MANGIN@MARRAKECH

14 septembre 2017

IL Y A 80 ANS UNE MANIFESTATION NATIONALISTE À MARRAKECH, ROLAND DORGELÈS DE L'ACADÉMIE GONCOURT

UNE MANIFESTATION NATIONALISTE EUT LIEU EN SEPTEMBRE 1937 EN MÉDINA

À L'OCCASION DE LA VISITE DU SECRETAIRE D'ETAT PAUL RAMADIER, ET À LA SUITE DE LA GRANDE SÉCHERESSE QUI TOUCHA UN MAROCAIN SUR QUATRE

MANGIN@MARRAKECH RAPPELLE CETTE PÉRIODE MARQUANTE POUR LA VILLE ROUGE ET LE MAROC

Le vendredi 24 septembre 1937 une manifestation nationaliste importante eut lieu en Médina de Marrakech.

Cette manifestation fut dispersée. Il y eut 30 arrestations et 12 condamnations à trois mois de prison. Le premier incident eut lieu à la sortie de la mosquée Ben Youssef où le sous-secrétaire d'Etat Paul Ramadier avait remis une importante aumône. Des jeunes nationalistes encourageant des miséreux secourus, (nombreux en Médina en raison de la sécheresse qui affamait le bled), provoquèrent un engorgement de la place, bloquant momentanément le trajet de Monsieur Ramadier. Il y avait parmi eux de nombreuses femmes avec enfants originaires des bleds du Souss venus pour recevoir des rations de vivres. Parallélement le poste de police voisin recevait des jets de pierres, sans qu'il y eut de blessés.

Par ailleurs, les témoins ajoutent que fait rare, une prière - La Fatiha - fut dite avec les fidèles de la Médersa ben Youssef en faveur de M. Ramadier et du général Noguès. Ceci n'avait plus été fait depuis la visite du président Millerand en 1922.

Dans l'Intransigeant du 27 septembre d'autres informations étaient révélées. Les commerçants des souks incités à fermer leurs boutiques ne l'avaient pas fait et n'avaient pas manifesté. Il y eut quand même plusieurs miliers de manifestants sur la place Djemaa el Fna, principalement des miséreux encouragés par un petit nombre de jeunes nationalistes.

Les douze condamnations à 3 mois de détention à la prison de Taroudant furent prononcées le lendemain matin. Ce qui provoqua une nouvelle manifestation plus petite (environ 600-700 personnes) venue par le derb Dabachi. Ils demandaient la libération des condamnés. Mais cette tentative de manifestation fut arrêtée et dispersée par le service d'ordre devant le souk aux roseaux

Les services de renseignements analysèrent ce qui s'était passé et notèrent la soudaineté de la manifestation comme dans plusieurs villes du Maroc, par exemple à Meknès trois semaines avant et Khemisset un mois après. Cette mobilisation a surpris et  montrait une réelle organisation des nationalistes. Les leaders nationalistes marocains ne sont pas originaire de Marrakech où Mohammed el Ouazzani est le plus influent. Allal el Fasi de son côté a une véritable emprise sur ses troupes, il exige le serment d'allégeance à sa personne. Les tracts maladroitement rédigés montrent des soutiens  de l'étranger. 

CETTE MANIFESTATION FUT PRÉCÉDÉE PAR UNE FAMINE PROVOQUÉE PAR LA SÉCHERESSE PARTICULIÈREMENT MEURTRIÈRE DANS LE BLED.

Le journaliste et écrivain Roland Dorgelès, de l’académie Goncourt, avait  fait une série d’articles sur la situation catastrophique des populations du bled seulement tois mois avant, en juin 1937. On remarquera son style d'écriture avec souvent des phrases sans verbe. 

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A travers le bled nu, calciné, torride, ils montent aveuglément vers le Nord, vers ces terres magiques ou les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. (Photo-L'intransigeant) 

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LE SOLEIL QUI TUE – Un reportage au Maroc de Roland Dorgelès (juin 1937)

ILS SONT 800000 QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Le bled. Nu. Calciné. Torride. Sans une touffe d’herbe, sans l’ombre d’un arbre. D’immenses ondulations, de schiste, de sable et de caillasse déroulent leur mer à l’infini et le “chergui” qui souffle n’en trouble pas les vagues.

Quelle malédiction a condamné ces steppes à l’immobilité ? Rien qui frémisse. Pas un bruit. La suffocante rafale qui vient du désert ne trouve pas une branche à secouer. Pas un nuage à poursuivre. Ciel aride comme la terre.

À une heure, vers le Nord, c’est l’océan. Casablanca. Presque l’Europe. Une heure au Sud, Marrakech. Ses murs roses, ses palmes enchantées. Ici, le bled Rehamna, morne frontière d’entre deux mondes, avec des cactus en fascine et des remparts que les siècles ont taillé.

De loin en loin, une koubba gonfle sa coupole blanche, ainsi qu’un blockhaus. (N’y a-t-il pas des ossements plus difficiles à vaincre que des mitrailleuses ?). Les pentes sont des glacis, les ravins des douves, les jujubiers des chevaux de frises. Tout rappelle l’époque – il y a vingt-cinq ans – où El Hiba bravait ici nos troupes, avec ses méhallas à chameaux blancs.

LE SOL RESTE EN GUERRE

Que faire sur ces crêtes stériles, que combattre et mourir? La paix est venue, mais le sol reste en guerre. Éternellement.

Pas un herbage. Pas un puits. On dépasse une hutte primitive, derrière un mur de pierres sèches, et, dans la rigole d’ombre qui borde l’enceinte, un Arabe accroupi fredonne une chanson. D’autres indigènes suivent la piste, venant de nulle part, allant n’importe où. Secs comme leur terre, des loques flottantes et un baton. Puis à nouveau, la solitude. Du sable, des rochers, des cailloux…

Ce mauvais chemin tourne sans arrêt. Par paresse. Plutôt que d’escalader les côtes et descendre dans les creux. Il a le temps… Mais brusquement, il prend sa course et file droit. Nous arrivons à l’oued…

On dirait qu’il veut s’y plonger. S’étendre dans le lit, et boire. Amollir sa chaussée coriace. Faire de ses pierres un gué.

Pour nos yeux de voyageurs, ce n’est rien. Un flot d’eau trouble qui descend de l’Atlas, comme ces Chleuhs que nous croisons, et comme eux pressés de fuir. Il contourne les pitons , se glisse dans les brêches, passant si vite que la berge altérée ne peut se rafraichir. Il flaire l’océan, court du Nord à l’Est. Pas un roseau, pas un palmier pour le guider. Tout se ressemble sur ces plateaux schisteux.  Alors, il s’affole, tourne sur lui-même. Une rivière perdue. Comme on le dit d’un chien.

UN DOUAR D’AFFAMÉS

J’allais repartir en direction de Bou Laouane, quand j’aperçus, dans un repli, quelques chameaux qui broutaient. D’un bond je fus sur un tertre et je découvris le troupeau entier; celui que je cherchais. Un de ces douars d’affamés qui, depuis trois mois, refluent du Sud, poussant devant eux leurs moutons et leurs chèvres, traînant des vieillards chancelants et des enfants dans le dos des femmess qu’on trouve parfois morts à l’étape.

Ces Soussi étaient parvenus à se faufiler entre deux postes de refoulement, suivant de loin la côte, et ils montaient aveuglément vers ces contrées magiques que chantent leurs conteurs: les vallées où l’herbe verdoie en toute saison, où les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. La Chaouïa, le Gharb, le Sebou.

Déjà, ils avaient franchi la zone maudite et se croyaient sauvés. Cet Oum er Rebia limoneux que je dédaignais d’un regard représente pour eux le salut. Le sang de la terrre. Et ils sont tombés, haletants, sur ses rives, trop épuisés pour seulement dresser les tentes.

L’officier des affaires indigènes qui me conduisait distingua tout de suite le chef de la tribu errante et se dirigea vers lui. L’homme semblait à bout. Maigre et fourbu, comme ses bêtes. Il fit néanmoins un effort et se leva pour saluer.

Nous marchons depuis vingt-six jours, expliqua-t-il. En chemin, nous avons perdu plus de cent moutons….

Le reste de leur richesse est là; les hardes qui les habillent, les quelques ustenciles queportent les bourricots, ces brebis efflanquées.. Puis, très loin, de l’autre côté de la montagne, une douira vide, dans des champs calcinés.

HUIT CENT MILLE QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Du Souss au Tafilalet, ils sont huit cent mille dans les mêmes conditions, m’a appris l’officier. Le long de la mer et par les cols, ils fuient devant la famine, laissant derrière eux un désert, et si la France n’était pas là, les trois quarts succomberaient. Tout le vieux fond de la race berbère.

Les Chleuhs de la montagne, les Berabers sahariens, les Harratines au noir visage de la vallée du Dra qui furent les derniers à déposer les armes, ne comptent plus aujourd’hui que sur nous pour les sauver.

On a établi des camps, comme jadis. Mais cette fois, de l’orge et du riz pour munition. L’autre conquête. La meilleure.

Craignant on ne sait quoi, ceux-ci ont coupé par le bled pour échapper aux postes de triage. Ils ne se sentient pas encore assez loin du fléau. Ils veulent remonter toujours plus vers le Nord. Tant que leurs jambes les porteront.

DEVANT LE SOLEIL

Que fuient-ils donc de si terrible ?

Le soleil.

Ce même soleil que les touristes viennent chercher l’hiver, avec leurs dos frileux et leurs lunettes noires. Ce merveilleux et dévorant soleil.

LE SOLEIL QUI TUE – QUAND T’ARRÊTERAS TU ?

QUAND LA TERRE SERA VERTE !

ET LE TRAGIQUE EXODE SE POURSUIT VERS LE NORD

Il n’a pas plu dans le Sud depuis deux ans.

Le filet des sources s’est aminci de jour en jour, puis plus rien n’a coulé. Les puits se sont taris. Les grands chotts où pêchaient les cigognes ont découvert leur fond gercé. Et, malgré les prieres, cela fait trois moulouds, trois anniversaries du Prophète, que le ciel reste nu. D’un bleu constant, d’un bleu qui brûle. Sans les beaux nuages qui sont ses jardins.

On a semé, comme on a pu. Le soc éraflant le champ durci. Le chameau tirant; et un bourricot; une femme parfois accouplés à la même charrue. Rien n’est venu, que quelques tiges vite rôties. La sécheresse a transformé le Souss et le Dra en un four de cent lieues où brûlent bêtes et gens.

Après les champs de ceréales, ce sont les olivettes qui ont dépéri. Puis les palmeraies. Les dattiers eux-mêmes, les sobres dattiers, ne trouvaient plus assez d’humidité dans cette dure éponge. Flétris, les feuilles retombaient.

Ce sont les hommes qui ont tenu les derniers. Enfin, quand ils eurent perdu l’espoir de rien récolter, pas même ces courgettes et ces aubergines hâtives qu’auraient arrosées les pluies de printemps, ils ont chargé leurs ânes, rassemblé leurs troupeaux, et fui leur pays sans esprit de retour. Comme les aïeux almoravides de leurs chansons qui, jadis, franchirent la mer et conquirent un monde.

Dorgeles-lever-le-camp-la-nuit-17-juin-1-1937 (Photo L'Intransigeant)

 DES MORTS SUR LA ROUTE

Les malades trébuchent et tombent. Tant pis. Un trou, une prière, un caillou… Il faut qu’avant ce soir les bêtes aient bu. Et l’on repart.

Sur le bord de cet oued grisâtre, ils ont pourtant repris espoir. Fait leurs ablutions, préparé le thé. Les moutons désaltérés cherchent leur nourriture. Il faut être mouton berbère pour découvrir de l’herbe sur ce sol ponceux. Un agneau de France s’y laisserait crever sans allonger le cou. Eux s’obstinent et tirent des brindilles qui craquent sous leurs dents. L’âne aussi est content, et recommence à braire. Le ventre en futaille. Les chameaux seuls boudent à l’écart et mangent sans gout. Pour passer le temps.

-       Nous repartiront demain a décidé le cheikh

-       Et quand t’arrêteras-tu ?

-       Quand la terre sera verte

Il faut alors que l’officier intervienne et lui explique qu’il ne doit pas aller plus loin. Rebrousser chemin, au contraire. À quarante kilomètres sur le route de Marrakech, un centre vient d’être aménagé pour recueillir et rapatrier les tribus en fuite. C’est donc vers Souk-el-Arba des Skour qu’il devra se diriger.

-       Là, il y a beaucoup d’orge, et de riz, et de légumes. Vous mangerez le couscous. Et on vous soignera. Car tu sais que nos vaccins empêchent de mourir.

Malgré ces promesses, le chef reste méfiant. Il regarde son troupeau, ses chêvres qui trottinent et semblent revivre.

-       Pourquoi veux tu que je retourne dans le Souss? Je te dis que la terre est morte.

-       Mais la France le sait. Elle vous donnera de quoi manger jusqu’à la prochaine récolte.

-       Fera-t-elle aussi pousser de l’herbe pour mes moutons ?

-       Non, mais tu ne garderas que ceux que tu peux nourrir. Les autres, on te les achète. Et la viande sera encore pour toi.

CONVAINCRE POUR SAUVER

Curieux marchandage dans ce campement de misère. Il faut les convaincre avant de les sauver.

L’an prochain, la récolte sera belle. Tes dattiers renaîtront.

Mais l’homme ne veut rien entendre. On devine , sous son silence, le projet qu’il mûrit: lever le camp la nuit même et fuir au Nord.

-       Ne renie pas ton pays, poursuit l’officier. La terre cache encore des trésors.

J’insiste à mon tour, faisant traduire:

-       Le prochain hiver, le ciel redeviendra sombre et l’Atlas sera blanc.

Nos images ne l’atteignent pas. Cela fait trop d’années que la neige ne blanchit plus les cimes et que les oueds se franchissent à pied sec. Rien ne poussera plus dans le Sud. Il le sait bien.

-       Pourtant, cette année même, ne m’as-tu pas dit que vous aviez vendu aux Anglais?

-       Oui. Des serpents;

Le Souss, dans ses flancs brûlés, ne cache plus autre chose, et ce printemps-ci les aroubia fouillant le sol n’en ont extirpé que ces vivantes racines: plusieurs centaines de viperes noires et de cobras, qu’un marchand de Londres a payés en douros. Leur seule récolte depuis la sécheresse.

Tordus de faim, ils attendaient la manne. Allah, impitoyable, ne leur a jeté que des serpents.

L’INVASION DES FAMÉLIQUES EST ARRÊTÉE

IL FAUT VAINCRE MAINTENANT UN INSAISISSABLE ENNEMI: LA FAIM

Comment arrêter une armée en déroute ?

Du Dra, du Tafilalet, du Souss, de l’Ouarzazate, des confines sahariens, les tribus fuient devant la famine, et par les pistes, le long des oueds, dévalant de l’Atlas, s’abattant au passage sur de maigres moissons don’t elles rongent les épis comme des nuées de sauterelles, elles cherchent à envahir le Maroc demeuré fertile.

Ces transfuges croyaient que de l’autre côté de la montagne ils trouveraient des paturages pour leurs bêtes, du travail pour leurs bras; or la sécheresse n’a guère plus épargné le vaste territoire des caïds du Sud; des Djebilets à l’OumEr Rebia, la plaine n’a pas Verdi. Ni blé, ni orge, ni fèves, ni maïs. L’eau ne chante plus dans les séguias du Haouz. Seuls les vergers bien irrigués du pacha et de quelques riches marrakchi ont normalement donné olives et oranges. Le reste est un desert.

Des fuyards épuisés se sont alors réfugiés dans MARRAKECH. Vendant le long des remparts leurs derniers moutons. Mendiant une soupe. Serrant entre leurs bras des enfants décharnés. Mais les plus tenaces n’ont pas cede. Évitant d’un crochet la capitale du Sud, ils ont continue vers le Nord. Avides, impatients, assoiffés. Déjà brûlés de maladies qui leur rendaient le pas plus lourd et l’oeil luisant.

LA BATAILLE POUR L’EAU

S’ils rencontraient un puits en chemin, leurs bêtes haletantes l’asséchaient en une heure. Et si les occupants criaient, on se battait à coups de pierres et de batons. Au passage dans les douars, ils cédaient quelques bêtes pour acheter du pain.

À n’importe quel prix. Dix francs un mouton. Parfois moins. Et ils repartaient obstinés, pour une nouvelle étape.

Si leurs colonnes faméliques atteignaient les grands centres, elles apporteraient le typhus. Ces villes, qui, déjà, regorgent de misère, ne pourraient contenir un tel afflux de malheureux. Les champs qu’on moissonne seraient aussitôt dévastés par leurs troupeaux amaigris. Coûte que coûte, il fallait donc maintenir et refouler cette invasion de la faim.

Photo: En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus et dévorés sur-le-champ

ENDIGUER L’INVASION

Le gouvernement du protectorat y est parvenu. Sans violence. On ne saurait trop louer l’oeuvre du general Noguès qui a mené cette lutte contre la misère comme un grand chef mène un combat. Il y avait à secourir le quart de la population: deux cent mille marocains dans le Maroc Oriental, quatre cen mille dans la région comprise entre Marrakech et l’Oum er Rebia, huit cent mille enfin de l’autre côté de l’Atlas. Ce miracle s’est accompli. À force de millions. À force de camions. Mais à force de courage aussi. À force de sacrifices.

Face au danger, des confins algériens aux rives de l’Atlantique, soixante douze postes ont surgi, rapidement aménagés par des contrôleurs civils et des officiers des affaires indigènes. Là, on arrêtait les colonnes de miséreux. On les sustentait, avant tout. La soupe fumant dans des marmites de troupe. On essayait aussi de sauver le bétail. Ou, plutôt que de laisser mourir ces moutons étiques, ces chèvres efflanquées, on les achetait vingt francs aux indigènes, pour leur en distribuer la viande, ne gardant que les peaux pour les vendre.. On réduisait ainsi l’effectif du cheptel, ce qui permettrait peut-être de faire subsister le reste du troupeau sur les pâturages rapés. En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus. Dévorés sur-le-champ.

LA CHARITÉ DES SOLDATS

Les pauvres aroubias mangeaient avec une telle voracité que les Français apitoyés, se cotisaient entre eux pour ajouter à leur ration. Tous les matins des officiers de Ouarzazate, prélevaient sur leur solde de quoi acheter du pain et des légumes aux noirs berbères du Dra.

Cela fera quelques soirées de plaisir en moins lorsque viendra la permission. Plus guère de superflu. Même un peu de privations. Et qui le saura ? personne…

-       Mais c’est si bon, monsieur, de regarder se rassasier un être qui a faim.

Ces postes de première ligne qui procèdent au triage, retiennent les contagieux et refoulent les valides sur leurs tribus. Ils ont si bien fonctionné que les deux grands centres d’hébergement aménagés en arrière de leur front pacifique – à Oued Zem pour les Confins et le Tafilalet, à Souk el Arba des Skhour pour le Souss et le Dra – n’ont reçu jusqu’à present qu’un petit nombre de fuyards, secrètement survenus par des pistes effacées.

La bataille contre la panique a donc été gagnée. Les régions restées saines ne seront pas envahies, Marrakech, Fès, Casablanca, ne connaîtront pas d’épidémies meurtrières, le Sud, dépeuplé, ne deviendra pas un désert. Mais ce n’est pas tout de ramener les populations dans leurs douars. Maintenant, il faut les nourrir. On a vaincu la peur. Reste à vaincre la faim.

LES CRÉDITS SONT INSUFFISANTS

Sanq doute, aux appels angoissés du protectorat, le gouvernement a tout de suite répondu en accordant quelques crédits. On a pu acheter du riz et de l’orge par milliers de quintaux, dresser des baraquements, multiplier les infirmeries de campagne, ouvrir des chantiers de travaux dans le Souss, l’Anti-Atlas, le Tafilalet, où l’on procède à l’équipement hydraulique, ainsi que dans les régions où sont prévues des routes nouvelles. Mais ce n’est pas assez.

Des soupes et des bons de pain, quelques milliers de francs jetés quotidiennement aux piocheurs ne sont pas suffisants lorsqu’il s’agit d’assister le quart d’une population. Plus d’un million de fellahs restent condamnés à mourir de faim si nous ne continuons pas à distribuer des vivres, et l’on estime à cinq cent mille le nombre de ceux qui seront entièrement à la charge de l’administration jusqu’à la prochaine récolte. À nous de les nourrir, de leur fournir des semences. Il faudra également prévoir une aide aux artisans des villes, qui ne trouveront plus à écouler leurs produits dans cette population ruinée.

Si, après avoir refoulé les tribus dans leurs douars, nous ne parvenons pas à les ravitailler, si la mort reprenait les transfuges sur la terre maudite qu’ils ont voulu fuir, nous serions responsables de l’horrible hécatombe et le prestige de la France ne s’en relèverait peut-être pas.

Pour fixer le marocain à sa terre, il faut lui donner la possibilité d’y vivre. Trouver ailleurs l’eau que le ciel lui refuse. Creuser des puits, endiguer les oueds, drainer l’eau souterraine par des khettaras semblables à celles du Haouz. Les portugais, quand ils s’établirent sur la côte, au XVIe siècle, ne parvinrent-ils pas, en irrigant, à faire surgir des oasis ?

IL FAUT VAINCRE UN ENNEMI INSAISISSABLE

À quoi bon avoir apporté la sécurité aux marocains si les troupeaux qu’ils élèvent grâce à nous sans craindre de razzias et, si les terres qu’ils cultivent sont à la merci d’un printemps torride ? Il faut vaincre à présent l’insaisissable ennemie: la sécheresse.

Les conquérants romains ont laissé sur le vieux monde plus d’aqueducs que de palais. L’exemple reste à suivrre. Mais la France ne doit pas ignorer que cet effort lui coûtera des centaines de millions, peutêtre enfouis à jamais dans les sables du desert.

Certes le Maghreb, au cours des âges, a subi d’horribles disettes (vieilles comme les vaches maigres des Écritures), mais les affamés d’autrefois ne poussaient jamais loin leur exode.

Dès qu’ils étaient signalés, les seigneurs des Kasbahs barraient les cols, les tribus du littoral et de l’intérieur s’armaient, les pachas des grandes villes levaient des troupes pour refouler ces bandes hagardes, et les pâturages restaient au plus fort.

La colonisation a ses fautes. Même ses crimes. Il faut à l’occasion proclamer sa grandeur.

DANS MARRAKECH-LA-ROSE OÙ LES FUYARDS DU SUD SE SONT ABATTUS, comme s’ils voulaient mourir où ils avaient aimé

Marrakech-la-Rouge. Non, le terme est trop brutal. Marrakech-la-Rose. D’un rose délicat de fleur fanée. De ces pétales qu’on retrouve entre les pages d’un livre.

De loin, on aperçoit ses remparts qui dominent le sable et prolongent la couleur. La pierre, la terre, les visages ont la même nuance. Cette peau moghrebine que le soleil a dorée.

Marrakech est un rêve, Marrakech est une proie. Les pâtres de la montagne comme les cavaraniers des oasis sont envoûtés par elle. Ville d’amour, ville de gain, ville de fête. Toutes les pistes y mènent, comme les veines vont au coeur.

De même qu’elle attire ces bêdouia du Sud, elle a toujours attiré les guerriers. Depuis qu’elle est sortie des sables, il y a bientôt mille ans. Les noirs mérinides du Sahara l’ont arrachée aux Almohades, les Saadiens venus du Dra s’en sont emparés à leur tour et l’ont rendue plus belle, les Alaouites pauvres et vertueux ont plus tard surgi du Tafilalet pour la punir, et quand, ce siècle même, le prétendant El Hiba a voulu se proclamer sultan, c’est d’abord sur elle qu’il s’est rué.

Elle est de tous les contes et de toutes les chansons. Lorsque le vent d’est soulève ses tourbillons, elle sourit derrière un voile d’ocre, puis, voluptueusement, le laisse retomber. Il faut s’approcher, s’approcher encore, pour connaître ses traits, déchiffrer ses yeux.

Photo: Vue générale de Marrakech

À Fès, en montant aux tombeaux des Mérinides, on peut suivre la ligne sinueuse des remparts, fouiller les cimetières, compter les minarets, tracer lointainement son chemin dans les meandres des souks, tandis que Marrakech ne laisse rien deviner. Allongée dans la plaine, elle se drape dans son manteau roux et attend, frémissante.

Fès se retranche, tortueux, hostile. Il faut le forcer, ruelle après ruelle. Marrakech, au contraire, s’abandonne, tout en se faisant désirer. Elle écarte ses voiles un par un, sans être jamais nue. On croit la posséder; encore une tunique qui tombe. À la manière de ces Chikates aux mentons tatoués qui s’engoncent sous dix robes, pareillement molles et brodées.

Elle paraît sèche et frémit de fontaines. Aride, et des bougainvilliers, des mimosas, des ifs, surgissent de palais ignorés. Ses jardins se dérobent au bout de longs couloirs en chicane, derrière d’énormes portes cloutées de bronze, où veillent des esclaves noirs et des serviteurs à turbans. Tout est surprise. Même les chiffres. La capitale du Sud compte deux fois plus d’habitants que celle du Nord. Mais moins visibles. Moins pressés. Au lieu d’une forteresse, un caravansérail. Ville de nomades qui, d’une heure à l’autre, pourraient repartir, ne laissant derrière eux que des murs d’argile et quelques mosaïques perdues sous les jasmins.

Ville sans ruines, donc sans âge. Ces coupoles à stalactites, ces revêtements bleu turquoise peuvent être aussi bien d’hier que du régne d’Ed Dehbi. Depuis des siècles, des artisans les recommencent avec les  mêmes outils, sur le même dessin. Le marbre devenu trop cher, on reconstruit en plâtre, et l’éphémère prend un aspect d’éternité.

Marrakech qui se dessèche au soleil, s’effrite et tourbillonne, meurt ainsi en poussière et renaît de son passé. Perpétuellement rose, coiffée de palmes et fardée de clarté.

MARRAKECH EST UNE COURTISANE

Je la regarde d’une terrasse, à l’heure où les premières lampes s’allument sur la Djemaa el Fna, tirant de l’ombre la silhouette des bateleurs; je la regarde, étourdi de musique, de cris, de chaleur, et soudain, je trouve sa resemblance: Marrakech est une courtisane. Parée de bijoux sur un corps saharien.

Est-elle riche, ou n’est ce que du clinquant ? On ne saurait dire. Comme de ces petites prostituées dont les vingt ans transmutent en or le métal ouvragé d’une main de fatma.

Dans les Kasbahs et sous la tente, les Berbères ne rêvent que d’elle, de ses musiciens, de ses conteurs, de ses sorciers, des moutons qu’on rôtit sur la place, des chevaux qui galopent sur le Souk El khemis et des “filles de la douceur” qui sourient en préparant le thé à la menthe du bout de leurs doigts teints de henné. Ils peinent des mois, grattent le sol, assèchent les puits, parcourent le désert pour venir gaspiller ici leurs douros en une nuit, à l’époque de l’Achoura, quand la ville retentit de tambourins.

Cette fois, n’ayant plus rien, ils sont venus quand même. D’un pas accoutumé. Fascinés par la Koutoubia qui dresse dans le ciel son minaret à trois boules d’or. Mais l’or qu’avait offert la femme d’El Mansour renonçant à ses bijoux est devenu du cuivre, et c’est peut-être pour punir les fils des ravisseurs que le Souss privé d’eau agonise.

Où leurs pères entraient victorieux, le fusil sur la cuisse, ils arrivent à bout de forces, cherchant des yeux la fontaine. L’eau scintillante du porteur d’outre, l’eau murmurante des jardins.

Il en est venu mille, puis dix mille, puis vingt. Ils se sont aussitôt perdus dans la multitude, comme des ruisseaux dans la mer. Rien ne les signale plus aux yeux européens, que parfois une loque bleue qui surnage: la robe d’une femme chleuh.

Ou, si l’on observe de plus près, d’horribles faces amaigries, des membres sans chair, prêts à casser.

ICI, ON NE REMARQUE PAS LA MISÈRE

Sous d’autres cieux, une telle misère crierait. Ici, on la remarque à peine. Guenilles et djellabas se confondent. Assis sur le même banc, le mendiant et le chaouch mangent la même soupe d’orge et, tout à l’heure, le gros marchand qui s’éloigne à dos de mule, ne dormira guère mieux, sur ses coussins de cuir, que ce miséreux contre le mur.

On dirait que le soleil atténue la détresse, comme il cicatrise les plaies. Dans le Sud, il consume. Ici, il se contente de tiédir la Pierre où l’errant posera sa tête lassée.

Depuis cette invasion, les souks ne sont plus qu’une plainte.

- Baraka allâh ou fik ! Que la bénédiction d’Allah soit sur toi!

Ils remercient pour recevoir: c’est leur façon de mendier. Mais derrière ces meskines qui connaissent la formule et prennent des tons geignards, il y a les vrais meurt-de-faim. Ces Soussi farouches, ces vieilles brisées qui se tiennent à l’écart. Il faut qu’ils apprennent à tendre la main, et les petits guenilleux qui s’agrippent ne savent même pas dire qu’ils ont faim.

Lorsqu’ils ont fini de trainer par les ruelles entortillées de la Médina, ils vont s’étendre le long des remparts. À Bab el Khemis où ils verront au moins passer des bêtes, souvenir de leurs troupeaux perdus. Ou bien ils disparaissent dans la palmeraie et creusent les buttes durcies d’immondices, pour en tirer des os qu’ils iront vendre. Parfois, des batailles éclatent autour de ces affreux gisements. Ils fouillent comme des chiens. Sans outil. De leurs pattes crochues. Le charnier les nourrit.

Au jour déclinant, la ville se ranime. Les carossas à tente blanche amènent les tourists des hotels et la chasse reprend.

- La bénédiction d’Allah soit sur toi !

Aura-t-il assez de Baraka pour les récompenser tous ? Chacun fait ce qu’il peut. Le Français donne pour apaiser l’âme; le musulman pour se concilier Dieu. Que seraient devenus ces malheureux sans leurs aumônes ? Certes des crédits étaient ouverts, des secours promis. Mais la faim n’attend pas.

LA JOIE POUR TOUS

Avec un bol de soupe gluante, un peu de pain, quelques dates, ils sont rassasiés. Et les voici revenus sur la Djemaa el Fna, mêlés à la foule indigène. Ici la joie est pour tous.

Des centaines d’écrans sont dressés, abritant les éventaires de leurs boucliers de roseaux. Tout est doux pour les yeux: oranges qu’on sent juteuses, babouches brodées d’or, piles d’étoffes bariolées. Pour les narines aussi: les pains de froment que les femmes tiennent au chaud dans leur panier couvert, les herbes odorants qui remplissent des couffins et ces brochettes de mouton qui grillent sur des feux en plein air. Le miséreux s’y grise, rien qu’à sentir et à regarder. Une immense fête qui ne finit jamais.

Des autocars, à tout instant, déversent d’autres curieux qui roulent peut-être depuis l’aube, serrés sur l’impériale comme un informe ballot blanc. Les becs à acetylene s’allument plus nombreux avec les étoiles.

Où courir ? Le spectacle est partout. Le marchand d’orvietan qui sert ses remèdes paresseusement, du bout de sa cuiller à long manche: poudres de couleur, plantes séchées et cette peau de crapaud qui tentera un riche. Puis ces  savants barbiers qui posent des ventouses derrière l’oreille pour sucer le sang des fiévreux et crachent de côté une salive rougeâtre. Le diseur de bonne aventure, entouré d’un cercle craintif. Le marchand d’images de La Mecque, qui chantonne ses légendes. Mais surtout ces fameux baladins de Marrakech, célèbres du Rif au Sahara.

PROCHAINEMENT LA SUITE DU TEXTE DE ROLAND DORGELÈS SUR MARRAKECH AU DÉBUT DE L'ÉTÉ 1937

IL Y A SEULEMENT 80 ANS...


08 septembre 2017

ILS NOUS ONT QUITTÉ - FAIRE PART DE DEUIL

GÉRARD GUI

Notre président Robert Lucké nous communique la triste nouvelle du décès de Gérard. Il a été enterré dans la terre marocaine au cimetière européen de Marrakech le lundi 28 aout après un service religieux à l'église des Saints Martyrs. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à Christiane son épouse, à ses filles et à ses amis. Les anciens élèves du Lycée Victor Hugo disent leur sympathie à Corinne et Patricia.

Gerard-GUI-en-famille-avril-2019 Le nom de Gérard GUI est associé à la Pharmacie de l'Atlas autrefois située 212 avenue Mangin/MV. Mais sa maison était dans le quartier El Ghoul. Son installation en région parisienne n'a pas réussi à lui faire oublier Marrakech. C'est lui qui a demandéà être enterré dans la Ville rouge.  Ceux qui le souhaitent pourront rappeler dans les commentaires les souvenirs qu'ils aimeraient partager à propos de Gérard et de sa famille.

Henriette DARMANI:

Daniel ARBACETTE, nous communique le décès d'une ancienne du Guéliz.

" Je viens avec un peu de retard informer tous nos amis marrakchis du décès de ma tante Henriette, née Darmani, épouse du frère de mon papa, François, décédé très jeune en 1942, deux mois après la naissance de son fils Jean Pierre !
Elle était arrivée à Marrakech en provenance d’Algérie (Bône-Annaba) et travaillait aux économats de l’Armée lorsqu’elle a épousé François Arbacette.
Ils ont eu Francine née en 1939 et décédée, elle aussi très tôt dans sa vie, en 1980, à Marseille où toute le famille était rentrée…
Ma tante Henriette avait entre temps épousé, en seconde noces, un charentais d’une grande gentillesse René Gaborit, décédé en 1980, mais tous ces événements familiaux, tristes voire tragiques, l’ont déterminé d’une façon incroyable à résister et à mener jusqu’au bout 
sa philosophie de vie puisqu’elle avait le bel âge de 104 ans lorsqu’elle nous a quitté le 04 aout 2017 à Marseille.
Elle avait un frère ainé Jean et deux soeurs Yvonne (Chouraud) et Juliette (Lebre) disparus avant elle la petite dernière de la famille Darmani. 
J’ai retrouvé une photo de ma tante dans l’album de mes parents que je joins et qui j’espère, apportera quelques souvenirs aux anciens du Gueliz.
Avec toute mon amitié, D@niel." 

Arbacette36 Merci à Daniel de nous avoir informé de ce départ, pour notamment ceux qui ont connu Henriette et ses proches. Nous adressons nos messages de sympathie aux familles Darmani, Arbacette et Gaborit.

Juliette-Beullac-100

Juliette BEULLAC-PRÉVÔT dont nous avions fêté les 100 ans (Voir le lien : Juliette BEULLAC) est décédée à 103 ans à Dijon le 31 mai 2017. Nous ne l'avons pas su plus tôt car sa fille Bernadette avec qui nous avions le contact est décédée avant elle. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à François Prévôt et Barbara Prévôt ses enfants ainsi qu'à ses petits enfants: Anne Marie et Jacques Duley, Cécile Prévôt, Odile et François Evrot-Carrican, ainsi que toute sa famille et à tous ses amis qui l'ont connue comme institutrice ou cheftaine de jeunes scouts.

 

ets-Jm-carrion

Nous avons appris le décès de Jean-Marie CARRION, par son frère: "Je vous informe du décès de Jean-Marie CARRION à l'âge de 80 ans en décembre 2016." Son frère Gilbert.

Jean-Marie CARRION, dit "Jeannot", né le 18 mai 1936 avait créé une activité de réparation automobile, 1 route d'Ausonne à Seilh dans la proximité de Blagnac et Toulouse. Il est décédé le 22 décembre 2016. Nous adressons nos condoléances à Sandrine CARRION ainsi qu'à tous ses proches.

Les anciens du Lycée Mangin et ies élèves de l'école de la Targa apprendront avec tristesse le décès d'Hervé FALKENRODT à 75 ans en février 2016 à Bordeaux.

Hervé-Falkenrodt-1957

Les Marrakch'amis expriment leurs condoléances à Mme Frédéric FALKENRODT, sa mère, Mme Hervé FALKENRODT, son épouse ; M. et Mme Franck FALKENRODT, M. et Mme Geoffroy FALKENRODT, M. et Mme Thomas FALKENRODT, ses enfants ; Alexandre, Charles, Antoine, Auguste, Armand, Dimitri, Hadrien, Paulin, Brune, Malo, ses petits-enfants  ainsi qu'à M. et Mme Gérard DIDES, M. et Mme Edouard LACOSTE, M. et Mme Eymeric LACOSTE.

Chacun peut écrire des condoléances ou des souvenirs dans les commentaires au bas de cette page. De même ajouter un "Faire part" pour informer les anciens de Marrakech du décès d'un proche.

 

 

04 septembre 2017

LE SITE LE PLUS COMPLET SUR LE LYCÉE MANGIN DE MARRAKECH

NOUVELLES PHOTOS DE CLASSE, NOUVEAUX NOMS DE PROFESSEURS, MEILLEUR RÉSEAU D'ANCIENS ÉLÈVES...

Le site Mangin@Marrakech s'enrichit régulièrement de photos des anciens élèves et professeurs du Lycée Mangin. Le lycée Mangin a fonctionné sous ce nom entre 1937 et 1961; avant il y eut le "Collège de Marrakech" et après, dans d'autres locaux, le lycée Victor Hugo. 

LE PROFESSEUR FROISSART PARTICIPE FIDÈLEMENT AUX MOUSSEMS DES ANCIENS DE MARRAKECH 

Froissart Prof-Froissart-2014 06 15 Moussem 

Nous le retrouvons avec plaisir chaque année

D'autres professeurs gardent le contact avec leurs anciens élèves du Lycée Mangin

PROFESSEURS DE LANGUES VIVANTES EN 1954

Honneur à nos professeurs de langues vivantes. Ceux dont les noms vont suivre étaient en fonction en 1954, certains depuis plusieurs années:

Mlle Odette Polezzi, professeur d’allemand

M. Paul Serra professeur licencié d’Anglais
M. Bouzari Ahmed ben Ahmed chargé de cours d’arabe 
Mme Hamann Jacqueline, professeur d’espagnol
M. Fontanel Yvan, chargé d’enseignement espagnol
Mlle Henriette Borgne professeur de ?
Mlle Georgette Boshoff, professeur d’anglais 
Mlle Lamaysounoube, professeur auxiliaire d’anglais 
Mlle Mahez, Genevieve, professeur d’anglais
M. Maral Harold, professeur licencié d’anglais, avenue Poincaré - Guéliz
Mlle Solange Pennettier, professeur d’anglais, 66 rue Clémenceau - Guéliz
M. Rousseau Alfred professeur agrégé d’anglais
M. Rousseau Marcel, chargé de cours allemand 
En 1950, Mr Jean Boucher est professeur au Lycée Mangin qui dira dans quelle matière ?
DOUZE NOUVELLES PHOTOS DE CLASSE AVEC LES NOMS DES PROFESSEURS ET ÉLÈVES
Les noms des élèves nous permettent de retrouver les adolescents de Marrakech des années 40 et 50. Certains sont aujourd'hui grandmère ou grandpère. Retrouvons leurs noms et leurs visages d'autrefois. Certains ont fait connaître leur email au blog, ils peuvent être joints.
PHOTO DE LA CLASSE DE CINQUIÈME 4 - ANNÉE 1946-1947 avec Mme WACHSMUTH

lycee mangin - 5e4-1946-47 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: X, X, Yvette BENNOT, Nenette COHEN, Marie LINARES, X, X;

Deuxieme rang: X, Léa WEBER, X, X, Marcelle DAHAN, X, X, X, Ginette HURET, X;

Troisième rang: X, X, Hélène NEGRINI, X, X, X, Rolande BRUNET, Carmen AUMELIN, X, Lisette FOTIS;

Rang devant: X, Huguette ZRELLI, X, Mme WACHSMUTH professeur de maths, Marie-Thérèse MUSA, X, X.

PHOTO DE CLASSE DE CINQUIÈME - ANNÉE 1949-1950 avec Mr DURISY

lycee mangin - SM6-5e-1950 De gauche à droite et de haut en bas:

Rang du haut: OUISFIT, BENHAIM, BENAMOU, X, GREMILLET, NEUST, SALGON, RUELO, REY, PRUNIER, BITON, AMZALLAG, RATIER, DJAMAL DINE;

Rang du milieu: NEGGIA, LUCAS, DAHL, AUBIN, LOUNIS, BERGER, AZAN, HARTMANN, DUPIN, JOUANDON, René SINTÈS, Le Chaouch: SALEM.

Rang du bas: KRAVCHENKO, René CAUMER, ASSOULINE, Yvon CHAIR, GLIMOIS, HARBOUB, BENZAKEN, Mr DURIZY professeur de dessin, Mustapha AMALOU, Jean-Claude HOUSSARD, Jacques BOYER, Michel LANGLADE, Pinhas BENAYER, MULAHERT;

Essayons de retrouver les prénoms et ajoutons-les dans les commentaires. 

PHOTO DE LA CLASSE DE TROISIÈME 5 DE 1952 AVEC M. PORTA

lycee mangin - SM-1952-3e5 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: CHRETIEN, Jean-Jacques JEUNEHOMME, Gérard LÉVY, Maurice RODRIGUEZ, Jean-Pierre MRECHES, Ahmed TOUNSI

Rang du milieu: INNOCENTI, PROST, HARDY, DRAY, AQUAVIVA, MALLAPLATTE, OLLIVIER, Jacqueline VINCENTI, Claudine SEUFFER, Ninette ATTAR (qui a écrit son Chkoun Ana)

Rang assis devant: BOUSSAROQUE, HIERNAUX, Maria HUTIN, Marthe MARTI, Mr PORTA, professeur de maths, HAZAN, SIBONY, Christiane STOJKO.

Merci de rajouter les prénoms dans les commentaires. Une photo plus nette serait la bienvenue.

PHOTO DE CLASSE DE SIXIÈME 5 - ANNÉE 1952- 53 

lycee mangin -6e5-52-53 Nous n'avons pas les noms par rangs, nous demandons aux lecteurs du blog qui reconnaissent les visages de remplacer les X, par des noms dans les commentaires:

Rang du haut: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X;

Rang du milieu: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X;

Rang devant: X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X, X.

Nous avons des suggestions de noms, mais non localisés: CHIRON, JACQUES, CORMIER, R. BELKAHIA, FRANCESCHI, FRANTZ, MEYER DE WITTE, DUMINY, S. ABERGEL, R.BENNOT, Susie LINCOLN, GUILLE, Jacqueline ABT,..

PHOTO DE CLASSE DE QUATRIÈME - ANNÉE 1953-54 avec Mlle CLER

lycee mangin - SM6 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: X, GARNIER, X, TOURRET, Abdelkrim BÉNIS, Gérard ACHIM, Michel BERQUE, X, X, ALLOUL, FIDÉLE, PASQUIER, HARROSCH, OBADIA, André ABITBOL; 

Rang du milieu: X, Michel DOSNON, FAURE, J.R. ADISSON, CHESNY, PHILIPPE.

Rang devant: F. PHILIPPE, J. BERNARHDT, Michèle GÉANT, Liliane WOLFEL, Mlle CLERC professeur de français, Anne-Marie RAMPILLON, Christiane PERRONI, Colette GRANIER, Lyliane BORREL.

La photo est abimée, si vous en avez une meilleure, le blog fera l'échange.

PHOTO DE LA CLASSE DE SIXIÈME A2, année 39-40 avec Mlle MARTIN 

LM-6e-39-40 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: Pierre FAUCHET, Sergine VAN DE RICHT, Marie-Madeleine MARCHI, Andrée POURTEAU, Joseph PICKERMAN, Louis CASSAN, Charles SANTORY, Georges LECLERC; Rang du milieu: Françoise HENNION, Suzanne REPLAT, Andrée JUNCAS, Simone MALLIE, Jacqueline GINGALE, Hélène CHOMERAT, Simone DURANT, A. BIZAIN,  Huguette WALL, Yvette CORBEIC, Jacqueline PRADEL, Odette ANTOINET;

Rang assises devant: Mireille DENIS, Jeanine CERDA, Yolande CAREAU, Georgette BRUNEAU, Élise HONORAT, Jeanine VIALLON, Mlle MARTIN, Georgette DUBOSO, Elisabeth CAMBELL, Odette SCHAFERLING, Odette PETIT, Marcelline MAY, Odette BRUS.

PHOTO DE LA CLASSE DE 5e C, ANNÉE 1940-41 avec Mme THIERY

 lycee mangin -5EC-1940-41 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: André CAPELLA, Liliane POUVREAU, Jeannine FOULON, Huguette LAPRUN, Marcelle VACA, Lisette TINES, Hélène PUZENAT, Lucile BESSON, François FRANCESCHETTI;

Rang du milieu: Émile BARDIN, X, Gilbert JOUANDON (Titi), Pierre LOUVRIÈRE, Fernand IBANEZ, Louis TORRENTE (Ptit Louis), Yves Henri MARTIN, Armand CALABUIG, Fernand OGE, Jacques BENHAIM;

Rang devant: Jacques SEIGLE, X, Edmond Mikaelides, Andrée BESANA, Yvonne SOULIER, X, Mme THIERY professeur de maths, Roger KERBIDI, Gilbert BRUNEL, Marcel MOREAU, Jacques SPYNS.

PHOTO DE LA CLASSE DE 4e 3, ANNÉE 1952-53 avec Mr QUERANCI

lycee mangin - SM6-4e3-1952-53 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: ELGRABLI, Odile GUARIGUEZ, Suzanne MARIA, Lucienne FÉLICIAN, Christine LARAUD, Bernadette LABOURDETTE, Mireille X;

Rang du milieu: Mireille NEGGIA, Claudine FIEVET, Renée PICHOT, Danielle BERTHELEMY, Liliane HAZAN, Ginette HEINZ, Marie-Claude JAUPITRE;

Rang devant: Monique BUISSON,Micheline BERTRAND, Danièle HEGLY, Claude MENDEZ, Monsieur QUERANCI, professeur de maths, Nicole GUENIN, Françoise JAUPITRE, Françoise SANSON.

PHOTO DE LA CLASSE DE TROISIÈME 2 CLASSIQUE, ANNÉE 1957 avec Mme MANDON

arbousset-verschod-Manton-lm-1957 De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut:  M THOMAS, Marie-Christine JULLIEN, M JOUFFROY, G VERSCOOTE, F GUENIN, Renée BÉNOT, J PEREZ 

Rang du milieu: Marie Odile SARAN, Annie DUBREUIL, S AFILALO, Colette DERVAUX, Sybille de MECKENHEIM, D MEYER 

Rang devant: M ELGRABLI, GOLDENBERG,  M T RUIZ, L ELMOZNINO, Mme MANDON professeur de Sciences, H Huguette ALFASSI, M LARDIER, Michèle MASSON, Anne CADART

Merci de compléter les prénoms dans les commentaires.

UNE CLASSE DE TERMINALE APRÉS GUERRE : 1947 

LM-mixte-1947 3 On remarquera la mode des vêtements et des coiffures - ajouter les noms dans les commentaires

PHOTO DE CLASSE DE SIXIÈME- ANNÉE 1938-39 

LM-38-39-Geronimi De haut en bas et de gauche à droite:

Rang du haut: LECLERC, MOREAUX, CHAMPIONNAT, FOUCHÉ, RIFTEIN, LABELLE, MALHOMME (fils), DOBROVITCH, Claude MASSA, CASSAING, MUSY, GRIMAL; Rang du milieu: CHARRIER, CARON, PABST, André JULLIARD, GASUN, BERNHARD, Charles SANTORI, Yves MARTIN, J-Pierre GÉRONIMI.

Rang du bas: LEBARON, André LECCIA, Pierre LOVICHI, RIBES, SROUSSI, ILLA, CREUSET, GONSALES, BILLOUT, CONSTANTINI, BILLOUT, AVERTY, AZRAN.

PHOTO DE LA CLASSE DE PREMIÈRE EN 1935-1936 

lycee mangin - SM-35-36 De gauche à droite et de haut en bas:

Rang des garçons: Pierre HONORÉ, Joseph ADDAD, Roger ANDRAULT, Henry LASSALLE, Jacques CLAUDE, Roger FLECCHIA, Guy FRIGGERI, Roger BRINDEJONC, Louis FABRE, Henri CORNET, Joseph AZRAN, Jacques RAT.

Rang du milieu: Jeanne APPOLLONI, Lucette ENARD, Esther BÉNISTY, Hélène ZRIHEN, Micheline BATARD, Adrienne MARCELIN, Marie-Louise LATRON, Yahne GRATZMULLER, Madeleine BORDENAVE, Dina ELKAIM, Georges MERME (en partie caché);

Rang devant: Renée ARRIBE, Andrée ROUSSEL, Françoise FAURE, BAULIEU, Marguerite X, Micheline DETRAZ, Jacqueline REVILLARD, Mlle CARASSOU, professeur d'Anglais, Marguerite BIZIER, Colette AGERON, Marguerite ATTAR, Yvonne LASSALLE, Marie-Thérèse FUMEY, Aline PAUGAM, Yvonne PRADEL. 

Ce sont nos anciens, à l'origine du Lycée Mangin.

Avant il y avait le Collège de Marrakech. Voir le lien: Collège de Marrakech

LES PENSIONNAIRES DU LYCÉE MANGIN

Les internes venus principalement de Safi et d'Agadir avaient une part importante dans la vie du lycée. Le blog a déja publié des photos de l'internat.   voir ce lien : Internat années 50 

LE RÉSEAU DES ANCIENS DU LYCÉE MANGIN EST PLUS COMPLET

En effet le blog Mangin@Marrakech ne parle pas seulement de classes d'élèves, mais aussi des adresses des habitants par quartiers et par rues, des activités sportives extrascolaires, du théâtre et autres activités culturelles,.. des communautés religieuses, du scoutisme, des sorties à l'Oukaimeden, Oualydia, Sidi Farés, Ouirgane... Il parle aussi des événements politiques qui ont eu une incidence sur la vie scolaire. Un grand MERCI à ceux qui aident le blog Mangin@Marrakech à rester le premier site internet du Lycée Mangin en envoyant des photos et en rajoutant des informations dans les commentaires.

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26 août 2017

FEMME ET ARTISTE PEINTRE À MARRAKECH EN 1929-1933 - MATHILDE ARBEY

MATHILDE ARBEY, UNE DES PREMIÈRES FEMMES A PLANTER SON CHEVALET DANS LA VILLE ROUGE

Beaucoup d'artistes peintres de sexe masculin ont exercé leur art à Marrakech dès le début du XXe siècle. Le Maréchal Lyautey a encouragé les artistes en créant des concours et des prix. Son but était de faire connaître le Maroc, son charme, ses atouts et l'art de vivre des marocains. Le blog a présenté plusieurs de ces artistes, ainsi qu'une femme Jeanine Guillou aussi artiste peintre, d'abord épouse du peintre d'origine polonaise Olek Teslar, puis d'un autre peintre Nicolas de Staël d'origine russe rencontré à Marrakech. Mathilde et Jeanine ont pu se connaître, mais Mathilde est arrivée la première à Marrakech en 1929. 

ARBEY-mrk-1932-La-MenaraMathilde Arbey aime les couleurs moirées, elle privilégie l'impression générale sur le détail. C'est particulièrement visible sur la silhouette de l'Atlas, qui n'est pas exactement celle que connaissent les marrakchis.

Peu d'artistes hommes se sont intéressés aux POUPÉES qui font partie de la tradition d'accueil des marrakchis à de hautes personnalités. 

Marrakech_Les-Poupées-1929-32-Mathilde_Arbey  Les femmes restent assises pendant de longues heures en attendant la personnalité et son cortège, elles ont habillé les poupées de vêtements de fête, mais ce sont les hommes du premier rang qui font danser les caftans et leurs couleurs. Les femmes, elles, papotent et se préparent à lancer leurs youyous lorsque le récipiendaire apparaîtra.

Marrakech_Place-Djemaa-el-Fna-1932-Mathilde-Arbey La place Djemaa el Fna en fin d'après midi. Quand les ombres s'allongent, les chalands se lèvent de leurs siestes.

Mathilde--Arbey-MRK-1930

Mathilde ARBEY, née en 1890 est au début de sa quarantaine quand elle s'installe à Marrakech. Ses oeuvres y sont datées de 1929 à 1933.

Promenade à Marrakech. Femme, elle met en valeur la femme marocaine, sans oublier totalement l'homme marocain. Elle utilise volontiers le pastel pour mettre en valeur les couleurs de Marrakech.

Elle s'est formée à l'École des Beaux Arts de Paris avec les Maîtres Jean-Paul Laurens, Fernand Humbert et Fernand Sabatté. Elle s'est distinguée dès le début de ses études et obtient des bourses pour les poursuivre. Elle expose à Paris dès 1919, et peu après sa venue au Maroc, elle obtient la médaille d'or des artistes français en 1930, pour un portrait qu'elle avait réalisé avant sa venue au Maroc.

Mathilde-arbey-Prix-1930Reproduction en noir et blanc sur carte postale du portrait primé

Après Marrakech elle ira à Rabat et Salé, Tunis et Kerouan, puis Bruges. Longtemps célibataire, elle se mariera tardivement à Maurice Miniot (juillet 1941), peintre comme elle, mais moins célèbre.

Son atelier est à Paris-Auteuil, qu'elle a installé au 57 rue Chardon Lagache.

Arbey-Cypres-de-Dar-Moulay-Ali-009 Femme marchant aux abords des cyprès de Dar Moulay Ali (résidence du chef de Région, à l'époque, le général Catroux).

Notre peintre laisse les charmeurs de serpents, conteurs et acrobates à ses collègues masculins. 

Arbey-Halka-MRK-010

 Jeunes chanteuses sur La place

Mathilde Arbey expose à différents Salons annuels de Paris :
-Le Salon d'Automne entre 1919 et 1924,

- Prix de la Cie Paquet en juin 1929, Prix de la Cie de Navigation mixte en 1931
-Le Salon des Tuileries en 1931,
-Le Salon des Artistes Français où elle obtient dès 1913 la mention honorable, et la médaille d'or en 1930,

- Médaille d'argent pour l'Exposition Universelle de 1937

Arbey-Mrk- souk-el-khemis

Le marché des tapis du côté de Bab El Khemis

arbey-mathilde-mrk-femme-de-marrakechNotre peintre s'intéresse à la silhouette féminine des marocaines et à leurs vêtements.

Femme de Marrakech

Mathilde illustre de ses oeuvres plusieurs ouvrages de Camille Mauclair sur Marrakech (1933), Rabat-Salé (1934), Tunis et Kairouan (1936), Bruges (1938) tous édités par Henri Laurens.

 

Elle est sensible à la situation des handicapés de la vie.


Arbey_mrk_5_aveugles  Cortège d'aveugles

Mathilde-Arbey-AutoportraitAutoportrait: Mathilde Arbey devant un chevalet- Prix Claudio Castelucho-Diana

Arbey-mrk-abreuvoir-65 A l'abreuvoir près des remparts

Arbey-Mrk-Bab-Djedid-004 En 1930, la porte de Bab Djedid, celle qui s'ouvrait vers le sud-ouest et la Ménara existait encore. Mais, trop étroite pour laisser passer un trafic  de plus en plus intense, il fut décidé d'élargir le passage et de la démolir.

Bab Djedid 

Grâce à Mathilde Arbey, nous en avons le souvenir.

Arbey-MRK-bab-Doukkala-005 Vers Bab Doukkala

Arbey-Mrk-femmes-dans-la-rueFemmes dans la rue 

Arbey-MRK-Fontaine-Sidi-el-Hassane-008

  Fontaine Sidi-El-Hassane et marchand d'eau au Mouassine

Arbey-mrk-femmes-se-rendant-au-cimetiere

Femmes se rendant au cimetière.

Arbey-MRK-Koutoubia-effet-du-matin-OO2

La Koutoubia, effet du matin 

Arbey-mrk-remparts

 

 

Les Remparts et l'Atlas enneigé.

Arbey-mrk-marabout-decembre-1929

Un marabout en décembre.

Arbey-mrk-tombeaux-saadiens

Femmes aux tombeaux Saadiens 

Arbey-MRK-Toits Les terrasses et l'Atlas.

Arbey-MRK-Un-Patio-125Femme dans un patio.

ARBEY-MRK-uneRue007 Une rue de la Médina

Arbey-Petits metiers

Petits métiers 

mathilde-arbey-dans-le-souk-de-marrakech

Une rue de la médina

Dans les souks

Dans les souks

Après ce voyage à Marrakech autour de 1930, nous remercions Mathilde Arbey pour son art évocateur de souvenirs.

Si vous avez aimé (ou détesté) certaines de ces oeuvres, vous pouvez enrichir ce blog de vos commentaires.

Si certains anciens marrakchis trouvaient dans leur héritage d'autres oeuvres de Mathilde Arbey, le blog les publiera volontiers.

 

10 août 2017

KERMESSE 1958 - ÉGLISE PROTESTANTE SANS PASTEUR POUR UN AN - BAPTEME DE MONICA

LA PRESSE REND COMPTE DE LA KERMESSE DE JUIN 1958 ET ANNONCE LA VENUE DU PASTEUR DANIEL LESTRINGANT

La Vigie Marocaine du 6 juin 1958 rapporte:  La kermesse qui s’est déroulée pendant toute la journée de dimanche, dans le jardin et les locaux de la Paroisse de l’Église réformée de Marrakech (EEAM), avenue Barthou, a connu son splendide succès habituel.

journal-kermesse-mrk-EEAM-58

Le mérite en revient à un comité aussi dévoué qu’expéri-menté et actif. L’affluence a été énorme, sans interruption, avec une proportion considérable d’enfants dont les cris joyeux ajoutaient à La réunion une fraîcheur et un charme de fête.
Les jeux ne manquaient pas: lapinodrome, boules, jeu de massacre, tirs, stand du Rhin, bar, salon de thé marocain avec fines pâtisseries.
On pouvait traiter d’avan-tageuses affaires, agrémentées du sourire des vendeuses, au comptoir des fleurs, de l’épicerie, des ouvrages de dames.
Le réconfort gastronomique ne faisait pas défaut, à midi et le soir. Simon (le boucher-charcutier Fankhauser), aidé de Bertrand (le photographe) avaient magistralement cuisiné une choucroute de première classe et, hors programme, une alléchante fondue. 
Le salon de peinture

Jacques-Majorelle-Kasbah-de-l'Atlas-l

Avec une belle générosité, les artistes de Marrakech avaient offert des oeuvres de valeur à la kermesse: un tableau de Jacques Majorelle, acquis par M. Paul Jorion, consul général de France, quatre tableaux de Ch.-O. Holbing, dont une casbah, acquise par Lady Steel Midland, un dessin de Rose Ercole, un tableau de Belami, deux tablotins de M.-J. Revel.
Les personnalités La kermesse a été honorée de la présence du pasteur Clot, venu de Casablanca, de M. Paul Jorion consul général de France, M. Carton, consul de France, M. Wachsmuth, vice-consul de Suisse, M. Géminel, vice-consul du Portugal et Mme Géminel, le R.P. Edmond (paroisse des Saints-Martyrs), Lady Steel Midland, commandant Jouffroy, major de la garnison, et Mme Jouffroy.

On entourait beaucoup le colonel Kocher, ancien chef d’Etat Major de la Division de Marrakech (1947-48), qui à la place du pasteur avait officié au culte du matin au Temple de l’Hivernage.

La paroisse de l’Église protestante (EEAM) va recevoir son nouveau pasteur
Au cours de cette semaine la paroisse de l’Église protestante de Marrakech va recevoir son nouveau pasteur, M. Daniel Lestringant venant de Kénitra.
Nous lui présentons nos souhaits respectueux de bienvenue. Il succède à M. Le pasteur Jean de Mondenard, qui a quitté depuis plusieurs mois notre ville où il a laissé de profonds et durables souvenirs - ainsi que de très nombreuses amitiés.
(La Vigie, édition de Marrakech, 6 juin 1958).

Pasteurs-EEAM-Maroc Deux couples pastoraux incognito à Casablanca - A gauche Pasteur et Mme Lestringant à droite Pasteur et Mme de Mondenard. 

Historique résumé des protestants à Marrakech

Dès 1890 un culte protestant fut créé à Marrakech, mais en anglais. La Southern Morocco Mission de Glasgow avait formé une petite communauté en médina autour d'un dispensaire de soins médicaux pour les marocains, notamment pour les mères marocaines qui accouchaient, et pour les enfants à vacciner ou à soigner; le dispensaire était situé Derb Toubib. (c'est de l'activité médicale gratuite de ces écossais qu'est venu le nom du derb).  Le vice-consul anglais Alan Lennox et sa famille qui habitaient Dar Tounsi faisaient partie de cette première communauté protestante.

Dans sa brochure de juin 1913 exposant les services mis en place à Marrakech et donnant le plan de la ville, les services du général Brûlard indiquaient qu'un pasteur protestant était à Marrakech. En fait ce n'était pas exact à 100%. Il y avait un pasteur qui venait occasionnellement de Mogador: le pasteur Zerbib mais il était âgé et est mort en 1920; il n'est pas venu souvent. Il y eut aussi le pasteur Jalabert, il avait accepté les fonctions d'aumonier militaire et visitait régulièrement les régiments de la Légion étrangère cantonnés dans plusieurs villes du Maroc; un régiment Étranger d'Infanterie avait sa garnison à Kasbah-Tadla jusqu'en juillet 1917, ensuite au camp du Guéliz à Marrakech, mais i'aumonier Jalabert était souvent aussi à Fez où il y avait d'autres légionnaires. 

Puis vers 1922 le pasteur Serfass est nommé aumonier militaire à Casablanca, et dessert  plusieurs villes de garnison et occasionnellement Marrakech. Il vient un jour ou deux tous les deux mois, invité notamment par le Chef de région le Général Chopin de La Bruyère qui est aussi protestant. D'autres comme les familles Bruniquel, Beerli et Paul Chavanne, de même le Dr Gilloin forment la petite communauté protestante de langue française. 

Pasteur-aumonier-Jules Roche

Un deuxième aumonier militaire est nommé sur Fez et Meknes vers 1930, il s'agit du pasteur Jules Roche, ce qui permet au pasteur Serfass d'avoir plus de temps pour Casablanca et Marrakech. Puis au pasteur Serfass succède à Casablanca le pasteur Théo Calas.

Certains vieux marrakchis se souviennent de l'aumônier Jules Roche qui après Fez a été muté à Marrakech en 1938, comme aumônier de la division de Marrakech (qui comprenait aussi Agadir, Ouarzazate, Safi, Essaouira où il se déplaçait occasionnellement).  Il avait à sa  disposition une maison marocaine vers l'entrée du Mellah et y organisait les cultes protestants où venaient tant les civils installés à Marrakech que  les militaires de passage. Il a contribué aussi à soutenir le scoutisme : Il était commissaire pour les Eclaireurs de France et les Éclaireurs Unionistes. Ses formations incluaient aussi les Éclaireurs Israélites. Ceux qui l'ont connu se souviennent aussi de sa barbe.

En 1943 un grand terrain est choisi pour faire construire un temple dans le quartier de l'Hivernage. Mais avant de construire un vrai temple, il est décidé d'édifier des salles de jeunesse au fond du terrain. Ces salles devaient pouvoir servir dans l'immédiat de lieu de culte provisoire. Mais dix ans plus tard le provisoire devenait définitif.

bapteme-ducou-monique

En décembre 1945 les cultes protestants peuvent se faire au temple du quartier de l'Hivernage, mais le pasteur Jules Roche est sérieusement atteint par le typhus, il doit s'arrêter et obtient sa retraite d'aumonier militaire. En son absence c'est le pasteur Théo Calas qui vient de Casa pour par exemple célébrer un baptême. Ce sera le cas pour le baptême de Monique DUCOU. Elle nous en a confié une preuve, la photo prise ce jour là sur le balcon de l'immeuble Gidel où le pasteur en robe est accompagné de sa marraine Gabrielle Stépan et de son parrain, le dentiste Jean Caillères.

Monique : "En me plongeant dans mes cartons et mes albums, je suis tombée sur une photo de mon baptême et j'ai relu le passage écrit par mon père sur ce sujet. Je le trouve attendrissant et j'ai envie de le partager...."
 
"Peu après la naissance de Monique, le choix des parrain et marraine fut arrêté.
Maman et Papa auraient bien désiré que le baptême fut célébré à Casablanca où leur union avait été bénie par le pasteur Théo Calas. Mais il n'était pas possible de se réunir tous pour cette cérémonie.
Il fut donc décidé que le baptême aurait lieu à Marrakech pendant les vacances de Noêl. L'aumonier militaire, le Pasteur Jules Roche devait donc baptiser Monique le 30 décembre 1945.
Il n'en fut pas ainsi. "L'homme s'agite mais Dieu le mène."
Le Pasteur Roche fut immobilisé à Casablanca, terrassé par le typhus. Sa vie fut en danger pendant une dizaine de jours. De meilleures nouvelles parvinrent à Marrakech. S'il était hors de danger, il ne fallait pas penser le revoir à Marrakech avant le mois de Mars. C'est avec tristesse qu'il fallait différer la date du baptême de Monique alors que tout le monde se trouvait réuni à Marrakech.
Ce fut aussi avec une grande joie que fut accueillie l'arrivée du pasteur Théo Calas, à Marrakech, venu pour célébrer un culte avec Sainte Cène. Papa lui téléphona et, sans hésitation, il accepta de baptiser Monique le jour qui avait été fixé.
Monique fut d'abord un peu effrayée de se voir entourée de tant de personnes aux visages peu connus et fondit en larmes. Mais bientôt elle retrouva le calme. Elle apprécia la cérémonie du baptême car elle n'entendait plus que la voix du pasteur, et ravie de ses gestes, que les plis de sa robe amplifiaient, elle ne cessa de lui sourire. Elle supporta courageusement l'épreuve sans pleurer. Bien qu'elle eut les yeux submergés, elle conserva, jusqu'au bout, son sourire.
Le pasteur après la liturgie, prononça une émouvante allocution dans laquelle il exprima tout le plaisir qu'il avait de baptiser Monique, fruit de l'union qu'il avait béni un peu plus d'un an plus tôt. Il dit son émotion de voir le visage souriant d'un bébé, lui qui était déjà 14 fois grand-père et qui n'avait pas encore eu la joie de connaître ses petits-enfants à cause de la guerre."

En janvier 1947 arrive le pasteur Jean de Mondenard, qui pour venir à Marrakech accepte de devenir aumônier militaire. Il partage son temps avec Agadir, Safi, Essaouira, Louis-Gentil, Ouarzazate tout en résidant à Marrakech. La communauté protestante s'était agrandie vers 1945-1947 avec des familles  avec ou sans enfants: les Aumeunier (médecins), Berlaud, Brochier (médecin), Bakkoven, Ball (restaurant Rex), Bertrand (photographe), Bizeul, Bost (professeur de Piano), Bonniot (juge au tribunal), M. Brunner, Bacle (garage Citroen), Berger, Boeuf (Dr Sté d'électricité), Christoph, Chartier-Suau, Combe (CFM), M. Cornu (ingenieur des mines), Ducou (avocat et assureur), Despieds (pâtissier), R.Duru (inspecteur régional de l'urbanisme), Fankhauser (boucherie Simon), Garçon (base aérienne), Garnier (transports), Geydan (menuiserie), Gripon (retraité armée), Haeny (comptoir Suisse), Heim (dépot de remonte), Klinger, Lafon (institutrice), Lafourte, Lassale, Lebrat, Larroumets (retraité militaire), Migot (Pt de l'AGM), Manguy-Reuilly (graines Vita), Moussu, Nouguier (radio BA707), Perrenoud (comptable Sté Electricité, Perrier (Dr Défense des végétaux), Quarmenil, Rousseau (professeur), Sahi (officier GT514), Saint-Germain (épicier), Schmied (greffier et institutrice), Schweizer (plombier), Wachsmuth (Dr Moulin Baruk et prof de math), Paul Zeender (immobilier)en comptant les plus anciens des débuts: les Bruniquel, les Beerli et les Chavanne.

Les cultes ont lieu au temple de l'Hivernage et les groupes d'enfants et d'ados s'y rassemblent. En 1952, les protestants de Marrakech souhaitent avoir un pasteur civil qui disposerait pour Marrakech de plus de temps qu'un aumonier militaire et cherchent à construire un presbytère. C'est à cette époque que les protestants reçurent  en leg une belle villa située avenue Barthou au Guéliz.  

En 1953, les protestants de Marrakech demandent au pasteur Jean de Mondenard de devenir leur pasteur civil. Il accepte et pour celà démissionne de l'armée. La villa est agrandie et de vastes locaux pour la jeunesse, dont une modeste salle de spectacle, sont construits sur le même terrain.

En 1954 il est décidé d'agrandir et de rénover le temple de l'Hivernage. Raymond Duru, architecte  et responsable de l'urbanisme sur la Région réalisera les plans et surveillera la réalisation.

D'autres familles font partie de la paroisse de Marrakech sans compter celles du bled et la plus part des militaires: les Auberson, Arrondeau, Accart (médecin), Amy, Bataillard, Buttet, Bertrand JJ (Cie Marocaine), Buresté, Bailly, Breton, Boucry, Bassoli, Bignon, Bouffard, Brutsche, Bruègne, Barbey, Bechara, Boggia, Beer (Mamounia), Besana, Brochon (BE707), Calas, Crouzet, Chamorel, Couleru, Couchy, Cheynel (architecte), Delpuech (SJS), Druyer, Delavierre, de Douville-Maillefeu, Decorterd, Duclos, Dosnon-Vassas, Ducros, Denize, Eggink, Fehst, Forel, Trindel (instituteur), Fourets, Fesquet, Franceschi, Falkenrodt, Guiraud, Gauthay, Garzena, de Greyerz, Grand d'Esnon, Hébrard, Husen, Hoka, Holbing (artiste peintre), Hirsch (sage femme), Heraut, Jovert, Jarmolinsky, Jaccoud (médecin), Kopp, Kynel (photographe), Knecht, Kreitmann, Kellermann (chaussures Bata), Lobstein, Lebas, Lummech, Léridon (police), Lapierre, Lefevre, Leonhardt (BA707), Lopez, Lyautey (Pierre), Martinez, Mautner, Muller, Million, Moeglin, Monniot, Maerten, Manton, Morin (services municipaux), Mas (médecin), Monroe, Nussli (BA707), Nahmani, Noé, Oustry, Rappas-Malarte, Pernoux, Peets-Tagapera (médecin, Perret, Pratz, Puget, Petrachevitch, Ramming, de Rham, Rousseau (proviseur lycée), Ramelet, Riegert, Ruel, Roy J., Rosenq, Rouilly, Schvoelel, Stojko, Seidenbinder (manufacture Pitteri), Soudant (professeurs), Strasser, Scherrer, Seguin (armurier), Serramoune (GT514), Susini, Soyer, Sautter, Surleau (Souhela), de Tienda (médecin), Telon, Torrente, Teyssier, Venker, Vergara (enseignant), Walk (géologue), Weiss, Woehr,..  Environ 120 noms de famille, plus ou moins connus se sont ajoutés aux 50 noms de 1947.

Cependant en 1956, quelques familles commencent à quitter Marrakech.

En juillet 1957 le pasteur Jean de Mondenard appelé par les protestants de Toulouse rejoint le Sud-Ouest avec sa famille. Les protestants de Marrakech s'organisent pour vivre une année sans pasteur.

C'est pendant cette période qu'a lieu la kermesse 58 dont parle le journaliste de "La Vigie marocaine". Il n'est pas rare qu'une paroisse protestante reste une annnée sans pasteur. En effet chaque paroisse dispose d'un Conseil presbytéral, formé de Conseillers élus par les membres de la paroisse. C'est ce conseil qui veille à la vie de la paroisse. Pour les cultes, en cas d'absence de pasteur pour un an, ils les font eux-mêmes en partie et invitent des prédicateurs venus d'ailleurs de temps à autre (ce fut le cas avec le colonel Louis Kocher).  Le président de ce conseil presbytéral à cette époque fut l'architecte Raymond Duru, il y avait aussi dans ce conseil Mme Bruniquel, Mme de Rham, M. Lobstein, M. Perrenoud et M. de Tienda.

Lestringant-ane-1961

En juin 1958 arrive le pasteur Daniel Lestringant et sa famille, il restera plusieurs années.

Un film où l'on voit le pasteur Lestringant place Djemaa el Fna a été tourné par Maurice Calas.

Les élèves et professeurs du lycée Victor Hugo auront connu ses enfants: Anne-Marie, Isabelle et Pierre-Yves Lestringant;

Aujourd'hui la paroisse protestante de Marrakech est toujours dans le presbytère et les salles de l'ancienne rue Barthou. Le même escalier permet de monter à la terrasse et les bancs sont toujours les bancs de 1945. Un afflux de protestants d'Afrique subsaharienne a apporté un nouveau dynamisme. Voir sur Youtube:https://www.youtube.com/watch?v=gxG9lzCClbI

Merci à Monica d'avoir partagé la photo de son baptême et les propos de son père sur cet événement. Merci à celles et ceux qui ajouteront dans les commentaires leurs souvenirs de ces personnes qui ont participé à la vie de Marrakech tout aulong de ces années. En espérant que cet article servira à renouer des contacts.


28 juillet 2017

L'OUKAIMEDEN 1954-1957 EN FILMS

DSC_0089 - Copie

Jean-Paul et Gérard HINDIÉ partagent avec nous une autre oeuvre du peintre Max MOREAU datée de 1950 à Marrakech. (cliquer sur la photo pour agrandir). Elle a rejoint d'autres oeuvres du peintre qui se trouvent sur ce blog à MAX MOREAU

Maurice-Calas-54

MAURICE CALAS NOUS PERMET DE VOIR DES FILMS DE VACANCES DE SKI À L'OUKA ET D'ESCALADE AUTOUR DU TOUBKAL

Nous le remercions de ces évocations par des images animées qui nous rappellent les lieux, les moniteurs d'escalade et de ski et les marrakchis.

Maurice-calas-au-moussem  Maurice Calas est un pur marrakchi; il a étudié à l'école du Guéliz, au Lycée Mangin, il a suivi une formation professionnelle en téléphonie pour entrer aux PTT du Maroc. Parallélement il s'est investi dans le scoutisme unioniste et est devenu l'un des chefs éclaireurs de Marrakech. C'est par ailleurs un passionné de photographie et de cinéma. Le blog contient aussi plusieurs de ses histoires décrites d'une plume alerte. Il est toujours avec la caméra en bandoullière et immortalise les souvenirs des Moussems à Avignon.

Il partage avec nous, en cet été 2017, deux films tournés au gré des vacances de mardi-gras ou de Noël pour les skieurs et de juillet -aout pour les montagnards. Soixante ans déjà!

D'abord les vacances des skieurs : https://vimeo.com/album/4682942

Cinq séquences dans l'ordre:
1 - Oukaimeden  Mardi Gras 1954 - (1ere séquence): Paul Cornu et la première caravane remorquée par la route de l'Ouka. 

caravane-Paul-Cornu

Paul-Cornu-Ouka

De la Koutoubia au Chalet Jeunesse et Sports par le col du Taureau - Tizi Taliouine. 

Paul Cornu monte à l'Ouka avec sa 203 à toit ouvrant la première caravane par la route en lacets. Qui se souvient de Paul ?

chalet-SJS-ouka

Le chalet du SJS venait d'être agrandi d'une aile côté sud dont il est possible d'apercevoir les 2 étages de 3 fenêtres. 

2 - Vacances de Noël 1954 à l'Ouka - (2e séquence) -Le camp des éclaireurs (EUF) , chalet de M. Vivet et le camp des éclaireuses (FFE) dirigé par Mme Aumeunier. 

Camp-EU-Noel-Vivet Saurez-vous vous reconnaitre ou identifier des visages connus ? 

Madame-Aumonier-FFE Mme Aumeunier habitait 1 rue Arrighi. Certains se souviendront aussi de ses cinq enfants et des éclaireuses.


Jacques Delavierre et Simone Perrenoud  

Famille-Salmon-ouka On retrouve des personnes connues : ...M. Salmon (PTT) et famille. 

Raymond-carnuccini-cameraman

Raymond Carnuccini cameraman officiel

Il est ici de dos, mais sur d'autres séquences il est de face.

Bataille de boules de neige

3 -Oukaimeden Le Petit Téleski (3e séquence)

le-petit-teleski

André Besson moniteur Ski-Montagne 

M2M-petit-Teleski

...avec un blouson acheté chez GÉDA 
Christian Léonhard, moniteur pilote

4 - Oukaimeden Mars 1955 (4e séquence)

Ski en poudreuse avec André Besson 

Winiewski-ecole-de-ski

Ecole de Ski :Mlle Winiewski, 

Rambaud-moniteur

 M. Rambaud, 

Eddy-Nussli-Ouka

Eddy Nussli,  

Famille-Rambaud-ouka

Famille Rambaud,  

Rambaud-fils-famille

Bozon-moniteur

M. Bozon, moniteur. fait la démonstration des principaux apprentissages du ski devant son groupe

5 - Oukaïmeden 1956. (5e séquence) Coupe de ski cadet, table d'orientation et sauts à ski sur le premier tremplin d'AFNCoupe-de-ski-des-cadets-1956

Coupe de ski des cadets, 

vous-reconnaissez-vous

Raymond Carnuccini, 

Raymond-Carnuccini-Potos 

La table d'Orientation (2740m) 

Georges-Sawas-table-orientation

Georges Sawas et Boucingaud repèrent aux alentours tous les sommets enneigés : Taright, Angour, Toubkal, Tazarhart, Meltsen, etc...

Toubkal-4165m Le plus haut d'Afrique du Nord mais chacun est filmé.

Tremplin-ouka Le premier tremplin de saut à ski d’Afrique du Nord fut créé à l'Ouka

BOZON-tremplin

sautteurs: Masson, Bozon, . Courjarret, Paul Chappon, Magnin,  -

Magnin-moniteur-saut

Masson-moniteur-suisse

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Deuxième film: les vacances en stage d'alpinisme: 

https://vimeo.com/album/4692575

Allez-vous les reconnaître ?

FILM TOUBKAL (Haut Atlas 1954-1956) en 3 séquences:
1 - Du Toubkal au Tazarhardt,  Durée 7'30"
(Voiture de Besson- tyrolienne-Brancardage-Glace-pont de glace) 
2 - Cirque d’Arround - Imlil -  arremd- Sidi Chaamarouch-  Toubkal- arrète     Durée 4'40"
3 - Les clochetons de l’ouanoukrim. Refuge de Lepiney- Couloir de Glace- Dans le Tazarahrt : Durée 8'

 1 - DU TOUBKAL AU TAZARHART (première séquence du film)

Toubkal-Besson-voiture

 

André BESSON, moniteur invite à sa maison Maurice CALAS et Simone PERRENOUD qui avaient participé au stage d'escalade à venir voir les photos de l'expédition.

Besson-calas-perrenoud Marrakech en septembre 1956 jusqu'à la maison d'André BESSON

chalet-SJS-ouka-été Ancienne photo du chalet . Beaucoup de personnes s'y retrouvent. Le moniteur André Bessson fait des démonstrations d'escalade et organise des entraînements: descente en rappel, passage en tyrolienne, exercice de transport de blessé en civière avec le moniteur Masson, puis c'est la randonnée qui commence... 

sur-la-piste-de-tachdirt et pour recupérer de la montée la colonne s'arrete... 

Halte-au-Tizi-n'ou-Addi Puis à nouveau jusqu'au refuge...

Tachdirt-refuge-2250m et ensuite les cascades 

Contact-avec-la-glace  une ascension 

face-nord-du-massif-de-l'aksoual-3912m travaiil au piolet, rappel entre rocher et glace, 

cordee-sur-neige Le moniteur Francis Bozon et la première cordée 

Jacques-Delavierre-cordée Jacques Delavierre et la 2e cordée 

Pont-de-glace-cordéé Passage délicat, mais assuré 

La deuxième séquence du film passe par le Cirque d’Arround - Imlil -  Arremd- Sidi Chaamarouch-  le Toubkal- arrète. Durée:     4' 40" 

jeune-berbere-cirque-d-arround

 Jeune berbère du Cirque d'Arround

cirque-d-arround  passage par la "piscine" et le refuge de... 

refuge-d-imlil-1740m Rencontres de femmes berbères 

femme-relevant-la-recolde-arremdt

Puis le gros village de 

village-arremd et par Sidi Chaamarouch vers ...

vers-le-toubkal-sidi-chamarouch   Descente sur le  

refuge-louis-neltner  puis par l'arrête sud-ouest un passage délicat avec descente en rappel,  puis ...

Sommet-Toubkal-Calas Maurice Calas à droite, sans sa camera,

Descente-en-rappel-Toubkal

puis , nouveau départ: 

vers-arrete-du-Tadaft 

3e séquence du film Les clochetons de l’ouanoukrim. Refuge de Lepiney- Couloir de Glace-Dans le Tazarahrt : Durée 8'

Clochetons-de-l-ouanoukrim Pitons, sauts encordés...

VERS_clochetons-Simone-perrenoud Simone Perrenoud

saut-encordé   Le doigt du Tadat 

doigt-du-tadat veers l'ancien et le nouveau 

Refuge-Lepiney-3300m  Passage dans le

Tazarhart-4050m et la voie la plus sportive, le...

couloir-de-glace-Tazarhart avec le moniteur-guide 

Francis-Bozon-alpiniste Pour ensuite continuer dans le 

Dans-le-Tazarhart-titre passage par l'arrête médiane, 

 Le retour au Chalet du SJSà l'OUKA avec ...

melanie-ouka-56  et aussi :

ouka-zoumzoum-danseur 

Cette page est destinée à montrer quelques photos des deux films, principalement les titres, mais les films montrent beaucoup d'autres visages que vous pourrez peurêtre reconnaître. MERCI À MAURICE POUR CES SOUVENIRS FILMÉS QUI NOUS RAPPELLENT LES MONITEURS GUIDES DE TALENT QUI PARTAGEAIENT AVEC LES MARRAKCHIS LEURS HAUTES COMPÉTENCE ET EXPÉRIENCES. 

21 juillet 2017

COMMANDANTS, CHEFS DE RÉGION DE MARRAKECH - CHRONOLOGIE

LA RÉGION DE MARRAKECH EUT SES CHEFS MILITAIRES, DONT CERTAINS AUX NOMS CÉLÈBRES.

CONNAÎTRE LEUR SUCCESSION PERMET DE RECONSTITUER LE SOUVENIR DES ÉTAPES D'UNE HISTOIRE ALLANT DE 1912 À 1958
Si vous cherchez leurs biographies ou leurs photographies, vous trouverez assez facilement l'histoire de certains d'entre eux. D'autres n'ont pas encore trouvé leur biographe. Ils font tous partie de l'histoire de Marrakech et des Marrakchis. Si nos lecteurs possèdent des informations ou des documents inédits sur l'un ou l'autre d'entre eux, le blog les publiera volontiers. 

Yves-Brayer-Danseurs_Chleuhs-Djemaa-El-Fna_1928 Danseurs Chleuhs sur la place Djemaa el Fna, Aquarelle de Yves Brayer en 1928 (Grand Prix de Rome 1930)

Mangin@Marrakech édite la première liste des Commandants de région de Marrakech. Vous ne la trouverez nulle part ailleurs sur internet.
La plupart avaient le grade de général de Brigade quand ils furent nommés. Cependant quatre commencèrent comme colonel. Il y eut aussi un civil d'exception qui fit un Intérim de sept mois entre deux généraux. Certains eurent une carrière partulièrement glorieuse.
1 - Colonel Charles MANGIN: septembre 1912 à février 1913.
2 - Général BRÛLARD Jean-Marie, Joseph, Armand : février 1913 à septembre 1914
3 - Colonel, puis Général Marie, Clément, Maurice de LAMOTHE: septembre 1914 à avril 1919
4 - Colonel, puis Général CHOPIN de LA BRUYÈRE : de avril 1919 à mai 1922
5 - Général Albert DAUGAN: mai 1922 à mars 1927
6 - Général Antoine HURÉ: mars 1927 à mai 1931.
7 - Général Georges CATROUX : mai 1931 à novembre 1935
8 - Général Jacques de LOUSTAL, janvier 1936 à février 1938
9 - Général François FOUGÈRE, février 1938 à juin 1940
10 - Général Henry MARTIN: juin 1940 à février 1943
11 - Général Georges LE DIBERDER, février à septembre 1943 
12 - Général Robert ASTIER DE VILLATTE: septembre 1943 à septembre 1944
13 - Colonel, puis Général  Antoine, Benoit d'HAUTEVILLE: septembre 1944 à juillet 1954
13bis - André HARDY, Intérim du Commandant de la Région: juillet à décembre 1954
14 - Général MASSIET DU BIEST: décembre 1954 à décembre 1955 
15 - Général Lucien BAZILLON: janvier à décembre 1956 
16 - Général Robert CHAVATTE: 1957 à fevrier 1958

Etat-Major-Marrakech L'État-Major à Marrakech-Guéliz à l'entrée du Camp Mangin

Colonel_Charles-Mangin_sur- le-djebel-guéliz-octobre-19121 - Colonel Charles MANGIN (1866-1925) Commandant la Région de Marrakech de septembre 1912 à février 1913. C'est incontestablement le plus célèbre, mais aussi son passage à Marrakech fut le plus court. Le blog a présenté plusieurs récits sur l'étonnante bataille de Sidi Bou Othmane qui délivra Marrakech d'El Hiba, celui qui voulait prendre la place du Sultan Alaouïte. Les récits du Capitaine Cornet montrent les premiers temps du commandement du Colonel Mangin à Marrakech. La rue principale du Guéliz porta son nom, jusqu'à ce qu'elle devienne rue Mohammed 5. Il décida avec les artilleurs la future configuration des fortifications du Guéliz. (voir photo)

General-Brulard-Jean_Marie_Joseph_Armand_Brulard

2 - Général BRÛLARD Jean-Marie, Joseph, Armand (1856-1923) Chef de la région de février 1913 à septembre 1914. Il était chargé aussi de la formation de l'armée chérifienne. Plusieurs méhallahs dirigées avec les grands caïds furent lancées en opération dans le Sous. Il fut le premier chef de région à  faire établir une brochure sur Marrakech avec ses activités commerciales, culturelles, les noms des principaux notables et responsables administratifs, ainsi que les perspectives économiques. Cette brochure accompagnée d'un plan de ville fut publiée en juin 1913. C'est sous son commandement que les premières maisons et bâtiments du Guéliz furent lotis et construits. La guerre en Europe requis la mutation du Général Brülard au commandement de la 2e Division d'Infanterie et lui fit cesser son commandement à Marrakech et au Sud en septembre 1914. 

Plan-de-Marrakech-en-1913

colonel-maurice-de-Lamothe-1913

 Ce plan de 1913, orienté à l'ouest, montre à côté de la Koutoubia la Résidence des Commandants chefs de Région: "Dar Moulay Ali" et la première localisation de l'État-Major.
3 - Colonel, puis Général Marie, Clément, Maurice de LAMOTHE (1866-1929), commanda la Région de septembre 1914 à 1919. Une rue de Marrakech porta son nom, elle s'appelle aujourd'hui avenue Yacoub el Mansour. D'abord collaborateur du général Brûlard en décembre 1912, le colonel de Lamothe prenait la direction du Service de renseignement du Maroc courant 1913. "Dès le début de son séjour, il se liait d'une sincère amitié avec les grands caïds, dont il avait si habillement su saisir la mentalité et, chose plus difficile lorsque l'on a la redoutable charge de mener la politique de Lyautey, il parvenait bientôt à leur inspirer confiance par la franchise de ses manières." Il fut promu général de brigade en septembre 1916 et après ses succès militaires sur la rebellion en fevrier-mars 1917, il reçut la cravate de la Légion d'Honneur par Lyautey en juin 1917. Il eut la difficile charge de maintenir une activité à Marrakech et le Sud, alors que la plupart des troupes étaient parties en Europe exposant le Maroc à la propagande allemande qui avait réussi à convaincre plusieurs de nos légionnaires allemands de déserter et de conseiller les troupes du dissident El Hiba et de les armer. C'est avec son appui et celui du Glaoui que fut tourné à Marrakech le premier film d'acteurs au Maroc : Mektoub. Il partit de la région de Marrakech vers avril 1919 pour commander la 2e Division en Syrie, et fut promu  général de Division en décembre 1921.

Revue-d-adieu-du-general-de-la-bruyereFrance-Maroc_General-de-la-bruyere-défilé-mai-1922

4 - Colonel, puis Général Etienne CHOPIN DE LA BRUYÈRE  (1868-1937). Nous ignorons la date exacte de sa prise de fonction comme commandant de la Région: probablement avril 1919. Le Colonel de La Bruyère avait participé à la prise de Marrakech sous les ordres de Mangin, comme chef d'Etat-Major de la Colonne.(photo: Revue d'adieu du général de La Bruyère sur l'Avenue Mangin) Il revint à Marrakech après avoir combatu à la Guerre de 1914-1918 à la tête d'un régiment de cavalerie et après le départ du général de Lamothe. Avec madame Hélène de La Bruyère, fille du Général d'Amboix de Larbont, il accorde un intérêt particulier aux questions médicales et d'hygiène, ce que poursuivra son successeur. Il s'occupe aussi beaucoup d'agriculture et d'élevage. Il met en place le lotissement de La Targa et celui de Tassoultant-Tabouhanit. Il donne plus d'ampleur à la Foire de Marrakech et organise un concours hippique. Il devient général de Brigade en mars 1921. Il fut le premier officier général à visiter le fief Glaoua à Telouet. En sa présence, place Djemaa el Fna Lyautey piqua une colère mémorable,en piétinant son képi furieux de voir que des dérogations aux règles d'urbanisme avaient été autorisées d'une part au Glaoui et d'autre part à un riche investisseur israélite par les services municipaux du colonel Demetz.  Le général de La Bruyère quitte Marrakech en mai 1922 après avoir géré la visite en avril du Président de la République Millerand.
Par la suite, en 1923, il commande le 3e groupement régional de cavalerie et sera promu général de Division cette même année.

General-Daugan-Casa-1925

5 - Général Albert DAUGAN, ( 1866-1952), Commandant la région de Marrakech est présent en mars avant le départ du Général de La Bruyère. Ils sont reçus ensemble par l'Association des Agriculteurs et des éleveurs.(19 mars 1922). Il était général de brigade depuis avril 1918 et avait commandé la Division Marocaine dès 1917. Il restera Commandant de la région de Marrakech jusqu'en mars 1927. Entretemps en 1923, il sera promu général de Division et en 1927, Commandant de Corps d'Armée.
Le 7 mai 1924, il assiste à la Heida du sultan Moulay Youssef. . De mai au 6 juillet 1925, il reçoit le commandement du Front nord dans la bataille du Rif et c'est le Général Naugès qui assure l'intérim de deux mois à la Région à Marrakech.

Insigne de Division de MRK

En 1926, la route de Telouet par le Tizi n'Tichka est terminée et le général lance une tournée d'inspection de sa région. Il est aussi célèbre à Marrakech par son épouse la générale Daugan qui créa La goutte de lait. Ce n'est qu'à partir de 1923 qu'on parle de la "Division de Marrakech", symbolisée par un insigne où figure la Koutoubia, l'Atlas enneigé et le poignard des Goums, avant on parlait de "subdivision"
Cependant, en 1927 le général Daugan est muté et reçoit le commandement du 16ème Corps d’Armée à Montpellier. Grand croix de la Légion d'Honneur en juillet 1929.

General-Huré-Resident-general-Steeg-decembre-1928

6 - Général Antoine (Jules, Joseph) HURÉ (1873-1949) Commandant la Région de Marrakech de mars 1927 à mai 1933, après avoir été Commandant du Génie du Maroc. (La photo le montre lors de l'inauguration de la Gare ferroviaire de Marrakech en novembre 1928, derrière le Résident Général Steeg). Il s'intéresse comme ses prédécesseurs à la Foire de Marrakech. Il est confronté à la rebellion de plusieurs tribus dans l'Atlas et le Sud. Il pratique la politique de pénétration pacifique chère à Lyautey. M. Bartel-Noirot témoigne: "Le général Huré venait de recevoir la soumission de deux grandes tribus qui lui avaient porté 4000 fusils, sans aucune bataille, sans aucune querelle. On l'avait convoqué, il est allé au rendez-vous et il a reçu la soumission de ces gens; et quand il a eu terminé sa conférence avec ces chefs, il leur a dit : "Et maintenant, qu'est ce que vous désirez ?" Nous désirons quatre voitures automobiles et deux camions pour nos tribus.". Voilà avec quoi on obtient le recul de la rebellion dans le sud marocain."
Le 27 mai 1931, il est promu Commandant supérieur des troupes du Maroc et laisse le commandement de la région de Marrakech au général Catroux.

General-Catroux-L'Afrique_du_Nord_illustrée_1935

7 - Général Georges CATROUX, (1877-1969) Commandant la région de Marrakech de mai 1931 jusqu'en novembre 1935
 Après la Grande-Guerre, il fait partie de la Mission Militaire française en Arabie, puis sert au Maroc (Direction du Renseignement), en Algérie (Aïn Sefra) et au Levant. Il devient Commandant de la région de Marrakech en mai 1931 après un stage à l'École des Hautes Études militaires.
Il s'engage dans la pacification active, ce sera le Todra, le coude du Draa, le Tazzarine-Tazhbalt, Sagho, Bou-Gafer. Imdras et Amtrous (Haut-Atlas) et la campagne de l'Anti-Atlas en 1934.
Le 4 décembre 1934, alors qu'il passait en revue la Base aérienne de la Menara, il est gravement blessé à la tête par le cable d'antenne d'un avion qu passait au-dessus de sa tête. Il subit une délicate trépanation. Le 3 juin 1935 il pose la première pierre du Casino de Marrakech.
Générale-Catroux-1935_
Appelé au commandement de la XIVe division à Mulhouse, il quitte Marrakech en novembre 1935.
Plus tard il deviendra  
général d’armée, ministre de la IVe République et ambassadeur français. Il fut l’un des principaux généraux ralliés au général De Gaulle après l'appel du 18 juin et joua un rôle prééminent dans l’action de la France Libre. 
il s'était remarié en mai 1932 avec Marguerite Jacob (1881-1959), fille d'un syndic des agents de change. Divorcée d'Hippolyte de Peyronnet puis du général Gaston d'Humières, elle était apparentée à Jean Cocteau. Ancienne infirmière, ayant reçu trois citations, elle se pencha sur la souffrance de la région du Sud en organisant la charité dans la défense de la santé et de l'hygiène. On lui doit à Marrakech le Pavillon Marguerite Catroux.

L'Afrique_du_Nord_illustrée-general-de-loustal-foire

8 - Général Jacques de LOUSTAL, (1876-1945) nommé à Marrakech en janvier 1936. Il avait commandé précédemment la région du Tadla.  Marié avec Sophie Herson de la famille du général Herson. Il est assisté d'un adjoint, le colonel Roches. (Sur la photo: S.A. Moulay Idriss et le général de Loustal accompagnés par MM. Faure, du Pac et Si Hadj Thami el Glaoui.) Il s'intéresse aux oeuvres sociales des anciens combattants français et marocains. Il encourage le tourisme et l'artisanat des tribus, notamment à la Foire de Marrakech. Il quitte son commandement à Marrakech en février 1938 pour commander la 2e division marocaine en septembre 1939. Il prend sa retraite peu après.

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9 - Général François ( Marie-Jacques) FOUGÈRE (1888 - 1954) Il commande à Marrakech en février 1938, 4 mois après avoir obtenu le grade de général de Division. En février 1939 il accueille l'Amiral Darlan à Marrakech. En avril 1939 il reçoit le général Noguès (Résident Général) venu pour l'inauguration du barrage Frédéric Cavagnac. Le 28 mai 1939 il inaugure les nouvelles installations du refuge Neltner au Toubkal.
En février 1940 il reçoit à Marrakech la cravate de Grand officier de la Légion d'Honneur. Il quitte Marrakech en 1940 pour prendre le commandement du 24e Corps d'Armée. Après l'Armistice, il commande dans le Sud-Syrie.
10 - GÉNÉRAL Henry (Jules Jean Maurice) MARTIN (1888-1984)   Commandant la division de Marrakech à partir de Juin 1940.  Le 30 novembre 1940 il accueille le général Weygand à son arrivée à l'aéroport Ménara. Fin octobre il reçoit les généraux Huntziger et Juin.

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 Jean Borotra, ministre des sports de Vichy vient parler "jeunesse" et "sports" à Marrakech le 21 avril 1941. Il serre la main des foutbaleurs du SAM. À gauche le Général Martin.  Le 18 décembre 1941, le général Martin reçoit le général Laure, venu pour inspecter la "Légion" du Maréchal Pétain. Le 4 janvier le Général Noguès lui remet la plaque de Grand officier de la Légion d'Honneur. Le 27 février 1942, il reçoit le ministre de l'intérieur Pucheu qui baptise l'avenue "Philippe Pétain" au Guéliz. Il inaugure la 21e foire artisanale de Marrakech le 5 avril 1942. Il a pour adjoint le général Le Diberder. MM Fauré et Brunel sont les commissaires de la foire-exposition. Le 8 novembre 1942 le débarquement des troupes américaines de l'opération Torch changent la donne politique. Début aout 1943, il est disgracié par Vichy mais il commande déjà la 4e DMM depuis juin. Le général de Gaulle est à Rabat avec le nouveau Résident général Gabriel Puaux. Il laissera la 4e DMM au Général Sevez pour prendre la tête de la 1ere armée française qui débarquera en Corse, à l'île d'Elbe et plus tard en Provence.
11 - Général Georges LE DIBERDER (1885-1974) Il commandait le 3eRTM en 1937 avant d'y être nommé officiellement en mars 1938. Par sa nomination à Marrakech le 25 septembre 1941, il commande seulement la ville; mais assez rapidement il devient l'adjoint du Général Martin pour toute la Région de Marrakech. De juillet à septembre 1942 il fait l'intérim du Chef de région de Fez, puis revient à Marrakech. L'opération Torch du 8 novembre 1942 entraîne de profonds changements politiques et militaires. Le général Martin prendra la commandement de la 4e DMM et le Général Le Diberder lui succédera à Marrakech.
En juin 1943 il y eut une prise d'armes à Marrakech à l'occasion du passage d'un détachement de goumiers de la Région de retour de Tunisie. Le Général Le Diberder passa en revue les Goums, les troupes de la garnison de Marrakech et un détachement de l'Armée américaine. Les goums avaient ramené une partie du butin pris à l'ennemi: camions italiens, voitures allemandes et canons de DCA. Nous manquons de photos sur cette période. Le général Le Diberder deviendra le Directeur du Musée de l'Armée à Paris.
12 - Général Robert ASTIER DE VILLATTE - (1895-1986); De 1936 à 1939 il est en poste en indochine à Tien-Tsin. Puis nommé au commandement du 12e régiment de tirailleurs sénégalais. Nommé Chef de Région de Marrakech le 10 septembre 1943, il y restera jusqu'en septembre 1944. Il y accueillera Sir Winston Churchill venu soigner ses poumons au retour de la conférence de Yalta. Il le rencontre à la Villa Taylor ainsi que Lady Churchill. C'est à ce moment que se produit l'entrevue de Churchill avec le Général De gaulle (janvier 1944). Astier de Villatte sera ensuite à la subdivision de Montpellier en 1946, Général de Division le 20 février 1947, Commandant de la 9e Région militairre en 1949 et terminera sa carrière comme Commandant des Forces françaises en Afrique Centrale, puis Inspecteur des réserves de l'Armée de Terre. Il avait épousé en 1919 Mathilde Bourgès. Nous manquons de documents et de photos sur cette année.

Gal d'Hauteville1951

13 - Colonel puis général d’HAUTEVILLE -(Roger-Marie-Antoine-Benoit) (1895 - 1970).   Marié en 1929 à Kathleen Mac Carthy. Au 2eRTM en 1935, puis il commande le territoire d'Agadir avant d'être appelé au poste de directeur du cabinet militaire du Résident Général Gabriel Puaux à Rabat. Il est nommé Chef de la région de Marrakech en septembre 1944. Il le restera jusqu'en juillet 1954, soit presque 10 ans. Photo devant la carte de la Région- Réalités 1951- 
En été 1953 apparait le coup de force du Glaoui qui rassemble la plupart des caïds à Moulay Idriss décidés à destituer le Sultan. Puis rassemblement à Marrakech pour élire un nouveau Sultan avant de marcher sur Rabat. Le nouveau Sultan Sidi Mohamed ben Moulay  Arafa fut élu à Marrakech le 13 aout 1953, jour de l'Aïd el Kébir. le surlendemain 15 aout, deux policiers, (Migot et Coulon), sont tués place du Méchouar. Le Général Guillaume informé écourte ses vacances à Vichy, mais arrive trop tard, le nouveau Sultan est élu et dans les premiers temps il est acclamé par les marocains de tout le Maroc..
Marrakech, ville jusque là calme, va être visée par des nationalistes  de Casablanca : Attentat à la grenade faisant des victimes autour de Moulay ben Arafa le 5 mars 1954; Assasinat du commissaire Monier le 15 mai 1954, le 25 mai une grenade est lancée dans la foule : 2 morts et 20 blessés; le dimanche 20 juin le général d'Hauteville qui traversait à pied la place Djemaa el Fna pour se rendre à la messe de derb nakous reçoit dans le dos une balle de révolver. Le 23 juillet c'est Jean Thivend, Délégué aux affaires urbaines qui est tué.
Sur le Conseil du général d'Hauteville, commençant une longue convalescence, le Résident général Francis Lacoste nomme le contôleur civil André Hardy pour assurer l'intérim de Chef de région.

Andre-Hardy_1908-1980

13bis -Contrôleur civil André HARDY (1908-1980) intérim du chef de Région de Marrakech de juin à décembre 1954.  Après avoir obtenu son diplôme au Centre de hautes études d'administration musulmane, il réussi, en 1931, le concours pour devenir contrôleur civil. Le contrôleur (Sidi el Hakem) jouait le rôle de commissaire du gouvernement et participait aux enquêtes.
En 1935, André Hardy est nommé premier adjoint à Berkane où il reste jusqu'a 1937, puis à Salé (1937-1937), Chemaia (1938 - 1941) et à Casablanca (1941 - 1943) .
En 1944, il devient directeur du service de Sécurité en Tunisie puis occupe différents postes à Jérusalem et à Damas. Il poursuit sa carrière à Marrakech en 1951.
D'abord au Secrétariat Général de la Région, il devient l'adjoint du général d'Hauteville, pour les territoires extérieurs. Puis après sa blessure par balle, il assure l'intérim de Chef de région. 
Sur la ville de Marrakech André Hardy fut confronté à la "Guerre des boutiques fermées" qu'il enraya. Le lanceur d'une grenade qui n'explosa pas fut ceinturé et à partir de son témoignage il fut possible de remonter toute la bande des sept ou huit terroristes des attentats précédents animée par un fquih depuis Casablanca dont faisait partie en particulier un ancien sous-officier de la guerre d'Indochine. Dès leur arrestation Marrakech retrouva son calme. André Hardy redevient adjoint en décembre 1954 du nouveau Général.
Père de sept enfants, il part pour la France avec sa famille en juillet 1956.

general-massiet-du-biest-decembre-1955

14 - Général Jacques, Louis, Marie MASSIET DU BIEST (1898-1972) Général de Division, Il avait participé à la Libération de Marseille avec les Goums quand il était colonel. Il était chef de la région d'Agadir; Il prend le commandement de la Région de Marrakech en décembre 1954 - Il le restera jusqu'en décembre 1955 atteint par la limite d'âge de son grade. Sur la photo, il salue les officiers de la garnison à l'occasion de son départ.(coll. Salam Marrakech)
André Hardy le décrit comme un "célibataire mondain, aimant recevoir et ouvrant largement les portes de Dar Moulay Ali (Résidence des chefs de région depuis le colonel Mangin) à toute une société frivole".
Création à Marrakech du 6e RPC le 1er aout. Il n'y eut pas d'incident dans la région de Marrakech pendant cette période, mais ce ne fut pas le cas dans d'autres villes du Maroc à partir de l'été 1955. Ce fut l'agitation créée par les cinquante jours de Gilbert Grandval, puis le général Duval se tue en avion le 22 aout. Le Général Boyer de La Tour, nouveau Résident général est obligé de faire face à une agitation montante.  Il fit placer de petites garnisons dans tous les centres isolés du bled. Les poteaux téléphoniques étant sciés sans pouvoir identifier les coupables, il fit mettre en place un réseau radio. Le retour de Mohamed V en novembre fut suivi d'une grande liesse populaire. Mais à Marrakech la vie continuait dans le calme et même pour certains l'insouciance.
15 - Général Lucien BAZILLON ( 1903-1985). Commandant de la région de Marrakech de janvier à juin 1956 - Officier des Affaires indigènes du Maroc entre 1928 et 1933. Élève à l’École supérieure de guerre entre 1935 et 1937, il est nommé chef du 2e bureau à l’état-major particulier du commandant en chef d’Afrique du nord de 1942 à 1943. Chef du 2e bureau de la Mission militaire française à Londres en 1944, il rejoint la 9e D.I.C. dont il est sous-chef d’état-major.
Il sert à Rabat les deux années suivantes, puis comme colonel du 7e R.T.Sénégalais à Dakar, entre 1947 et 1949. Professeur à l'École supérieure de guerre de 1949 à 1951, il est commandant de la zone ouest de Cochinchine de 1953 à 1954. Général de brigade en 1955, il devient alors chef de la région civile et militaire de Marrakech en janvier 1956.
Il passe en revue le 6eRPC revenu du Rif. Il assiste aux obsèques du Glaoui, Pacha de Marrakech décédé le 23 janvier 1956. Pendant son commandement en février, la prise de fonction de deux responsables marocains: pour la ville de Marrakech Mehdi Sakkali et pour les territoires de la province Moulay Hafid El Alaoui. Mehdi Sakkali fut incapable d'arréter les émeutes du 2 mai qui ensanglantèrent Marrakech: assassinat du frère du caïd Sektani, puis d'un ancien Khalifa du Pacha, puis du Fqih Bou Regba, puis des incendies de maisons dont celle des Mansouri, puis le caïd Hadj Omar fut tué, en fait probablement une centaine d'éxécutions de marocains par des marocains, le nombre de morts n'a jamais été connu. Du côté français il y eut la tentative d'assasinat du Révérend Père de Prémare début mars et l'enlèvement le 12 mai du capitaine Moreau qui ne fut jamais retrouvé. La bagarre entre marocains et sénégalais fit neuf morts le long de l'avenue Mohamed V le 30 juin. En fait le général Bazillon n'est plus le Chef de région, comme l'ont été ses prédécesseurs. Il assiste à des affrontements entre marocains: actions d'intimidation de l'armée plus ou moins clandestine de Libération, élimination de ceux qui semblaient avoir soutenu Moulay ben Arafa. Le général est principalement occupé à introduire les nouveaux responsables marocains dans leurs nouvelles fonctions et d'accueillir les visites-inspections des nouveaux ministres dans les domaines de leurs attributions.

general-Robert-Chavatte-1958

16 - Général Robert CHAVATTE (Pierre, André) - (1901-1990) Jeune officier il avait été en fonction à Marrakech puisque son fils François y est né en décembre 1932. Il fit sa carrière en Indochine dans les parachutistes de 1938 à 1956. Il y acquit une grande popularité. Les camps parachutistes sont attachés à son nom . Il fut nommé à la Région de Marrakech en 1957. Photo Salam MRK: le général est en présence du Président Justini, des anciens sous-officiers de réserve, de Monsieur Pingeon, maître tailleur de la garnison et de sa fille Nicole Pingeon habillée en Madelon. Nous recherchons des précisions sur les aspectss de son commandement à Marrakech. 
Les questions concernant Marrakech et sa région sont définitivement prises en charge par les responsables marocains mis en place. Reste la présence française représentée d'un côté par un Consul de France et d'un autre côté par un Délégué militaire  au grade de général. 
Madame la Générale Chavatte présidait les réunions des assistantes sociales de la Région et rendait des services éminents dans les relations franco-musulmanes. C'est à la suite de sa promotion comme Général de Division que le Général Chavatte a quitté Marrakech en février 1958.
Cet article est une contribution à l'histoire de 1912 à 1958 à Marrakech. On aura constaté que beaucoup de biographies de ces généraux restent à faire ou au moins à enrichir de documents et de photos. Nous encourageons les lecteurs du blog à partager les informations qu'ils détiennent sur ces grands acteurs de la ville de Marrakech et de sa région.
Cette rétrospective des Commandants chefs de région de Marrakech est originale. Elle ne peut être copiée sans l'accord écrit de l'auteur et la mention de l'édition: Mangin@Marrakech - 14 juillet 2017.

14 juillet 2017

MARRAKECH, LA PREMIÈRE VILLE DU MAROC OÙ FUT TOURNÉ UN FILM D'ACTEURS: "MEKTOUB, C'ÉTAIT ÉCRIT"

Sur votre écran France 2 propose le 20 juillet: Secrets d'Histoire : Moulay Ismaïl : le Roi-Soleil des mille et une nuits...

Stéphane Bern part à la découverte du royaume de Moulay Ismaïl (1645-1727). Un sultan au règne étincelant souvent comparé à celui de Louis XIV, dont il est le contemporain. Il accède au trône presque par accident, après la mort de ses deux demi-frères. Il n'a que 27 ans... et son règne durera cinquante-cinq ans. Moulay Ismaïl est le sultan de tous les excès : ses 500 concubines lui donneront pas moins de 700 enfants. Moulay Ismaïl demandera même la main de la princesse de Conti, l'une des filles naturelles de Louis XIV; mais celle-ci avait d'autres projets. 

LE PREMIER FILM TOURNÉ AU MAROC LE FUT À MARRAKECH ET DANS LES REHAMNAS

Les Tangerois prétendent que le film MECKTOUB fut tourné à Tanger, mais c'est une erreur et le blog Mangin@Marrakech en donne les preuves. Un révisionnisme historique semble vouloir faire oublier que Marrakech fut la première ville marocaine du cinéma avec le film de fiction : C'ÉTAIT ÉCRIT, MECTOUB, Drame de moeurs marocaines.

Même les dictionnaires du cinéma sont très imprécis parce que leurs auteurs n'ont pas bien cherché et vérifié les informations. Il faut dire que tant l'auteur du scénario, le producteur, la direction artistique et les acteurs sont restés peu connus du monde du cinéma. Seul le cameraman a tourné plusieurs films ensuite.

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-11  Même le guide le Petit futé, pourtant habituellement bien informé, le place en premier de sa "filmographie sélective sur Tanger". Erreur, il fut tourné à Marrakech et dans plusieurs douars de la région des Rehamna proches de la Perle du Sud. Pour preuve une photo du tournage, prise sur les toits de Marrakech, avec la Palmeraie proche. 

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-3  Photo Daniel Quintin 

Daniel QUINTIN qui tourna le film était officiellement "Opérateur de prises de vues" et fera par la suite d'autres films, comme La Sirène de Pierre tourné au Portugal en 1923 avec Roger Lion, de même Le fantôme d'amour, Les yeux de l'âme avec la même équipe. En 1924 il tournera L'arriviste avec André Hugon. C'était le frère du journaliste Léon Quintin. 

Des commentateurs, en raison de la date de sortie du film, le classent dans la catégorie des films colonialistes, mais comme l'intrigue du film se réfère à une histoire vécue qui s'est produite vers 1903, ils auraient mieux fait de se renseigner avant d'écrire qu'il s'agirait d'un film colonialiste . En fait il s'agit d'un drame de moeurs marocaines qui se passe uniquement entre marocains à l'époque du Grand Vizir Ba Ahmed au début du règne de Moulay Abd el Aziz. Le sénario a été écrit par Edmond DOUTTÉ, Marrakchi, fin connaisseur des moeurs marocaines, anthropologue, professeur d'université parlant parfaitement l'arabe classique, le darija et plusieurs dialectes berbères; la ville de Marrakech avait honoré sa mémoire en  donnant son nom à une des rues de la Médina de Marrakech; Il s'agit depuis 1956 de la rue Moulay Ismael. On connait aussi d'Edmond Doutté une pièce de théâtre sur une légende arabe préislamique: Imroulcaïs, coécrite avec F. Nozière et interprétée pour la première fois au théâtre Sarah-Bernardt en février 1919, par Romuald Joubé (Imroulcaïs) et Ida Rubinstein (Oum Djondab).

Le directeur artistique qui asssistait l'anthropologue était J. PINCHON d'après la fiche technique. Mais un malin pas assez futé n'a pas pensé que son prénom pouvait être Jacques, Joseph, Jules ou autre "J" et a décidé de mettre "Jean". Raté, c'était Joseph, le célèbre Joseph Porphyre PINCHON qui commença à l'Opéra de Paris comme dessinateur de costumes et qui en fut le Directeur artistique de 1910 jusqu'au début de la guerre de 1914. Il dessina les illustrations d'un grand nombre de livres pour enfants et en particulier les aventures de la célèbre bretonne Bécassine. Il réalisa un autre film après Mektoub. Ce film, MON VILLAGE fut tourné à Oberseebach en Alsace d'où était originaire sa femme. C'était aussi un film qui revenait sur le passé récent de l'Alsace. 

L'intrigue de Mektoub: Premier film inspiré de l'histoire et des moeurs marocaines.

Ould TAHAR, fils d'un riche notable de la tribu des Rehamna menait une vie de désordres. Un soir où il donnait une fête parmi les chanteuses venues pour distraire les invités, la jeune TAMOU est vivement frappée de la beauté d'Ould TAHAR. 

Le Pacha de Marrakech fait mander Ould TAHAR et lui reproche sa vie désordonnée, lui montre les châtiments auxquels il s'expose, puis, faisant appel à son honneur, le nomme caïd de la vallée du Draa.

Mektoub-France-Maroc__1918-1919-2

En partant rejoindre son nouveau poste, Ould TAHAR voit en haut de sa terrasse la jolie SAADIA, nièce du Pacha et est frappée de sa grâce... SAADIA de son côté n'est pas insensible au beau caïd. 

À quelque temps de là, le pacha reçoit la nouvelle que la tribu des Rehamna s'est révoltée. Il apprend par d'autres messagers qu'Ould TAHAR maltraite ses administrés. Il donne un ordre pour le faire comparaitre devant lui.

La chanteuse TAMOU, éprise d'Ould TAHAR va trouver un étudiant afin d'obtenir un talisman qui lui assurera l'amour du Caïd de la vallée du Draa. Comme elle est surprise dans une dépendance de la mosquée, (lieu formellement interdit aux femmes) où elle était venue trouver cet étudiant, on la conduit devant le Pacha de Marrakech.

Ould TAHAR arrive à Marrakech conformément à l'ordre reçu du Pacha et se présente tandis que ce dernier morigène TAMOU la chanteuse. Il reçoit à son tour des reproches pour ses mauvais traitements et TAMOU, inconsidéremment prend sa défense. On la conduit aussitôt en prison. L'entretien continue et le Pacha donne l'ordre à Ould TAHAR pour racheter ses fautes d'aller prendre le commandement de son ancienne tribu des Rehamna qui s'est révoltée et de la ramener dans la bonne voie... 

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-2

Ould TAHAR demande en échange la main de SAADIA qu'il n'a pas oubliée. La réponse n'est pas définitive. En sortant de cet entretien, Ould TAHAR rencontre celle qu'il aime et lui fait l'aveu de son amour.

- "Réussis dans ton entreprise... et je serai à toi." répond SAADIA.

TAMOU, conduite en prison, s'en évade et part vers la tribu d'Ould TAHAR. D'autre part le père de SAADIA décide d'éloigner sa fille et quitte avec elle Marrakech en caravane.

Ould TAHAR, arrivé chez les Rehamna, réunit le Conseil et cherche selon sa mission , à détourner les notables de la révolte. Il est interrompu par l'arrivée d'un pillard qui raconte son exploit: capture de riches voyageurs. Ould TAHAR veut punir le coupable, mais ses amis lui font comprendre que cette conduite le rendra impopulaire, il est amené à gracier le pillard et ordonne qu'on garde les prisonniers sains et saufs.

La séance du Conseil de la tribu continue et Ould TAHAR se rend compte qu'il ne peut aller contre l'opinion de tous et, malgré lui, il est contraint d'approuver la révolte. Réjouissances pour fêter sa venue, fantasia, etc...

Parmi les bateleurs venus pour cette fête, Ould TAHAR retrouve TAMOU disant la bonne aventure. Il se fait prédire sa destinée et apprend sa fin tragique en prison. Cette divination est interrompue par l'arrivée des prisonniers capturés par le pillard et qu'Ould TAHAR a ordonné d'amener. Il reconnaît avec surprise SAADIA et son père. Il hésite alors sur la décision à prendre vis-à-vis d'eux. Mais les guerriers en désordre viennent dans le camp annoncer que le Sultan marche contre la tribu. Ould TAHAR ordonne la résistance, puis congédie SAADIA et son père, les renvoyant sous une escorte sûre à Marrakech.

Puis c'est la déroute complète des Rehamna, le désordre dans le camp. Devant la fuite des siens, Ould TAHAR avec quelques uns de ses compagnons s'enfuit au galop.

La révolte des Rehamna a été étouffée par l'armée du Sultan. À Marrakech, le père de SAADIA, revenu sain et sauf et touché, autant par la générosité d'Ould TAHAR que par le désespoir de sa fille, plaide auprès du Grand Vizir la grâce du rebelle: "C'est un criminel d'Etat, il doit être puni ! " Tel est l'arrêt du représentant du Sultan.

Au cours d'une partie de campagne, dans un grand jardin, SAADIA apprend qu'Ould TAHAR va être amené enchaîné à Marrakech. TAMOU la chanteuse aussi était là et a tout entendu... Dans son désespoir SAADIA supplie TAMOU qui, comme chanteuse, à l'encontre de toutes les femmes marocaines, peut circuler en toute liberté, d'aller supplier le Grand Vizir de grâcier Ould TAHAR

- "S'il le faut, je renonce à lui... pour qu'il vive !!!"   TAMOU, jalouse jusqu'alors, promet d'intervenir. Le Grand Vizir a fait comparaître devant lui Ould TAHAR enchaîné et lui montre le supplice que méritent les rebelles: on les enferme dans une cage de fer, on les expose à la populace... puis ils pourrissent en prison. Mais Ould TAHAR plein de fierté accepte le supplice et se retranche derrière le fatalisme du Musulman: "Mecktoub ! c'était écrit!" Et alors que TAMOU remplissant sa promesse, vient supplier le Grand Vizir d'être clément, Ould TAHAR lui même refuse sa grâce et réclame le supplice des rebelles... 

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-12

SAADIA apprend de TAMOU l'insuccès de sa démarche et meurt en voyant passer sous les murs de sa terrasse là où la première fois elle vit Ould TAHAR lui sourire, le même Ould TAHAR enfermé dans une cage de fer portée sur un chameau au milieu de la populace.

FIN

(d'après l'article de Marcel Schulz)

Les conditions du tournage

Toutes les scènes ont été tournées dans les lieux mêmes où l'action se déroula; aussi bien à Marrakech dans les palais du pacha, que dans le bled au milieu des douars; tout fut pris sur le vif.

Le drame est illustré par une mise en scène somptueuse : fantasias éblouissantes, fêtes rituelles,, cortège du Sultan, etc...

Les acteurs

Les artistes sont des marocains qui en majorité jouent leur propre rôle. Les chanteuses sont de vraies chanteuses "chikhates", les moghaznis sont de véritables moghaznis et les étudiants des "tolba" authentiques, etc...

Les acteurs du film MEKTOUB sont donc principalement marocains à l'exception de deux acteurs de théâtre professionnels, dont l'une était anglaise née à Hong Kong et l'autre français d'origine belge.

Le rôle de la chanteuse TAMOU est tenu par SAIDA BENI SAÏD, première actrice marocaine

Nous n'avons pas la distribution complète disponible: Le pacha, le Grand Vizir, le pillard, etc... en revanche SAADIA, la fille du Pacha de Marrakech est jouée par une actrice du Théatre de l'Odéon à Paris: Miss Mary HARALD, qui venait de remporter un succès dans le film TIH MINH. Le rôle d'Ould TAHAR est tenu par Robert BOGAERT, aussi du théâtre de l'Odéon, moins connu que son épouse Lucienne BOGAERT et qui fut plus tard engagé à l'Athénée par Louis Jouvet. Ce furent les deux seuls acteurs qui n'étaient pas marocains.

Diffusion du film

Le film entièrement tourné en 1918 à Marrakech et dans sa région, fut mis à l'écran à Paris au GAUMONT PALACE assez tardivement, en novembre 1920. Il fut distribué également dans trois villes du Maroc: Tanger, Casablanca et Marrakech. 

Centenaire du tournage et de la projection publique: Le blog Mangin@Marrakech est heureux d'avoir révéllé aux marrakchis qu'ils peuvent être fiers d'avoir accueilli dans la Ville Rouge le tournage du premier film marocain réalisé au Maroc. Il serait heureux que les responsables du Festival International du fim de Marrakech se procurent la bobine originale du film afin d'en fêter dignement le centenaire.

Cet article a été rapidement repéré par Ali ESSAFI, qui contribue à une histoire des pionniers du cinéma au Maroc commencée par feu A. BOUANANI. Il écrit:
"Ces informations sont justement précieuses parce qu'elles permettent de rendre justice à la toute première actrice marocaine dont je n'ai trouvé trace dans aucun historique  sur les pionniers marocains du cinéma . Il n'y a malheureusement non plus aucune trace d'elle dans les génériques des films de cette époque. Je suis ravi également que çe soit une Chikha. Au Maroc je suis connu pour avoir fait le premier film documentaire sur les Chikhates et qui leur rend justice an tant qu'artistes pionnières du Maroc. Voici le lien du film:

Blues des Shikhats (sous-titres en français). http://www.dailymotion.com/video/k2Ngv4LH5ZCexh3XCpB

Encore un grand merci et bonne continuation à vous." Ali Essafi

07 juillet 2017

CHKOUN ANA DE JEAN TAROT, ÉCRIT IL Y A 70 ANS À LA TARGA

 

imagerMarrakech-le-gueliz-une-histoire-de-patrimoine

UN NOUVEAU LIVRE "MARRAKECH, LE GUÉLIZ, UNE HISTOIRE DE PATRIMOINE" de Rachel Thomann, une jeune universitaire Suisse, aux Editions Sarrazines & co.   Le livre est disponible à la librairie CHATR à Marrakech, il est aussi distribué par SOCHEPRESS sur l'ensemble du Royaume chérifien. Il est diffusé par L'Oiseau INdigo-Bookwitty, pour la France, Suisse, Belgique, Canada, et sur les sites de ventes en ligne : Fnac, Amazon, Decitre, Sauramps... Merci à Babeth Dufrenoy-Massy de nous l'avoir signalé

Chkoun_Ana

Les souvenirs d'autrefois à Marrakech s'estompent. Surtout les plus anciens. Nos correspondants nous avaient conté les années 70, 60 ou 50, rarement au delà. Pouvait-on remonter plus loin dans les années 40 ?  

Jean-Tarot-SM

Grâce à Jean TAROT, qui dans sa correspondance a consigné le récit de son vécu, nous avons accès aux souvenirs d'un blédard, un targaoui. Aujourd'hui le blédard a 97 ans révolus. Merci à lui et à sa fille Blandine qui nous a envoyé des photos du bled pour illustrer sss lettres. 

© Rappelons que ce récit fait partie des éditions Chkoun Ana au titre protégé. Il ne peut être reproduit pour publication sans l'autorisation écrite (à demander à l'auteur du blog). Il doit être accompagné aussi de la mention de l'édition.

Jean TAROT est né en 1920. Il a d'abord  fait son service militaire aux spahis à Marrakech, démobilisé à l'Armistice, il a été intégré au 2eRTM et a fait la campagne de Corse, l'Italie, la campagne de France et l'Allemagne jusqu'en Autriche. (voir son récit). 

-Jean-Tarot-medaille-militaire1

 

De retour à Marrakech après la guerre où il s'était distingué, il trouve un emploi de responsable d'exploitations agricoles. Il avait une expérience de ce type acquise près de Meknès. Il venait d'avoir 26 ans en aout 1946.  Au lieu de rédiger un Chkoun Ana classique en réunissant ses souvenirs, il se présente par des lettres qu'il a écrites il y a 70 ans révolus à des membres de sa famille. Il décrit son nouveau travail d'exploitant agricole à son frère André dans une lettre datée du 19 aout 1946 depuis La Targa. Deux autres lettres à sa mère de janvier et de mai 1947 complétent sa description de la vie exceptionnelle qui faisait le quotidien des pionniers de La Targa. En tout trois lettres de saisons successives dans l'activité agricole: aout, janvier, mai.

19 août 1946
La Targa
                                                                          Mon cher André,
 
Je te dis tout de suite qu'ici,il y a un travail très intéressant
mais qui ne me laisse guère de répit. Je t'assure que le soir, il faut que je prenne mon courage à deux mains pour écrire aux différents membres de la famille.
En effet, en dehors de la Targa, qui est la propriété la plus importante ( 110 orangers ) , je m'occupe d'une autre propriété à sidi Abdel La Riah, qui se trouve à 19 kilomètres de Marrakech, et d'une autre propriété, aux M'rabtines, vaste étendue désertique, en voie de défrichement et de mise en valeur prochaine.

Abdallah-Zina

Heureusement, j'ai un très bon caporal indigène pour m'aider au point de vue surveillance et mise en route des ouvriers ( une quarantaine ) tous les jours.
Abdallah le "caporal", Zina et les enfants
 
Dès mon arrivée, j'ai remis en état un moteur à mazout pour une station de pompage, il m'a donné pas mal de soucis, car il y avait 7 ans qu' il était abandonné ( cause guerre )
 
  Ici, la technique d'irrigation est totalement différente de celle de Ben Aissa....( près Meknès, où se trouvait mon père avant la guerre, de 1937 à 1938-39 ) où l'on se contente de mettre un moteur et une pompe en bordure de l'oued et de puiser l'eau à longueur de journée sans crainte de rester en panne d'eau, ici, c'est tout différent, pas d'oued, donc, il faut creuser des puits, qui atteignent parfois 20 ou 22 mètres de profondeur.....une fois ces puits creusés, l'on creuse des galeries souterraines qui suivent le cours d'eau, variant de 3 mètres à une centaine de mètres... c'est un travail de titan et onéreux !!!!
 
 A Riad Sultan, je suis descendu au bout d'un câble à 18 m de profondeur d'eau, et engagé le dos courbé vers une magnifique voùte de pierres, dans une galerie de 15 mètres de long avec de l'eau jusqu'au mollet, c'est assez impressionnant la première fois
 Les ouvriers travaillent à la pioche et emportent la terre dans des paniers qu'ils portent au puits, où ils sont remontés par un treuil, qui redescend des pierres pour étayer la galerie...
parfois, le débit est important, mais comme depuis 3 ans, il n'a presque pas plu, la nappe d'eau est en baisse, d'où l'obligation de creuser des puits et des galeries pour rejoindre la nappe.
 
En ce moment, à la Targa, nous creusons un puits avec de la dynamite, mais nous sommes obligés de pomper continuellement, car l'eau arrive en abondance et plus que l'on espérait
 
Un grand bassin de réserve d'eau de 15 mètres de long, 7 de large, 2m80 de haut, est en construction, cependant que nous venons d'installer un mécanisme de pompage électrique, le tout pour les orangers qui ont grand besoin d'eau.
 
Le gros travail, ce sont les distributions de grains, d'huile, de sucre aux ouvriers, cela fait une comptabilité qui n'est pas des plus faciles à tenir à jour.;

une partie du troupeau de vaches laitières

Je fais mon inspection des différents chantiers à moto, ne crois pas que ce soit un luxe, mais c'est une nécessité pour ne pas perdre de temps, car en dehors de tout ce que je viens de te dire, il y a une conduite à réparer, des travaux dans la maison, sans compter la surveillance de la traite, du troupeau etc..
Une partie du troupeau
 
En résumé, beaucoup de travail, peu de repos, mais passionnant..
 
J'ai visité cependant Marrakech avec l'oncle Jacques ( Jacques Lelong), c'est vraiment une jolie ville dans le désert!!.... il y a des splendeurs d'architecture et de sculpture....
le 2 janvier 1947, Jean Tarot écrit à sa mère (extrait du passage de sa lettre concernant son travail à la Targa)

Le tracteur de papa

..."Ici, toujours autant d'activités, et j'avoue que je n'ai guère le temps de chômer; les semailles se terminent, fortement retardées par la panne d'un tracteur vieux comme Hérode, qui heureusement, vient d'être remplacé par un tracteur Fordson tout neuf venant directement d'Angleterre. Le tracteur du chef

 

Ramassage des abricots

Nous venons de terminer la cueillette des oranges navels (70 tonnes ), nous commençons les citrons, puis nous aurons un moment de répit avant de cueillir les tardives. Il y a un gros travail de taille à faire sur les arbres, nécessaire si on veut avoir de la récolte l'année prochaine." 

La cueillette
Autre passage d'une lettre de mai 1947
                                 
                                                                Ma chère maman
De plus, voilà un mois et demi qu'il n'est pas tombé une goutte d'eau, le soleil commence à chauffer dùrement, il fait déjà + 34-35 degrés à l'ombre

Brigitte et Blandine 3 et 5 ans devant la moissonneuse batteuse

Nous sommes actuellement en grands travaux, rentrée des fèves, coupe et transport des fourrages artificiels et naturels,
dans 8 jours, je mets la moissonneuse batteuse dans le blé qui n'est pas trop mal cette année...
Brigitte et Blandine devant la moissonneuse de papa
 
Les orangers ont énormément changé sur l'année dernière, les fleurs sont déjà tombées et tous les fruits sont formés.. Inch Allah qu'ils tiennent jusqu'au bout,
la grosse question est de pouvoir les irriguer à fond, convenablement, et à temps voulu, ce qui n'est pas une mince affaire, car il y en a 6000, plus 2000 oliviers;

Champ d'orangers

 Champ d'orangers
enfin, heureusement, la ferme se rééquipe et se garnit de matériels qui faisaient complètement défaut.
 
Depuis 8 jours, nous commençons à être très inquiets, car les sauterelles sont à 2 kilomètres de Marrakech, des criquets ou enfants sauterelles sont chez les Gouillouds...
La lutte se fait au moyen de son empoisonné; j'espère qu'elles ne se mettront pas dans les arbres, car alors, ce serait un véritable désastre;
La laiterie se remonte et j'ai battu des records sur toutes les années précédentes, et cela avec moins de vaches, je fais une moyenne de 90 litres par jour
il y a également, 55 petits cochons qui ne demandent qu'à grossir, tout cela reste très bien, mais demande une surveillance de tous les instants
 
Je commence en ce moment à 5h le matin, je surveille la mise en route des ouvriers avec le caporal ( Abdallah ), ensuite je passe à la traite des vaches, je déjeune, ensuite, je pars faire le tour du bled, c'est à dire, aller voir l'équipe qui est aux irrigations, de là, aux fourrages, coupe et ramassage, puis au ramassage et battage des fèves, en remontant, je vérifie un chantier d'abattage de bois, puis je vais aux tomates ( 1/ 2 ha ), qu'il faut bouturer et irriguer tous les 3 jours
 
Voilà approximativement le travail d'une demi journée..;
Je viens de rentrer ce soir 2 tonnes de fèves, résultat d'une battue de 6 mulets, c'est beau !!!
© Ces lettres font partie des éditions Chkoun Ana au titre réservé. Elles ne peuvent être reproduites pour publication sans l'autorisation écrite de l'auteur et sans la mention de l'origine de l'édition: Mangin@Marrakech 07-07-2017.

Blandine et sa soeur Brigitte devant les citronniers Quelques années plus tard, Brigitte et Blandine Tarot dans l'orangeraie

Précieux documents que ces lettres, qui rendent compte de l'énorme travail qui fut nécessaire à la mise en exploitation de la Targa, dont les premières concessions ne furent attribuées qu'en 1921-1922. Merci à Jean Tarot d'avoir écrit ces lettres en 1946-47, nous lui souhaitons une bonne santé pour passerle cap des 100 ans et merci à Blandine d'avoir eu l'idée de partager ces précieux documents avec les marrakchis.

27 juin 2017

MARS 1940 - PILOTES POLONAIS ET PILOTES FRANÇAIS À MARRAKECH CONTRE L'ENVAHISSEUR NAZI

Hommage à deux Pilotes, Alain Le Taillandier de Gabory et Stanislaw Beśko morts en service commandé à Marrakech, au cours d'un exercice d'entraînement, le 29 mars 1940.

The day of the funeral in Marrakech Le cimetière de Marrakech, le jour de leurs funérailles. Photo collection Beśko  DR

Hitler avait déjà annexé l’Autriche en 1938 (l’Anschluss) ainsi que le territoire des Sudètes (la  partie de la Tchékoslovaquie la plus proche de l’Allemagne). Les gouvernements Anglais, Français et Italiens ne s’y opposèrent pas.

Hitler obtient ensuite de la Russie soviétique un pacte de non agression, qui est signé le 23 aout 1939. En fait, il avait déjà en tête l’annexion de la Pologne et voulait s’assurer que les soviétiques ne s’y opposeraient pas. Une semaine plus tard, le 1er septembre l’Allemagne envahit la Pologne qui était alliée de la France et de la Grande Bretagne. Cette alliance provoque la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne. C’est le début de la deuxième guerre mondiale. L'Allemagne n'attaquera réellement les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la  France à Sedan que le 10 mai 1940.

Le blog des anciens de Marrakech présente les carrières de ces deux pilotes tombés avec le même avion, afin de leur rendre un hommage commun.

Stanislaw Besko

De Gabory 1

Laura Dzienkiewicz née Belso, la fille du Pilote polonais Stanislaw Besko savait que la tombe de son père se trouvait à Marrakech, elle a vu son nom sur une photographie de l'une des croix du cimetière militaire de Marrakech. De même Christophe Meynard, petit-neveu du Pilote français Alain de Gabory a repéré que le blog parlait de son grand-oncle, adjudant moniteur pilote. Les anciens de Marrakech les remercient pour les documents fournis qui nous ont permis de réaliser cette page à la mémoire des deux pilotes. Le pilote Alain de Gabory porte une casquette de pilote de l'Armée de l'Air, sous le soleil de Marrakech. Le pilote Stanislaw Besko est ici nue tête. Merci aussi à Paulina Derkowska qui nous a aidé à traduire du polonais au français en passant par l'anglais, les documents concernant Stanislaw Beśko, conservés au Musée de l'Armée à Bydgoszczy (Muzeum Wojsk Lądowych w Bydgoszczy)

Carrière du pilote Stanislaw BEŚKO

Stanisław Beśko est né le 3 avril 1905 dans la petite ville de Rusiec ( Voivodie de Łódź, Pologne). En 1923 appelé à effectuer ses obligations militaires, il interrompt ses études en cours à Łódź.

Stanislaw Beśko commença dès le début une carrière dans l’aviation. Le 6 septembre il fut incorporé dans la 3e Cie du 1er régiment aérien à Varsovie. Pendant son service du 1er décembre 1923 à juin 1924, il est attaché au service photographique du 1er Régiment aéroporté. Caporal en mars 1925, caporal-chef en avril 1926. En 1927 il entame une formation de pilote à Bydgoszcz.

Les cours comprennent une partie théorique (mathématiques, physique, hygiène) et une partie pratique (combat, tir, tactique, education physique, maniement des armes, communication, géographie militaire, administration, histoire de l’armée polonaise, défense anti-aérienne,..) et une partie spécifique à l’aviation (moteurs, fuselages, radio, alphabet Morse, tir sur cibles, largage de bombes, tactique aérienne). Au début d’avril 1928 il passe à la partie pratique du pilotage. Au sein du 1er escadron d’instruction Beśko réalise 149 vols avec son moniteur le Sergent Kielek et 72 vols en seul sur Hanriot XXVIII. Au sein du 2e escadron il effectue 31 vols avec le moniteur-pilote Skibiński et 38 vols en seul sur Morane 35-EP2. Au 3e escadron il vola sur Hanriot XIX: 61 vols avec son moniteur le sergent Czarnecki et 48 en seul. Puis en aoùt 1928 il s’entraîna sur Potez XV instruit par le Lt Meissner et le sergent Muślewski. Il termina sa formation en s’entraînant sur Breguet XIV et Potez XXVII le 21 septembre 1928. Au total, il avait réalisé 498 vols pour un total de 55 heures et 46 minutes.

Les cours ne reprenant qu’en novembre, il fut affecté au 11e escadron du 1er régiment aérien, où il vola principalement sur Potez XXVII et en mai 1929 sur Breguet XIX.

Il reçut le n° de pilote 1224 du ministère des affaires militaires en septembre.

Sa formation se poursuivit à l’école de tir et de bombardement à Grudziądz et pour l’entraînement pratique au terrain de Grupa près de Świecie et en juillet 1930, il prit part à la Parade aérienne dans le ciel de l’aéroport d’ Okęcie à Varsovie.
Les missions s’enchaînent ensuite, soit des vols d’appui pour les manoeuvres de l’infanterie (28e Division), soit des Parades aériennes pour susciter des vocationsde pilotes, soit des liaisons aériennes, sur Malte par exemple. Il eut aussi à faire face à des pannes de moteur ou même à un accident au train d’atterrissage.

Puis en 1931, il suivit une formation de moniteur pilote au Centre d’instruction de Bydgoszcz.

D’autres missions d’entraînement avec l’artillerie et l’infanterie le conduisirent jusqu’au 19 mars 1934 où il fut promu Sergent. Il eut à faire face à une panne de carburateur gelé, à une défaillance des cables de pilotage l’obligeant à un atterrissage en catastrophe. Il fut affecté au 13e escadron à sa création. Il vola alors sur Lublin R.XIII 56

En mai 1936, il effectue de nombreux vols de nuit. En septembre 1936, il exerce comme moniteur pilote au centre d’instruction. Il vole sur RWD-8nr34 et forme de nombreux élèves pilotes.

Le capitaine Ludwik Szul qui commande le 11e escadron donne son appréciation sur le Sergent Stanislaw Beśko (citation en polonais, suivie d'une traduction): „Jako pilot b. dobry, lata b. chętnie, dyscyplinowany w powietrzu. Lądowanie do kwadratu, na punkt, naloty na foto i bomb, naloty na podchwytywanie b. dobre. Loty w szykach b. dobry na wszystkich Nr. Znajomość regulaminów dobra. Morse na ziemi odbiór i nadawanie około 30 zn/min. Ukończył szkolenie strzeleckie II kl. Jako strzelec b. dobry.” „ C’est un très bon pilote, volontaire et discipliné en vol. Il atterri sur un carré, un point, il se dirige à vue sur la cible, lache ses bombes et remonte, parfaitement. Vol en formation: Très bon en tous points. Connaissances en régulation: Très bon; Morse: Reception et émission: 30 signes/minute; Très bon tireur.” 

 Tablo-kursu-pilotazu-37-38  Les appréciations de ses supérieurs l’incitèrent à transmettre ses connaissances et son expérieuce à de jeunes élèves pilotes. Il le fit en 1936-37, puis en 1937-38 où il en forma 35.  Le 19 mars 1939 il fut promu Sergent-chef et en septembre 1939 il intégra l’escadron d’instruction du 1er régiment aérien.

Family

Il est incontes-tablement un pilote entraîné, expérimenté, habitué au pilotage d'avions de chasse, comme d'avions de ligne. Il a utilisé des avions de marques françaises et forme les jeunes pilotes polonais. 

Il est marié à Janina (petit nom: Nanuś) et sa fille est Laura Wiktoria (appelée aussi Loreczka dans sa correspondance). Nous les voyons ensemble sur une photo.

1er septembre 1939:

Survient par surprise l’aviation d’Hitler qui s’abat sur la Pologne et commence par anéantir son aviation avant qu’elle ait pu décoller. Restent de nombreux pilotes sans leurs avions.

Stanislaw Beśko avait tenu son journal à partir du 1er septembre 1939. Il commence comme un journal de bord avec une concision toute militaire; puis il continue plutôt sous forme de lettres touchantes à sa femme jusqu'en mars 1940 à Marrakech. 

Nous  proposons une traduction de ce journal de bord devenu journal intime:

Septembre 1939: le mois de l’exfiltration des pilotes vers la frontière Roumaine et Bucarest

1er IX 1939 - L’aviation allemande envahit le ciel au-dessus de l’aéroport d’Okęcie (Varsovie) et largue ses bombes.

2.1X – Départ vers l’aérodrome de repli près de Grójec.
4.IX – Mariage de mon collègue A. Kryza et baptême de sa fille Basia – je suis son parrain.

5.IX- Départ vers l’aéroport près de Siedlce.

7.IX - Départ du frère Stefek vers le vieux aéroport et avis selon lequel il aurait été touché par les tanks allemands.

8.IX - Aide à la recherche de sa fille par Me Wera. 

10.XI – Départ pour Łuck sur un avion LR13. Pendant le vol je fus touché par mes propres troupes ( deux impacts dans l’aile gauche). Bombardement de l’aéroport de Łuck. Départ pour l’aéroport de Ławrów (Ukraine).

11.IX – Départ pour l’aéroport de Targowica (Ukraine).

15.XI – Départ sur „egret” à Stanisławowo (Ukraine) et passage de bombardiers. Accompagné par Koczwarski et Przybylski.
16.XI – Bombardement de l’aéroport et de la voie ferrée à Stanisławowo.
16.IX – Départ sur un train vers Kołomyja..
17.IX – Départ sur une charette à cheval vers la ville de Kosów, où notre aéroport  était supposé se trouver.
17-18. IX – Nuit passée près de Kosów – nouvelles et réalité.
18.IX – Continuation de la route en utilisant une automobile abandonnée. Que faire maintenant ?
18-19.IX – Passage de la frontière dans le village de Kuty au milieu de la nuit.

19–20. IX – Voyage en automobiles.
20. IX – Don d’armes aux Roumains et poursuite du trajet par trains de marchandises

22.IX – Reception à la gare de Bacau (Roumanie) par la Croix Rouge. Poursuite du voyage par la Mer Noire vers Guleze.. Puis direction de Bucarest par Babadag.

23.IX. – Rencontre du Colonel Skarżyński à Babadag, qui nous informa que les pilotes sûrs devaient se présenter à la mission à Bucarest afin de s’engager dans la Ligue polonaise en France, dans l’aviation.

24.IX –  Rencontre à l’embassade de Pologne à Bucarest. Etablissement d’un passeport à la Maison de la Pologne et acquisition de vêtements civils en complément.
27.IX – Obtention du passeport. Passé la nuit à ROZA CRUZE. Expédition d’une lettre à ma femme et à mes parents par la Croix Rouge. Visite de la Ville.

29.IX – Départ pour Constanta et Eforie
30.IX – La Mer. Pensées pour ceux qui me sont les plus chers.

Octobre, les étapes du voyage ( Turquie, Syrie, Beyrouth, vers Marseille et Istres)

2. X – Natation dans la mer. Difficultés pour aller en France. Nouvelles sur la situation politique. Tristes rappels du cours de la guerre. Discussions politiques.
11. X – Déplacement d’ Eforie à Balcic. Précautions vis à vis des espions à Balcic. Logement dans un lieu habituellement affecté aux femmes turques.
15. X – Embarcation sur un bateau Grec et départ vers la Syrie.  Cinq jours sur la Mer noire, le Bosphore, la Mer Égée, la Mer de Marmara,  la Méditerranée. Observations: faune et flore de la mer et des îles.
20. X – Arrivée à Beyrouth (700 personnes). Réception solennelle par les troupes coloniales et entrée sur la place du camp proche des baraques accompagnés par l’orchestre militaire indigène.
21. X – Première messe et chants patriotiques Polonais. Assiste à une chaude nuit Sénégalaise.

20/21. X – J’ai rêvé de vous, mes chères filles. C’était un rêve étrange: j’ai rêvé à l’arbre de Noël que tu as acheté, Nanuś, mais, parce qu’il était difforme, tu l’avais coupé et y avait ajouté des branches. D’une étrange façon, l’arbre de Noël devint une couronne que Loreczka commença à décorer disant „cela sera notre arbre de Noël”.

21. X – Nous reprenons notre voyage vers la France sur un navire marchand français. Contemplant le bleu profond de l’eau, bercé par le vent fort mais chaud, je pensais à vous, mes très chères filles. Ce n’était pas des moments  de pensées heureuses... Et durant ces nuits sans sommeil,  chaudes, étoilées,  passées sur le pont du bateau, je faisais l’expérience à ce moment de mon incapacité à vous défendre, moment de mutinerie qui nous ordonnerait de renoncer. Et nous étions prêts à périr dans la bataille, seulement ne pas laisser l’ennemi aller plus loin.

Ils nous ont promis de nouveaux équipements. J’ai vu à la frontière entre la Pologne et la Roumanie quelques soldats qui voulaient défendre le pays avec de nouveaux tanks remplis de munitions. Ils imploraient d’être conduits contre l’envahisseur. Ils voulaient combattre. J’ai vu des soldats marchant en colonne sans commandement et je me souviens que le Colonel Umiastowski fit un discours à la radio: „Messieurs les officiers, où êtes-vous ? Des caporaux conduisent des compagnies.” Je suis hanté par les images vues pendant mon dernier vol en Pologne... dans le but supposé d’obtenir de nouveaux équipements.

Quand je volais vers Stanisławowo, alors que le jour déclinait je vis autour de moi la fumée des villages et villes en flammes, des bombes allemandes explosant devant moi, nos avions abattus et brûlés sur le sol et, au-dessus de nous, les avions ennemis détruisant en toute impunité. Et tant d’entre nous prêts à se sacrifier. Si seulement ils nous avaient permis de les combattre avec nos avions. Et malheureusement, j’étais en train de voler sur un avion de ligne désarmé.

Pendant sept longues journées nous navigames protégés par un destroyer français X 32
29. X – Nous débarquames à Marseille; et nous fument conduits vers la ville d’Istres pour être organisés dans cette ville. Celà se fit lentement et il semblait que nous n’allions pas combattre très tôt. Mais il est certain que nous le ferons. Je voulais combattre avec les combattants et pour cela je m’inscrivis sur la liste des combattants. Mais je ne sais comment les choses allaient se produire.  

Mes chéries, je ne sais si je vous reverrai un jour. Je ne sais pas si vous avez reçu par la Croix Rouge la lettre que je vous écrite de Bucarest. Comment avez-vous traversé les bombes et est-ce que Lorecza fut très effrayée. Comment vivez-vous mes chéries ? Et moi, mal chanceux, je ne peux vous aider. Il ne m’est pas permis de communiquer avec vous. Je n’ai plus d’argent et ma dernière paye remonte au 30 aout. Avec seulement de petites allocations, je diffère mes modestes besoins. J’espère que j’aurai une paye en France; peutêtre pourrais-je vous envoyer quelquechose. C’est notre sort...

Novembre, stationnement à Istres, visite de la Provence, la maladie.

7. XI –  Aujourd’hui je suis l’officier de service du groupe local d’aviation. Il y a parmi les autres Koczwarski et Jarnutowski. Przybylski, qui était avec nous, a été arrêté par les Roumains à Balczyk, mais, je pense qu’il viendra à l’occasion d’un transport bientôt. Je suis le patron et commande ceux qui ne sont pas inscrits comme combattants, et à cause de celà, j’ai beaucoup de travail. Notamment la discipline est relâchée et chacun est habillé en civil. Petit bout par petit bout nous apprenons le français, mais seulement dans quelques jours ils nous aideront et nous donneront des lectures.

Le 27, plusieurs d’entre nous, firent une visite en voitures des villes proches, offerte par le Haut-commandement local de la Base. Nous sommes allés à Arles, Tarascon et Avignon. J’ai vu beaucoup de choses étonnantes. Premièrement, c’est un pays très intéressant. Toutes les routes goudronnées sont bordées d’arbres ressemblant à nos érables (platanes), et des thuyas élevés (cyprès). La campagne est plantée de vignes qui sont séparées par de hautes haies de thuyas et de bambous avec des fossés d’irrigation. Le sol est caillouteux, plat, coupé de ruisseaux; ici et là il y a des collines assez hautes. Les villes sont petites, elles évoquent l’époque d’avant le Christ avec des monuments romains. Nous les visitames rapidement. Théâtre romain, arènes circulaires, arches de pont, tout construit en pierres de taille. Je suis allé au Palais des Papes où se trouvent beaucoup de souvenirs de différentes époques. Jamais je ne reverrai une aussi belle vue, depuis la tour de ce Palais. Avignon est une belle grande ville située au bord du Rhône. La plupart de ses bâtiments sont des monuments du passé. Vous ne pouvez pas voir l’effet de la guerre ici. La population est généralement accueillante.

Ils ont ravivé nos espoirs en parlant de faire venir nos familles ici. J’adorerai vous avoir ici avec moi mais je ne sais pas si cela adviendra. Je ne sais pas s’ils vous ont trouvé à l’adresse que je leur ai donnée. Cela dépend de la Croix Rouge en lien avec nos autorités. Nanuś, combien c’est dur de penser à toi! La nuit, mes rêves sur vous me montrent toutes les deux, mes très chères, dans des horribles circonstances. Je vous imagine souvent dans des nuits sans sommeil et je vois vos chers visages – il m’arrive de leur parler – mais seulement en hallucinations, malheureusement !

Avant hier, le Général Kalkus était ici et nous réconforta. Il dit que dans deux jours nous serons finalement habillés en uniformes et organisés dans les rangs des pilotes et que nous allons avoir des avions... Il a dit que dans l’éventualité d’un accidennt, ils subviendront à notre proche famille qui dépend de nous. Et aussi qu’ils essayent de faire venir nos familles ici... Et les nouvelles venues de Pologne ou captées à la radio m’inquiètent, de plus en plus, sur ce que vous devenez. Nous recevons une petite allocation pour le moment, qui est suffisante seulement pour les cigarettes. J’ai souffert de varicose aux veines pendant deux semaines. J’ai des jambes gonflées et habituellement je me tiens couché ou assis. Je ne peux même pas me promener parce que plus tard la douleur est pire. Je suis allé consuler notre docteur deux fois. Il ne sait que prescrire. Il m’a conseillé d’attendre une nouvelle affectation et de commencer un traitement dans ce nouveau lieu. Mais probablement, il serait utile que je voie le docteur français d’ici, pour être admis à l’hôpital maintenant, parce que je veux être en bonne santé aussi tôt que possible. Et être prêt à prendre la revanche sur nos ennemis en raison de la misère qu’ils nous infligent.

Décembre et janvier: apprentissage du français, baisse puis regain du moral 

1.XII – Aujourd’hui est l’anniversaire de mes 16 ans de service dans l’aviation, mais les derniers mois coûtèrent plus à ma santé que la totalité de ma période de service. Je me sens moralement déprimé et mes nerfs n’en peuvent plus. J’ai des problèmes pour apprendre le français, spéciallement dans les domaines où je ne reçois aucune aide. Il y a des livres et des dictionnaires et le soldat français qui est le traducteur ( très mauvais) et nous aide à lire, n’est pas content de mes progrès.

Le 15 décembre nous sommes allés à Lyon (aérodrome de Lyon-Bron) dans le but d’organiser l’aviation polonaise en France; mais il ne semble pas que nous allons disposer d’avions rapidement. (La Base aerienne de Lyon-Bron servait au regroupement de l'aviation polonaise, Bataillon de l'air 145). J’ai passé Noël dans une triste humeur. Nous avons eu un réveillon de Noël commun dans le hall de représentation, mais cela n’est pas la même chose qu’être avec vous, mes chéries. Et le réveillon du Nouvel An fut d’une tristesse sans espoir. Nanuś, j’ai peur de penser à toi.

J’ai tant de pensées différentes dans ma tête, que quelquefois j’ai peur de devenir fou. Et ces cauchemars, dans lesquels je te vois si souvent, mais combien différente qu’habituellement, parce que c’est parmi les explosions des bombes. Mon bébé, mon coeur, elle est toujours avec moi. J’adorerai tant la voir, et probablement, je lui manque aussi.

Mes oiseaux chéris – vous m’avez écrit ! La joie éclate dans mon coeur et la lettre de mon bébé m’a fait fondre en larmes, cela m’a rendu tant heureux ! Mes chers trésors! Vous avez dissipé mes pensées les plus noires avec cette lettre. Je vous bénis de m’avoir rendu heureux. Et j’ai reçu l’autre lettre.

Février: A Lyon-Bron; la séparation de la famille pèse lourdement sur le moral.
20. II. 1940 –  Mes plus beaux trésors ! Le désir de vous voir submerge mon coeur. Je voudrais longuement vous écrire sur tout, mais je crains de vous attirer des ennuis avec mes lettres. Et c’est pourquoi je suis silencieux parfois. Je vous ai écrit cependant une réponse à votre dernière lettre, mais très courte, à peine quelques mots. A une époque où il était toujours possible d’envoyer de l’argent J’ai envoyé 600 zlotys polonais achetés ici contre des francs. Les avez-vous reçus et valaient-ils quelquechose ? Je ne le pense pas. Je n’ai aucune possibilité de vous aider et cela me rend très triste. Mais que puis-je faire mes chèries ?  J’ai décidé de vivre modestement, gardant votre sort dans mes pensées. Peutêtre plus tard, à mon retour, Je serai en mesure de vous apporter quelquechose. Nanuś, je vis ici de manière à ne pas tromper notre amour. Je veux être pur et honnête avec toi, parce que je t’aime de tout mon coeur. Et j’aime seulemnt vous deux. Je languis de vous à chaque moment de libre, quand j’oublie la misère de cette vie d’humiliation, de tout ce qui remplit mon âme avec répulsion envers les gens, j’essaye d’être avec vous, dépité d’être loin. Je me sens heureux alors. Je me demande souvent (spécialement après ce que je vois ici en exil, infortunément. Ne serait-il pas mieux d’êtte resté avec vous et là, même casser des cailloux, faire quelquechose. Mais je suis un soldat et cela concerne notre patrie. la meilleure patrie, différente, plus juste et c’est ce qui me fait rester ici, bienque mon coeur vous manque

Ma chérie, j’écris ces mots sur un bateau français dans une cabine de 2e classe, sur lequel nous naviguons  vers le Maroc, vers la ville de Marrakech. Il semble que j’aille à un entraînement accompagné par d’autres pilotes. Je ne sais pas quel sort m’attends. Je me demande seulement si nous serons capables de combattre nos ennemis et seulement après, les chanceux retrouveront leurs familles. J’espère que je serai l’un d’entre eux.

Mars : Marrakech, l'admiration pour la ville rouge, les dernières missions

1. III. 40  – Hier nous avons quitté Lyon et par Marseille nous partons vers une intéressante zone tropicale. Notre vaisseau militaire va faire un exercice de tir. Ce voyage me rend curieux. Je suis heureux d’avoir laissé la ville haïe de Lyon, la vie ici, était un grand désordre.

18. III. 40 (Marrakech) – Cela fait déja deux semaines que je suis ici. La vie ici serait belle si vous ne me manquiez, mes trésors, et si je ne pensais pas à votre vie . Nous sommes logés ici, à deux, dans une jolie chambre. Je mange au mess, la vie est agréable. Demain, 19 mars, je commence à entraîner nos jeunes pilotes sur des appareils français. J’ai déjà appris quatre types d’appareils moi-même et dans le même temps je vais en apprendre plus. Également le dernier modèle américain et avec le temps, je m’entraînerai sur d’autres. Mes filles, si seulement vous saviez comme c’est beau ici !  Marrakech est situé à environ 60kms des montagnes de l’Atlas au-dessus de 4000 mètres. On peut  voir aisément d’ici les pics de montagnes couvertes de neige blanche. Depuis les contreforts des montagnes jusq’à notre aéroport s’étend une plaine couverte de palmiers, cactus et différentes essences d’arbres du climat subtropical local. Les rares villages arabes sont éparpillés , si particuliers par leur style. Seul le soleil est très dérangeant: hier il y avait 36° centigrade à l’ombre et aujourd’hui , probablement plus. Tout le monde se sent très lourd à cause de la chaleur et c’est seulement le début du printemps! Dans notre pays il fait probablement toujours froid.

Marrakech est une ville de 140 000 habitants dont 5% d’européens, le reste est arabe, (berbère ou juif). Les européens vivent dans une zone séparée, dans une petite ville. ( il y a aussi des européens dans l’ancienne ville). C’est une belle cité, pleine de fleurs, palmiers, faux-poivriers, eucalyptus, oliviers, mimosas, sycomores et d’autres. En arrivant ici, je vis des déserts sauvages dépourvus en général de toutes végétations. La vie ici est très intéressante. Oh Dieu, s’il était possible d’être là dans d’autres circonstances, en vacances avec vous, mes trésors, par exemple.

 Je peux donc communiquer en Français, mais je ne peux encore tenir une conversation.Je n’ai pas appris assez de mots et de phrases. Je vais dormir maintenant parce qu’il est tard, mes chéries. Je dors sans couverture, parce que c’est très chaud ici. Tout en rêvant je continuerai à vous parler, parce que je rêve très souvent de vous maintenant. J’adorerai recevoir une lettre de vous maintenant, mais, avec tant de difficultés maintenant, je suis inquiet de vous écrire. Je pourrais, avec une correspondance régulière avec vous guider les allemands et vous exposer à des répressions. Mon Dieu, je ne sais pas quoi faire. J’ai entendu trop de choses de mes collègues !

Pour nos lecteurrs qui connaissent la langue polonaise, nous reprenons quelques unes des  dernières phrases de son journal: "Jestem tutaj już od 2 tygodni. Życie tutaj mi układałoby mi się dobrze, żeby nie ta tęsknota za Wami moje Skarby i myśl, jak wy tam żyjecie niebożęta wy moje. Mieszkam tutaj w ładnym pokoiku we dwóch. Stołuje się w kasynie, życie bardzo dobre. Od jutra rozpoczynam szkolić naszych chłopców na francuskich maszynach. Sam poznałem już 4 typy i w międzyczasie będę poznawał wi ęcej, aż do najnowszych typów amerykańskich, na których z czasem będę szkolić innych. Dzieweczki moje żebyście wiedziały jak tutaj pięknie! Marrakech położony jest około 50 km od gór Atlasu o wysokości 4000 m. Szczyty gór widziane stąd jak na dłoni pokryte są bielutkim śniegiem. Od podnóża gór w kierunku naszego lotniska ciągnie się równina pokryta palmami, kaktusami i różnym gatunkami drzew tutejszego klimatu."

Son carnet de vol précise ses dernières missions: 

MS315-Morane

13 au 18 mars: les 4 avions dont Beśko parle dans sa dernière lettre sont: un Morane 315, un Hanriot 431, un Luciole 50 et un autre modèle de Morane 315. Les démonstrations sont faites par le Sgt Ruyssen, l'Adt Chennevière, l'Adt Escalle et l'Adt de Gabory. Dès le 14 mars il vole en seul. Les exercices vont de l'aéroport principal de Marrakech au terrain de "La Durance" nom à l'époque du terrain de Sidi Zouine. Morane 315 

Carnet-de-vol-3

Puis à partir du 19 mars il est le moniteur-pilote et commence à instruire les jeunes pilotes polonais sur un Morane 315 en commençant par le capitaine Blaicher. puis Brotkowski, Bérizowski, Boba, Czachla, et le lendemain Bereskovitz, Boba, Boraud, Czachla, Czotowski, Le 21, il reprend avec Boba, Czackla, Bradkowski et Beresowski - quatre élèves par jour et le 23 mars il reprend avec 6 élèves sur un autre modèle: Cne Blaicher, H. Boba, Czachla, Bradkowski, et il reprend Boba et le Cne Blaicher. 

 Le 26 mars Beśko passe sur l'avion M315-199 en prenant un peu plus de hauteur. Il continue la formation de Berezowski et de Boba H. Le 27, il reprend avec lui Berezowski et commence la journée du 29 mars avec Bradkowski. 

MS230Puis c'est la séance de voltige au-dessus de Sidi Zouine. Beśko ne connait pas le Morale Saulnier 230. L'Adjudant Alain de Gabory est son moniteur et le prend pour passager afin de lui permettre d'être à son tour moniteur pour ses jeunes pilotes polonais. D'après le ministère des anciens combattants, partant d'environ 1000m d'altitude, ils s'exercèrent à réaliser de nombreux tonneaux à différentes altitudes. Puis l'avion tomba et s'écrasa causant immédiatement la mort du pilote.  Selon d'autres sources  le dernier exercice serait une vrille dont ils n'ont pu sortir et qui s'est prolongée jusqu'au sol.  Morane 230.

Le pilote français et le pilote polonais unis pour lutter contre l'envahisseur allemand tombaient à Marrakech ce 29 mars 1940.

Symbolic grave of Besko family in Bydgoszcz

Tous les deux furent enterrés dans la terre marocaine, au cimetière européen de Marrakech; puis la famille du pilote français demanda à transférer sa tombe en France dans le caveau familial. La tombe de Stanislaw est toujours à Marrakech, cependant sa famille fit édifier une tombe symbolique en Pologne. BEŚKO STANISŁAW, PILOT WOJSKOWY LAT 35 ZGINĄŁ 29.3.1940 ŚMIERCIĄ LOTNIKA W MARAKKESZU AFRYKA ("En mémoire de la famille BEŚKO; Stanislaw, pilote militaire, âgé de 35 ans, mort en aviateur à Marrakech Afrique. Marianna et Maciej (ses parents), conduits en Sibérie et morts en 1942.)

Biographie d’Alain Le Taillandier de Gabory

Eléments rassemblés par son petit-neveu Christophe Meynard

Marie Alfred Alain LE TAILLANDIER de GABORY est né le 24 novembre 1911 au château Boismartin à Virsac (Gironde).

Boismartin

Il est le fils de Gaston Le Taillandier de Gabory et de Valentine de Brezetz. Il est le dernier de 11 enfants. Le 12 avril 1934, il épouse à Virsac Suzanne Chavasse (1913-2005). Ils n’ont pas eu d’enfant. 

Registre matricule : Archives départementales de Gironde, 1R1830, n°8, mle 03878.

Il est engagé volontaire par devancement d’appel en décembre 1930. Il est affecté au 2e groupe d’ouvriers aéronautique du corps. Nommé Caporal-chef en mai 1931. Affecté au 3e aviation en juillet 1931 puis en décembre, à l’intendance militaire de Châteauroux. Nommé Sergent pilote en janvier 1932. Passe à la base aérienne n°8 en octobre 1933. Passé à la base aérienne n°103 en janvier 1934 où il est affecté au 4e bataillon de l’air. Affecté en novembre 1934 à l’intendance militaire de Cazaux (Gironde) au titre du 4e bataillon de l’air où il intègre le personnel naviguant pilote. Nommé sergent chef (JO du 19.06.1937). Nommé au grade d’adjudant (JO du 16.07.1939).

De Gabory 1-1 Au bord de l'oued Tensift, il est le plus à droite.

Affecté au bataillon de l'air 207 (ancien nom de la BA 707) de Marrakech au Maroc par décision ministérielle d’avril 1939.

De Gabory 8 l'Adjudant Alain de Gabory est au centre.

Passe à la 3e Compagnie – école de pilotage en septembre 1939.

De Gabory 9

Le moniteur-pilote Alain de Gabory est le premier à gauche.

Mort en service aérien commandé le 29 mars 1940 sur le terrain de la Durance (Marrakech - Maroc).

Mort Pour la France par décision ministérielle.

D’après le témoignage de ses élèves, « C’était un pilote merveilleux, un homme racé et absolument charmant pour qui nous éprouvions respect, admiration et affection ».

Il se tua sous les yeux des élèves pilotes, au cours d’une séance d’acrobatie avec un pilote polonais nommé Stanislaw Besko : vrille jusqu’au sol. Cela se passait sur Morane 230 sur la piste annexe de Sidi Zouine [10 kilomètres au nord-ouest de Marrakech]. La tradition familiale raconte que l’avion flambant neuf avait été saboté en usine. Mais le compte rendu officiel n’en dirait rien. 

« La mort tragique de l’adjudant de Gabory nous laisse atterrés et meurtris comme nous ne l’avons jamais été, parce qu’il était des nôtre et tous le reconnaissait un des meilleurs. Les officiers perdent leur meilleur collaborateur, ses camarades perdent celui qui, d’emblée, s’imposait à leur estime par le joyeux entrain de son âme adroite et ardente ; les soldats, les élèves pilotes perdent un chef d’un modèle rare. Il avait fallu faire appel à tout son esprit de sacrifice pour le retenir momentanément loin du champ de bataille… Il aurait pu mourir ailleurs et autrement, il ne pouvait mourir mieux. »  RP Raphaël Sineux, Aumonier principal de l’Air au Maroc

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Virsac (Gironde). Il fut d’abord inhumé à Marrakech puis dans le caveau familial de Virsac, suite à la demande de la famille.

PHOTOS DE LA BASE DE MARRAKECH (4e trimestre 1939- 1er trimestre 1940)

Grâce à la famille de l'Adjudant moniteur-pilote Alain de Gabory, nous pouvons montrer des photographies du personnel de la Base, d'une promotion d'élèves, du staff de l'école de pilotage de Marrakech ainsi que des vues de la ville de Marrakech.

De Gabory 12 Une promotion d'élèves pilotes (2e et 3e rang) avec la division d'instruction et les moniteurs pilotes. Alain de Gabory est le 6e en partant de la gauche.

Le staff de l'école de pilotage 

De Gabory 11 Il est probable que le Lt-Colonel de Bignolas, ainsi que le Cdt Truchement se trouvent sur cette photo. Ils sont repérables à l'épaisseur de la bande claire sur leurs casquettes. Alain de Gabory est debout, le 5e en partant de la gauche

De Gabory 10 La division d'instruction avec ses officiers, ses moniteurs pilotes, ses mécaniciens et ses administratifs. 

Quelques modèles d'avions. Souvenirs qui faisaient partie aussi de l'album-photos de l'adjudant Alain de Gabory

De Gabory 5 Biplan 

De Gabory 6 Bimoteur 

De Gabory 4

 Par temps de pluies soutenues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des vues prises à Marrakech  fin 1939 - début 1940.

 Réception au Palais du SultanDe Gabory 7 Une mosquée de la Médina 

De Gabory -MRK-3 2 Belle photo animée de la mosquée réhabilitée, les photographes professionnels n'ont pas fait mieux.

Défilé militaire, aux abords de la place Djemaa el Fna

De Gabory 2 Probablement le Général Noguès ou le Général Fougère lors d'une prise d'Armes en février 1940. Nous ne connaissons pas le nom du civil. Un de nos lecteurs pourrait-il nous l'indiquer ?

Nous rendons hommage à l'amitié franco-polonaise et aux aviateurs des deux pays qui se préparaient ensemble à combattre l'envahisseur nazi. Nous nous devions de rappeler la mémoire de ces deux valeureux pilotes aux marrakchis, car la presse à l'époque est restée muette sur leur accident (secret militaire oblige). Ces souvenirs rappellent le rôle de la Base aérienne de Marrakech dans la guerre. Si vous passez devant la tombe de Stanislaw Besko au cimetière européen, (carré militaire H, rang 6, tombe 129) vous pourrez dire qui il était et associer à sa mémoire celle d'Alain Le Taillandier de Gabory, son frère d'Armes.