classe à l’Ecole Primaire de l’Arsat el Maach à Marrakech. Nous formions une vraie équipe de copains et avions comme Chefs Jean Marsillio et Jean Belogi. A cette époque, la camaraderie était notre Idéal, notre raison de Vie et… cela il y a plus de 70 ans à peu près.

Mais les hasards de la vie se sont chargés de nous éloigner…

Chacun d’entre nous a suivi son chemin et Guy est entré dans l’administration des finances à Marrakech où il a débuté dans la vie active. Durant cette époque, nos rencontres se faisaient plus rares mais nous gardions toujours dans nos mémoires les bons moments que nous avions passé ensemble. Ces bons moments que nous évoquions ensemble lors de chacune de nos retrouvailles…

C’est en fait lors de la création de Salam Marrakech que la vie nous a à nouveau rapprochés. En effet, nous avons repris nos relations et contacts plus réguliers et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que nous nous rappelions et commentions les meilleurs moments de notre jeunesse. Madame Marthe Lamon, la Maman de Guy était ravie de nous revoir réunis.

Notre association Salam Marrakech a reçu son soutien et après nous avoir accueillis à plusieurs reprises dans son Hôtel Tafilalet à Marrakech et pour lui témoigner notre reconnaissance, nous avons nommé à l’unanimité Madame Marthe Lamon comme Présidente d’Honneur.

A sa disparition, son fils Guy a repris l’activité de l’hôtel dont il avait hérité.

Lors de notre voyage souvenir en mai 2013, Guy et Andrée son épouse se sont appliqués à nous recevoir avec chaleur et cordialité. Nous étions une centaine de marrakchis présents accueillis avec un faste digne des mille et une nuits.

Puis par la suite, Guy et Andrée se sont séparés  de l’hôtel. Libérés de toutes leurs obligations, Guy et Andrée ont été heureux de participer au Moussem en mai 2015 au domaine de la Souvine en Avignon. Guy et Andrée étaient ravis de se retrouver parmi les marrakchis de sa jeunesse et il m’avait promis de revenir très vite…

Mais, malheureusement, la vie en a décidé autrement et sa destinée ne lui a pas permis de profiter amplement de sa retraite. Le hasard a voulu qu’un malheureux accident de la circulation mette fin à ses projets et l’enlève à l’affection de sa famille et de ses intimes.

Avant l’adieu définitif tout en sachant que cet instant est triste et douloureux, je dois dire que nous nous associons à la famille Lamon et au nom de tous les camarades, nous témoignons toute notre amitié bien qu’elle représente une mince consolation au deuil qui la frappe.

Que nos sentiments d’ Amitié vous donnent la force nécessaire pour surmonter la pesante et brutale disparition, qu’ils soient la source d’un nouvel équilibre pour avoir une bonne raison de continuer à vivre.

A tous les parents proches et éloignés, nous tous les Marrakchis vous présentons nos condoléances attristées et vous prions de croire à la certitude de notre fidèle souvenir

Guy, nous avons apprécié ta gentillesse, ta générosité envers Salam notre association, tous tes Amis te regrettent……

Deux autres témoignages:  

"Une page de notre "vieux "Marrakech se tourne encore cette semaine avec l'annonce de ces disparitions. Toutes mes  sincères condoléances à Madame Andrée LAMON qui avec Guy nous avaient si gentillement reçus lors de notre réunion en 2013 à l'hôtel Tafilalet , nous étions tellement  heureux de tous nous y retrouver . Mes parents étaient des amis de  Madame LAMON mère et nous avions été très peinés de la savoir partie . Nous garderons toujours en mémoire la chaleur de leur accueil qui faisait partie de notre vie d'autrefois." Danielle

"Monsieur élégance"  nous a  quitté   tragiquement, sa bonté n'avait d'égale que sa générosité, et son élégance était remarquée par tous  les marrakechis. Il était parmi nous au moussem du 21 et 22 juin 2O15, heureux comme un adolescent qui trouve ses anciens camarades, il faisait des projets pour le Salam 2015 - 2016 et attendait impatiemment l'automne pour retrouver sa ville  préférée Marrakech. C'était donc un adieu  et c'est le dernier été de Guy Lamon le sympathique, c'est pénible de trouver les propos qui conviennent à la disparition d'un bon ami, bon mari et bon père tel que Guy Lamon. Les marrakechis peinés par cette  mauvaise  nouvelle présentent leurs condoléances les plus attristées à Madame Andrée Lamon, à ses enfants et à toute sa famille,    Chama Benzriouil

 

JEAN-JULES ROGHÉ

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Nous apprenons par Odile Roghé sa fille, le décès de Jean-Jules Roghé le 5 aout à 84 ans. Jean-Jules Roghé né à Marrakech le lendemain de Noël 1930 avait épousé en 1955 à Marrakech Nicole Richard née en 1935 aussi à Marrakech. Nicole était la fille de Madame Richard, professeur de physique-chimie au lycée Mangin.
Jean-Jules a fait ses études d'ingénieur  agricole à Meknès, il participait annuellement aux agrimoussems. Mais sa maladie qui l'atteint dès décembre 2010 ne lui avait plus permis de s'y déplacer. Il vivait à Tuffé dans la Sarthe.

La sépulture aura lieu ce lundi 10 aout 2015 à 14h30 en l'église de Tuffé (72160).

Faire part:

Ses enfants, ses petits-enfants et toute la famille ont la douleur de vous faire part du décès de 
Monsieur Jean-Jules ROGHÉ 
survenu le 5 août 2015, à l'âge de 84 ans. 
La cérémonie religieuse sera célébrée lundi 10 août 2015, à 14 h 30, en l'église Saint-Pierre de Tuffé. 
Jean-Jules repose au funérarium de Connerré. 
Condoléances sur registres. Le présent avis tient lieu de faire-part. 
La famille remercie bien sincèrement toutes les personnes qui prendront part à sa peine. 

Les lecteurs du blog peuvent écrire dans les commentaires, leurs souvenirs de Jean-Jules Roghé et de sa famille à Marrakech. Les Roghé tenaient le magasin Butagaz 134, avenue Mangin à côté de la droguerie Filoucat. Ils peuvent aussi évoquer leurs souvenirs de Nicole Richard (en première avec Annie Moreau) et de leur professeur de physique-chimie Marie-Louise Richard. Les Richard n'habitaient-ils pas aussi avenue Mangin au n°186 ? Les lecteurs du blog peuvent aussi adresser leurs condoléances dans les commentaires à Odile Roghé, ainsi qu'aux autres membres de la famille en deuil.

ROBERT LACAZE

Le célèbre marrakchi courreur automobile et champion de ski né en fevrier 1917 est mort à 98 ans dans le sud de la France, mais il avait choisi d'être enterré dans sa ville de coeur: Marrakech. Sa tombe est au cimetière européen de Marrakech depuis le 11 juillet. Il était titulaire de la Légion d'Honneur.

Les marrakchis se souviennent de son garage, de son entreprise de transport sur l'Oukaimeden, de ses victoires. Ce qu'ils savent moins c'est qu'il était le petit fils de Ferdinand de Lesseps, celui qui conduisit les travaux pharaoniques du Canal de Suez, dont on parle beaucoup en cet été 2015. 

Lacaze_Robert 

Slalom: Robert Lacaze passe une porte à l'Ouka

 

Fairepart:

M. et Mme Marc La Caze, son fils et sa belle-fille ; Mme Olivia La Caze, sa fille ; Diane, Amanda, Marine, Alixanne et Alexis, ses petits-enfants 
Ont la tristesse de faire part du décès de 
Monsieur Robert LA CAZE 
Médaillé de la Légion d'honneur 
survenu le 1er juillet 2015, à Le Cannet, dans sa 99e année. 
La cérémonie religieuse aura lieu le samedi 11 juillet 2015, à 10 h 30, en l'église des Saints-Martyrs, rue Iman Ali, à Marrakech, suivie de l'inhumation au cimetière de Marrakech. 
Cet avis tient lieu de faire-part. 

 

Lacaze_philo_1940_41 

La classe de Robert Lacaze en 1940-41 avec ses camarades de philo au Lycée Mangin. Robert est sur le rang du haut, le 5e à partir de la gauche.

Le blog exprime ses condoléances à la famille de Robert Lacaze et notamment à Marc et Olivia que beaucoup de marrakchis ont connu et qui ont gardé de nombreux amis parmi eux.

Les lecteurs du blog peuvent évoquer des souvenirs de Robert Lacaze dans les commentaires et adresser leurs condoléances à Marc et Olivia.

Pour les souvenirs, il est possible aussi de faire passer des photos numérisées en les envoyant par : mangindemarrakech (arobas)free.fr

 

04 août 2015

JEAN-PIERRE KOFFEL SE SOUVIENT DE SES PROFS AU LYCÉE

 

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Jean-Pierre KOFFEL est un écrivain franco-marocain dont nous avons déja rapporté les souvenirs artistiques avec le pacha Hajj Thami el Glaoui, ainsi qu'avec le professeur Cler. Nous partageons son récit de sa période lycéenne au lycée Mangin et à Rabat quand il entreprit de prendre l'arabe comme première langue étrangère, un défi !

Chacun aura probablement des souvenirs semblables dans un des lycées de la Ville rouge: Mangin, Mohammed V, Hassan II, Victor Hugo ou Ibn Abbad, avec les mêmes professeurs ou d'autres. Et si vous rédigiez aussi vos souvenirs pour les partager !

         Quand je suis entré en sixième, au lycée Mangin de Marrakech, le 1er octobre 1943, s’est posé le problème de la langue vivante étrangère que je devais choisir. L’allemand m’eût convenu – j’ai d’ailleurs tenté de l’apprendre seul avec un livre et avec l’aide de ma tante Solange qui en avait fait – mais en pleine guerre mondiale, c’eût été un peu fort, surtout avec mon nom. Je ne sais même pas si on enseignait l’allemand ces années-là au lycée de Marrakech. Restait l’anglais, qui ne me tentait pas du tout – peut-être parce que tout le monde en faisait – et l’arabe, qui n’avait pas beaucoup de clients. J’ai choisi l’arabe, de moi-même, sans que ma mère s’y oppose.

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Ces années-là, quand on choisissait arabe au Maroc, c’était l’arabe dit littéral, c’est-à-dire dialectal, ce que l’on appelle aujourd’hui la darija, par opposition à l’arabe classique, dit à l’époque, littéraire. Il y avait des méthodes pour apprendre l’arabe dialectal, dont celle de Louis Mercier, celle de Tapiéro – qui était juif –, et celle du professeur Abderrahmane Buiret, qui était un Français jovial habillé en Fassi, converti à l’islam,  et qui enseignait tous les matins sur les ondes de Radio Maroc. Il y avait aussi les deux dictionnaires de Tedjini, qui était Algérien du Maroc. J’ai toujours ces deux dictionnaires (arabe/français et français/arabe) que je garde précieusement comme la prunelle de mes yeux.

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Cette année scolaire 43/44, j’avais en français la douce Mme Queneau, qui devait perdre son mari à la guerre l’année même où elle était mon prof, elle avait ses tendres yeux mouillés (Jean Queneau, Lieutenant de Spahis au 4eRSM, mort à 29 ans lors de la prise de Bastia le 3 mars 1944 );  en maths, j’avais la terrible Mme Thiery, dite Tikhass par les élèves, la mère de l’actrice Rose Thiery qui était ma camarade de classe et amie (connue au théatre, au cinéma et à la télévision par Le dernier métro (1980), Le retour de Martin Guerre (1982), Beau-père (1981), Tanagra (2012), etc...); et en arabe, Mme Lazarev.

 

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Mais revenons à Mme Thiery avant de retrouver Mme Lazarev : elle avait des cheveux raides qui lui retombaient sur le front quand elle piquait de grandes colères, ce qui lui arrivait souvent. À l’époque, les tables des élèves étaient équipées d’encriers, un par élève, deux petits pots avec un rebord par table, qu’on entrait dans un orifice pratiqué à même la table à portée de la main droite de chaque élève. Les chaires professorales n’étaient pas équipées d’orifice pour recevoir un encrier. Lorsqu’un professeur avait besoin d’un encrier – toujours rempli d’encre violette, la grande couleur des écoliers de l’époque –, il en prélevait un à une table d’élèves sans doute inoccupée. C’est ainsi qu’un jour Mme Thiery piqua une grande colère alors qu’elle était assise à son bureau ; dans cette grande colère, elle projeta vivement sa tête en avant et ses cheveux raides balayèrent le petit encrier ; l’encre se répandit sur son visage fouetté par ses cheveux... Si un jour, sur un souk, vous trouvez un de ces petits encriers, amenez-le moi, que je le mette dans ma vitrine.

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Mme Lazarev, revenons à elle. Autorité, dynamisme, activité. Assurément, un très bon prof. Son souci premier était de faire articuler par de jeunes gosiers non maghrébins les consonnes spécifiques à l’arabe et aussi au berbère. Elle avait des jeux phoniques pour nous faire distinguer par exemple le ha (ح) de hammam et le ha (ھ) de Hicham : pour ce second, elle nettoyait ses lunettes en ouvrant la bouche et en envoyant sur les verres, de la façon la plus sonore, de la buée, qu’elle essuierait ensuite avec un mouchoir. Pour distinguer le kaf (ک) du qaf (ق), elle nous faisait répéter djaja ta tqaqi, qot qot qot qot qot qodot...  Ayons ici une pensée reconnaissante envers Tito Topin : un de ses livres marocains est intitulé Le cœur et le chien, lqelb ou lkelb, selon lequel le Français qui sait faire phoniquement la différence entre les deux mots a vraiment compris l’âme arabe.

         Mme Lazarev nous apprenait des chansons comme celle-ci, célébrant la pluie sur le rythme de la joie des fils de laboureurs : chta ta ta ta ta ta, oulad lharrata...

         Selon les instructions de l’époque, la darija était enseignée avec l’alphabet arabe. Ce n’est que plus tard qu’on vit apparaître ces transcriptions phonétiques en caractères latins qui vont un peu me dérouter.

         Mme Lazarev utilisait beaucoup le tableau noir et la craie blanche. Un beau matin du début de l’année scolaire, elle me dit en sortant de classe : « Tu diras à ta mère que je veux lui parler. » Bien évidemment, ma mère, sans doute intriguée, se rendit au rendez-vous et là, elle en apprit une bien bonne, sur un ton qui, paraît-il, n’était pas très aimable : « Mais enfin, Madame, vous ne vous êtes pas rendue compte que cet enfant n’y voit pas : il n’arrive pas à lire ce qui est écrit au tableau. » 

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C’est ainsi que j’allais sans tarder consulter le docteur Adrienne Décor et qu’une semaine après je me retrouvais affligé ad vitam æternam d’une belle paire de lunettes. Binoclard dès l’âge de douze ans ! Au moins, pouvais-je apprécier à leur juste valeur les calligraphies arabes de Nelly Lazarev – laquelle est la maman, entre autres, du sociologue émérite Gricha Lazarev et du fabuleux peintre fantastique Roman Lazarev. Ces deux là avaient de qui tenir. (La prise de Marrakech par Roman)

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Mon apprentissage de l’arabe dialectal se passa plutôt bien mais malheureusement ne dura pas. En effet, lorsque j’arrivai en classe de 4e, tout bascula : une note ministérielle, française évidemment, prononça la peine de mort pour la darija et son remplacement par l’arabe classique. Ah ! les ukases de l’Éducation Nationale ! Il faut toujours que cela fasse des victimes. Il y avait sans doute un intérêt supérieur à cette substitution, mais les changements de cap en cours de route ne sont jamais bons. Si j’abandonnais l’arabe, ma première langue, je me trouvais sans première langue. J’avais choisi le grec. J’étais donc obligé de faire arabe classique. Latin, grec, arabe, que des langues à déclinaisons. Adieu Mme Lazarev ! Adieu la darija, que je ne devais retrouver qu’en terminale, à la faveur d’une nouvelle instruction ministérielle !

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Je tombais pour m’apprendre la langue du Coran sur un technicien de surface, M. Vincenti, un ancien officier des Affaires indigènes, qui avait fait ses classes à l’Institut des Hautes Études Marocaines (Rabat), qui savait sa bible par cœur, à savoir la très admirable méthode d’arabe classique de Régis Blachère – mais lui devait se contenter pour enseigner de l’adaptation au niveau secondaire de cette méthode par Marie Ceccaldi, Le prof était bon – en arabe – , la méthode était bonne mais je ne suivais pas, dépassé de plus en plus par les arabophones natifs qui étaient mes camarades de classe. M. Vincenti avait l’esprit caustique et n’avait pas le cœur tendre ; avec la complicité de son collègue de mathématiques (dont j’ai oublié le nom), il me fit doubler la 4e. Mlle de Mazière, notre professeur de français latin grec, n’avait pas dû monter au créneau pour défendre son premier. La mort dans l’âme, me sentant plus âgé que mes nouveaux condisciples, je retapai ma 4e avec l’impression de faire du sur place. C’est à ce prix-là que je pus enfin être admis à passer en 3e où je retrouvai pour la troisième année consécutive un M. Vincenti égal à lui-même. Au moins, à défaut de m’apprendre à me débrouiller en arabe, m’avait-il appris la rigoureuse et subtile grammaire arabe.

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Dans ces années-là, le seul établissement secondaire de la ville de Marrakech était le collège Sidi Mohammed, situé à Bab Ghmat. Ce collège qui a formé d’excellents élèves avait des maîtres réputés, à commencer par son directeur, M. Gaston Deverdun  (auteur d’ouvrages érudits sur l’histoire de Marrakech, dont Marrakech des origines à 1912). Citons parmi les vedettes M. Sallefranque, Max Guironet auteur d’un admirable Cours de Grammaire et de Langue Française à l’usage des étudiants marocains, Mlle Griaule, fille du très célèbre ethnologue, spécialiste des Dogons, laquelle avait été mutée d’office pour inconduite (?) du lycée Mangin au collège Sidi Mohammed.

Mais revenons un instant à M. Guironet qui a fini censeur au lycée Sidi Mohammed de Marrakech. Comme il était le beau-père de mon camarade de classe Jean-Pierre Grall, il m’est arrivé d’aller chez eux. Ils habitaient la médina, dans un derb près de Bab Rob, une belle maison silencieuse. Eh bien, je n’ai jamais vu M. Guironet de face ; à chaque fois, je ne l’ai vu que de dos à sa table de travail ; il préparait sa grammaire pour les élèves marocains ! Son expérience de professeur de français au Maroc l’avait amené à se pencher sur les fautes que commettaient ses élèves. Par exemple, ce qu’il avait appelé l’arabisme du relatif, des segments phrases du genre : « l’infirmière que j’ai voyagé avec elle » ou «  la cigogne que je la vois voler ». Comme c’était un monsieur très sérieux et une véritable bête de travail, il s’était dit que le mieux à faire, avant d’élaborer un cours de grammaire française pour les Marocains, c’était d’apprendre l’arabe classique, l’arabe dialectal, et pourquoi pas ? le berbère. Il s’était mis à la tâche avec l’Institut des Hautes Études Marocaines (IHEM), par correspondance, ce qui était possible. L’IHEM délivrait trois sortes de peaux d’âne : le certificat, le brevet, le diplôme. J’imagine que M. Guironet avait le diplôme d’arabe dialectal, le brevet d’arabe classique et le certificat de berbère. Nous sommes en 1953. Le livre est sorti, il va bientôt être opérationnel, comme disent les cuistres, dans les établissements du premier cycle du second degré. Dès 1954, pour ma première année d’enseignement, j’ai pu utiliser le Guironet avec mes élèves de Settat, puis ensuite, de 1957 à 1960 environ, avec ceux du lycée Moulay Abdellah à Casablanca, pour leur plus grand profit. À l’époque (c’étaient les dernières années du Protectorat puis sous leur influence), les livres étaient distribués gratuitement aux élèves qui devaient les rendre évidemment au mois de juin.

J’étais en seconde au lycée Mangin avec, en arabe classique, ce cher M. Vincenti : waqa3a, yaqa3ou, qa3 ; wada3a, yada3ou, da3 ; racines trilitères allègrement  mitraillées en rafales. Pour mon malheur, les élèves du collège Sidi Mohammed qui étaient tous en section moderne nous avaient rejoints. Et eux savaient l’arabe, de source. J’étais le seul Français de la classe. Les autres élèves qui ne venaient pas du collège Sidi Mohammed et qui étaient des produits de Mangin étaient soit des Algériens (telle Ouardia Aït Mesbah), soit des Juifs. J’ai un peu oublié, sauf ceux qui, comme Ahmed Benjelloun, sont devenus mes amis. Toujours est-il que cette invasion d’arabophones natifs, qui ne déplut pas à M. Vincenti – lequel put donner toute la mesure de sa virtuosité –, ne fut pas à mon avantage.

         Soit un livre posé devant un élève. Soit M. Vincenti debout devant la table où est assis cet élève. Il y a donc, entre le regard de M. Vincenti et le livre posé devant l’élève, quelque soixante-dix centimètres. Évidemment le texte, qui est face à l’élève, se trouve être à l’envers pour le regard d’aigle de M. Vincenti. Eh bien, M. Vincenti est capable de lire à haute voix à toutes blindes le texte en question. Chapeau ! Et n’oublions pas que l’écriture arabe, c’est du vermicelle, comme je devais l’entendre dire plus tard par un casablancais méprisant !

          M. Vincenti faisait des étincelles, moi pas. Mes camarades marocains m’aidaient comme ils pouvaient, car ils m’avaient à la bonne. La majorité d’entre eux, en cas de composition, avaient fini vingt bonnes minutes avant que ça sonne. Une fois qu’ils avaient rendu leur copie, ils avaient le droit de sortir et, avant de sortir, il y en avait toujours un qui s’arrangeait pour me glisser son brouillon sans que M. Vincenti qui avait pourtant l’œil perçant ne le vît. Une fois, c’est une boulette que me lança habilement Boujemaa. Grâce à eux, je n’avais pas de très mauvaises notes en compositions.

Koffel-1A-51-52 Lycée Mangin, année 1951-52, Première A. On reconnait Jean-Pierre Koffel, rang du haut avec ses grosses lunettes.

         En classe de première, comme j’avais la première partie du baccalauréat à la fin de l’année scolaire, j’ai préféré changer de section et suis passé de la série  A (latin, grec, langue vivante) en série A´ (lire A prime, latin, grec, maths). Je remettais mon sort entre les mains de M. Sicre, mon nouveau professeur de mathématiques qui était un homme fort sérieux. En A´,  le coefficient de maths était élevé ; en A c’était celui de langue vivante qui était élevé. J’avais fait ce choix parce que je n’avais aucune confiance en mes capacités en arabe. Les résultats furent catastrophiques : je n’ai pas eu le bac, ni en juin, ni en octobre; j’avais obtenu une note éliminatoire en maths ; en arabe, je m’en sortais plutôt bien, grâce à un texte d’Abou Al Aala Al Maarri. J’avais fait le mauvais choix. J’allais abandonner les études et M. Calvaruso mon beau-père, furieux contre moi, me cherchait déjà du travail. C’est son ami le marbrier, Maurice Alessandra, parrain de mon petit frère, qui sut le convaincre de revenir sur cette décision. Je dois à M. Alessandra la voie que j’ai suivie à partir de son intercession. Aurais-je été plus heureux avec un autre destin et mes tendances littéraires m’auraient-elles rattrapé ?

         Toujours est-il que, avec quinze jours de retard, je repris le chemin du lycée Mangin pour retaper ma première. Évidemment, j’abandonnai la série A´ pour la série A et je retrouvai l’arabe classique comme matière à fort coefficient. Le professeur n’était plus M. Vincenti, mais un tranquille M. Nacer El Fassi, qui n’était pas un foudre de guerre.

koffel-paradis-allah

Cette année-là, il y eut une nouvelle innovation du côté de l’Éducation Nationale : les élèves non-Marocains qui étudaient l'arabe classique devaient impérativement faire une heure par semaine d’arabe dialectal. J’étais, en ma qualité de Français, le seul concerné par la mesure ; on me délégua un gentil petit M. Bouzari. Vous imaginez un professeur et un élève enfermés tout seuls face à face dans une salle de classe ! M. Bouzari préféra que nous transformions ces heures de cours en promenades à pied dans les alentours du lycée qui, à l’époque, étaient de charmants coins de nature où dominaient les oliviers et les murs bas. Nous marchions lentement, devisant en darija ; nous nous tenions par exemple debout devant le mur du terrain de sport du lycée et nous commentions ce qui s’y passait. Cela donnait des échanges du genre : « Comment s’appelle ce grand garçon là-bas ? –  Lequel ? – Le un peu noir qui se dirige vers les vestiaires. – Celui qui a un tricot bleu ? – C’est cela même. – Il s’appelle Alaoui. – Alaoui quoi ? – Alaoui Moulay Abdellah. – Et que veut dire ce Moulay ? – Je ne sais pas. – Ça veut dire qu’il est un chérif, qu’il appartient à une famille de chorfa. »

Dr-Henri-Demacon-

À partir de là, j’ai eu le bac sans problème, première puis deuxième parties. Je dois préciser qu’en ces temps-là le pourcentage de réussite au baccalauréat était de 30 %. Quant au pourcentage des jeunes scolarisés au-delà du primaire puis du premier cycle, je ne le connais pas, mais il devait être encore plus bas. Être bachelier en 1953, c’était donc plutôt une bonne affaire, mais l’on n’était pas sorti de l’auberge pour autant. J’aurais volontiers fait médecine, mais c’était long, compliqué ; il fallait aller en France ; il fallait obtenir une bourse que je n’étais pas sûr d’obtenir ; et, surtout, il ne fallait pas avoir comme moi la phobie du sang : le jour où j’assistai à une extraction dentaire à Inezgane par Lahcen Zgora, l’adjoint du docteur Demacon, je faillis tourner de l’œil, ce qui n’est pas bon pour un futur médecin. Même si je voulais devenir psychiatre, comme mon père spirituel le docteur Demacon : pour être psychiatre il faut d’abord être docteur en médecine... Le docteur Demacon justement, qui avait suivi avec intérêt et inquiétude mon difficile cheminement vers le bachot, se garda bien d’influencer mon choix. Que faire après le bac ?

         Une licence ès lettre, incluant le français, le latin, le grec et l’arabe. Je tentais de m’inscrire à la faculté des lettres de Poitiers – parce que réputée la plus gentille de France – mais je n’eus pas de bourse et je fis donc mon deuil de l’idée d’aller faire mes études supérieures en France. De toute façon, la question ne se posait pas dans l’immédiat : une nouvelle disposition de l’Éducation Nationale vint encore compliquer mon sort et celui des gens de ma promotion. L’innovation s’appelait propédeutique : c’était une année supplémentaire entre le bac et la licence (quatre certificats ; en principe, un par an). On pouvait faire licence d’anglais, d’espagnol, d’histoire, de philosophie, de lettres classiques, de lettres modernes... mais, avant d’affronter la préparation de ces quatre certificats de licence, il fallait en passer par les fourches caudines de cette propédeutique, qui dans mon cas s’appellerait certificat d’études littéraires générales classiques.

         Or, il y avait au Maroc une classe, une seule, de propédeutique, qui venait d’ouvrir au lycée Gouraud à Rabat. Plus question d’aller en France. L’excellent M. Charles Penz qui, rappelons-le, était inspecteur principal de l’Enseignement m’aida à obtenir un poste de surveillant d’internat au lycée Moulay Youssef de Rabat. Plus question de me faire de soucis pour la bourse ; j’étais logé, nourri et même payé (17 000 francs par mois, ce qui, en 1953, ne représentait pas grand-chose). Pendant cette année de propédeutique, j’eus la chance inouïe d’avoir comme professeur en français, en latin et en grec Gabriel Germain... J’avais encore arabe au programme et je ne me suis pas trop mal défendu.

         Je parlerai ici de David Daure (le frère de la future Mme Christine Serfati) : il venait  de France ; il était pion comme moi à Moulay Youssef ; il avait de l’humour comme jamais je n’en avais entendu ; je nourrissais pour cet hexagonal éblouissant une admiration sans bornes ; et enfin, cerise sur le gâteau, il préparait l’agrégation d’arabe classique. Est-ce sous son influence que je décidais de préparer une licence d’arabe ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que je me mis à bosser dur mon arabe... mais je ne fis pas d’étincelles à l’examen. C’est de cette année-là, 1953, que remonte mon désir d’écrire de la poésie moderne en arabe, de même que je m’étais mis à cette poésie moderne en français, sous l’influence de Gabriel Germain. En arabe, je ne suis pas allé loin puisque je n’ai écrit que deux poèmes, dont l’un me semble définitivement perdu...

         Dans ces années-là, on pouvait présenter par session autant de certificats de licence qu’on voulait. Une certaine Mme Momal s’inscrivit et obtint la même année trois certificats de licence, d’anglais. Il est vrai qu’elle était Anglaise. Je m’inscrivis donc la première année au certificat de Littérature Française et au certificat d’Études Pratiques Arabes. Je pris des cours particuliers d’arabe, notamment à Agadir avec un Beljelti dont j’ai oublié le prénom. Cela ne servit à rien ; j’eus l’écrit de Littérature Française mais pas celui d’Études Pratiques Arabes. Pour la session de septembre, je mis le paquet sur la préparation de l’oral du certificat de Littérature Française et laissai sommeiller l’arabe. J’ai oublié de dire que depuis le 1er octobre 1954, fort de mon succès en propé, je travaillais.

         J’avais décroché un poste d’enseignement au cours complémentaire franco-musulman de Settat. Évidemment, mon ami M. Charles Penz, mon protecteur, était derrière cette nomination. Je travaillais donc d’arrache-pied, menant de front mes préparations aux examens, mes cours et mes corrections – j’ai toujours été un adepte du travail en classe et j’annotais les copies avec le plus grand soin faisant parfois des discours dans la marge. C’est pourquoi, en ce qui concerne mes examens universitaires, j’ai toujours été un ”septembriste”, comme on disait alors. Seul petit luxe que je me sois permis, j’ai étudié avec mes élèves Bajazet que j’avais au programme en licence à la place d’Andromaque.

         L’année suivante, je présentais en même temps Études Latines et Littérature Arabe. Je précise que tous ces examens se passaient à Rabat, à l’IHEM, et que nous dépendions tantôt de la Faculté des Lettres de Bordeaux, tantôt de celle d’Alger. J’envoyais des devoirs par  correspondance à la Faculté des Lettres de Bordeaux. Pour renforcer mon arabe, je m’étais inscrit au certificat d’Arabe Classique de l’IHEM, mais là encore il était hors de question que j’aille suivre des cours à Rabat (ce qui avait était le cas de Max Guironet). Bien évidemment j’ai été admis en juin (1956) à l’écrit d’Études Latines, oral en septembre, et comme il fallait s’y attendre, collé en Littérature Arabe. C’en était fini de mes velléités de devenir arabisant, catégorie pour laquelle j’ai toujours eu la plus vive admiration. J’ai quand même présenté pour la forme le certificat d’arabe classique à l’IHEM : c’était en juin 1957, et toute ma classe de troisième s’était présentée avec moi ; je me souviens que mes chers élèves faisaient des pieds et des mains pour m’écouter plancher à l’oral – car les oraux étaient publics – et certains devaient rire sous cape en toute bonhomie.

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Je devais, mes licences obtenues, pour obtenir le titre de professeur licencié, subir une petite épreuve orale pas méchante de langue vivante étrangère. Complexé comme je l’étais par rapport à l’arabe, j’ai hésité. Allais-je apprendre l’espagnol ? Non quand même. Je répondis donc à la Faculté des Lettres de Bordeaux que la langue vivante étrangère sur laquelle je voulais être interrogé pour cette épreuve orale était l’arabe classique. Ils me fut répondu que ce n’était pas possible ; que, l’arabe dialectal marocain n’étant pas coté à l’argus, l’arabe classique était une langue morte ; que je n’avais que des langues mortes : latin, grec, arabe classique ; qu’il me fallait une langue vivante... Je vis rouge et pris le taureau par les cornes. Comment ça, laarabiya l’fousha, une langue morte ! Et l’arabe moderne de presse, le livre du professeur Pérez ! Et Taoufik El Hakim, Jabran, Ahmed Chaouki, Manfalouti ! Et les quotidiens de langue arabe, Attahrir, Al Moukafih, Al Aalam ! J’écrivis une belle lettre, substantielle et argumentée, à la Faculté des Lettres de Bordeaux et j’eus gain de cause ! L’épreuve, pour laquelle j’avais eu tant d’appréhension et dépensé d’énergie, allait enfin avoir lieu. C’était je ne sais plus quel jour de l’année 1960. J’avais révisé à la hâte mon Blachère (la grammaire) et mon Belot (le dictionnaire). J’allais donc la mort dans l’âme au rendez-vous fatidique.   C’était à l’IHEM à Rabat, dans des locaux qui sont devenus ceux de la Faculté des Lettres. Évidemment j’étais le seul candidat. J’appris au secrétariat le nom de mon examinateur, un universitaire égyptien : M. Chouimi.

         M. Chouimi était censé m’attendre dans une salle au premier étage. Il m’attendait au haut de l’escalier, faisant les cent pas. Il vint à moi tout sourire, les bras tendus. « Vous êtes, me dit-il en français, le candidat que j’attends, Jean-Pierre Koffel ? – Euh oui, Monsieur le Professeur, je m’excuse pour... – Je suis M. Chouimi et je vous remercie pour le service que vous venez de rendre à la langue arabe. Vous vous rendez compte : grâce à vous, la France a enfin reconnu que notre langue était une langue vivante et non plus une lange morte ! – Sans doute Monsieur le Professeur, mais il y a un léger ennui, c’est que cette langue, je ne la sais pas vraiment. – C’est ce que nous allons voir. Il vous faut la moyenne pour mériter votre... accréditation. C’est bien le diable si vous n’obtenez pas la moyenne ! »

         Nous entrâmes dans la salle. Il me soumit un texte (non vocalisé) à lire et à commenter. Il resta bienveillant pendant l’épreuve. Comme je pataugeais devant le mot daraja, que j’allais prendre pour une bicyclette, il me tendit une perche salvatrice : « Mais c’est un mot à vous, latiniste ! » Je reconnus alors in extremis  le gradus de la Rome antique qui signifie degré. Gradus ad Parnassum ! J’eus au moins la moyenne.  

Merci à Jean-Pierre Koffel, malheureusement disparu en 2010 pour ses souvenirs de lycéen marrakchi. L'Éducation nationale lui doit d'avoir reconnu que la langue arabe pouvait être une langue vivante. Jean-Pierre habitait le Guéliz tout près du Hartsi, chez son beaupère, l'entrepreneur Calvaruso; merci aussi au sourire de l'actrice Rose Thiery, à l'art du néo-orientaliste Roman Lazarev, au regard du Dr Demacon son père spirituel établi à Agadir. Certains des livres de Jean-Pierre écrit seul ou en collaboration illustrent cette page, même ses livres traduits en espagnol. Certains reconnaitront les visages des camarades de classe de Jean-Pierre au lycée Mangin dont les locaux sont passés au lycée Ibn Abbad. Merci d'avance à tous ceux qui ajouteront des souvenirs dans les commentaires.                                                                                     



28 juillet 2015

L'ANCIEN SPAHI QUI MIT FIN AU PUTSCH DE SKHIRAT AU PRIX DE SA VIE

En suivant l'ordre des dates, nous commençons par les Zouaves, dont plusieurs régiments passèrent par Marrakech. Le 3e en 1912, le 1er y eut un bataillon en 1914. Le 2e Régiment de Zouaves est peu resté à Marrakech. Juste après l'armistice du 11 novembre 1918, il arrive au Maroc et affecte un de ses bataillons à la Ville rouge. L'ami Halfaoui, nous montre deux pièces de sa collection, des cartes-photo prises à Marrakech et datée de 1918. 

Zouaves-a-Marrakech-3 Ici, les zouaves portant leurs deux tenues , soit le large pantalon garance, soit la saharienne blanche. Les zouaves avaient formé une équipe de rugby, probablement la première de Marrakech. Les premiers à avoir reçu leurs maillots se firent photographier.

Rugby-zouaves-1918-4 Mais, les Zouaves ne sont pas resrés longtemps à Marrakeh, au contraire des spahis qui en firent leur garnison de tradition. Merci à Halfaoui pour ces documents historiques.

UN SPAHI SAUVE SON ROI

Le blog a réalisé plusieurs pages concernant les Spahis de Marrakech, l'une avec le spahi Sainseaux période 1936-45, une autre avec le spahi Gailhanou mobilisé en 1939, puis le spahi Talvard en 1941-42, et une page plus générale sur toute la période de 1912 à 1958, année où le 2eRSM quitte définitivement Marrakech. La période 1956-57, celle où le Colonel Blondeau commandait le régiment était surtout représentée par des photos. Grâce à Mourad Bachir El Bouhali, nous faisons connaissance avec un officier de spahis qui a eu un destin exceptionnel. Campagne d'Italie avec le Général Juin, campagne de France avec le Général Leclerc, au cabinet militaire du Maréchal Juin, commandant du 5e bataillon à Marrakech, puis missions importantes dans la formation des officiers marocains et dans l'équipement de l'armée marocaine, notamment à Paris avec son ami le ministre Pierre Messmer. Il s'agit de Mohamed Bachir El Bouhali dont son fils Mourad, nous présente le rôle déterminant dans le salut de la dynastie Alaouite au Maroc à l'occasion du putsch de Skhirat.

BACHIR EL BOUHALI : UN OFFICIER SPAHI D’EXCEPTION

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Dès 1956, le Maroc nou-vellement indépendant s’est attelé à créer son armée. Fortes d’une centaine d’officiers formés à l’Ecole Militaire de Meknès (Dar el Beida) et de Tolède et aguerris par leur engagement dans la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine, les forces armées royales furent créées en mai 1956 et placées sous l’autorité effective du Prince Héritier Moulay Hassan, Chef d’État-Major général des Forces Armées Royales (F.A.R).

Le Commandant Mohamed Bachir El Bouhali, alors chef du 5ème bataillon à Marrakech, est désigné à cet effet pour présider la commission d’examen de la première promotion d’officiers Marocains de l’Indépendance – appelée « promotion Mohammed V ». La formation au métier militaire s’est rapidement confrontée au dilemme de la sélection de profils des élèves et de l’urgence de disposer d’officiers en vue de prendre le relais, dans les meilleures conditions possibles, des éléments de l’Armée française encore en place.

Extraits du rapport du Commandant Mohamed Bachir El Bouhali adressé à la Haute Attention du Prince Héritier Moulay Hassan, Chef d’Etat-Major Général des Forces Armées Royales :

(...) Devant nous, s’est présentée une jeunesse ardemment pleine de volonté et un vouloir certain de savoir. Cette ardeur a été marquée d’après l’aveu même de nos élèves, par un certain relâchement dû en grande partie à l’élan que l’on n’a pas su insuffler dès le départ et au cours de l’année, à toute la marche de l’Ecole : d’où un flottement dans les esprits et dans les programmes (...). Instruire est un don spécial : il n’a jamais été à la portée de tout le monde. Certainement, le but principal à atteindre, dès le départ, dans l’esprit de l’Etat-Major Général, par l’Académie Royale, était de former rapidement de jeunes officiers, chefs de sections, confirmés dans le domaine militaire, tout en améliorant si possible, leurs connaissances générales. Le moment de l’évaluation est venu. Dans l’ensemble, un bon travail a été fourni par notre Ecole. On a réussi à former en très peu de temps – neuf mois – de jeunes officiers qui sont, évidemment, plus ou moins capables de commander une section sur le terrain. Le temps fait défaut pour que ces jeunes puissent assimiler les notions du métier des armes. Il y a certainement dans la promotion actuelle de bons éléments : améliorés par des stages, ils affronteront avec plus de confiance la vie militaire.

Il serait vain de dire que les élèves qui viennent de subir avec succès l’examen de sortie sont fin prêts. A mon sens, il importe de les améliorer, les pousser encore dans le but de bénéficier d’un cadre Officier valable. C’est à l’Armée d’attendre, de « serrer les dents » dans toutes les sphères, afin que notre jeune Capital puisse se renforcer et qu’émerge enfin un esprit bien ancré dans le métier des armes. Il ne se fera pas dans la troupe, mais dans le carré des Ecoles Militaires. Il y va de l’intérêt de nos institutions militaires. (...)

Il ne faut pas négliger le fait que si notre Armée est jeune de formation, elle est ancienne de traditions. De plus, nos hommes sont aguerris et capables de se surpasser. Les sous-officiers, malgré leur manque d’instruction, possèdent des qualités pratiques exceptionnelles au combat. Il est certain qu’ils regarderont avec curiosité les premiers pas de nos jeunes camarades. C’est à ces derniers de les effectuer avec des connaissances sûres et une aisance de tout premier plan. (...) La promotion actuelle, qui est sur le point de quitter l’Ecole, manque d’une certaine pratique dans le domaine militaire, notamment sur les plans du commandement sur le terrain, de l’armement et de la connaissance des règlements. Par ailleurs, on a relevé, non sans surprise, que nos futurs officiers souffrent de sérieuses lacunes en matière de culture générale. (...)

Si la jeunesse est impatiente de croiser le fer avec la vie, c’est à ceux qui ont vécu, fréquenté, entendu et pratiqué de tempérer cette impatience, et de lui faire comprendre que les institutions militaires n’ont jamais rien accompli de bon dans la précipitation. (...)

L’évaluation exigeante effectuée par le Commandant Bachir El Bouhali tente d’apporter à son Chef d’Etat-Major des arguments en vue de justifier le renoncement à une formation accélérée, un choix qui serait, selon lui, hautement préjudiciable au regard du profil recherché et de l’appropriation de valeurs militaires capables de créer une « âme » à cette première génération d’officiers de l’Indépendance. Pour lui, la priorité suprême est de se concentrer à la fois sur une révision en profondeur du programme pédagogique tout en procédant à une meilleure sélection des futurs élèves ainsi qu’à une restructuration de l’Académie Royale de Dar el Beida.

Toute Armée est à la fois un symbole d’indépendance politique et une affirmation de puissance. Le Roi Mohammed V a rappelé cette vocation lorsqu’il déclare le 13 mai 1956 : « Devant nous défilera le 14 mai, la première tranche des Forces Armées Royales. Ce sera l’une des manifestations les plus tangibles de la souveraineté et du prestige de notre pays (...) Nous consacrerons toute notre attention à ces forces, que Nous avons placées sous Notre commandement suprême ». Ainsi, le Roi, marque-t-il, dès les premiers jours de l’Indépendance, sa volonté de faire de l’Armée le pilier central du Trône. Les F.A.R bénéficient de toute la sollicitation royale, les préservant de toute compromission et les maintenant à l’écart des affaires politiques.

En 1961, Bachir El Bouhali se voit confier le premier bureau de l’Etat-Major Général des F.A.R, en charge de l’organisation, des effectifs et de l’équipement. En septembre 1963, Bachir El Bouhali est nommé attaché militaire à Paris quelques jours après que des troupes Algériennes soient entrées à Tarfaya, et que des blindés aient occupé les oasis de Zegdou et Mrija, préfigurant le conflit armé dans les régions de Tinjoub, Hassi Beida et Figuig.

Tandis que l’Algérie se fournit en armement soviétique auprès de Cuba et de l’Egypte, le Roi Hassan II le charge à cet égard d’une mission spéciale : assister l’ambassadeur du Maroc à Paris, Mohamed Cherkaoui en vue d’obtenir le franc soutien du Général de Gaulle et de coordonner avec le cabinet de son ami Pierre Messmer, Ministre des Armées dans le gouvernement de Georges Pompidou, la livraison dans les meilleurs délais d’équipements et matériels adaptés au milieu saharien. En 1966, il est élevé au grade de général à l’occasion du 10ème anniversaire de la création des F.A.R. Directeur de cabinet de plusieurs ministres de la Défense, il cumule ensuite les fonctions de Major général-adjoint avant d’être nommé Major général des F.A.R en 1969.

Quinze années après l’Indépendance, force est de constater que cette âme fut sévèrement malmenée par un groupuscule d’officiers généraux et supérieurs, déterminés à renverser la monarchie.

Des éléments de l’Ecole de formation de sous-officiers font irruption lors du 42eme anniversaire du Roi Hassan II dans la résidence royale d’été de Skhirat, près de Rabat. Ils tirent à vue sur les invités, faisant plus d’une centaine de morts et autant de blessés. Moult officiers sont tués par des tirs aveugles ou sont sommairement exécutés. Le roi Hassan II et la famille royale échappent par miracle au massacre.

Trois hommes se voient alors chargés de déployer une riposte immédiate : les généraux Mohamed Bachir El Bouhali, Major général des Forces Armées Royales, Driss Ben Omar El Alami, ministre des P.T.T, et Mohamed Oufkir, ministre de l’intérieur.

Pour le général Bachir El Bouhali, directement concerné par les opérations à lancer en tant qu’autorité militaire, il s’agira d’abord de mettre en échec ses frères d’armes putschistes pour rétablir la primauté des valeurs militaires suprêmes qui scellent, depuis l’Indépendance du Maroc, les liens solides, qui se sont construits entre la Monarchie et l’Armée. Une mission de la plus haute importance, sans précédent dans l’Histoire du pays, exécutée sous l’effet de surprise de l’action meurtrière des putschistes, et partagée avec celui qui se retournera pourtant l’année suivante contre le Souverain : le général Oufkir. Il est des moments, rares, où le cours de l’Histoire tombe de façon inattendue, entre les mains d’une poignée d’hommes.

Avec le recul du temps, je me surprends parfois à m’interroger encore sur cette tentative de coup d’Etat qui aurait, en toute hypothèse, changé radicalement le destin de la nation en mettant un terme à l’institution monarchique, symbole d’unité, de stabilité et de paix.

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Une grande partie du peuple Marocain ne sait pas à ce jour qu’elle a évité le pire, dans la mesure où celui-ci aurait été aujourd’hui logé à la même enseigne que les autres peuples révoltés du Maghreb et du Moyen Orient, si par malheur, le putsch avait mis la monarchie marocaine échec et mat.

 

Cliché pris en 1970 - Le Major Général des F.A.R. (1912-1971). À gauche, les colonels Chenna (beaupère d'Oufkir) et Glaoui (cousin du pacha). À droite, le Lieutenant-Colonel Loubaris.

* Mourad Bachir El  Bouhali, Autopsie d’une trahison. Du putsch manque de Skhirat, Editions La croisée des chemins, 2013).

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Présentation de l'éditeur: Un essai historique richement documenté, appréhendé sous le prisme de la genèse du complot qui a conduit aux deux tentatives de putsch de l971 et 1972. L'oeuvre place, de façon inédite, le rôle singulier de la grande muette au coeur des enjeux institutionnels de l'époque. 

Les devoirs et les responsabilités des Militaires, les valeurs qui les motivent et la charge qui les oblige aussi à servir la nation, ont fait de certains de leurs élites, des acteurs singuliers. Alors que nombre d'Etats n'ont pu résister aux trahisons et aux coups de force, le regard de l'auteur, sur les quinze premières années du Maroc indépendant à l'aune du serment militaire, est la marque de sa contribution. Ainsi, au-delà de la tragédie de Skhirat et de l'attentat contre l'avion royal qui ont failli faire basculer le Maroc vers un régime totalitaire, l'auteur nous invite à une immersion dans l'univers politico-militaire du Protectorat et de l'Après-Indépendance. Il y démêle l'une après l'autre toutes ses composantes, tous ces éléments auxquels tiennent les faits historiques. Il nous prend à témoin de ses investigations, pointant à la fois la volte face d'un « influent général suivi par un groupuscule d'officiers aux motivations et profils forts différents », et la mise en échec des deux tentatives de coups d'Etat de l'histoire du Maroc. Analyse - enquête historique, non sans recul , cette recherche est aussi un travail qui renonce aux armes de la fiction pour « autopsier », autant que faire se peut, la vérité historique et mettre en perspective le processus de démocratisation en cours, « unique rempart aux coups de force ». Un éclairage constructif sur les enjeux de pouvoir et de gouvernance qui suscitent aujourd'hui encore émotion, controverse et besoin de comprendre. L'auteur est le fils du Général Mohamed Bachir El Bouhali, Major général des Forces Armées Royales au moment de la tentative de putsch de 1971. Docteur en sciences de gestion de l'Université de Bordeaux, il a occupé de hautes fonctions dans la sphère industrielle publique marocaine et dirige aujourd'hui un mastère spécialisé en management public au sein d'un institut supérieur de gestion. Il est également professeur associé à un institut de management et de gouvernance en France.

Merci à Mourad Bachir El Bouhali, de nous avoir révélé le rôle déterminant d'un officier spahi dans le cours de l'histoire du Maroc. Mourad est un ancien de l'école de la Palmeraie et de l'école Auguste Renoir de Marrakech; un de ses frères a effectué ses études secondaires au Lycée Victor Hugo et son frère aîné est entré lui aussi à Dar el Beida, promotion 1960 avant d'être affecté en 1964 au 7e bataillon de Marrakech sous les ordres du jeune capitaine Bouchaib Arroub, qui habitait à l'époque une villa de la rue du capitaine Arrighi. Nous souhaitons à Mourad une très belle diffusion de son excellent livre et saluons le courage de tous les spahis.

21 juillet 2015

MARIAGE À MARRAKECH GUÉLIZ

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UNE LISTE DE MARIAGES,

DES PHOTOS DE LA CÉRÉMONIE, DE LA NOCE, DE LA FAMILLE ET DES AMIS

DES BELLES TOILETTES, DES JOLIES COIFFURES,

DES SOUVENIRS DES MARRAKCHIS CONNUS OU MOINS CONNUS

Des images des années 30 aux années 50, dans le studio du photographe, à la Salle du Hartsi, devant l'église des Saints-Martyrs, au Temple protestant ou en d'autres lieux. Un retour sur les unions de ceux qui se sont dit "oui" à Marrakech et qui en sont fiers.

NOUS AVONS REÇU DE NOUVELLES PHOTOS DE 1949, LA CALÈCHE DÉJÀ À L'HONNEUR ET DE 1953, LES BATONS BLANCS !

Faure_Beau Mariage de Marcel Beau et d'Yvonne Faure le 14 novembre 1932 à Marrakech. Yvonne Faure assise avec une jeune demoiselle d'honneur, Marie-Louise Tronche. Derrière la mariée, le marié Marcel Beau debout, encadré des parents de la mariée: Marie et Antonin Faure. Derrière eux Claude Merle, Augusta Tresarrieux-Besencq, Rosemarie Curnier,.. le premier maraige dont nous avons une photo grâce à Roger Beau.

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En 1939, le 15 avril, haie d'honneur avec les scouts à la sortie de l'église des Saints Martyrs pour Julien Richen et Anne-Marie Nicolaï.

En 1946, le 27 avril, devant le 27 rue du Commandant Verlet Hanus, le mariage des parents de Marcel Martin.

 Mariage_ 27avril46-maison-Martin-27-Verlet-HanusAscension et Marcel "just married", au bras l'un de l'autre, devant la maison familiale. 

EEAM_Temple_Hivernage

 Quelques mariages au Temple protestant en 1947: le lundi 30 juin, Paul Cornu et Odile Ballingue; le jeudi 10 juillet Roger Brandt et Aïcha bent Mohamed ben Abdelkader; le Mardi 9 septembre Louis Torrente et Paule Beerli; le vendredi 19 septembre René Migot et Ginette Badel. (René Migot, policier en service commandé, eut une mort tragique au Mechouar le 15 aout 1953)

1949 1 11-6-49 __les décors grandioses devant l'hotel de ville-arrivée du cortège__

Nous ajoutons trois photos du mariage de Gilberte Galiana avec François Léandri, prises le 11 juin 1949. Les décors grandioses devant l'hôtel de Ville " Arrivée du cortège". Les canons sont toujours là, mais pas à la même place.

1949 11 11-6-49 __la sortie de l'église dans la calèche__ - copie

À la sortie de l'église, les mariés François et Gilberte dans la calèche. 

1949 14Les demoiselles d'honneur : dont Huguette Galiana, sa soeur, 2ème en bas à la droite de la mariée et son autre soeur Juliette Galiana, 2ème en haut en partant de la gauche; ainsi notemment que les soeurs Reynaud : Claudie à la gauche de la mariée avec ses noeuds dans les cheveux et Denise Bruss/Reynaud, la 3ème en haut en partant de la gauche.

Merci à Véronique Galiana nièce de Gilberte Galiana et fille de René Galiana d'avoir partagé avec nous ces beaux souvenirs de famille.

1948-Mariage-Alvarez-543 En 1948, la grande famille Alvarez, la photo traditionnelle de la mariée avec ses demoiselles d'honneur. Debout de gauche à droite, X, X, Genevieve Volger, Monique Folacci, Mireille Alvarez, N. Alvarez, Claudine Sanchez, Josiane Ros, Eliane Ruiz, Marie Thomas, Andrée Humbel, Solange Mautner.

Assises: N. Alvarez, Lourdes Marin, N. Sanchez, Marie-Louise Alvarez, N. X, N. Lorenzo, Yvette Thomas, Rose Marin.

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Au temple protestant, le lundi 16 février, Georges Teissier et Marie-Louise Golfier; le mercredi 28 avril Jacques Bruniquel et Paule Richard; le samedi 18 décembre Julien Robert et Liliane Migot

1949-Lucette-Guglielmi-mariage En 1949, le mariage de Lucette Guglielmi. Chez les Guglielmi: Lucette, André, Francette, Alain, Paula, Michèle, Jean-Claude. Chez les Betinelli, Josiane, Claude, Serge; Chez les Torres, Fernand et Claude; Henri Selliès, Lou Deschelette, Claude Berger, Andrée Nogues, Huguette Zarzelli.

edD_LestringantAu temple protestant, le samedi 26 février 1949, Maximilien Stojko et Louise Boehrer; le samedi 16 avril Fouad Bechara et Marie-Germaine Martin (les parents de Marie-France); le dimanche 11 septembre, Pierre Léridon et Denise Lebrat; le mardi 27 septembre Hébert Bruègne (70ans) et Berthe Rothen (50 ans); le samedi 17 septembre Justin Hébrard et Liliane Reilly. 

1950-Mariage-Gaston-Borja-Denise-Desbarat En 1950, les demoiselles d'honneur de Denise Desbarat, pour son mariage avec Gaston Borja (Cliché Fernand Torrès). De haut en bas et de gauche à droite: X, Liliane Ros, Mauricette Catarinaz, Huguette Morsa; rang du milieu: Irène Marin, Léonie Marcos, Denise Desbarat, Claude Desbarat, Francette Torondel, Ginette Torondel; rang devant: X, Mireille Desbarat, Francette Guglielmi. Les blogueurs remarqueront Huguette Morsa en haut à droite.

1950-Mariage-Andrée-Humbel-Joseph-Bonastre La même année demoiselles et jeunes garçons d'honneur d'Andrée Humbel lors de son mariage avec Joseph Bonastre. De gauche à droite Claude Betinelli, Andrée Estevan, Françoise Michelot, Jacqueline Humbel, Louise Martinez, Annie Bourlot, Marie-Louise Alvares, Claude Estevan, Marie Thomas, Gisèle Juan, Josette Juan, Guy Humbel, Serge Estevan, Ambroise Martinez.

Au temple protestant, le dimanche 20 aout 1950, Max Pellet et Simone Jud

1951_mariage-Juliette-Catarinaz-Guy-Dutertre  En 1951, quelques jolies jeunes femmes à l'occasion du mariage de Juliette Catarinaz et de Guy Dutertre. De gauche à droite, Émile Tudoret, Huguette Morsa, Claude Torondel, Aimé Martinez, Huguette Thouelle, Ginette Torondel, Yolande Saiciccio, Robert Charanson, Paulette Sorba. Nous retrouvons Huguette Morsa amie du blog. 

groupe_Temple_Gueliz_Photo_MondenardAu temple protestant, le jeudi 29 mars 1951, Pierre Réveillaud et Janine Ricard; le jeudi 20 décembre, Paul Attié et Geneviève Lupo.

En 1952, au Temple protestant de l'Hivernage, Samedi 7 juin, Jean Luciani et Huguette Camus; le dimanche 15 juin Guy Bertino et Yvonne Ogiez; le samedi 21 juin Herbert Christoph et Simone Wizmann; lundi 23 juin, André Darier et Ingeborg Ball; lundi 20 octobre Gérard Merle d'Aubigné et Colette Reifenberg; Mercredi 31 décembre, Daniel Scherrer et Madelaine Teldis. 

1953-Marcel-Nicolau-Ginette-Achim-Eglise 1953, devant l'église des Saints-Martyrs, les couples de garçons et demoiselles d'honneur. Ici Marcel Nicolau et Ginette Achim.

Huguette nous envoie aussi une photo mémorable: "Le beau jour de notre mariage, le 11 avril 1953"

1-18-mariage haie d'honneur pour Huguette et sauveur 

La sortie de l'église des Saints Martyrs, les policiers font la haie d'honneur avec leurs bâtons blancs ... 

1-16-Huguette et Sauveur mariage 1953

Sauveur Oria et Huguette Morsa dans le studio du photographe Zurita. "La très belle corbeille nous a été offerte par Monsieur et Madame Durando  qui étaient des amis, ils étaient invités en ce beau jour pour Sauveur et moi. Je voulais signaler que la photo ou la Police fait la haie la deuxième dame qui est près du Brigadier qui salue, est ma SISSI......vous devez vous demander pourquoi j'écris Sissi  comme cela , nous avions vu le film et depuis ,je lui avais dis  que je ne mettrais plus C mais S  on avait bien rit." (Sissi Auzende/Jamet)

mariage_huguette_morsa_sauveur_oria_1953  "À gauche,  à côté de moi, c'est ma soeur Monique, à côté c'est mon cousin la petite fille près de lui c'est la nièce de Sauveur. Les trois jeunes filles à gauche sont des amies  Georgette Wolfel ,Juliette Nicod la troisième est une amie d'Agadir ,il y a Sauveur derrière moi bien sur ! il fallait qu'il soit avec nous.. et à côté de lui ,il y a Colette Huillet les deux autres jeunes filles sont Colette Fleming et Georgette je ne me rappelle plus de son nom de famille,les deux  gamins de devant sont mes petits cousins..... Les garçons , tout a fait a droite c'est un frère a Sauveur qui est parti très jeune malheureusement ,le deuxième toujours a droite c'est mon cousin son fils est le Professeur scientifique Bernard Ducommun   il est chercheur pour le cancer. Ensuite ce sont des amis de Sauveur à part la jeune fille  du haut qui est Christiane Wisniewski ,  ensuite le garçon à gauche de Christiane, c'est Claude Dupont  et Paul Oria le plus jeune frère de Sauveur et le dernier  jeune homme qui est près de Georgette  Wolfel est Gérard Lavergne ,le neveu de Monsieur Vallier ....Voilà mes amis,c'est un beau jour malgré l'absence de mon Frère ; mes Parents m'avaient bien recommandé de ne pas être triste ,mais mes pensées étaient avec lui car je savais que cela allait mal en Indochine.. de très beaux souvenirs qui nous reviennent quand on regarde les photos.. GROS BISOUS  et de très BONNES VACANCES ..Sauveur ...Huguette"

edD_MRK_QuarmenilAu Temple protestant, le 7 mars 1953, Vincent Bordoni et Maria Carole; Samedi 29 septembre, Marcel Arrondeau et Rachel Deschamps; Mercredi 21 octobre Jean Teyssier et Monique Reifenberg; 

1953-9-mariage-jocelyne-Clement-Gilbert-Lemercier-CoGil  La même année, le 24 septembre, Jocelyne Clément et ses demoiselles d'Honneur lors de son mariage avec Gilbert Lemercier. Debout de gauche à droite: Colette Gil, cousine Clément, Violette Clément,.. Colette GIL est aujourd'hui la vice-présidente de l'ASAM et organise la tombola du Moussem.

EEAM_Temple_HivernageAu temple protestant de l'Hivernage, le 14 aout 1953, Roger Haeny et Stella Mathey;

Le samedi 7 mai 1955, Jacques Vissac et Laure Torrès; le 3 décembre Armand Bourderionnet et Pierrette Dupuy.1956-23juin-mariage-Jeanne-éré-Jean-Chenaud En 1956, le 23 juin, les mariés Jeanne Péré et Jean Chenaud en gants blancs, entourés de quatre couples de demoiselles et garçons d'honneur. De gauche à droite Jean Bérini, Michèle Géant, Victor Schreiber, Christiane Marco, Gérard Gambini, Lyliane Borel, X, Eliane Géant.

groupe_Temple_Gueliz_Photo_MondenardAu temple protestant de l'Hivernage en 1956: Samedi 24 juin Pierre Bossay et Paulette Bourguignon (installés à Dax); samedi 27 octobre, André Pradel et Colette Garzena; samedi 29 décembre, Pierre Michod et Simone Besnard.

En 1957, mercredi 24 avril Claude Kayris et Solange Mautner; mardi 7 mai Claude Leroy et Denise Mautner.

Certaines de ces photos ont été publiées dans la revue Salam Marrakech, revue incontournable pour tous les marrakchis qui veulent se souvenir d'où ils viennent. Pour s'abonner, s'adresser au président Robert Lucké. Vous pouvez aussi contribuer à enrichir cette page sur les mariages marrakchis en envoyant récits et photos à l'adresse du blog: mangindemarrakech (arobas) free.fr  Il y a de la place pour beaucoup d'autres photos et souvenirs.

Par vos commentaires vous pouvez aussi inscrire d'autres mariages célébrés au Guéliz avec leurs dates et inviter des amis perdus de vue à vous contacter.

13 juillet 2015

QUATORZE JUILLET SUR LA BASE AERIENNE

À MARRAKECH LES DÉFILÉS DU 14 JUILLET SE DÉPLACÈRENT AU COURS DU TEMPS D'EST EN OUEST

14juillet58

Le premier défilé des troupes eut lieu le 14 juillet 1913 sur la place Jemaa el Fna. Beaucoup ont connu les défilés sur la place du 7 septembre, devenue 16 novembre, mais le dernier lieu fut la Base aérienne où l'Armée de terre, comme l'Armée de l'air célébraient la fête nationale.

Prise d'armes sur la Base 707 avec le Colonel Feuvrier le 14 juillet 1958.

feu-artifice

Le 14 juillet à Marrakech, c'était aussi un jour de fête. On dansait dans les lieux publics ou privés et même dans les rues du Guéliz. Les feux d'artifice illuminaient la nuit.

FIERTÉ: DEUX GÉNÉRAUX, CHEFS D'ETAT-MAJOR DE TOUTE L'ARMÉE DE L'AIR SONT PASSÉS PAR L'ÉCOLE DE L'AIR À MARRAKECH (1943-1944)

- Maurice Saint-Cricq est né le 7 novembre 1921 à Pau. Entré à l'Ecole de l'Air en octobre 1942, puis versé à "Jeunesse et montagne". Désireux de prendre part à la lutte contre l'Allemagne, il s'évade de France par la frontière pyrénéenne en juillet 1943 ; après deux mois de détention au camp de Miranda, il gagne le Maroc, rallie les forces combattantes en Afrique du Nord et rejoint l'Ecole de l'Air à Marrakech. Détaché aux Etats-Unis en février 1944, il est breveté pilote la même année. De retour en France, il est affecté en 1945 à Fribourg au groupe de reconnaissance II/33 "Savoie" qu'il quitte en 1950 pour Brétigny où il sert comme pilote d'essai au Centre d'essais en vol. 

- Guy Fleury est né le 10 juin 1925 à Vannes dans le Morbihan. 
Reçu à l'Ecole de l'Air en 1943, il est en octobre stagiaire à l'école supérieure d'électricité à Paris. Affecté au 4ème bataillon de défense passive de Gaillac, il le quitte pour la Résistance et la 12ème compagnie de l'air des corps franc Pommies. 

En octobre 1944, après un séjour à l'Ecole de l'air à Marrakech, il achève en février 1945 son pilotage aux Etats-Unis. En 1947, alors lieutenant, il est affecté au groupe de reconnaissance 1/33 "Belfort" à Fribourg. 

ILS ONT COMMANDÉ SUCCESSIVEMENT L'ARMÉE DE L'AIR DE JUIN 1976 À OCTOBRE 1982

86-JC-DAVID

LE CHIBANI DE LA BASE, qui a écrit pour le blog ses "Missions spéciales à Marrakech", nous écrit: "le doyen vous salue....je vais bien malgré mes 86 printemps...c'est toujours avec grand plaisir que je consulte sur le blog les dossiers de la BE 707...et je constate que mon nom parait toujours dans les commentaires...et avec photos à l'appui...C'est réconfortant de constater qu' on ne m'oublie pas...Je souhaite à toutes et à tous une bel été 2015...je n'oublie pas mon séjour militaire sur la BE 707...amicales salutations...Jean-Claude DAVID"

PATRICIA 69 PARTAGE AVEC NOUS DEUX PHOTOS DE LA COLLECTION DE PIERRE-YVES CHARLOT SON BEAUPÈRE. Il fut élève pilote et sa promotion 59A (janvier 1959) s'entraîna sur la piste de Sidi Zouine entre fevrier et novembre 1959.

20150702_T6-191-Sidi-Zouine-fev-nov-59 Il s'agit d'un T6 accidenté sur le terrain de Sidi Zouine qui servait à la formation des pilotes pour leurs premiers entraînement au décollage et à l'atterissage.

Patricia commente: "J’ai retrouvé dans les affaires de mon beau père Pierre Yves Charlot ces deux photos. Je pense qu’elles peuvent répondre à une rechercha faite sur le blog. Au dos de sa main est écrit «  Sidi Zouine  remenber « .

20150702_Sidi-Zouine-fev-a-nov-59 Cet accident est probablement arrivé à un collègue de sa promotion. Cependant les promotions s'enchainaient tous les deux mois, et le terrain était utilisé par des élèves à différents stades de leur formation, ce qui fait que cet accident du T6-191 a pu concerner une autre promotion.

TRISTE NOUVELLE: MICHEL MAUMON EX-ÉLÈVE DU LYCÉE MANGIN A ÉTÉ ENLEVÉ À L'AFFECTION DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS. IL AVAIT 70 ANS.

Michel-de-Niort

Il avait vécu à Marrakech de 1959 à 1961 car son père Guy MAUMON était adjudant mécanicien sur la Base 707. Michel avait contribué au blog en partageant des photos de son père déjà à Marrakech en 1940, ainsi que des cartes postales de l'époque. Le récit de ses souvenirs sur les logements militaires nous avait porté des précisions importantes. Il était dans la même classe que Christian Dailloux. Photographe passionné, il a  contribué à la mémoire de Niort sa ville après Marrakech par sa participation à un beau livre. Ardent généalogiste, il est allé rejoindre ses nombreux ancètres.

Son épouse SIMONNE  nous a écrit: "Michel est décédé le 14 mars 2014 d’un cancer. Il a été très vite emporté par la maladie, en l’espace de 3 mois."

 Les amis de Marrakech adressent à son épouse Simonne Thomas et à ses enfants Antoine, Denis, Julien et Elisabeth, leurs condoléances, ainsi qu'à sa mère Marguerite Maumon et ses petits enfants Jules, Lilou et Yaëlle.

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Votre blog vient d'être distingué par canalblog, cinq jours après la parution de cette page, comme blog à suivre...

En ce quatorze juillet 2015, nous saluons ceux qui ont pris la Bastille en 1789, mais aussi tous ceux qui qui ne baissent pas les bras devant les atteintes aux libertés et prennent encore des bastilles. Honneur aux libérateurs ! Ceux qui auraient des photos de 14 juillet festifs à Marrakech peuvent les envoyer au blog.

Merci à Patricia 69, à Jean-Claude David et belles fêtes du 14 juillet à tous ! 

 

07 juillet 2015

VICTOR HUGO, BAC 1991-94 --- MARIE-LOUISE, ANCIENNE DU LVH, ÉCRIT POUR VOUS

LES DERNIERS BACS DES SÉRIES A,B,C,D AU LVH DE MARRAKECH ( 91-94 )

LVH-1erS-93-Bac94  Première scientifique en 1993. Ils ont passé leur Bac en 1994. Voir plus loin la photo de Terminale et identifier les visages.

AIDE À L'ÉCRITURE

VOUS AVEZ UNE IDÉE DE LIVRE, OU DE TOUT AUTRE ÉCRIT

MARIE-LOUISE VOUS PROPOSE DE FRANCHIR L'ÉTAPE DE L'ÉCRITURE EN RÉDIGEANT POUR VOUS.

Présentation:

Crayon nomade, sève trois continents, amarage terre volcan après trente déménagements

J'ai été encouragée à l'atelier d'écriture de César Cassarine, à Clermont-Fd, de 2003 à 2015, durant environ 6-7 ans

j'écris des chemins, des rencontres multiculturelles, sous toutes formes : roman, théâtre, contes, nouvelles, poésies, recettes...

je souhaite écrire mes propres livres encore et toujours, bien sûr,il y a 9 livres à ce jour, 2 contes-spectacles plus des petits textes

mais aussi écrire sur commande, car c'est très stimulant, je peux tout faire : discours, inaugurations, éloges, poèmes, livres.... ABSOLUMENT TOUT.

 

Mariage touareg

 *

Le premier jour elle est ta mère

De tes yeux la grande lumière

Douce la main à te guider

Infinis les pains du donner

Et les chants à bercer

Ton cœur inquiet

*

Le second jour elle est ta sœur

Sourire clair regard frondeur

De première reine de ton cœur

Piquante à la mode bonne humeur

Avec ces petits riens en rire moqueur

Aux canines du bonheur

*

Le troisième jour elle est ta femme

Tu l’as reconnais qui brille ta flamme

Tu la respectes à la caresse de vos âmes

Elle te reçoit et devient femme

Alors demain sera tien

et le vivrez vôtre sans fin

 

Mon palmier

Une respiration de mer intérieure, lente et paisible.

La sensation pleine de tous mes pores caressés.

Un moment d’éternité.

Qui me soulève et me chavire. Un peu comme les bras d’Habslem le berbère. Habslem, le premier homme de ma première vie, après mon père.

Dans la cour babillent les enfants. Leurs éclats de rire s'enfuient et s’éparpillent à l’infini, jusqu’à la rive au doux balancement de ma plénitude de mer.

…j’ai fermé les yeux pour mieux voir.

Je le sens tout près, là, avec sa tiédeur de drap qui m’enveloppe toute. Je le sais liane de vie, esprit à moi qui s’est fiché dans la terre safranée. Et qui m’enracine tout en haut.

En plein mon ciel de turquoisine. 

La poussière est tombée. L’air glisse doux-salé sur mes lèvres. Je bois la détermination dans ma bouche assoiffée.

Et d’abandonner au printemps des tortues les petits pains d’épices du goûter.

Alentour, la terre tonne. Les hommes en armes quadrillent l’avenue du marché.

Mais moi, je suis bien. 

Je me coule dans les bras de son ombre, je me chavire à ses caresses tièdes. Je m’envole à sa légère pesanteur, qui m’habite et me transporte. 

Ici, le temps s’est arrêté. Au ventre de mon arbre de vie, et qui allonge son long col, à m’enlacer.

Il est quatre ans, dans les bras enchanteurs de l’ombre de mon palmier.

Maintenant, je sais.

Que mon arbre d’école m’envole à la source vive des mots.

Cueillir la magie à l’instant de ma naissance éveillée.

 

La colline aux pots de Djerba

 

Trois jeunes filles allaient devant

Leur long corps drapé sous le vent

Trois joyeuses beautés vite passant

Le trio des mères suivait un peu en arrière

 

Trois jeunes filles allaient devant

Au ventre brun des collines courant

Leurs bras pressés à la bouche du vent

Les mères berçant le dernier enfant de leur chair 

 

Et celle-ci au chapeau tressé

Dans les rideaux du ciel ses yeux d’eau salée

Tout près, Fatima tête nue, Fatima l’exilée

Qui glisse nus pieds sur la terre dorée

 

La voici arrêtée aux voiles du vent

Et son regard traverse la brique à l’antan

De la colline creusée qui cuit tout entière

Au four du potier brûlant la forge de mer

 

Fatima les pieds ailés recueille les pots brisés

Caresse les cent mille ans du vieux potier

Et ses mains douces oublient de se presser

Laissant la hâte du temps à la douane de mer 

 

Couleur verte, pardon, ça commence bleu

 

Ça doit être ça, un arbre

Etonnement découvrir l’arbre en écailles dépenaillé tristement dénudé

Mes petites sandales retrouver la poussière ocre claire

Ciel délavé, soleil éteint à l’été fané

Le gros bateau au ventre noir a vomi les valises inquiètes

Silence décoloré, figée repliée au grillage protecteur de la fenêtre arrière

Souvenir au serpent sans fin enrouler l’écume de mer

Poignarder la métaphysique au vide qui ne rend rien

Implacable loi du vide, jamais plus sonder le vide

Le train, le bateau, les longs imperméables dégoulinants trop chauds

Regarder en arrière pour la première fois de ma première vie

Regarder mon soleil chatouillé matin aux oiseaux du jardin

Jambes arrêtées à ma grand-mère à pois, ma balançoire, ma Fatima

Jambes arrêtées, loin déjà

Coup sec dans le dos, vagues de foule mouvante, raccrocher le flot

Inexorablement marcher la dernière poussière

Regarder la mer, encore et encore, regarder la frontière de mer

Seule quatre ans braver la proue du bateau, me garder du néant

Fuguer une dernière fois la belle avenue, fuguer les fusils alignés serrés

Mon marché, mon soleil, mon beau marché cassé

Silence l’été déteint, deux yeux ouverts à l’eau calme du canal

Sans bruit étaler les eaux bleutées, il glisse léger un bateau petit

Et le pont immobile durant des heures, le pont soudain dérouillé

Les bras du pont s’ouvrir tout grand saluer le bateau vacancier

Magie du ciel plongeant au cœur de l’eau qui ne dormait que d’un œil

J’ai peur des crocodiles aux gros yeux, j’ai presque un peu peur

Silence tout doux reprendre le fil

Les yeux ouverts à la vie d’ici

Des heures, des jours, immobile filer l’improbable

Un oiseau piailleur déchirer les pâleurs d’en haut

Encore un bateau blanc glisser insouciant le canal de Sète

Bleu, blanc, silencieuse marine au pays sans palmiers

Il pleure ma petite boîte à musiquer la montagne rouge

Les bras d’Habslem, ma Fatima

Là-bas.

Ces quatre textes sont la propriété de Marie-Louise ORIA, ancienne du LVH et ne peuvent être édités sans son autorisation écrite. Pour entrer en contact avec elle, utiliser le lien "contactez l'auteur" en haut à gauche de cette page. Vous pouvez aussi dire dans les commentaires celui des quatre textes que vous préférez.

JEAN-PIERRE PRÉBOIS NOUS MONTRE D'AUTRES OEUVRES SIGNÉES "PRIEUR".

QUI POURRA LE RENSEIGNER SUR L'ORIGINE DE CES TABLEAUX CONSERVÉS DANS SA FAMILLE ?

Tableau Prieur 1 Signature tableau Prieur 1 

Cette oeuvre n'est pas datée, le prénom du peintre pourrait être J. ou JF ou même H... Qui aurait repéré cete signature chez un orientaliste de ce nom?

Tableau Prieur 2 Signature tableau Prieur 2 L'oeuvre ci-contre a plusieurs points de ressemblance avec la première, pourtant la signature est différente, les "r" minuscules n'ont pas la même calligraphie. Le prénom commence sûrement par "J"; on pense à Jean ou Jeanne mais pourquoi pas Jacqueline ou Jérémie? La scène pourrait représenter une rue d'Algérie.

Peutêtre avez-vous chez vous une autre oeuvre de ce peintre venu à Marrakech probablement dans les années 30 ? Si vous avez des mentions au dos du tableau ou si la tradition familiale vous permet de mieux identifier l'artiste, merci de renseigner Jean-Pierre PRÉBOIS dans les commentaires. Il faut peutêtre envisager deux peintres de la même famille ne portant pas les mêmes prénoms. L'un des deux ou chacun des deux serait passé par l'Algérie.

Les frères Prieur-Bardin sont connus comme peintres orientalistes; l'aîné Eugène est le moins célébre, le cadet François, Léon a surtout travaillé sur le Bosphore et à Marseille. Les prénoms ne correspondent pas avec les signatures ci-dessus. S'agirait-il d'un autre membre de cette famille qui serait aussi peintre ? 

Certains se souviendront des enfants de Pierre et Paul PRÉBOIS, biens connus à Marrakech. Les plus âgés Patrick et Chantal sont des anciens du LVH. Merci de leur dire si vous possédez aussi des oeuvres signées PRIEUR.

QUATRE ANNÉES DE BACHELIERS AU LVH DE 91 à 94. Ils ont aujourd'hui un peu moins de 40 ans !

LES TERMINALES DE 1991. Il n'y avait pas de section A au LVH cette année là. Seulement 25 bacheliers au total. Une année à effectifs limités !

Section B 1991 LVH - Ils étaient dix.

Assermouh Youre, Baccon Guillemette Michelle Pierrette, Benchekroun Mehdi, Chouffani El Fassi Widad, Cortes Véronique, Fenjiro Kenza, Gabriel Nadia Marie Louise Sylvia, Gonzales Christelle Noëlle, Saad Mehdi, Safiry Mounia (B)


Section C 1991 LVH - Quatre C seulement en terminale.

Bauchet-Bouhlal Jean Alexandre, El Omari Myriam, Hagos Abeba ; Hammoumi Meryem (C). Jean Alexandre est de la famille du Casino de Marrakech.

Section D 1991 - LVH - Onze bacheliers

Al Faiz Leila Khathleen, Alami Merrouni Houria, Amrani Joutey Mehdi, Benabdallah Tarik, Boukhaima Yasmina, Charafeddine Mariem, El Keslassy Dov, El Kochairi Mounia, Kiadi Wassila, Marin Nathalie, Sahli Ghizlane (D)

LES TERMINALES DE 1992 - 56 bacheliers sur les quatre sections

Section A - 1992 - Neuf bacheliers

Abitbol Anny, Barakat Mehdi, Brissel Monia, Diwane Nadia, Hammouti Sonia, Lamghari Myriam, Quillivic Sonia Marie, Tigzirine Sophia, Willem Farah (A)


Section B – 1992 - Douze

Aliane Mouna, Bachir Ainad, Belkacem Hind, Benssoussane Joelle, Bermondy Cecile Marie, Bourhis Edern Louis Marie, Cortes Nathalie, Fantun Frédéric, Houari Larbi, Lahrichi Fahim Amine, Nitraud Ludivine Florence, Zaawati Khalid (B)

Section C - 1992 - Quinze

Ait Manna Jamal Eddine, Alami Merrouni Houria, Arji Hassan, Auffret Daniel Jean Philip, Benhaim Mikhael David, Bouamrani Mehdi, Charkioui Saad , Chati Zaccharia, El Omari Yacine, Lalaoui El Mouttalib My El Oualid, Lamsouber Rabatatiaa, Lazrek Imane , Dolfi Othman , M Barek Sassi Amine, Tragus Jean Daniel (C)
Zaccharia Chati est l'un des administrateurs du Groupe LVH sur Facebook.

Secion D - 1992 - Vingt

Alami Merrouni Houria, Benbrahim Salma, Beye Frédérique, Bouallali Sanae, Brohmi Samiya, Chaarani Leila, Chakib Salma, Chakir Karim, El Baroudi Karim Mohamed, Elayadi Zahra, Gas Mickael Christophe, Kadiri Mohamed Fouad, Laghrari Zoukari Hind, Laghrari Zoukari Hind, Langlois Stephanie Laure Mar, Pinto David, Sami Ismael, Tlemcani Hind Sandra, Tligui Majda, Vicaire Nathalie Johanna (D)


LES TERMINALES DE 1993 - 47 bacheliers dur les quatre sections

Section A – LVH 1993 - Neuf bacheliers

Boccara Mathieu Benjamin, Cherraf Karima, El Fassy Cathy Raquel, Georgandelis Frédéric, Lahlou Yasmina, Oucama Sofia, Rubi Pascual Vanessa, Santos Loreiro Lidia, Temnati Ouassima (A)

Section B – LVH 1993 - Onze

Ait Manna Yasmina, Benslimane Amine, Bensoussane Joelle, Boussaid Leila, El Baroudi Mehdi, Essaydi Moulay Abdeljalil, Fantun Frédéric, Cazenave Fabien Pierre Jean, Lahrichi Fahim Ghita, Masson Jean François, Sebbane Sanaa (B)


Section C – LVH 1993 - Onze

Alami El Mehdi, Arji Karim, Bousta Jaafar, El Kochairi Ilhem, El Maizi Karim, El Omari Yacine, Fleurette Olivier, Laouni Abdelwahab, Mansouri Hind, Mansouri Kenza, Ouahmane Hicham, (C)

Section D – LVH  1993 - Seize

LVH-Ter-D-93

Ait Manna Jamal Eddine, Assermouh Yasmine, Ayrault François Charles Xavier, Belbachir Karim, Benboubker Mohamed Nabil, Berrada Elazizi Radia, Daum Jeremie Maelan Ismael, Derouiche Mehdi, Hammoumi Zineb, Hazan Naomie, Kettani Salima, Laanait Yassine, Lamsouber Rabea, Mourad Kamelia, Moussannif Lamaane, Olfi Othman (D)

LES TERMINALES 1994 - 64 bacheliers sur les quatre sections.

Section A – 1994  LVH - Douze

Albert Katarzyna Krystyna, Assfar Fatima, Ben Chekroune Anis Yacine, Benlolo Isabelle, Benrhamous Nadia, Garcia Ruiz Jose Ignacio, Guennouni Hassani Mehdi, Hamad Maia, Housni Fouad, Mohamed Samira, Rubi Pascual Vanessa, Temnati Ouassima (A)
Housni Fouad a créé le site GénérationSlvh

Section B – 1994 - LVH - Quinze

Abitbol Danielle, Alaoui Harroni Fatima Zahra, André Isabelle Monique, Benboubker Mehdi, Conde Amal Nabil, El Baroudi Kamal, El Mansouri Fatima Ezzahra, Gendre Maryline Marthe, Grar Mohamed, Kaisser Hadda Melissa, Proust Cedric Jean Marc, Ripoteau Jean Charles Seb, Lamniai Sophia, Sami Hind, Saouab Hicham (B)
 Fatima Ezzahra El Mansouri est Maire de Marrakech depuis 2009.

Section C – 1994 - LVH - Onze

Amraoui Younes, Arsalane Saphya Cla, Bensouda Mehdi, Berrada Loubna, Boussaid Laila, Bouziane Adil, Hamdoune Mehdi, Kabbaj Mohammed Saad, Laouni Abdelwahab, Lefebvre David Jean Charles, Zihri Hourya (C)

LVH-Ter-S-94 

Indiquer les noms dans les commentaires

Section D – 1994 -LVH - Vingt-six

Abecassis Hélène, Alami Idrissi Sana, Ameur Ghizlane, André Nicolas Patrick Marc, Ansidei Gaelle, Aouroud Lamya, Aquachar Jlil, Benabid Adil Dany, Bennis Kamil, Bouallali Hind, Chlyeh Nouha, Cruz Valérie Marie, Dadi Kamal, El Ahmadi Ghizlaine, Elbiaz Imane, Errhaimini Ezzoubeir, Hicham Ali, Hoffmann Isabel, Housni Alaoui Nawal, Hseine Faycal Zaki, Jabbouri Salima, Laanait Yassine, Laghrari Zoukari Salma, Meziane Zineb, Sahli Hicham, Semmate Khalid (D)


A partir de 1995 les nouvelles sections L, ES, S,.. avec plus d'options, parviennent au bac. Si vous avez des photos de classe avec vos amis de cette période au LVH, même s'il ne s'agit pas de terminales vous pouvez les pafrtager sur le blog. C'est un puissant moyen pour permettre à des amis de se retrouver. 

29 juin 2015

SITE DES ANCIENS ÉLÉVES DU LYCÉE VICTOR HUGO DE MARRAKECH

LE SITE INTERNET DES ANCIENS ÉLÈVES EST À VENDRE

Si vous utilisez le lien "Générations LVH" vous pouvez devenir propriétaire du nom de domaine. Mais qui celà pourrait intéresser ?

lvh-a-vendreFouad Housni ( bac A 94) de Diagone a jetté l'éponge... On ne sait pas ce qu'est devenu le bureau de l'association... Sur le site du lycée, les anciens sont redirigés vers le site en vente. Dommage pour les belles photos de 2010 qui ne sont plus en ligne !

Avant le site géré par Fouad, il y avait le blog de Jo Stach qui existe toujours mais dont les articles ne couvrent que le premier trimestre 2010, car il s'est arrété au moment de la création du site créé par Fouad. Voir le lien LVH-Retour aux sources.

Bien avant la fermeture du site les anciens élèves ont trouvé d'autres médias, pourtant le résultat n'est pas le même. Environ 2500 anciens se sont inscrits sur un groupe public d'un réseau social bien connu. 

facebook-public-2500

L'administrateur qui reste aux commandes est Housni Hardi Derma. Mais le groupe est envahi par les publicités et la dernière rencontre de générationslvh annoncée date de 2011. Alors l'idée d'un groupe fermé est venue et le Réseau LVH fut créé. Il comprend moitié moins de membres; ceux-ci sont triés sur le volet. Tonton Victor en est fier.

reseau-lvh

Cinq administrateurs surveillent les entrées: Sofiane Faessel (bac SVT 98), Derhem Mohamed Amine (bac S 95), Yall L Ma (bac ?), Zacch Aria Chati (bac C 91) et Imane Rmili (bac SVT 98).

VOTRE BLOG, CELUI QUE VOUS LISEZ,  RESTE LE LIEU D'ÉCHANGES DES ANCIENS DE VICTOR HUGO DE TOUT LE VINGTIÈME SIÈCLE, AVEC SES NOMBREUSES PARUTIONS ET PHOTOS CONCERNANT ÉLÈVES ET PROFESSEURS. CLIQUER SUR LYCÉE VICTOR HUGO DANS LA COLONNE DE DROITE.

GILBERTE EN RANGEANT DES PAPIERS TROUVE CINQ PHOTOGRAPHIES DE SES CLASSES À LA PALMERAIE 55-57 ET AU LVH 62-65

Merci à elle de les partager sur le blog, car cela permet souvent de retrouver des amis d'autrefois.

ÉCOLE DE LA PALMERAIE DE 1955 À 1957

Gilberte Giacomoni nous avait trouvé la photo du Christ de Marrakech, elle nous présente deux photographies de l'école de La Palmeraie.

ÉCOLE DE LA PALMERAIE- MATERNELLE - ANNÉE SCOLAIRE 1955-56

Ecole Palmeraie-maternelle-55-56

De gauche à droite et de haut en bas: rang perché du haut: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X; rang debout: X, X, X, X, Gilberte Giacomoni, X, X, X, X, X; rang assis: X, X, X, X, X, X, X, X, X; rang assis devant: X, X, X, X, X.

ÉCOLE DE LA PALMERAIE, COURS PRÉPARATOIRE, ANNÉE SCOLAIRE 1956-57

Ecole_Palmeraie-CP-56-57 VH 2

De gauche à droite et de haut en bas: Rang du haut: X, X, X, X, X, X, X, X; rang du milieu: X, X, X, X, X, X, X, X, X; rang devant: X, X, X, X, X, X, Gilberte Giacomoni, X, X, X.

Après l'école de la Palmeraie, Gilberte a connu l'école du Camp Mangin jusqu'en 1960. puis en 1961 l'école Auguste Renoir. C'est alors que tout naturellement elle est entrée au lycée Victor Hugo.

CLASSES DU LYCÉE VICTOR HUGO AVEC GILBERTE GIACOMONI

Gilberte aimerait que ses anciens camarades ou leur amis complétent les noms dans les commentaires. Qui se souvient aussi des professeurs ?

CLASSE DE SIXIEME 2 DU LVH EN 1962-63

Lycée VH-6e2

De haut en bas et de gauche à droite: Rang du haut perché:  Cladogénis, Afriat, Ziane, Chavanne, Puvilland,...., Latron, Patrick Frasquet, El Otmani ;

rang du milieu debout: Ziane, Isabelle Frank, Hakim, Illiano, Jacqueline Mairot (ma copine), Majbar, Pascual, Lopez, Ortuzar, Bohbot, Comte, Francès, Micheline Ourénia (ma copine) ;

rang devant assis:  Téna, Pillet, Ohayon, Clerc, Geneviève Tillet( ma copine) Melle Huchet prof de latin, Catherine Samaras, Benais, Fatima El Hamzaoui, Chantal Prébois, Gilberte Giacomoni.

Autres classes de 62-63 au LVH

CLASSE DE CINQUIEME 1 DU LVH, ANNÉE 1963-64

Lycée VH -5e1

De haut en bas et de gauche à droite: Rang des garçons en haut: Simoneau, Brault, Ziane, Servant, Latron, Berger, Dine; Rang du milieu debout:  Rouillé, Francès, Menant, Hakim, Fatima El Hamzaoui, Micheline Ourénia, Jacqueline Mairot, Anne Longelin, Gilberte Giacomoni, Geneviève Tillet, Isabelle Frank; Rang assis devant: Chantal Prébois, Berthault,.....,Demonvert,...., Ohayon, Catherine Samaras, Melle Huchet, Ziane, Cohen, Benais, Comte, Leddet (voir plus bas le commentaire de Gilberte)

Autres classes de 63-64 au LVH

CLASSE DE QUATRIÈME 1 DU LVH, ANNÉE 1964-65

Lycée VH 4e1

De haut en bas et de gauche à droite: Rang perché en haut: Simoneau, De Brièvre, Etetguy, Brault, Dine, Pessinet, Beauvallais, Latron, Berger; Rang du milieu debout: Ben Simon, Maurice, Catherine Samaras, Jacqueline Mairot, Pemni, Cohen, Caillens, Delamotte, Mahinc, Beaumont; Rang devant, assis: Isabelle Frank, Genviève Parnaud, Bohbot, Ohayon, Melle Pietu prof de français, Almunia, Leddet, Comte, Fatima El Hamzaoui, Gilberte Giacomoni, Geneviève Tillet.

Autres classes de 64-65 au LVH

Merci à Gilberte Giacomoni pour ces photos souvenirs d'excellente qualité, ainsi que pour les noms. Les anciens élèves vont compléter les prénoms manquants dans les commentaires afin que la mémoire demeure et que les anciens camarades puissent se retrouver.