MANGIN@MARRAKECH

25 février 2021

JOUEURS DE RUGBY AU SAM

Khalil MZOUDI nous communique une photo de l'équipe de rugby du SAM où se trouve son père le joueur Hassan MZOUDI. Nous la publions volontiers et grâce à Marcel MARTIN (à la mémoire impréssionnante) nous pouvons indiquer les noms de plusieurs autres joueurs. 

SAM_Mzoudi-Hassan-1613215166734

De gauche à droite, Rang du Haut- Mr René RABOUT  un grand Président de club qui a fait beaucoup pour le club et les joueurs . PESTRETZOFF (+)- MARIN - MANOLIOS Panayotis - Jean POURRET (il serait au Canada) - Jean MANOLIOS 2 - Hassan MZOUDI - Bernard JOUDOUX – QUILÈS (Frère de Raymond et Marcel hélas trop vite disparu) - X - Mr ROLLAND (grand entraineur  du club, il était aussi moniteur à l’AGM).
Rang du milieu: Gérard JOUDOUX - LOUKILI - Saïd HERNANDEZ - Albert SICRE -
Rang accroupi -  – Maxou GEORGANDELIS - TAMRI - Biquet TOURNIER - Mohamed BOUAMRI (Lamrani) - MANOLIOS 3 - TAFFAY -
Qui nous aidera à dater la photo ? 1962 ?

Une recherche dans les archives a permis de trouver qu'Hassan MZOUDI était le plus rapide des marrakchis sur 56m haies. Sa pointe de vitesse se traduisait par un temps de 8" 5/10. 

MZOUDI-HAIES-Athletisme-ASM-1954

D'autres photos des rugbymen de Marrakech se trouvent  sur le blog, cliquer sur : Famille Joudoux   

René-RABOUT-SAM-Rugby

En 1941 les clubs qui dépendaient du SAM avaient les noms de leurs responsables sur le Petit Marocain. Le SAM regroupait plusieurs sections: gymnastique, athlétisme, tennis, boxe, pelote basque, tir, rugby, natation, escrime, boules, basket.

Les responsables de la section rugby étaient déjà: FOIS, René RABOUT et Robert JOUDOUX

Probablement tous ces noms rappelleront des souvenirs dont le blog se fera volontiers l'écho. 

Rolland-Rugby-1nov-1937

Nous avons trouvé une photo de ROLLAND plus jeune quand il jouait en 1937 avant de devenir entraîneur de l'équipe du XV du SAM. Nous n'avons pas trouvé d'autre photo de René RABOUT qui tenait la section Rugby avec Robert JOUDOUX. Si certains des lecteurs du blog disposaient de photos c'est volontiers qu'elles seront publiées ici.

Rabout-René-26aout-1946

En revanche nous savons que René RABOUT qui habitait avenue de Casa (rue Mohamed AbdelKrime El Khatabi) avait créé une entreprise qui rappellera peutêtre des souvenirs à certains. Il s'agit du Comptoir Industriel et Artisanal de l'Atlas (CIAA) créé en aout 1946 à la sortie de la guerre. Siège: Immeuble Tazi, rue Bab Agnaou (rue des Princes). C'était une entreprise avec des associés appartenant à plusieurs com-munautés: Raoul Smadja de Casa, Isaac Assor rue Berrima et Meki Kabbadj rue du Douar Graoua. René RABOUT en fut le premier gérant, il céda ses parts à Meki Kabbadj en 1949.

Merci à Khalil MZOUDI pour la photo du SAM de son père Hassan qui nous permet de réactiver des souvenirs du sport marrakchi.


13 février 2021

SAINT-VALENTIN

LA SAINT-VALENTIN SE FÊTE DU 12 AU 14 FÉVRIER EN 2021

COMMENT SE CÉLÉBRAIT-ELLE AUTREFOIS À MARRAKECH ? 

LE MARCHÉ CENTRAL OFFRAIT UN CHOIX DE FLEURS

Fleurs Marché du Gueliz JEAN-MARC NOUS PRÉSENTE UNE ANCIENNE PHOTO DE L'INTÉRIEUR DU GRAND MARCHÉ DU GUÉLIZ

Marché du Guéliz

JEAN-MARC nous communique aussi une carte postale datée du 12 février 1899.

AUTREFOIS ON ÉCRIVAIT AUSSI SUR DES CARTES POUR COMMUNIQUER SA FLAMME PAR DELA LA MÉDITERRANÉE

A toi mon coeur,

Bien qu'éloigné de vous,

J'en suis prés quand même,

Par les voeux les plus doux. 

De mon coeur qui vous aime.         d'Arsène à Louise

Saint Valentin 1899 Il n'y avait pas encore de cartes prévues pour l'occasion avec des fleurs et des coeurs, alors pourquoi pas un marchand de Sfengs ?

La carte d'ARSENE est bien parvenue à LOUISE à ce qu'il paraît ci-dessous.

Saint Valentin 1899-2

 Pour ceux qui l'ignoreraient la Saint-Valentin a une origine très British et aurait ses lettres dans Shakespeare

Saint-Valentin-ShakespeareA Marrakech en 1935, un mois avant la fête, le rosièriste et pépiniériste Maillard de La Targa prévenait sa clientèle de probables contre façons 

Maillard-pepinieriste-15janvier-1936

Vogue-Saint-Valentin-Miomiandre-1921

Vogue en 1921 témoignait de ce que la Saint-Valentin existait peu en France. Cet hebdo donnait une image très prude de cette fête d'origine étrangère.

Qui n'a pas son Valentin? qui n'a pas sa Valentine ? allons, jeunes gens et jeunes filles, créez en Ftance le vieil usage d'Angleterre et d'Amérique, et lorsque la date fatidique arrivera chaque année, choisissez qui vous aime et qui vous aimerez. Qui n'a pas son Valentin ? qui n'a pas sa Valentine ?

Bonne Saint-Valentin à toutes et à tous avec beaucoup de fleurs et de bisous et merci à Jean-Marc pour sa cartothèque.

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06 février 2021

ILS ONT VÉCU PRÉS DE NOUS. NOUS NOUS SOUVENONS

NOTRE PASSÉ PERD DES TÉMOINS

Coco THELOT - Pierre PROVENZANO - Michel/Tarek WRÉDÉ -

NOUS AVONS APPRIS PLUSIEURS TRISTES DÉPARTS

LE PLUS RÉCENT: CLAUDE THÉLOT

Claude-Thelot-photo

Elizabeth FREI/FANKHAUSER nous fait part de la nouvelle: "C’est avec une immense tristesse que je vous fais part du décès de Claude THÉLOT, notre COCO. Rappelons-nous sa joie, sa tendresse, les moments de bonheur et de fous rires partagés. Cher Coco, repose en paix".

Les obsèques de Claude Thélot, Coco, auront lieu lundi, 8 février à 14 h, au cimetière de la Bouteillerie, 9 rue Gambetta, 44000 Nantes . Ses amis s'uniront par la pensée à cette ultime cérémonie. Tombe 10 allée ouest, V. 

René-Thelot-pub-121

La famille Thélot tenait un commerce d'Optique au Guéliz 121 avenue Mangin/Mohammed V. Beaucoup d'anciens marrakchis se souviendront de ce magasin et de son accueil. René THELOT, le père de Claude l'avait créé. 
La famille est rentrée à Paris 17e où elle habitait 12 rue Claude Pouillet. René Thélot y est décédé en avril 1987.
Les amis de COCO THÉLOT se souviennent:
Jean-Pierre NICOLEAU a communiqué une photo de jeunesse:

Claude-Thelot-petit-avion Photo JP Nicoleau

"Coco Thélot, André Bertrand et Ralph Benitah à l'embarquement pour la France et la Suisse depuis Marrakech." (1958 ou 1959).

COCO THÉLOT s'était fait beaucoup d'amis notamment au LVH

LVH-4e3-1965-66Sa classe de 1965-66 avec quelques noms:  Michel RUBI, REIGNER, Coco THELOT,  BURESTÉ, Sylvie PODEVIN, Eliane DELACOUR, Christiane ROUSSEL, Bénédicte PETRAPIANA, Annie TOURNAN., Gérard PARISOT, Sylvaine GAMBA, Coco Thelot est au milieu du rang du milieu.

Claude-Thelot-4e4-1967

 Sa classe de 1966-67 avec d'autres noms: Malika AABART, Zineb BELKHIR, Fatiha ABDERRAFIL, Khaddouj Ait TAHSAINE, Chama BENLAHCEN, Khadija LAAGOUZA +, Naima GOUMI, Claude THÉLOT, BURESTÉ, Jean-François MILAN, Abdessadek ZRIOUILAT, BENTERRAK, BOUJANE, Houcine AGHRESSI. Coco THÉLOT est 11e du rang du milieu.

COCO INVITE DES AMIS À PARIS POUR DES RETROUVAILLES EN 2001 

retrouvailles-MRK-Chez-THELOT

Marcel Martin et Elizabeth Fankhauser nous disent ceux qui se trouvent sur la photo. Ceux qui se souviennent raconteront cette rencontre amicale.

Jean-Pierre Mirgon, Gérard Torrente, Jean-Pierre Nicolau, Sami Gozlan, Coco, Jean-Pierre Amzallag, Jean Yves Aebischer, Alain Ducou, Fanny Gozlan, Michel El Moznino, Eddie Amzallag, Marcel Martin, Arièle Lafond ?, Elisabeth Fankhauser, Christine Vega, Marie Georgandelis , Dédé Gélinote, Georges Bénamou, Mirgon (fils du patissier), Odette Pascal assise à droite au premier rang . (voir le commentaire de Marcel). Une autre rencontre eut lieu en 2003.

MERCI COCO POUR LES LIENS TISSÉS ET CONSERVÉS; TES AMIS NE T'OUBLIENT PAS.

Les amis de Coco expriment leurs condoléances attristées à son épouse ainsi qu'à ses filles.

UN AN BIENTÔT QUE PIERRE PROVENZANO NOUS A QUITTÉ ET NOUS NE LE SAVIONS PAS.

Pierre-Pro_venzano

Pierre Provenzano est décédé à Paris, en Mars 2020 d'un cancer... 
Dimitri SAMARAS écrit des USA: J'en ai les larmes aux yeux ..ayant grandi avec lui et l'ayant reçu à New York il y a quelques années ..un grand Monsieur et un être si généreux! 
Pierre est décédé le 2 mars.., il était né au Maroc le 20 mars 1954.

Pierre était en campagne aux municipales d' Evry-Courcouronnes en Essonne. Fin février, il sillonait encore la Ville, participant à une rencontre avec les étudiants, animant une réunion avec les acteurs économiques locaux ou siégeant au dernier conseil municipal de la mandature. Il occupait les fonctions de conseiller municipal délégué en charge du développement économique, d'abord sur la ville de Courcouronnes, puis depuis janvier 2019 à l'échelle d'Evry-Courcouronnes. Chef d'entreprise reconnu, spécialiste des relations internationales, Pierre Provenzano était également élu à la Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Essonne et Vice Président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Pierre était très investi pour sa ville pour laquelle il nourrissait de nombreux projets pour les années à venir. (extrait du bulletin municipal)

Avec Pierre, certains de ses amis du lycée Victor Hugo. Ici en classe de 2eII.

Pier-Pro-Venzano-LVH-2é2 Quelques noms de sa classe: Ahmane Mustapha, Castelli Fabienne, Couette Catherine, 
Coutin Marie Hélène, Elfrom Rachid, Filloucat Catherine, Lampert Chantal, Ohayon Clémentine, Qassimi Rachid, Trehorel Soizick Ros; ceux qui ont obtenu leur Bac B en 1974.

Ses amis de Marrakech se souviennent de sa franche camaraderie et de son ouverture d'esprit.

Les marrakchis pensent à son épouse, à ses fils et à ses proches et les assurent de leur compassion attristée. Ils seront proches par le coeur et la pensée lors de l'anniversaire de la séparation, le prochain 2 mars.

NOUS AVONS APPRIS AUSSI LE DÉCÈS DE MICHEL WRÉDÉ, COMMERÇANT TRÈS CONNU AU GUÉLIZ

Michel-WRÉDÉ-MRK-7_10

Le mercredi 21 octobre 2020 l'opticien et photographe Michel WRÉDÉ a laissé derrière lui de nombreuses années de présence sur l'avenue Mangin, devenue Mohammed V. Il s'était converti à l'Islam et portait le prénom musulman de Tarek. Il fut enterré au cimetière de Bab Doukkala. Tarek et Tariq n'ont pas la même origine, Tarek vient du syriaque et signifie "noble, bien né", alors que Tariq vient de l'arabe avec pour sens "l'Étoile du soir".

Beaucoup se souviendront du magasin encore présent sur l'avenue au numéro 142 et situé sous les couverts de l'Immeuble LOUIS à proximité des Négociants.

Wrédé-142

WRÉDÉ-Michel-MRK-40

Combien parmi les habitants du Guéliz sont passés par ce magasin où Michel Wrédé exposait des photos anciennes de Marrakech ? Avec lui s'en va un témoin de l'activité commerciale du Guéliz. Nous ne savons pas depuis quand Michel Wrédé habitait Marrakech. Cependant nous ne trouvons pas trace de sa présence avant 1954. Qui pourrait nous dire qui se trouvait avant lui au 142 avenue Mangin ?

Nous pensons à la famille de Tarek, à ses proches et à ses amis et partageons leur tristesse.

Ceux d'entre nous qui voudraient exprimer des condoléances aux familles ou ajouter des souvenirs avec l'un des disparus peuvent le faire dans les commentaires au bas de cette page.

Il est possible aussi d'ajouter d'autres noms de personnes qui nous ont quitté et dont vous voudriez faire part aux anciens de Marrakech.

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20 janvier 2021

FÉLIX LE PHOTOGRAPHE ET GUICHARD LE MÉDECIN

LE DOCTEUR GUICHARD RACONTE LE MARRAKECH DE 1920-21 AVEC DES PHOTOS MÉCONNUES DE FÉLIX.

Nous disposons de trois textes du Dr Guichard, médecin du dispensaire de Marrakech dès 1911, puis constructeur et médecin-chef de l'hôpital Mauchamp ( Ibn Zohr).

1928-Photo felix-Pub

Les trois textes sont illustrés par des clichés du photographe Félix: l'un sur l'usage du KIFF à Marrakech et sa dangerosité, l'autre sur les LÉPREUX de Bab Doukkala et le troisième sur la Giralda du Maghreb. Chacun de ces textes fut illustré par des photos du photographe FÉLIX. En cette période d'épidémie nous nous intéressons à l'article sur ceux qui vivaient un confinement à l'extérieur des murs de la Médina, dans un quartier isolé du côté de Bab Doukkala: El Hara.

LES LÉPREUX DE MARRAKECH par le Dr Guichard.

Lorsque l'on sort de la Médina de Marrakech par Bab Doukkala pour se rendre au Guéliz, à 200 mètres des murs sur la gauche, on aperçoit un groupe d'une trentaine de maisons avec une Kouba blanche, c'est le "HARA" ou quartier des lépreux.

Felix-Kouba-lepreux-mai-1921

Autrefois ces malades étaient relégués dans une petite agglomération encore existante aujourd'hui (en 1921), en face de Bab Rhemat en dehors des murs, la zaouïa de Sidi Youssef. Mais le grand sultan saadien Mohammed el Mansour el Dehebi, lorsqu'il construisit son fameux palais de la Bédia à la fin du XVIe siècle, les en expulsa pour que la demeure impériale ne fût pas sous le vent de la léproserie et les installa à l'endroit où ils sont actuellement.

"Hara" signifie quartier d'une ville, et en l'espèce quartier réservé. Il apparait sur le plan en clair entre la place du 7 septembre/16 novembre et Bab Doukkala

EL-HARA-Plan-Bab-Doukkala

Cette léproserie est en principe rattachée à la zaouïa de Sidi Bel Abbès, la zaouïa des aveugles, et au même titre que ces derniers, les lépreux devraient être entretenus sur les revenus de la zaouïa. Mais en pratique, il n'en est rien, aussi sont-ils obligés de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance soit en travaillant (l'un d'eux que j'ai connu était boucher !), soit surtout en se livrant à la mendicité. Dans la journée, ils se répandent dans la Médina pour y demander l'aumône et ne rentrent que le soir dans leur quartier. Ils colportent la maladie partout.

FELIX-MRK-lepreuse-1920

Les lépreux de Marrakech ne sont soumis à aucune discipline et ne se distinguent par aucun détail de leur costume, contrairement à ce qui existe dans d'autres léproseries, comme celle de Tit par exemple, à une dizaine de kilomètres de Mazagan, sur la vieille route de Safi, dont les pensionnaires circulent avec un chapeau pointu fait de feuilles de palmier tressés et portent un voile sur la figure.

Primitivement le Hara n'était habité que par des lépreux, mais peu à peu sont venus se grouper autour d'eux des parents, des amis, des étrangers, ce qui fait qu'actuellement, ils sont devenus la minorité dans ce quartier, où l'on n'en compte plus guère qu'une vingtaine sur une centaine d'habitants. 

Lépromes de la face. Amputation de trois doigts et d'un gros orteil.

Cette petite colonie lépreuse est constituée par une population éminemment flottante. Il y a parmi ces malades des gens d'un peu partout, principalement du Sous et même de plus loin. Ils viennent à Marrakech soit de leur plein gré, soit chassés par les gens de leur tribu, faire une cure ou plus exactement un pélerinage au tombeau de Sidi BEN-NOUR, qu'habite la Kouba blanche qui se trouve à l'extrémité nord du Hara. On n'a que de trés vagues renseignements sur ce saint, lépreux lui-même. Il serait venu à Marrakech "dans l'antiquité des temps, du pays d'au-delà des monts" chassé par les gens de son pays. Il édifia tous les gens du quartier par sa sagesse et sa piété et quand il mourut, on éleva sur sa tombe la Kouba qui existe encore actuellement. Depuis ce temps, le traitement de la lèpre consiste à faire une retraite au tombeau de Sidi BEN-NOUR. On se couche à l'ombre de la Kouba ou de la treille qui l'entoure et l'on fait ses dévotions sur la tombe du saint. Et au dire des malades eux-mêmes, il est rare que leur mal à la suite de cette cure toute spirituelle ne soit sinon guéri, du moins amélioré et ne subisse un temps d'arrêt dans son évolution.

Felix-Lépreux-Dr-Guichard

Tous ces lépreux vivent en bonne intelligence avec les gens du quartier. Certains d'entre eux sont mariés, ont des enfants sans que leur entourage manifeste une répugnance quelconque à cohabiter avec eux.

Lors de son voyage à Marrakech en 1919, le professeur EHLERS de Copenhague, qui a organisé les léproseries d'Islande, tint à visiter le Hara et s'intéressa beaucoup à ses habitants.

Lèpre maculeuse généralisée avec alopécie complète.

Au point de vue pathologique on rencontre chez ces malades toutes les formes et tous les degrés de la lèpre. Depuis la forme anesthésique avec ses troubles de l'innervation et ses taches pigmentaires très apparentes chez des gens dont la peau est naturellement foncée, taches qui finissent parfois par s'ulcérer jusqu'à la forme tubéreuse ou tuberculeuse caractérisée par des nodules de la peau, tantôt isolés, tantôts confluents, siégeant aux membres, principalement aux jambes et aux avants bras et parfois à la face où ils donnent à la physionomie ce caractère si spécial qui a fait qualifier cette forme du nom de léonine. Souvent, ces lépromes s'ulcèrent et la lèpre peut devenir mutilante. C'est ainsi que l'on voit les doigts et les orteils fondre en quelquesorte, le plus souvent sans douleur et peu à peu disparaître.

Felix-Lépreux-visage-MRK

Felix-MRK-lepreux

Un symptome qui prédomine dans ces deux formes et qui est presque constant dès le début de l'affection, c'est l'alopécie persistante en certaines régions, comme la face, et qui donne à ces malades sans barbe, sans cils, sans sourcils un aspect tout à fait caractéristique.

Lépromes ulcérés des jambes et des pieds. Visage complétement glabre. Zone de dépigmentation des avant-bras et des jambes.

Les indigènes eux-mêmes savent très bien faire la différenciation entre ces deux formes principales de la lèpre et donnent à chacune d'elles un nom spécial. C'est ainsi qu'ils dénomment "bress", la forme anesthésique avec plaques de dépigmentation et "jedam" la forme tuberculeuse ou mutilante.

Mais la lèpre ne se manifeste pas toujours par des caractères aussi tranchés, et le plus souvent, c'est une forme mixte, dans laquelle coexistent les lésions de la lèpre anesthésique et de la lèpre mutilante.

Felix-Lepreux-syphilis

Souvent aussi, au Maroc en particulier, où la syphilis est si répandue, rencontre-t-on des lépreux porteurs de lésions de syphilis tertiaire accidents qui sont là pour compliquer encore le diagnostic. C'est ce qui fait. que très fréquemment les arabes cataloguent lèpre des accidents qui ne relèvent que de l'avarie, comme cela arrivait en Europe au Moyen Age, car les lésions des os et dela peau dans la syphilis tertiaire peuvent prêter à confusion et donner facilement le change à des gens peu avertis.  Dr GUICHARD

Cet article du docteur Guichard avec les photos du photographe Félix était le premier sur la lèpre au Maroc. Deux ans plus tard les médecins de Fez firent un article sur les lépreux soignés à l'hôpital Coquand.  Le docteur Guichard a soigné les lépreux de Marrakech en les faisant bénéficier de leur suivi médical depuis l'hôpital Maisonnave. La création à partir de 1952 de la grande léproserie médicalisée d'Aïn Choq près de Casablanca par le docteur René ROLLIER (1917-1987) allait hâter la fermeture de la léproserie du HARA.  Depuis il n'y a plus de lépreux au HARA.  Il s'agit d'un quartier de Marrakech reconstruit sans la Kouba de Sidi BENNOUR.

LE PHOTOGRAPHE FÉLIX: Les collectionneurs de photographies anciennes connaissent le photographe Félix pour ses très beau clichés de la Ville rouge effectués à partir de 1912. Ils constituent la mémoire du patrimoine de Marrakech dès le début du règne du Sultan Moulay Youssef. Les images des souks, des sites remarquables de la Médina, de la construction du Guéliz diffusées sur cartes postales constituent un trésor.

Photo-Felix-Fumeur-de-Kif-1919

Cependant Félix a servi aussi la cause des marocains atteints dans leur santé et contraints de se confiner dans un quartier séparé de la ville. Nous pouvons saluer son travail de photographe au service de la médecine et de malades  qui non seulement supportaient une santé physique dégradée, mais en plus subissaient une mise à l'écart de la vie sociale.

Félix a accompagné le Dr Guichard dans son oeuvre pour sensibiliser le corps médical et les instances politiques sur d'autres problemes de santé. Il a contribué notamment à mettre en lumière les addictions au Kiff et la nécessité d'établir de nouveaux systèmes de soins et de prévention. La photo ci-contre montre le visage caractéristique d'un homme victime de cette addiction.

Peutêtre ce retour dans le passé vous rappellera des souvenirs ou des réflexions sur les abords de Bab Doukkala, sur les excellents médecins de Marrakech ou sur le travail des photographes et en particulier sur la technique de Félix. Vous pouvez aussi les partager en écrivant un commentaire.

 

 

15 janvier 2021

SECOUSSES SISMIQUES À MARRAKECH ET CATASTROPHE À AGADIR

Voir au bas de la page les souvenirs de Daniel Morange intervenu à Agadir à partir de la base aérienne 707 de Marrakech

Maurice-Calas-1954Maurice Calas, qui travaillait dans la téléphonie et la télégraphie aux PTT de Marrakech nous fait l'amitié de partager avec nous certains de ses souvenirs du tremblement de terre d'Agadir et des secousses sismiques à Marrakech. Sa famille l'a encouragé à puiser dans sa mémoire et à écrire. Il nous en fait profiter.

AVENTURES & SOUVENIRS AVEC LES PTT DE MARRAKECH

MOISSAC, le 12 mars 2020

Il y a quelques jours  j’ai entendu une évocation du tremblement de terre d’AGADIR le 29 Février 1960.

Ce jour-là, un lundi pas comme les autres, dernier jour de février d’une année bissextile, mais semblable aux autres par le boulot-vélo-dodo.  Après l’arrivée de notre premier enfant le 25 décembre 1959,

Poste-du-Gueliz-Phal-14

Claudine avait repris le travail au guichet de la poste du GUELIZ fin janvier. Elle allaitait Jean-Luc, toutes les quatre heures.  Si mon souvenir est bon  à 10 h elle fonçait à vélo  chez ses parents qui gardaient Jen-Luc pour une demie heure d’allaitement chronométrée par l’inspecteur.

Moulin Baruk 1951

Pour que la maman se repose après les couches nous avions délaissé notre logement dans le parc de la villa BRON dans la palmeraie, pour habiter avec les parents de Claudine dans le vaste appartement de fonction du moulin Baruk dont son père était le directeur de fabrication (on disait Chef meunier).

Devant les moulins: nue-tête Gaston Baruk et avec chapeau mou, le maréchal Juin. Photo Belin (collection Jean-Marc Berger)

Assez fatiguée, la maman s’était… endormie vers  22 h après la dernière tétée de Junior - pour parler comme les américains. J’avais négocié l’autorisation de lire au lit et, bercé par le ronronnement des machines du moulin, je voyageais  en Méditerranée au dix-septième siècle avec le capitaine Hornblower, roman historique de J.S Forester. J’en étais au chapitre ou il récupère un chargement d’or d’un navire Britannique coulé dans une baie de la côte turque.

Brusquement, tout se met  à trembler pendant, je ne saurais le dire; le carillon de la salle à manger tinte deux ou trois fois…le plafonnier pendu à son fil se balance doucement. Et personne ne bouge dans la maison, Claudine enfoncée dans son oreiller ne bouge pas, ma belle-sœur dans la chambre contigüe pas plus, de la chambre des beaux parents à l’autre bout de l’appartement parviennent un ronflement étouffé, des cris arrivent du moulin où les ouvriers de nuit ont été surpris, rien de cassé de ce côté, le doux ronronnement continue; je m’assoie sur le bord du lit je regarde ma montre il est minuit moins cinq ; c’est bien un tremblement de terre ! Je ne pense pas à des répliques, je ne réveille personne,  pas la peine d’affoler et briser le repos de tous, et je reprends ma lecture jusqu’à la fin du chapitre, puis je m’endors.  Ce n’est pas la première fois que je ressent  un tremblement de terre à Marrakech. À sept heures et demie je me prépare, j’avale le café que belle-maman a préparé je ne dis rien et je fonce au Central. L’inspecteur est devant la porte,  à  dix mètre il me crie "Agadir ne répond pas" (plus de liaisons téléphoniques) je lui réponds : "le tremblement de terre de cette nuit ?   Vous l’avez ressenti ?, Oui !"  Apparemment nous sommes les seuls à l’avoir perçu, des collègues de la poste arrivent on les met au courant et nous commentons en attendant des nouvelles officielles que Radio Maroc ne tarde pas à diffuser «  Le phénomène a été très puissant; il semblerait que la ville ancienne (Talborge) est détruite. La marine française qui faisait des manoeuvres au large a immédiatement envoyé des secours. A dix km environ  au sud-est, à la base aéronavale française d’INEZGANE la secousse a été très forte mais il y a pas eu de dégâts ni sur les pistes ni sur les bâtiments; dés le matin l’infirmerie commence à recevoir les premiers blessés ».   

JU52-1959

Vers 13h à Marrakech on voit passer les premiers avions (Ju 52) qui évacuent les blessés graves sur les hôpitaux de la ville, alors commence un ballet d’ambulances qui durera au moins une dizaine de jour. 

Le Ministère des PTT a fait partir de l’atelier central depuis Rabat, plusieurs équipes spécialisées avec du matériel pour rétablir les liaisons téléphoniques avec Casablanca et Marrakech. De Rabat à Casablanca 100 km, de Casablanca à Mazagan 94 km, Mazagan Safi 156, Safi Mogador( Essaouira) 159 km, Mogador Agadir 180: un périple 530 km à 60 à l'heure de moyenne: il faudrait presque deux jours pour arriver. Agadir Marrakech 360 Km (par la route de l’Atlas; par le col du Tizi N’Test à 2250m et Tarroudant;  ou par Essaouira:   même distance.        

À Marrakech mon inspecteur Mr Humbert doit se préparer pour partir le 2 mars évaluer les dégâts du central automatique R6 enregistreur tout neuf, il fonctionnait depuis moins de six mois, son inspecteur technicien (un copain) est blessé; il y a des morts parmi le personnel. On me demande de partir le 4 Mars pour rétablir depuis Inezgane la liason télégraphique Agadir Casablanca qui s’appellera Casablanca Inezgane. Je prends avec moi deux téléscripteurs Creed, un récent et un ancien. J’ai remis l'ancien en état, il servira de secours en cas de panne du premier, car le temps qu’on me donne une voiture et que je vienne de Marrakech, délais une demi-journée ou quelques jours jusqu à la disponibilité d'un véhicule.

Le 4 mars nous partons à deux avant six heures (nous n’avons pas envie de rester le soir sur place) ; avec la  fourgonnette Dauphinoise Renault  (carrosserie juva-4 un poil plus longue et un moteur de dauphine à culbuteurs plus nerveux mais plus fragile et !… et…4 vitesses,  malheureusement le mouchard est encore là) nous pourrons faire le trajet en peut-être cinq heures. Je ne me souviens plus qui conduisait et m’accompagnait,  peut-être Derdari ? ou un garçon du service des lignes … Il fait un temps magnifique, nous passons par Essaouira c’est la meilleur route  entièrement asphaltée; vers onze heures nous sommes à la hauteur du cap Rghir à une trentaine de km d’Agadir, nous voyons les premières  destructions, des maisons en pisé  en partie écroulées, quelques Km plus loin à la cimenterie c’est plus sérieux mais l’ensemble parait intact ; encore trente km et nous apercevons la baie et le port; le soleil brille plus que jamais, sur la route de nombreuses fissures coupent la chaussée nous les montons ou descendons avec précaution comme des marches d’escalier puis nous arrivons devant une large crevasse récemment comblée au bulldozer sur la largeur de la route. De suite un poste de contrôle; on nous arrête, les gardes sont revêtus de blouses blanches et portent des lunettes d’atelier ? ; nous  exhibons nos ordres de mission, une odeur douceâtre de  cadavre flotte déjà  dans l’air,  les gardes nous  font sortir de la voiture et nous font déshabiller pour nous poudrer de DTT (insecticide universel, poux, puces, punaises, tiques, fourmis sauterelles, doryphores,…. ) .  De là sur la droite on surplombe le port et la ville nouvelle.  

Fort-d-agadir 2

Nous pouvons voir au sommet de la colline sur notre gauche  le vieux fort  Portugais du XVI siècle dont les murs blancs haut de  près de dix mètres  sont écroulés: des blocs de pierre ont dévalé la pente, toute une population, plusieurs centaines de petites gens vivaient dans ces casemates larges et profondes….. Sur le plateau en dessous, la vielle ville   «Talborge ? » était aussi un champ de ruines ainsi que l’hôpital à l’autre bout du plateau; en  tournant la tête vers l’Est en contre-bas en bordure de l’océan je cherche du regard le grand,  et haut immeuble blanc de la compagnie des  bus SATAS qui faisait depuis 1939 la fierté de la ville, j’ai alors  un choc,  ces trois ou quatre étages sont réduits à un carré d’un seul étage, les étages supérieurs  sont empilés  jusqu’au sol  ; plus loin la ville nouvelle  parait intacte,  ses petits immeubles modernes de deux étages peints en ocre rose s’alignent parallèles à la plage infinie qui fait la réputation  de la ville.  Nous ne tardons pas à  nous apercevoir en suivant le boulevard du Front de Mer et les bâtiments qu’il y  a des cordons de draps qui pendent des balcons, signe que les escaliers se sont écroulés, et les plafonds effondrés sur les dormeurs, les survivants  ont  fuis comme ils ont pu. Je repère au passage la nouvelle poste avec le central automatique que j’ai l’intention de visiter au retour, ils sont debout. 

 En poursuivant  vers notre destination, c’est avec un soulagement certain que nous  fuyons ce cauchemar.   Après une douzaine de km nous arrivons à la poste d’Innezgane; les collègues de l’atelier central de Rabat sont déjà au boulot (ils ont roulé nuit et jour); ils installent un central téléphonique manuel de quelques centaines de lignes pour parer au plus pressé et  rallongent le Répartiteur. Heureusement le bâtiment est assez grand, et il faut créer un nouveau réseau de câbles…. je leur demande où est l’emplacement réservé au télégraphe, Réponse : "On verra ! si vous voulez bouffer allez en vitesse à la base de l’Aéro-Navale"  C’est une bonne idée, le casse-croûte  emporté le matin est déjà loin.  Encore quelques km, on nous dirige vers le mess qui est immense mais encombré de familles qui attendent leur évacuation par avion, pour l’heure priorité aux blessés, (on en découvre  toujours dans les décombres , et  on  trouvera encore  un survivant quinze jours après le séisme.  Un long buffet aligne des plateaux tout prêts;  nous en récupérons deux. Le serveur qui contrôle  la distribution nous dit qu’ils  opèrent  en service continu et nous demande de ne pas traîner.   Tous les services administratifs du royaume sont  sur la base qui sert de QG…… ; nous trouvons un bout de table libre  près d’une fenêtre; ce qui nous permet de voir les ambulances qui vont de  l’infirmerie aux avions d’évacuation vers Marrakech (des junker 52 de la dernière guerre).  Nous avalons rapido ce qui est servi;  je récupère une demie boule de pain de l’intendance; j’achète deux bouteilles d’eau d’Oulmess et une boite de confiture d’abricots  pour le retour en cas de "creux", et nous filons à la Poste ; l’inspecteur principal  qui dirige les opérations me désigne une petite pièce derrière les guichets de la poste « pose ton matériel sur la table, le répartiteur n’est pas terminé  on fera le raccordement des câbles plus-tard pour le moment priorité au téléphone.» des dizaines de journalistes-reporters assiègent les deux cabines du bureau. C’est parfait! nous aurons le temps d‘aller visiter le central automatique ; nous donnons un coup de main aux collègues pour décharger quelques caisses de matériel: des éléments de répartiteur pré-fabriqués qui viennent d’arriver, et des tourets de câble. Vers 15h nous n'avons plus rien à faire,.. pas la peine d’encombrer les copains, nous prenons la direction du retour et nous nous arrêtons à la poste abandonnée d'Agadir ; à part les gravats tombés des plafonds tout parait en état, le Central est au premier, l’escalier a tenu le coup la  dalle semble  horizontale c’est en entrant dans le Central  que quelque chose nous surprend;  les structures qui supportent les appareils, semblent  s’appuyer sur un mur,  l’armature  serait-elle déformée? Vérification avec un fil à plomb improvisé: c’est le mur qui  penche! Je suis déçu, j’avais pensé à première vue que ça devrait pouvoir redémarrer; illusion ! Dans la cave les bacs des batteries sont  sortis de leur berceau et penchent dangereusement, c’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de court-circuit et d’explosion (l’hydrogène)!  En haut je fais un tour de repérage et nous commençons à mettre de côté  quatre ou cinq platines de circuit qu’ il faudra modifier ( c’est le même système qu’à Marrakech, mais plus moderne)!  Je démonte le robot stroboscopique des circuits, il me servira  pour le réglage  précis des relais de télescripteur, je l’installerai dans mon bureau-atelier des télescripteurs à Marrakech,  en attendant de recevoir un tube cathodique Siémens ; il n’y a plus grand-chose de transportable avec la fourgonnette,  et Mr Humbert est passé avant nous ! Il n’a pas vu un super  contrôleur Peakly sous une étagère, je l’adopte sur le champ, après une heure à fouiller nous décidons de prendre la route du retour; nous serons chez nous vers vingt et une heure, encore hanté par les destructions et l’odeur qui planait sur les ruines.

  Ce séisme de magnétude 5,7 s‘est produit sur la ligne de fracture de l’Atlas (qu’on appelle la dorsale de l’AFN; il se termine en Tunisie, mais c’est en Algérie à Philippeville que se sont produits plusieurs séismes destructeurs. À Agadir l’épicentre était à quelques km de la terre  au fond l’Océan; il a provoqué plusieurs milliers de morts, au moins 25 000 recensés,  mais  a-t-on jamais compté ceux de tous les villages de l’Atlas, éloignés des routes et situés sur la ligne de fracture ? Y-a-il seulement eu des survivants pour raconter ?  Les Caïds (préfets) l’on certainement signalé  à postériori. À ma connaissance  personne n’en a rien dit. Des bruits ont parlé de quarante mille morts ou disparus.

   Pendant trois semaines en plus des nouvelles de l’avancement des déblaiements, les journaux ont rapporté de nombreux sauvetages qui tenaient souvent du miracle. Le dernier sauvetage est celui de ce commerçant israélite qui tenait dans une ruelle de la vielle ville  une  petite épicerie. Originaire avec sa famille d'une communauté juive vielle de plusieurs centaines d’années située dans la montagne, éloignée de la ville, il retournait dans son village une fois par semaine pour le sabbat.  Il  s’était  aménagé une couche  sous  le comptoir de sa boutique. Quand l’immeuble c’est effondré, le  meuble a résisté et l’a protégé.  Lorsque  les bulldozerq sont arrivés pour déblayer la ruelle,  par miracle quelqu’ un a entendu crier..  Avec précaution les hommes ont dégagé les gravats et l’ont extrait de  son tombeau bien vivant.   Depuis le jour terrible, il avait bu sa réserve de Coca-cola et s’était nourri des bananes qu’il avait pu atteindre à tâton  dans les décombres de son Hanout (boutique) ; rapidement  remis sur pieds, il a désiré retourner dans son village, quand il a appris qu’il ne restait que des ruines et plus une âme vivante, le pauvre homme a sombré dans la folie. (récit rapporté par le Petit Marocain)

Note : Il existait en AFN, outre les commerçants, des dizaines de communautés juives dispersées dans tout le pays depuis plusieurs milliers d’années souvent dans des endroits  insoupçonnables  particulièrement en pays berbère pour échapper à la domination des arabes. Certains pensent qu’après la prise et la destruction de Jérusalem par les Babyloniens au VI siècle Av JC, plusieurs familles du petit peuple de Juda furent entrainées par le prophète Jérémie en Egypte, puis auraient migré plus à l'ouest vers la Lybie et le Maghreb.  Après la destruction de Jérusalem par Titus en 80 après Jésus-Christ d'autres familles juives et des familles chrétiennes en moins grand nombre se seraient établies en AFN. Puis au 7e siècle la fédération des tribus arabes dans une seule religion l'Islam amena les communautés juives à se réfugier et s'établir dans les montagnes de l'Atlas. (pour ceux qui seraient intéressés, lire le très documenté livre de Robin Daniel « L’héritage Chrétien d’Afrique du Nord »)

 MAURICE CALAS POURSUIT EN RELATANT TROIS AUTRES SOUVENIRS DE SECOUSSES SISMIQUES À MARRAKECH ET À L'OUKA.

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SOUVENIRS D'ENFANCE 

 Le premier tremblement de terre à MRK dont je me souviens parfaitement s’est produit je pense en  Mars ou Avril 1938, ce devait être dans la matinée d’un jeudi. Toutes les portes et les fenêtres de la maison étaient ouvertes, une vrai journée de printemps douce et calme. J’étais assis à la table de la salle à manger à faire mes devoirs, tout à coup, la maison s’est mise à trembler dans tous les sens, le carillon a tinter, les verres et la vaisselle s’entrechoquaient dans le buffet. Ahuri, je  voyais les murs vibrer, la sonnerie trembleuse du portail sonnait comme si quelqu’un bloquait le bouton. Pris de panique, en quatre enjambées j’étais à la porte d’entrée du couloir. Puis, tout était redevenu calme comme si rien ne s’était passé, seule la sonnerie continuait son bruit strident. Grand-père assis sur une chaise à l’ombre du mimosa couvert de fleurs, ( il  fleurissait  toute l’année), son chapeau bien en place sur sa tête chauve, le fume-cigarette au bout des doigts, sa barbe Blanche étalée sur sa poitrine, le journal grand ouvert, ses yeux fixés sur les nouvelles, ne sentait rien, n’entendait rien. J’ai alors réalisé qu’il n‘avait aussi rien  perçu, je suis allé chercher un roseau pour démêler les fils de la sonnerie ce qui arrivait quand un oiseau se prenait dedans. Il ne s’était rien passé, je suis retourné à mes devoirs, seul l’abat-jour vert ceinturé de fines perles de verre de toutes les couleurs se balançait encore doucement au-dessus de la table.

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AU CENTRAL DE LA MÉDINA AVEC MARC BERGER

Mon second tremblement de terre à Marrakech...  Je m’en souviens bien, mais pas l’année précise 1954 ou 55; c’était un dimanche j’étais de service au Central automatique à la poste de la médina, en service mixte 7h-12h & 14h-18 h. Mon collègue Marc Berger avait les mêmes horaires au service des mesures dans le répartiteur; l’un et l’autre nous n’avions pas grand-chose à faire sinon attendre l’incident et intervenir. Pour moi dans le cas ou une sonnerie d’alarme indiquerait un problème majeur ou un simple fusible qui quelques fois sautait tout seul par la tension de son ressort ou une mauvaise soudure, il fallait intervenir immédiatement et déterminer s’il y avait court-circuit  ou si le fusible avait seulement eu « peur ». Pour Marc c’était le plus souvent  la surveillante du  central inter-ville qui signalait une liaison en difficulté ou carrément interrompue, il lui fallait alors se porter sur la ligne signalée et commencer un programme de mesures pour définir la  gravité de l’interruption et alerter une équipe d’intervention,  lui indiquer ou se porter,  la distance,   la catégorie du problème  et de l’ assister si c’était nécessaire.  Marc devant ces cadrans  lisait un journal ou un livre et souvent nous bavardions. Ce jour-là j’étais dans le Central à consulter des documents pour préparer  les contrôles  de la semaine suivante. Vers 16 h 30, soudain, toute l’armature métallique du Central se met à vibrer. Dans un premier temps j’ai pensé au passage d’un camion chargé dans la rue,.. idiot pensais-je, c’est une rue piétonne. Je jette un coup d’œil par la fenêtre et à ce moment-là les vibrations s’intensifient , une sonnerie d’alarme se déclenche,  sauve qui peut, je traverse le Central si vite que je bouscule Marc au passage de la porte de l’atelier, nous descendons les marches de l’escalier côte à côte et quatre à quatre, nous nous  arrêtons dans la cour face à face; on se regarde et ensemble nous disons "c’est un tremblement de terre"     C’est fini,  Nous remontons,  je change le fusible qui a eu "peur" et qui a déclenché l’alarme, et nous commentons……

MRK Environs Ouka2740 m et djebel ANGOUR

 SECOUSSES SISMIQUES DANS LE HAUT-ATLAS

Le troisième tremblement de terre, en juin 1960, a été plus discret, mais réel. Je l'ai vécu dans l’Atlas vers 3000 m d’altitude  à l’Oukaïmeden (2700 M) presque au sommet du djebel Taghigt (tarigt 3300 m) ou j’avais emmené en ballade ma petite belle-sœur 12 ans et sa cousine Marcelle Ciarrapica. Son mari avait préféré se reposer plus bas et n’était pas de la promenade.   Après avoir grimpé 300 m nous avons atteint la plateforme d’arrivée du grand Téléski. Nous nous sommes installés à l’ombre du kiosque car le soleil était vif,  pour partager un goûter et admirer la chaine de l’Atlas qui se prolongeait vers l’est jusqu’ à l’horizon.  Pendant que nous bavardions j’ai été intrigué  par une légère vibration, perceptible à l’oreille, des quatre mats porte-drapeaux scellés dans la plateforme. Pas un poil de vent et pourtant, j’ai regardé les vitres du kiosque, elles vibraient.  Un coup d’œil à un éboulis  proche; les graviers glissaient dans la pente les uns sur les autres, toute la montagne vibrait discrètement.   En levant les yeux vers le sommet du djébel  un nuage  descendait silencieusement vers nous il était temps de partir.  Heureusement je connaissais assez bien  l’endroit,  et nous nous sommes engagés dans un éboulis qui nous a conduit en moins de vingt minutes  sur le plateau,  accompagnés dans  la descente assez  raide par les cris des filles qui à chaque pas enfonçaient leurs  pieds jusqu’aux mollets  dans le gravier et avaient du sable dans leurs chaussures.  A tout moment je craignais la  glissade de grosses pierres. Rendu au chalet du Club Alpin nous avons retrouvé Rizou (Henri). Attablés sur la terrasse nous nous remettions de nos émotions... le liquide de nos verres d’orangeade frissonnait…..Quelque part dans la terre quelque chose se déplaçait encore, doucement, quatre mois après la catastrophe d'Agadir.

Seisme-MRK-10aout-1933 2

MARRAKECH N'A JAMAIS SUBI QUE DES MODESTES SECOUSSES, JAMAIS DE TREMBLEMENT DE TERRE MEURTRIER.

(En avril 1933 un très fort tremblement de terre fit beaucoup de morts en Turquie, Anatolie). Les secousses sismiques à Marrakech semblent se produire quand il y a des tremblements de terre désastreux en Turquie. Cependant Marrakech n'a pas connu d'important séisme. L'écho d'Alger signale des secousses sismiques à Marrakech qui se seraient produites le 18 aout 1933 à 10h30. mais n'aurait duré que 4 à 5 secondes. Dans les rez-de-chaussée la secousse passa inaperçue, tandis qu'elle était beaucoup plus marquée dans les bureaux et appartements des étages. Les meubles tremblèrent et les vitres vibrèrent. La secousse fut nettement perçue tant en Médina qu'au Guéliz mais n'occasionna aucun dégât.

Cependant à 19h30 une tempête de sable a succédé au séisme obscurcissant le ciel et rendant la visibilité tellement faible que la circulation en devint dangereuse. Le Chergui, puisqu'il faut l'appeler par son nom, aveuglant les marrakchis de sa poussière contraint les musiciens et consommateurs à quitter les terrasses pour se réfugier à l'intérieur des cafés. Sur la place Djemaa el Fna des guitounes de marchands furent renversées et au Guéliz les tôles ondulées et les cartons bitumés se prenaient pour des tapis volants, tandis que les régimes de dattes tombaient des palmiers et les olives s'éparpillaient sur le sol. Alors que Marrakech subissait une température de 45°, la montagne Glaoua et la région de Ouarzazate subissaient un déluge.

 MAURICE CALAS NOUS PARLE ENSUITE DES ANNÉES 60

 MOISSAC le 30 mars 2020 

PASSER LE TÉMOIN:  Mon père est arrivé aux PTT de Marrakech en 1924; ma mère accompagnée de sa sœur cadette Raymonde sont venues habiter en 1926 chez leur sœur Fernande. Papa et maman se sont mariés en 1929. Suite à un quiproquo dans les services de l’administration Marocaine des PTT, papa a arrêté son contrat avec les PTT du royaume du Maroc en juin 1960.  IL a demandé son rapatriement en métropole.   L’administration Française l’a affecté comme inspecteur au bureau de poste d’Aiguillon (Lot et Garonne). Par le jeu des congés, mes parents ont rejoint Aiguillon fin mai et ont eu le temps de s’installer dans cette très sympathique petite ville, où papa a pris son service le premier juin. Papa parlant l’occitan, ils se sont vite fait des amis et se sont intégrés sans problème.  En septembre, à l’occasion de nos vingt et un jours de congé pour "climat pénible" nous sommes allés passer quinze jours chez eux. Aux vues des derniers évènements du Maroc (décés du roi Mohamed V), des manifestations qui suivirent  et de la situation en Algérie, nous avons arrêté nos contrats qui se renouvelaient tacitement  avec les PTT  du royaume du Maroc le  premier juin,  et demandé à l’ambassade notre rapatriement en Métropole. Le 14 Mars 1961 Claudine qui attendait Daniel a pris la Caravelle  Casablanca-Toulouse avec Jean-Luc, 15 mois. Papa et maman les attendaient à Toulouse-Blagnac et les ont pris avec eux. Fin février on avait  rendu à son propriétaire la maison  de la rue Sourya (ex Maginot), au Guéliz derrière le Marché central, que mes parents  louaient depuis 28 ans à Mr Oustry pharmacien sur l’avenue Mangin (Mohamed V),  pour s’installer avec nos bagages  dans le grand appartement de fonction  des parents de Claudine aux Moulins Baruk.

Aux PTT j’ai fait une dernière tournée  des  télés-scripteurs PTT et des plus importants abonnés télex de la région de Marrakech (Ben-guérir base Américaine, Safi, Mogador-Essaouira, Agadir-Inezgane). Quelques 500 Km avec la voiture que le nouveau chef mécanicien, un marocain…. m’avait prêté  pour la mission : une 2 CV qui ne dépassait  pas le 65 à l’heure  sur le plat et montait les côtes en seconde à 20 à l’heure; une ballade de près d’une semaine. De retour au nouveau bâtiment de la Poste,  dans mon bureau atelier  près du Central télégraphique j’ai préparé une documentation complète à l’attention de mon successeur, avec schémas et explications du fonctionnement des différents systèmes d’essais des matériels, une traduction de la notice des appareils Creed Anglais ( 3 ans au-paravent j’avais mis un mois à la traduire grâce à un dictionnaire de mécanique Anglais-Français que mon oncle Bertrand avait dans son bureau.  Imaginez : une simple  pièce se décrit, ( exemple :  la tige du truc du machin du bidule….en français  « une clavette »).

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Au reste ces appareils étaient parfaitement conçus, ils se composaient de blocs interchangeables, qui permet-taient un dépannage rapide, le clavier était génial, seul le réglage de l’émetteur exigeait un stroboscope ou un tube cathodique pour obtenir des signaux parfaits avec 0% de distorsion. Les appareils français SAGEM à page se composaient d’environ trois mille pièces et à bande 1200 à 1300, dont une  multitude de ressorts avec des poids précis à 2 grammes près, mais une vis micrométrique facilitait le réglage de l’émetteur.   

 Le 28 Avril je quittais Marrakech avec regrets au volant de ma Dauphine Aérostable  chargée jusqu’au toit pour un voyage  record à travers l’Espagne avec une seule nuit de repos à Séville. Les routes espagnoles de l’époque étaient plus mauvaise que nos départementale actuelles pour ne pas dire affreuses ; j’arrivais le 30 à trois heures et demie du matin à Aiguillon (environ 2800 km).

 De  1967 à 1973 nous avons passé nos congés au Maroc, où  Pépé Antoine avait négocié avec le Caïd la construction temporaire d’un chalet en bois sur la plage de Oualidia.  Et chaque année depuis la lagune nous faisions un pèlerinage à Marrakech pour un bain de chaleur de deux ou trois jours. En 1968 reconnus dans la rue par un facteur nous avons été contraints de faire une visite aux anciens collègues marocains de la poste et des télécoms que nous avions quitté six ans plutôt; je ne vous décrierai pas la réception qui fut royale ; bien sur je suis allé voir le bureau de mon successeur qui a été enchanté de ma visite et m’a dit : "Mr Calas  j’ai toujours  vos dossiers qui me servent, voyez ils sont là avec moi…."  Après cet échange technique nous sommes allés boire un thé à la menthe.

 Maurice Calas

Merci Maurice pour tes souvenirs qui nous permettent de réactiver notre propre mémoire et nous replonger  dans ces temps qui ont beaucoup compté pour nous.. Au travers de ton histoire nous revoyons cette terrible catastrophe que fut le tremblement de terre d'Agadir où nous avions des amis de toutes origines et traditions et où un grand élan de solidarité a fonctionné. Nous revoyons la Poste, celle de la place de l'Horloge, celle de la Médina et aussi la poste Centrale construite en 1956. Tu nous rappelles aussi que nous nous déplacions beaucoup: Agadir, Inezgane, Oualidia, Oukaimeden, Espagne,.. Tu nous rassures en nous confirmant la faible activité sismique sur Marrakech. Tu nous remémores le regret que nous avions en quittant la Ville rouge. Tu soulignes le soin mis à faciliter le travail de nos successeurs marocains et le plaisir que nous avions à nous retrouver. Merci de nous avoir permis de redonner des couleurs à nos mémoires qui ont tendance à s'effacer. 

Note: Certains auraient voulu faire croire à un tremblement de terre à Casablanca, le 26 décembre 1939. on voit à quoi peuvent servir les "fake news". 

Tremblement-Terre-Casa-28dec-1939

 

Souvenirs du tremblement de terre d’Agadir de Daniel MORANGE

Cet évènement douloureux survenu le 29 février 1960, fut, pour ceux qui en furent les témoins de près ou de loin, un vécu, gardé en mémoire malgré eux ; je suis l’un des leurs !

Ainsi,  le récit de Maurice Calas m’a replongé malgré les années passées dans mes souvenirs encore présents, ils ne sont pas de la même nature que ce que j’ai pu lire dont les détails sont impressionnants de précision

Mon récit commence le 1er Mars 1960  je me rends assez de bonne heure au mess pour le petit déjeuner alors que je suis militaire, radio navigant à l’escadrille de liaison de la base aérienne BE707 de Marrakech depuis Aout 1959.

 Lorsque j’entre dans la salle, habituellement animée des conversations d’avant le travail de chacun, je suis étonné du silence qui y règne, surtout des chuchotements, je m’approche du bar et demande au serveur « que ce passe-t-il ? » la réponse est chargée d’émotion : il y a eu, cette nuit,  un tremblement de terre meurtrier à Agadir!

Je comprends alors pourquoi cette ambiance étrange à mon arrivée, mais je comprends aussi qu’il faut que je me rende le plus vite possible à l’escadrille.

A mon arrivée à l’escadrille, commandée par le capitaine PRAT, c’est l’effervescence  avec les commentaires sur ce qui est connu …la piste du terrain d’Agadir est utilisable, la météo est bonne, les services techniques et logistiques de la base de Marrakech sont déjà en action avec la préparation des avions (Junkers 52 ) et leurs chargements, un briefing a lieu avec  formation des équipages, et  les instructions du capitaine PRAT car, nous sommes sur le plan aéronautique, les premiers intervenants extérieurs.

Nous sommes avertis que les chargements de nos avions sont réalisés au cours de la matinée, c’est alors que nous nous rendons vers ceux-ci pour le départ.

Mon pilote est le sergent-chef LEPAPE. Notre avion est chargé au plus fort de ses capacités avec du matériel médical, des couvertures, du pain et autre vivres… nous avons juste la place de passer pour aller au poste d’équipage pilote et  navigateur à l’avant,  un mécano entre les deux, moi, dans la carlingue derrière le navigateur puisque le poste du radio est à cet endroit autrement dit, je suis en contact direct avec notre chargement.

Le vol vers Agadir que nous réalisions souvent par « Imintanoute »  ne nous posa pas de problème par contre à l’arrivée tout l’équipage scrutait intensément l’environnement.

Lors de l’approche pour l’atterrissage nous nous sommes bien rendu compte de l’importance des dégâts comme s’il n’y avait plus de rues, certains endroits un peu encaissés comme recouverts de poussière ! !  Enfin, atterrissage sans encombre et roulage vers le parking pas loin de grands hangars techniques.

Comme je suis en poste dans la carlingue, je suis le premier à ouvrir la porte arrière du « JU » et descendre sur le parking. C’est alors, que je vois arriver vers moi un homme habillé de blanc mais taché de sang comme je n’en avais jamais vu, c’était un contact psychologiquement surréaliste pour moi, j’étais comme l’on dit  « scotché » bref, arrivé à ma hauteur, il me demande : vous avez de la place ? sans autre explication ! alors, sortant de mon hébétement, je lui réponds oui, lorsque nous aurons déchargé l’avion; il acquiesce  puis  repart vers les grands hangars.

Quelques temps après, une équipe se présente à l’avion pour le déchargement qui fut réalisé très rapidement. 

Nous étions alors disponibles pour la suite décidée par les responsables locaux. Nous n’avons pas eu à attendre longtemps car un camion non couvert se dirigea vers nous, il en descendit le même « chirurgien » qui nous indiqua la destination de l’hôpital de Marrakech pour les blessés présents sur la plateforme du camion.

Lorsque le camion eut fait demi-tour  et présenté son arrière vers l’avion, ce fut pour l’équipage un choc émotionnel d’une grande violence en effet, les blessés étaient allongés dans des couvertures ou des bâches, habillés tels qu’ils étaient au moment du séisme, recouverts de poussière y compris leurs visages, le chirurgien nous indiquât qu’ils étaient atteints d’écrasement avec de multiples fractures, chacun avait une étiquette avec leur noms ainsi que les indications médicales les concernant . Neuf de ces blessés furent posés sur le plancher de la carlingue, des infirmiers les accompagnaient. 

Puis, ce fut le travail d’aviateur pour la suite avec le retour vers la base militaire de Marrakech. Durant ce retour j’étais donc au contact avec tous ces blessés, je les regardais, assommé de voir tant de détresse et de voir tant de dignité.

Durant deux jours ce furent les actions suivantes :

- Les 1er et 2 mars : Deux allers retour Marrakech-Agadir pour 23 blessés ainsi qu’un Marrakech- Agadir-Rabat Salé-Marrakech pour 8 blessés.

Le tout pour 12heures de vol de jour et nuit. 

Après ces deux jours et avec un peu de recul, nous réalisons que nous étions fondus dans cette ambiance dramatique, nous allions dans les hangars chercher les  blessés sur brancards,  des accompagnateurs étaient avec nous.

Une dernière anecdote : lors d’un de ces vols, un blessé était installé sur un brancard en élévation mais posé sur une porte, nos regards se sont croisés, et il me dit en riant avec son accent ! moi,  je suis content parce que je suis mieux que les autres … sa fiche médicale lue après coup indiquait : multiples fracture du bassin et des jambes ! ! .

D’autres équipages ont certainement vécu ces deux journées « lourdes humainement »  eux aussi ont leur histoire et puis les secours internationaux sont arrivés avec plus de moyens que nos JU .. c’était l’histoire, mon histoire !.

                                                      Daniel Morange

 

 


06 janvier 2021

TABLEAUX ET PEINTRES DE MARRAKECH À IDENTIFIER

BONNE ANNÉE AVEC LA GALETTE DE L'ÉPIPHANIE 

ROIS-MAGES-3janvier-année-0 2 Un caricaturiste Suisse chatouille les chrétiens: Et si c'était une fille que les Mages venus d'Orient avaient trouvé dans la crèche ? Surprise !

PEINTRES DE MARRAKECH AU DÉBUT du XXe siècle

Certains artistes comme Jacques Majorelle sont très connus, d'autres beaucoup moins. Plusieurs demeuraient à Marrakech, d'autres furent des passagers aux séjours éphémères. Sans vouloir faire une liste exhaustive nous sollicitons l'aide de nos lecteurs pour rassembler le plus d'informations possibles sur les peintres de Marrakech et leurs oeuvres.

Maryse a dans l'héritage de ses parents une toile représentant une casbah bâtie le long d'un oued. Mais qui en fut l'auteur? Qui nous aidera à préciser le lieu et à déchiffrer la signature ? 

Casbah-oued-MaryseL'auteur de cette casbah située dans la proximité de la chaîne de l'Atlas  signait en bas et à droite de ses oeuvres : P. de .....

IMG_20201020_103414Peutêtre que l'un de nous dispose d'une oeuvre du même peintre avec une signature plus lisible ?

Grâce à plusieurs chercheurs du blog nous avons trouvé la réponse (voir en bas de page)

Une oeuvre du 4 avril 1930 de 20 X 30 représente le bassin et le pavillon de la Ménara. JAH MO cherche à savoir qui est son auteur. 

Menara-peintre-inconnu-avril-1930 

Menara-peintre-inconnu-avril-1930

Signature en bas à droite :

Marc nous envoie la couverture d'une des premières plaquette du Syndicat d'Initiative et de Tourisme de Marrakech.

1928-09-28 (1)

Ce qui nous permet d'admirer deux oeuvres du peintre Jacques Majorelle, antérieures à aout 1928, à doite "la casbah rouge."

Signatures-dans-les-angles-1928 Les signatures sont dans les angles à gauche et à droite.

Parmi les artistes-peintres du Maroc nous connaissons plusieurs noms des membres fondateurs de L'association des peintres et sculpteurs du Maroc constituée au début des années 20. Cette association leur avait permis d'organiser des expositions à plusieurs. En faisaient partie Carlos ABASCAL; Jean BALDOUI, inspecteur des arts indigènes à Fez; Louis-Edouard de JARNY-BRINDEAU; D. CONDO de SATRIANO, professeur de dessin à Rabat; Suzanne CRÉPIN, Oujda; M. J. DENIS, maison des arts à Fez; Jules-Henry DERCHE à Casa; Gabriel ROUSSEAU, inspecteur de l'enseignement du dessin à Rabat, Suzanne DROUET-RÉVEILLAUD à Fez; Jean HAINAUT à Rabat; Edmond PAUTY, service des monuments historiques à Rabat; Raphael (René) PINATEL à Rabat; Marguerite PRÉVOST, professeur de dessin à Rabat; Marcel VICAIRE inspecteur des Arts indigènes à Rabat, Paul LAFOND, Matéo BRONDY, André LENOIR, Blanche BERBUDEAU-LAURENT (sculpture), Albert LAPRADE.

Dans cette liste on remarquera qu'aucun des artistes n'est établi à Marrakech; mais c'est sans compter avec l'attraction immense de Marrakech et sa région pour les peintres. 

Par exemple, le charmeur de serpent de la place Djemaa el Fna:

Marcel-vicaire-serpents-Djemaa-el-fna par Marcel Vicaire.

Par exemple aussi une maison berbère dans la vallée de l'Ourika:

Carlos-Abascal-Ourika

par Carlos ABASCAL.

Casbah dans l'Atlas à gauche par Gabriel Carriat-Rolant

Gab-Rolant-Jean-Hainaut À droite: Ouvrier juif par Jean HAINAUT (1920)

 

On trouvera sur ce blog des oeuvres de:

Jacques MAJORELLE: voir plus haut la première page de couverture du Syndicat d'Initiative.

Max MOREAU: voir la page du 5 fevrier 2015

Stéphane MAGNARD : voir 29 octobre 2009

Mathilde ARBEY: voir 26 aout 2017 

Gabriel CARRIAT-ROLANT: voir 27 avril 2012

Jacques AZEMA: voir 19 mai 2009: http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2009/05/19/13779615.html

et d'autres, comme Charles HOLBING, Jeannine GUILLOU, Oleg TESLAR, ...

Le blog recevra volontiers vos commentaires en bas de cette page pour répondre aux demandes de Maryse et de JAH MO. Ainsi que vos propositions pour ajouter des noms de peintres de Marrakech méconnus.

La Casbah bâtie le long d'un oued: Jean-Marc a donné une piste, puis Maryse a repéré des indices, Michel enfin a trouvé le nom du peintre et une autre de ses oeuvres: 

Pierre-de-Saedeler1Probablement la même casbah sous un autre angle.

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Il s'agit d'un peintre de nationalité belge qui a vécu au Maroc de 1935 à 1937.  Il a présenté une exposition de ses oeuvres notamment en décembre 1936 à Casablanca. La presse marocaine s'en est fait l'écho. Il s'agit de Pierre de Saedeler, d'une famille connue dans les milieux artistiques belges.

31 décembre 2020

OFFICIER DES AFFAIRES INDIGÈNES, UN MÉTIER D'AUTREFOIS DANS LE BLED

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BONNE ANNÉE 2021 AUX AN-CIENS DE MARRA-KECH !

oooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

LE NUMÉRO 64 DE LA REVUE RÉALITÉS (mai 1951) MONTRAIT EN PREMIÈRE PAGE DE COUVERTURE DEUX VISAGES DE JEUNES MAROCAINES ET CONSACRAIT TOUT UN DOSSIER SUR LES OFFICIERS A.I. "AFFAIRES INDIGÈNES" 

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LA COUVERTURE DU MOIS: Ces deux danseuses d'ahouache ont été photo-graphiées par Jean-Philippe Charbonnier au cours de la fête donnée par le caïd de Skoura en l'honneur du lieutenant qui commande l'annexe d'A.I.  Exception-nellement, car elle se déroule d'habitude à la lueur des torches, cette ahouache avait lieu de jour. Les deux danseuses, du plus pur type berbère, sont des paysannes qui arborent pour la circonstance toutes leurs parures: colliers en verroterie, coiffure faite de pièces et d'anneaux d'argent massif (certaines pèsent jusqu'à 3 kilos).

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Elles ont soigneu-sement tressé leurs nattes et agrémenté les tatouages en noir qu'elles portent toutes sur le visage d'un maquillage au henné (les traînées rouges). L'ahouache est dansée par toutes les tribus de la région de Ouarzazate. Hommes et femmes sont divisés en deux choeurs. Le chant, scandé par les tambourins, est improvisé par des solistes pour célébrer les vertus d'un personnage important, le maître ou son hôte, ou un grand événement. Les choeurs reprennent le leitmotiv. Les hommes sont assis au centre, tandis que les femmes claquant des mains et s'élevant sur la pointe des pieds, tournent imperceptiblement autour d'eux dans une ondulation qui les soude épaule contre épaule

Une fête dans la cour de la Casbah du Caïd. L'Officier des Affaires indigènes, SIDI EL HAKEM, est présent à toutes les fêtes locales.

Réalités-OAI-27LE PLUS BEAU MÉTIER D'HOMME: Ils sont cinq cent cinquante et ce n'est pas beaucoup. Cinquante d'entre eux baroudent en Indochine avec leurs goums. Cinq cent autres , coiffés du képi bleu ciel, la badine sous le bras, restent au Maroc ou bien ils partent à cheval, suivis d'un mokhazni en djellaba marron rayée de noir, reconnaître une piste à créer à travers la montagne. Sur leurs passages les Arabes enveloppés dans leurs caftans, les Berbères, turban enroulé sur le crâne, les gamins crasseux et les petites filles timides font gravement le salut militaire. Ou bien ils circulent pour surveiller des travaux d'irrigation à travers le bled désertique, dans des jeeps qui ont fait la guerre en leur temps, et ne tiennent ensemble que par un principe qui ne doit rien à l'attraction des molécules: la force de l'habitude. 

Ils sont cinq cents en somme à régner, gouvernant le Sud marocain sans troupes et presque sans armes, par la force de leur présence, par leur activité, par leur esprit d'initiative et l'amour qu'ils ont pour l'indigène. Ces cinq cents officiers des affaires indigènes " Les A.I. "  font, en seigneurs, un des derniers beaux métiers du monde. En fait ils font la passerelle entre deux cultures: ils facilitent aux indigènes l'accès aux techniques et aux pratiques de l'Occident tout en gardant la culture du pays.

Le blog Mangin@Marrakech ne reproduira pas la totalité du dossier de Réalités sur les A.I., mais retiendra ce qui permet de mieux comprendre qui étaient les Officiers des Affaires Indigènes au Maroc, quelle était leur formation, quel était leur métier.

Ces techniciens, nantis de notions de tout, vont être successivement diplomates, ingénieurs, financiers, légistes, administrateurs, animateurs agricoles, économistes, géomètres et toujours artistes (le respect de la chose belle, le respect d'un paysage existent en eux), mais vont devoir surtout posséder l'autorité d'un chef, l'allure d'un seigneur pour s'imposer, on les recrute au grand choix.  

Ils ne furent ni ingénus, ni sots, ceux qui décidèrent de les sélectionner ainsi, dans les trois armes (trois officiers de Marine par exemple sont A.I.) dans tous les corps d'armée, de les éprouver à la pratique et, s'ils ne font pas l'affaire, de les reverser sans bruit dans la troupe. Première sélection importante, on ne prend que des volontaires. Une fois choisis pour leur qualités d'officiers, de préférence sortis d'une grande école et ayant déjà exercé un commandement, les officiers se trouvent hors cadre, détachés de leurs régiments.  Ils ne dépendent plus de l'armée, mais de la direction de l'Intérieur à Rabat et, par le truchement de la Résidence, du Quay d'Orsay. 

Un premier stage pratique , comme adjoint dans le bled (le Maroc est en effet divisé en régions, puis en territoires, subdivisés eux-mêmes en cercles qui, à leur tour se partagent en circonscriptions dont dépendent des annexes. Vient enfin le poste. Suivant l'importance de ces divisions administratives, on y trouve un ou plusieurs officiers) . Une fois terminé, ce stage qui a déjà permis de les jauger, les futurs A.I. reviennent à Rabat. Pendant neuf mois ils vont y assister à des cours dont la partie théorique s'augmente de travaux pratiques, voyages d'études ou travaux de synthèse.

Ils vont apprendre l'arabe, le berbère, le droit musulman et coutumier, le droit français, la géographie du Maroc et l'histoire de l'Islam, les caractères de la propriété indigène, régimes des transmissions, donations, successions, biens guich, habous ou makhzen, s'initier à l'économie politique, à l'agriculture, aux travaux publics, à la construction, à la mécanique, et aussi recueillir un enseignement sous forme de conférences des anciens qui tentent de leur transmettre une science intransmissible: leur expérience.

Après quoi ils partent en poste, pour de bon cette fois.

L'exemple choisi par Pierre Gosset, le journaliste de Réalités, est celui du poste de Skoura à 40km à l'Est de Ouarzazate où opère le capitaine Mercier, officier A.I. Jean-Philippe Charbonnier le photographie partout où il se déplace. Une partie de son travail se passe au bureau du poste. 

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 Le capitaine Mercier - entouré (de gauche à droite) de l'interprète marocain, du lieutenant adjoint et du trésorier civil, commence souvent sa journée par une séance de travail administratif. Il établit par exemple son budget, s'enquiert des questions de droit, prend l'initiative de travaux publics sur sa zone. Il est aussi responsable de la sécurité de son "annexe". Toutes ses décisions sont prises en accord avec le caïd de Skoura. 

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 La visite médicale se déroule ici en présence du lieutenant, adjoint du capitaine Mercier. L'emploi de la main-d'oeuvre indigène dans les mines est placé sous la surveillance de l'officier des A.I. qui a des prérogatives du même type qu'un inspecteur du travail. Le cas échéant, c'est à lui que les travailleurs adresseront leurs doléances. 

Réalités-OAI-28 L'instruction n'est pas obligatoire pour les petits Marocains. La fréquentation de l'école surlaquelle veille l'adjoint du capitaine Mercier dépend en grande partie de son implication. Il y a une vingtaine d'élèves à Skoura. L'établissement de l'impôt que le capitaine Mercier perçoit par l'entremise du caïd est une de ses tâches. Bien qu'il soit secondé par un trésorier civil, sa femme l'aide fréquemment à transcrire les écritures.

Réalités-OAI-30 Une fonction de controle dans les tribunaux berbères de Skoura est exercée par le capitaine Mercier. Le caïd juge seul au pénal, mais peut être assisté de ses différents chioukhs (chefs de fraction de tribu). L'adjoint du capitaine (à droite) se tient à la gauche du caïd, en qualité de commissaire. En matière civile et commerciale, ce n'est pas le caïd mais le tribunal coutumier, qui est compétent. 

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En jeep ou à cheval, accompagné de son interprête. Il n'est pas de jour où le capitaine Mercier ne parcourre une partie du territoire qu'il contrôle, et qui couvre quelque 4800 kilometres carrés, pour rester en contact avec les indigènes. La photo montre la palmeraie de Skoura et la piste traversée par l'oued. Un radier permet à la jeep de franchir l'obstacle.

Réalités-OAI-32b Pour assurer la police de son annexe le capitaine Mercier ne dispose que d'une dizaine de mokhaznis.

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Ce sont des auxilliaires, pour la plipart recrutés sur place et affectés aux officiers. Ils remplissent les fonctions de gendarmes, de garde champêtres, d'huissiers, de domestiques.

Ce "Mokhazni" est l'un des gendarmes qui assurent la police de l'annexe de Skoura.

 Les travaux d'irrigation conçus par le capitaine Mercier, permettent aux fellahs de son annexe d'exploiter de nouvelles terre et d'éviter une famine toujours menaçante.

Réalités-0AI-32a Le capitaine Mercier présente les travaux au commandant venu de Ouarzazate et à un ingénieur du Génie rural.

Réalités-OAI-31 C'est dans un site magnifique, au pied del'Atlas, dont les chaines se dessinent au lointain, qu'est située l'annexe de Skoura, dépendant du territoire de Ouarzazate. L'annexe compte quelque 65000 habitants, tous sont berbères, sauf 1333 israélites

Réalités-OAI-33a La main d'oeuvre est abondante au Maroc. Pour construire la nouvelle école de Skoura, ci-dessus, le capitaine Mercier a recruté ses ouvriers sur place. L'entretien des routes est assuré par les contribuables qui s'acquittent de certains impôts par plusieurs jours de travail

Réalités-OAI-33bEn rendant visite au Caïd, le capitaine Mercier agit comme délégué de la Résidence auprès du magistrat indigène représentant du pouvoir chérifien. C'est chez le caïd qu'il assiste aux trois grandes fêtes musulmanes: l'Aïd Seghir, l'Aïd Kebir et le Mouloud

Réalités-OAI-34a Enfin un moment de détente. Le capitaine Mercier prend le café dans son jardin avec sa femme. La maison comprend deux chambres, une salle de bains, un salon-salle à manger, un bureau, une cuisine et une grande véranda. La partie de tennis qui oppose le capitaine Mercier à son adjoint se livre le soir avant le dîner au pied de l'ancienne tour de guet de Skoura

Réalités-OAI-34b Le dîner est servi par des mokhaznis vétus de blanc pour la circonstance. Les enfants du capitaine Mercier vivent pendant toute l'année avec leurs parents à Skoura. Malgré les grandes chaleurs de l'été, l'ardente sécheresse de l'air et la fraîcheur des nuits leur permettent de supporter le climat du pays

Les affaires indigènes de SKOURA dépendent de MARRAKECH 

Réalités-OAI-26 Le général d'Hauteville qui commande la région de Marrakech a fait toute sa carrière dans les Affaires Indigènes. Le journaliste Pierre Gosset de Réalités précise: "Il est au Glaoui, ce que le résident général est au Sultan".

Le blog Mangin@Marrakech présente en ce début d'année 2021 les officiers des affaires indigènes tels que la revue Réalités les présentaient en 1951; il y a 70 ans. C'est l'occasion de faire mémoire de ces hommes qui ont aimé les marocains en mettant tout en oeuvre pour améliorer leur condition.

Le roi Hassan II interviewé par le journaliste Jean Daniel du Nouvel Observateur ne disait-il pas dans ses derniers jours ?:"..je vais encore vous surprendre, j’en arrive dans ces moments-là, tenez-vous bien, à regretter ces contrôleurs civils et ces officiers des Affaires indigènes, qui sous le régime honni de la colonisation, n’en avaient pas moins une connaissance intime de l’âme marocaine..."

Nous invitons ceux qui ont connu des officiers A. I. dans la grande région de Marrakech à nous parler d'eux dans les commentaires. Nous publierons aussi les photos et les documents que certains d'entre vous détiennent et qu ils souhaiteraient partager sur le blog. 

 

27 décembre 2020

MOUSSEM AU PLATEAU DU TICHKA

Meilleurs voeux de bonheur, santé, prospérité aux lecteurs du blog Mangin@Marrakech pour l'année 2021 

Marc partage avec nous un texte manuscrit de son père Paul Roché (1902-1979) écrit après 1946.

Paul Roché fut magistrat au Maroc de 1927 à 1960 (33 ans) et en particulier Président du Tribunal de Ière Instance de Marrakech jusqu’en 1957, où il vécut 21 ans, puis Président du Tribunal de Grande Instance de Casablanca de 1957 à 1960.

Officier des Affaires Indigènes durant la guerre

Ancien élève du Centre des Hautes Etudes d’Administration Musulmane (CHEAM-Promotion 1946)

Ancien Vice-Président, puis Président de la section Marocaine (Haut-Atlas) du Club Alpin Français 

 FÊTE DU MOUSSEM AU TICHKA

Plateau-du-Tichka-Moussem-1942 

Aouach-des-Taskaouine-5juillet-1942

Cette fête pastorale nous ramène à huit siècles en arrière, à l’époque où Ibn-Toumert fit l’union des tribus Masmoudiennes pour conquérir le maghreb et l’Andalousie, et pour y établir la célèbre dynastie des Almohades pendant plus d’un siècle.

Le berceau de cette dynastie se trouve à Tin-mel, à quelques lieues d’ici, dans la vallée des Goundafa.

Comme l’a magistralement rappelé M. le Professeur Robert Montagne dans son ouvrage sur «  Les berbères et le Makhzen dans le sud du Maroc » (1930), Ibn-Toumert et son disciple Abd-el-Moumen firent reposer les assises de leur immense royaume sur l’appui de quelques milliers de montagnards ignorants, les Hiertata, les Guedmiwa, les Gensifa et les Aït Tin-Mel qui formaient les grandes tribus Masmoudiennes.

A l’origine ces tribus n’étaient que l’agrégat de petits cantons isolés qui se sont réunis sous la bannière du Madhi ¹.

Ce sont, à quelque chose près les descendants de ces grands groupements que nous trouvons rassemblés aujourd’hui au plateau du Tichka.

Je ne pouvais pas commencer cet exposé sans rappeler ce point d’histoire qui a dominé la vie du Haut Atlas et ensuite celle de tout le moghreb au moyen âge.

Nos berbères ont oublié Ibn-Toumert, mais, malgré plusieurs périodes de guerres implacables entre elles, les tribus masmoudiennes se retrouvent groupées et unies par un lien ethnique et géographique indissoluble.

Sous la protection de la France et avec l’ordre assuré, elles viennent ici se rassembler tous les ans à l’occasion de la transhumance d’été.

Guedmiwa, Seskawa, Goundafa, Ida ou Zeddarh dans une entente complète font partager par leurs troupeaux les fameux pâturages du Tichka.

Ce n’est d’ailleurs pas un exemple unique de transhumance dans le Haut-Atlas. Nous en trouvons d’autres ailleurs.

Et d’abord que je vous dise la différence essentielle entre la vie pastorale du Haut Atlas et celle du Moyen-Atlas.

Les berbères du Moyen-Atlas qui sont des Imazighim sont essentiellement pasteurs, ce sont des semi nomades, c'est-à-dire qu’habitant pendant la saison intermédiaire dans les villages des moyennes vallées, comme Azrou, Aïn-Leuh, Immouzer, Itzu, la population presque entière se déplace  en été et en hiver, pour aller camper, établir le douar en ensemble de tentes, sur les plateaux herbeux du Moyen Atlas en été et dans la plaine (l’azghar) en hiver. Seuls quelques individus, les vieillards, les malades, quelques femmes et enfants restent au village pour en assurer la garde.

Les gens du Haut Atlas, de l’Anti Atlas et du Sous, au contraire, qui sont du groupe Chleu, sont essentiellement sédentaires. Ils restent à demeure dans leurs villages qui sont solidement bâtis dans les vallées autour de l’Agadir, ou grenier à grain, dans les Sous et l’Anti Atlas, autour des « tighrermt » ou maison fortifiées, véritables châteaux forts dans le Haut Atlas central de Demnat, d’Azilal, dans les Skour, les Imghrane et les M’Gouna.

Ce sont des agriculteurs et des arboriculteurs qui ne pratiquent l’élevage qu’accessoirement. Ce n’est pas à dire que leurs troupeaux ne sont pas importants. On trouve dans la région de Demnat et d’Azilal de réels propriétaires qui possèdent plusieurs milliers de têtes d’ovins et de caprins, mais l’amplitude des mouvements saisonniers est ici bien plus faible que dans le Moyen Atlas et que dans la partie nord-est du Haut Atlas (massifs de l’Ayachi et du Masru)

Nous y trouvons aussi une transhumance d’hiver. Les Oultana mènent leurs troupeaux en Sgharna, les Ftounka et les Mesfiwa en Zemran, les Ourika en Rehamna. D’autres, ceux de la très haute montagne de l’Atlas central gardent leurs troupeaux chez eux en hiver et les nourrissent d’herbe sèche coupée à la belle saison dans les prairies irriguées (tiliba).

Mais dans le cadre de la haute montagne c’est surtout la transhumance d’été qui nous intéresse. Chaque tribu, chaque fraction de tribu a ses pâturages situés sur des plateaux de haute altitude : ce sont les « Aguedal » et les pâturages des cols et des tourbières ; les herbages de l’Izourar, pour les Aït Ba Guemmez, où les Aït m’Goun et même les Aït Atta du Saghro ont des droits, les Igondal Asfariad, Tafenfart, ceux du Rhat, le Tizin’ Iblouzir, pour les Aït Ben-Oulli, l’Aguedal tiliba au pied de l’Amsod et aux sources de la Tessaout pour les Aït Afam des Imghram, les pâturages de l’Anghomeur pour les Glaouas, ceux du Yagour pour les Mesfiana, ceux du Timenkar et de l’Oukaïmeden pour les Ourika et les Riraïa, le Tinzer pour les Aït Tisgui et Aït Imin n’ Tisgui du Tifnout, les azibs du Siroua pour les Aït Waousguit, enfin le Tichka qui en berbère veut dire prairie, pour les tribus rassemblées ici aujourd’hui.

Le caractère sédentaire des gens du Haut-Atlas se retrouve dans leur transhumance. Alors que dans le Moyen-Atlas et à l’Ayachi les pasteurs transportent leurs tentes, ici les bergers s’installent dans des abris établis à demeure, construits en pierres sèches et entourés d’enclos à bétail. Ce sont les « azibs » où ils se fixent pendant les trois mois d’été. Seuls les bergers, accompagnés parfois de leurs femmes y viennent pour garder les troupeaux. Les femmes restent auprès de l’azib, elles font le beurre et le « leben », elles filent et préparent les aliments qui sont très simples (laitages, bouillis d’orge et de millet). Le gros de la population reste dans les villages où elle continue les cultures d’été irriguées (maïs, millet, légumes). L’on trouve même des azibs, comme au Tinzer et au Siroua, où les transhumants pratiquent, tout en gardant les troupeaux, des cultures d’orge tardives. L’orge semé début juillet est récolté en Septembre, avant le retour dans les vallées, car dès le 15 Septembre, en règle générale, les habitants des azibs repartent avec leurs troupeaux, les herbages étant épuisés, et aussi pour fuir les premières neiges.

Puisque les pâtres habitent dans les azibs il en découle que chaque année chacun revient exactement au même endroit, conséquence inévitable du sédentarisme. A chaque village de la vallée correspond un ou plusieurs azibs. Je pense vous avoir instruit assez clairement, quoique sommairement sur les mœurs pastorales du haut-Atlas que nous appelerons «petite transhumance » par opposition à la grande transhumance du Moyen-Atlas.

La fête d’inauguration du Tichka s’accompagne de danses berbères, la Haouach des Taskiouine. Aussi je voudrais vous dire quelques mots sur cette manifestation.

La Haouach, qui correspond à la Haïdous du Moyen-Atlas, est une danse accompagnée de chants en chœur. Comme l’a dit M. Alexis Cottin dans son « Tableau de la musique marocaine » elle constitue le spectacle de choix que la tribu offre en l’honneur d’un haut personnage ou d’un voyageur de marque.

(Photo ci-dessous Haouach Tigouga)

TIGOUGA-femmes

J’emprunte ce passage à cet auteur «  elle est, selon l’expression du Révérent Père Paul Hector, une ligne ondulante dont l’axe mouvant d’ondulation est à hauteur de la ceinture, tout ce qui est au dessus s’orientant en bas, tout ce qui est en dessous s’orientant en haut vers cet axe. Envisagée du point de vue de la dynamique cette ligne ondulante est la résultante à la fois d’un mouvement vertical et d’un mouvement horizontal très subtilement imbriqués l’un dans l’autre pour produire l’impression d’ensemble… ». 

Que ce soit à Ouarzazate, dans les Skoura, ou bien aux Glaou, aux Ftoucka ou aux Aït Ben Oulli ; le principe est le même. A l’occasion d’une fête d’été ou de la venue d’un grand chef indigène ou bien du « hakem », les jeunes hommes et les jeunes femmes du village se rassemblent devant les murs de la casbah ou bien dans une aire à battre. Les femmes sont vêtues de leurs belles robes de soie, la tête couverte d’un grand foulard multicolore dont les franges leur retombent jusqu’aux talons, les bras et le cou entourés de lourds bijoux.                          

Elles se rassemblent sur une légère courbe pendant que les hommes font chauffer le tallount (tambourin) auprès du feu pour en tendre la peau afin qu’il donne un son plus métallique. Le raïs ou chef d’orchestre lance le premier un thème d’une voix suraïgue et d’abord hésitant puis il frappe son tallount de la paume de la main, les autres joueurs de tambourin, maintenant rassemblés, répondent, le thème se répète, il est repris par les femmes qui font face aux hommes et qui commencent la danse chantée, se tenant par la main, les doigts enlacés ou bien battant des mains, elles sautillent alternativement sur la pointe des pieds et le talon en balançant leur corps d’avant en arrière et de bas en haut (c’est le mouvement vertical), pendant que l’ensemble ondule horizontalement et que leur tête se tourne harmonieusement à droite et à gauche.

(Photo ci-dessous ( Amismatert – Gedmiwa)

Amismatert-Gedmiwa-7

 Dans d’autre « Haouach » les hommes qui ne jouent pas du tallount dansent aussi en battant des mains ou dans une attitude uniforme, mais sans reproduire le même mouvement ondulant que les femmes. C’est l’Haouach des Aït Mohouad, des Ftouaka et des Aït Ben Oulli où le thème rythmé atteint les limites du sublime et où l’ensemble typique est étonnamment sauvage devant les pentes neigeuses du Rhat.

La Haouach de Ouarzazate, des Glaoua et des Mesfioua est moins vive moins sauvage, plus languisante. Elle est moins typiquement berbère, plus mêlée d’indolence arabe.

Celle des Taskiouine des Guedmiwa et des Seksawa est toute autre. Elle est unique dans son  genre. 

Alors que toutes les Haouach du Haut-Atlas, comme les Haïdous sont mêlées d’hommes et de femmes, celle-ci est uniquement exécutée par des hommes. Elle est la représentation la plus dynamique de la danse berbère. L’ensemble en est parfait, il est empreint d’unité, de discipline, sans fausse note il est l’expression la plus pure de l’âme masmoudienne.

Ces danseurs sont les descendants des guerriers d’Ibn Toumert dont l’esprit d’ascétisme plane sur cette manifestation sans femmes. 

Plateau-du-Tichka-1942

 

 Ici pas de ligne ondulante souvent lascive, comme ailleurs, uniquement de la vie et l’évocation de l’unité almohade que nous pouvons deviner comme une survivance d’un passé glorieux.

Mais est-ce tout ?

Je ne le crois pas. Il faudrait aussi chercher l’explication de cette corne de bélier que chacun des danseurs porte sur son épaule.

N’est-ce pas une survivance d’un rite païen animiste antérieur à l’islamisation du maghreb ? 

Il est admis que les rites du bélier (Ammon-Râ) ont survécu dans le grand Atlas. Les Taskiouines ne sont-ils pas une preuve de cette survivance ?

Je laisse aux historiens et aux égyptologues le soin d’élucider cette question, mais cette analogie méritait, je crois, d’être soulignée.

Je pense que cette fête vous fera aimer la montagne marocaine et ses populations si sympathiques.

J’espère aussi que mon modeste exposé aura contribué à vous les faire comprendre et vous incitera à les étudier.

(1) Mahdi : Envoyé de Dieu. En l’occurrence désigne Ibn Toumert. La doctrine mahdiste insiste sur l’unité de Dieu et les disciples d’Ibn Toumert et d’Abd-al-Moumen furent ainsi nommés les Almohades, c'est-à-dire « Les Unitaires ».

ANNEXES :

Jacques-BERQUE-1951

Un courrier de Jacques Berque à Paul Roché  du 31 mars 1951;  et sa réponse du 25 avril 1951

- D’après Wiki-pédia; Jacques Berque (1910-1995), est un sociologue et anthropo-logue orienta-liste français

Jacques Berque a été titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'Islam contemporain au Collège de France de 1956 à 1981 et membre de l'Académie de langue arabe du Caire à partir de 1989

Courrier PR à J

 

 

Il est l'auteur de nombreuses traductions, dont celle du Coran et de Mémoires des deux rives, appréciées notamment pour la qualité de leur style. Il décrit l'utopie d'une « Andalousie », c’est-à-dire d'un monde arabe renouvelé, retrouvant à la fois ses racines classiques et sa capacité de faire preuve de tolérance et d'ouverture. 

lettre de Paul Roché à BerqueLes observations de Paul ROCHÉ ont servi à Jacques BERQUE. On peut le vérifier dans les pages 200 à 207.

1955-J-B -Seskawa (1)

1955-J-B -Seskawa (2)

1955-J-B -Seskawa (3)

Je cite Jean Daniel dans « Demain la nation », Editions du Seuil, Mai 2012. P. 197

« Jacques Berque, arabisant partout reconnu et aujourd’hui célébré ne suscitait l’accord des arabo-musulmans sur l’utopie andalouse, chère à son cœur, que lorsqu’elle impliquait un islam majoritaire. La fameuse Andalousie des trois religions, avec l’Âge d’or de Maïmonide et d’Averroès sous les règnes concurrents d’Aristote, de Moïse et de Mahomet, mais surtout d’Aristote, était le fruit d’une souveraine mais bien musulmane tolérance. »

- A noter qu’un institut Jacques Berque existe à Rabat. 

Fondé en 1991, le Centre Jacques Berque pour le développement des sciences humaines et sociales au Maroc est une Unité mixte des instituts français à l’étranger (UMIFRE).

 

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14 décembre 2020

ÉCOLES DE L'A.I.U. AU MELLAH DE MARRAKECH

L'année 2020 nous aura conduit à repenser la manière dont nous vivons nos fêtes. Noël 2020 pour les chrétiens sera plus intériorisé comme Hanouka vient de l'être pour les juifs. Joseph Dadia nous écrit: 

La première bougie de Hanouca, c'est le soir du 10 décembre.

Nous avons été toujours en contact en cette période.

J'avais souhaité écrire un texte pour rappeler ce que des poètes et des historiens

ont écrit sur cette  Fête des Lumières, comme l'appelle Josèphe Flavius.

Et le temps passe et je ne remplis pas ce projet. Pourtant j'ai un cahier rempli de notes

 

Notre ami Joseph DADIA nous avait déjà permis de retrouver des souvenirs des écoles du Mellah de Marrakech. Dans cet article plus complet, il rassemble des témoignages de plusieurs auteurs et nous permet de mieux suivre la chronologie depuis la création de la première école de l'AIU à Marrakech.

Ecoles primaires de l’Alliance Israélite Universelle de Marrakech

Grâce à l’autorité du président Yéshoua Corcos [(1832-1929) ; premier président de la Communauté juive de Marrakech (1884-1929)] qui a su calmer les inquiétudes de la population et l’opposition des rabbins, la première école de l’Alliance ouvrit ses portes en décembre 1900. Et dire que le bon président Rabbi Yéchoua Corcos a été traité de misonéiste ! 

L’école s’installa  au  centre du mellah à la rue du Commerce,[1] connue par les cartophiles sous le nom de «Rue des balcons ». C’est le quartier du Fondouk Lousti. Monsieur Goldenberg place ce Fondouk dans la rue appelée derb scouella, la rue des écoles. De commune renommée, il a bel et bien existé dans cette rue une école.  Son premier directeur est Moïse Lévy, rejoint  par Messody Coriat pour l’école des filles. Ils sont en charge de trois classes. Il y a là cent seize garçons et soixante et une filles.[2] Cependant, le directeur et la directrice de l’école indiquent, dans un rapport officiel, les chiffres suivants : A- cent cinquante garçons répartis en trois éléments : 1- une vingtaine de garçons de 15 à 18 ans, fils de commerçants, qui quittèrent l’école au bout de trois mois ; 2- 60 enfants environ de 10 à 12 ans, fils de familles aisées ; 3- le restant de l’effectif  vient de la partie la plus miséreuse de la communauté. Grâce à la soupe chaude de midi et à la promesse d’un vêtement, ces élèves restèrent à l’école. B- soixante-seize écolières, filles des plus riches, presque toutes payantes. Les pauvres n’ont pas les moyens de l’instruction ; mais la promesse d’habiller les enfants les plus indigents vaudra sans doute quelques recrues.[3]

En 1902, recrudescence de la misère au mellah ; à la même époque, une épidémie de variole éclate. En vaccinant de force, un grand nombre d’enfants, M. Lévy les sauva d’une mort certaine. Par lettre du 15 février 1904, Moïse Lévy alerte le Président du Comité Central de l’Alliance sur la situation des juifs de Marrakech suite à une crise monétaire. La famine pour le mellah et la médina. Une escouade de soldats campe aux portes du mellah. Le 20 janvier, la population arabe, armée de bâtons, se dirige vers le quartier juif aux cris de « Naklou el mellah », « Nous mangerons le mellah ». La garde aux portes du mellah, prise au dépourvu, a eu à peine le temps d’en fermer les portes. À l’école, plusieurs mamans réclament leurs enfants. M. Souessia ne perd pas son sang froid, encourage le personnel et calme les élèves. Le directeur Moïse Lévy se trouvait au moment de ces évènements au petit village El Yéhoudia à 4 heures de Marrakech.[4]

Paul Lemoine, de passage à Marrakech en automne 1904, visite l’école de l’Alliance. On y apprend à parler, à lire, et à écrire le français, avec des rudiments de calcul. Quelques rabbins, rémunérés par l’Alliance, donnent l’instruction religieuse et hébraïque aux jeunes enfants.  M. et Mme Lévy partent diriger les écoles de Tétouan.[5] M. Souessia est l’unique instituteur. Si dévoué qu’il soit, il ne peut suffire à sa tâche. Il a 250 élèves, répartis en cinq classes, présents de huit heures du matin à cinq heures du soir. Il doit leur donner, non seulement l’enseignement, mais encore la nourriture de midi, œuvre créée par la baronne Hirsch. Un directeur, accompagné de sa jeune femme, une parisienne, qui va ouvrir une école de filles, vient cependant d’arriver ; sa présence était bien nécessaire.[6] Il s’agit de Nissim Falcon, de Smyrne, et de son épouse. M. Souessia, originaire de Mogador, devient son adjoint.

M. Louis Gentil a connu M. Falcon sur le bateau entre Tanger et Mogador, alors qu’il se rendait avec sa famille, à Marrakech, pour y prendre ses fonctions. Il avoue avoir éprouvé chaque fois un vrai plaisir dans ses visites aux écoles du mellah de Marrakech, et il remercie M. Falcon et son adjoint, M. Souessia, de l’en avoir si obligeamment facilité l’accès. C’était le 11 janvier 1905. Un nouvel adjoint a été donné à M. Falcon et une maîtresse de couture viendra en aide à la directrice de l’école des filles. Louis Gentil a constaté qu’on voit moins chez les filles ce désir de s’instruire ; mais par contre, elles sont avides d’être initiées à la couture et à tous les travaux spéciaux à la femme. Ce qui l’a le plus frappé, c’est de voir aux cours d’adultes, des hommes de trente, quarante ans et plus, qui après une journée de labeur fatigant, venaient, ne sachant pas un seul mot de français, apprendre à lire, à écrire et à parler en français. Au bout de quelques mois de ce travail du soir, ils parvenaient à écrire une lettre d’une clarté et d’une précision déjà suffisantes.[7]

José Bénech indique dans son livre des renseignements communiqués par M. Falcon : « Il était fort difficile, en cette période de transition, d’exiger une fréquentation régulière. En 1904, le nombre des élèves très élastique variait entre 250 et 350 pour les garçons, 150 à 175 pour les filles. Ces dernières se montraient plus assidues, plus constantes dans leurs efforts, car elles n’avaient point à subir l’attrait de la rue. Elles délaissaient volontiers la maison pour l’école où l’on n’exigeait point d’elles les travaux pénibles du ménage. »[8]

José Bénech nous livre ce témoignage poignant : « En 1906, au cours d’une famine restée légendaire, tandis que musulmans et juifs tombaient d’inanition dans les rues de la ville, l’Alliance prenait à sa charge la nourriture de tous les enfants du mellah. En ces temps héroïques, son délégué, en liaison étroite avec les notables, prend fréquemment part à leurs délibérations et les aide de ses conseils. »[9]

En octobre 1907 à Marrakech, Christian Houel constate qu’à part « quelques commerçants aisés, la population juive était affreusement misérable. Quinze mille Juifs s’entassaient dans des habitations sordides. Hommes, femmes, enfants, couchaient côte à côte sur de mauvais grabats. Des monticules d’ordures ménagères obstruaient les ruelles étroites. Ils empestaient  sous la chaleur du soleil, s’écoulaient sous les pluies en immondes cloaques. Contre cette lamentable existence de leurs coreligionnaires, c’est en vain que les plus dignes et les plus éclairés tentaient de réagir. Les édits chérifiens les enfermaient dans un réseau de telles interdictions que tout redressement était rendu impossible. »[10]

Après quelques jours passés au domicile de M. Firbach, dans la médina, M. Jacob Hazan, receveur de la poste française le reçoit avec amitié et la plus généreuse hospitalité dans sa maison au mellah, dans la rue qui portera plus tard le nom de derb Tabac. Son neveu, Abraham Corcos, un jeune homme de 18 ans, l’un des plus brillants parmi les anciens élèves  de l’école, est un agréable compagnon. Un matin, il conduit M. Houel à l’école de l’Alliance où professe M. Falcon, après avoir enseigné à Tanger, Tétouan, Mogador et Casablanca, avant d’arriver à Marrakech. L’école comptait alors 300 garçons répartis en plusieurs classes et l’école des filles comptait près de 200 fillettes. M. Houel raconte : « Je sens, à la poignée de mains de M. Falcon, le plaisir qu’il a d’accueillir un compatriote. A mon entrée, les jeunes élèves se sont levés. Ce geste me rappelle le temps où, assis comme eux sur des bancs d’école, mes camarades et moi nous nous levions à l’entrée d’un étranger dans la classe. - Vous allez assister à ma leçon, me dit M. Falcon. Un petit garçon se lève et, sans  se troubler de notre silencieuse attention, récite une fable de La Fontaine : « Le Loup et l’Agneau ». Je suis soudain saisi d’une émotion que rien ne peut exprimer. Ces phrases  si simples dites par ce jeune enfant dans cette cité d’où suinte de toutes ses murailles la haine de ce qui est français, ont, au fond de moi, une telle résonance, que je sens mes yeux s’embuer de larmes. J’écoute ces mots familiers dits par ces jeunes lèvres. Il me semble que leurs sons aimés se prolongent jusqu’au cœur de la ville rouge pour y répandre leur douceur, leur harmonie, leurs promesses. Aujourd’hui, cet épisode n’a plus que la valeur d’un vieux souvenir. Des  milliers d’autres enfants récitent les fables de La Fontaine. Dans les demeures les plus pauvres, comme les plus riches s’épanouit la langue française. Mais en ces temps, dans cette ville, il fallait que maîtres et enfants eussent du courage. Je ne sais si le Protectorat s’est souvenu de ces précurseurs quand il n’a plus eu besoin d’eux. Le certain, c’est qu’après le meurtre du docteur  Mauchamp, le Gouvernement décora de la Légion d’honneur l’explorateur Louis Gentil et M. Falcon… des palmes académiques ! »[11]

En dépit du bouillonnement populaire, suite à l’assassinat du docteur Emile Mauchamp à Marrakech le 19 mars 1907, les maîtres restent à leur poste malgré les dangers auxquels, en ces temps troubles, un Français peut se trouver exposé (M. Falcon est français par naturalisation, sa femme par la naissance), et une hostilité incoercible aux chrétiens qui menacent l’islam. Mais les évènements vont s’accélérer, et Casablanca va être occupée par les troupes françaises en représailles de l’assassinat le 30 juillet 1907 de 9 ouvriers européens dont 6 français, massacrés par le peuple de la ville  et les tribus voisines. Un navire de guerre est envoyé à Casablanca suivi de deux autres croiseurs et le « quartier arabe » est bombardé le 5 août suivant. Sur le plan politique interne, c’est la confusion totale au Maroc : le sultan Moulay Abd-el-Aziz (1894-1908) est à Fès, son règne est contesté ; son frère Moulay Hafid est son khalifat à Marrakech, il entend le détrôner ; des agitateurs insurrectionnels se dressent contre le pouvoir en place, appuyés par de nombreuses tribus : le rogui Bou Hamara au Nord-Est, le théologien bandit Ahmed el- Raissouni terrorise Tanger et Tétouan, et le marabout Ma el-Aïnin en Mauritanie. Les écoles de l’Alliance ferment provisoirement. M. Falcon quitte Marrakech et s’en va ouvrir une école à Safi pour ne pas rester inactif. Le 16 août 1907, Moulay Hafid est proclamé sultan à Marrakech. La beï’a  lui est accordée le 4 janvier 1908.  En août 1909, il devient sultan du Maroc, reconnu à Fès. « Si Madani el Glaoui, écrit José Bénech, seigneur de Telouet, devient premier Ministre [GrandVizir de Sa Majesté Chérifienne]. Au cours d’un séjour de ce dernier à Marrakech (Janvier 1908), l’Alliance, à l’instigation de M. Falcon, lui dépêche un émissaire. Si Madani accueille favorablement la demande de l’Alliance et envoie à Safi une escorte chargée de ramener à Marrakech M. Falcon qui y parvient après un voyage mouvementé. Toutefois ce fut seulement après plusieurs entrevues que le Glaoui consentit à l’ouverture des écoles en les prenant sous sa protection efficace. »[12]

Monsieur Moïse Lévy a quitté Marrakech en 1904, après les désordres au mellah (une cinquantaine de blessés) engendrés par une crise monétaire; il en est de même de Monsieur Nessim Falcon en 1908, suite à l’agitation arabe, spécialement dans la tribu des Rehamna qui terrorisent le mellah (mai et août 1907) et les évènements politiques de 1908. 

M. Falcon est nommé directeur de l’école de Safi. Il est remplacé en 1909 à Marrakech par M. Raphaël Danon qui vient de Larache. « M. Danon, écrit Alfred Goldenberg, est d’origine roumaine. Il est marié avec une demoiselle Rosenbaum… Beaucoup d’enfants refusent de venir à l’école ; M. Danon emploie des moyens énergiques : le gardien de l’école, un « moghazni », va les chercher, portant un sac vide de toile de jute. Quand il réussit à trouver un écolier récalcitrant, soit dans la rue, soit à son domicile, il le fourre dans le sac, met le sac sur son dos et l’apporte à l’école. »[13]

De son côté, M. Danon écrit : « Quant aux fillettes, les parents ne les envoient à l’école que peu de temps. Aussitôt qu’elles peuvent apporter une aide à la famille, on les retire de l’école et elles s’emploient comme bonnes, ou deviennent apprenties brodeuses de babouches à 10 centimes par jour. Tous nos efforts : lettres lues dans les synagogues, gratuité de l’instruction, nourriture, vêtements, pour les ramener à l’école ont donné peu de résultats… Il faudrait instituer un atelier de couture. »

En 1911, aux côtés de M. Danon, il y avait M. Benoudiz son adjoint, 3 professeurs d’hébreu, 2 professeurs d’arabe, 2 moniteurs, 2 domestiques. Le nombre des élèves est de 289, 71 payants et 218 gratuits, sur une population de 17 500 âmes. [14]

M. Danon écrira plusieurs lettres au Comité central de l’A.I.U, où il décrit la misère dans toute son horreur de la majorité des juifs du mellah de Marrakech, loqueteux et sales. Il dénonce  en même temps la ladrerie d’Y. Corcos à l’égard des établissements scolaires de l’Alliance qu’il tolère mais ne fera rien pour leur installation. « Des gens tels que Y. Corcos, écrit-il le 19 janvier 1911, millionnaire dit-on,  président de la Communauté et pouvant payer au moins 20 francs pour son fils unique ne paye que la modique somme de 3 frs 60 ». Dans ce même message à l’A.I.U.,  Danon se lamente et vitupère contre l’autoritarisme intransigeant dans la conduite des affaires du mellah : « Ce qui est à déplorer dans notre ville, c’est la mauvaise organisation de la Communauté. Aucun contrôle n’intervient dans son administration et le maître qui est encore M. Josué Corcos fait ce que bon lui semble ».[15]

Voici quelques détails de sa lettre : Les belles et grandes maisons du mellah, bien bâties, appartiennent à quelques notables qui les exploitent. M. Corcos est propriétaire de toutes les maisons formant deux rues assez longues. Les autres habitent dans une chambre louée de 2 à 3 frs par mois. Là s’entasse une famille le plus souvent nombreuse, avec des enfants en bas âge à peine couverts, croquant en pleurant un morceau de pain sec. Dans les rues à chaque pas, on rencontre des tas d’ordures d’où s’en dégagent des odeurs nauséabondes. Des mendiants juifs parcourent le mellah toute la journée. L’école est située dans la rue « des riches », le spectacle de cette misère est souvent offert au regard du directeur. Le vendredi, c’est une procession sans fin. Le samedi matin, des femmes en groupe de vingt à trente vont de maisons en maisons et avec des cris assourdissants réclament le « hobbs dé sebbss », le pain du samedi. La même misère règne à l’école. Par suite du retard mis à l’envoi des fonds pour l’habillement des enfants nécessiteux, il y a dans les petites classes des enfants à peine couverts d’une chemise. Ils sont autorisés à s’absenter un jour par semaine pour la faire laver parce que cette chemise est leur unique pièce d’habillement.[16]

De nouveaux évènements politiques vont troubler la marche de l’école et elle sera fermée encore une fois. Le fils du marabout Ma el-Aïnin, Ahmed el-Hiba, surnommé le sultan bleu, se fait reconnaître sultan à Tiznit. Il entre à Marrakech avec ses guerriers berbères le 18 août 1912 et s’y fait proclamer sultan. Les troupes d’el-Hiba sont dispersées par les soldats français, qui entrent à Marrakech le 7 septembre. Le colonel Mangin et sa colonne sont accueillis sur la place Djemaa el Fna par les élèves de l’école de l’Alliance qui chantent « La Marseillaise », malgré l’absence du Directeur, réfugié à Tanger.[17] En octobre 1912, le général Lyautey entre au mellah. L’école de l’Alliance est toujours fermée. Le président Corcos, accompagné des notables, ouvre l’école pour la circonstance et convoque les élèves. Le directeur n’est pas encore rentré. En son absence, c’est Mardochée Amzallag, le meilleur élève de l’école qui reçoit les visiteurs et récite un compliment au général.[18]

En 1912, un petit noyau des élèves de l’Alliance fournit un contingent de secrétaires, d’employés, de comptables et d’interprètes. Ils furent les aides précieux de la pénétration française au Maroc.[19]

En 1913, il y avait 309 dont 100 payants.[20]

La guerre de 1914 éclate. En 1915, M. Danon est muté à Safi. Le nouveau Directeur de l’école est M. Isaac Soussana, originaire de Mogador. La Directrice est sa belle-sœur Mme Wanda Soussana. En 1918 l’école ferme pour des raisons financières,  et les directeurs quittent Marrakech faute de maîtres suffisants et de la difficulté de communiquer avec Paris, en raison de la guerre.

En 1920, l’école s’installe pour la première fois à l’extérieur du mellah, près de la place des ferblantiers dans une maison appartenant à M. Meïr Amzallag, négociant. M. Falcon est revenu ; il est veuf, sa fille est adjointe. En 1922, l’école  retourne au mellah rue Fracisco ou Francisco. C’est le nom d’un commerçant qui habite la rue. Elle s’appelle en réalité derb Attias. Jacob Attias, grand bienfaiteur de ses frères, est décédé le 15 septembre 1933 le jour de Rosh Hashana.  Il entretenait des relations d’affaires et d’amitié avec le pacha de Marrakech. Ma mère, encore petite a rencontré le pacha grâce à son proche parent, le distingué Jacob Attias.

L’école est une formation Franco-Israélite installée  dans la maison  de M. Jacob Benhaïm, rabbin de l’école de 1901. Cette maison est carrée à un étage, dont la galerie surplombe le patio. Elle est conçue selon les mêmes principes que les écoles franco-arabes : enseignement primaire donné par des instituteurs français, l’instruction religieuse étant dispensée par un rabbin. Le protectorat envoie des instituteurs à Marrakech : M. et Mme Dubascoux, M. et Mme Callandry, Mme Deschaseaux, Mlle Aymard qui, mariée, s’appellera Mme Prabis, et enfin Mme Durand.

Cette école pouvait recevoir 450 élèves, selon le chiffre donné par José Bénech.[21]

Il m’est impossible, en l’état de mes investigations, d’établir la date exacte de l’installation de l’école en dehors du mellah. Mais je sais depuis longtemps, par d’anciens élèves, que cette école était bel et bien installée du côté de la place des Ferblantiers. Je sais aussi que l’école a bien occupé une maison de derb Francisco.Je connais bien cette maison située au début de la rue Francisco, juste en face de derb Bensimhon. Là où est l’école, la maison est sur une pente ; le restant de la rue est en profondeur par rapport à son commencement. Ce qui fait que la maison est surélevée, donnant l’impression qu’elle est le plus haut bâtiment du mellah. Juste en face d’elle se trouvait le local des Bnei-Akiva que je fréquentais, tant pour les activités que ce mouvement organisait, que pour l’office du vendredi soir et de l‘Oneg shabbat de samedi après-midi. A quel moment l’école de la place des Ferblantiers a fixé ses classes à derb Francisco, il y a des dates qui se contredisent.  Me référant à un témoignage indirect, l’école de derb Francisco existait déjà en 1919, et au  plus tard courant 1920. Les frères Tharaud dans « Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas » consacrent le chapitre VII de leur livre au  « Ghetto marocain ». Ils décrivent leur rencontre, dans sa propre maison, avec « Le patriarche de cet enfer hébraïque (qui) est le bonhomme Ischoua Corcos, l’argentier des Sultans, le millionnaire du Mellah ». En l’occurrence, c’est la suite de leur récit qui nous intéresse : « Par la fenêtre, arrivent d’une école voisine où l’on enseigne le français, des phrases qui entraînent l’esprit dans un rêve dément, et que répètent, comme un verset de la Loi, les enfants du Mellah : « Nos ancêtres les Gaulois » ou bien encore : « Mon père, ce héros au sourire si doux… ». Alors tout danse devant moi, les deux Lions de Juda, l’arbre de Jessé sur le mur, et la fausse pendule peinte et sa clef peinte elle aussi, pendue à un clou imaginaire. Je n’écoute plus le père Corcos. Je n’entends plus ni le piano, ni la machine à coudre, ni les cris du poulet. Je n’ai d’oreilles que pour ces phrases folles, qui résonnent d’une façon tout à fait extravagantes dans ce ghetto saharien. »

La première édition de ce livre date de 1920. L’on peut présumer que la rencontre entre l’écrivain et le président Corcos a eu lieu en 1919.[22] La distance, à vol d’oiseau, de la maison du patriarche et de celle de l’école est de 50 mètres environ. Je précise que la maison Corcos est en contrebas par rapport à celle de l’école.

En 1922, trois classes quittent l’école de la rue Francisco et s’installent dans les locaux d’une nouvelle école appelée à s’grandir en quelques années. Cette nouvelle école est établie sur une parcelle de Jnan el Afia, dans le voisinage de derb el Bhira. Ces classes sont tenues par M. et Mme Dubascoux et par une monitrice, Mlle Rachel Benaïm. En 1924 arrive à Marrakech en tant qu’instituteur, âgé de 18 ans, M. Nessim Lévy, originaire d’Edrine/Andrinople (Turquie). Seuls, le directeur Falcon et lui sont juifs à l’école Francisco. En 1925, les autres enseignants appartenant au cadre métropolitain de l’Education Nationale s’en vont ; c’est toute l’école de la rue Francisco qui est transférée à Jnan el Afia. M. Falcon est le directeur de ce nouveau groupe scolaire, aidé par M. Nissim Lévy et des moniteurs : Mlle Sété Coriat, M. Nessim Sabbah et M. Boujo.[23] Dans la classe du Brevet, il y avait des élèves En cette même année 1925, une grave épidémie de typhus s’était déclarée au mellah. M. Falcon et les élèves les plus âgés de l’école, faisant preuve d’héroïsme et bravant la contagion, ont jugulé le mal, sur les indications des médecins, en pénétrant dans les maisons pour dépister les cas douteux et épurer les centres d’infection. Leur action courageuse a sauvé le mellah et la ville d’une immense catastrophe.[24] 

Mellah-Wehrli-1929 Photo colorisée prise au coeur du Mellah en 1929 par L.Werlih. On remarque les vêtements encore portés en 1929 et la large plaque pour le recueil des eaux pluviales à l'angle de la rue à gauche.

 Deuxième partie:

 En 1926, M. Falcon quitte Marrakech et il est remplacé par M. Moïse Bibasse.[25] Mme Bibasse qui a une machine à écrire donne des leçons de dactylographie En février 1926, M. Jacques Bigart, l’infatigable Secrétaire Général de l’A.I.U., se trouvait en mission au Maroc. Voici ce qu’il écrit sur cette nouvelle école du mellah de Marrakech, qui portera plus tard son nom : « Elle est la plus belle que nous ayons au Maroc : vaste, largement aérée, elle est construite en rez-de-chaussée, dans un très grand parc, planté de vieux oliviers, qui donnent un ombrage, indispensable dans cette région. L’architecte comme l’entrepreneur, de même que le directeur, M. Falcon, qui a surveillé les travaux, ont droit à tous les éloges. Le groupe est divisé entre les deux écoles, qui ont naturellement leur cour indépendante, ainsi que les W.C., et disposent même d’un grand terrain pour un peu de jardinage. En un mot, c’est parfait. Les écoles comptent ensemble 500 élèves. Elles pourront encore en accueillir 150 lorsque le mobilier sera complété… C’est l’école de Marrakech qui est la mieux doté en personnel, tant de l’Alliance qu’en personnel indigène. Tous ces jeunes gens - six adjoints du cadre - paraissent se plaire à Marrakech, qui offre du reste, un climat admirable, en dehors des terribles chaleurs de juillet et d’août, où les écoles sont en vacances. Le niveau des études est relativement élevé et j’ai la conviction que nous pourrons puiser largement dans ce milieu de bons candidats pour nos écoles préparatoires. »[26]

« Dès lors l’école ne fera que s’agrandir, écrit M. Goldenberg. Une aile est l’école des garçons, l’autre l’école des filles. En 1936 on construit un bâtiment à un étage de 10 classes qui devient l’école des filles, l’ancienne école devenant entièrement une école de garçons. En 1942, un deuxième bâtiment à un étage de dix classes, destiné aux filles est construit en face de l’autre. »[27] Voilà la chronologie de la construction de ce complexe architectural, qui portera pour l’histoire le nom de Groupe Scolaire Jacques Bigart. Parlant de Jacques Bigart, M. Nessim Lévy écrit : « Il régnait en maître absolu, qui disposait de nous tous, sans nous consulter. Mais quelle activité ! Infatigable. Un jour, on le découvrit inanimé, la tête sur le dossier qu’il était en train d’étudier». Plus tard, M. René Camhy écrira pratiquement la même chose en termes lapidaires : « Nominations, mutations, création d’écoles, fixation de traitements, le Secrétaire Général décidait de tout en maître absolu ».

M. René Camhy est nommé instituteur à Marrakech en 1926. Il écrit : « Dès mon arrivée, je me présentai à M. Falcon, Directeur de l’Ecole franco-israélite, devenue Ecole de l’Alliance Israélite. Il devait prendre sa retraite quelques jours plus tard, remplacé par M. Moïse Bibasse, qui me confia, pour une demie journée un Cours Elémentaire et pour l’autre demie journée une classe du Cours Complémentaire mixte. Mes élèves avaient à peine 2 ou 3 années de moins que moi. Cependant, à aucun moment mon autorité ne fut en péril. » Berthe Goldenberg est arrivée en même temps que lui. Alfred Goldenberg arrivera en 1927.

A sa sortie en 1904  de l’Ecole Normale Israélite Orientale, M. Moïse Bibasse, exerça à Damas, Alep, Beyrouth, Tunis. IL dirigea la colonie agricole de la J.C.A. à San Antonio en Argentine. Au Maroc, après un an à Tétouan, l’Alliance lui confie l’unique école de Casablanca jusqu’en 1926, date à laquelle il fut muté à Marrakech. Il s’était consacré corps et âme à ses élèves et à son école, tout en participant activement aux affaires communautaires en tant que secrétaire de plusieurs associations locales. Il créa à Marrakech l’Aide Scolaire, l’Aide Maternelle, l’Association des Anciens Elèves, et, bien sûr, la Section Agricole qu’Elias Harrus devait développer plus tard. Par-dessus tout, il a voulu assurer l’avenir de ses élèves en leur procurant un gagne-pain. Voici ce que l’un des anciens élèves de M. Bibasse, dans la classe de 1928, m’écrit dans une longue lettre datée Monte-Carlo le 29 mars 1993 : « De lui, moi Elie Bitton, ai gardé un excellent et inoubliable souvenir pour les services qu’il m’avait généreusement rendus en tant que son élève préféré et dont je lui rends hommage avec émotion et toute ma reconnaissance. C’est lui qui m’avait aidé pendant plus de deux ans à parfaire mes études de français en me donnant des cours gratuits chez lui à la maison … Il m’avait recommandé, pour un emploi, en intervenant lui-même auprès du Directeur d’une grande banque, le Crédit Foncier d’Algérie et de Tunisie où, progressivement, j’ai exercé les fonctions de … Fondé de Pouvoir et Directeur. Ma formation professionnelle dans cette banque, pendant plus de 13 ans, m’avait ouvert les portes bien grandes vers d’autres activités dans d’importantes Sociétés agricoles … »

De son côté, Monsieur René Camhy m’écrit de Nice le 28 mai 1989 : « Pour M. Bibasse il n’y avait ni jours de congé, ni jours de fête ; il passait tout son temps à l’Ecole ! Un dimanche, j’étais allé en classe pour corriger des cahiers  et terminer la décoration des murs. Etonné d’entendre un coup de sifflet prolongé, je sors. Je vois M. Bibasse, le sifflet à la bouche, attendant que les élèves sortent, et la cour était vide ! Il avait oublié que c’était un jour de congé. »

« M. Bibasse, témoignera encore M. Camhy dans la même lettre, était un homme d’une simplicité extraordinaire. Pour lui, les mondanités et leurs manifestations étaient une perte de temps ! Comme l’école se développait rapidement et qu’il n’y avait plus de place dans la cour, il fit percer les 3 silos vides qui étaient près de la sortie (des murs de plus d’un mètre d’épaisseur) pour en faire des classes et recevoir plus d’une centaine d’élèves supplémentaires. L’école finit par compter plus de 20 classes devenant la plus grande et la plus peuplée du Maroc. Il souhaitait la construction d’un réfectoire permettant aux enfants de prendre leur repas dans des conditions convenables. Il n’eut pas cette joie. Et c’est plusieurs années après sa retraite, qu’il me fut donné de réaliser son rêve et même au-delà. J’obtins la construction d’un grand préau avec une cuisine à un bout, 2 classes surélevées à l’autre pouvant servir l’une de scène et l’autre à l’habillage. J’y fis ajouter, en partie à mes frais, murs, portes et fenêtres pour la transformer en salle de fêtes.

Pendant qu’à l’intérieur de l’école, M. Bibasse et ses adjoints, dont il m’est impossible de dire tous les noms, s’occupaient avec persévérance, aussi avec amour et affection, à instruire et à éduquer leurs élèves dans des classes souvent surchargées, les préparant à vivre en hommes libres et responsables leur vie personnelle et professionnelle, que se passait-il dans la rue juive et la communauté ?

« Le Mellah de Marrakech, écrit le journaliste Jacob Ohayon, dans une série de trois articles au titre révélateur « Dans Marrakech la juive », ne ressemble en rien aux autres Mellah, c’est une ville juive, uniquement juive, avec son commerce, ses industries, ses riches, sa classe moyenne, ses pauvres, ses miséreux… nous voici à la B’hira.  La vie, à force d’être lamentable, devient incroyable. B’hira signifie « jardin ». Quelle ironie ! Vos yeux, vos sens sont saisis par la violence inédite du spectacle. Tout d’abord, on croit rêver, mais la réalité est là et l’on voudrait communiquer ses impressions à tous, l’on voudrait prendre le monde à témoin de cette invraisemblance, et l’on se sent découragé devant l’impossibilité de rendre un sentiment aussi vif, aussi douloureux… Comment donc décrire ces bouges, où l’on patauge dans des marécages, dans le fumier, au milieu d’une vaisselle douteuse, et  aux usages les plus inattendus. Cette vieille boîte à sardines est un plat, ce pot fêlé sert de marmite, cet autre est destiné à un autre usage,  ce qui ne l’empêche pas de voisiner avec son frère dans le même coin; ici, la promiscuité des individus se communique aux choses. Les animaux eux-mêmes y participent. Un âne est accroupi sur le fumier. Des femmes, au milieu de cet ensemble, se livrent aux occupations les plus imprécises. Et tout cela à cent mètres à peine de l’Aguedal ! D’un côté, la vie pleine de luxe et de vigueur, de l’autre, la misère dans son horreur. D’un côté, les oliviers, les orangers, les fleurs, les fruits, le soleil, l’eau pure, le chant des oiseaux, de l’autre, la boue, le fumier, les excréments, la puanteur, la tuberculeuse, la syphilis, la mort… Mon Dieu, y aura-t-il un jour une Société Protectrice des Juifs miséreux de Marrakech ? … La S.P.A., c’est bien, mais la S.P.J. aurait été mieux. Et que fait, dans tout cela, la Commission d’hygiène ? On est saisi d’un douloureux étonnement devant cette carence. M. Abraham Corcos nous dit que la Commission d’hygiène dont il fait partie s’occupe du Mellah, et a installé des douches, très fréquentées d’ailleurs. Mais, au moment où nous l’avons entretenu, nous n’avions pas encore visité la B’hira. Qu’en fait la Commission d’hygiène ? Il est certain que les membres israélites ont présenté des vœux ; mais, dans un cas pareil, il ne s’agit pas de vœux, mais d’exigences ; la question n’intéresse plus le Mellah seul ; elle intéresse toute la population de Marrakech ; elle intéresse tout le Protectorat ; elle intéresse l’humanité. Elle sort du cadre local. Il est inadmissible que l’on laisse subsister un foyer d’infection à deux pas d’une école moderne où huit cents enfants vivent journellement (c’est moi qui souligne). Nous sommes étonnés, lorsqu’on nous dit que le bureau d’hygiène fait des visites au Mellah. Nous avons peine à croire que, ayant visité la B’hira, il n’en ait pas tiré des conclusions en vue des mesures à prendre.  Et, si des rapports ont été faits sur cette question, quelles sanctions en ont découlé ? Si des sanctions n’ont pas été prises - et elles ne l’ont pas encore été - quels obstacles s’y opposent ? L’urgence de cette affaire intéresse la santé publique. Des mesures de protection ont été prises contre le typhus : des étuves puissantes ont été installées dans des lazarets, où les individus sont épouillés, douchés, rasés, rendus inoffensifs. Vous rasez les individus, mais vous négligez de raser les quartiers ; vous douchez le miséreux, mais vous le renvoyez à la B’hira, où il retourne barboter dans la boue natale. Je suis un enfant du Mellah. J’ai vécu dans une promiscuité qui m’a cuirassé et blasé. Et cependant, je demeure saisi devant la B’hira. Elle a réveillé en moi une indignation que mon milieu  atavique avait pourtant voilée. »[28]

Dans le second volet de cet article, Jacob Ohayon insiste sur le positif de la vie juive à Marrakech : « La vie française pénètre chaque jour davantage dans les familles des générations formées par l’école. Les parents, dont beaucoup ne sont pas riches, donnent au prix de milles sacrifices, l’enseignement secondaire à leurs enfants. Plusieurs même, sentant que pour une transformation totale de la future élite un séjour en France est nécessaire, envoient leurs enfants dans les lycées parisiens. La faculté possède des étudiants marrakchis, et même, ô joie, une étudiante en médecine. Puissent les prières des miséreux de la B’hira se conjuguer pour le succès de cette courageuse jeune femme ! Elle reviendra sûrement un jour se pencher sur leurs douleurs et contribuer avec autorité à l’amélioration de leur sort… L’instruction se répand de plus en plus. Nous avons parlé d’étudiants et d’étudiantes. Marrakech a également fourni à l’Alliance un contingent de jeunes instituteurs et institutrices qui répandront plus tard la langue française chez les leurs au Maroc et ailleurs. L’esprit sportif, qui a d’ailleurs besoin d’être cultivé en certains milieux, n’est pas un faible facteur de la transformation physique de la jeunesse marrakchie : les équipes israélites de football  donnent le spectacle réjouissant de sujets musclés et pleins de cette beauté plastique qui impose l’estime… Il faut rendre hommage aux associations sportives locales qui ont encouragé la jeunesse juive dans la voie du sport et de l’athlétisme, accomplissant ainsi une œuvre puissante de régénération. »[29]

Voici l’essentiel du troisième et dernier volet de cet article. En cette année 1931, 2000 enfants du Mellah sont « sans-école » : « Que de luttes, entre les jeunes gens attirés par l’école comme le moustique vers la flamme, et les pères craignant pour leurs fils les dangers d’un déracinement, conséquence d’une culture incomplète ! L’Alliance fait enseigner l’hébreu et l’histoire juive, très sommairement d’ailleurs, dans les écoles… Mais l’Alliance n’est pas seulement une œuvre d’enseignement. Elle est une œuvre sociale, une œuvre humaine. L’Ecole n’est qu’une des multiples formes de son action, moyen puissant à la vérité, mais qui ne doit nullement éclipser le but. L’instituteur est un monsieur qui vient faire la classe aux heures réglementaires, puis se retire quand la cloche sonne, ne songeant plus à rien, jusqu’à la classe suivante. S’il en est ainsi, le maître de l’Alliance n’est pas instituteur. Il faudrait un vocable spécial pour désigner ce maître-Jacques, organisateur, bâtisseur, administrateur, économe, surveillant, guide des parents, guide de la Communauté, jeune avec les jeunes, vieux avec les vieux, commissaire des fêtes, à la fois hardi et modérateur, audacieux et prudent, propagandiste, apôtre, ambassadeur, et par-dessus le marché, maître d’école. La voilà, la vraie figure cde l’Alliance, et que serait-elle sans ses maîtres ? A la tête de l’école de Marrakech est un de ces hommes, M. Bibas.  Marrakech, grosse agglomération juive, attire particulièrement l’attention de l’Alliance. L’œuvre entreprise il y a trente ans porte ses fruits, les générations collaborent avec elle très étroitement. M. Abraham Corcos, Secrétaire de la Communauté, ne nous a pas, malgré sa modération bien connue, caché son impatience devant le nombre incalculable d’enfants sans école2000 ! C’est le chiffre qu’il nous donne, et il faut l’en croire, car il ne se paie pas de motsLe groupe scolaire de Jnan El Afia contient 800 enfantsLes classes sont bondéesPour être admis, il faut faire queue pendant plusieurs années, ici on entre à l’école primaire à 10 ans pour n’en sortir qu’à 17, avec le certificat d’études. Ailleurs, à cet âge, on est bachelier… En 1932, l’Alliance entreprendra la construction d’un nouveau groupe de 20 classes pouvant abriter un millier d’enfants. L’école actuelle comporte outre les classes, pour 800 filles et garçons, un vaste réfectoire, un atelier de travaux manuels, un ouvroir et atelier de couture. Le jardin, où les enfants peuvent au moins respirer l’air pur pendant 200 jours par an, est planté de légumes utiles au profit de la soupe scolaire… Dans une ville où l’apathie est une conséquence logique de l’état matériel, créer une œuvre et surtout la maintenir est un véritable tour de force. L’Association des Anciens Elèves de l’Alliance, l’Aide Scolaire, la Maternelle, luttent courageusement contre la misère et arrivent à l’atténuer. L’Aide Scolaire, qui nourrit et habille 150 enfants des écoles, fait preuve d’une prodigieuse vitalité. Elle reçoit les subventions suivantes : 3000 francs de la Communauté ; 3000 de l’Alliance ; 3000 francs de la Municipalité. M. Bibas nous signale l’appui précieux qu’a reçu l’œuvre, en toutes circonstances, de M. Getten, chef des Services Municipaux. Le concours des jeunes ne lui manquent pas, entre autre celui de M. Salomon Corcos, celui de M. Simon Derhy, ce dernier s’étant montré un organisateur de premier ordre. La Maternelle est présidée par Madame Abraham Corcos. Ce nom est à lui seul suffisant pour montrer avec quel dévouement est menée une pareille œuvre.  Une garderie d’enfants est en projet. A la Maternité de Madame la doctoresse Legey est un pavillon israélite édifié aux frais de l’Alliance.[30] Depuis quelques années, l’hospitalisation n’est plus refusée aux malades israélites. Il y aurait cependant intérêt à la création d’un hôpital israélite sur le modèle de celui de Mogador… Nous avons essayé, autant qu’il est en nous, de donner une idée de la misère des dernières couches : misère de promiscuité, misère physique, misère morale. A cela, le Comité de la Communauté, à la tête duquel est M. Mardochée Corcos, s’emploie de toutes ses forces, à remédier. La Communauté, outre ses diverses œuvres d’assistance, subventionne l’Alliance, l’Aide Scolaire, etc. … Les « valeurs » juives de Marrakech ne sont retardées que par une seule cause : le manque d’espace. Nous laissons cette courte conclusion à la méditation de nos lecteurs. Chacun lui donnera le développement que lui dicte son tempérament. »[31]

D. Knafo décrit sans concession dans L’Avenir Illustré « La vie juive à Marrakech » en 1932. La jeunesse du mellah n’est indifférente devant aucun problème juif. Elle a besoin de se grouper : « Marrakech est probablement un cas unique au Maroc, on n’y trouve pas un seul cercle, malgré la multiplicité d’amicales  de sociétés, d’associations, de groupements, de sections, de fédérations et de ligues, etc. 

Parmi toutes ces organisations, l’Amicale des Anciens Elèves des Ecoles de l’Alliance brille par une absence totale de manifestations extérieures… Certes, elle s’occupe à des cours professionnels, par exemple, et leur verse d’importantes subventions, mais là ne doit pas se limiter son action. Elle pourrait soulager le comité de la Communauté d’une partie de sa besogne actuelle. S’occuper des Juifs pauvres de Marrakech n’est pas une sinécure. Il suffit pour le comprendre, de parcourir, un vendredi, par exemple, les rues du Mellah. On en rencontre, de ces longues théories, de ces incessants défilés de mendiants haillonneux, vieillards, infirmes et femmes dont la visible détresse émeut les plus indifférents. Le comité de la Communauté fait évidemment son possible pour réduire le nombre et satisfaire aux besoins pressants des mendiants, mais la charge est trop lourde, et les profiteurs nombreux … Pour cette grande besogne, l’aide de quelques jeunes gens courageux et doués de bonne volonté ne serait pas totalement inutile … Il y a déjà longtemps, s’est posée à la population juive de Marrakech la question d’un hôpital israélite, ou du moins un pavillon israélite à l’Hôpital. Sur l’initiative de MM. Abraham et Mardochée Corcos, M. le docteur Routhier a tenté des démarches auprès d’un grand Juif et homme de bien : M. Gradis. M. Gradis, dont la générosité  est inépuisable chaque fois qu’il s’agit d’une bonne œuvre, a réuni une somme de deux cent quatre-vingt mille francs nécessaire à la construction du pavillon. Mais il ne la donnera qu’à une condition expresse : la Communauté devra trouver les cent mille francs destinés à l’achat du terrain. Diverses personnalités juives se sont inscrites sur la liste des donateurs, parmi lesquels il convient de citer et de féliciter M. Jacob Attias, qui a souscrit treize mille francs. D’autres ont donné, mais pas assez à notre sens. Une quarantaine de mille francs est encore à trouver…»[32]

Madame Noguès épouse du Résident Général visite Marrakech en 1936 non point en touriste mais en ambassadrice de la bonté. Elle a exprimé le désir de visiter les œuvres de bienfaisance et de se pencher sur les misères pour en secourir un plus grand nombre. Après avoir visité tour à tour l’œuvre de la Goutte de Lait, la Zaouia de Sidi Bel Abbès, le Dispensaire antituberculeux, et, enfin, sa voiture, « après avoir traversé le Mellah, s’arrête devant la porte de l’Ecole Israélite où Mme Noguès va pouvoir juger de l’œuvre accomplie par l’Aide Scolaire et de la formation pratique donnée aux jeune filles de l’ouvroir. Mme Noguès est reçue à l’entrée de l’école par Mme et M. Israël, M. Amzallag, M. Adjiman, Mlle Benmoras, M. Bibas, M. Abbou qui, entre une double rangée d’élèves, la conduisent à la classe de couture. Elle s’intéresse vivement aux travaux des élèves et félicite leur professeur de son enseignement… C’est ensuite la visite aux enfants secourus par l’Aide Scolaire. Sous de vastes préaux, ils reçoivent précisément à cette heure leur repas. Ils étaient, l’an dernier, au nombre de 600. Cette année dix nouvelles classes, représentant 600 nouveaux élèves, ont été ouvertes. Parmi ceux-ci les 300 plus nécessiteux sont encore secourus. C’est donc neuf cents enfants dont la communauté assure la nourriture, le vêtement et les fournitures scolaires, ce qui représente un budget annuel de 16 000 francs… Ayant remis une généreuse offrande aux dirigeants de l’œuvre, Mme Noguès exprima le désir de visiter ensuite la soupe populaire que fonda en septembre dernier M. Abbou et qui à l’heure actuelle vient en aide à plus de 300 malheureux, ce qui représente 600 repas quotidiens. Cette charitable institution étant voisine de l’école, Mme Noguès voulut s’y rendre à pied. Cela allait nous permettre de mieux juger de l’enthousiasme d’une foule, émue d’une si vive sollicitude. Sans doute, à l’aller, avait-on pu juger du grand concours de population massée sur le trajet des voitures ; sans doute, avait-on perçu au passage la stridulation des youyous, mais maintenant c’est porté par un flot humain que le cortège atteint son but. En vain, des assès improvisés tentent-ils de l’endiguer. Les acclamations qui partent des fenêtres et des terrasses semblent, au contraire, stimuler l’élan de la foule… »[33]

J’ai tenu à citer longuement des extraits de cette série d’articles pour avoir une idée de ce qu’était la vie scolaire et communautaire des juifs de Marrakech dans les années 1930. Comme l’a écrit en 1944 André Siegfried de l’Académie Française dans la Préface à un livre sur l’école dans un village français, la méthode que j’adopte « permet de saisir la réalité en prise directe, dans son infini détail. Pour bien savoir les choses, écrit La Rochefoucauld, il faut en savoir le détail, et comme il est presque infini, nos connaissances sont toujours superficielles et imparfaites … Mais ce détail infini n’est intéressant et fécond que s’il est rattaché à l’ensemble : il faut que le cas individuel nous amène à connaître l’espèce. C’est ce qu’Albert Thibaudet appelait le sens de la spécialité. ».[34]

Fort de son expérience à la colonie agricole  de la J.C.A. à San Antonio en Argentine, M. Bibasse créa à Marrakech la Section Agricole qui symbolisait pour lui la beauté de l’effort qui produit le retour à la terre. Pour lui, l’idée de diriger les jeunes vers le travail de la terre s’est présentée tout naturellement à l’esprit. Pour lui, il s’agissait surtout d’apprendre à la jeunesse un métier qui procure un gagne-pain honnête. C’était une aventure pionnière. Le président Jules Braunschvig se demandait alors : « Réussirait-on à faire des « terriens» de ces jeunes que leurs traditions familiales au sein du Mellah surpeuplé de Marrakech ne préparaient nullement à l’agriculture, avec son dur labeur dans son isolement, et en l’absence de tout antécédent rural ? » Le travail de la terre, il connaissait. Avec son frère, il développait les fermes que son père avait créées dans le Gharb au nord du Maroc.  En 1936, l’Alliance organisa à Marrakech la Section Agricole, grâce à l’appui des pouvoirs publics. Le Service des Domaines du Protectorat possédait en face du Groupe Scolaire Jacques Bigart un terrain de près de trois hectares plantés d’oliviers centenaires, entièrement entouré de murs. Cédé par les Domaines, ce terrain a été destiné à l’Ecole Agricole par la Direction Générale de l’Instruction Publique. Pour diriger cette nouvelle école, la Direction Générale a choisi un jeune français, M. Cassara, diplômé en 1925 de l’Ecole Coloniale d’Agriculture de Tunis, familiarisé avec les conditions agricoles du Maroc. Les élèves agriculteurs sont au nombre de vingt. « Chaussés de souliers ferrés, écrit M. Alfred Goldenberg, vêtus d’une combinaison bleue, ils accomplissent leur besogne avec ardeur, un air pur remplit leurs poumons, leurs faces expriment la joie du travail, ils ne veulent plus quitter l’exploitation ».[35] Le programme comprend des cours théoriques et des cours pratiques, s’étalant sur deux ans. Les cours théoriques occupent deux heures par jour. Le programme établi par M. Cassara, et approuvé par la Direction Générale de l’Instruction publique, comprend des leçons d’agriculture, d’horticulture et d’arboriculture. Les études portent aussi sur les plantations d’arbres, les pépinières  et les greffages, des notions de viticulture, de botanique, d’élevage, d’économie et de législations rurales, et, sommairement, la minoterie, l’huilerie et l’industrie laitière. Au cours de la deuxième année, les élèves seront envoyés à tour de rôle à l’atelier de bois de l’Ecole Jacques Bigart., où ils acquerront les notions de menuiserie indispensables à un bon ouvrier agricole. Cet atelier a été transféré dans les locaux de la Section agricole, en 1939, pourvu de nouveaux établis construits à l’atelier même. M. Bohsira est le maître-menuisier. Enfin une forge a été installée dans une cour attenante à l’atelier de bois, sous un préau que les apprentis ont construit. L’école agricole, dont dépendent en 1939 les ateliers pour le travail du fer et du bois, comprend vingt-quatre élèves, répartis en deux classes. 

         La durée des études a été fixée à trois ans. Chaque promotion étant de douze élèves, l’école comprendra par la suite trente-six élèves. Au mois de juin 1938, douze élèves formés à l’Ecole agricole se sont présentés à l’examen  que la Direction Générale de l’Instruction a institué pour sanctionner les études en agriculture et qui s’appelle le « diplôme de connaissances agricoles ». Tous les candidats passèrent avec succès la première et la troisième partie de l’examen, c’est-à-dire les épreuves portant sur les connaissances en agriculture. Mais deux élèves échouèrent à la deuxième partie, qui ne comprenait que les épreuves de français et de calcul. Pourtant, ils possédaient tous deux leur certificat d’études primaires. Durant leur séjour à l’Ecole agricole, ils avaient oublié le français et le calcul. 

          Depuis ce temps, un instituteur, détaché de l’Ecole Jacques-Bigart, réunit chaque jour les élèves agriculteurs et leur enseigne le français et le calcul. Après cet examen, les douze élèves sortants ont été placés comme contremaîtres dans des fermes situées dans diverses régions du Maroc. Ils gagnent presque tous 400 francs par mois et sont logés. 

 M. Cassara a reçu des lettres dans lesquels les propriétaires des fermes expriment leur satisfaction pour le travail des nouveaux ouvriers qu’ils emploient.

 Berthe Goldenberg et René Camhy se marieront à Marrakech sous le signe du chiffre 7, soit le 27/7/37, nombre aux forts symboles, et il avait fait ce jour-là 47 ° à l’ombre.

 M. Alfred Goldenberg, le frère de Berthe, arrivera à Marrakech, en 1927.

Fait à Kervenic-en- Pluvigner dans la campagne morbihannaise

Entre terre et mer ,le 30 mars 2011. Josph DADIA

Rentrée-Goldenberg-1948  Le jour de la première rentrée scolaite, courant 1948, de la nouvelle école primaire Yéshoua Corcos,

le Directeur Alfred Goldenberg et des élèves devant la Saba,

 La porte d’entrée de l’école est de l’autre côté de la Saba. 

personnel-ecole-yechoua-Corcos Le personnel de l’école Yéshoua Corcos

Au centre Alfred Goldenberg, directeur,

entouré du corps enseignant

Rabbi Haïm Chochana, en tenue traditionnelle, 

et, à ses côtés, M. Lévy, infirmier


[1] Aïemy Hazan in Le souffle vespéral (Joseph Dadia et al.) édité en 1993 par l’Association des juifs de Marrakech, p.49-50.

[2] Elias Harrus : L’Alliance en action, Nadir, 2001, p. 80-82.

[3] Cf. Bulletin de l’Alliance israélite 1901 - Chap. Les Israélites au Maroc, cité par José Bénech dans son livre Essai d’explication d’un mellah, p.290- 292. Les chiffres indiqués dans ce rapport sont pratiquement repris par le Comte Maurice de Périgny dans son livre Au Maroc - Marrakech et les Ports du Sud, Paris, 1918, p. 151-152.

[4] Cf. Pierre Flamand : Diaspora en terre d’Islam, Vol. I, p. 364-367, la lettre du 15 février 1904 en 4 pages.

[5] Elias Harrus, op. cit. ,  indique que les établissements comptaient déjà 272 garçons et 135 filles.

[6] Paul Lemoine : Mission dans le Maroc Occidental (Automne 1904) - Rapport  au Comité du Maroc, Paris, 1905, p. 62-63. M. Hazan,   un homme de marque est chef de la poste française à Marrakech : p. 30 et  p. 68-71 ; à la page 70, une illustration du bureau de la Poste française au mellah de Marrakech. Je reconnais sur cette photo la rue qui s’appellera plus tard derb Tabac. Sur la Poste en général à cette époque, cf. Augustin Bernard : Une mission au Maroc, Publication du Comité du Maroc, Paris, 1904, p.57-63. Cet auteur parle des écoles de l’Alliance au Maroc (p. 76-83) : Tanger, Larache, Rabat, Mogador, Fès, Safi, Mazagan, Ksar-el-Kebir, Arzila, mais point de l’école de Marrakech.  Avec un accent quelque peu prophétique, il écrit : « On peut s’en remettre à l’Alliance israélite du soin de fonder en temps et lieu des écoles pour les Juifs du Maroc partout où cela sera possible et utile, On ne fera pas mieux qu’elle à cet  égard, et il est inutile de chercher à reprendre les écoles qu’elle a abandonnées momentanément parce qu’elle a vu l’échec certain ».

[7] Louis Gentil : Explorations au Maroc (Mission de Segonzac), Masson et Cie Editeur, Paris, 1906, p. 170-174. A la page 171, Louis Gentil écrit : « J’ai eu l’occasion d’habiter, le Mellah de Marrakech à trois reprises différentes … Je me suis alors  trouvé en contact avec la population juive. J’ai vu très fréquemment les élèves des écoles, je les ai interrogés à maintes reprises, j’ai causé avec eux bien souvent, puis j’ai été reçu par des notables de la Communauté, en particulier par son président, M. Corcos. » Dans l’Avant-propos, p. IX, il écrivait déjà : « Je garde le meilleur souvenir de la collaboration des professeurs de l’Ecole de l’Alliance Israélite universelle  à Marrakech, de M  et Mme Falcon et de M. Souessia, ainsi que de nombreux membres de la Communauté israélite de la capitale marocaine, présidée par M. Corcos. »

[8] José Bénech, op. cit,, p. 293. Comte Maurice de Périgny, op. cit. , p.152, mentionne pour l’année 1905 350 élèves dont 24 seulement payants. 

[9] José Bénech, op. cit. , p. 299.

[10] Christian Houel : Mes aventures marocaines, Editions « Maroc-Demain, Casablanca, 1954, p. 52-53.

[11] Christian Houel, op. cit., p. 53-54.

[12] José Bénech, op. cit. , p. 295-296. Alfred Goldenberg in Trait d’Union - Bulletin d’informations et de liaison du Judaïsme de Marrakech, mai 1989, intitulé Les draps blancs, p 45, cite deux lettres adressées par M. Falcon à Paris : l’une est datée du 27 novembre 1908, dans laquelle il déclare être à Marrakech depuis le 23 : « Mon arrivée au Mellah fut saluée avec enthousiasme par nos coreligionnaires qui ont considéré ma présence comme un gage de sécurité durable » ; l’autre lettre est datée du 5 décembre 1908 : « Extraordinairement, Si Madani (Grand Vizir) manda chez lui toutes les autorités de la ville et des environs. Il leur dit ; « Les écoles que l’Alliance a dans toutes les villes du Maroc ont pour but de rendre les jeunes moins ignorants et moins malheureux. Je vous recommande spécialement les maîtres qui viendront accomplir cette tâche et les enfants qui fréquenteront ces écoles ».

[13] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 46

[14] Rapport du 17 décembre 1911 de l’assemblée générale de l’Alliance israélite universelle, p. 102

[15] D’autres observateurs ont dit beaucoup de bien d’Y. Corcos, et sa popularité en milieu juif était immense : il a su pratiquer le charité envers les pauvres ; il a  bâti  une grande synagogue et entretenu quatre yéchoiboths. C’est un débat qu’il faudra ouvrir un jour, et étudier en profondeur ca qu’ont été véritablement les relations entre les institutions juives de Marrakech et la population ; ce débat se fera en suivant la méthodologie dans le domaine de la recherche universitaire. 

[16] Pierre Flamand, op. cit., p. 229-230 et p. 368-369.

[17] Louis Botte : Au cœur du Maroc, Hachette, 1913, p.199-200 : « Mais quand nous arrivons au mellah, c’est un tout autre spectacle. L’enthousiasme est délirant. Tous les juifs sont là… ils se poussent, se bousculent et s’écrasent contre les chevaux qui ruent. Les bravos crépitent. Du haut des terrasses, les femmes accrochées en grappes vivantes, et comme ivres, miaulent leurs you-you prolongés, assourdissants, énervants. Des centaines de mains s’agitent, claquent, ou font le salut militaire. Des apostrophes se croisent : « Content de te voir, monsieur ! - Monsieur, Vive la France, » Pendant tout le temps du défilé, ces juifs manifestent une joie indescriptible. Ils exagèrent. 

[18] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 47.

[19] José Bénech, op. cit. , p, 294. 

[20] Comte Maurice de Périgny, op. cit., p. 152.

[21] Il n’a pas été facile d’établir toutes ces indications en raison des sources consultées. Aïemy Haïm Hazan dit que l’école près de la place des ferblantiers fonctionnait parallèlement à celle de la rue Francisco, où il a été élève, sans autres précisions quant aux dates. Je relève différentes dates, quelque peu contradictoires, dans les écrits de M. Alfred Goldenberg : cf. le texte déjà cité p. 47-48 et son livre Souvenirs d’Alliance, éditions du Nadir de l’A.I. U., 1999, p. 50-51. De son côté, José Bénech, op. cit., p. 296 écrit : « Puis ce fut 1914 et la guerre. Pour des raisons financières, l’Ecole de l’Alliance dut fermer ses portes. En 1919, le Protectorat ouvrait dans une maison du Mellah une école franco-israélite… Cette école franco-israélite disparut en 1925. »

[22] Jérôme et Jean Tharaud : Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas, Plon, Paris, 1920, p. 122-123.

[23] Sur Nessim Lévy, cf. Le souffle vespéral, op.cit., p. 69-76. Nessim Lévy m’a écrit plusieurs lettres ; je ne les ai pas toutes publiées dans le susdit document ; les autres sont dans mes archives.

[24] José Bénech, op. cit., p.299-300; Paix et Droit 1er avril 1926, p. 7.

[25] Alfred Goldenberg in Trait d’Union, op. cit., p.48.

[26] Jacques Bigart in Paix et Droit, op. cit., p. 6.

[27] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 48.

[28] Jacob Ohayon : Dans Marrakech la juive in L’Avenir Illustré, 19 mars 1931, p. 3-4.

[29] Idem in L’Avenir Illustré du 26 mars 1931, p. 3-4.

[30] Je viens de terminer un long article pour rendre hommage à l’œuvre et à la personnalité de la Doctoresse Françoise Legey, marrakchie de cœur et d’adoption.

[31] Jacob Ohayon in L’Avenir Illustré du 9 avril 1931, p. 3-4. Jacob  Ohayon a écrit ses textes avec « son sang et ses larmes », expression empruntée à Farid el Atrach. Comme lui, je suis un enfant de la promiscuité. Cette promiscuité n’était pas criminogène. Elle a été source d’amitié et de bon voisinage, el mhebba ouzouria. Comme le chante dans son Matrouz Simon Elbaz : « Nous étions tous réunis », « kouna mezmou’in ».

[32] Cf. L’Avenir Illustré daté du 30 novembre 1932, p. 4. 

[33] L’Avenir Illustré du 31 octobre 1936, p. 3, article non signé : A Marrakech - La Visite du Résident Général et de Madame Noguès a été l’occasion d’une émouvante manifestation de la population juive.

[34] Roger Thabault : 1848-1914 - L’ascension d’un peuple - Mon village - Ses hommes, ses routes, son école, Librairie Delagrave, Paris, 1944. Dans cet ouvrage de 250 pages, l’auteur souligne qu’au départ les défenseurs de la tradition se défiaient des idées nouvelles et de l’instruction qui les propage. Ils ne voulaient point qu’ils fussent contraints par une loi d’envoyer leurs enfants à l’école.  Ils voulaient surtout que l’école demeurât religieuse et que l’instituteur restât l’auxiliaire du prêtre.

[35] Alfred Goldenberg in Paix et Droit, 1er février 1937, p.9-10 ; Ibid. 1er mai 1939, p.9-10 : extraits de deux rapports établis respectivement par M. Bibasse et M. Goldenberg.

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28 novembre 2020

L'INAUGURATION DU PREMIER REFUGE DU TOUBKAL

LE REFUGE A 3207m AVANT LE TOUBKAL 

Les premiers alpinistes à gravir le Toubkal le 12 juin 1923 furent le marquis René de Bardon de Segonzac, un proche du Maréchal Lyautey, Vincent Berger et Hubert Dolbeau. 

Le blog a déja édité une publication sur l'ascension du Toubkal. Grâce à Marc Roché, né à Marrakech, qui a amicalement partagé des photos de sa collection nous sommes en mesure d'ajouter une nouvelle page sur la construction et l'inauguration du premier refuge du Toubkal construit à 3207 mètres. Cette page est composée aussi grâce à des articles de la presse marocaine. Marc est le fils de Paul ROCHÉ, magistrat à Marrakech et Président du CAF (section du Haut Atlas) à cette époque. 

Refuge-Louis-Neltner-1939-1960Le refuge du Toubkal, Louis Neltner, à gauche en juin 1939 à l'époque de son inauguration (photo Dantan, Rabat), à droite en été 1957 (photo Maurice Calas Marrakech). 

Le journaliste et le photographe de La Vigie Marocaine avaient couvert l'événement. Ainsi les lecteurs et notamment les alpinistes ont pu s'informer sur ce nouvel équipement en faveur des sports de montagne. "La construction se présente de l'extérieur sous la forme d'une bâtisse rectangulaire de 7 mètres de long sur 6 métres de large. Les murs ont 3,60m de haut et les pignons 6 mètres. La couverture de fer galvanisé sur voliges jointes et sur matière isolante est engagée dans le mur des pignons à l'avant et à l'arrière, pour donner moins de prise au vent. La maçonnerie, en gros moellons,est à base de ciment et un chainage périmétrique a été exécuté en béton armé à hauteur  des fenêtres. On pénètre dans le refuge par une porte en fer à deux battants qui donne accès dans un vestibule de 2 mètres sur 3 mètres. À droite et à gauche sont des casiers pour les chaussures et des râteliers pour les skis et piolets.

Du vestibule, une porte en bois recouverte de zinc sur la face extérieure donne accès dans la salle du rez-de-chaussée, qui mesure 6 mètres sur 5 mètres. Cette salle est éclairée par deux grandes fenêtres munies de volets en fer et de doubles vitres. Elle est meublée de deux grandes tables recouvertes de zinc, de bancs et de nombreux casiers.

Le chauffage est assuré par un poële et par une cheminée. Dans un coin, un évier en faïence est surmonté d'un grand récipient en fer galvanisé contenant 150 litres d'eau qui s'écoule par un robinet. À côté, un vaste potager recouvert de carreaux en faïence et un matériel de cuisine complet.

On accède par une échelle en fer au premier étage où est aménagé un dortoir de 22 places sur bas-flancs placés de part et d'autre d'un couloir central. Au-dessus des bas-flancs sont disposées de larges étagères; le plafond qui se prolonge jusqu'au niveau des bas-flancs est constitué par des lames de parquet.

Le dortoir est aéré par deux ouvertures: un oeil de boeuf et une fenetre analogue à celle du rez-de-chaussée.

Voilà une description qui rappellera des souvenirs à plusieurs anciens, alpinistes ou randonneurs, lesquels peuvent s'exprimer dans les commentaires.

Discours de Monsieur Paul Roché, Président de la section du Haut Atlas marocain du Club Alpin Français, sise à Marrakech. Prononcé le 28 mai 1939

Mon Général, Mesdames, Messieurs, Mes Camarades,

Au mois de juin 1922, trois hardis alpinistes, sous la conduite du Marquis de Segonzac, entreprenaient l'ascension du djebel TIFNOUT, vaste croupe arrondie qui se dresse à 4070 mètres d'altitude, à l'Est du TOUBKAL, et qu'ils considéraient alors comme le point culminant du haut Atlas.

Arrivés au sommet, ils étaient fort surpris d'apercevoir, à l'ouest, une pyramide imposante aux couloirs abrupts et un deuxième massif qui les dominaient nettement et que leurs guides chleuh désignaient du nom d'Ifni et d'Ouakoukrine. Ils évaluaient l'altitude du djebel Ifni à 4210 mètres, et, après une tentative manquée en avril 1923, ils en faisaient l'ascension le 13 juin de la même année par l'itinéraire que nous avons suivi ce matin.

Vous avez tous deviné qu'il s'agit du TOUBKAL dont l'aiguille d'Ifni constitue un épaulement rocheux très abrupt sur le versant sud.

Les premières ascensions du TIFNOUT et du TOUBKAL étaient à la base de la formation de la section du Maroc du Club Alpin Français.

Le Club Alpin Français, je me permets de vous le rappeler, a été fondé le 2 avril 1874. Reconnu d'utilité publique le 31 mars 1882, il a été agréé par le ministre de la guerre le 16 mars 1920. Personne n'ignore son œuvre grandiose ; sa réputation est mondiale.

Son but principal, faciliter et propager la connaissance des montagnes, a été amplement atteint.

Ses travaux scientifiques sont connus et appréciés des savants.

Il groupe aujourd'hui plus de 30 000 membres et il possède plus de 100 chalets ou refuges de haute montagne .

Son rayonnement dépasse les frontières de la métropole.

De toutes les possessions françaises, c'est au Maroc que l'on trouve les montagnes les plus belles.

La chaîne du Haut Atlas se classe, comme altitude, immédiatement après les Alpes, et, si elle ne comporte pas de glaciers, du fait de la latitude, elle présente cependant des sommets abrupts, des couloirs et des varappes fort intéressantes, des vallées splendides et des aspects très variés.

Elle s'étend du Djebel Ayachi, au Nord-Est, à l'Océan Atlantique au Sud-Ouest.

La perle de cette chaîne est, sans conteste, le massif du Toubkal-Ouenkrine avec au Nord-est, l'Aksoual et l'Inghemar.

Ce massif constitue le Haut Atlas de Marrakech, et c'est là que porte principalement notre activité.

Devant un champ d'action aussi vaste, après les résultats obtenus par leurs aînés de la Métropole, et suivant leur exemple, comment ne pas admettre que les alpinistes du Maroc devaient être obligatoirement amenés à constituer une section du Club Alpin.

La section du Maroc était donc fondée à Casablanca en 1923, sous la Présidence d'honneur du Maréchal Lyautey et sous la présidence du Marquis de Segonzac.

Son activité était très grande et c'est au premier congrès de l'alpinisme, tenu à Marrakech le 3 avril 1923 que le marquis de Segonzac en exposa les buts :

1° construction par l'initiative privée d'un grand hôtel de touristes à Marrakech ( ce fut la Mamounia) ;

2° aménagement de piste conduisant aux débouchés des vallées de montagne (Asni, Amizmiz, Ourika, Denmat) ;

3° construction de refuges de montagne.

L'essentiel de notre programme était déjà tracé, mais que de chemin parcouru depuis !

Entre temps des travaux importants étaient réalisés tant du point de vue alpinistique que scientifique par les membres les plus distingués de la section et qui ont nom :

MM. de Lepinay, Neltner, Dresch, Stoffer, et De Prandières. 

Nous avons appris la mort de ce dernier survenue récemment en France. Ayons pour lui une pensée reconnaissante.

En 1936, la « harka » de Marrakech était affiliée au Club Alpin français dont elle devenait une section, sous le nom de « Section du Maroc Sud » et sous la Présidence du Docteur Pourtau.

Dès lors commençait un gros travail d'organisation rationnelle et de réalisations constructives sous l'impulsion du Docteur Pourtau et de notre camarade Fourcade, aidés et conseillés par M. le Professeur de Lepiney, par MM Dresch et Neltner, et surtout appuyés par les autorités militaires et civiles de la région de Marrakech.

Entre temps, M. de Mazières avait acepté la présidence de la Section du Maroc, à Casablanca.

L'éloignement des montagnes du siège de la section en avait rendu l'action quelquefois inefficace malgré le dévouement de son président et de ses membres distingués.

Aussi, sur l'initiative de MM. de Mazières, de Lepinay et Dresch, la fusion était réalisée au profit de la section du Maroc Sud à Marrakech  devenue Section du Haut Atlas au début de l'année 1937.

Dès lors, notre effectif passait de 28 à 66 membres. Aujourd'hui nous sommes plus de 150.

De nombreuses courses, ascensions et collectives de propagande ont été réalisées depuis 1936 ;

parmi les ascensions les plus difficiles qui ont été réussies, nous devons noter la face sud de l'Inghemar, la face nord de l'Angour, l'arête Sud-Ouest du Toubkal, le Grand couloir du Tazarrt et les clochetons de l'Ouenkrime, parmi les collectives de propagande, les plus instructives, le Lac d'Ifni par le Tifrout et par le Tizi n'Ouanoum, plusieurs ascensions du Toubkal, le djebel Siroua et le Djebel Sagho, avec ascension du Bou Ghafer, enfin plusieurs reconnaissances dans les vallées de l'Oued Tifni et de la haute Tessaout, et la liaison refuge de Neltner- Tachdirt par le Tizi n'Ouaourei et le Tizi Likemt.

Un groupement de skieurs a été constitué au sein de notre section en 1937. Il a pris le nom de « Ski Club de Marrakech ». Son activité a été intéressante malgré le petit nombre de skieurs résidant à Marrakech. Surtout au cours de la saison dernière, il a fait de nombreuses sorties au plateau de l'Oukaïmeden et au Tizi n'Tichka où se sont joint à lui d'excellents éléments venus de Casablanca et même de Rabat.

Une fête de la neige, avec concours de slalom et de descente, dotés de nombreux prix, a été organisée pendant les fêtes de la Noël au plateau de l'Oukaïmeden.

Elle a remporté un plein succès. Mais c'est dans l'aménagement et la construction des refuges de haute montagne que l'activité de notre section s'est manifestée de la façon la plus durable.

Dès 1923 la jeune section du Maroc avait fait construire un refuge au col de Tachdirt (3200m), mais peu de temps après, un vent violent en emportait la toiture en zinc qui allait s'échouer quelques 100 mètres plus bas.

Aujourd'hui, il ne subsiste plus de ce refuge que quelques murs délabrés « témoins d'efforts qui eussent mérité un sort meilleur ». 

Peu de temps après, le syndicat d'initiative de Marrakech construisait les refuges d'Iref, Timichi, Tachdine et Arround dont les trois derniers, établis en haute montagne, ont constamment été utilisés par les alpinistes.

En 1936, le contrôle civil de Marrakech-banlieue, aidé par le Service des Eaux et Forêts et le Syndicat d'Initiative de Marrakech, a construit un grand chalet-refuge au plateau de l'Oukaïmeden.

La gestion en a été confiée à notre Section, plus exactement au Ski Club de Marrakech en 1937.

De grosses réparations et d'importants aménagements intérieurs ont été réalisés aussitôt et la capacité du refuge a été ainsi portée de 10 à 24 personnes. La vogue du plateau de l'Oukaïmeden n'ayant cessé d'augmenter, et le nombre de skieurs étant chaque année plus grand, dont certains résident quelquefois dix ou même quinze jours consécutifs au refuge, ces aménagements se sont avérés insuffisants. Nous avons mis au point un projet de transformation ; après sa réalisation plus de trente personnes pourront y trouver asile dans des conditions meilleures de confort. En outre un abri est prévu pour les muletiers.

Ce projet assez coûteux ne pourra être réalisé que grâce à des subventions du Comité Central du Club Alpin Français et nous ne doutons pas de son appui en l'occurrence ; mais il est une règle d'après laquelle le club Alpin Français n'investit pas dans des immeubles qui ne sont pas sa propriété.

Il faudrait donc pour que notre projet soit réalisé que les autorités compétentes consentent à nous céder le refuge de l'Oukaïmeden en pleine propriété et que cette cession reçoive l'agrément du Syndicat d'Initiative de Marrakech. Je pense que ce projet n'est pas irréalisable et M. Costedoat-Larmaque, contrôleur civil de Marrakech-banlieue a bien voulu m'assurer de son concours.

Depuis longtemps l'idée d'un refuge au pied du Toubkal hantait les esprits.

La marche d'approche était longue et fastidieuse pour des alpinistes qui partaient d'Arround pour faire l’ascension du Toubkal ou de l'Oukaïmeden, et ils étaient, le plus souvent, obligés de bivouaquer aux azibs d'Isgoun-Ouagouns, dans des conditions très inconfortables .

Mais les fonds nécessaires pour la réalisation de ce projet nous faisaient défaut.

Une circonstance étrangère à notre Section devait nous procurer les premières ressources.

Au mois d'août 1936, un groupe d'alpinistes français, conduit par Henry de Sigogne et composé de Pierre Allain, Jean Arlaud, Jean Carle, Jean Charignon, Jean Deudon, Marcel Ichac, Jean Leininger et Louis Neltner tentait l'ascension du Karakorum2 dans l'Himalaya.

Cette expédition était organisée par le Club Alpin Français.

Le 1er juillet Neltner, Deudon, Charignon, Allain et Leininger qui tenaient les camps supérieurs entre 5000 et 7000 mètres d'altitude depuis plus d'un mois, étaient obligés de battre en retraite, sur les ordres du chef de l'expédition et malgré leur désir de continuer.

En effet depuis plus de dix jours ils avaient été surpris par une tempête de neige d'une grande violence et la réalisation de leur vœux le plus cher s'avérait impossible.

Ils avaient néanmoins, « pour la première fois dans l'histoire de l'alpinisme mondial, réussi l'escalade entre 5000 et  7000 mètres d'altitude, d'un éperon de rochers aux couloirs vertigineux, dressant d'un seul jet au dessus du glacier ses impressionnants escarpements ».

Vous avez presque tous connu notre camarade Louis Neltner qui fut un des héros les plus intrépides de cette expédition.

Il a vécu au Maroc pendant plusieurs années. Il y était venu en qualité de géologue du Protectorat. 

Il est aujourd'hui professeur à l'école des mines de Saint Étienne.

Au cours de son séjour au Maroc, Neltner avait fait de nombreuses ascensions dans le Grand Atlas et réalisé plusieurs premières difficiles.

Ses travaux géologiques sont très importants et appréciés de tous.

Étant revenu au Maroc à l'automne 1937,  il a bien voulu donner une série de conférences sur l'expédition française à l'Himalaya.

Nous avons suivi ses conférences à Rabat, Casablanca et Marrakech avec le plus vif intérêt mêlé d'une réelle émotion et d'une profonde admiration. Admiration  que pouvait difficilement admettre le conférencier dont la modestie est légendaire.

C'est le produit de ces conférences qui a constitué la première mise de fonds pour la construction de ce refuge.

Nous avons reçu en outre 14 500 francs du Club Alpin Français, 1000 francs du Touring Club de France et 1000 francs de l'Office Chérifien du Tourisme.

Les plans du refuge ont été établis par notre camarade Fourcade et vérifiés, au point de vue technique, par notre vice-président M. Bulle.

C'est M. Fourcade qui en  a dirigé la construction. Les travaux ont commencé le 29 juin 1938, ils ont été terminés le 24 juillet.

Le Service des Travaux Publics et le Contrôle Civil de Marrakech-banlieue nous ont donné tout leur appui, tant pour l 'aménagement de la piste muletière d'accès que pour le transport des matériaux.

Nous avons l'intention de compléter ce refuge par un abri solide pour les muletiers, les guides et les porteurs. Cet abri sera d'ailleurs à la disposition de tous les indigènes de passage qui se rendent des Reraïa au Tifnout et vice-versa. 

L'inauguration avait été  primitivement fixée au 30 octobre 1938, mais des chutes de neige abondantes et de gros orages ayant rendu l'accès de la haute montagne impossible, nous avons dû, à contre cœur, renvoyer cette cérémonie à plus tard. 

Au cours de l'hiver dernier la haute vallée de l'assif Misane n'a cessé d'être fortement enneigée et nous avons attendu que le beau temps soit bien assuré pour venir ici en aussi grand nombre.

Monsieur le Général Noguès, Résident général, a bien voulu accepter le haut patronage de cette cérémonie ; Je vous prie, mon Général, de vouloir bien lui exprimer nos remerciements en même temps que l'expression de notre dévouement et de notre attachement à la cause française.

Mon Général, vous avez bien voulu en accepter la présidence d'honneur ; bien mieux, vous êtes venu en rehausser l'éclat de votre présence.

An nom du Club Alpin, je vous en remercie de tout cœur.

Je vous souhaite la bienvenue dans ces hautes montagnes que nous aimons tant.

Nous savions déjà votre sympathie pour l'alpinisme ; vous avez donné à maintes reprises des marques de bienveillance et vous ne nous avez pas ménagé votre appui lorsque  nous l'avons sollicité.

Nous avons souvent senti que votre impulsion n'était pas étrangère à l'aide que nous avons trouvée auprès des fonctionnaires d'autorité et des Administrations qui sont sous vos ordres.

Nous vous en sommes sincèrement reconnaissants.

Nous remercions aussi M. le chef d’État-Major qui, conformément à vos ordres a réglé de façon parfaite le concours de la section d'éclaireurs-skieurs et pour les travaux de piste auxquels les divers éléments d'infanterie ont collaboré, particulièrement entre Asni et l'Oukaïmeden. 

M. le Commandant Ribaud et tous les Officiers du bureau régional de Marrakech de l'appui bienveillant que nous avons toujours trouvé auprès d'eux, particulièrement pour l'organisation de nos collectives en zone d'insécurité. 

De la même façon nos remerciements vont à M le Général Commandant le Territoire de l'Atlas central, à MM . les Colonels Commandant les territoires d'Ouarzazate et  du Tafilalet, et à MM. Les Officiers des Affaires Indigènes qui ont facilité notre passage dans les divers centres et postes que nous avons traversés.

Nous remercions bien sincèrement M.M. Les contrôleurs civils Truchet et Costedoat-Larmaque de l'appui bienveillant que nous avons trouvé auprès d'eux.

Leur aide nous a été d'un grand secours tant pour l'aménagement des pistes autocyclables Asni-Arround et Asni-Iferghane et des pistes muletières Imelil-Azibs d'Isgoum Ouagouns et Iferghane-Oukaïmeden, que pour la construction du refuge de l'Oukaïmeden et la police des muletiers, guides et porteurs.

Particulièrement au cours de l'hiver dernier, M. le Contrôleur civil de Marrakech-banlieue a fait refaire à cinq reprises la piste d'Asni à Iferghane coupée par les orages et par la neige, et ces jours derniers encore, il a dû faire déblayer et réparer la piste muletière d'Imlil au refuge L. Neltner.

Ce sont là des travaux très importants dont nous ne saurions sous-estimer le mérite.

Nous remercions aussi M. Le Directeur Général des Travaux Publics, M. l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Marrakech et M. Bulle, ingénieur des Travaux publics de ses travaux sur la piste Asni-Arround et de leur aide apportée à la construction du refuge L. Neltner.
M. l'Inspecteur des Eaux et Forêts de Marrakech de son concours bienveillant et de l'aide apportée aux skieurs et aux alpinistes par le personnel de son administration, particulièrement par le garde forestier d'Iferghane ; MM. Les officiers skieurs, les sous-officiers et soldats des secours apportés aux skieurs et de l'aide qu'ils nous ont donné à l'occasion du consours de ski de la Noël.

Je me permets à ce sujet de signaler les services rendus par M. le Lieutenant Grudler et les belles randonnées qu'il a faites en montagne à la tête de sa section, parmi lesquelles une ascension du Toubkal en ski au cours de l'hiver dernier ; M.le Chef des services municipaux de Marrakech, M. le Directeur de l'Office Chérifien du tourisme, M. le délégué du Touring Club de France au Maroc et M. le Président du Syndicat d'Initiative de Marrakech pour les subventions et l'aide qu'ils nous ont accordées.

Nous remercions enfin M. le Caïd SEKTANI d'avoir bien voulu honorer cette cérémonie de sa présence ; nous le remercions de l'aide qu'il nous a donnée et du concours que nous trouvons dans sa tribu auprès des guides, muletiers et porteurs.
Les alpinistes connaissent depuis longtemps les habitants du Reraïa et ils ont toujours trouvé en eux des guides serviables et dévoués, de vrais compagnons de montagne.

Nous pensons, dans leur intérêt et dans l'intérêt de l'alpinisme, à établir un brevet de guide et de porteur, comme cela est pratiqué en France, et à demander à M. le Contrôleur civil de Marrakech-banlieue de les constituer en corporation.

À nos camarades venus de France je souhaite ici la bienvenue ; je les remercie d'avoir bien voulu assister à cette cérémonie, j'espère qu'ils garderont un bon souvenir du Maroc et du Grand Atlas et que le programme qui a été élaboré à leur intention leur plaira. Je salue tout spécialement Mademoiselle Lacroix, membre du Comité Central du Club Alpin et du groupe de Haute Montagne. Mademoiselle je vous prie de transmettre à M. le Président Olivier et aux membres du Comité de Direction du Club Alpin l'expression de notre attachement à l’œuvre qu'ils poursuivent.

Je vous remercie tous, mes chers camarades d'être venus aussi nombreux ici.

Je vous invite à lever votre verre à la prospérité du Club Alpin et à la France, notre patrie éternelle, en répétant notre devise « Pour la Patrie, par la montagne »

Refuge-Neltner-Faniion-CAF-1939

Discours du Général Fougère, chef de la région de Marrakech

Mon cher Président,    Monsieur le Doyen,     Mesdames, Messieurs,

C'est avec le plus vif plaisir que j'ai répondu à l'aimable appel de la Section du Haut Atlas du Club Alpin Français, quand elle est venue me demander de présider l'inauguration du refuge Neltner. J'en remercie tout spécialement son Président en même temps que je lui exprime ma vive gratitude pour les aimables paroles qu'il a adressées.

Cette cérémonie constitue le couronnement des efforts prodigués depuis plus de 15 ans pour la conquête du massif du TOUBKAL, de cette « montagne des montagnes », « Adar n'Dern », comme disent les gens du pays. Ces masses austères, ses dénivellations saisissantes, ces roches nues ne rappellent guère les montagnes d'Europe ; mais leur rudesse, actuellement tempérée par les taches éclatantes de la neige, est pleine de grandeur et comme l'a dit excellemment Monsieur DRESCH, « elle ne saurait laisser personne indifférent ».

Honneur donc à ceux qui ont frayé la voie aux Alpinistes d'aujourd'hui, à tous ceux dont, mon Cher Président, vous avez évoqué éloquemment le souvenir il y a quelques instants ; Honneur aux réalisateurs des derniers mois, qui ont mis sur pied le travail que nous avons sous les yeux, au spécialiste de la haute montagne qu'est monsieur Neltner, au constructeur ingénieux qu'a été Monsieur Fourcade, à ceux, membres et amis de la Section du Haut Atlas, autorités et modestes collaborateurs Français et Indigènes qui ont permis de mener à bien une œuvre si réussie et si utile.

La part prise par l'éminent doyen de l'Institut Scientifique Chérifien dans la reconnaissance méthodique du Toubkal nous rend sa présence particulièrement précieuse et nous ne saurions trop le remercier d'être venu jusqu'à nous.

Je ne veux pas oublier les  montagnards venus de France ; ceux aussi qui désiraient vivement revoir ce Maroc chaque jour mieux connu, sous tous ses aspects mais que les préoccupations de l'heure ont retenu dans la métropole. Parmi eux se range Monsieur le Président OLLIVIER, auquel j'envoie le salut de la région de Marrakech.

Vous pouvez être assuré, mon Cher Président, que je ne manquerai pas de transmettre au Résident Général l'expression de votre reconnaissance. Il l'appréciera certes hautement, car comme nous tous, il sait que la montagne est une des meilleurs écoles d'énergie et il réserve à ses fervents une grande part de sa sollicitude.

Et maintenant élevons les yeux vers le ciel plus beau parce que nous en sommes plus près et tandis que, pour la première fois, elles vont flotter sur ce refuge saluons les couleurs Nationales avec la ferveur que leur doivent des fils ardemment dévoués et respectueux.

Enfin, Mesdames, Messieurs, je lève mon verre aux succès futurs des Alpinistes Marocains et au Club Alpin Français, père vigilant de la Section du Haut Atlas.

La Vigie Marocaine titrait "L'Alpinisme au Maroc, Inauguration du refuge L. Neltner"

1939-06-La vigie Marocaine-Neltner-11Le chalet refuge fut construit aux Azibs d'Issougane n'Ouagouns dans la haute vallée de l'Assif n'Aït Mizane. Ce territoire dépendait du caïd Mohamed Sektani.

L'INAUGURATION DU CHALET-REFUGE DU CAF (Club Alpin Français) 

La date de l'inauguration officielle du refuge du Toubkal est connue: le dimanche 28 mai 1939; mais il fut inauguré officieusement en plusieurs occasions. Un article de presse indique qu’une inauguration officieuse eut lieu le 24 juillet 1938 (fin de la construction). Le 12 aout 1938 le CAF communique que  le chalet-refuge édifié au lieudit "Isgoun Ouagouns » portera le nom de Louis Neltner. Un groupe d'alpinistes a utilisé le refuge en septembre 1938. La presse avait annoncé une première inauguration officielle limitée aux seuls membres du CAF qui devait se tenir le 30 octobre 1938, mais elle fut annulée en raison d’une tempête de neige et de routes coupées.

Déroulement de l'inauguration officielle: La veille. M. Fourcade, secrétaire général de la section locale du CAF et le Dr Pourtau, les dames Grudler, Duncan et Mlle Voisenet formant l'équipe des précurseurs avaient préparé l'accueil du lendemain au chalet-refuge. De leur côté les Éclaireurs skieurs du 2eRTM avaient monté des tentes aux abords du refuge. Les invités avaient pris un car à Marrakech à 6h00 pour une arrivée au cirque d'Arround à 8h30. La montée jusqu'au refuge se fit pour certains à dos de mulet et pour d'autres à pied. 

Le général Fougère, Chef de région de Marrakech et du Sud était la principale personnalité officielle. Arrivent aussi en fin de matinée le Président Paul Roché et le Caïd Mohamed Sektani. 

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal NelterÀ gauche le caïd Sektani descendant de sa monture, tout à fait à droite de 3/4 face le Président Paul Roché s'entretenant avec un officier général de dos dont on voit le képi. 

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal Nelter 001Devant le refuge l'arrivée des alpinistes avant l'inauguration.  Les inspecteurs des Eaux et Forêts Clandot, Métro et Plateau en uniforme.

La section d'Éclaireurs skieurs présenta les armes, puis le général Fougère et sa suite furent accueillis dans le refuge et purent y boire des boissons chaudes.

Vers midi les invités et les alpinistes arrivèrent. Certains venaient de France: Mlle Lacroix, membre du comité de direction du CAF et de la commission des travaux en montagne. M et Mme Bouldoires, M et Mme Prudhon, Mlle Montagne, Mlle Alexandre et Mr Chauvellot, membre de la section de Paris du CAF. Plusieurs scientifiques au service du Maroc: M. de Lépinay, doyen de l'Institut scientifique chérifien, MM Termier et Gubler, géologues, M. Sauvage, botaniste. De Marrakech: M.Warnery adjoint des services municipaux; Mr Conrad trésorier de la section du CAF du Haut-Atlas, Mlle Revel, Mlle Faure-Baulieu, M. Jean Deschazeaux; Mlle Spiney de Mazagan. Il en était venu aussi de Rabat, de Casa, de Meknes, de Khouribga,.. au total environ 70 personnes qui se pressaient dans le refuge autour d'une table jonchée d'oeillets rouges.

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal Nelter 013

Les participants applaudirent les éloquents discours de Paul Roché Président de la section du Haut-Atlas du CAF à Marrakech, et du Général Fougère, chef de région. Puis les uns et les autres sortirent du refuge pour voir le fanion du club hissé lentement sur sa hampe alors que le Général saluait. Derrière lui la section d'Éclaireurs skieurs présentait les armes, et les clairons sonnaient "Au drapeau".

La cérémonie terminée le général Fougère pénétra dans le refuge suivi des participants et ce fut le moment où le champagne fraichement sorti des eaux glacées du torrent fut servi. Les couverts furent ensuite disposés sur la table ornée avec art. Autour du général prenaient place Mlle Lacroix, Mme Grudler, le caïd Sektani, M. de Lépinay, M.Paul Roché, le Cdt Ribaut, M. Costedoat-Lamarue, le Dr Pourtau, M. Fourcade, le Cne Allix, M. Warnery, M. Conrad,..

Au dessert M. Fourcade lisait la lettre suivante qu'il venait de recevoir de Louis Neltner: "Mon cher Fourcade, Je trouve votre aimable mot au retour de voyage et je vous remercie de votre invitation si cordiale. J'aurais beaucoup aimé à assister à l'inauguration du refuge qui marque une étape dans l'oeuvre marocaine du Club Alpin Français, oeuvre qui vous doit tant à vous et à vos camarades marrakchis. 

Ne pouvant assister à la cérémonie, je vous prierais au moins de dire à nos amis un amical merci pour l'honneur qu'ils m'ont fait en donnant mon nom à ce refuge qui est leur oeuvre et non pas la mienne. J'y vois le témoignage de l'amitié indulgente de quelques camarades et cette amitié me touche profondément....première heure, malheureusement enlevé à l'affection de ses amis. En ce jour de fête je pense à la solitude des Azibs n'Ouanoums, en ce jour de 1924 ou arrivait la caravane alpine et géographique de Maurice de Prandières. La première ascension de l'Amgharas n'Igiloua et la deuxième du Toubkal récompensaient leurs efforts, tandis que cette première expédition voyait le germe de la cartographie du massif du Reraïa et de l'organisation alpine de la montagne de Marrakech. Qu'il me soit permis en ce jour de liesse de rappeler le souvenir de ce grand animateur et de ce charmant ami que Monsieur de Prandières. Un des premiers il fut à la peine. Bien plus que moi il eut mérité d'être à l'honneur, en ce lieu, en ce jour. Que nos camarades au moins aient pour lui une pensée d'affectueuse reconnaissance. Cordiale amitié; L. NELTNER"

L'inauguration officielle, avait été précédée d'une ouverture officielle le 14 aout 1938. La presse communiquait l'adresse du secrétariat de la section du Haut Atlas marocain pour ceux qui souhaiteraient acheter leurs cartes et récupérer la clé du refuge: Cité Tazi, Marrakech-Médina.

En octobre 1938 La mission hydrologique de Marrakech avait été mandatée pour analyser l'eau du torrent qui alimentait le refuge. Elle était comparable à l'eau d'Evian par son degré hydrotimétrique et bien moins chargée que l'eau de Marrakech en sulfates et chlorates.

La construction du refuge terminée en juillet 1938 a impliqué plusieurs personnes, dont nous n'avons pas les noms, mais dont nous gardons le souvenir grâce à des photographies de la collection Paul Roché. 

Refuge L Qui nous aidera à identifier ces quatre personnes ?   

Refuge L Constructeurs et premiers occupants du refuge.   Un échafaudage et un rouleau de laine de verre

Refuge L Nous retrouvons l'homme à chemise blanche d'une des photos précédentes

Merci à Marc Roché pour ce partage. Merci à lui pour ces photos si précieuses et pour ces discours qui nous parlent de ces pionniers de 1939. Ils nous permettent de garder la mémoire et le souvenir des précurseurs qui ont contribué à développer les sports de montagne dans le Haut Atlas marocain. Ils permettent de contredire les falsificateurs de l'histoire qui attribuent à Casablanca la construction de ce refuge. Nous invitons les lecteurs à compléter ces souvenirs dans les commentaires.