MANGIN@MARRAKECH

10 décembre 2017

MARIUS DORÉE, UN AGENT TRÈS SPÉCIAL, À MARRAKECH

Bonjour les amis Marrakchis, beaucoup d'entre vous ont souhaité s'inscrire pour notre "ESCAPADE à MARRAKECH MAI 2018". J'attends désormais les inscriptions "officielles". Si vous souhaitez y participer, merci de me le confirmer pour que je puisse vous communiquer la documentation complète de ce séjour (Hôtel-Dates-Tarifs-Excursions etc..). Envoyez moi uniquement votre adresse Mail à mon adresse Mail : georges.stachewsky@orange.fr ou bien téléphonez moi au 06 74 60 80 07 

A bientôt. Je compte sur vous !  Jojo de Marrakech

Marius-Dorée-décoration-20

UNE RUE DE LA MÉDINA DE MARRAKECH S'APPELAIT MARIUS DORÉE, depuis un changement de nom vers la fin des années 50, il s'agit de la rue SIDI MIMOUN. On sait que Sidi Mimoun était un prince dont les grands jardins ont permis de construire La Mamounia et l'hôpital Mauchamp devenu Ibn Zohr.
Mais qui était Marius DORÉE?
Marie-Josèphe, sa petite nièce qui nous fait l'amitié de partager avec nous sa photographie plonge dans ses souvenirs d'enfance pour nous en parler: "De Marius, je ne sais que quelques bribes. Il est né à Romans sur Isère (Drôme), dans la même ville que ma grande tante Alexandrine BLAIN qu'il épousera plus tard. Très jeune il fut qualifié de "tête brûlée" par son père qui, pour le canaliser, l'envoya en Algérie, où il put commencer à se familiariser avec la langue et la culture arabes. Son expérience de l'Algérie a développé son sens de la communication et des affaires et particulièrement l'observation des coutumes locales"
Marius s'habillait souvent à la manière des marocains, même dans les rencontres entre européens. Si bien que ses amis marrakchis le surnommaient affectueusement Sidi el Beidi (Monsieur le doré).
Il est né le 1er avril 1879 à Romans sur Isère dans la Drome. Son arrivée en Algérie est de 1903, mais nous ignorons la date de sa première découverte du Maroc. Nous ne savons pas non plus où il a suivi sa formation d'ingénieur, ni à quelle époque il a intégré l'Union des Mines Marocaines pour laquelle il affectait de prospecter. Nous le rencontrons pour la première fois dans la littérature à 50km de Taroudant en 1911.  
La célèbre voyageuse Reynolde Ladreit de Lacharrière raconte sa rencontre avec lui. 

Marius-Dorée-ElHadj-Reynolde-1911 Nous avons même une photographie de cette rencontre, non loin de Taroudant, prise par Jacques LADREIT. Dans l'ordre, assis le Caïd El HADJ, Marius DORÉE qui est blessé suite à un accident; debouts Mme de LACHARRIÈRE et un moghazni. La photo est du 25 avril 1911, Marius Dorée a 32 ans.

Son activité est moins de chercher des ressources minières, dans la perspective d'exploiter d'hypothétiques filons, mais beaucoup plus de faire aimer la France par les marocains, tout en sapant l'influence des délégués allemands soutenus par le groupe industriel Mannesmann. Il fait du renseignement, il a une formation militaire en même temps de cavalier et d'artilleur. Il faut savoir que le Protectorat ne sera négocié avec le Sultan Moulay al Hafid qu'un an plus tard à Fès. Marius est en fait envoyé par le Ministère des affaires étrangères français et non par l'Armée française. C'est un agent très spécial en mission qui dépend du Vice-Consul de France à Marrakech.

Jacques LADREIT dans son rapport parle de lui: "Depuis le début de 1911, un agent français, de l'Union des mines marocaines avait réussi à s'installer chez le caïd Haïda Oumeiz des Ouled-Berrhil à 50 km environ à l'est de Taroudant." Marius s'emploie à s'attacher la sympathie des habitants du pays par ses iniitiatives dans le but de les gagner à la cause Française; par exemple il fait venir des vaccins pour protéger les marocains de maladies contagieuses. Les cadeaux des Allemands aux caïds du Sous sont différents: montres, réveil-matin, carpettes,... ainsi qu'une carte réservée aux "Amis des Allemands", sorte de titre de recommandation auprès d'autres Allemands dans d'autres villes du Maroc. La présence de Marius chez le caïd HAÏDA OUMEIZ allait procurer à M. et Mme de LACHARRIÈRE la surprise d'un accueil magnifique par le caïd: "DORÉE occupait le repos forcé auquel le contraignait un accident, dont les suites eussent pu être plus graves.(...) Parlant arabe, habile à mille petits travaux, habitué depuis longtemps à fréquenter les indigènes musulmans, à vivre de leur vie, de caractère gai, il a conquis l'amitié du caïd El HADJ OUAMAN et des principaux personnages de la région. On ne saurait trop louer et encourager de semblables initiatives qui seront pendant longtemps encore les seuls moyens d'action sur les populations de ces régions. Nous avons eu chez les Ouled-Berrhil un exemple de ce particularisme dans la question que le caïd El HADJ posait à M. DORÉE dès l'annonce de notre arrivée.

- Les Français qui vont venir, lui dit-il sont-ils tes amis ? Si oui, je les traiterai comme toi-même; sinon dis-le moi, ils recevront ici l'hospitalité pendant une seule nuit et demain ils repartiront.

Inutile de dire que M. DORÉE assura que nous étions ses amis, bien qu'il ne nous connût pas le moins du monde, mais nous étions Français et cellà suffisait. Les bonnes intentions marquées pour la France par les gens des Ouled-Berrhil avaient été prouvées par un autre fait que nous conta M. DORÉE. Il venait d'arriver à la casbah, blessé, et y était à peine installé, qu'il apprit la présence  de trois prospecteurs allemands. Ceux-ci vinrent le voir et lui donnèrent d'excellents conseils dont le meilleur était... de s'en retourner au plus vite à Marrakech. Mais cette sollicitude marquait leur désir d'être seuls pour pouvoir "travailler" plus aisément le caïd El HADJ  et son père. Le pacha HAÏDA qui assistait à cet entretien ne fut pas dupe de cette amabilité feinte et à brûle pourpoint demanda aux Allemands dont l'arrivée avait été inopinée :

- Saviez-vous que mon ami le Français allait venir ?  et par manière d'avertissement:

- Gare à qui touchera un cheveu de la tête de mon ami, c'est moi qui l'ai appelé et tous ceux qui tenteraient de le molester encourraient ma vengeance."  Il tenait a bien marquer que c'était lui qui avait provoqué le voyage de M. DORÉE (en allant voir lui-même le vice-consul de France à Marrakech, M. MAIGRET installé depuis seulement sept mois). Il demandait, en effet, depuis longtemps la venue des Français, mais des raisons d'ordre divers avaient jusque là empêché de notre part, la réalisation de ce désir."

Le couple de LACHARRIÈRE va être escorté jusqu'à Taroudant, dont le Pacha SI MOHAMMED EL KABBA, mis en place par le Sultan MOULAY EL HAFID était proche des Allemands. Mais la protection du caïd El HADJ était inviolable.

Laboureur-Soussi-Taroudant-1911

Pendant la visite à Taroudant, le couple eut la  possibilité de voir combien les Allemands s'étaient imposés dans cette ville avec leurs méthodes. Labourage sous les remparts de Taroudant, Photo J.Ladreit 1911.

Le Pacha de Taroudant leur montra les installations germaniques que Jacques LADREIT nous décrit:

"Le KABBA nous mena dans un magnifique jardin planté d’oliviers, de citronniers, d’orangers chargés de fruits et au milieu duquel s’élevait un très joli pavillon. Sans cesse, il nous répétait: - Ce jardin, je l’ai donné aux Allemands. Ils ont habité dix mois dans le pavillon; ici était la cuisine des Allemands. 
Tu vois par terre ces papiers, ils enveloppaient des bouteilles de Champagne. Ici, les Allemands faisaient de la photographie. Là, ils travaillaient pour les mines. 
En effet la terre était parsemée de scories et dans un coin s’élevait un tas d’échantillons minéralogiques qui paraissaient provenir de gisements de cuivre."
Visiblement la France avait du retard sur les Allemands, mais les méthodes d'approche étaient différentes: Les Allemands arrivaient avec des cadeaux et des douros mais parlaient mal ou rarement l'arabe. Ils étaient obligés de se faire accompagner d'interprètes juifs (Ismaïl YEDDADIN était l'interprête des Mannesmann). Face à eux, un seul homme dans la région Marius DORÉE, parlant parfaitement l'Arabe, attentif aux besoins des habitants et répondant à leurs demandes de soins et de vaccins.
Marie-Josèphe nous rapporte que son grand oncle Marius avait rencontré le frère Charles de FOUCAULT en Algérie et avait été impressionné par son exemple. Il savait qu'un homme seul, cherchant la compagnie confiante des marocains avait plus de chance de consolider leur amitié. Comme les marocains, il racontait souvent des histoires chères aux berbères avec des renards, des hérissons, des serpents, des lions,..  Dans ce domaine ils possèdent un immense répertoire. Marius qui ne voulait pas demeurer en reste se souvint alors des fables de Lafontaine qu'il avait apprises dans sa Drôme natale et les partageait à son tour avec ses nouveaux amis. 
De même quand il partait en mission auprès des villages berbères de l'Atlas, il avait remarqué que cette connivence par les histoires faisait tomber beaucoup plus rapidement la méfiance de ses interlocuteurs. Pourtant il a reconnu avoir eu très peur la fois où il fut fait prisonnier dans un douar où il n'y avait que des femmes...
Il arrivait aussi, nous rapporte Marie-Josèphe, que son grand oncle allait à Taroudant incognito: "Marius transformé en vieux mendiant  s'étant accroupi plusieurs jours près de la demeure des Allemands, avait observé qu'à un moment il n'y avait plus personne à l'intérieur, et s'est emparé de leur drapeau et de documents importants"
Marius DORÉE faisait partie du petit groupe des français venus d'Algérie et parlant l'arabe pour entourrer le Vice-Consul MAIGRET à Marrakech depuis septembre 1910. Dans ce groupe il y avait le Médecin-Major GUICHARD, les officiers qui servaient d'instructeurs en artillerie pour les troupes chérifiennes du Sultan, le commandant JACQUET, le capitaine LANDAIS (qui, un an avant les troupes du Colonel Mangin avait prévu les plans du Guéliz et de son camp militaire), il y avait aussi le lieutenant HARING, commandant le Tabor, le lieutenant Kouadi,.. Le maréchal des Logis FIORI vint plus tard avec le Cdt Verlet Hanus.
Ce groupe fut aux premières loges quand El HIBA et ses hommes bleus remontèrent par Tiznit et Taroudant pour occuper Marrakech en juillet 1912. Marius fut caché et protégé par ses amis berbères et renseignait ses chefs sur les mouvements de l'ennemi du Sultan Alaouite, tant dans leur montée vers Marrakech qu'ensuite  en septembre leur fuite vers Taroudant et Tiznit.
Marius DORÉE va rester dans le région de Taroudant pour convaincre les tribus dissidentes de se rallier au Sultan Alaouite et d'abandonner leur soutien à EL HIBA. La littérature nous a donné un deuxième témoignage sur lui par un récit du Docteur Paul CHATINIÈRES, écrit en juillet 1914. 
"Au printemps 1913, les trois harkas commandées par El Hadj Thami, pacha de Marrakech, le caïd des Rehamna et le caïd El Goundafi, convergèrent vers le Sous, amenant une batterie de 75 Schneider, 
Après quelques combats El HIBBA fut contraint de fuir une deuxième fois et de se réfugier plus au sud dans les montagnes de l’Anti-Atlas. Taroudant tomba entre les mains des troupes du Maghzen; Un vieux caïd du Sous, très influent et très énergique, le vieux caïd HEIDA OU MOUIS qui avait coopéré à la prise de Taroudant  fut nommé pacha de cette ville. (…)
Doté par le Protectorat des fonds et de l’armement nécessaire à l’entretien d’une petite armée, HEIDA OU MOUIS avait rallié une à une les tribus du Sous restées fidèles à El HIBBA.
Un européen M. DORÉE, représentant à Taroudant, le protectorat français, avait pu, grâce à son tact et à sa grande connaissance des gens du Sous, prendre de l’ascendant sur l’esprit du Pacha et diriger prudemment et habilement cette campagne d’occupation.
Sa tache lui avait été facilitée par sa sympathie et, la confiance qu’il avait obtenues des populations du Sous.
Notre mission médicale partit escortée de douze cavaliers Maghzen.(…)
Le pacha HEIDA OU MOUIS s’honore d’être arabe et il tient de cette origine, la fougue, l’esprit d’aventure, les goûts nomades et l’allure hautaine du grand seigneur, mais par sa mère il a hérité du sang chleuh, du bon sens et de la souplesse de la race. Dès que le pacha eut mis pied à terre aussitôt entouré par les caïds du Sous présents, il s’avança majestueux et superbe vers le colonel de Lamothe auquel il débita de banales formules de politesse et je fus surpris de lire dans sa raideur un peu distante, de méfiance ou de la timidité. 
Il n’avait eu avec le colonel que des relations épistolaires et s’il avait la belle allure du guerrier, il lui manquait l’aplomb du diplomate.
On lui savait gré de s’être conformé strictement aux recommandations de fermeté à l’égard des ennemis du Maghzen et de modération à l’égard de ses propres administrés.
Le fougueux pacha avait accepté docilement les conseils de M. DORÉE, notre représentant à Taroudant. Le colonel l’assura de sa propre satisfaction et de celle du Général LYAUTEY, pour la loyauté et l’énergie manifestées et de leur admiration pour sa belle attitude, son mépris du danger, son ardeur infatigable dans les combats continuels où il s’était brillaient distingué.  - À ces mots un large sourire détendit la physionomie du pacha jusqu’alors impassible. 
Les Aït Semmeg, brigands audacieux et redoutés, tenaient sous leur coupe le col du Tizi n’Test, détroussant les caravanes qui avaient refusé de payer les droits de passage. M. Dorée qui s’était joint à notre groupe reconnut parmi nos hôtes deux chefs de bande réputés: « Te rappelles-tu lui dit l’un d’eux, nous t’avons obligé à faire demi-tour l’an dernier après avoir pillé tes bagages? Nous avons été généreux puisque nous avons épargné ta vie. Aujourd’hui, nous te recevons et tu es notre ami. Mais sois plus prudent à l’avenir si tu tiens à ta tête. «  Il souriait en rappelant cet exploit et faisait le geste de couper le cou."
Marius DORÉE avait su s'entendre avec le vieux caïd HEIDA OU MOUIS et préparer sa rencontre avec le colonel de LAMOTHE. Mais ce résultat avait été obtenu non sans risques pour sa propre vie.
La reconnaissance de la France allait se porter sur Marius au début de 1914. C'est du Ministère des Affaires Étrangères et à titre civil qu'il reçut sa médaille de Chevalier de la Légion d'Honneur. Sa distinction paraissait le 17 janvier 1914 au Journal Officiel: DORÉE (Marius, Eugène), ingénieur civil à Taroudant (Maroc); 10 ans de service en Algérie et au Maroc. Services exceptionnels: actes de courage au cours de la campagne contre El HIBA.
Par la suite, avec la mobilisation générale, Marius sera engagé dans l'armée et notamment dans un régiment de Spahis sénégalais. Compte tenu de ses états de service il sera mobilisé comme sous-lieutenant. À partir de 1915 il rejoindra les Mehallas de l'armée chérifienne, notamment pour former des artilleurs marocains à l'utilisation des canons de montagne et de campagne. Puis il commandera une unité de combat quand avec ses artilleurs marocains il participa à la réduction des forces dissidentes opposées au Sultan du Maroc. 
La reconnaissance de la France est parue au Journal Officiel du 6 novembre 1918. Il est admis au traitement de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur qui lui a été conférée en 1913 à partir du 16 septembre 1918.(cinq ans après !)
M. DORÉE (Marius - Eugène), sous lieutenant de cavalerie territorial à titre temporaire, détaché au Service des Renseignements du Maroc, Chevalier de la Légion d'Honneur au titre civil par décret du 10 janvier 1914; a pris part à tous les combats livrés par les Mehallas chérifiennes depuis 1915 et a formé et commandé l'artillerie de ces forces supplétives. Le 13 avril 1918, a porté ses canons à moins de 500 mètres de l'ennemi et, par son tir précis, a permis aux partisans d'enlever une position. Le 2 aout 1918, une de ses pièces ayant été mise hors d'usage, alors que l'ennemi très mordant s'avançait rapidement, a par son ascendant, maintenu le calme parmi ses servants et continué le tir avec la seule pièce qui lui restait.
Après ces faits d'armes il revint dans sa Drôme natale et y contracta mariage avec Alexandrine BLAIN le 23 aout 1919
Mais ces preuves d'héroïsme de Marius ne furent pas les dernieres. Deux ans plus tard le Journal Officiel annonçait une promotion  supplémentaire. Par décret en date du 27 octobre 1920, rendu sur la proposition du Ministre de la guerre, le sous-lieutenant de réserve M. DORÉE Marius-Eugène, sous-lieutenant des spahis sénégalais, est nommé au grade de Lieutenant pour prendre rang à dater du 7 novembre 1918.
Marius habitait avec sa femme Alexandrine en Médina de Marrakech derb du Serpent, quartier de Bab Doukkala, dans une sorte de Palais et son attachement à la Ville Rouge fut confirmé par l'institution militaire qui l'affecta au Régiment de Spahis marrakchi.
Le Journal Officiel du 1er mai 1921 le confirma: M. DORÉE Marius-Eugène, lieutenant de l'escadron de Spahis sénégalais du Maroc, est affecté au 22e Régiment de Spahis.
Cependant les activités d'agent spécial ou d"agent politique" se poursuivaient et Alexandrine se souvenait des va et viens d'hommes venant à brides abattues avec des visages plus ou moins patibulaires, pour apporter des courriers à Marius....Ses histoires impressionaient beaucoup la jeune Marie-Josèphe qui n'avait pas dix ans!
MÉRITE MILITAIRE: Sur la tombe de Marius Dorée, il est indiqué : Officier de la Légion d'Honneur,...et ensuite il ne peut s'agir que du Mérite Militaire Chérifien, car cet ordre n'existait pas en France à cette époque. Il aurait fallu attendre 1956 pour que cela soit possible. Le Mérite Militaire Chérifien est attribué à ceux qui ont déployé une action militaire significative pour le Makhzen. Or le 2 aout 1918, à Tissa, 8km au sud d'Azilal, les harkas makhzen se heurtent aux dissidents des Aït M'hammed. Marius Dorée et ses artilleurs marocains combattaient avec la harka Makhzen.
Les activités économiques de Marius Dorée à Marrakech
Le catholique Marius DORÉE va s'allier au protestant Paul CHAVANNE arrivé comme lui à Marrakech plusieurs mois avant les troupes du colonel MANGIN. Ils vont monter plusieurs activités économiques ensemble pour contribuer au développement de Marrakech et sa région et surtout aux échanges entre les produits de France et ceux du Sud du Maroc, en trouvant des débouchés aux activités agricoles et artisanales des marocains. Frédéric, le petit fils de Paul Chavanne partage avec nous une photo de grande valeur prise lors d'une des premières foires de Marrakech, probablement en 1921 ou 1922.

Foire-de-Marrakech-1921 Au centre de la photo Marius DORÉE en tenue marocaine blanche, à côté de Paul CHAVANNE habillé à l'européenne. 

Ils sont parmi les premiers à dresser un stand à la Foire de Marrakech.
L'annuaire de la ville de 1928 paru dans la Revue ATLAS énumère leurs entreprises montées en commun:
Fabricants de barres de glace, Agriculteurs, Agents d'assurance, Négociants de Carreaux, Carrelages, Ciments; Vendeurs d'huiles et graisses insdustrielles (Motricine);   Import-Export, Matériaux de construction, Mandataires, Agents des boissons La Cigogne (bieres).
Paul CHABANNE est par ailleurs associé à RIPOLL pour une scierie et une minoterie.
Paul CHAVANNE fait partie de la commission municipale tripartite de Marrakech, une sorte de conseil municipal où siégeaient six marocains musulmans, deux marocains israélites et six européens. 
Marius DORÉE préfère de son côté s'engager dans le Syndicat d'Initiative et le Tourisme marrakchis. Il en devient le président en juillet 1923 en prenant la succession de Monsieur Félix ARIN, avocat.
En 1926 l'Assemblée générale des Syndicats d'Initiatives des villes du Maroc présidée par M. de MAZIÈRES eut lieu à Tanger, et en 1927 à Marrakech. L'assemblée générale de décembre 1929 a lieu à Fès dans la Salle des Fêtes du Grand Hôtel. Marius DORÉE, Président du Syndicat d'Initiative représente Marrakech accompagné de MM LAMBERT et PITOIS.
Nous avons un article, de novembre 1928 dans la revue "La Terre Marocaine" signé par Marius Dorée. Il y  plaide la cause touristique de Marrakech et notamment la mise en place d'équipements nécessaires à la transformation de la vieille capitale en Cité d'Hivernage.  Nous le reproduisons ici intégralement:

La_Terre_marocaine_Marius-Dorée-ESSI-nov-page1-1928

La réputation de Marrakech est d'ores et déjà, dûment établie avec sa palmeraie, son Atlas et surtout son climat idéal pendant la "saison"; une brillante pléiade d'artistes notoires, d'écrivains, de poètes, de peintres, charmés par la capitale du Sud et toute sa région ont fait connaître dans le monde entier le merveilleux centre touristique et d'hivernage qu'est la capitale du Sud marocain..
En 1925, nous rêvions de tout ce qu'on pourrait encore faire pour y attirer d'année en année un nombre plus grand de visiteurs, par un équipement plus complet du pays. Nous construisions des refuges en montagne y faisions tracer de bons chemins muletiers.
Un grand réseau de routes touristiques carrossables a été créé. Comme celles de Marrakech à Demnat, Marrakech à Télouet et plus loin au Ouarzazate, Marrakech à Taroudant par El Goundafa. Pour compléter encore ce réseau, l'autorité songe sérieusement à une nouvelle route Telouet-Ouarzazate à Taroudant, Kasbah-Goundafa à Marrakech,  ou encore Marrakech- Kasbah Télouet - Ouarzazate- Taroudant - Agadir - Mogador avec retour sur Marrakech ou sur Casablanca par Safi et Mazagan.
À Marrakech même par de bones pistes carrossables et signalisées les circuits A et B parcourent les beaux sites de la palmeraie aux centaines de milliers de palmiers, et aux ruissraux limpides. Celles de l'Aguedal (le grand jardin impérial) ont été réparées et permettent des promenades charmantes. Il en est de même pour le Parc de la Ménara, le Tour des remparts, etc.. etc...  

La_Terre_marocaine-Cirque-d-Arround-Dorée Pour illustrer son article, Marius Dorée choisit une photo de Marrakech vue du Djebel Guéliz  avec l'Atlas à l'horizon. Deux photos de Kasbah de l'Atlas et le cirque d'Arround étape des alpinistes et des skieurs vers les sommets.

De nombreux courts de tennis ont été créés au terrain des sports du Djenan el Hartsi et à l'Hôtel Mamounia. Grâce à Son Excellence le Pacha un golf de neuf trous fonctionne et va être complété à 18 trous.

Les nombreux monuments, les Souks, tous les sites artistiques et pittoresques de la Médina, sont jalousement conservés dans leur caractère par la Municipalité et le Service des Beaux Arts.

L'aménagement, en montagne, de tout un district de sports d'hiver est à l'étude, les voies d'accès sont déjà en voie de réalisation, il sera facile de passer à l'exécution le jour où des sociétés importantes s'occuperont sérieusement de la mise en valeur de Marrakech pour le grand tourisme d'hivernage.

Une première société vient de se former qui a acheté de nombreux jardins parfaitement situés, pour y créer parait-il, des grands hôtels, des villas, mais nous ne croyons pas que Marrakech puisse prendre la place qu'elle doit occuper parmi les grandes stations mondiales d'hivernage avant que d'avoir sa Compagnie fermière du Casino et des Jeux, organisme dont la constitution nous a été formellement promise par M. le résident général au Conseil Supérieur du Tourisme tenu à Rabat le 14 novembre 1927.

En effet que va-t-il se produire: Ou bien ainsi que nous le demandons, la concession sera donnée à une société à qui l'on pourra imposer certaines restrictions, par exemple l'interdiction de jeux aux habitants du Maroc, et d'autre part le payement de redevances pour permettre à la municipalité de faire dans ce quartier de luxe les grands travaux d'édilité indispensables sans avoir à en supporter les charges par les marrakchis, ou bien, tôt ou tard, une société X... installera à Marrakech un grand "Cercle privé" où les restrictions seront impossibles à surveiller et qui ne consentira à payer que des redevances nulles ou à peu près, obligeant la Municipalité à prendre sur son budget, c'est à dire dans les poches des contribuables Marrakchis, les frais énormes d'édilité que nécessitera l'équipement de la Cité d'Hivernage et de plaisance.
Le seul moyen de lancer vite et sûrement Marrakech comme station mondiale, c'est la concession des jeux et Casino à une Compagnie fermière; c'est d'ailleurs ce qu'a sûrement compris le Gouvernement du Protectorat. Le cahier des charges est prêt, les emplacements qui doivent être cédés sont déterminés depuis longtemps; les compétiteurs sont nombreux, à ce que nous croyons savoir.
Pourquoi donc différer plus longtemps du moment que nous sommes tous d'accord sur le principe et qu'il est évident que la mise à éxécution de tous ces projets ne saurait être retardée sans nuire aux intérêts vitaux non seulement de Marrakech, mais du Maroc tout entier.          M. DORÉE, Président du Syndicat d'Initiative de Marrakech. 
Dans le nombre important d'entreprises que Marius DORÉE a lancé, l'agriculture prend une place plus tardive, mais non négligeable. Certes il s'employait par l'import-export à distribuer l'artisanat marocain et ses produits agricoles vers de nouveaux marchés, mais il voulait aussi participer à la rationalisation de l'agriculture et notamment de l'arboriculture orientée vers la production des agrumes et des abricots. Cette activité va être reconnue et Marius DORÉE reçut le Mérite Agricole avec rang d'Officier par décret du 4 février 1930. C'est probablement à Tabouhanit à 20km du centre de Marrakech qu'il avait son exploitation modèle.
 
En octobre 1930, il participe à l'accueil du Président de la République Paul DOUMERGUE à Marrakech 

Doumergue-octobre-Stinia-glaoui-tchikat-1930 Pendant la visite au Palais de la Stinia,  les Tchikates, dansent, chantent et sont l'objet de la curiosité des invités.(Photo Flandrin)

Le Touring Club de France remet des distinctions à certains membres de ses associations locales lors de cette année 1930 et notamment: Une plaquette de bronze honore Marius Dorée, Président de l'E.S.S.I. de Marrakech, militant du Tourisme, membre très actif de l'Association.

Le 31 janvier 1931 la presse publie un nouveau promu Officier de la Légion d'Honneur. Cette fois Marius DORÉE est qualifié d "Industriel à Marrakech"
Marius est très actif pour sa ville et son développement; en mars 1931 il est l'un des deux présidents fondateurs de l'AÉROCLUB DE MARRAKECH tout en gardant la présidence du Syndicat d'Initiative et du Tourisme de Marrakech. Il restera longtemps membre du Conseil d'Administration, mettant à coeur de promouvoir des baptêmes de l'air et d'équiper l'aéroclub de nouveaux avions tant pour l'école de pilotage que pour les liaisons privées avec d'autres sites du Maroc.
Chef d'entreprises commerciales et de services avec Paul CHAVANNE, il devient aussi l'un des industriels de Marrakech. Ils avaient créé une Briqueterie moderne dès 1920. Ils abandonnaient l'ancienne méthode de confection des briques marocaines en torchis par remplissage de caissons, tous pareils et mis à sécher sur le sol; ce qui prenait beaucoup de temps de séchage et de surface. Il avait conçu pour remplacer cette ancienne méthode une chaîne de fabrication avec bande transbordeuse: l'argile affinée était malaxée dans des cuves, puis sortait en un long boudin qui ensuite était régulièrement coupé en blocs maléables mais rigoureusement égaux. Puis chaque bloc passait dans une presse qui donnait la forme à la brique. En bout de chaine elles étaient gerbées et enfournées pour être cuites à haute température.
En 1933, Marius DORÉE entre à son tour à la commission municipale de Marrakech, alors que Paul CHAVANNE s'en retire pour consacrer plus de temps à leurs entreprises. 
Marius se retirera aussi de cette commission et n'en fera plus partie en 1935.
Marius DORÉE songeant à sa succession avait pensé à son neveu Louis-Edouard BLAIN pour diriger la Briqueterie , il pouvait avoir 23 ans à l'époque, mais ce projet n'a pas abouti car son beau-frère avait d'autres projets pour son fils. 
La famille s'inquiétait aussi du danger auquel Marius s'exposait et qui pouvait retomber sur ses proches. Le père de Marie-Josèphe disait que "Marius avait bien souvent risqué sa vie, notamment en gare de Bordeaux..avec son beau-frère (Louis-François mon grand-père). Quelqu'un l'a poussé sous le train arrivant en gare. C'était d'après lui un agent anglais. Marius disait que le colonel Lawrence (d'Arabie) n'était pas un personnage aussi intéressant que la légende en a fait.." 
Marius DORÉE participe à la création du Comité du Maroc-Niger en mai 1934. Ce comité a l'ambition de développer la réalisation de la liaison transmauritanienne de Casablanca à Tombouctou, dont l'idée vient de germer dans certains esprits à la suite de la pacification du Sud. Mais au sein du comité ils n'étaient pas d'accord sur le même itinéraire. C'était déjà l'idée du Paris-Dakar.
Marius accueillait parfois en France ses amis marocains et leur faisait découvrir les cascades du Haut Dauphiné, celles que l'on peut voir aux Fréaux avant le bourg de La Grave, en montant vers le col du Lautaret. " Ils étaient très impréssionnés par ce flot inépuisable, et semblaient attendre que la séguia soit fermée et l'eau canalisée pour l'irrigation. Cette profusion d'eau était la seule chose qui les impressionnait dans notre pays."
L'immense activité de Marius DORÉE prit une dimension supplémentaire et comme une consécration de ses ambitions de toujours, quand il devint CONSEILLER POUR LE COMMERCE EXTÉRIEUR. une fonction qui était dévolue pour cinq ans et qu'il obtint en avril 1935.   

caveau-Blain-Marius-Dorée

Marius et Alexandrine DORÉE n'eurent pas d'enfant. Marius est décédé à Marrakech sa ville le 2 décembre 1943, après le débarquement des Américains sur les côtes marocaines et algériennes de novembre 1942 qui laissaient présager la reconquète de l'Italie et de la France sur l'ennemi Nazi enfanté par l'Allemagne. Le 2 décembre 1943, les spahis de Marrakech débarquaient en Corse. Sa tombe se trouve au cimetière européen de Marrakech. Nous faisons appel à nos lecteurs pour en envoyer une photographie à ajouter à cette page. Ci-dessus la plaque de la tombe d'Alexandrine à Romans.
Cependant Alexandrine est restée à Marrakech, lors de l'Indépendance elle habitait au Guéliz, Villa La Roseraie, rue Georges Orthlieb tout près du Marché central. La rue s'appelle aujourd'hui rue Tarik Ibn Ziad. Les plus âgés d'entre nous se souviennent peut être de cette dame qui avait 75 ans en 1956.
Alexandrine est décédée à Romans sur Isère le 7 septembre 1959.
Sa petite nièce Marie-Josèphe ajoute pour conclure ses souvenirs: " ma vision de la liberté me porte à condamner tous types "d'occupation". Je n'ai aucune nostalgie pour l'époque de la colonisation; mais je reste passionnée d'histoire et surtout de ceux qui étoffent la grande Histoire: les témoins anonymes ou presque... "
Les marrakchis d'aujourd'hui ne savent pas tout ce qu'ils doivent à ces courageux pionniers. Peutêtre que sans eux le Maroc aurait été sous tutelle Allemande; peutêtre que le Maroc aurait été séparé en deux , le Nord au souverain Alaouite, le Sud à El Hiba; peutêtre Marrakech ne serait pas devenue une capitale mondiale du tourisme et n'aurait pas connu la prospérité dont la Ville rouge a bénéficié. Peutêtre !
Les marrakchis se souviendront des pionniers qui ont pris de grands risques ! Ne les oublions pas.
Michel de Mondenard, décembre 2017.
Bibliographie: Jacques Ladreit de Lacharrière, Rapport au Comité du Maroc "Dans le Sud et l'Ouest du maroc" pages 29 à 46 in L'Afrique frrançaise Ed janvier 1912
Reynolde Ladreit de Lacharrière Le long des pistes Moghrebines. Ed Larose 1913 - Ed Hachette, réimpression edition de 1913. Bnf
Paul Chatinières - Dans le Grand Atlas marocain - Extraits du carnet de route d'un médecin d'assistance médicale - Paris-Plon 1919-
Revues: L'Afrique du nord illustrée, La terre marocaine, L'Atlas Ed Jean du Pac,1928.
Recit du Cdt Verlet-Hanus: http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2012/08/01/24728986.html


30 novembre 2017

FILMS DE MAURICE CALAS SUR MARRAKECH EN 54-55, HENRY DUCOU ET CHERCHEURS DE "PERDUS DE VUE"

DES OBJETS, DES FILMS ET DES NOMS RÉVEILLENT NOS MÉMOIRES DE MARRAKCHIS

Plusieurs d'entre nous voudraient bien retrouver la trace d'amis ou de parents que les circonstances politiques, économiques ou autres ont séparé. Parmi les lecteurs du blog, certains peuvent savoir comment avoir des nouvelles, ou avoir connaissance de ce qu'ils sont devenus et même parfois comment les joindre.  

Souvent l'oubli s'est installé dans nos mémoires et il suffit qu'apparaisse un objet pour qu'elles se réveillent. Les récits de souvenirs des uns stimulent aussi les souvenirs des autres.

Dans les commentaires chacun pourra écrire les noms des personnes recherchées, d'autres pourront écrire comment les retrouver. Certains auront des souvenirs à raconter à propos d'objets retrouvés.

UNE CARTE PUBLICITAIRE : À 60 km de Marrakech, dans une vallée du Haut-Atlas en pays berbère: "Au Sanglier qui fume". Le style de cette carte trahit les années 50.

ouirgane-sanglier-qui-fume

Qui nous rapportera des récits de souvenirs de ce lieu paradisiaque ?

Le sanglier fume-t-il encore ?

ELIZABETH, MICHEL ET MICHELLE DEMANDENT DE L'AIDE DANS LEURS RECHERCHES

ELIZABETH RECHERCHE la famille de Denis MATHIEU, né et décédé à Paris (1944 - 2011) mais qui habitait en 2011 Marrakech (56, rue Ennaim Assif D). Il s’était (re)marié à Marrakech avec Denise Jeanine BASSY au début des années 2000. Il avait créé un site internet de tourisme (Love Morocco) dans les années 1990 (établi auparavant, semble-t-il, à Megève, dans le tourisme). Son père était d’origine belge, sa mère, parisienne. Sur le blog Mangin@Marrakech certains des lycéens et écoliers portaient le nom de MATHIEU (cf Lycée Victor Hugo, mars 2015), Serait-ce la même famille ?
"Il s’agit d’une recherche familiale « désespérée » qui permettrait sans doute de retrouver la piste perdue (à Paris, en 1901) d’une tante de mon grand-père paternel disparue totalement de la mémoire familiale. D’avance, un très, très grand merci pour l’attention que vous porterez à ce message."  Elisabeth 

MICHEL DARRIET aimerait avoir des nouvelles de sa classe quand il était en 4éme en 1953-54 au Lycée Mangin et notamment de Marguerite MAGENTIE, Fatima TABET, Georgette TROUPOSKIADES et André JOUDOUX. Michel aimerait aussi reprendre contact avec Michèle GÉANT qui était aussi dans sa classe en 6ème. (voir la photo de 4e)

MICHÈLE DARMON dont les parents Gilbert et Louise DARMON ont travaillé au Lycée Mangin (vers 1947 - 1950) aimerait entrer en contact avec des personnes qui auraient connu ses parents. Elle se souvient de certains noms de leurs amis: Odette POUPELOT devenue CAMBUS, Geneviève MAÉ (ou MAHÉ), Solange PENNETIER

Pour les aider dans leurs recherches vous pouvez leur écrire un commentaire public en bas de page ou un message privé par le lien "contactez l'auteur" en haut à gauche sous la photo du bassin de la Ménara.

UNE PHOTO POUR L'AÉROCLUB DE MARRAKECH: l'AVIONNETTE DE MIGNET

Les_Ailes_Sontag-maisonnave Photo parue dans "Les Ailes, 1932" à rapprocher du "Pou du Ciel" d'Henry DUCOU fabriqué à Tanger, lequel avait précisément consulté le Commandant Alexandre SONTAG pour la fabrication et le polissage de la future hélice de son "Pou du ciel".  Voir le récit de l'histoire extraordinaire d'Henri DUCOU en cliquant "ICI"

À Marrakech, le Dr SONTAG, médecin chef de l'hôpital Maisonnave a conçu et réalisé un petit avion qui, construit "trop lourd" n'en pas moins effectué plusieurs vols. 

Le médecin Commandant SONTAG  est allé chercher l'aide du jeune et ardent pilote GUIOCHET pour l'aider dans son projet. Guiochet, un élève enthousiaste de MIGNET, créateur d'avions à construire par soi-même pilotait àMarrakech. L'appareil qu'ils ont réalisé est un monoplan à ailes trapézoïdales de 9m d'envergure, d'une longueur de 6m, d'une hauteur de 2,5 metres, surface de 13,5m2 et poids à vide de 270 kg. La charge au m2 est de 26kg et la charge au CV est de 14kg. L'aile semi-épaisse (l'épaisseur est de 1/6 de la profondeur) porte un bec de sécurité et des ailerons étroits courants sur presque toute l'envergure. 

Le moteur est un Harley-Davidson, à deux cylindres en V, d'une cylindrée de 1000 cm3, poussé et d'un type spécial pour courses. Acheté 5000 francs et tournant à 4 600/ 4 800 tours il doit faire approximativement 25 CV en supprimant toute cale sous les cylindres. L'hélice est démultipliée dans le rapport 3 à 1, par pignons et chaîne de motocyclette. Elle est relativement grande et à grand pas, diamètre 2,20 m et pas: 1,70m. Le Dr SONTAG a voulu construire solide et il a construit lourd. Il a voulu aussi réaliser un appareil sûr: bec de sécurité, V transversal, flêche, centre de gravité bas, appareil long, grandes gouvernes. L'aile entoilée est monolongeron. Le fuselage comporte des longerons de sapin recouverts de contreplaqué d'Oukoumé; le train d'atterrissage, robuste, utilise des ressorts d'acier; les roues, trapues, viennent d'un vieux Nieuport.

À ses premiers essais, l'avion du Dr Sontag avec un pilote à bord de 80kg à bord a franchement décollé et réalisé à plusieurs reprises des lignes droites à 1,5m du sol. Mieux réglé avec un autre pilote de 60kg il a effectué un vol parfait à 30m du sol de hauteur. Le Dr SONTAG a décidé de l'alléger de 50kg en le modifiant. 

HENRY DUCOU PRATIQUE LE PILOTAGE AUTO SANS VISIBILITÉ DANS LE QUARTIER DE L'HIVERNAGE - MAI 1955 - 

C'était à l'occasion de la kermesse protestante, dans la rue du Temple

Henry-Ducou-aveugle  Avec une cagoule opaque nouée au niveau des épaules Henry DUCOU a pris le volant d'une 2CV. Il a fait le tour du quartier avec plusieurs passagers. 

Henry-Ducou-police La police du Guéliz a trouvé cela insolite et lui a fait signe d'arrêter. Il a obéi.

Henry-Ducou-admirateurs

Le fan club est en admiration. 

Henry-Ducou-Conducteur Le conducteur troquant sa cagoule pour un chapeau.

Henry-Ducou-FFE Qui est la grande dame à gauche et qui reconnait les éclaireuses unionistes?

Maurice-Calas-1954

Ces images sont extraites d'un film de Maurice CALAS (opérateur Raymond Carnuccini) sur la kermesse protestante de Marrakech. Avec ce film se trouvent d'autres films remplis de souvenirs de Marrakech et des Marrakchis des années 1954-55, des sorties à l'Oukaïmeden ainsi  que sur la côte Atlantique. On peut les voir par le  lien : https://vimeo.com/232241819  . Les exploits d'Henry Ducou à la kermesse 1955 commencent à partir de la 14e minute de film.

On trouvera aussi en images Danielle Accart, Suzanne et Maurice Calas, le train partant pour Casa, Daniel Brochon, Christian Leonhardt, Paulette Bourguignon, les Perrenoud, les Aumeunier, les Ducou, les Mautner, les Nussli, les Quarmenil, les Accart, les Calas, les Mondenard, les Delavierre, les Boeuf et bien d'autres

Danielle-Accard-1955 Raymond-Perrenoud-55 

perrenoud-jeune-1955 Adjudant-et-mme-Nussli 

Jean-de-Mondenard-pasteur-1955 Gerard-Quarmenil-Eddy-Nussli-face-55 

Daniel-Brochon-1954 

Solange-et-denise-Mautner-55 Madame Quarmenil-kermesse-55 

 Suzanne-Calas-Huillet Paulette-Bourguignon-Kermesse-54

 Docteur-Aumeunier-1955 Roger-Perrenoud-Kermesse-55

Danielle-Accart-Daniele-Degand-kermesse-1955 

Paulette-Mogador-1954 Sorties au bord de l'Atlantique vers Essaouira

CFM-gare-depart-pour-casa-1954 Beaucoup de souvenirs d'anciens de Marrakech sont associés à ce train des CFM devant ce quai... des tristes départs... et de belles arrivées.

Merci à Maurice Calas pour ses films qu'il partage avec nous. Ils nous permettent de retrouver la mémoire d'une période devenue lointaine et de partager ce que l'oubli n'a pas encore fait disparaître.

Chacun pourra évoquer des souvenirs dans les commentaires afin de conserver les images et les émotions de ces belles années.

 

10 novembre 2017

DAR EL BEIDA, LE PALAIS ROYAL DES SULTANS DU MAROC TRANSFORMÉ EN HÔPITAL MILITAIRE.

L'HÔPITAL MAISONNAVE: DES SOLDATS SOIGNÉS DANS UN PALAIS

POUR CE 11 NOVEMBRE 2017, 99 ANS APRÈS L'ARMISTICE - LA MÉDECINE ET LA CHIRURGIE MILITAIRES DE MARRAKECH À L'HONNEUR.

En mémoire des médecins, chirurgiens, pharmaciens, hygiénistes, officiers d'administration, infirmières et infirmiers européens et marocains qui souvent au risque de leur santé et même de leur vie ont soigné les soldats et les civils, enrayé les épidémies et accompagné les handicapés et les mourants. Honneur à leur travail et à leur dévouement.

LE PALAIS DAR EL BEIDA

Le Palais du Sultan du Maroc à Marrakech avait été délaissé par le Sultan Moulay Abdel Aziz, puis par le Sultan Moulay Hafid au profit des Palais de Rabat et de Fez. L'épisode du prétendant El Hiba venu de Tiznit en été 1912 avec ses hommes bleus à Marrakech pour prendre le pouvoir avait vu la plupart des Palais de Marrakech (à quelques rares exception, comme les palais des Glaouis) occupés et partiellement pillés par les Hibbistes.

Dar Beida- Maisonnave-1912_4 Les bassins de Dar el Beida avaient été laissés sans eau, comme à l'abandon.

Le 6 septembre 1912 la colonne du colonel Charles Mangin s'élance pour arracher 9 prisonniers français retenus par El Hiba dans Marrakech. Le colonel Mangin défait l'armée de Merebbi Rebo à Sidi Bou Othmane, et dépèche la cavalerie commandée par le Commandant Simon sur Marrakech. Dans la nuit El Hiba mesurant la défaite complète de ses troupes s'enfuit vers Taroudant et le Sud. Le Commandant Simon entre dans Marrakech le 7 septembre. Les prisonniers sont libérés saufs. 

Les troupes de Mangin eurent cinq morts et 23 blessés. Le Palais Dar el Beida, abandonné par les Hibbistes fut réquisitionné pour loger les malades et les blessés, qu'on ne pouvait soigner durablement sous tentes. Les officiers sans troupes y logèrent aussi. La distance qui séparait ce Palais de la Médina de Marrakech avait l'avantage d'isoler les malades du coeur de la ville.

Agdal-perspective_o La photo aérienne montre d'abord le palais Dar el Beida entourré de son écrin de verdure, les jardins de l'Aguedal. Plus loin la médina de Marrakech enserrée dans ses remparts. Au loin vers la gauche se devine le Guéliz.

L'hôpital accueillait les blessés mais aussi des malades:  le manque d'eau dans les puits sur le chemin de Marrakech, l'utilisation éventuelle d'eaux souillées firent contracter des maladies épidémiques. Les médecins JULIEN, MAY et QUÉTIN qui accompagnaient la colonne Mangin soignaient toutes sortes de maladies contagieuses. Mais le premier médecin atteint sérieusement à Marrakech fut le jeune médecin-major MAISONNAVE. Il a succombé à une fièvre typhoïde et il est mort le 6 octobre 1912, à l'Hôpital de campagne n°6 (établi dans le Palais Dar el Beida). Il accompagnait le 3e Bataillon de Zouaves.

Le Palais Dar el Beida, situé dans les Jardins de l'Aguedal, fut construit sur l'ordre du Sultan Si Mohamed vers la fin du XVIIIe siècle, puis restauré et embelli vers 1850 par le Sultan Moulay Hassan. Ses successeurs l'avaient occupé et réservé à leurs femmes afin qu'elles puissent se promener tranquilles dans les jardins de l'Aguedal. C'était le palais du harem du Sultan reignant.

MAISONNAVE_AVION-001

  Photo aérienne de Dar el Beida par Flandrin où apparaîssent les différentes cours intérieures et les bassins.

La réquisition du palais par le Colonel Mangin confirmée par le général Lyautey ne portait que sur Dar el Beida, et non sur le pavillon Dar Rédouane, situé à l'écart où les femmes du Sultan Moulay Youssef purent s'installer lors de sa venue triomphale à Marrakech le 13 décembre 1912. Dar el Beida accueillit non seulement l'hôpital militaire, mais aussi les bureaux de l'Intendance, l'Administration, le Trésor, les Postes et la Télégraphie.

MAISONNAVE_ADF-infirmiere-007  Ambulancière reprisant les vêtements d'un tirailleur sénégalais au bord du bassin.

Premières impressions par une infirmière de l'ADF

Mlle FERRAND infirmière-ambulancière arrivée en septembre 1912 a connu les premiers jours d’installation à Marrakech, puis a suivi une colonne à Mechra ben Abbou pendant 4 mois. Revenue à Marrakech avec la colonne, elle voit les changements:
« A Marrakech notre vie eut le même caractère qu’à Mechra mais dans une toute autre installation : nous avions quitté un hôpital très simple de tentes et de baraquements, avec vue du grand bled, et nous arrivions dans un palais (un ancien palais du Sultan), dont l’hôpital occupait la partie réservée au Harem. Nous étions là pour aider les infirmiers à donner des soins, pour les guider, et surtout pour remonter moralement les malades."  

Maisonnave-Dubois-1921-8  Photo Dubois: Un tourne disques 78 tours pour le moral des malades et blessés.

La première messe à Marrakech fut célébrée à l'extérieur devant Dar el Beida par le Père FABRE. 

Maisonnave-Dar Beida-Messe-Maillet-1912-6Photo Maillet, 1912.

Le Père Apollinaire COLOMBIÉ célébra ensuite un dimanche sur deux à Dar el Beida, l'autre dimanche à la chapelle en bois du Guéliz.

Pendant la guerre de 14-18 le Général LYAUTEY fit aménager MAISONNAVE en un hôpital moderne. Tous les équipements y furent  fonctionnellement réalisés en conservant la beauté architecturale et artistique du Palais, ainsi que son cadre de l'Aguedal avec ses plantations et ses bassins d'agrément et d'irrigation, remplis d'eau draînée depuis le Grand Atlas. Les régiments de Marrakech partirent pour combattre en Europe et certains revinrent avec leurs blessures. La compagnie des mobilisés de Marrakech resta au Maroc et combatit à Azilal. 

Maisonnave-Sancan-1919-6

 Photo Sancan: le repos des blessés. Les médecins sont distingués: Le docteur Jacques GUILHEM, médecin Major de 2e classe reçoit en janvier 1919 une médaille d'argent pour ses actions en vue de la lutte contre les épidémies. 

Maisonnave-Dar Beida-Limanton-1913-4 Photo E. Limanton : les militaires en convalescence prennent le soleil.

MAISONNAVE_Limanton-010  Photo Limanton: Zouave et sénégalais en palabre.

Maisonnave-Dubois-Dar-Beida-1920
En janvier 1922 un autre médecin Charles GILLOUIN, meurt de fièvres typhoïdes. Les infirmières de l'association des Dames Françaises (ADF) sont toujours les seules à desservir l’hôpital Maisonnave en appui des médecins et infirmiers de l'administration. Elles écrivent:
"Le palais du Sultan où est installé l’hôpital est un des plus beaux du Maroc.(…) Il y a des plafonds de cédre peint, de toute beauté, qui firent l’admiration du Président  MILLERAND , quand il parcourut le palais en avril dernier. Le Service de Santé y a fait adjoindre des annexes merveilleusement aménagées.
Dans un parc de huit hectares, où les oliviers, les orangers, les grenadiers pressent leurs frondaisons vivaces et fraîches, des séguias à l’eau rougie par la terre de Marrakech, courent dans tous les sens avec un bruit de sources, l’Atlas féerique et neigeux fait à tout cela une inoubliable toile de fond." 
Les patients profitent des jardins de l'Aguedal pour hâter leurs guérisons. (photo plus haut à droite) Le pavillon des officiers ci-dessous à gauche)

Maisonnave-Dames_françaises-Pavillon-officiers-1922

"C’est dans ce parc merveilleux que des pavillons charmants sont affectés à la chirurgie, à la maternité, aux officiers et aux civils en traitement. La fièvre typhoïde, le paludisme, les broncos-pneumonies frappent beaucoup de soldats. 

Le général DAUGAN, Commandant la subdivision de Marrakech et Mme ont continué l’aimable tradition du Général et de Madame de LA BRUYÈRE, et rapproché avec beaucoup de bienveillance la distance entre le Dar Si Saïd ( siège du général commandant de région) et l’Hôpital." 

Maisonnave-septembre-1922-Lecherbonnier

5 octobre 1923, l’ADF envoie un lot de livres pour les patients de l’hôpital Maisonnave.
A droite photo du pavillon et de l'équipe de chirurgie.
Noël 1925 à l’Hôpital Maisonnave de Marrakech:
"Le traditionnel sapin, offert par les pépinières municipales avait été dressé au milieu de la cour d’honneur et la musique du régiment de la Légion Étrangère nous prêtait son concours. C’est au son de cette excellente musique qu’eut lieu la distribution des cadeaux de Noël. (…) Chacun reçut deux objets de son choix, 2 paquets de cigarettes, 1 gâteau, 2 oranges, 1 sac de bonbons et un quart de café sucré. Personne ne fut oublié, tout le personnel civil et militaire, les musiciens, chacun fut gâté et environ 400 personnes défilèrent ce jour là devant nos tables bien garnies. 

Maisonnave-Association_Dames-Françaises-Noël-1925

Le matin au réveil, bonne surprise pour les blessés et malades. Chacun reçut une enveloppe contenant un beau billet de 5 francs tout neuf, don généreux de La Croix Rouge." 

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Le pavillon des infirmières s’appelait « Les toubibas » 
En mars 1927, assemblée constitutive du premier comité marocain des ADF: celui de Marrakech. "Depuis 1912 les infirmières des ADF sont à Marrakech à l’hôpital Maisonnave, installé dans un des plus beaux palais de la ville. Elles se sont particulièrement distinguées dans la récente épidémie de typhus.
La grande sécheresse  qui règne dans l’extrême sud , en anéantissant les récoltes, a refoulé sur Marrakech un lamentable exode d’affamés dont la misère était effrayante
Pour récolter des fonds, une grande fête a été donnée dans le beau cadre de LA MAMOUNIA. Grâce au zèle de chacun, à la générosité de M. MAJORELLE qui a composé et tiré à cette occasion une belle eau-forte; à la poétique éloquence de M. METERIER,  au dévouement général, le succès a été complet et une magnifique recette a été versée entre les mains des autorités officiellement chargées de secourir les malheureuses victimes."  Photo Limanton: Belle porte donnant sur une salle.

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Les infirmiers du 32e SIM (Service Infirmier militaire sont exposés aussi aux épidémies. Au premier semestre 1928, on enregistre à Maisonnave les décès de Zebrouk MERZOUGA et de Yves VAILLANT.

Décembre 1928/ janvier 1929

"Le typhus s’étant déclaré à Bensergaou près d’Agadir. Le médecin en chef de la division de Marrakech est venu à Agadir. Le docteur Pierre AMIDIEU visita les malades tous les jours. La promptitude et le dévouement du Dr AMIDIEU et de ses collaborateurs ont vite conjuré un danger qui aurait pu devenir une épidémie générale. 

32eSIM

Cependant deux infirmiers du 32e SIM, l'adjudant André Lefebvre et le caporal Albert BOUYER perdent la vie en 1933.
Personnels de Maisonnave en 1934 : Les Docteurs: René GRAINDORGE, Henri ROUTHIER, Pierre AMIDIEU, Paul DUTHU, Jean BARNÉOUD, Gilbert FAURE-BEAULIEU, Louis BRIMONT, Augustin LE DISSEZ, Edmond DIOT, Alexandre SONDAG, Alexandre RIBOLLET, Léon LEUR, Adrien CAMPREDON, Georges CARIOU,
Administration: Gaston MUNIER, Cne Léopold LOMBARD,
Infirmières: Yvonne ALLARD née OMNES, Infirmier: Jean BOUBE,

maisonnave-porte

Juin 1935 - Le Comité local de l'ADF fait le bilan de l'année 1934.
Pendant les 4 premiers mois de l'année 1934, jusqu'à la fin de la pacification, les combattants furent prioritaires. Les Infirmières responsables furent Mme DUDOGNON et Mlle LIENART. L'ouvroir fabriqua des vêtements ce qui permit aux goumiers de recevoir  burnous et vêtements chauds pour eux et leurs enfants. Ces beaux résultats sont dus à la magnifique activité de Mme BERLIOZ, directrice de l’Ouvroir, secondée par Mmes TRUCHET, VINCENT, AMPHOUX, etc… Tous ces noms montrent l'implication des familles de Marrakech dans les oeuvres sociales pour les militaires.
Remerciements aussi à Mmes DORÉE, LAMBERT, CHOLLET, AURENGE, et à Mlle DES DÉSERTS, ainsi qu’aux docteurs RIBOLLET, CAMPREDON, et GAUTHIER. Au comité Mme PARISET remplace Mme MARC. 
Le photographe ROUDNEV, réalise une photo des personnels d'administration vers 1933-34

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De gauche à droite et de haut en bas: Debout: X, X, X, X, Paul ROY, MANSART, X, X, X; Assis: DUPONT, MICOULAS, DAHAN, SONDAG, LOMBARD, LEVY, PIERROT, X; Accroupi: MASOLIVER.
A partir de la fin de la Pacification, au mois de mai 1934, les activités des infirmières ont été réorientées vers d'autres spécialités.
Des infirmières ont pu être affectées au dispensaire antituberculeux, à l’hôpital indigène Mauchamp, à la Polyclinique, à l’oeuvre des « Enfants à la Montagne ».
Toutes les infirmières ont reçu le baptême de l’air afin de pouvoir être convoyeuses en avion si nécessaire.
Le médecin colonel GRAINDORGE, directeur régional est en instance de départ. Le corps médical se compose des docteurs ROUTHIER, RIBOLLET, DIOT, LAPIDUS, MODOT, DUTHU, CROZES, GAUTHIER, BRIMONT, LACOMBE, RIOUX, TINARD et du Pharmacien CARIOU. 

maisonnave 1

De gauche à droite, debout: PELLEGRIN, AUDIGIER, Mlle de LA SALLE, DAHAN, Paul ROY, Mlle BRIEY, FAVIER, DEZARNAUD; Assis: Dr GAUTHIER, BROUSSOLLE, RAMERY, AMIDIEU, RIBOLLET, CAMPRODON, X, CHOMERAT.
La construction de l'Hôpital civil du Guéliz à l'entrée de la Palmeraie, conçu par la SHP (Santé et Hygiène Publique) du Protectorat va permettre de transformer le pavillon des civils de Maisonnave en pavillon des Sous-officiers.
Plus tard l'Hôpital civil prendra le nom d'Ibn Tofail.
La photo du Bloc opératoire vers 1935 montre certains visages:

bloc_operatoire_1935  De gauche à droite debout: Mlle BRESSON, BRAHIM, Adjudant Paul ROY, Médecin capitaine GAUTHIER, LAHOUSSINE, X, X,.. Assis devant: Médecin commandant RIBOLLET.

Parmi les sous-officiers en 1935 : MM DUPONT, MICOULAS, DAHAN, LEVY, PIERROT, ACQUAVIVA, MASOLIVER, PHILIPPIN, MAURIZI, POZZO DI BORGO, BERNARD, DEGOIX, FAVIER, DEZARNAUD, Paul ROY.
Parmi les employés civils MM Marceau FENEYROL et Auguste CLEROUIN (joueurs célèbres du SAM), PELLEGRIN, Gaston HULEUX, Louis FEUGAS, KRAFT et RAHAL Ben ALI (qui deviendra plus tard l'économe d'Ibn Tofail).

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Photo de l'entrée d'une galerie avec un plafond peint.
Mai 1936 - Comité de Marrakech de l'ADF
On évoque l'Arbre de Noël 1935 de l’hôpital Maisonnave: préparé par Mmes CHOLLET et LAMBERT.
Ouvroir : Mme BERLIOZ a offert : 74 chandails, 602 pièces de layettes, 155 chandails pour enfants, 80 paires de sandales,..
Les infirmières interviennent dans les différents hôpitaux et dispensaires, Maisonnave, Mauchamp, Maternité, dispensaire antituberculeux, polyclinique, goutte de lait, oeuvre des enfants à la montagne.
Un Bal de bienfaisance est organisé par Mmes LAURENT et TRUCHET.  Ouverture de cours de formation d'infirmières en novembre 1936 par les médecins de l’hôpital Maisonnave, comme presque chaque année.
L'épidémie de typhus en 1936 provoqua un afflux dans tous les établissements hospitaliers de Marrakech et des environs, tant pour les soins curatifs, mais également pour la prévention des maladies.
Les écoliers de l'école Arset el Maach qui résidaient à l'hôpital Maisonnave du fait de la profession d'un de leurs parents, étaient conduits assis dans l'ambulance hippomobile de l'hôpital. Il y avait Laure et Roland Roy, Joseph, Yolande, Lily, Carmen,Coco et Roger. Ils passaient devant le cimetière de l'Aguedal qui fut le second cimetière européen, ouvert en 1912 et transféré après l'Indépendance au cimetière du Guéliz.  (le premier "cimetière chrétien" se trouvait encore en 1920 près de Bab el Khemis). Source Salam Marrakech n° 28 et 37.

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En 1937 les principaux noms des dirigeants de Maisonnave: Dr Henri ROUTHIER, médecin-chef de la région de Marrakech. Dr Joseph RAMERY, commandant, médecin-chef de l'hôpital Maisonnave, Dr Alexandre RIBOLLET, Commandant Hôpital Maisonnave,  Dr Edmond DIOT, Dr Henri POUBLANC, medecin capitaine, Dr Jacques BROUSSOLLE, médecin capitaine à la Légion, Dr Charles HENAFF, pharmacien capitaine, Etienne CHOMMERAT, lieutenant d'administration. Le docteur BROUSSOLLE succomba à une fièvre typhoïde en janvier 1938.
En mai 1938, une équipe d’infirmières est active à l'hôpital Maisonnave. La direction perpétue leur formation. Plusieurs noms de médecins, d'infirmières et d'infirmiers nous ont été conservés.
Les infirmières bénévoles de l'association des Dames françaises (ADF): Mlle BRU Émilie, Mlle HAAG Lucie, Mlle JURAN Emma.
Les médecins militaires: Jean JUILLARD, médecin capitaine, René DEMONET, médecin lieutenant
Les infirmiers de la 32e SIM (32e Section d'Infirmiers militaires) à Maisonnave en 1938: le sergent Roger BOUCHITÉ, le sergent François VANDURNE, le caporal Raymond ASSELIN, le caporal Jean WALTER, le soldat ABDELLAH ben LHADJ ALI, le soldat ALI ben AHMED, le soldat André BÉRANGER. C'est aussi à cette date que le Dr BERGIER, médecin du Service de la Santé Publique à Marrakech meurt du typhus.
Au cours de la guerre 1939-1946: La mobilisation vit à MAISONNAVE de nombreux marrakchis hospitalisés, Français et Marocains, blessés au cours des campagnes en Corse, Italie, France, Allemagne et Autriche et rapatriés dans leur ville. Une infirmière-ambulancière de Marrakech s'y  distingua, Madame Marthe BRUNIQUEL qui y gagna ses galons de lieutenant en dirigeant un hôpital de campagne.
Les médecins pendant la période de guerre furent le Commandant PINELLI, les médecins capitaine VIDAL-NAQUET, DE RUDDER, BERTHELEMY, médecin lieutenant OBERLE et des médecins civils conventionnés: Paul DUTHU, DIOT et METENIER. Sur la fin de la guerre les médecins chefs étaient les médecins-colonels GEAY et LADOS.
Les infirmières à ne pas oublier: Mme PILLET, Mme HAGOPIAN et Mesdemoiselles de LA SALLE, AUBLANC, BRIEY, BRESSON, MORET et Antoinette LONGRO.
En 1946 l'infirmier civil LAHOUSSINE était tué dans un accident avec le capitaine ROCQUIGNY et l'Adjudant VÉRICEL. L'hôpital MAISONNAVE reçut son numéro d'identification: HM n°338
Dans les années 50 officiait le docteur AUMEUNIER et d'autres que nos lecteurs pourront ajouter dans les commentaires.
Le médecin chef de l'hôpital était à cette époque Pierre DUCOURNAU. Il y est resté dans ses fonctions au moins jusqu'en 1958 et son fils est né à Marrakech.
J. BOILEAU a passé 6 mois d'octobre 1954 à mars 1955 à Maisonnave comme infirmier militaire et a d'excellents souvenirs de Marrakech.
Jean-Claude PLAISANT appartenait de novembre 1956 à aout 1957 à la 11e section d'infirmiers militaires à Marrakech.
Avec la construction d'un nouvel hôpital militaire, l'hôpital Maisonnave fut fermé pour une autre utilisation. Il fut notamment la résidence des officiers des FAR.
Regardons encore les clichés du Palais dont le site n'est plus accessible au public aujourd'hui.

MAISONNAVE_Felix-cour-centrale008_5  Photo du riad par le photographe Félix. 

MAISONNAVE_013  Le photographe de CAP donne une autre vue du riad. 

MAISONNAVE_012  Les frères Levy présentèrent une vue de la Cour d'honneur se reflétant dans le bassin. 

MAISONNAVE_011 Sous un autre angle, le même site de la Cour d'honneur. 

D A nouveau le riad avec ses colonnes. 

D Les merveilleux plafonds en bois de cèdre. 

MAISONNAVE_013_5 

Merci au Service de santé des Armées, présent partout au Maroc, qui conduit depuis un siècle ses nombreuses missions sanitaires et ses actions humanitaires dans la dignité des traditions des hommes au képi rouge. Merci aux médecins, chirurgiens, pharmaciens, infirmières et infirmiers qui ont voué leurs vies aux autres.

31 octobre 2017

FAIRE PART DE DÉCÈS, ANNÉES 1990 à 2000

SALAM MARRAKECH EST EN DEUIL

Jacky-feneyrol-Robert-Lucké-7JACKY FENEYROL, NOTRE TRÉSORIER DE L'ASSOCIATION DES ANCIENS DE MARRAKECH est décédé à Nîmes le 28 octobre. Atteint d'une maladie longue et douloureuse, il nous laisse dans la tristesse de son départ à 82 ans. La cérémonie aura lieu le vendredi 3 novembre à 15h00 au Crématorium de Nîmes (490 rue Max Chabaud) dans la salle omniculte. 

Les anciens marrakchis veulent témoigner de leur sympathie à Jocelyne sa femme (née Péroni), à son fils Guy, sa belle fille Roselyne, ses enfants et petits enfants.

Les anciens de Marrakech sont très reconnaîssants pour tout ce que Jacky a apporté à l'association (ASAM) et pour toute l'amitié dont il a témoigné. Il était un soutien solide de notre président Robert Lucké à qui nous disons toute notre amitié.

TRISTE NOUVELLE POUR LA BA707 ET LES LECTEURS DU BLOG 

Jean-Claude DAVID

Jean-Claude DAVID, l'auteur des "Missions spéciales à Marrakech", écrites en 2009, nous a quitté le mois dernier. Sa fille Brigitte nous l'a annoncé: "Mon père, Jean-Claude David, était à la BE 707 en 1948-49. Il avait contacté votre blog pour partager ses expériences de l'époque et aimait beaucoup lire les récits des autres. Il vient de décéder et avait expressément demandé que vous soyez prévenus de son décès." Nous sommes profondément désolés de sa disparition, nous le regrettons beaucoup et nous assurons sa famille de nos condoléances.

DÉCÈS D'ANCIENS DE MARRAKECH DE JANVIER 1990 À JANVIER 2000

Toussaint-2017

Une liste d'amis, de parents et de connais-sances dont nous voulons nous souvenir en ce début de novembre et cette période de la TOUSSAINT. Il est possible de la compléter afin de ne pas laisser dans l'oubli ceux qui ont participé à la vie heureuse de Marrakech. Des noms, des témoignages de reconnaissance et des courtes biographies peuvent être ajoutés dans les commentaires.

Les noms proviennent pour une part de la Revue Salam Marrakech; le numéro de la revue où chaque faire part a été publié se trouve en fin de ligne. 

La revue Salam Marrakech donne souvent plus d'informations sur la famille, le lieu où elle s'est établie si elle a quitté Marrakech. Ces informations sont précieuses. Parfois une photo est associée au faire-part. Il est possible de demander ces revues à la rédaction.

Le blog a déja publié des faire-part datés de janvier 2000 à janvier 2010: lien

SOUVENONS-NOUS DE NOS PRÉDÉCESSEURS

Toussaint-57

ALFANO Jean + 21 février 1991 – 89 ans – Marrakech –SM n°38/39

ALVARES René (dit Petit René) + octobre 1999 – Ivry/Seine – (né à Marrakech-Médina) – SM n°64

ALVAREZ Jean Baptiste – 20 juin 1992 – 66 ans - Les ARCS/Argens 83 -  SM n°34/35

AMOUROUX Guy + 13 octobre 1996 – 38 ans –Meyrargues 13650 – SM n°51

AMBS Monique née BELLIER + 14 juillet 1999 – Strasbourg – SM n°62/63

AMOUREUX Marcel + 3 mai 1991 – 69 ans – SM n°31/32

ATTENOT Jacques + juillet 1998 – Nice 06000 – ancien des PTT – SM n°58/59 

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BALESTRINI Mme  + 8 septembre 1997 – 90 ans – Benejarafa –Espagne – SM n°54/55

BARBERA Marie Dolores + 13 avril 1990 – 88 ans – SM n°28

BARDIN Vita née AVELLONE +1991 ? – 92 ans – Agen 47 – SM n°33

BARON Antoine + 15 avril 1995 – 85 ans – Garons 30128 – SM n°46-47

BASSAC Colette + 27 octobre 1999 – 73 ans – Bordeaux 33000 – (Prof de Français  NDA) – SM n°64

BAUDURET Marcel + 5 mai 1992 – 89 ans – Cannes -  Ingénieur TP – SM n° 34/35

BAVAREL  Mme + 1991 ?- 97 ans – Saillans 26 – (mere d’André Guillon ) – SM n°30

BAZINET Marie-Thérèse née REYES – (1994 ?) –  Brantome 24310 - SM n°45

BEDOYA Mme + 3 octobre 1991 – 76 ans – Argenteuil 95100- SM n°33

BEDOYA Henri + 6 mars 1999 – 59 ans – Bagnolet 93170 – (cité Fouque) – SM n° 61

BEDOYA Joseph + 91 ans – Marrakech – SM n°44

BEELAERT Pierre  + 14 juillet 1993 – 80 ans – Lille 59 – Gendarmerie – SM n° 38/39

BEHURE Paulette + 22 aout 1999 – Vence 06140 – SM n°62/63

BELLIER Eugene Marcel + 4 aout 1990 – Marrakech -  SM n°29

BENNOT Marie Rose + 29 aout 1991 – 76 ans – SM n°31/32

BERLIOZ Fernand + 23 décembre 1996 – Ste Croix 12260 – Chirurgien dentiste jusqu’en

BERNARD Claude (dit CLAUDI) + 17 février 1994 – Paris – SM n°46/47

BERTRAND Georges + 27 décembre 1998 – 84 ans – Bourg en Bresse 01000 – SM n°61

BETTINELLI Marcelle + 5 octobre 1997 – 86 ans- Caen – SM n°54/55

BEULLAC Mme Maurice + 18 janvier 1998 – SM n°57

BOMMARITO Marie + 14 novembre 1993 – SM n°40 – SM n°40

BORDE Mr + 1996 ? – Dr BNCI en Médina – SM n°57

BORRA Jean-Claude + 27 aout 1997 – 74 ans- Bias 47300 – SM n°54/55

BOTELLA André + (1996) – ancien policier – SM n°54/55

BOUFFARD Maxime + 2 octobre 1994 – 82 ans – 83130 – inspecteur trésor – SM n°46/47

BOURRU Léonard René  + 23 mai 1990 – 77 ans - Nouméa – SM n°28

BOURSAUD Jean + 1er juin 1998 – 68 ans – Melan 91170 – ancien BA 707 – SM n°58/59

BOYER Charles + 23 décembre 1992 – Paris – (ex pharmacien à Marrakech ) – SM n°37

BRAISSE Khalil + 28 mars 1991 – 88 ans – Villeneuve Tolosane 31270 – SM n°31/32

BRANDL Guy + 10 septembre 1994 – Marrakech – SM n°46/47

BROUTIN – (1994 ?) – le docteur – Marrakech - SM n°45

BRUNEL Georges + 18 mai 1990 – 93 ans – Agadir – SM n°28

BRUNIQUEL Marthe + 25 fevrier 1996 – Castres 81000- Lieutenant Italie CEF – SM n°49

BURESTÉ Paul – 30 Janvier 1995 – MONTPELLIER 34 – Medecin Cdt – SM n°45 

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CABANA Marie-Claude née GUIHAUDIS + 23 novembre 1999 – (ancienne de l’ENA) – SM n°64

CAILLENS Pierre + 6 avril 1994 – Verdun/Garonne – SM n°44

CAILLENS Pierre  + 6 avril 1994 – 67 ans – Verdun /Garonne 82 – SM n° 42/43

CALAS Jean + 9 septembre 1989 – 87 ans – Moissac 82 – (PTT Marrakech 1924-1960) – SM n°34/35

CAUMER René + 22 avril 1995 - L’île Rousse Corse – (Dancing de la piscine) SM n°46/47

CANINO Joséphine + 20 octobre 1995 – 90 ans - Toulon 83000 – SM n°48

CANONE Marthe + 27 octobre 1997 – Plan de Cuques 13380 – 94 ans – SM n°54/55

CARNUCCINI Constance + 23 janvier 1990 – 81 ans – Nîmes 30000 – SMn°26

CASACARO Mme + 7 avril 1999 – 93 ans - Valence 26000 – SM n°62/63

CATALAYUD Georgette née LARDIER + 18 novembre 1996 – 79 ans – Montpellier 34000 – SM n°51

CATURLA Joseph (dit Zézé de Marrakech) + avril 1993 – 72 ans – Lisle /la Sorgue 84800

CERIANI Joseph + 23 juin 1998 –74 ans - Épinal 88000 – SM n°58/59

CHAMBON Claude + 1992 – 70 ans – Prades 34360 – (Tout va bien – Panoramique Ouka -  SM n°34/35

CHAPELAIN André – 6 janvier 1992 – Toulouse 31000 – Cdt Sapeurs pompiers – SM n°45

CHAUSSEREAU fils + 15 juin 1991-  33 ans – SM n°33

CHESNÉ Georges + 8 janvier 1996 – Rouffignac St-Sernin – SM n° 48

CHEVALIER Albert + 21 mars 1992 _ Nice 06 – SM n°34/35

CHEVALIER Léone née MAGNE + (1998 ?) – Maureillas 66480 – SM n°58/59

CHIRON Paul Henri + 22 novembre 1997 – 91 ans – SM n°54/55

COTÉ Pierre + 25 février 1992 – SM n°37

COUDERT Laurent + 1992 ? – 24 ans – St Nazaire – (fils de Christian Pomier) – SM n°34

COURIC Arsène + 25 mai 1997 – Bordeaux 33000 – SM n°54/55

COVENTI Rose-Françoise + 24 mars 1996 – 54 ans – St-Esteve 66240 – quartier Indus –SM n°49

CRUZ Jean + 26 novembre 1996 – 73 ans – Beaurepaire – SM n°48

CUCHI Joséphine née DE LUCA +23 janvier 1990 – 64 ans – SM n°26

CUCHI Suzanne + 80 ans – SM n°53 

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D’ANNA Catherine + 13 mars 1999 – 92 ans – SMn°62/63

D’ANNA Joseph + 10 aout 1991 – 77 ans – Salon de Provence – SM n°31/32  (SM n°50-51)

DASSONVILLE François (dit Tonton) + avril 1996 – 69 ans – Clermont-Ferrand 63000 – DEDEBAT Gérard + 26 janvier 1998 – 59ans –Nouméa – SM n°57

DEL VALLE Didier + 9 mai 1991 – 57 ans - Marrakech – SM n°31/32

DEOGRATIAS + 13 juillet 1991 _ Colmar 68 – Mére supérieure NDA - SM n° 38/39

DESBRIÈRES Jonathan et Barbara + 1997 ? – 21 et 20 ans – (famille Dinjean) – SM n°58/59

DESPIED Raymond + mai 1990 – 60 ans – SM n° 34/35

DI-MAÏO Anne + 1er octobre 1993 – 85 ans – StSeurin/Lisle 33 – (famille Pomares) SM n°42-43

DONDEY Maurice + 20 mars 1998 –73 ans - Aix en Provence 13100 – SM n°61

DRIARD Xavier + 24 octobre 1990 – 65 ans – La Crau 83260 – SM n°29

DUBUCQ Yvon + 29 aout 1999 – (ex instituteur à Marrakech) – SM n°64

DULAC Georges + 22 mars 1995 – 88 ans-  Aix les Bains 73100 – SM n°46/47

DUPART Maurice + 29 octobre 1991 – Dax 40 – (ancien BA 707 , cycles Heim avenue Barthou) – SN n°33

DURAND André + 1er février 1998 – 87 ans – 22e Spahis- Haras de MRK- SM n°57

DURAND Pierre + 3 février1994 – 62 ans – Plessis Robinson 92- fils de Mme Durand directrice – Arsat el Maach – SM n° 42-43

DURAND Simone + 10 septembre 1996 – 81 ans - SM n°50-51  & 51

DURANTON Alix + 8 avril 1993 – 61 ans – Tarascon – BA 707 – SM n° 38/39

DUTERTRE Jocelyne née BARDOU + décembre 1998 – 46 ans – SM n°61 

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EGEA Louis + 3 juin 1990 – Limoges – SM n°28

ESCARO Désiré René + 13 novembre 1991 – Apt 84 – SM n°33 et n°34/35

ESCOUT Marie-Louise née GRIMA -+ 91 ans – Montpellier 34000 – SM n°62/63

ESMIEU Geneviève née DAVIZÉ – 1993 – Cambo les Bains 64250- SM n°37

ESTEVAN Francis + 6 avril 1992 -57 ans – Conakry – (inhumation à Teyran 34 ) – SM

ESTEVE Mme + fevrier 1998 – 97 ans – Nice – SM n°58/59

ETIEVANT Laetitia née ARREY + 4 juin 1991 – (professeur de gym au lycée Mangin) – SM n° 31/32 

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FAIVRE Marie–Paule née COLCARD + avril 1994 – La Flêche 72 – SM n°42/43

FALKENRODT Frédéric + 23 novembre 1998 – Houeilles 4742 – SM n°60

FANKHAUSER Ernest (dit Simon) + 18 aout 1998 – Vidauban 83550- Boucherie : Charcuterie – SM n°58/59

FONTAINE Delphine + 1er octobre 1997 – SM n°54/55 & 56

FLORES Marie + 29 juin 1995 – 83 ans –Tarbes – SM n°54/55

FILIPPI Marie née SERRA + 24 novembre 1996 – 82 ans – La Seyne/Mer – SM n°51

FONT Pélagie + 29 février 1996 – 73 ans – Marseille 13000- SM n°49

FENEYROL Marthe + 23 novembre 1995 – 82 ans – Montpellier 34000 – SMn°48

FORTUNÉ Roger + 30 novembre 1994 – 64 a- ns – Casablanca – SM n°44

FRANCHESCHETTI François + 7 décembre 1990 – Toulouse – SM n°31/32

FUGARDI Vito + 14 aout 1993 – 82 ans – Oualidia – SM n° 38/39

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GABANELLE Jean Pierre + 30 juillet  1992 – 62 ans – Clamart 92 – SM n°36

GACHET Jeanine née BAZINET  + 9 décembre 1996 – Istres – SM n°54/55

GAMBA Olga + 14 mai 1996 – 97 ans – St-Marcel 27950 – Galeries Lafayettes 1923-1962 – SM n°51

GANELON Paul + 29 avril 1993 – 64 ans – StMedard en Jalles 33160 – AGM – SM n°38/39

GARBES Émile + 2 février 1992 – 87 ans – Brioude 43100 – SM n°37

GARCIA Émilio + 22 juin 1993 – 86 ans – Grenoble 38 – BA 707 et Cognac – SM n°38/39

GARCIA Mathilde + 1989 – SM n° 34/35

GARCIA Manuel + 1981 – SM n°34/35

GARROUTY Marcelle + 6 avril 1990 – 68 ans – Coux et Biracoque 24220 – SMn°28

GAUTRON Hugues + 1998 – Cycliste – SM n°57

GAUTRON Marc + 1998 – Colonel – SM n°57

GENDRE Mme + 29 avril 1997 – 87 ans – Stalle marché du Guéliz – SM n°54/55

GIL Marie + 7 mars 1993 – 82 ans _ au Luc – (famille Angelloz) - SM n°37

GIRAUD Yvette née PAQUET de VILLARD + 20 juillet 1997 – 86 ans – SM n°58/59

GLAUER Jean ( dit Nino) + 17 janvier 1993 – Nice 06000 – SM n°37

GONZALES Raphael + 9 aout 1999 – 69 ans – Bassens 33 – SM n° 62/63

GOYARD Mme + 6 mars 1996 – 96 ans – Marrakech – institutrice au Guéliz – SMn°50-51

GREMILLET Jacques + 11 décembre 1990 – 82 ans – Manduel 30129 – SM n°29

GREMILLET Louisette née PLAINE CASSAGNE + 18 Mars 1995 – SM n°46/47

GRAMMATICO François – (1994 ?) - Pau 64000 – SM n°45

GUÉRIN Joseph (dit Jean) + 16 janvier 1997 – Muret 31 – SM n°54/55

GUILLEMET Félix + 17 janvier 1996 – Ste Livrade/Lot 47110 – Garage Tazi et CTM - SM n°51

GUIRAUD Maria née NAUDAN  + 19 novembre 1990 – 82 ans – Poissy 78 – SM n°29

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HANTZ Pierre + 13 février 1998 – La Trinité 06340 – SM n°57

HAFIZ Pierre + 7 juin 1991 – 65 ans – Chelles 77500 – SM n°31/32

HASSELBERGER MR + 3 septembre 1995 – 76 ans - Benet 19380 -  SM n°46/47

HERRERO Daniel + 2 avril 1996 – 71 ans – Nieberhergheim Haut-Rhin – SM n°53 Marrakech - SM n°54/55

HINDIÉ Edgard + 29 aout 1996 – StPaterne Racan 37370 – Agriculteur La Targa-Bon Lait – SM n°57

HUBERT Daniel dit L’ESPAGNOL DE SETTAT - + 27 juillet 1996 – 62 ans – St-Christoly de Blaye 33 – Rugby SAM - SM n°50-51

HUTTIN Catherine née SCHARFF + 9 janvier 1996 – 76 ans – SM n°49

HUTTIN Francis – 28 juin 1991 – 79 ans – Sessinet 38170 – SM n°33

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JACQUELIN Patrice + 26 aout 1996 – 45 ans _ Minorque Baléares – famille Lamolere – SM n°50-51

JACQUET Bernard + 1991 ? – SM n°33

JAMET Marguerite née THIELAN + 6 mars 1999 – 91 ans – Avignon 84000 – SM n°61

JANETZKI Josef + 3 avril 1990 – 75 ans – Côppingen (RFA) – célèbre footballeur du SAM – SM n°28

JAUPITRE Mme mère épouse d’Hubert + 24 mars 1991 – ( Souelah puis M’Rabtines ) – SMn° 30

JEANMOUGIN Liliane + 5 juillet 1995 – 81 ans – Argenteuil 95100 – SM n°46/47

JEANMOUGIN René + 29 septembre 1997 – 82 ans – Argenteuil 95 – Brigade de Police à

JELINECK  (Mme HUBERT) + (1999?) -97 ans -  (intendante école d’infirmière) – SM n°44

JOUANDON Gilbert  (dit Titi) + 4 septembre 1991 – 67 ans – Marrakech – SM n°33

JUST Chantal + 5 décembre 1994 – La Rochelle 17 -  SM n°44

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LARRALE Gilbert + 3 décembre 1993 – 67 ans – Périgueux 24 – SM n°41

LECCIA Antoine + 13 janvier 1997 – 68 ans – Nice – SM n°54/55

LECLERC Marguerite +6 janvier 1995 – 89 ans – Champigné 49330 – SM n°45

LEFOL Pierre + 11 septembre 1992 – 67 ans – SM n°34/35

LEFORT Jacques + 18 mars 1999 – 64 ans – Castelnau-le-Lez 34 – ( BA 707) – SM n°62/63)

LELACHE Christiane – 1991 ?- Montpellier 34000 – SM n°31/32

LE GOFF Pierre + 12 novembre 1994 – Périgueux – Police chérifienne – SM n°44

LERIN Gabriel + 12 aout 1995 – 88 ans -Nice 06000 – Service municipaux - SM n°46/47

L’EXCELLENT Jean + 22 janvier 1997 – Blois – Ingénieur hydraulique – SM n°53

LHEUREUX_FRANCESCHETTI Mme  + 6 décembre 1992 – 92 ans – Toulouse – SM n°36

LIENARD Jeanne + 12 mars 1996 – 84 ans – Avignon 84000- infirmière – SM n°49

LIMON Manuel + 30 avril 1990 – 75 ans – Mont de Marsan 40000 – SM n°28

LOPES Marie – (1994 ?) – 83 ans – Vedene 84 – SM n°44

LORENZO François + 15 décembre 1990 – Montpellier 34000 – SM n°29

LORENZO Henriette née NICOUD +13 octobre 1991 – 64 ans – Marseille 13000 – SM n°34/35

LORENZO Jean + 2 janvier 1994 – 75 ans – Pélissanne 13 – SM n°41

LORENZO-MACIAS Louis  + 22 juin 1992 – 65 ans – Beziers – SM n° 34/35

LOURDAIS Bernard + 1991 – 42 ans – SM n° 34/35

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MAHINC Françoise née GUENIN + 3 aout 1997 – 55 ans - Hyères Var – SM n° 54/55

1987 à Marrakech – SM n°54/55

MAHINC Ernest + 12 décembre 1997 – 88 ans – Aix en Provence 13100 – Commissaire de Police – SM n°57

MALGORN Josiane née ROS + 16 décembre 1993 – Istres – SM n°40

MALHOMME Françoise + 1996 - 102 ans et demi – region de Toulouse- SM n°54/55

MALLET Raymond + ( 1994 ?) quincailler – Marrakech - SM n°46/47

MARCHESANO Louise (ex MORIN-MACIA et DUPRAS + 22 novembre 1997 – (Café Modèle, Tabac Verlet Hanus ) – SM n°58/59

MARCO Marcelle + 16 aout 1994 – 80 ans – Grenoble 38000 – SM n°44

MARTIN Mme + 16 aout 1993 – 82 ans – Avignon 84 – SM n°40

MARTIN de MORESTEL Rosalie née MERCURIO  +  9 mars 1994 – 84 ans - Valenciennes

MARTINEZ Émile ( dit Milito) 14 mars 1993 – 63 ans – Alicante Espagne – chauffeur

MARTINEZ Émile + (1994) – 77 ans – (film des goumiers) – SM n°49

MARTINEZ Françoise + 1991 ?- 60 ans – SM n°31/32

MASANET Francine + 29 vevrier 1996 – 74 ans – Carnoux en Provence – SM n°54/55

MASANET Jacques +18 mai 1995 – 82 ans - Carnoux en Provence 13470 – SM n°46/47

MAUTNER Solange + 1992 ? - 60 ans –ST André de la Réunion – SM n°38/39

MAVREAS Isabelle + 19 novembre 1992 – Toulouse 31100 – SM n°36

MAZOUNI Lucien + 31 décembre 1999 – 73 ans – Juan-les-Pins 06160 – SMn°64

MENANT Hervé + 1992 ? – 43 ans – Toulouse – SM n°34/35

MERME René + 8 février 1993 – 78 ans – StMartin de Seignaux 40390 – SM n°41

MICHEL Jeanne + 29 novembre 1994 – Marrakech – SM n°44

MICHELET René + 20 février 1993 – 72 ans – Chateaudun 28200 – SM n°37

MIGLIACCIO Adèle née FUSTER + 1996 ? - 89 ans – Quincey 70 – SM n°53

MIGOT Marie Louise + 18 octobre 1991 –87 ans - Merignac 33700 – SM n°33

MIKHAELIDES Antoine – 15 septembre 1995 – 74 ans – Espagne  - SM n°48

MIRGON Annick née FREBY + 27 novembre 1997 – 73 ans – Perpignan 66000- SM n°54/55

MIRGON Lucien + 3 juin 1993 – Nantes 44 – (patisserie au marché du Guéliz – SM n°38/39

MOKHEFI Marcelle née COTTA + 26 juin 1998 – Montélimar 26 – SM n°58/59

MONLOUBOU Paulette + 16 février 1993 – 89 ans - Labege 31670 – SM n°40

MONTOYA François + 17 mars 1992 – 58 ans - Tarbes – SM n°34

MORSA Jean – 1 juin 1990 – 59 ans – Toulon - SM n°28

MUNIER Myriam + 8 mai 1998 – SM n°58/59

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NEGRINI Joseph + 1 décembre 1991 – 63 ans- Aulnay sous Bois 93 – SM n°34

NEGRINI Maria + 29 avril 1999 – 93 ans – Valence 26000 – SM n°62/63

NESA Marie + 18 mars 1996 – 96 ans – Ajaccio – (famille Medurio) – SM n°50-51

NICOLAÏ Antoine + janvier 1990 – Antibes – SM n°31/32

NOUVELLON Paul + 9 juillet 1990 – 63 ans _ Marseille 13000 – SMn°28

ORIA François + 17 juin 1992 – 63 ans –La Ravoire – SM n°34/35

ORSI Giuseppina + 18 décembre 1991 – 79 ans –St Pierre des Corps 37700 – SM n°33

ORSI Giovanni + 26 octobre 1996 – 91 ans – St Pierre des Corps 37700 – SM n°54/55 PAIRAIN Paul + 11 aout 1997 – St-Maixent l’École 2 sevres – SM n°54/55

PALACIO Michel + 5 septembre 1991 – Paris 75 – SM n°33

PANTALACCI Anne-Marie + 13 février 1999 – Aix en Provence 13100- (école Riad Zitoun) – SM n°61

PAOLINI Marie née BIAVA + 3 avril 1998 – 89 ans -  Perpignan 66000 – Veuve de l’avocat Paolini – SM n°57

PARENT Jean + 1992 – Nolay 21 – café resto à Ouarzazate – SM n° 38/39

PARENT Jean  + (1993) – SM n°49

PARQUET Huguette née MEUNIER + 17 juillet 1996 – 35 ans – Atlanta – accident Boeing TWA avec sa fillette Ingrid – SM n°51

PATIN Robert + 4 octobre 1995 – 28800 Placey – (fils du colonel de la BA707) – SM n°48

PENA Joseph + 18 décembre 1999 – 68 ans – SM n°64

PHILIBERT Angèle, (+ 1999 ?) – 78 ans – SM n°64

PIGEON Léonie -  SM n°60

PIGEON Léonie + 22 aout 1998 – Rochefort – (Maître tailleur de la garnison) – SM n°58/59

POMARES Père + 16 février 1992 – 90 ans – St Sevrin – SM n°34

PORT Claude (dit Coco) + 17 aout 1999 – 64 ans – SM n°62/63

PORT Emma + 17 aout 1999 – Coco ? – SM n°64

PRATS Fernand + 7 avril 1990 – Marrakech – SM n°29

PRAUD Sylvain + 28 décembre 1994 – 81 ans – café de l’univers-jardin d’été- SM n°45

PREBOIS Jacqueline née FLABEAU + 9 novembre 1992 – 69 ans – Montpellier 34 – SM n°36

PREVOT Bernard + 13 juin 1998- 91 ans – Dijon 21000 – vétérinaire colonel – SM n°58/59 & n°60

PROVOST Zaïna + 14 décembre 1995 – 73 ans – Istres 13800 – SM n°48

PUSIC Denise + 10 janvier 1990 – SM n°27

 

tous-saints-55

QUESADA Georges – 1994 – SM n°44

QUESADA Marcel + 18 décembre 1993 – 69 ans - Toulouse 31000 – SM n°41

QUESADA Georges + 1aout 1994 – 66ans – Pau 64 – SM n°42-43

RAISON Laure née ROY (Lélette) + 4 janvier 1999 – Dôle Jura – SM n°60

RENAUDON Jacqueline née COULAUD + 20 avril 1998 – Bordeaux 33000 – SM n°58/59

REPLAT Mélanie + 28 mars 1996 –97 ans - Le Grand Lemps 38 – SM n°51

REYNAUD Germaine + 2 décembre 1995 – 91 ans – Pertuis Vaucluse – SM n° 49

REYNAUD Lucien + 27 novembre 1997 – 92 ans – Pertuis Vaucluse – BA 707 – successeur de Arribe – SM n°54/55

RIBET Roger + 14 février1994 – Mont de Marsan 40 -  Maitre Tailleur BE 707 – SM n°41

RICHARD André + 11 octobre 1996 – 74 ans - Aix en Provence 13100 – Perception – SM n°51

RICHARD + (1965) – magasin Floréal avenue Mangin – SM n°51

RICHARD Mme + (1978 ) – Hotel Toulousain, rue Orthlieb – SM n°51

RICHARD M.L. + 1990 ? – 84 ans – (professeur de Physique-chimie 1936 à 1964 ) – SM n°34

RICHEN Julien + 15 juin 1997 – 85 ans – Annecy 74 – SM n°54/55

RIERA Mme – (1993) – SM n°45

RIETMULLER Lucien +  11 mars 1998 – Marseille 13000- lutte Gréco-romaine – SM n°57

RIGATTE Gilbert + 21 mai 1992 – 61 ans – Perpignan 66 – SM n°34/35

ROCHÉ Nicole  née RICHARD + 30 décembre 1994 – 59 ans – Tuffe 72 – SM n°44

RODRIGUEZ Isabelle née AGUADO + 31 aout1991 – 88 ans – Aubagne – SM n°31/32

RODRIGUEZ Joseph + 29 mai 1993 – 86 ans – StQuentin 02 – SM n°38/39

STM et CAT – SM n°38/39

ROGHÉ Jean-François + 27 février 1990 – 82 ans – Marseille 13000- SM n°28

ROGNONI Paul + 2 janvier 1998 – Afa (Corse) - 2e RTM – Colonel – SM n°57

ROS Pierre + 18 avril 1991 – 66 ans – Bordeaux 33000 – SM n°31/32

ROUGIER Henri + 28 aout 1995 – Colmar 68000 – SM n°48

ROUSSEAU Marcel + 8 janvier 1991 – 92 ans – professeur de gym et d’allemand au lycée Mangin – SM n°30

ROUTIER Jean + (1999 ?) –(ex de la Targa) – SM n°62/63

ROY Roland + 6 février 1998 – Dijon Côte d’Or – SM n°61

RUSCH Ferdinand (dit P’tit frère) + (1993 ?) – Mazan 84 – SM n° 42-43

RUSCH Yves (dit Ptit Frères) + 16 septembre 1993 – 66 ans – Lunel 34400 – SM n°38/39

RUSCH Ferdinand – 1994 – SMn°44

 

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SALLIER Émile + 29 mars 1998 – 77 ans - Roanne 42300 -  SM n°58/59

SALPIETRO Humberto (dit Bébé) + 31 octobre 1997 – Aigues vives 30670 – Montpellier 34000 – SM n°54/55

SANANES Guy-Prosper + 30 octobre 1995 - 71 ans - Bordeaux 33000 – SM n°48

SANTORI Charles + 15 juin 1995 – Chatillon 92320 – SM n°46/47

SAPPA Pierre + 16 juin 1993 – 78 ans – Fréjus 83 – SM n°38/39

SAROUILLE Julien + fin 1997 – La Baule 44 – Foot au SAM – SM n°54/55

SARRAGOSSA Fernand + 2 novembre 1998 – 68 ans – Nice (Alpes Mme) – SM n°61

SAURY Côme + 22 juillet 1999 – 97 ans –Prades 66– SM n° 62/63

SAWAS mme + 10 mai 1993 – Marrakech – SM n°40

SCHAEFERLING Raoul + 27 avril 1999 – 71 ans- Poitiers – SM n°64

SCHWARZ Christian + 29 octobre 1998 – 39 ans – Garons 30128 – SM n°60

SCHWARZ Henri + 10 novembre 1993 – 62 ans – Garons 30 – SM n°42-43

SEIGLE Jacques + 1er mars 1997 – LaRochelle 17000 – SM n°53

SELLIES Vincent + 1 fevrier 1994 – Brignolles 83 – SM n°42/43

SELLIES Vincent + 1er février 1994 – Brignolles 83 – SM n°41

SILBERMAN Paul + septembre 1996 – St-Trinit 84390 – SM n°51

SILBERMAN mere + 1990 ? - 96 ans – Marseille – SM n°27

STANGE Jean-Claude (dit Jeannot) + 12 aout 1998 – 57 ans – Salaise /Sanne  38150 – Vice-Pt de l’ASAM - SM n°58/59

STEPANOFF Procopy + 2 octobre 1991 – Marrakech – SMn° 31/32

STEPANOFF Magali – 6 novembre 1991 – Nîmes 30000 – SM n°33

SUISSA Rachel + 29 janvier 1996 – 77 ans - Dijon –  SM n°49

 

Roses-ronsard-847

TAGLIANI Simone + 27 novembre 1999 – 79 ans – Le Boulou 66160 – SM n°64

TAKIS Jean + 1 avril 1999 – 85 ans – Sare 64 - (né à Marrakech) - SM n°62/63

TANUGI Guy – 28 septembre 1998 – 69 ans - Marseille 13000 – né à Marrakech, pere de Christine Sabatier – SM n°58/59

TAUBAN André + 21 mars 1999 – S3

TENA Adolphe (dit Ninio) + 15 mai 1990 – 60 ans – St Martin d’heres 38400 – SM n°28

TENA Isidore + 4 septembre 1996 – 61 ans – Sassenage 38360- SM n°51

TESTE André  + 27 mai 1999 – Cournontérral 34660 – SM n°64

THIELAND Robert + 21 juin 1997 – 84 ans – Montpellier 34000 – BA 707 - SM n°54/55

THIERRY Lucas + 4 avril 1995 – Bernay – né à Marrakech le 7 avril 1958 – comédien – SM n°46/47

THIRIAT Mme + 14 mars 1994 – Nice – papeterie avenue Mangin – SM n°42/43

TEULIER Roger + 21 février 1994 – 70 ans - Cabestany 66 – BA 707 – SM n°41

59300 – SM n°41

THOMAS Jeanne + 5 janvier 1996 – 48 ans – St Laurent La Vernede – SM n°48

TOURNEBIZE Gilbert + 22 novembre 1997 – Ile sur Tet 66130 – ancien 8e BPC Dien Bien Phu- SM n°54/55

TORREGROSSA (dite Mme Joseph) + 25 septembre 1991 ou 1994 – Vergese 30 – SM n°44

TORRENTE Louis + 25 avril 1995 – 67 ans -Toulouse 31000 – technicien radio - SM n°46/47

TORRES Antonia née ALMUNIA + 1990 ? - 86 ans – Séville – SM n°27

TOURNIER René + 13 aout 1992 – 81 ans – Baziegz 31450 – SM n°34/35

TOURNUT Yvon + Toulouse 31500 – SM n°46/47

TOURNUT Yvon + 7 décembre 1994 – 54 ans – SM n°46/48

 

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VALDERRAMA Antoine + 19 septembre 1990 – 60 ans – Bourg les Valence 26 – SM n°29

VALLIER André + 8 septembre 1994 – Montpellier 34000 – SM n°44

VALLIER Marie-Madeleine née TEYCHINNÉ + 2 septembre 1995 – 98 ans – SM n°48

VARALDI Marcel + 1992? – (tribunal de Marrakech) – SMn°34/35

VASSALO Marthe + 10 décembre 1995 – 96 ans - Aix en Provence -   SM n°49

VEGA Antoine + 22 mars 1998 – 81 ans – Nice 06000 – SM n°57

VIDAL Gérard + 17 octobre 1996 – Anglet 64600 – SM n°51

VIEGAS Maria + (1999 ?) – Dar Ben Nadjar – SM n°62/63

VILLA Marie née MARTINEZ + 9 mars 1997 – Bordeaux 33000 – SM n°53

VINAY Jean-Pierre + 17 septembre 1999 – 62 ans – Evreux 27000 – SM n°64

VINCE Hélène née LAURENT + 6 février 1999 – 91 ans – (arrivée à Marrakech en 1925) – SM n°61

VOULALAS Jean + SM n°41

VOULALAS Jean + 23 janvier 1992 – 53 ans – Marrakech – SM n°34

 

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WEBER Charles (dit Charlot) + 8 octobre 1996 – 67 ans – Marseille 13000 – SM n°54/55

WEIRICH Adelaïde  SM n°46/47

WOLFEL Emma, remariée DEPUNTIS, née ASTOR + 30 mars 1997 – Agen 47000 – bijouterie rue de la Liberté – SM n°53 & n°54/55

ZAPATA Suzanne née FONT + 23 septembre 1995 – 64 ans – Tarbes – SM n°49M n°62/6

ZURITA René + 19 décembre 1991 – 59 ans - Valence 26000 – SM n°33

IL EST POSSILE DE COMPLÉTER PAR D'AUTRES NOMS DE MARRAKCHIS ET D'AJOUTER DES SOUVENIRS 

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21 octobre 2017

L'ÉCOLE NOTRE DAME DES APÔTRES À MARRAKECH - 1932-1988

 EN MAI 1934 DES BÂTIMENTS NEUFS À MARRAKECH

Juillet-1934-Les_Chantiers_facade-nda_

La vegétation semble rare, côté rue, mais derrière les palmiers ont été soigneusement conservés.

Juillet-1934-_NDA-arriere

L'ombre des palmes est projettée sur la façade.

A LA FIN DU MOIS DE MAI 1933, SOEUR VIANNEY, (Madame BREVET pour l'Etat Civil) EST AUTORISÉE À OUVRIR À MARRAKECH UNE ÉCOLE PRIVÉE DE FILLES, APPELÉE "INSTITUT DE NOTRE-DAME DES APÔTRES"; LES SOEURS ÉTAIENT PRÉSENTES À MARRAKECH DÈS 1932 ENVOYÉES DEPUIS LYON PAR LA MAISON MÈRE.

L'Architecte qui a construit l'école était un collectif: "Les charpentiers de Paris" ; la société de construction : Société Gioanni Bourgeois. Bâtiment scolaire d'un étage sur rez-de-chaussée couvrant 2000 m2 et dont le gros-oeuvre est constitué par de la maçonnerie de briques et moëllons et du béton armé. Les travaux ont été réalisés à l'époque pour un montant de 400 000 francs. Commencés le 1er juin 1933, le chantier a été activement mené et terminé pour la rentrée scolaire de septembre 1933.

LA MAISON MÈRE DE NOTRE-DAME DES APÔTRES À LYON

En 1876, le père Augustin Planque – qui était le premier supérieur général de la Société des Missions Africaines de Lyon – fonda la Congrégation de Notre-Dame des Apôtres en lui donnant pour objectif principal l’évangélisation en Afrique. Le premier lieu de rassemblement des sœurs fut un local très modeste, situé Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon. Mais il fallut bientôt une vraie maison plus vaste et mieux adaptée. C’est alors que le Père Planque décide d’acheter un terrain au Moulin-à-vent, tout près de l’église des Sauterelles, afin d’y construire ce qui deviendra la Maison-Mère de la Congrégation. C’était en 1878.
Mais la nouvelle maison ne fut prête qu’en juin 1881. À cette époque, elle comprenait seulement la moitié de ce grand bâtiment que tout Vénissieux a bien connu par la suite jusqu’en 1995 (date de sa démolition).
À cause des événements politique du temps, le Fondateur voulut faire de son couvent une école et il en obtint l’autorisation de l’Inspection académique de Lyon. C’était bien en effet une maison d’enseignement où les futures missionnaires poursuivaient leurs études avant de partir pour l’Afrique. De plus, l’école était ouverte aux enfants du quartier pour les classes élémentaires. Cela dura jusqu’au début du XXe siècle où les lois sur les Congrégations (7 juillet 1904) retirèrent aux religieuses le droit d’enseigner. La maison redevint alors couvent et noviciat, et ne fut jamais inquiétée. Au Journal Officiel de du 15 mars 1929 on trouve que la "Société des sooeurs de Notre-Dame des Apôtres" est autorisée. 

Mais en 1971, cette maison devenue trop grande, en raison de la diminution massive des vocations, est vendue. Le fruit de la vente a permis de construire l’actuelle Maison Provinciale, 7 rue Marcel Achard à Sainte-Foy-lès-Lyon. C’est alors que le Conseil Général de la congrégation, quelques années plus tard, a quitté Lyon pour Rome et les locaux deviennent une cité de transit entre 1973 et 1993 année de leur démolition.

À MARRAKECH L'ÉCOLE NDA EST FONDÉE EN 1932, AUTORISÉE EN MAI 1933 ET OUVERTE EN SEPTEMBRE 1933.

NDA-MRK-1935-Le_Maroc_catholiqueDans la revue Le Maroc Catholique apparaît en 1935 une publicité pour l'École NDA et particulièrement pour son Pensionnat. En effet les familles habitant le bled ou d'autres villes du sud marocain appréciaient la possibilité d'une éducation religieuse associée aux études de leurs filles. Le Journal La Croix parle des soeurs de NDA en juillet 1936. " À Marrakech, les marocains appellent la Soeur de Notre-Dame des Apôtres "Madame Marabout" ou "Madame Moulaya" Dame de Dieu ou Dame venue de Dieu. Le marchand de légumes et le marchand de babouches lui font des prix de faveur."

QUELQUES PHOTOS DES ÉLÈVEES ET DES SOEURSNDA-1939_82

Une classe de 1939 à la veille du conflit mondial. Les soeurs n'étaient pas toutes enseignantes. Par exemple Colette Bassac, après son baccalauréat au lycée Mangin enseigna le français à partir de 1940.

 

salam-nda-1947La classe de 1947 ci-contre à droite a déja été publiée sur le blog le 8 février 2016. Quelques noms: DEGOIX, MILLER, GREMILLET, MELSCHOFT, MAUBOS, FILIPPI, CABONNEL,...avec Soeur Angélique et Mère Déo Gracias

Soeur Bonaventure de 1950 à 1953 : lien Soeur Bonaventure

 Un témoignage de France, élève en 1955-1956 par le lien : Marie-France Barreau.

 

NDA 1958_0001

Une photo de 1958, probablement Soeur Espérance.

NDA-1963La photo de 1963 avec Soeur Marie-Pierre a déja été publiée accompagnée de beaucoup de noms d'élèves - cliquer sur le lien Soeur Marie-Pierre

Son nom de naissance en 1926 était Eugénie ASTOR. Elle est décédée en 2013.

D'autres photographies sans dates :

Garcia-Nda-Mrk-361

Photo-Bertrand-NDA-00363Ces photographies sans date et sans noms du photographe Bertrand gagneraient à être commentées. Qui ajoutera dans les commentaires quelques précisions qui permettront de réveiller les souvenirs ?

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Les années où les soeurs de NDA se sont succédées à Marrakech: Soeur Elizabeth (1932-1934); Soeur Denise (1932-1933); Soeur Omer (1932-1937); Soeur André (1932-1933); Soeur Marie-Pierre (1935-1939; Soeur Alain (1934-1946); Soeur Caroline (1934-1937); Soeur Deogratias (1934-1954, Mère supérieure, décédée à Colmar en Juillet 1991); Soeur Véronique ( 1934-1938); Soeur Marie-Élise (1936-1940); Soeur Archangela (1937-1938); Soeur Jean-Eludes (1937-1938); Soeur Jacques-Marie (1939-1940); Soeur Hellade (1941-1946); Soeur Marie (1941-1948); Soeur Alexandrina ( 1941-1942); Soeur Marie-Françoise (1940-1941); Soeur Agnès (1940-1942); Soeur Fortunat (1945-1955); Soeur Angélique (1946-1950); Soeur Hermance (1946-1947); Soeur Françoise-Thérèse (1946- 1947); Soeur Marie-Rose (1947-1958); Soeur Layola (1948-1949); Soeur Pierre Célestin (1949-1954); Soeur Marie-Edmond (1949-1952); Soeur Bonaventure (1950-1953); Soeur Aure (1952-1956); Soeur Marie-Jeanne (1952-1954); Soeur Roberta (1952-1956); Soeur Lucien (1954-1957); Soeur Ildefonse (1954-1959); Soeur Suzanna (1954-1955); Soeur Marie-Céline (1955-1958); Soeur Charles-Marie (1956-1957); Soeur Hervé (1956-1957); Soeur Bosco (1966-1970; Soeur Espérance (1952-1965); Soeur Florina (1957-1958); Soeur Ann-Auguste (1957-1962). Soeur Marie-Pierre (?- 1963)

NDA-soeur-angelique-34L'école va fonctionner avec les soeurs de Notre dame des Apôtres jusqu'en juillet 1988. En septembre 1988 la direction de l’institut scolaire a déja été confiée aux Sœurs des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, qui assurent une continuité avec l’esprit et les méthodes qui ont animé les fondatrices en 1932. Elle prend le nom d'ÉCOLE CATHOLIQUE "LA SAADIA".(Photo: Soeur Angélique lors de son arrivée à Marrakech en 1946) Au cours des années, d’importants travaux ont été réalisés pour améliorer les structures de l’école et ajouter de nouvelles salles pour les cours spécialisés. Parmi celles-ci il y a une grande salle de théâtre, une palestre (aire de sport) et quelques laboratoires consacrés à la science et à la technologie. Son Excellence Mgr Vincent Landel, archevêque de Rabat, a souligné l’importance de l’éducation civique pour la formation de bons citoyens et a insisté sur les valeurs du respect de la justice et de la vérité, invitant les parents à donner l’exemple à leurs enfants. 

Les sœurs libanaises des « Saints Cœurs » ont repris l’école tenue naguère par les sœurs de Notre-Dame des Apôtres. L’entrée de l’école porte d’ailleurs toujours le nom: Institution Notre-Dame des Apôtres.

NDA_2009

Deux soeurs des Saints-Coeurs entourant Jacqueline Koller-Lefevre,une ancienne de NDA venue en visite à l'école en 2009.

Les sœurs libanaises ne sont que quatre mais elles sont bien organisées et font face aux multiples taches et taxes administratives qu’on leur impose. Un de leurs points d’honneur est d’accueillir riches et pauvres, les plus riches payant pour les plus pauvres. L’école fait le plein avec plus de 1200 élèves. L’enseignement, même aux petits de quatre ans, est donné en français. Un collège pour les études secondaires assurerait la continuité.

Voir aussi des photos prises par Blandine en 2010: L'école catholique La Saadia en 2010 .

Par ces nouveaux documents sur la création de l'école NDA, par les photos d'élèves et des soeurs, par las dates où les soeurs se trouvèrent à Marrakche nous espérons que plusieurs retrouveront des souvenirs et les partageront sur le blog. Le dernier nom de Soeur de NDA que nous connaissons est celui de Soaur Bosco en 1970, qui pourrait nous dire celles qui se trouvaient à Marrakech entre 1970 et 1988 ? Tous les souvenirs des anciennes élèves sont les bienvenus sur le blog.


12 octobre 2017

PREMIERS FILMS TOURNÉS EN PARTIE À MARRAKECH: LE SANG D'ALLAH, IN'CH'ALLAH & LES HOMMES NOUVEAUX.

Voir en fin d'article un film sur l'histoire du cinéma Le Colisée (passé inaperçu en raison d'un titre inadapté "Marrakech ciné stories" !!!)

Le film MEKTOUB, tourné à Marrakech et dans les Rehamna, fut en 1918 le premier film de fiction tourné au Maroc. Projetté dans les salles seulement en 1920. Tous les acteurs et figurants étaient marocains à l'exception de deux acteurs professionnels venus de Paris. Le scénario correspondait à une histoire vraie de la vie marocaine au temps du grand vizir Ba Ahmed (vers 1903). Ce film donna un rôle de premier plan à une chika, danseuse et chanteuse de Marrakech, Saïda Beni Saïd et en fit la première actrice marocaine.

Nous avons déja présenté ce film sur ce blog. voir le lien: MEKTOUB C'ÉTAIT ÉCRIT

Ce premier film tourné au Maroc précéda dans les mois qui suivirent d'autres films,  soit des films à intention patrimoniale ou touristique, purement documentaires, sans acteurs, dont nous donnons une liste indicative au bas de cet article, soit des films construits avec un scénario et une mise en scène.

Stinia-Palais-Glaoui

TROIS FILMS D'ACTEURS FURENT TOURNÉS DANS LA MÊME ANNÉE 1922 ET DONNÈRENT LIEU À UNE STIMULANTE RIVALITÉ ENTRE LEURS RÉALISATEURS FRANÇAIS. "LE SANG d'ALLAH" par LUITZ MORAT,  "IN'CH'ALLAH" par FRANZ TOUSSAINT & LES HOMMES NOUVEAUX PAR VIOLET ET DONATIEN. Les trois films furent tournés partiellement à MARRAKECH et partiellement dans l'Atlas pour LE SANG D'ALLAH, partiellement au sud de Mogador/Essaouira pour IN' CH' ALLAH et partiellement à Casa, Rabat et Fez pour LES HOMMES NOUVEAUX. Tous furent tournés partiellement à MARRAKECH; ce qui fait de cette ville la première ville du cinéma au Maroc. Ci-dessus le palais du Pacha, la Stinia. Le pilier sur la gauche de la photo couleur (vu sous un autre angle) est le même que le premier pilier de la scène du film ci-dessous en noir et blanc.

chez-le-pache-cinemonde Une scène du film "Le sang d'Allah" tournée dans le Palais du pacha de Marrakech.

Ces films n'étaient pas destinés à un public marocain mais se voulaient instructifs pour les européens se rendant au Maroc. Tout en faisant découvrir les moeurs marocaines ils voulaient alerter les européens sur les dangers qu'ils encouraient à s'intéresser de trop près aux femmes marocaines. Des films pédagogiques pour adultes en quelque sorte.
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LE SANG D'ALLAH - 1922 -  Scénario : Luitz MORAT (vrai nom Louis RADIGUET, photo à gauche) et Alfred VERCOURT

Luitz-Morat-harem

Début du tournage en décembre 1921- Le film eut d'abord pour titre "AU SEUIL DU HAREM"; mais ce titre fut abandonné entre le tournage et le montage au mois d'avril. Ce remplacement de titre a fait croire à certains qu'il y avait deux films différents, en fait il s'agit du même film. 
La première projection privée fut réalisée le 11 octobre 1922 et la diffusion en salles effectuée par Pathé Consortium Cinéma
Sortie dans les salles le 1er Décembre 1922 à Paris, Aubervilliers et Clichy, puis par toute la France, quelques villes d'Algérie  et... le 18 mars 1923 Arcachon ...
Le sang d’Allah est présenté comme un conte d’Islam, tourné au Maroc avec une immense figuration indigène, 18000 hommes, 5000 cavaliers, 3000 chameaux. Le Pacha de Marrakech fit venir à ses frais et nourrit pendant trois jours hommes et montures. Luitz Morat n'eut rien à payer, la seule chose qu'il put faire c'est dire "Merci". Il n'est pas douteux que le Pacha était un fervent amateur d'art et de spectacles. N'a-t-il pas fait venir la troupe qui jouait la Traviatta afin qu'elle se produise au Palace à Marrakech? Mais on ne peut s'empêcher de penser que faire venir sous les remparts de Marrakech autant d'hommes et de cavaliers en armes avait pour lui un intérêt politique, précisément en 1922, année où le Président Millerand a fait une visite des principales villes du Maroc. Personne d'autre au Maroc n'était capable de convoquer autant de combattants, une démonstration de sa puissance. 

gaston-modo-cinemonde

Acteurs: Florica Alexandresco (d'origine roumaine), Gaston Modot (photo à droite), Henri Rollan (vrai nom: Martiné), Marthe Venot, Baron San Giorgio, '....           
Société productrice: Films Luitz Morat, Pierre Régnier et Cie
Opérateurs: Jules Krüger et Décors: Hugues Laurent. Jules Krüger deviendra un très célèbre chef opérateur. (voir photo avec caméra à manivelle). Laboratoire mobile: André Debrie, constructeur d'une caméra à grande vitesse, le Debrie GV. Cet appareil, à entraînement manuel, permettait de filmer jusqu’à 240 images par seconde.
Scénario: Deux jeunes européens, Henry Averson et Jack Herveley, accompagnés de quelques amis, ont été conduits en Afrique, l'un par son goût de la chasse et du sport, l'autre par le désir d'oublier le grand chagrin que lui a causé l'infidélité de sa femme. (En photo, Gaston Modot, ligotté et surveillé par son geolier)

Jules-Kruger-cinematographe

Un jour qu'ils excursionnent aux environs d'une ville dont le sultan ayant surpris sa favorite Yasmina dans les bras d'un esclave a ordonné que la coupable fut lapidée. Henry, que révolte cette punition impensable pour lui,  arrache Yasmina au supplice, mais ce geste de pitié est, par les fidèles du Coran, considéré comme un crime. Le camp européen est attaqué, Yasmina rendue à son seigneur et maître et Henry fait prisonnier. Celui-ci va être livré au boureau lorsque la jeune femme offre sa vie au sultan en échange du fou qui a essayé de la sauver. Mais le sultan refuse cette offre; et cruel dit au jeune homme: "Tue toi-même la coupable et tu seras libre." L'européen refuse et est conduit sur une terrasse avec Yasmina où ils succomberont tous les deux au double supplice du soleil et de la soif. Yasmina meurt la première et Henry est délivré par son ami Jack.

Florica-Alexandresco-star-roumaine

Cette action que n'alourdit aucune intrigue annexe est emportée dans un mouvement fievreux qui gagne le spectateur qui ne s'interroge un moment que lorsqu'il y a à nous faire voir des tableaux, comme celui qui groupe sous les vieux remparts de la citadelle où est tapi le sultan, quelques miliers de cavaliers prêts à s'élancer sur leur proie.
L'interprétation de "Le sang d'Allah' est simple et musclée avec MM. Henri Rollan, Georges Modot et San Giorgio, souple, nerveuse et d'un charme à la fois orietal et slave avec Mme Florica Alexandresco.
Sous le nom de - Au seuil du Harem le départ pour le Maroc eut lieu dès décembre 1921. 

SEUIL-du-Harem-cinemonde

Mais ce titre fut abandonné par Luitz-Morat et il choisit à la place "Le sang d'Allah"
Le titre abandonné fut repris plus tard (1926) pour la version française d'un film danois de A. W. Sandberg. (L'acteur menotté sur la photo à gauche est Henri Rollan. On reconnaît la forme des colonnes de Dar Moulay Ali, proche de la Koutoubia)
Le tournage de "Au Seuil du Harem" devenu "Le sang d'Allah" s'est déroulé à Marrakech et même plus au sud jusqu'à mi-avril 1922, comme nous l'indique un courrier de Luitz Morat au journaliste Croze: "Dans le bled marocain, ou plutôt aux contreforts de l'Atlas neigeux, un peu plus au sud que la grande capitale Marrakech".
Il écrit aussi à un journaliste du Petit Journal après la fin du tournage qui a duré un peu plus de deux mois. Mais sa lettre ne sera publiée qu'en  juillet 1922.
Luitz MORAT: "Que penseriez-vous du metteur en scène qui, pour entreprendre un film portant semblable titre, ne se croirait pas obligé de s'en aller dans l'extrème-sud marocain, à Marrakech par exemple ? C'est donc à Marrakech que, pour réaliser le scénario que m'avait remis mon ami Alfred Vercourt, j'avais établi mon quartier général et le laboratoire ambulant établi par Debrie, où je disposais du nécessaire pour voir, le soir même, et grâce au dévouement et à l'habileté de mes opérateurs Krüger et Laurent, le négatif de ce que nous avions tourné dans la journée... Or, nous tournions, nous tournions beaucoup, nous tournions tous avec entrain et foi, tant que nous étions: Mme Florica Alexandresco, du théâtre national de Bucarest, M. Henri Rollan (L'Athos des 3 Mousquetaires), Mlle Marthe Vinot, le baron Saint-Georges, Gaston Modot qui, après son farouche Ascanio de La terre du Diable, exprimait dans son nouveau rôle, toute sa fantaisie et tout son humour. Et, c'est en tournant que nous parcourumes une importante partie du Maroc: partis de Marrakech, nous passames par Tazerte, point d'où s'élancent les pistes du désert, et que nous atteignimes après avoir traversé le Haut-Atlas aux neiges éternelles, puis... par Tahamaout, Sourk, Azemour, Tagadirt, où se passe un bon tiers de l'action du film. (il y a beaucoup de lieux qui portent les mêmes noms dans l'Atlas, avec parfois des orthographes différentes, mais cette liste devrait permettre de situer plus précisément le bled où se fit le tournage)
Sans doute notre vie fut-elle mouvementée, mais elle ne le fut qu'agréablement, grâce surtout à son Excellence le Pacha de Marrakech qui facilita notre tâche de tout son pouvoir - et même au-delà... 
Durant notre séjour dans l'extrème sud marocain, nous avons évidemment tous vécu de la vie berbère, couchant sur la terre, mangeant le couscous et le méchoui ou bien encore du poulet farci de figues vertes et de dattes, et cela avec la main, sans le moindre secours de la moindre fourchette.
Après chaque repas, le serviteur apportait à chacun de nous un bassin d'argent rempli d'eau chaude, où nous trempions la main droite. Et puis nous buvions le thé à la menthe - jamais de vin - et nous fumions un tabac très parfumé. Le dîner achevé, tout en buvant et en fumant, nous regardions des danses qui dans la nuit profonde nous enveloppaient de poésie.
Heure exquise de repos après le travail épuisant sous le soleil. Maintenant, ce travail nouveau pour nous et plein de pauses non moins inédites est fini et j'espère avoir réussi dans le projet que j'avais formé de présenter l'Islam sans supercherie et sans artifice, tel qu'il est réellement en 1922, rébarbatif d'aspect, moyennageux de moeurs et d'allures, mais en définitive plus près que nous le croyons de notre vie moderne. Ce que j'ai essayé de mettre  dans "Au seuil du Harem", que vous verrez au début de l'automne prochain, c'est l'Islam tout entier, avec ses châteaux forts en tronc de pyramides, avec ses habitants si farouches quand on ne les connait pas; mais si doux, ingénus et hospitaliers quand on a gagné leur confiance et nous verrons bien si j'ai réussi. In' Ch'Allah! Comme nous disions quand nous étions les hôtes du Pacha de Marrakech. Luitz MORAT
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In'Ch'Allah, c'était écrit, film de Franz Toussaint
Franz Toussaint est un homme du Sud-Ouest, né à Toulouse, ami de Jean Jaurès et Jean Giraudoux. Auteur et traducteur de poèmes orientaux, il parlait l'arabe dont il faisait des traductions, de même du persan, du sanscrit et du japonais. Il ne tourna lui même qu'un seul film: In'Ch'Allah et fit également les scénarios de: La sultane de l'Amour et de Tristan et Yseult (en arabe).
Tournage au Maroc à partir de mars 1922

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Première projection à Paris en novembre 1922
Le film ne sera projetté à Alger qu'en avril 1924.
Le critique de cinéma Emile Vuillermoz après avoir vu la première projection mi-novembre 1922 a publié un article dans Comoedia:

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L'auteur, Franz Toussaint nous présente l'aventure d'une petite danseuse arabe du nom de Zilah, (jouée par Stacia Napierkowska) dont une prédiction mystérieuse va bouleverser la douce existence. Une inscription funéraire annonce qu'une jeune vierge très belle, dont le père sera originaire du Maghreb et pour laquelle sept hommes seront morts dans la même nuit, sauvera son pays d'un désastre. Le père de Zilah, le vieux Bakir, et un chamelier farouche nommé Saïd, vont se vouer à la tâche sacrée qui consistera à conduire Zilah, de gré ou de force, vers son destin. Car le fatalisme musulman ne croit pas inutile d'apporter aux prédictions d'Allah la collaboration la plus énergique et la plus active. Zilah aime le jeune caïd Sliman et se soucie peu d'être une héroïne de l'Empire marocain. Bakir et Saïd ne pouvant la convaincre, l'enlèvent et lui font traverser le désert pour l'emmener à Irchad. Sliman se lance à sa recherche, la rejoint au moment où Bakir vient de mourir, et, toujours sous la protection menaçante de Saïd, se voit contraint de suivre la voie fatidique. Ils arrivent enfin à Irchad, où le sultan Khaled, oublie ses devoirs de chef entre les bras de sa perfide favorite Djahila, qui médite de livrer l'empire aux tribus des montagnes.
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Le voluptueus Sliman s'éprend de Djahila et délaisse la pauvre Zilah qui se désespère.(Photo: Fabienne Fréa en Djahila)
Mais Saïd veille, toujours mystérieux et, toujours énergique. Il épie les traitres et déjoue leurs projets. Les tribus de la montagne envahissent la ville, le sultan s'enfuit lachement, Sliman est tué, Djalila se fait justice. Zilah fanatise le peuple qui prend les armes sous la conduite de Saïd et délivre l'empire. La prédiction est réalisée. Et le chamelier, refusant la main de Zilah devenue sultane d'Irchad, reprend lentement la route du désert.
On devine aisément ce qui a du se passer dans l'atelier de montage de Franz Toussaint. Pour réaliser ce vaste tableau d'histoire musulmane, l'auteur avait du accumuler les notations et les détails. Il a fallu, au dernier moment, resserrer le sujet en réduisant le métrage. Minute dangereuse où furent certainement sacrifiés des éléments essentiels. À ces moments là, un auteur, trop familiarisé avec son oeuvre est incapable de discerner ce qui est indispensable ou non à l'intelligence de son sujet et ses coupures deviennent souvent des mutilations graves. Pour un oeil neuf ces mutilations laissent des cicatrices apparentes. Voici celles que, pour ma part, je voudrais voir disparaître, ce qui est, d'ailleurs, un résultat très facile à obtenir. Il y a, dans ce sujet, un élément dramatique capital trop souligné: le voluptueux Sliman et le farouche Saïd sont frères. Leur antagonisme autour de la frèle Zilah crée une situation digne de plus sérieux développements, d'autant plus que Saïd est seul à connaître ce secret et se laisse condamner à mort par Sliman sans se faire reconnaître.
Sliman a une épouse qui cherche à s'opposer à son départ et tente de le suivre au désert. De ce rôle, probablement important dans le scenario, il ne reste plus que deux "amorces" inutiles qui déroutent le spectateur et qu'il serait prudent de faire disparaître, malgré toute la grâce de Mademoiselle Yvonne Simon, parce qu'elles ne sont plus justifiées et sollicitent une curiosité qui sera déçue. La mort de Sliman est escamotée et nous ne voyons pas l'évolution de la pensée de Zilah en qui l'indignation tue l'amour. Nous avons laissé une petite danseuse en larmes; nous retrouvons une Jeanne d'Arc du Maghreb sans aucune transition. L'équilibre entre l'anecdote sentimentale et le drame du fanatisme patriotique est, d'ailleurs souvent compromis. Le sujet se rapetisse et grandit tour à tour: il pourrait, mieux conduit, mieux enveloppé, garder toujours la même échelle. Encore une fois, il ne s'agit là que de détails de montage. Quelques sous-titres, quelques rapppels, quelques insistances adroites arrangeraient toutes choses et donneraient au film toute sa force et toute son éloquence. Mais l'oeuvre est assez belle pour qu'on n'hésite pas à lui accorder de tels soins.
L'interprétation est excellente. Mademoiselle Napierkowska, étoile désormais attitrée de films sahariens, a vécu son rôle avec une sobriété, une tenue, un charme et une intelligence tout à fait remarquable. Mlle Fabienne Fréa a eu de belles minutes d'expression dramatique aigüe et féroce. Et le centaure Brahim El Hadjeb a dominé tout le film de sa magnifique autorité, de sa simplicité pleine de force et de son expérience artistique d'enfant du désert renseigné, à qui Franz Toussaint a dû présenter quelque jour à Nice, le terrible Modot et "La sultane de l'Amour!...
Il faut citer aussi dans l'équipe deux actrices marocaines: Messaouda Bent Yella, Zouhra Bent Yabla et les acteurs Brahim El Hadjeb et El Hadi El Moukhtar. De même : Yvonne Simon, Jean Salvat, André Volbert, Dartagne, Jacques de Trévières et Marco de Gastyne.
Opérateurs Louis Chaix et Henri Gondois.
Société de Production : Général Film Office
Distributeur: Compagnie Française du Film
La comédienne Fabienne Fréa raconte son recrutement et le tournage au Maroc :

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C’était un matin gris de mars dernier. Les arbres, que j’apercevais de mes fenêtres, n’avaient pas encore leur robe de feuilles.  Assise au coin du feu, tisonnant les braises et mes souvenirs, je m’efforçais de lutter contre ma grande nostalgie du soleil et de l’azur de mon pays natal. Certaines femmes sont mélancoliques le soir, d’autres ont du vague à l’âme toute la journée, la plupart, et je suis de celles-là, en ont surtout le matin, quand elles viennent de murmurer – ou à peu près – et sortant des limbes, du sommeil et des rêves.

Afin de pouvoir prendre mon courage à deux mains, je venais de poser ma tasse de thé sur la cheminée lorsque retentit l’appel du telephone.

-       Allo! Mlle Fabienne Fréa ?

-       On le dit.. lançais-je sans aménité.

-       Franz Toussaint…

-       Oh! Pardon…

-       Vous allez bien ? Oui ? Alors, si vous êtes libre et si ça vous chante, nous partons demain soir pour le Maroc. Mon film… In’ Ch’ Allah ! Je vous ai choisie… Je vous confie un des rôles principaux.

Dans mes joyeux égarements, et à ma honte immediate, moi qui eus un premier prix de géographie au couvent des Dames de Sion (mais j’avais dû copier mes compositions…) je demandai à M. Franz Toussaint:

-       Est-ce que le paquebot fera escale à Smyrne?

Dieu est grand ! La communication avait été coupée. Mon intimidant interlocuteur n’a pas entendu cette question déplorable.

Et ma chambre, aussitôt, fut inondée de soleil, et des oiseaux merveilleux étincelèrent dans les arbres qui s’encadraient dans mes fenêtres et un puissant parfum de rose, de jasmin, d’oranger en fleurs, m’environna.

Était-ce vrai? Demain, le Maroc ? Ses grands sables où palpitent les mirages. Ses jardins édéniques… Au bord de la mer, Mogador, Mazagan, Rabat, Salé, ces villes blanches qui sont le collier d’Anphitrite…. Demain, le Maroc !  Fez, Marrakech, les neiges de l’Atlas, ses fontaines d’eau bleue, tous ces arômes qui m’attendent et dont je ne pourrai peutêtre plus me detacher !

Le temps d’allumer une petite cigarette, et j’ai retrouvé ma lucidité: “Ma fille, il ne s’agit pas d’un voyage d’agrément. Il s’agit d’un film, qui n’est pas une petite affaire. Pour comble, on te donne un des principaux rôles. Quel poids pour mes frèles épaules! Tu ne seras jamais capable de t’en tirer.”  Ah! Comme j’ai envie de dire tout de suite à M. Franz Toussaint que j’ai la grippe, ou que je viens de me casser la jambe, ou que mon fiancé m’interdit de partir !

Un des principaux roles d’In’ Ch’ Allah! Avec Stacia Napierkowska, la grande étoile… Non ! Je n’ose plus…

J’ai un prétexte. Je suis étrangère. Je ne possède aucun passeport. Je sais qu’il faut plusieurs semaines de démarches pour en obtenir un et la troupe s’embarque après demain. Je lui parle de mes papiers, qui ne peuvent être en règle avant longtemps….

-       Mademoiselle, vous les aurez ce soir-même. Le nécessaire a été fait.

Le sort en est jeté !

 -    Quelles robes dois-je emporter ? dis-je avec résignation?

-       Rien pour le film. Vous jouez un role en sultane. Comme il fait déjà chaud là-bas , ne vous munissez que de robes très légères, de petits chapeaux et d’ombrelles.

Bien entendu je n’ai entassé dans mes malles que des robes d’hiver, des manteaux, des fourrures et des parapluies.

Ça commençait bien ! Et je suis quand même arrivée à Casablanca, mais sans avoir apercu Smyrne.

À partir de ce jour, il m’est difficile de classer mes souvenirs du Maroc. J’ai vu tant de merveilles ! j’ai savouré tant de délices et j’ai eu de telles fatigues ! Tout est encore pêle-mêle dans ma mémoire.  La décantation sera longue. Quand j’évoque Fez, Marrakech ou Rabat. Je vois d’abord verdoyer des Jardins écrasés de lumière, des jardins ou les rosiers et les géraniums en fleurs sont des arbres. Des ruisseaux mélodieux, des fontaines et des bassins aux parois incrustées de mosaïques multicolores y répandent une fraîcheur d’oasis. Je ferme encore les yeux et c’est Fez dans une nuit lumière. J’écoute le bourdonnement qui monte de cette ville aux six cents mosquées. J’écoute les chant d’un moueddin’ qui appelle à la prière. Je vois le désert blanc des caravaniers exténués qui se traînent vers un puits tari. Et j’entends M. Franz Toussaint qui clame en arabe avec force jurons qu’Allah ne lui pardonnera jamais :”Ne regardez-pas les appareils !”

Je vois les opérateurs qui, ruisselants de transpiration pestent contre la poussière de sable qui va peutêtre atteindre leur pellicule. Je distingue M. Marco de Gastyne qui a des démélés avec nos turbans et nos robes. Je suis des yeux, avec angoisse, un de nos chauffeurs, qui est parti à la recherche d’eau qui refroidira son radiateur. J’entends annoncer que le chef de l’immense caravane convoquée pour trois heures dans la palmeraie de Sidi Harazem s’est trompé de route et ne pourra nous rejoindre que dans trois jours. J’assiste, le coeur battant, aux vertigineuses prouesses équestre qu’éxécute Brahim El Hadjeb, cet Arabe qui est le héros du film et qui risquait chaque fois sa vie avec une complète indifference.

À présent, dans le calme d’une retraite champêtre, je laisse vagabonder mon esprit parmi toutes les splendeurs auxquelles j’ai modestement participé. Tous ces souvenirs resteront mon plus cher trésor. J’ai beaucoup vu, j’ai essayé de retenir beaucoup. Puisse le sablier du Temps tarder à effacer dans ma mémoire les lumineuses images qui enchantent actuellement mes jours !

In’ Ch’ Allah (S’il plait à Dieu!). Parmi tous ces souvenirs, il en est que le père Kronos ne pourra pas détruire.

Si je dois à ce film d’avoir fait leplus beau voyage que l’on puisse imaginer, je lui suis surtout reconnaissante de m’avoir donné de connaître, d’aimer, et d’admirer davantage encore Stecia Napierkowska qui sera l’innoubliable flamme d’In’Ch’Allah! Son charme, sa grace, sa bonne humeur permanente dans les moments les plus pénibles – et nous en avons eu ! – étaient notre réconfort, notre stimulant.

Mais quel bavardage ! Vraiment, pensez-vous, ne ferait-elle pas mieux de nous dire quand on verra In’ Ch’ Allah !

Vous le saurez bientôt !

Il ne reste à la petite sultane qu’à s’excuser de n’avoir été que le pâle reflet de la femme mystérieuse et tragique dont M. Franz Toussaint a conçu l’existence.   Fabienne Fréa

LES HOMMES NOUVEAUX, film d'E.É. VIOLET et de É.B. DONATIEN.

 

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Ce troisième film tourné dans plusieurs villes du Maroc  comporte plusieurs scènes à Marrakech, notamment dans la palmeraie où l'acteur Georges Melchior joue le rôle du capitaine de Chassagnes, victime d'une agression. Il s'agit d'une adaptation du roman de Claude Farrère au titre éponyme. Claude Farrère a composé lui-même le scénario et s'en explique: "J’ai tenu à faire le scénario moi-même du film Les Hommes nouveaux. Certes, je n’ai rien d’un homme de génie et je le regrette amèrement chaque jour, mais j’ai l’orgueil d’avoir fait un scénario de saine propagande où se trouve magnifié l’effort colonial français qui n’est pas ce qu’un vain peuple pense, puisque la conséquence la plus directe du succès de cet effort est d’épargner le sang humain sur la terre. 

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J’ai glorifié, dans le film l’un des plus grands français d’aujourd’hui, le Maréchal Lyautey qui a mérité ce surnom, le plus beau de tous les éloges: l’Africain. L’Africain ce nom qui claque comme un étendard au vent du large, personne n’avait mérité de le reprendre depuis plus de deux mille ans qu’il est tombé en désuétude.
Eh! Bien, il y a une chose qu’ii faut dire: c’est que, grâce au film, cette propagande que j’ai voulu faire au Maroc et à son fondateur a été multipliée puisque des publics sans nombre ont acclamé la grande oeuvre de Lyautey au Maroc."
Le journaliste Marcel Gaultier a rédigé un résumé du scénario: 
Le romancier Claude Farrère, ayant réalisé qu’il existe un autre Maroc que le poétique Maroc d’hier fait de palais, de jardins et de fontaines, peint à nos yeux le Maroc d’aujourd’hui et de demain, celui que sont entrain de créer, autour du Maréchal Lyautey et de ses collaborateurs, « Les hommes nouveaux ».

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Pour commencer se rencontrent sur le paquebot « Mezzar » allant au Maroc, Jules-Amédée Bourron (joué par Donatien), propriétaire et spéculateur à Casablanca, et, Christiane Séveral (jouée par Marthe Ferrare) qui veuve de guerre et ruinée s’en va au Maroc rénover une quelconque industrie de tapis indigènes. Les seuls paquebots offrant d’immenses ressources pour que les relations s’y nouent et que les caractères s’y dévoilent, il arrivera à la fin de la traversée que nos deux personnages connaîtront ou croiront connaître leurs personnalités réciproques, et même seront fiancés.
Il est hors de doute que le romancier Farrère a pris dans la réalité toute pure de son entourrage: Bourron, Christiane et ceux qui gravitent autour d’eux. Nos compatriotes au Maroc n’ont pas eu de peine à soulever des masques à peine attachés. Ceci posé, il n’en reste pas moins que Christiane est, plus qu’un double de la propre fille de Farrère.

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 Elle est très belle et très séduisante, il va sans dire. Née d’une famille racée,(dans le premier sénario elle se nommait Christiane de Sainte-Foix) elle en a le courage, l’orgueil, et le goût de la sincérité. Elle a pu tromper un mari qu’elle n’aimait pas, et qui ne l’aimait pas; mais ce mari tué à la guerre, elle a eu "honte et horreur » de son amour, et elle a rompu, comme on accomplit un sacrifice nécessaire. Bourron, lui, est « l’homme nouveau ». Comme nous l’apprenons en même temps que Christiane à Tanger en 1910, il avait « moins que rien »; cinq mille francs empruntés; il « vaut » à Casablanca en 1922 douze millions. La différence suffit à montrer quelle manière de génie est Bourron; à une époque où le Maroc se fonde économiquement, il a su acheter et vendre des mules, des conserves, des terrains, et demain le pays entier lui appartiendra. Cela suppose évidemment un homme taillé pour la lutte, tour à tour fort et rusé, et sachant écarter les scrupules. Bourron a l’orgueil de sa fortune et de sa force, et ne veut pas être confondu avec les nouveaux riches de Paris ou de province. Car, dit-il « après eux rien ne reste que la misère de la France après nous la richesse d’un grand pays… Je me suis élevé, et j’ai élevé l’empire… » Envisagé ainsi un Bourron ne manque pas de grandeur que nous reconnaissons à un Carnegie ou à Rockfeller. Mais elle ne peut lui donner malgré ses prétentions ce qui lui manque totalement: l’éducation des manières, et surtout des sentiments.

Il pu conquérir la fine Christiane, car les femmes aiment la force, et aussi parce que l’ami commun que l’on trouve toujours en pareil cas a su lui démontrer ce qu’un tel mariage pouvait avoir de raisonnable.
Mais que ce ménage tourne mal, nous ne nous en étonnerons pas, malgré leur grande bonne volonté réciproque. Car ils se heurtent journellement à propos de ces menus riens dont justement la vie est faite. Christiane découvre peu à peu la grossièreté de son mari et en souffre, et s’ennuie sans savoir pourquoi, malgré l’adoration qu’a pour elle Laure, la délicieuse fille du premier mariage de Bourron.(jouée par Marcelle Legrand).
Mais voici que parmi les innombrables affaires que brasse Bouron se trouve une immense affaire d’accaparement. Celle-ci amène sur la scène un officier de renseignement (Capitaine de Chassaignes, joué par Melchior) détaché auprès du caïd Madhani, un grand caïd du Sud. Et c’est justement l’homme, si pareil à elle et si différent de Bourron que Christiane a aimé autrefois, et n’a pas oublié. Bourron, qui n’ignore pas tout à fait ce passé n’hésite pas à envoyer sa femme malgré elle vers cet homme, quand ses intérêts l’exigent.

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Mais l’orage affolé de la jalousie se lève sur lui quand Louis de Chassagnes, blessé dans une expédition et mourant pour son devoir, demande Christiane à son lit de mort.

Cinéa_-hommes-nouveaux-bourron-colere-1922Christiane insultée, brutalisée et enfermée s’enfuit, à la mode du pays, par les terrasses. Bourron perd en même temps que sa femme, sa fille révoltée de l’aveugle brutalité de son père; « Car, dit le philosophe du roman, M. Maurice de Tolly, vous avez un coeur d’or, un cerveau d’acier, et le reste à l’avenant. Vous serez donc un demi-dieu, la chose est possible, mais un gentleman, non, la chose ne l’est pas. Or, les femmes, bétail illogique et saugrenu, n’aiment que les gentlemen. Les femmes donc ne vous aimeront pas. Jamais. »

Christiane partira donc avec sa belle-fille pour le « voyage nécessité par sa santé » afin de sauver la face. Elle reviendra peut-être, car la grandeur de l’oeuvre des hommes nouveaux lui parait déjà, à peine Casablanca quittée. Et, résignée, elle pardonnera.
Ce roman est ainsi la double étude d’un mariage mal assorti, ce qui n’est pas neuf, et de la psychologie d’un "fondateur d’empire" ce qui ne peut manquer d’intérêt. Farrère y apporte avec le charme de sa philosophie désabusée, sceptique et indulgente, l’attrait d’un cadre merveilleux et plein de contrastes: Casablanca avec son activité américaine - Rabat et son jardin Bleu - les innombrables beautés de Marrakech - Et l’Atlas neigeux et boisé, où vit une organisation toute féodale le peuple marocain simple et fidèle, auquel les hommes nouveaux apportent la paix, la culture européenne, et peut-être aussi quelques autres bienfaits moins évidents.

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La mise en scène est celle d'Edouard-Émile VIOLET (de son vrai nom Châne, photo ci-contre) qui joue aussi le rôle de Maurice de Tolly. Le producteur est Alexis DAL MÉDICO (DAL films), parmi les autres acteurs on cite André Gargour, Jean Bradin. Les opérateurs et photographes sont André Dantan et Louis Dubois.

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L'affiche du film ne dit en rien que cet intérieur bourgeois se situe à Casablanca, mais elle est significative de l'époque. La Première du film aura lieu à Paris le 12 janvier 1923, au Gaumont-Palace et au Aubert-Palace et la diffusion dans les salles à partir du 26 janvier.

 Trois réalisateurs, trois approches différentes, l'un Luitz Morat est un homme de cinéma expérimenté, il arrive à Marrakech avec la meilleure équipe technique du moment et un grand nombre d'acteurs européens. Il met en scène des milliers de marocains, mais ne leur confie aucun rôle d'acteur. L'autre Franz Toussaint est plus un auteur qu'un homme de cinéma. Il continuera plus tard à écrire des scénarios, mais ne voudra plus être réalisateur. Son équipe technique est légère. Il connait très bien l'arabe et sa culture. Il prévoit des figurants marocains mais compte en centaines et non pas en milliers. Il confie des rôles d'acteurs à deux marocaines et deux marocains. Les premiers après Saïda Beni Saïd, actrice dans Mektoub, c'était écrit. Édouard-Émile VIOLET a déja réalisé plusieurs films. Il adapte un roman à l'écran dont il n'a pas écrit le scénario et arrive au Maroc avec son équipe de techniciens et d'acteurs qui a déja tourné plusieurs scènes sur le bateau. Il n'y a pas d'acteur marocain dans la distribution, seulement des figurants. 

Ce film muet précéda de 13 ans un autre film avec le même titre et la même histoire. Il ne faut pas les confondre entre eux. Le film parlant qui fut tourné en 1936 fut réalisé par Marcel L'HERBIER.

 Ces trois films muets tournés en partie à Marrakech et d'autres lieux du Maroc donnèrent l'occasion à plusieurs marocains de goûter à une carrière d'acteur de cinéma. À la première actrice Saïda beni Saïd qui joua dans Mektoub en 1918, viennent s'ajouter Messaouda Bent Yella et Zouhra Bent Yabla. Les femmes marocaines investirent le cinéma avant les hommes puisque nous ne connaissons que les noms de Brahim El Hadjeb et de El Hadi Ben Moukhtar comme acteurs en 1922. Mais les miliers de figurants, notamment dans le film de Luitz Morat, pouvaient donner l'espoir d'un futur développement du cinéma marocain.

Les quatre premiers films muets tournés au Maroc comportent des scènes filmées dans la Ville rouge: Marrakech, première capitale du cinéma au Maroc.

Quelques films documentaires de la même époque à Marrakech et environs:

Films documentaires de réalisteurs et opérateurs inconnus, sans fiction, tous sortis en 1920, seule la société de production est parfois indiquée.

Marrakech la rouge - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique fondée par Pierre MARCEL LÉVI en 1921 qui récupère des films a visée pédagogique tournés par d'autres avant 1921.
 
Petits métiers du Sud marocain - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique
Casbah-Tadla -1920 - (tourné en 1919) - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : Société Française des films et cinématographes Eclair - S.I.C.E. L'un des derniers films avant la faillite de son activité production (1922).
L'Oeuvre civilisatrice de la France au Maroc - 1920 - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : 

Ces films ont été conservés et il est possible de les visionner sous certaines conditions. 

On notera aussi parmi les premiers films sur la Perle du Sud:

Marrakech de René Moreau. produit par la CUC en 1922 - Film de 10 minutes en 35 mm - Noir & Blanc et Teinté - France

Descriptif: Marrakech, l'une des capitales du Maroc, est l'ancienne cité impériale. Sa médina et ses monuments font sa renommée. L'oasis, au pied des remparts, est un lieu de rencontres. Les caravaniers et leurs troupeaux viennent s'y abreuver. Une foule cosmopolite fréquente les souks et les marchés.
Si vous avez l'occasion ne manquez pas de voir MARRAKECH CINÉ STORIES avec LE COLISÉE, Méroé Films. Les producteurs qui ont choisi le titre devraient mettre des lunettes. Ils auraient vu que le nom du cinéma n'était pas "The Coliseum".

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Hadj Saïd LAYADI, le grand-père, a acheté la salle en 1953 avant l'indépendance mais à l'époque des attentats de Casablanca. Aïcha Ait Belkheir est ouvreuse depuis le début des années 1970. Le Colisée ne compte aujourd’hui plus que deux placeuses, contre cinq autrefois. En 2009 Mohamed Layadi, est gérant après le grand père. Dans la rue du Colisée, les trois autres salles des confrères ont disparu. Entre 1995 et 2007, le nombre d’entrées a chuté de 70%. Le royaume ne compte plus que 94 écrans, contre 300 dans les années 1980. 

Les Marrakchis qui ont des souvenirs de leurs cinémas peuvent les partager dans les commentaires ci-dessous.

30 septembre 2017

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Jean-Louis-Majorelle-Stachewsky-2016

tombola-vives-moussem-2016 robert-lucké-portevoix-moussem-2016 jacky-feneyrol-moussem-2016 Le centre de La Souvine à l'heure de l'apéritif. Marcel Martin, le verre à la main. Jojo Stachewsky, Jean-Louis Majorelle et sa femme aussi le verre à la main; l'heureux gagnant d'un tableau de l'orientaliste renommé Roger Vivès; Robert Lucké le portevoix à la bouche. Jacky Feneyrol, Madame Lamon à table, aussi le verre à la main. Nous devons ce fiilm à Maurice CALAS que nous remercions de nous montrer les visages muris d'anciens adolescents de Marrakech.

 CONTACTER JOJO STACHEWSKY, ANCIEN DU LVH POUR UNE ESCAPADE À MARRAKECH EN MAI 2018 

Escapade-Marrakech 2018 http://jojo32jojo.simplesite.com/436309537

Georges Stachewsky a organisé pour les anciens de Marrakech l' Escapade à Nogaro en 2015, l' Escapade sur la côte basque en 2016. Deux escapades très réussies comme vous le diront leurs participants. Il invite tous les marrakchis qu'ils soient des anciens du LVH, du Lycée Mangin ou d'ailleurs avec leurs amis pour l'Escapade à Marrakech 2018.

LES PHOTOS DU MOUSSEM 2017 PRISES PAR BEAU & BEAU SONT EN LIGNE SUR LE SITE ARBEAU

 http://arbeau.free.fr/salam/. compte : salam - mot de passe : marrakech. Tous les caractères doivent être écrits en minuscules.

Voir ci-dessous à titre d'exemple quelques photographies du samedi 24 juin au soir de la collection d'Annie et Roger BEAU: 

2017 06 24 Moussem A 001-001 2017 06 24 Moussem A 005-002 2017 06 24 Moussem A 006-003 L'accueil au Vert Hotel 

2017 06 24 Moussem A 008-005 2017 06 24 Moussem A 012-008 2017 06 24 Moussem A 015-011 Le restaurant 

2017 06 24 Moussem A 018-014 2017 06 24 Moussem A 020-016 2017 06 24 Moussem A 021-017 de table en tables

2017 06 24 Moussem A 024-020 2017 06 24 Moussem A 033-028 2017 06 24 Moussem A 035-030 en attendant le premier verre...

Qui avez-vous reconnu ?

MERCI À MAURICE CALAS POUR SON FILM, À ANNIE ET ROGER BEAU POUR LEURS PHOTOS, À ROBERT LUCKÉ QUI ORGANISE LES MOUSSEM D'AVIGNON ET ÉDITE SALAM MARRAKECH, À GEORGES STACHEWSKY QUI CONCOCTE LES ESCAPADES ET À TOUS CEUX QUI CONTRIBUENT À FAIRE VIVRE LE BLOG MANGIN&MARRAKECH. JOYEUX ANNIVERSAIRE POUR SES 9 ANS  ! IL ENTRE DANS SA DIXIEME ANNÉE

25 septembre 2017

ROLAND DORGELÈS, REPORTAGE À MARRAKECH EN 1937 (SUITE)

 IL Y A 80 ANS... LES MARRAKCHIS

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ROLAND DORGELÈS QUI S'EST FAIT CONNAÎTRE PAR SES ARTICLES SUR LE FRONT DE LA GUERRE 1914-1918 ET SON LIVRE "LES CROIX DE BOIS" SE DÉPLACE À MARRAKECH EN JUIN 1937 POUR RENDRE COMPTE DES EFFETS DE LA SÉCHERESSE EXCEPTION-NELLE QUI DÉVASTE UNE GRANDE PARTIE DU MAROC. L'écrivain de l'Académie Goncourt est aussi journaliste et nous a décrit les mesures prises par les services du protectorat pour arrêter l'exode vers le Nord du Maroc des populations du Sud affamées; un peu comme s'il s'agissait de mener une guerre contre la panique. Il nous a parlé de la bataille pour nourrir les affamés et nous présente une description de Marrakech à cette époque. Nous continuons la présentation de ses articles parus dans le journal L'Intransigeant en juin 1937. (suite du récit édité sur ce blog le 14 septembre 2017)

LES CONTEURS, LES CHARMEURS DE SERPENTS…

Les badauds, autour d’eux, restent accroupis des heures en croquant des grains de courge et se rafraîchissant d’un gobelet d’eau. Ils écoutent les conteurs avec des mines émerveillées. Ce vieux à barbe grise qui les fait rire avec son petit compère et cet autre, dont la baguette merveilleuse amplifie le geste, rythme l’action et rend visibles les héros. Ils admirent les charmeurs qui font danser de noirs serpents. Ces deux hommes demi-nus, échevelés, écumants, qui jouent d’eux-mêmes comme d’un tambour, faisant claquer leurs coudes maigres sur leurs flancs décharnés. Cet escamoteur qui tire des oeufs de sa bouche inépuisable, cet acrobate qui se tord et bondit, ces Chleuhs aux tuniques flottantes et aux yeux peints qui dansent avec des graces equivoques, chantant d’une voix aigüe et s’accompagnant de castagnettes de bronze. Les cris, les musiques se mêlent, ne formant plus qu’un seul chant où la flute du charmeur donne une aigre réplique à la ghaïta nasillarde des danseurs.

Quand les hommes d’armes du pacha se groupent pour tirer la salve de minuit, la place se vide d’un coup.

Chacun retourne à son gîte, le miséreux à son coin de ruelle. Dans la palmeraie ou au pied des remparts. Ils sont des milliers qui dormant n’importe où. En voici qui s’éloignent, silencieusement, emportant pour leur songe la fable d’un conteur ou la plainte d’un violon. J’en remarque un, sa barbe diabolique peinte en rouge. Encore un Soussi. On dirait qu’il mène sa bande. Et, peut-être sans intention ou sur la  trace d’ardents souvenirs, ils se dirigent vers le Derb Dabachi, où se tiennent les filles de la douceur.

La cour de leur fondouk est à peine éclairée. Quelques lampes qui clignotent à l’intérieur des cases. Dans l’ombre on distinguee des soldats marocains, tirailleurs et goumiers – larges culottes, manteaux flottants – dont les voix rauques répondent aux rires des petites prostituées. Mais qui se croirait sur un marché d’amour ?

Des familles campent là, sans honte. Les enfants jouent en criaillant entre les pattes des chameaux. D’autres se sont endormis, et la mère qui allaite suit d’un regard tranquille le manège de cette fille dont le collier de faux sequins lui paraît un bijou.

UNE FEMME ET UN SOLDAT

Le bleu de la nuit les rend plus belles, et la mousseline de leurs robes retrouve sa blancheur. Soudain un soldat fait flamber son briquet, et le visage qu’il convoite apparaît, jeune et barbare, taché de tatouages, ainsi que d’un pinceau léger. Elle soulève le rideau  d’un geste brusque qui fait tinter ses bracelets, et le couple s’efface.

Les miséreux que je suivais se sont assis contre une charette remisée là ainsi que dans une ferme. Pas un ne parle; pas un ne rit. Ils regardent, la gorge sèche, les yeux brillants.

C’est sans doute la première fois qu’ils pénètrent ici depuis que la misère s’est abattue sur le Sud. Ils y sont entrés presque malgré eux, conduits par leurs anciens desirs. Comme s’ils voulaient mourir où ils avaient aimé. 

Dorgeles-vue-generale-mrk-1937 Photo L'INTRANSIGEANT, juin 1937

LA FAIM  A CHANGÉ DE CAMP

LES JUIFS MAROCAINS, … PEUVENT À PRÉSENT SE PENCHER SUR PLUS MALHEUREUX QU’EUX”            

Je m’étais arrêté, ce matin-là sur une petite place où travaillent en plein vent quelques artisans juifs. Elle se trouve à l’entrée du Mellah, contre le Dar el Bedi, vieux palais saadien aux murs à pic dont il ne subsiste que quelques salles nues, de grands bassins vides, des terrasses brûlantes et des nids de cigognes pareils à d’énormes fagots.

Au temps où se dressaient dans le ciel les pavillons à toit vert d’El Mansour, ses colonnes de marbre (venu d’Italie et payé poids pour poids en sucre), ses murs jointoyés d’or, les Ihoud (juifs) grouillaient déjà dans ce quartier méprisé de Marrakech et s’employaient aux mêmes tâches modestes: soudant le fer, rapetassant le cuir. Depuis, les siècles ont passé sur eux, les guerres, les famines, les pestes, et ils n’ont rien changé de leurs coutumes, portant toujours les mêmes calottes noires sur leurs mèches crasseuses.

Ceux-ci paraissent vivre des déchets de la ville. Je me demandais ce que devenaient les pneus hors d’usage jetés au bord des routes, à quoi pouvaient servir ces bouts de fils de fer, ces lambeaux d’étoffe que ramassaient des enfants blèmes et chassieux: je les retrouve sous les doigts de ces Jezabels grimaçantes et de ces patriarches à lunettes, qui  ne déposent l’outil que pour aller prier. Rien ne doit se perdre, chez ces indigents. Ils racommodent des guenilles avec des loques, fabriquent des seaux avec des chambres à air et ressemellent des sandales avec de vieux pneus. 

Dorgeles-marché-rien-a-vendre-20-Juin-1-1937-1 Photo L'Intransigeant, juin 1917.

LA FAIM A CHANGÉ DE CAMP

Taillant, cousant, ravaudant de l’aube à la nuit, ils arrivent à gagner trois francs. De quoi payer cette bouillie grisâtre qu’ils lapent dans une auge de fer-blanc. Je les ai vus nichés dans de fétides demeures où la cour même est remplie de grabats. Le mellah est une sentine où  ces réprouvés baignent dans la pourriture, et leur cimetière s’étale au pied d’une butte séculaire d’immondices. Pourtant, les juifs marocains qu’on dit les plus déshérités de tous les ghettos du monde, ces juifs craintifs qu’ont épuisés des générations de misère peuvent à présent se pencher sur de plus malheureux qu’eux. Depuis que les affamés du Sud refluent vers les villes, les artisans de ma petite place regardent avec pitié les musulmans errants qui convoitent leur bouillie et ne connaissent même pas de taudis où dormir. La faim a changé de camp.

-       Tiens ! a dit devant moi un de ces vieux Moïse en tendant du pain à une Chleuh qui s’en allait d’un pas trainant.

Naguère, la femme sans doute aurait craché. Aujourd’hui, elle a remercié.

-       Que Dieu augmente ton bien !

Et elle est repartie en dévorant le crouton du juif.

Dans les souks, les miséreux traînent par groupes, espérant une aumône qu’ils ne mendieraient pas. Esclaves du Dra, noirs comme le Sénégal, Soussi au teint brûlé, et ces Berbères des oasis dont le rude visage a la couleur du sable. Leurs yeux convoitent tout. Le pain fumant, l’agneau qu’on sort d’un four d’argile, les sauterelles cuites, les cédrats confits, les figues sèches, et même ces plateaux de mouches, sous lesquelles il doit y avoir quelquechose à manger.

D’autres, plus épuisés, renoncent à courir et se laissent tomber dans un coin d’ombre, leurs jambes repliées sous eux. Rabougris, tordus, étiolés, comme des plantes humaines que les passants arrosent avec des sous.

Autour d’eux, la Médina indifférente continue de trafiquer, dans une odeur de menthe, de crottin, de fruits pourris, de henné, et cette fumée entêtante du kif, qu’on tire à petites bouffées de pipes miniuscules. Mais son activité garde un air de flânerie orientale entre marchands nonchalants et clients désoeuvrés. Personne ne se presse, que les portefaix et les âniers.       

-       Balek ! Balek !

Déjà le fardeau vous bouscule et le bourricot est dans vos reins.

-       Balek ! clame-t-on dans l’autre sens.

Les jeunes qui reconnaissent une tenue européenne commencent à crier :”Attention!” Ça, les fixe-chaussettes, la monnaie de nickel et quelques vestes effrangées c’est le progrés…

Les échopes sont disposées l’une après l’autre, comme des armoires et le boutiquier a juste la place de s’y incruster entre ses marchandises. Couché sur le flanc ou accroupi comme un bonze. Devant les plus indolents se balance une corde de pendu, pour se soulever sans effort, et nul n’éprouve de honte à se proclamer si paresseux. Le travail est un châtiment que chacun allège de son mieux.

DIEU L’A VOULU

Le Chleuh famélique ne jalouse pas cet épicier ventru qui croque ses amandes. L’un est maigre, l’autre gras, l’un se prélasse, l’autre mendie: tout est dans l’ordre et rien ne servirait de crier. Leur acceptation du destin me fait toujours songer à Abd el Aziz qui, à l’instant où il croyait tenir la victoire, voyant s’enfuir ses cavaliers, murmura sans colère: “Ce matin j’étais sultan, ce soir je ne suis plus rien. Dieu l’a voulu…”

Dieu l’a voulu. Et ce vieux caïd à la mule harnachée de rouge passe sans même regarder une femme exsangue qui serre douloureusement un petit monstre informe contre son sein tari. Il a payé la “zekkat” pour la purification de ses biens, fait l’aumône quotidienne qu’exige le Coran, donné quelques piecettes à l’oeuvre musulmane qui répartit les secours, il ne doit plus rien. Ni aux pauvres, ni à Dieu.

UN SPECTACLE D’ÉPOUVANTE

L’AFFREUSE DÉTRESSE DES FEMMES ET DES ENFANTS MAROCAINS, QUE DES FRANÇAIS CHARITABLES S’EFFORCENT DE SOULAGER.

Pourtant, à mesure que je m’enfonce dans la Médina, la ville indigène, par un labyrinthe de ruelles grouillantes, entre des masures de boue séchée et des palais que le temps ronge, découvrant aux carrefours d’admirables fontaines, comme si l’eau seule méritait d’être sertie de mosaïque et protégée d’auvents de cèdre, m’arrêtant sur le seuil d’écoles coraniques où des petits bonshommes drôlement tondus, avec une courte natte qui brimbale, braillent des sourates en se dandinant – à mesure que j’avance dans ces derbs merveilleux et fétides, comme si je m’éloignais dans le temps, je m’étonne de rencontrer des pauvres de plus en plus nombreux. Non pas les meskines habituels, ces harpies édentées qui jouent de leur maigreur, ces malades suppurants qui étalent leurs ulcères, ces bandes d’aveugles à batons qui psalmodient ensemble: “Faîtes la charité à ceux qui ne voient pas la lumière”, et ces petits comédiens dépenaillés qui prennent  pour mendier des voix expirantes, la tête retombant sur l’épaule comme une fleur blessée, mais des réfugiés silencieux, pareillement maigres avec des barbes hirsutes et des yeux flamboyants.

Ceux-ci ont-ils vendu leur djellaba pour une dernière soupe ? Il ne leur reste d’autre costume qu’une sorte de chemise flottante et un caleçon terreux qui tombe à la cheville. En guise de turban, un chiffon ou une corde. Et les pieds nus.

LA MISÈRE DES FEMMES

Les femmes cependant semblent encore plus misérables. Surtout ces Chleuhs qu’on reconnaît à leur robe bleue; des enfants dans le dos comme de pitoyables paquets aux yeux vides et aux bras ballants. Leur troupe devient si dense, près de la Médersa Ben Youssef qu’on ne peut plus avancer. Il faut fendre la cohue, dénouer comme du lierre ces bras secs qui s’accrochent, presser contre soi cette chair suante, subir l’affreux contact de ces haillons infestés de vermine. Enfin on arrive devant un porche qu’on franchit. C’est dans ce fondouk abandonné du souk des Fassis que depuis plusieurs semaines des paticuliers distribuent de la soupe et du pain aux affamés du Sud.

Du pain que ces Français  achètent; de la soupe qu’ils payent. Sans espérer de remerciement de personne. Pas même de ces malheureuses abêties de privations et de fatigue qui se rendent chez les Nazaréens comme leurs moutons iraient à l’abreuvoir.

Combien sont elles dans cette cour brûlée de soleil ? Au moins deux cents. Pareillement décharnées. Et dans la ruelle d’autres s’écrasent, poussant des cris déchirants chaque fois que la porte s’entrouve.

Accroupies par rangées, leurs marmots dans les genoux, elles tendent les tickets rouges qui leur donnent droit à la pâtée. Peureuses, impatientes. Comme des enfants brandiraient des bons points.  Elles tremblent qu’à la fin il ne reste rien pour elles, et leurs bras maigres s’allongent encore, leurs voix gémissent, leurs yeux supplient.

LA DÉTRESSE DES ENFANTS

Les femmes sont effroyables, mais les enfants sont pires. On s’étonne de les voir debout, sur ces jambes minces comme des baguettes. Petits gnomes à têtes teigneuses qu’on a traînés des semaines par des pistes torrides nourris de dattes coriaces, désaltérés d’eau croupie et jetés sur le bât d’un bourricot, quand ils ne pouvaient plus avancer. Partout, même au mellah, les enfants jouent. Dans les excréments, la poussière. Ils n’en n’ont plus la force. Ni l’envie. Ils rampent comme des larves, des tétards, sans seulement se regarder entre eux. Petits foetus résignés. L’un caresse d’une main impuissante le visage de sa mère en larmes. L’autre grate le sol pour y trouver des miettes et suce avidement on ne sait quoi d’immonde. Ils portent sur eux toutes les tares, toutes les plaies. Crânes pelés, paupières suintantes, et ces échines atrophiées où il n’y a place que pour des os et des croutes.

Une vieille a ramassé un de ses petits monstres, plus maigre encore, plus efflanqué, plus vide que les autres. Comme une poupée dont le son serait parti. Il a les yeux fermés. Peutêtre aveugle? Ses tempes moribondes paraissent enfoncées et l’on dirait sa chair bleuie. La vieille alors le regarde longuement comme pour la dernière fois, puis poussant une plainte assourdie nous montre le sol où demain il faudra le coucher. Elle ressasse des mots que je ne puis comprendre. Celui qui distribue les tickets s’est arrêté, tout gauche d’émotion. Cette fois il fléchit. Puis ayant raffermi sa voix:

-       C’est le deuxième, traduit-il sobrement en détournant les yeux.

SPECTACLE D’ÉPOUVANTE

Ce spectacle d’épouvante, ils le voient cependant tous les jours. C’est leur unique répit, après une épuisante journée de travail. Celui-ci quitte son bureau, celui-là son chantier, sa fabrique, cet autre depuis l’aube, parcourait le bled en auto et,  encore poussiéreux, les bras moulus, ou les doigts tâchés d’encre, sans même passer chez eux pour se plonger dans le bain, sans regretter la promenade à l’Aguedal, les boissons fraîches d’un café du Guéliz, ou le bridge entre camarades, dans un salon aux stores baissés, ils se retrouvent ici pour donner du pain à ces filles dont on ne sait ni le nom, ni le pays, ni l’âge, à ces femmes à demi barbares, dont les époux et les pères ont fait, sans doute, le coup de feu avec les dissidents.

-       Pour notre part, nous en nourrissons six cents tous les jours, m’a appris celui qui empilait les miches pour la distribution.

Il disait cela avec un haussement d’épaules qui s’excusait de faire trope peu. Près d’ici, un autre vieux du Maroc, Français tanné comme ceux-ci, a loué de ses deniers un fondouk où les réfugiés peuvent dormir, après avoir vidé leur bol de riz. Chacun paye de sa poche, de son temps, de sa santé.

Entourré de ces miséreux couverts de vermine, ils savent en effet ce qu’ils risquent. Un villain pou qu’on écrase sans y prendre garde, il n’en faut pas plus. Le typhus… Combien sont morts ainsi? Officiers des affaires indigènes, petits fonctionnaires du bled, médecins de colonisation.

-       Bah ! s’il fallait penser à celà, me dit un grand garcon qui, sous le porche, contient les affamés.

Des femmes guenilleuses se suspendent à lui, le pressent, le bousculent. Doucement, il les écarte, les repousse à la file.

-       Tout de même, ajoute-t-il modestement pour ne pas avoir l’air de braver le danger le soir quand je rentre à la maison, je me déshabille et je regarde dans les coutures de mon costume. On ne sait jamais.

Puis, plus bas encore, comme une excuse;

-       J’ai trois enfants,  moi aussi…

LE TROISIÈME FLÉAU

APRÈSLA FAIM ET LE TYPHUS: LA POLITIQUE

S’il n’y avait que la misère; l’Empire-Fortuné pourrait attendre sans crainte l’armée des réfugiés: la faim ne s’attrape pas. Mais il y a le Typhus. Aujourd’hui ce n’est qu’une menace. Demain cela peut être un peril. Et soudain, un fléau.

De nombreux cas mortels ayant été signalés, des rumeurs affolées circulèrent. On chuchotait des chiffres que nul n’était à même de contrôler:

-       Je les tiens d’un médecin.

-       Moi, de la Région civile.

Et certains, sans rien dire, allaient consulter à "La Paquet" le tour des départs des paquebots. Par Bonheur, nous sommes en été; par ces temps chauds l’épidémie n’est guère à craindre; mais que le danger subsiste à l’automne, dans l’athmosphère amollissante des grandes pluies, et la situation deviendrait grave. Après avoir lutté contre la misère, il a fallu lutter contre la contagion.

LA CONTAGION MENACE

Ces errants couverts de vermine portent sur eux tous les germes. Dans les fondouks où ils dorment, leurs haleines confondues, leurs members enchevêtrés, les poux pullulent. Une simple piqûre: le mal est entré. Et comme ce Berbère dur à la souffrance va continuer à se traîner tremblant de fièvre, pendant des jours, des semaines, jusqu’à l’heure où il s’affaissera moribund, les parasites gorgés de son sang auront le temps de transmettre le virus à d’autres miséreux, qui sémeront à leur tour sur la route de l’exode.

Jeu tragique du furet.

“ Il a passé par ici

“ Il repassera par là…”

Mais qui l’arrêtera ? Ce mendiant pareil aux autres qui vous heurte dans les souks, ce gamin pendu à votre veste, cette vieille que vous frôlez peuvent cacher la mort dans les plis de leurs guenilles. Rien ne l’indique. Soudain, quelquechose vous démange. Vous vous frottez, machinalement. Cela suffit: peut-être êtes-vous perdu ? On ne le saura qu’à l’hôpital, quand le docteur soucieux apportera le résultat de l’analyse.

LA LUTTE CONTRE L’ÉPIDÉMIE

Le Maroc a toujours redouté le typhus. Ce terrible typhus exanthématique au virus invisible, au bacille sans nom. Il y a dix ans encore, une meurtrière épidémie a sévi dans le Sud. Mais avec le brassage actuel des populations,ce flot d’indigènes épuisés et sordides qui submerge l’intérieur, c’est le Maroc entier qui pourrait être dévasté. Il fallut hâtivement prendre des mesures. Dresser un barrage contre l’épidémie, comme précédemment, devant la panique. Ce nouvel ennemi était plus subtil. Il se cachait insaisissable dans cette invasion de loqueteux. C’est donc l’ensemble de la population qu’il fallait protéger. Au besoin contre elle-même. Et particulièrement ce prolétariat indigène qui vit autour des grands centres, dans une abjection qui inspire la honte.

Bidonville surtout, représentait un danger. L'ignoble Bidonville qui est le chancre de Casablanca, et l’une de ces curiosités, hélas !

Qu’on imagine, aux portes de la ville, dans d’immenses terrains vagues qui ne sont plus le bled et ne sont pas la banlieue, une immonde irruption de cahutes branlantes, qui s’abattraient au premier coup de vent si elles n’accouplaient leurs debris, n’entremêlaient leurs moignons jusqu’à former ce bloc infâme, cette croute noirâtre sous laquelle grouillent près de vingt mille individus.

La particularité de cette cite d’abjection, ce sont ses matériaux. Toutes ces masures sont en effet construites en plaques métalliques, avec le fer blanc des bidons de rebut qui traînaient sur le port ou dans le cimetière des usines, et c’est ce qui a baptise l’endroit. En Orient, notamment à Palmyre, dans les ruines du Temple de Baal, j’avais déjà vu de ces gourbis nouveau style, dont les plus neufsbrillent au soleil comme des chevaliers en armure. Où l’antiquitaé laissait des colonnes de marbre, notre siècle n’abandonne que des fûts puant l’essence et l’homme industrieux s’en accomode encore, utilisant les petits pour en faire des marmites, les grands pour en tirer son mobilier ou sa toiture. À Bidonville ce sont les maisons entières qu’on édifie en fer blanc. Des centaines, des miliers de masures sembllables dont chacune porte , ainsi qu’un rondache, un couvercle rouillé marquee Shell ou Standard. Tôle ondulée, planches pourries, découpures de bidon, papier goudronné, il n’entre rien d’autre dans la construction. Des ordures pour ciment. Surmontant mon dégoût, je me suis introduit dans un de ces taudis: la temperature y était effroyable. Sous ces minces parois, qu’on peut pincer entre deux doigts et qui brûlent au soleil, l’air est étouffant. Par contre, quand vient l’hiver,on y grelotte et la pluie pourrit les grabats.

DES NOMADES DEVENUS PROLÉTAIRES

Les misérables qui gîtent là vivaient autrefois dans le bled et dormaient sous la tente.Des tourists sensibles s’apitoyèrent sur eux. Maintenant ils ont un toit, onneles plaint plus. Ils étaient des nomades, ce sont des prolétaires. Ils habitent à la ville, comme les civilisés. Et ils payent un loyer à un vieil indigène qui a fait une fortune sur ce champ d’immondices.

Parler d’hygiène ici serait du cynisme. Pas d’eau, pas de fosses, pas  d’égouts, rien. On naît,  on mange, on dort, on crève sous les yeux l’un de l’autre., les déjections de chaque cabane se déversent chez le voisin. Si un seul cas de typhus se produisait là, ce serait terrible. Il n’y aurait plus qu’à metre le feu, comme jadis aux villages de cholériques, et celà même ne sauverait pas la ville. Aussi, à la première menace, a-t-on pris des mesures pour empécher la contagion.

Le directeur de l’Institut Pasteur du Maroc, le docteur Georges Blanc, savant que la France devrait mieux connaître, a découvert un vaccin qui, dans les essais locaux, avait toujours donné de bons résultats: c’était l’occasion de l’employer pour une expérience de grande envergure.. Mais encore fallait-il s’entourer de sérieuses garanties. Si l’on ne vaccinait qu’une partie des habitants et que d’autres succombent, dans l’embrouillement d'une population sans état civil où des hommes changent fréquemment de nom, du jour au lendemain, l’essai n’était plus concluant. On pouvait douter du vaccin et le risque d’épidémie persistait.

VACCINER PAR RUSE

Pour agir en toute certitude, il fallait piquer le même jour les quinze ou vingt mille habitants des Bidonvilles. Comment s’y prendre ? On songea bien à faire cerner l’agglomération par la troupe et à vacciner de force, mais le caractère brutal de cette opération déplut à tout le monde. On voulait autant que possible, agir sans contrainte. C’est alors qu’un fonctionnaire eut l’idée de faire vacciner d’abord les travailleurs municipaux, puis, quand ceux-ci auraient constaté que la piqûre ne rendait pas malade, les charger d’escorter les médecins le jour de la vaccination générale.

La ruse réussit. Devant les soldats, les assiégés auraient pris peur, ils se seraient défendus, ne comprenant pas ce qu’on leur voulait, tandis que la présence d’autres indigènes les rassura. Ces derniers leur apprirent qu’ils y avaient passé avant eux, que les toubibs français vous sauvaient ainsi du typhus, et tous, de bonne grace, s’offrirent à la lancette.

Le soir même on avait vacciné dix-huit mille personnes. Tout le Bidonville: hommes, femmes, enfants.

Ensuite on attendit, avec un peu d’inquiétude. Eh bien, dans ce cloaque, dans ce foyer d’infection, on n’a pas constaté un seul cas de typhus. L’expérience était faite. La victoire gagnée.

Immédiatement l’Institut Pasteur a approvisonné les hôpitaux de l’intérieur, les infirmeries du Sud; les postes de refoulement, et après un mois de vaccinations massives on a vu décroître le nombre des malades: le danger d’épidémie se trouvait conjuré.

LE DERNIER FLÉAU

Les événements prennent, souvent à distance, un relief, une importance qu’ils n’ont pas dans le pays même où ils se déroulent.

Ainsi on pourrait croîre après avoir lu ce récit, que le Maroc, depuis la sécheresse, vit dans l’angoisse: peur de la disette, peur de la maladie, peur de la révolte même, un nouveau Maître de l’Heure pouvant soudain surgir chez ces Berbères affamés. Or il n’en est rien.

Marrakech est toujours accueillante, Fez toujours aussi affairé, Rabat monte une garde blanche autour du Maréchal, qui a voulu reposer là et Casa, chaque jour, pousse un peu plus loin ses murailles. Si éprouvé qu’il soit, le Maroc continue de grandir.

Dans les circonstances présentes, les Français de là-bas ont tous amplement, fait leur devoir. Sur les listes de souscription des comités d’entraide, le colon voisine avec l’ouvrier, le petit employé avec le fonctionnaire. Les plus humbles ont même abandonné un jour par mois de leur salaire afin de venir en aide aux miséreux. Comme on voudrait que ce bel élan de fraternité ne fut pas sans lendemain !

Mais, par une amère coincidence, à l’heure meme où, devant la détresse, on faisait appel à l’union, la campagne électorale pour le Troisième collège prenait un caractère si basement injurieux que l’administration devait interdire aux indigènes l’accès des salles de réunion.

Ces mêmes Français, prêts à se priver pour secourir des hommes d’une autre culture, étaient incapables de metre fin à leurs misérables querelles. Au fléau de la sécheresse, au fléau de la famine, au fléau de l’épidémie, ils ajoutaient sottement celui de la politique, ce mal affreux de notre temps.

Et le jour où, à Fez, passant devant les proclamations électorales, j’ai vu un petit fonctionnaire, un facteur, tirer un crayon de sa poche et écrire “Au Poteau” sous le nom d’un candidat, ce jour-là, je me suis demandé si le coeur de certains hommes n’était pas aussi sec que celui de l’Atlas.

Quelle pluie, hélas, quelle pluie viendra jamais le féconder…

Roland DORGELÈS

Roland Dorgelès (1885-1973) fit publier en 1938 ses notes de voyages au Maroc (1932 et 1937) ce qui donna "Le dernier Moussem". Plus tard sous le titre "Route des tropiques" il réunira des textes écrits en 1923 et 1924 en Indochine avec une deuxieme partie intitulée "Soliloque marocain" où il reprend le texte du Dernier Moussem avec les notes de son carnet de voyage et poursuit sa réflexion sur la colonisation (1944).

Le blog réunit aussi des documents sur les années 30 à Marrakech

Médecin colonel Jacques BROUSSOLLE, du 4e Étranger: Il est décédé du Typhus début février 1938, la ville de Marrakech par reconnaissance avait donné son nom à une rue du Guéliz, elle fut débaptisée et s'appelle aujourd'hui rue Ibn Zaïdoun

PICHERAL Jean, contrôleur civil, décédé le 26.02.1938 en service commandé à Marrakech, mort à l’âge de 30 ans, La ville de Marrakech donna son nom à une de ses rues.  Son éloge funèbre fut prononcé par le Résident général Noguès en personne. Voir sur le blog les paroles prononcées pour son enterrement au cimetière européen de Marrakech. --> Jean Picheral 

Le Figaro du 19 mai 1938: Le docteur BERGIER, médecin de service de la santé publique de Marrakech, a succombé des suites d'une maladie contractée dans l'exercice de ses fonctions. La médaille d'or des épidémies lui a été décernée à titre posthume. Lui aussi eut une rue de Marrakech à son nom qui a été effacé pour celui d'Abdelouahad-Derraq.

En espérant que ces pages d'histoire enrichiront les connaissances des marakchis sur leur ville....

Le blog éditera les photos et documents que ceux d'entre seslecteurs détiendraient et voudraient partager.

 

14 septembre 2017

IL Y A 80 ANS UNE MANIFESTATION NATIONALISTE À MARRAKECH, ROLAND DORGELÈS DE L'ACADÉMIE GONCOURT

UNE MANIFESTATION NATIONALISTE EUT LIEU EN SEPTEMBRE 1937 EN MÉDINA

À L'OCCASION DE LA VISITE DU SECRETAIRE D'ETAT PAUL RAMADIER, ET À LA SUITE DE LA GRANDE SÉCHERESSE QUI TOUCHA UN MAROCAIN SUR QUATRE

MANGIN@MARRAKECH RAPPELLE CETTE PÉRIODE MARQUANTE POUR LA VILLE ROUGE ET LE MAROC

Le vendredi 24 septembre 1937 une manifestation nationaliste importante eut lieu en Médina de Marrakech.

Cette manifestation fut dispersée. Il y eut 30 arrestations et 12 condamnations à trois mois de prison. Le premier incident eut lieu à la sortie de la mosquée Ben Youssef où le sous-secrétaire d'Etat Paul Ramadier avait remis une importante aumône. Des jeunes nationalistes encourageant des miséreux secourus, (nombreux en Médina en raison de la sécheresse qui affamait le bled), provoquèrent un engorgement de la place, bloquant momentanément le trajet de Monsieur Ramadier. Il y avait parmi eux de nombreuses femmes avec enfants originaires des bleds du Souss venus pour recevoir des rations de vivres. Parallélement le poste de police voisin recevait des jets de pierres, sans qu'il y eut de blessés.

Par ailleurs, les témoins ajoutent que fait rare, une prière - La Fatiha - fut dite avec les fidèles de la Médersa ben Youssef en faveur de M. Ramadier et du général Noguès. Ceci n'avait plus été fait depuis la visite du président Millerand en 1922.

Dans l'Intransigeant du 27 septembre d'autres informations étaient révélées. Les commerçants des souks incités à fermer leurs boutiques ne l'avaient pas fait et n'avaient pas manifesté. Il y eut quand même plusieurs miliers de manifestants sur la place Djemaa el Fna, principalement des miséreux encouragés par un petit nombre de jeunes nationalistes.

Les douze condamnations à 3 mois de détention à la prison de Taroudant furent prononcées le lendemain matin. Ce qui provoqua une nouvelle manifestation plus petite (environ 600-700 personnes) venue par le derb Dabachi. Ils demandaient la libération des condamnés. Mais cette tentative de manifestation fut arrêtée et dispersée par le service d'ordre devant le souk aux roseaux

Les services de renseignements analysèrent ce qui s'était passé et notèrent la soudaineté de la manifestation comme dans plusieurs villes du Maroc, par exemple à Meknès trois semaines avant et Khemisset un mois après. Cette mobilisation a surpris et  montrait une réelle organisation des nationalistes. Les leaders nationalistes marocains ne sont pas originaire de Marrakech où Mohammed el Ouazzani est le plus influent. Allal el Fasi de son côté a une véritable emprise sur ses troupes, il exige le serment d'allégeance à sa personne. Les tracts maladroitement rédigés montrent des soutiens  de l'étranger. 

CETTE MANIFESTATION FUT PRÉCÉDÉE PAR UNE FAMINE PROVOQUÉE PAR LA SÉCHERESSE PARTICULIÈREMENT MEURTRIÈRE DANS LE BLED.

Le journaliste et écrivain Roland Dorgelès, de l’académie Goncourt, avait  fait une série d’articles sur la situation catastrophique des populations du bled seulement trois mois avant, en juin 1937. On remarquera son style d'écriture avec souvent des phrases sans verbe. 

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A travers le bled nu, calciné, torride, ils montent aveuglément vers le Nord, vers ces terres magiques ou les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. (Photo-L'intransigeant) 

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LE SOLEIL QUI TUE – Un reportage au Maroc de Roland Dorgelès (juin 1937)

ILS SONT 800000 QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Le bled. Nu. Calciné. Torride. Sans une touffe d’herbe, sans l’ombre d’un arbre. D’immenses ondulations, de schiste, de sable et de caillasse déroulent leur mer à l’infini et le “chergui” qui souffle n’en trouble pas les vagues.

Quelle malédiction a condamné ces steppes à l’immobilité ? Rien qui frémisse. Pas un bruit. La suffocante rafale qui vient du désert ne trouve pas une branche à secouer. Pas un nuage à poursuivre. Ciel aride comme la terre.

À une heure, vers le Nord, c’est l’océan. Casablanca. Presque l’Europe. Une heure au Sud, Marrakech. Ses murs roses, ses palmes enchantées. Ici, le bled Rehamna, morne frontière d’entre deux mondes, avec des cactus en fascine et des remparts que les siècles ont taillé.

De loin en loin, une koubba gonfle sa coupole blanche, ainsi qu’un blockhaus. (N’y a-t-il pas des ossements plus difficiles à vaincre que des mitrailleuses ?). Les pentes sont des glacis, les ravins des douves, les jujubiers des chevaux de frises. Tout rappelle l’époque – il y a vingt-cinq ans – où El Hiba bravait ici nos troupes, avec ses méhallas à chameaux blancs.

LE SOL RESTE EN GUERRE

Que faire sur ces crêtes stériles, que combattre et mourir? La paix est venue, mais le sol reste en guerre. Éternellement.

Pas un herbage. Pas un puits. On dépasse une hutte primitive, derrière un mur de pierres sèches, et, dans la rigole d’ombre qui borde l’enceinte, un Arabe accroupi fredonne une chanson. D’autres indigènes suivent la piste, venant de nulle part, allant n’importe où. Secs comme leur terre, des loques flottantes et un baton. Puis à nouveau, la solitude. Du sable, des rochers, des cailloux…

Ce mauvais chemin tourne sans arrêt. Par paresse. Plutôt que d’escalader les côtes et descendre dans les creux. Il a le temps… Mais brusquement, il prend sa course et file droit. Nous arrivons à l’oued…

On dirait qu’il veut s’y plonger. S’étendre dans le lit, et boire. Amollir sa chaussée coriace. Faire de ses pierres un gué.

Pour nos yeux de voyageurs, ce n’est rien. Un flot d’eau trouble qui descend de l’Atlas, comme ces Chleuhs que nous croisons, et comme eux pressés de fuir. Il contourne les pitons , se glisse dans les brêches, passant si vite que la berge altérée ne peut se rafraichir. Il flaire l’océan, court du Nord à l’Est. Pas un roseau, pas un palmier pour le guider. Tout se ressemble sur ces plateaux schisteux.  Alors, il s’affole, tourne sur lui-même. Une rivière perdue. Comme on le dit d’un chien.

UN DOUAR D’AFFAMÉS

J’allais repartir en direction de Bou Laouane, quand j’aperçus, dans un repli, quelques chameaux qui broutaient. D’un bond je fus sur un tertre et je découvris le troupeau entier; celui que je cherchais. Un de ces douars d’affamés qui, depuis trois mois, refluent du Sud, poussant devant eux leurs moutons et leurs chèvres, traînant des vieillards chancelants et des enfants dans le dos des femmess qu’on trouve parfois morts à l’étape.

Ces Soussi étaient parvenus à se faufiler entre deux postes de refoulement, suivant de loin la côte, et ils montaient aveuglément vers ces contrées magiques que chantent leurs conteurs: les vallées où l’herbe verdoie en toute saison, où les bêtes ont des sources et les hommes des moissons. La Chaouïa, le Gharb, le Sebou.

Déjà, ils avaient franchi la zone maudite et se croyaient sauvés. Cet Oum er Rebia limoneux que je dédaignais d’un regard représente pour eux le salut. Le sang de la terrre. Et ils sont tombés, haletants, sur ses rives, trop épuisés pour seulement dresser les tentes.

L’officier des affaires indigènes qui me conduisait distingua tout de suite le chef de la tribu errante et se dirigea vers lui. L’homme semblait à bout. Maigre et fourbu, comme ses bêtes. Il fit néanmoins un effort et se leva pour saluer.

Nous marchons depuis vingt-six jours, expliqua-t-il. En chemin, nous avons perdu plus de cent moutons….

Le reste de leur richesse est là; les hardes qui les habillent, les quelques ustenciles queportent les bourricots, ces brebis efflanquées.. Puis, très loin, de l’autre côté de la montagne, une douira vide, dans des champs calcinés.

HUIT CENT MILLE QUI FUIENT DEVANT LA FAIM

Du Souss au Tafilalet, ils sont huit cent mille dans les mêmes conditions, m’a appris l’officier. Le long de la mer et par les cols, ils fuient devant la famine, laissant derrière eux un désert, et si la France n’était pas là, les trois quarts succomberaient. Tout le vieux fond de la race berbère.

Les Chleuhs de la montagne, les Berabers sahariens, les Harratines au noir visage de la vallée du Dra qui furent les derniers à déposer les armes, ne comptent plus aujourd’hui que sur nous pour les sauver.

On a établi des camps, comme jadis. Mais cette fois, de l’orge et du riz pour munition. L’autre conquête. La meilleure.

Craignant on ne sait quoi, ceux-ci ont coupé par le bled pour échapper aux postes de triage. Ils ne se sentient pas encore assez loin du fléau. Ils veulent remonter toujours plus vers le Nord. Tant que leurs jambes les porteront.

DEVANT LE SOLEIL

Que fuient-ils donc de si terrible ?

Le soleil.

Ce même soleil que les touristes viennent chercher l’hiver, avec leurs dos frileux et leurs lunettes noires. Ce merveilleux et dévorant soleil.

LE SOLEIL QUI TUE – QUAND T’ARRÊTERAS TU ?

QUAND LA TERRE SERA VERTE !

ET LE TRAGIQUE EXODE SE POURSUIT VERS LE NORD

Il n’a pas plu dans le Sud depuis deux ans.

Le filet des sources s’est aminci de jour en jour, puis plus rien n’a coulé. Les puits se sont taris. Les grands chotts où pêchaient les cigognes ont découvert leur fond gercé. Et, malgré les prieres, cela fait trois moulouds, trois anniversaries du Prophète, que le ciel reste nu. D’un bleu constant, d’un bleu qui brûle. Sans les beaux nuages qui sont ses jardins.

On a semé, comme on a pu. Le soc éraflant le champ durci. Le chameau tirant; et un bourricot; une femme parfois accouplés à la même charrue. Rien n’est venu, que quelques tiges vite rôties. La sécheresse a transformé le Souss et le Dra en un four de cent lieues où brûlent bêtes et gens.

Après les champs de ceréales, ce sont les olivettes qui ont dépéri. Puis les palmeraies. Les dattiers eux-mêmes, les sobres dattiers, ne trouvaient plus assez d’humidité dans cette dure éponge. Flétris, les feuilles retombaient.

Ce sont les hommes qui ont tenu les derniers. Enfin, quand ils eurent perdu l’espoir de rien récolter, pas même ces courgettes et ces aubergines hâtives qu’auraient arrosées les pluies de printemps, ils ont chargé leurs ânes, rassemblé leurs troupeaux, et fui leur pays sans esprit de retour. Comme les aïeux almoravides de leurs chansons qui, jadis, franchirent la mer et conquirent un monde.

Dorgeles-lever-le-camp-la-nuit-17-juin-1-1937 (Photo L'Intransigeant)

 DES MORTS SUR LA ROUTE

Les malades trébuchent et tombent. Tant pis. Un trou, une prière, un caillou… Il faut qu’avant ce soir les bêtes aient bu. Et l’on repart.

Sur le bord de cet oued grisâtre, ils ont pourtant repris espoir. Fait leurs ablutions, préparé le thé. Les moutons désaltérés cherchent leur nourriture. Il faut être mouton berbère pour découvrir de l’herbe sur ce sol ponceux. Un agneau de France s’y laisserait crever sans allonger le cou. Eux s’obstinent et tirent des brindilles qui craquent sous leurs dents. L’âne aussi est content, et recommence à braire. Le ventre en futaille. Les chameaux seuls boudent à l’écart et mangent sans gout. Pour passer le temps.

-       Nous repartiront demain a décidé le cheikh

-       Et quand t’arrêteras-tu ?

-       Quand la terre sera verte

Il faut alors que l’officier intervienne et lui explique qu’il ne doit pas aller plus loin. Rebrousser chemin, au contraire. À quarante kilomètres sur le route de Marrakech, un centre vient d’être aménagé pour recueillir et rapatrier les tribus en fuite. C’est donc vers Souk-el-Arba des Skour qu’il devra se diriger.

-       Là, il y a beaucoup d’orge, et de riz, et de légumes. Vous mangerez le couscous. Et on vous soignera. Car tu sais que nos vaccins empêchent de mourir.

Malgré ces promesses, le chef reste méfiant. Il regarde son troupeau, ses chêvres qui trottinent et semblent revivre.

-       Pourquoi veux tu que je retourne dans le Souss? Je te dis que la terre est morte.

-       Mais la France le sait. Elle vous donnera de quoi manger jusqu’à la prochaine récolte.

-       Fera-t-elle aussi pousser de l’herbe pour mes moutons ?

-       Non, mais tu ne garderas que ceux que tu peux nourrir. Les autres, on te les achète. Et la viande sera encore pour toi.

CONVAINCRE POUR SAUVER

Curieux marchandage dans ce campement de misère. Il faut les convaincre avant de les sauver.

L’an prochain, la récolte sera belle. Tes dattiers renaîtront.

Mais l’homme ne veut rien entendre. On devine , sous son silence, le projet qu’il mûrit: lever le camp la nuit même et fuir au Nord.

-       Ne renie pas ton pays, poursuit l’officier. La terre cache encore des trésors.

J’insiste à mon tour, faisant traduire:

-       Le prochain hiver, le ciel redeviendra sombre et l’Atlas sera blanc.

Nos images ne l’atteignent pas. Cela fait trop d’années que la neige ne blanchit plus les cimes et que les oueds se franchissent à pied sec. Rien ne poussera plus dans le Sud. Il le sait bien.

-       Pourtant, cette année même, ne m’as-tu pas dit que vous aviez vendu aux Anglais?

-       Oui. Des serpents;

Le Souss, dans ses flancs brûlés, ne cache plus autre chose, et ce printemps-ci les aroubia fouillant le sol n’en ont extirpé que ces vivantes racines: plusieurs centaines de viperes noires et de cobras, qu’un marchand de Londres a payés en douros. Leur seule récolte depuis la sécheresse.

Tordus de faim, ils attendaient la manne. Allah, impitoyable, ne leur a jeté que des serpents.

L’INVASION DES FAMÉLIQUES EST ARRÊTÉE

IL FAUT VAINCRE MAINTENANT UN INSAISISSABLE ENNEMI: LA FAIM

Comment arrêter une armée en déroute ?

Du Dra, du Tafilalet, du Souss, de l’Ouarzazate, des confines sahariens, les tribus fuient devant la famine, et par les pistes, le long des oueds, dévalant de l’Atlas, s’abattant au passage sur de maigres moissons don’t elles rongent les épis comme des nuées de sauterelles, elles cherchent à envahir le Maroc demeuré fertile.

Ces transfuges croyaient que de l’autre côté de la montagne ils trouveraient des paturages pour leurs bêtes, du travail pour leurs bras; or la sécheresse n’a guère plus épargné le vaste territoire des caïds du Sud; des Djebilets à l’OumEr Rebia, la plaine n’a pas Verdi. Ni blé, ni orge, ni fèves, ni maïs. L’eau ne chante plus dans les séguias du Haouz. Seuls les vergers bien irrigués du pacha et de quelques riches marrakchi ont normalement donné olives et oranges. Le reste est un desert.

Des fuyards épuisés se sont alors réfugiés dans MARRAKECH. Vendant le long des remparts leurs derniers moutons. Mendiant une soupe. Serrant entre leurs bras des enfants décharnés. Mais les plus tenaces n’ont pas cede. Évitant d’un crochet la capitale du Sud, ils ont continue vers le Nord. Avides, impatients, assoiffés. Déjà brûlés de maladies qui leur rendaient le pas plus lourd et l’oeil luisant.

LA BATAILLE POUR L’EAU

S’ils rencontraient un puits en chemin, leurs bêtes haletantes l’asséchaient en une heure. Et si les occupants criaient, on se battait à coups de pierres et de batons. Au passage dans les douars, ils cédaient quelques bêtes pour acheter du pain.

À n’importe quel prix. Dix francs un mouton. Parfois moins. Et ils repartaient obstinés, pour une nouvelle étape.

Si leurs colonnes faméliques atteignaient les grands centres, elles apporteraient le typhus. Ces villes, qui, déjà, regorgent de misère, ne pourraient contenir un tel afflux de malheureux. Les champs qu’on moissonne seraient aussitôt dévastés par leurs troupeaux amaigris. Coûte que coûte, il fallait donc maintenir et refouler cette invasion de la faim.

Photo: En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus et dévorés sur-le-champ

ENDIGUER L’INVASION

Le gouvernement du protectorat y est parvenu. Sans violence. On ne saurait trop louer l’oeuvre du general Noguès qui a mené cette lutte contre la misère comme un grand chef mène un combat. Il y avait à secourir le quart de la population: deux cent mille marocains dans le Maroc Oriental, quatre cen mille dans la région comprise entre Marrakech et l’Oum er Rebia, huit cent mille enfin de l’autre côté de l’Atlas. Ce miracle s’est accompli. À force de millions. À force de camions. Mais à force de courage aussi. À force de sacrifices.

Face au danger, des confins algériens aux rives de l’Atlantique, soixante douze postes ont surgi, rapidement aménagés par des contrôleurs civils et des officiers des affaires indigènes. Là, on arrêtait les colonnes de miséreux. On les sustentait, avant tout. La soupe fumant dans des marmites de troupe. On essayait aussi de sauver le bétail. Ou, plutôt que de laisser mourir ces moutons étiques, ces chèvres efflanquées, on les achetait vingt francs aux indigènes, pour leur en distribuer la viande, ne gardant que les peaux pour les vendre.. On réduisait ainsi l’effectif du cheptel, ce qui permettrait peut-être de faire subsister le reste du troupeau sur les pâturages rapés. En moins d’un mois, cinquante mille animaux ont été abattus. Dévorés sur-le-champ.

LA CHARITÉ DES SOLDATS

Les pauvres aroubias mangeaient avec une telle voracité que les Français apitoyés, se cotisaient entre eux pour ajouter à leur ration. Tous les matins des officiers de Ouarzazate, prélevaient sur leur solde de quoi acheter du pain et des légumes aux noirs berbères du Dra.

Cela fera quelques soirées de plaisir en moins lorsque viendra la permission. Plus guère de superflu. Même un peu de privations. Et qui le saura ? personne…

-       Mais c’est si bon, monsieur, de regarder se rassasier un être qui a faim.

Ces postes de première ligne qui procèdent au triage, retiennent les contagieux et refoulent les valides sur leurs tribus. Ils ont si bien fonctionné que les deux grands centres d’hébergement aménagés en arrière de leur front pacifique – à Oued Zem pour les Confins et le Tafilalet, à Souk el Arba des Skhour pour le Souss et le Dra – n’ont reçu jusqu’à present qu’un petit nombre de fuyards, secrètement survenus par des pistes effacées.

La bataille contre la panique a donc été gagnée. Les régions restées saines ne seront pas envahies, Marrakech, Fès, Casablanca, ne connaîtront pas d’épidémies meurtrières, le Sud, dépeuplé, ne deviendra pas un désert. Mais ce n’est pas tout de ramener les populations dans leurs douars. Maintenant, il faut les nourrir. On a vaincu la peur. Reste à vaincre la faim.

LES CRÉDITS SONT INSUFFISANTS

Sanq doute, aux appels angoissés du protectorat, le gouvernement a tout de suite répondu en accordant quelques crédits. On a pu acheter du riz et de l’orge par milliers de quintaux, dresser des baraquements, multiplier les infirmeries de campagne, ouvrir des chantiers de travaux dans le Souss, l’Anti-Atlas, le Tafilalet, où l’on procède à l’équipement hydraulique, ainsi que dans les régions où sont prévues des routes nouvelles. Mais ce n’est pas assez.

Des soupes et des bons de pain, quelques milliers de francs jetés quotidiennement aux piocheurs ne sont pas suffisants lorsqu’il s’agit d’assister le quart d’une population. Plus d’un million de fellahs restent condamnés à mourir de faim si nous ne continuons pas à distribuer des vivres, et l’on estime à cinq cent mille le nombre de ceux qui seront entièrement à la charge de l’administration jusqu’à la prochaine récolte. À nous de les nourrir, de leur fournir des semences. Il faudra également prévoir une aide aux artisans des villes, qui ne trouveront plus à écouler leurs produits dans cette population ruinée.

Si, après avoir refoulé les tribus dans leurs douars, nous ne parvenons pas à les ravitailler, si la mort reprenait les transfuges sur la terre maudite qu’ils ont voulu fuir, nous serions responsables de l’horrible hécatombe et le prestige de la France ne s’en relèverait peut-être pas.

Pour fixer le marocain à sa terre, il faut lui donner la possibilité d’y vivre. Trouver ailleurs l’eau que le ciel lui refuse. Creuser des puits, endiguer les oueds, drainer l’eau souterraine par des khettaras semblables à celles du Haouz. Les portugais, quand ils s’établirent sur la côte, au XVIe siècle, ne parvinrent-ils pas, en irrigant, à faire surgir des oasis ?

IL FAUT VAINCRE UN ENNEMI INSAISISSABLE

À quoi bon avoir apporté la sécurité aux marocains si les troupeaux qu’ils élèvent grâce à nous sans craindre de razzias et, si les terres qu’ils cultivent sont à la merci d’un printemps torride ? Il faut vaincre à présent l’insaisissable ennemie: la sécheresse.

Les conquérants romains ont laissé sur le vieux monde plus d’aqueducs que de palais. L’exemple reste à suivrre. Mais la France ne doit pas ignorer que cet effort lui coûtera des centaines de millions, peutêtre enfouis à jamais dans les sables du desert.

Certes le Maghreb, au cours des âges, a subi d’horribles disettes (vieilles comme les vaches maigres des Écritures), mais les affamés d’autrefois ne poussaient jamais loin leur exode.

Dès qu’ils étaient signalés, les seigneurs des Kasbahs barraient les cols, les tribus du littoral et de l’intérieur s’armaient, les pachas des grandes villes levaient des troupes pour refouler ces bandes hagardes, et les pâturages restaient au plus fort.

La colonisation a ses fautes. Même ses crimes. Il faut à l’occasion proclamer sa grandeur.

DANS MARRAKECH-LA-ROSE OÙ LES FUYARDS DU SUD SE SONT ABATTUS, comme s’ils voulaient mourir où ils avaient aimé

Marrakech-la-Rouge. Non, le terme est trop brutal. Marrakech-la-Rose. D’un rose délicat de fleur fanée. De ces pétales qu’on retrouve entre les pages d’un livre.

De loin, on aperçoit ses remparts qui dominent le sable et prolongent la couleur. La pierre, la terre, les visages ont la même nuance. Cette peau moghrebine que le soleil a dorée.

Marrakech est un rêve, Marrakech est une proie. Les pâtres de la montagne comme les cavaraniers des oasis sont envoûtés par elle. Ville d’amour, ville de gain, ville de fête. Toutes les pistes y mènent, comme les veines vont au coeur.

De même qu’elle attire ces bêdouia du Sud, elle a toujours attiré les guerriers. Depuis qu’elle est sortie des sables, il y a bientôt mille ans. Les noirs mérinides du Sahara l’ont arrachée aux Almohades, les Saadiens venus du Dra s’en sont emparés à leur tour et l’ont rendue plus belle, les Alaouites pauvres et vertueux ont plus tard surgi du Tafilalet pour la punir, et quand, ce siècle même, le prétendant El Hiba a voulu se proclamer sultan, c’est d’abord sur elle qu’il s’est rué.

Elle est de tous les contes et de toutes les chansons. Lorsque le vent d’est soulève ses tourbillons, elle sourit derrière un voile d’ocre, puis, voluptueusement, le laisse retomber. Il faut s’approcher, s’approcher encore, pour connaître ses traits, déchiffrer ses yeux.

Photo: Vue générale de Marrakech

À Fès, en montant aux tombeaux des Mérinides, on peut suivre la ligne sinueuse des remparts, fouiller les cimetières, compter les minarets, tracer lointainement son chemin dans les meandres des souks, tandis que Marrakech ne laisse rien deviner. Allongée dans la plaine, elle se drape dans son manteau roux et attend, frémissante.

Fès se retranche, tortueux, hostile. Il faut le forcer, ruelle après ruelle. Marrakech, au contraire, s’abandonne, tout en se faisant désirer. Elle écarte ses voiles un par un, sans être jamais nue. On croit la posséder; encore une tunique qui tombe. À la manière de ces Chikates aux mentons tatoués qui s’engoncent sous dix robes, pareillement molles et brodées.

Elle paraît sèche et frémit de fontaines. Aride, et des bougainvilliers, des mimosas, des ifs, surgissent de palais ignorés. Ses jardins se dérobent au bout de longs couloirs en chicane, derrière d’énormes portes cloutées de bronze, où veillent des esclaves noirs et des serviteurs à turbans. Tout est surprise. Même les chiffres. La capitale du Sud compte deux fois plus d’habitants que celle du Nord. Mais moins visibles. Moins pressés. Au lieu d’une forteresse, un caravansérail. Ville de nomades qui, d’une heure à l’autre, pourraient repartir, ne laissant derrière eux que des murs d’argile et quelques mosaïques perdues sous les jasmins.

Ville sans ruines, donc sans âge. Ces coupoles à stalactites, ces revêtements bleu turquoise peuvent être aussi bien d’hier que du régne d’Ed Dehbi. Depuis des siècles, des artisans les recommencent avec les  mêmes outils, sur le même dessin. Le marbre devenu trop cher, on reconstruit en plâtre, et l’éphémère prend un aspect d’éternité.

Marrakech qui se dessèche au soleil, s’effrite et tourbillonne, meurt ainsi en poussière et renaît de son passé. Perpétuellement rose, coiffée de palmes et fardée de clarté.

MARRAKECH EST UNE COURTISANE

Je la regarde d’une terrasse, à l’heure où les premières lampes s’allument sur la Djemaa el Fna, tirant de l’ombre la silhouette des bateleurs; je la regarde, étourdi de musique, de cris, de chaleur, et soudain, je trouve sa resemblance: Marrakech est une courtisane. Parée de bijoux sur un corps saharien.

Est-elle riche, ou n’est ce que du clinquant ? On ne saurait dire. Comme de ces petites prostituées dont les vingt ans transmutent en or le métal ouvragé d’une main de fatma.

Dans les Kasbahs et sous la tente, les Berbères ne rêvent que d’elle, de ses musiciens, de ses conteurs, de ses sorciers, des moutons qu’on rôtit sur la place, des chevaux qui galopent sur le Souk El khemis et des “filles de la douceur” qui sourient en préparant le thé à la menthe du bout de leurs doigts teints de henné. Ils peinent des mois, grattent le sol, assèchent les puits, parcourent le désert pour venir gaspiller ici leurs douros en une nuit, à l’époque de l’Achoura, quand la ville retentit de tambourins.

Cette fois, n’ayant plus rien, ils sont venus quand même. D’un pas accoutumé. Fascinés par la Koutoubia qui dresse dans le ciel son minaret à trois boules d’or. Mais l’or qu’avait offert la femme d’El Mansour renonçant à ses bijoux est devenu du cuivre, et c’est peut-être pour punir les fils des ravisseurs que le Souss privé d’eau agonise.

Où leurs pères entraient victorieux, le fusil sur la cuisse, ils arrivent à bout de forces, cherchant des yeux la fontaine. L’eau scintillante du porteur d’outre, l’eau murmurante des jardins.

Il en est venu mille, puis dix mille, puis vingt. Ils se sont aussitôt perdus dans la multitude, comme des ruisseaux dans la mer. Rien ne les signale plus aux yeux européens, que parfois une loque bleue qui surnage: la robe d’une femme chleuh.

Ou, si l’on observe de plus près, d’horribles faces amaigries, des membres sans chair, prêts à casser.

ICI, ON NE REMARQUE PAS LA MISÈRE

Sous d’autres cieux, une telle misère crierait. Ici, on la remarque à peine. Guenilles et djellabas se confondent. Assis sur le même banc, le mendiant et le chaouch mangent la même soupe d’orge et, tout à l’heure, le gros marchand qui s’éloigne à dos de mule, ne dormira guère mieux, sur ses coussins de cuir, que ce miséreux contre le mur.

On dirait que le soleil atténue la détresse, comme il cicatrise les plaies. Dans le Sud, il consume. Ici, il se contente de tiédir la Pierre où l’errant posera sa tête lassée.

Depuis cette invasion, les souks ne sont plus qu’une plainte.

- Baraka allâh ou fik ! Que la bénédiction d’Allah soit sur toi!

Ils remercient pour recevoir: c’est leur façon de mendier. Mais derrière ces meskines qui connaissent la formule et prennent des tons geignards, il y a les vrais meurt-de-faim. Ces Soussi farouches, ces vieilles brisées qui se tiennent à l’écart. Il faut qu’ils apprennent à tendre la main, et les petits guenilleux qui s’agrippent ne savent même pas dire qu’ils ont faim.

Lorsqu’ils ont fini de trainer par les ruelles entortillées de la Médina, ils vont s’étendre le long des remparts. À Bab el Khemis où ils verront au moins passer des bêtes, souvenir de leurs troupeaux perdus. Ou bien ils disparaissent dans la palmeraie et creusent les buttes durcies d’immondices, pour en tirer des os qu’ils iront vendre. Parfois, des batailles éclatent autour de ces affreux gisements. Ils fouillent comme des chiens. Sans outil. De leurs pattes crochues. Le charnier les nourrit.

Au jour déclinant, la ville se ranime. Les carossas à tente blanche amènent les tourists des hotels et la chasse reprend.

- La bénédiction d’Allah soit sur toi !

Aura-t-il assez de Baraka pour les récompenser tous ? Chacun fait ce qu’il peut. Le Français donne pour apaiser l’âme; le musulman pour se concilier Dieu. Que seraient devenus ces malheureux sans leurs aumônes ? Certes des crédits étaient ouverts, des secours promis. Mais la faim n’attend pas.

LA JOIE POUR TOUS

Avec un bol de soupe gluante, un peu de pain, quelques dates, ils sont rassasiés. Et les voici revenus sur la Djemaa el Fna, mêlés à la foule indigène. Ici la joie est pour tous.

Des centaines d’écrans sont dressés, abritant les éventaires de leurs boucliers de roseaux. Tout est doux pour les yeux: oranges qu’on sent juteuses, babouches brodées d’or, piles d’étoffes bariolées. Pour les narines aussi: les pains de froment que les femmes tiennent au chaud dans leur panier couvert, les herbes odorants qui remplissent des couffins et ces brochettes de mouton qui grillent sur des feux en plein air. Le miséreux s’y grise, rien qu’à sentir et à regarder. Une immense fête qui ne finit jamais.

Des autocars, à tout instant, déversent d’autres curieux qui roulent peut-être depuis l’aube, serrés sur l’impériale comme un informe ballot blanc. Les becs à acetylene s’allument plus nombreux avec les étoiles.

Où courir ? Le spectacle est partout. Le marchand d’orvietan qui sert ses remèdes paresseusement, du bout de sa cuiller à long manche: poudres de couleur, plantes séchées et cette peau de crapaud qui tentera un riche. Puis ces  savants barbiers qui posent des ventouses derrière l’oreille pour sucer le sang des fiévreux et crachent de côté une salive rougeâtre. Le diseur de bonne aventure, entouré d’un cercle craintif. Le marchand d’images de La Mecque, qui chantonne ses légendes. Mais surtout ces fameux baladins de Marrakech, célèbres du Rif au Sahara.

PROCHAINEMENT LA SUITE DU TEXTE DE ROLAND DORGELÈS SUR MARRAKECH AU DÉBUT DE L'ÉTÉ 1937

IL Y A SEULEMENT 80 ANS...

08 septembre 2017

ILS NOUS ONT QUITTÉ - FAIRE PART DE DEUIL

GÉRARD GUI

Notre président Robert Lucké nous communique la triste nouvelle du décès de Gérard. Il a été enterré dans la terre marocaine au cimetière européen de Marrakech le lundi 28 aout après un service religieux à l'église des Saints Martyrs. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à Christiane son épouse, à ses filles et à ses amis. Les anciens élèves du Lycée Victor Hugo disent leur sympathie à Corinne et Patricia.

Gerard-GUI-en-famille-avril-2019 Le nom de Gérard GUI est associé à la Pharmacie de l'Atlas autrefois située 212 avenue Mangin/MV. Mais sa maison était dans le quartier El Ghoul. Son installation en région parisienne n'a pas réussi à lui faire oublier Marrakech. C'est lui qui a demandéà être enterré dans la Ville rouge.  Ceux qui le souhaitent pourront rappeler dans les commentaires les souvenirs qu'ils aimeraient partager à propos de Gérard et de sa famille.

Henriette DARMANI:

Daniel ARBACETTE, nous communique le décès d'une ancienne du Guéliz.

" Je viens avec un peu de retard informer tous nos amis marrakchis du décès de ma tante Henriette, née Darmani, épouse du frère de mon papa, François, décédé très jeune en 1942, deux mois après la naissance de son fils Jean Pierre !
Elle était arrivée à Marrakech en provenance d’Algérie (Bône-Annaba) et travaillait aux économats de l’Armée lorsqu’elle a épousé François Arbacette.
Ils ont eu Francine née en 1939 et décédée, elle aussi très tôt dans sa vie, en 1980, à Marseille où toute le famille était rentrée…
Ma tante Henriette avait entre temps épousé, en seconde noces, un charentais d’une grande gentillesse René Gaborit, décédé en 1980, mais tous ces événements familiaux, tristes voire tragiques, l’ont déterminé d’une façon incroyable à résister et à mener jusqu’au bout 
sa philosophie de vie puisqu’elle avait le bel âge de 104 ans lorsqu’elle nous a quitté le 04 aout 2017 à Marseille.
Elle avait un frère ainé Jean et deux soeurs Yvonne (Chouraud) et Juliette (Lebre) disparus avant elle la petite dernière de la famille Darmani. 
J’ai retrouvé une photo de ma tante dans l’album de mes parents que je joins et qui j’espère, apportera quelques souvenirs aux anciens du Gueliz.
Avec toute mon amitié, D@niel." 

Arbacette36 Merci à Daniel de nous avoir informé de ce départ, pour notamment ceux qui ont connu Henriette et ses proches. Nous adressons nos messages de sympathie aux familles Darmani, Arbacette et Gaborit.

Juliette-Beullac-100

Juliette BEULLAC-PRÉVÔT dont nous avions fêté les 100 ans (Voir le lien : Juliette BEULLAC) est décédée à 103 ans à Dijon le 31 mai 2017. Nous ne l'avons pas su plus tôt car sa fille Bernadette avec qui nous avions le contact est décédée avant elle. Les Marrakch'amis adressent leurs condoléances à François Prévôt et Barbara Prévôt ses enfants ainsi qu'à ses petits enfants: Anne Marie et Jacques Duley, Cécile Prévôt, Odile et François Evrot-Carrican, ainsi que toute sa famille et à tous ses amis qui l'ont connue comme institutrice ou cheftaine de jeunes scouts. 

ets-Jm-carrion

Nous avons appris le décès de Jean-Marie CARRION, par son frère: "Je vous informe du décès de Jean-Marie CARRION à l'âge de 80 ans en décembre 2016." Son frère Gilbert.

Jean-Marie CARRION, dit "Jeannot", né le 18 mai 1936 avait créé une activité de réparation automobile, 1 route d'Ausonne à Seilh dans la proximité de Blagnac et Toulouse. Il est décédé le 22 décembre 2016. Nous adressons nos condoléances à Sandrine CARRION sa fille, Gilbert CARRION sion frère, ainsi qu'à tous ses proches.

Joseph-et-Antoinette-Montoya

Monsieur Joseph MONTOYA effectua une partie de sa carrière à Marrakech.

Né à Beni Saf en Algérie le 14 avril 1915 il est décédé à Carpentras le 16 juillet 2017 à l'âge de 102 ans. 

Il a accompli une carrière militaire à Oran ,Tiaret, Marrakech, Naples au sein du 2 ème Regiment de Tirailleurs Algériens, puis au 151 ème régiment d'infanterie de la première armée Française "Rhin et Danube" du général de Lattre de Tassigny.

Il termine sa carrière militaire à Metz comme adjudant-chef, il est titulaire de plusieurs citations et décorations dont la médaille militaire.

En 1943 il avait épousé à Béni Saf Antoinette LUQUE. Ils eurent deux fils ,trois petits enfants et une arrière petite fille.

Il connut une seconde carrière de secrétaire greffier au tribunal de Carpentras. Il est parti à la retraite en 1980. Les marrakch'amis adressent leurs condoléances à Madame Antoinette Montoya ainsi qu'à toute sa famille.

Les anciens du Lycée Mangin et ies élèves de l'école de la Targa apprendront avec tristesse le décès d'Hervé FALKENRODT à 75 ans en février 2016 à Bordeaux.

Hervé-Falkenrodt-1957

Les Marrakch'amis expriment leurs condoléances à Mme Frédéric FALKENRODT, sa mère, Mme Hervé FALKENRODT, son épouse ; M. et Mme Franck FALKENRODT, M. et Mme Geoffroy FALKENRODT, M. et Mme Thomas FALKENRODT, ses enfants ; Alexandre, Charles, Antoine, Auguste, Armand, Dimitri, Hadrien, Paulin, Brune, Malo, ses petits-enfants  ainsi qu'à M. et Mme Gérard DIDES, M. et Mme Edouard LACOSTE, M. et Mme Eymeric LACOSTE.

Chacun peut écrire des condoléances ou des souvenirs dans les commentaires au bas de cette page. De même ajouter un "Faire part" pour informer les anciens de Marrakech du décès d'un proche.