MANGIN@MARRAKECH

21 février 2017

SALAM MARRAKECH, LE PREMIER N° SORTI EN 2017

LA REVUE SALAM MARRAKECH PRODUIT SON N° 131-3

Depuis 1983 les anciens de Marrakech sont reliés par la revue dirigée par Robert Lucké, une revue Trait d'Union sans équivalent pour les Marrakchis dispersés de par le Monde. 

Salam MRK 1 24 pages sur papier glacé avec nombreuses photos des marrakchis d'aujourd'hui et d'autrefois étayée par des articles et témoignages multiples. Si vous n'êtes pas abonné(e) adressez-vous à Robert Lucké 10 rue Alphonse Daudet 13870 ROGNONAS et téléphone 33 (0)1 90 94 97 23.

LE MOUSSEM 2017, LA RENCONTRE INTERNATIONALE ANNUELLE DES ANCIENS DE MARRAKECH, AURA LIEU LE SAMEDI 24 ET LE DIMANCHE 25 JUIN À AVIGNON (Vaucluse), Rendez-vous le samedi au VERT HOTEL après 18 heures et le dimanche au Centre de La SOUVINE à partir de 9h30. S'inscrire pour les repas auprès de Robert LUCKÉ ou au Secrétariat auprès de Laurence téléphone 06 03 21 10 35 email: laurence.lavaill(arobas)gmail.com 

Salam MRK 2 

Pour soutenir la Revue SALAM MARRAKECH et les rencontres entre anciens, soit qu'elles se produisent à MARRAKECH, ou qu'elles se créent sous forme de MOUSSEMS à AVIGNON avec Robert LUCKÉ, dans le SUD-OUEST avec JOJO STACHEWSKY ou ailleurs il y a un GROUPE sur FACEBOOK auquel plusieurs d'entre vous sont déja inscrits. Les autres anciens de Marrakech sont les bienvenus.

CHERCHER " SALAM MARRAKECH " SUR FACEBOOK      https://www.facebook.com/

Groupe

Faîtes votre demande d'adhésion et informez-vous sur le prochain événement: le MOUSSEM à AVIGNON.  Samedi 24 juin à partir de 18h au VERT HOTEL (s'inscrire au repas et à la soirée) et Dimanche 25 juin à partir de 9h30 au Centre de LA SOUVINE (s'inscrire aussi au repas). 

Moussem 2017 de Salam Marrakech

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Vous y trouverez aussi des photos...

photos   

À bientôt sur : https://www.facebook.com/

 

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14 février 2017

LA FAMILLE MANGIN REVIENT EN PÈLERINAGES À MARRAKECH

 LONELY CHILD

lonely-child-pascale-roze-stock-2017

PARUTION D'UN NOU-VEAU ROMAN HISTO-RIQUE DE PASCALE ROZE CONCERNANT UN COMMANDANT ASSIÉGÉ À DAR EL KADI EN DÉCEMBRE 1912 ALORS QU'IL ALLAIT DEPUIS MOGADOR À LA RENCONTRE DE LA COLONNE DU COLONEL RUEFF. Une histoire racontée par la petite fille de ce commandant qu'elle redécouvre au soir de sa vie avec la mémoire du parcours de son grand père et le souvenir qu'il a laissé au Maroc chez une famille marocaine. Pascale Roze, Prix du Premier Roman, Prix Goncourt pour un autre roman "Le chasseur zéro" est aussi une lectrice du Blog Mangin@Marrakech. ( Stock Ed, 1er février 2017).

HEUREUSE SAINT-VALENTIN À TOUS LES   AMOUREUX

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LE COLONEL EMMANUEL MANGIN, L'UN DES PETITS FILS DU GÉNÉRAL CHARLES MANGIN EST VENU EN CE DÉBUT 2017 SE RECUEILLIR SUR LA TOMBE DE SON ONCLE LE LIEUTENANT HENRI MANGIN MORT AU MAROC (TAFILALET) À 25 ANS EN 1933.

Depuis 1912, les descendants du Colonel Charles Mangin (qui chassa le prétendant El Hiba de Marrakech en 1912) se déplacent en pélerinage dans la Ville Rouge et dans l'Atlas. Ils viennent se recueillir sur la tombe du Lieutenant Henri MANGIN, fils aîné de Charles MANGIN, mort au combat à la tête de son groupe de partisans marocains en juillet 1933.

Le colonel Emmanuel MANGIN écrit au blog:"Nous arrivons  ma femme et moi  accompagnés de notre petite-fille , 3 ans , jeudi soir ; nous passons la journée de Vendredi à Marrakech avant de filer vers Zagora  retour mercredi en fin de journée  et nous reprenons l'avion Jeudi en fin d'apres midi ;

Je voudrais aller me recueillir sur la tombe de mon oncle le lieutenant Henri Mangin tué en juillet 1933 dans le Tafilalet; et peut être me présenter au Consul général de France s'il peut me recevoir mercredi..."

Lieutenant Colonel Emmanuel MANGIN (photo ci-contre au cimetière européen de Marrakech)

La tombe du Lieutenant Henri Mangin se trouve dans le Carré militaire du cimetière de Marrakech, alors qu'à l'origine elle avait une place à part. 

catafalque-Henri-Mangin-MRK-7sept1933

Après une première cérémonie en juillet, une deuxième cérémonie eut lieu en septembre en présence de Jacqueline Mangin, soeur du défunt, accompagnée de son mari le capitaine Brosset. Mme Veuve Mangin et son fils Louis-Eugène vinrent se recueillir sur sa tombe le 14 janvier 1935 à l'occasion de l'inauguration du monument de Sidi Bou Othmane.

Le 7 septembbre 1933, la population de Marrakech rendait un ultime hommage à la dépouille mortelle du lieutenant Henri Mangin, tué d'une balle au front, dans l'IMGHAS, alors qu'il se trouvait en juillet à la tête de son groupe de partisans marocains. Le 7 septembre 1912, son glorieux père, le Colonel Mangin, entrait à Marrakech en faisant fuir le prétendant El Hiba, ennemi du Sultan Alaouite. Vingt et un an après, le fils du Général Mangin, si tragiquement décédé en 1925, était enterré au cimetière de Marrakech. 

Les restes du lieutenant Mangin furent amenés sur un catafalque au milieu du cimetière. Dans le fond une compagnie du 4e Étranger avec la musique rendait les honneurs. De face, le Général Catroux, commandant la Région, ayant auprès de lui le capitaine et Mme Brosset, beau-frère et soeur du lieutenant Mangin, derrière eux, l'État-Major, les autorités civiles et militaires, le Section des Croix de Feu et Briscards de Marrakech, les officiers sans troupes, la foule.

 Henri Bordeaux l'Académicien avait tenu à rappeler la mémoire de ce lieutenant volontaire:

"J'ai dans les yeux la silhouette élégante, gentile, de ce grand jeune homme, plus fin que le père, moins râblé, mais tout aussi volontaire, qui semblait aimer le monde et s'y plaire, que le monde ne demandait qu'à gâter, et qui n'avait au fond qu'une envie: s'en aller au désert, servir et commander. Tout lui aurait été facile, tout lui souriait. Mais que pouvaient bien être ces facilités et ces sourires pour le désir qu'il portait en lui ? Ne devait-il pas continuer l'oeuvre paternelle interrompue trop tôt ? Et pour ne pas lalaisser interrompre ne fallait-il pas se hâter ? Ainsi brûlait-il les étapes. Sorti de l'École polytechnique, il réclame l'infanterie coloniale, et il part pour la Mauritanie.(...)

oct12-Lyautey-bahia-européens-mrk

Avant de traverser l'Atlas et de descendre plus au sud où l'attend la mort, il a traversé Marrakech. Or Marrakech appartient au souvenir de son père. À Marrakech il était chez lui. En 1912, le grand Mangin est le colonel Mangin. (...)

Ci-contre en octobre 1912 au Palais de La Bahia de Marrakech: Lyautey entourré de Brûlard et de Mangin, madame Mangin à son côté.

Quel souvenir pour le jeune lieutenant qui va prendre part à la nouvelle colonne, cette fois bien plus au sud, afin d'établir la frontière définitive du Maroc, celles que ne franchoront plus les tribus dissidentes! S'est-il promené dans ces jardins de l'Aguedal où son père installa son quartier général, avec ce goût qu'il avait pour les belles demeures où la vie continue, comme il le disait, la veille de la bataille de la victoire de Méry, à la propriétaire du château de Pronleroy, car on ne fait la guerre que pour que la vie continue dans des conditions meilleures ? Les jardins de l'Aguedal, charme délicieux de l'oasis de neige et d'or sur le fond des montagnes de neige! Dernière promenade de douceur et d'orgueil à l'évocation de l'oeuvre paternelle, et puis dernier départ avec la colonne. Comment ne pas pleurer un destin si court, alors que tout le marquait pour l'avenir d'une race et de notre pays?

Non ne le pleurons pas. L'offrande de cette jeune vie agrandit l'oeuvre du père, y ajoute cette grâce qui vient du sacrifice librement consenti.  HENRY BORDEAUX

Comment est mort le lieutenant Henri MANGIN ?

Au cours des opérations qui se déroulèrent les 21 et 22 juillet le lieutenant Mangin fut mortellement frappé. Une nouvelle avancée de l'ensemble des troupes mobiles a permis l'occupation de la Haute vallée du Dadès et l'occupation du pays des Ait Abddi. Cette avance consolide les jonctions entre les groupes de Meknès, du Tadla et les confins situés au centre du district d'Indghas et accentue le mouvement de soumission chez les Ait Ouanerghi.

C'est vers le début de la soirée du 22 que le lieutenant Mangin, qui marchait à la tête d'un groupe de partisans marocains a été frappé. Le lieutenant Mangin, qui avait été grièvement blessé, fut transporté à l'ambulance où il reçut du Général Catroux, l'insigne de chevalier de la Légion d'Honneur, avant de mourir le lendemain.

Le général Huré, commandant supérieur des troupes, s'est rendu dans la haute vallée de l'Indghas, dans la région où les troupes mobiles "Catroux et Giraud" ont fait leur jonction, il a visité la formation de Semghir où il s'est incliné devant les dépouilles mortelles du lieutenant Mangin et du lieutenant vétérinaire Besson, tué également dans les récents combats, alors qu'il portait secours à un partisan  marocain blessé. 

Bien que de formation scientifique, et sorti de l'École Polytechnique, le lieutenant Henri Mangin avait opté pour l'infanterie coloniale, la première arme de son père, le général. Il fit d'abord campagne comme officier à la compagnie saharienne de Mauritanie. Il y a seulement quinze jours qu'il avait pris le commandement du groupe des partisans marocains.

Une première cérémonie d'obsèques du lieutenant Mangin et du lieutenant vétérinaire Besson, morts au champ d'honneur dans la région d'Indghas d'où leur corps avait été ramené le 25 par avion, eut lieu le mercredi 26 juillet à Marrakech.  Le deuil était conduit par M. Halmagrand, adjoint civil. Après la cérémonie religieuse, les cercueils ont été transportés au dépositoire où le colonel Schuler et le colonel Chalain dirent successivement un émouvant adieu aux disparus.

En ce début d'année 2017 le colonel Emmanuel Mangin nous parle de ses pélerinages:

"On trouve la tombe d'Henri Mangin facilement. Il a beaucoup été déplacé  C'est le 3eme emplacement au moins.

Avec mon père Louis MANGIN nous avions fait un pèlerinage entre hommes en juin 78 . On voyait la tombe de loin car il y avait un arbuste, ressemblant à un laurier, à côté.

Il m'avait dit que ce n'était  pas le premier emplacement. Le sous officier adjoint de l'oncle Henri avait pris en 1933 un arbuste là où il était tombé. Depuis l'arbuste avait été remplacé.

Ensuite nous avons refait la route de la campagne du Tadla contre le prétendant El Hiba qui avait pris le commandement des tribus en révolte en 1912.

Victoire de Beni Mellal , grosse affaire...

Grand Papa (Colonel Charles Mangin) attend Lyautey à Fez. On lui demande "Que peut on faire pour surprendre le Général ?"

Faites tirer le canon ! Il y a longtemps qu'il ne l'a pas entendu !

Rose-2

On se souvient qu'après la guerre , il disait du Maréchal: "Maréchal à titre civil, Académicien à titre militaire"

Pendant notre périple avec Rose, qui aura bientôt 4 ans , nous avons visité (le cimetière de Marrakech) et la casbah de Ouarzazate, ancien fief du Pacha de Marrakech. 

Notre guide, assez âgé, très fin lettré, me raconte l'installation du Pacha à Marrakech en 1913 

Je me présente , petit fils etc... Il me regarde et dit: "Il y a plus de 40 ans , j'ai reçu ici votre père et votre mère, À la fin j'ai dit à votre mère qu'elle ressemblait à SImone de Beauvoir qui était très proche du Pacha et cela ne lui a pas plu."

(cette visite REMONTAIT au printemps 1971) .....

 je vous joins un cliché pris quelques mois avant la mort d'Henri , à l'occasion, en 1932, de la remise au 23e d'Infanterie coloniale de la maquette du monument MANGIN ."

monument-mangin-1932

On voit à l'arriere plan la maquette du monument Mangin réalisée par le sculpteur Maxime Réal del Sarte

Au centre Madame Charles Mangin entre ses deux fils aînés, à gauche le lieutenant Henri Mangin sept mois avant sa mort dans la haute vallée du Dadès, à droite Louis-Eugene Mangin en uniforme de Saint-Cyr.

Colonel-Mollet-23e 2

Henri Mangin fut renversé par un tramway parisien et gravement blessé le 28 décembre c'est à dire trois mois après cette photo qui date du 20 septembre et a été prise à l'occasion de la remise. solennelle de la maquette du monument Mangin à la garde du 23e d'Infanterie Coloniale (caserne de Lourcine, Bd de Port Royal). Le sculpteur Maxime Réal Del Sarte s'adresse à Madame la Générale Mangin, à ses fils Henri et Louis-Eugène ainsi qu'au Colonel Mollet commandant le 23e d'Infanterie coloniale. Cette maquette serait aujourd'hui au Musée des Troupes de Marine à Fréjus.

L'inauguration de la statue, Place Denys Cochin avait eu lieu six mois avant, le 20 mars. 

Mangin-place-denys-cochin Un imposant défilé des troupes avait marqué cette inauguration. 

Inauguration_du_monument_du_général_[

"En juin 40, le monument érigé place Denis Cochin, prés des Invalides, fut dynamité par les Allemands la veille de la venue d'Hitler pour qu'il ne le vit pas en allant voir le tombeau de Napoléon; L'Armée MANGIN, composée en partie de troupes issues des Colonies, avait occupé la Rhénanie en 1919, et "la race aryenne avait été souillée", de façon évidente, par cette proximité...

Il y a maintenant une statue au chevet de l'église Saint François Xavier;

oct12-Mangin-Dar-Beida

Sur la photo avec ses fils, on voit la Générale MANGIN , toujours en deuil ; Elle a une cinquantaine d'années; Elle était née Cavaignac.

Son père, polytechnicien, était Ministre de la Guerre en 1898 au début de l'affaire Dreyfus;.. son grand père, le General Eugene Cavaignac, polytechnicien, avait été Ministre de la Guerre en 1848 , puis chef du pouvoir exécutif jusqu'en Décembre 1848 

Ci-contre elle monte en amazone en octobre 1912 à Marrakech

Elle a eu 8 enfants.

La famille MANGIN s'engagera résolument aux cotés du General DE GAULLE: elle compta 3 Compagnons de la Libération: deux des gendres: le General BROSSET mort pour la France fin 44 , commandait la 1er DFL ; Jacques LECOMPTE BOINET, chef de réseau puis membre du Conseil National de la Résistance. Stanislas MANGIN Saint Cyrien, BCRA et 1ere DFL . voir leurs bios sur WILKEPEDIA .

Mon père que l'on voit en tenue de Saint Cyr sur la photo , fut Délégué Militaire National en 43/44 puis à l'Etat Major particulier de De Gaulle ;  au Maroc de 37 à 41 , lieutenant , il était en poste ; 

je joins la photo de De Gaulle présentant ses hommages à la Générale MANGIN lors de la célébration du centenaire en 1966 aux Invaides."

generale mangin-35

Nous remercions le Colonel et madame Emmanuel Mangin pour les photos et les souvenirs qu'ils ont partagés avec nous. Nous mesurons  tout ce que l'histoire de Marrakech, du royaume du Maroc et de son unité doit à sa famille. Souhaitons à la petite Rose et à ses cousins de poursuivre avec les nouvelles générations ces pélerinages qui maintiennent les liens avec la terre marocaine et ses habitants. Merci aussi à Pascale Roze pour son roman qui participe de ces liens entre marocains et français, dans la guerre et dans la paix.

Ceux qui veulent ajouter des informations peuvent le faire dans les commentaires ci-dessous. Pour envoyer des photos ou des scans s'adresser au webmaster par le lien "contacter l'auteur" en haut à gauche de cette page.

Photo des 8 enfants de la Générale Mangin ajoutée par Jean-Louis Roy. 

Général Mangin et ses enfants

A propos de Dar el Kadi (décembre 1912) on lira le témoignage du Capitaine Cornet:   http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2015/09/21/32657810.html

Plusieurs pages du Blog, parlent du Colonel Charles Mangin en 1912-1913:
http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2012/08/01/24728986.html
http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2015/09/08/32593122.html
http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2015/07/16/32632353.html

07 février 2017

SIMONE RECHERCHAIT SYBILLE, COMMENT SE SONT-ELLES RETROUVÉES APRÉS 60 ANS ?

SYBILLE DE MECKENHEIM ( ou Mecquenem) A VÉCU À MARRAKECH, ET À OUIRGANE

ELLE A CONNU L'INSTITUTION NOTRE DAME DES APÔTRES ET LE LYCÉE MANGIN

DES ANCIENS DE MARRAKECH VOUDRAIENT REPRENDRE CONTACT AVEC ELLE

MAIS COMMENT RETROUVER SA TRACE ?

MICHEL MAUMON DÉJA EN 2010 RECHERCHAIT L'ÉLÈVE AUX TONGS DE SA CLASSE DE 1ère AU LYCÉE MANGIN

SIMONE LANGLADE SE SOUVIENT DE LA "GRANDE" QUI CALMAIT SES ANGOISSES À NDA:

"Sybille a "compensé" ma tristesse de petite pensionnaire chez les soeurs de Notre-Dame des Apôtres et mes angoisses le soir au dortoir, car nos lits étaient côte à côte. Cette proximité permettait à Sybille de me donner la main et de tenir la mienne jusqu'à ce que je m'endorme et dépasse mon angoisse...j'avais pas tout à fait 7ans...

La séparation d'avec ma famille était tres douloureuse...chaque lundi matin je m'agrippais aux jambes de mon papa et hurlais en pleurant ...la soeur "Bonaventure" m'embarquait à l'intérieur de l'institution en essayant de me raisonner..
Sybille devait être en âge du certificat d'études, et moi en CP...pour moi c'était une "grande"...et je n'ai jamais oublié.
Je sais que Bernard DUBOST , autre cousin de coeur et cousin de Jean-Paul Hindié, aimerait lui aussi retrouver Sybille." (Soeur Bonaventure était à Marrakech de 1950 à 1953)

Chau_Gruyere-Mecquenem

Comment trouver Sybille ?  serait ce par sa famille ?
Son père Guy de Meckenheim avait vendu son château familial de Gruyères en 1938 pour s'installer à Ouirgane, près d'Asni et de Marrakech. Il avait créé le Domaine de La Roseraie, qu'ont connu de nombreux marrakchis à la recherche de fraÎcheur et d'un cadre agréable. 

Meckenheim-de-Sybille-Clermont-Ferrand

Comment trouver Sybille ? par l'école Notre Dame des Apôtres ?

NDA-cour-recreation Il s'agit du préau de l'école des religieuses de NDA, photo Blandine. Mais les soeurs de NDA ont changé, il ne s'agit plus des religieuses de l'Institution de Lyon qui détenaient les archives. Les nouvelles soeurs sont libanaises et parlent couramment l'arabe.

Comment trouver Sybille? par ses camarades de lycée ?
SA CLASSE DE PREMIÈRE IV AU LYCÉE MANGIN EN 1959-1960

Lycee-Mangin1ere

Rang du haut : Sandillon, Wiesnieski, Bernard Dubost, Christian Dailloux, Mahmed, René Crousse, Robin ; Rang du milieu : Roland-Jean Lecourt, Daniel Sibony, Jacques Sibony, Peniane, X, Michel Maumon, Zouzout ; Rang du bas : Mlle El Grabli, X, X, X, Sylvia El Faci, Mme de LAPIERRE Prof de Français, Mlle Delouyat, Mlle Afilalo, Mlle Nardoux, Sybille de MECKENHEIM et ses tongs, X (la copine de Sandillon).
Comment trouver Sybille ? serait-ce par La Roseraie de Ouirgane ?

Roseraie-Ouirgane  Des palmiers et un magnifique jardin plantés par le père de Sybille. 

Vivianne, fille d'Osvald le forestier d'Ouirgane, la recherche aussi.

8-Bd-Flandrin-P16

Sybille est la fille du Comte Guy de Meckenheim et de Haja Bahia. Avant la guerre de 1914 le jeune comte était très remarqué dans la société mondaine parisienne. Il habitait 8 boulevard Flandrin dans le XVIe. (photo ci-contre)

L'AMI GABRANE EN 2013 NOUS A INDIQUÉ QUE SYBILLE S'ÉTAIT MARIÉE  AVEC Mr RACHÉ DE CLERMONT.

SON NOM d'ÉPOUSE SERAIT DONC SYBILLE RACHÉ, MAIS À L'ÉPOQUE NOUS NE L'AVIONS PAS TROUVÉE.

Cependant nous apprenons aujourd'hui une triste nouvelle, par la presse auvergnate,.. son mari Michel Raché est décédé il y a seulement quelques mois. Le blog Mangin@MRK, les anciennes de NDA et les anciens du Lycée Mangin présentent leurs condoléances à Sybille, ainsi qu'à ses deux enfants Jean-Philippe RACHÉ et Isabelle RACHÉ-CHAPPELLIER, de même à tous ses proches et amis.

Qui pourra dire à Sybille que la "petite pensionnaire" Simone de NDA et d'autres la cherchent ? Qui pourra lui transmettre les messages de sympathie que les marrakchis lui adressent ? Ses enfants ou ses amis proches s'il lisent ce blog pourraient la prévenir.

Pour faire signe à Simone, Sybille peut  utiliser le lien "contactez l'auteur" qui se trouve en haut à gauche de cette page, son message sera transmis à sa "petite pensionnaire" de Notre Dame des Apôtres. 

Quelques heures après la publication de cette page... Patricia 69 trouvait l'adresse de Sybille. Nous la remercions pour l'avoir cherchée et trouvée. Simone a écrit à Sybille en lui envoyant des photos... et aujourd'hui 11 février, seulement 4 jours après la publication de cette page, Simone reçoit un appel téléphonique de Sybille. Elle écrit au blog:  "Sybille vient de m'appeler, en réponse à ma lettre dans laquelle j'évoquais NDA avec "ma petite histoire" à laquelle elle a été tres sensible, ( et m'a bien reconnue sur les photos de 1955 jointes )...

Nous avons bien bavardé et essaierons de nous revoir !  le tél arabe marche encore plus vite avec internet....Merci d'ajouter cet évènement sur le blog....Amitiés. Simone."

 

03 février 2017

LA LOGE MAÇONNIQUE "L'ATLAS" DE MARRAKECH EN 1942

LE GOUVERNEMENT DE VICHY AVAIT CONTRAINT LES LOGES À "DONNER" LES NOMS DE LEURS MEMBRES, AINSI QUE LEURS ADRESSES PERSONNELLES

Ces listes furent publiées au Journal Officiel en 1942

MARRAKECH AVAIT UNE LOGE APPELÉE "L'ATLAS",  AFILIÈE AU GODF (Grand Orient de France) ET QUI SE RÉUNISSAIT EN SOUS-SOL DU CAFÉ "L'ATLAS" TENU PAR LE FRÈRE SURVEILLANT WILLEMSE 

63167556 Les francs-maçons de Marrakech ont vu ainsi leurs noms dévoilés au Journal Officiel de la République sur la:

"Liste par obédience, des dignitaires (hauts gradés et officiers de loge) de la franc-maçonnerie."
Non seulement leur adhésion à la Loge l'Atlas de Marrakech, mais également, les loges qu'ils avaient éventuellement fréquentées auparavant. C'est ainsi qu'à Marrakech on note une vingtaine de noms de "frères francs-maçons" fonctionnaires de l'enseignement, de l'armée et des fonctions territoriales. La liste ne comprend pas ceux qui ne sont pas fonctionnaires en activité. Il y avait donc d'autres membres soit des membres, artisans, industriels, professions libérales, etc... dont nous n'avons pas le nom.

CASANOVA Xavier, employé principal à la chefferie du Génie, Marrakech, villa Isabelle, rue des Méhalahs, Marrakech, 3° L.’. « Atlas », Marrakech, Dèl .’. Jud .’. 1936
CAZABAT Cézaire, directeur d'école supérieure Saint-Paudelaye par Dax, 3° L.’. « Nouvelle Tumusica », Mogador, L.’. « Atlas » Marrakech 1er Surv .’. 1932

Monsieur CAZABAT était un personnage très connu de Marrakech, il dirigeait le collègue de Marrakech, avant que celui-ci soit transformé en Lycée Mangin. (voir cette école par ce lien)

CAZASSUS Henry, chef de règies municipales, services municipaux, avenue de Casablanca, Marrakech. L.’. « Bridja » Mazagan, L.’. « Atlas » Marrakech Dèl .’. Jud .’. 1929

CHASSIOT Fernand, Léonard, Émile, Instituteur, Casablanca, 47 rue Émile, Marrakech, 3° L.’. « Atlas » Marrakech, 1er Surv .’. 1933
COTTINEAU Joseph, Auguste, Marie, contrôleur spécial, commis des douanes, Marrakech. 2° L.’. « Atlas », Marrakech, L.’. «  Réveil du Maghreb » , Rabat, L.’. « Fraternité Marocaine » Rabat, Très .’. 1932 à 1934
DANOS Joseph, receveur des Finances, Marrakech - Guéliz, L.’. "Nouvelle Carthage », Tunis, L.’. « Atlas » Marrakech, Dél .’.  Jud .’.. 1930
DEN’S Marcel Francis, commis, lycée de Oudjda, Casablanca. 3° L.'. « Phare de la Chaouia » Casablanca, L.’. « Atlas », Marrakech, Secr.’.
FAVRE René, Instituteur, Avenue de Casablanca, Marrakech. 3° L.’. « Triple Union et Amitié », Voiron. L.’. « Atlas », Marrakech, Surv .’. 1935
GILLES Albert, architecte, 16 rue des Fontaines, Thorigny (Seine). L.’. « Atlas », Marrakech. 3° L.’. »Phare de la Chaouïa », Casablanca, Surv.’. 1926.
GRANJEAN Claudius, ingénieur TP Marrakech, L.’. « Atlas » Marrakech, Dèl.’. Sud.’. 1926
GROSSE Alfred, employé de banque, Marrakech, L.’. « Atlas » Marrakech Surv.’. 1935, Secr.’. 1929
HASSAN Bey Sedik, Interprete judiciaire, L.’. « Atlas »  Marrakech, Très .’. 1932
KESSIS Georges, avocat, Marrakech, 3°, L.’. »Atlas », Marrakech, L.’. « Union sétifienne, Sétif, Orat .’. 1930.
LAPEYRE Joseph, garde des eaux à Tahanaout. 3° L.'. "Etoile de La Crau", Miramas. L.'. "Atlas", Marrakech, secr .'. 1935
LAVAIL Léonce, professeur au collège mixte, avenue de Casablanca, Marrakech, 3°, L.'. "Atlas" Marrakech. Très.'. 1935
LIBOT Wilfred, Albert, adjudant-chef aviation, Rochefort (Charente-Maritime). 3°, L.’. « Atlas », Marrakech. L.’. « La Démocratie » Rochefort, Dél .’. Jud.’. 1935
PHILIPPE Bertrand, directeur d’école, villa nouvelle, Safi, 3°, L.’. « Lumière et Paix », Safi, L.’. « Atlas », Marrakech, Secr.’. 1932
PLANARD Alfred, employé au service des Domaines, Marrakech 3°, L.’. « Atlas » Marrakech Hosp.’. 1935
RAT Élie , instituteur, Villa Le Clos, Marrakech-Guéliz, 3°, L.’. « Atlas », Marrakech, Dèl .’. Jud.’. 1936
Monsieur RAT fut un Directeur d'École , puis il dirigea la création de ce qui deviendra le Lycée Mohamed V. (voir sa photo par ce lien)
WILLEMSE Léopold, limonadier, café de l’Atlas, Marrakech Guéliz, L .’. « Léon Gambetta », 2e sur .’.  en 1933
Cette recherche nous permet de connaître les noms d'autres noms de loges: Casablanca, Phare de la Chaouïa; Mazagan, Bridgda; Mogador, Nouvelle Tumusica; Rabat, 1 Reveil du Maghreb et 2 Fraternité marocaine; Safi: Lumière et Paix; Sétif, L'Union sétifienne; Tunis, Nouvelle Carthage; Miramas, L'école de la Crau; Rochefort: La Démocratie; Voiron, Triple Union et Amitié...
CETTE PAGE EST OUVERTE AFIN QUE CEUX QUI AURAIENT DES SOUVENIRS DES FRÈRES DE LA LOGE DE MARRAKECH, OBJETS, CANNES, TABLIERS, ETC.... PUISSENT LES PARTAGER SUR LE BLOG. 

87295441_o Aujourd'hui le Café de l'Atlas reste le lieu du souvenir de la Loge "L'ATLAS" du GODF.

25 janvier 2017

BASE AÉRIENNE DE MARRAKECH EN 1935-36 - UN TÉMOIGNAGE RARE-

UN APPELÉ, EN SERVICE SUR LA BASE AÉRIENNE DE MARRAKECH A ÉCRIT SES SOUVENIRS

Le blog évoque souvent les différentes promotions de pilotes et aussi les mécaniciens de l'aviation de la Base de Marrakech, mais il n'a publié que de rares souvenirs de jeunes appelés. Nous en avons peu: les "missions spéciales" de Jean-Claude DAVID et les souvenirs du Maître chien Louis ROQUET.

Grâce au fils d'un ancien appelé de Marrakech qui nous a confié la partie de ses mémoires concernant sa période marrakchie, nous avons le privilège de publier une histoire inédite.

"Je vous adresse la partie des mémoires de mon père qui concerne Marrakech et sa base aérienne. Ce n'est certes pas une "oeuvre littéraire", mais vous y trouverez peut-être des détails intéressants pour des gens passionnés comme vous par cette époque et ce lieu. Mon père parlait souvent de Marrakech qui, visiblement, l'avait fasciné, surtout par son aspect pittoresque et hors du temps,  très différent de l'Algérie où il vivait. Ce document est brut."

Un futur appelé devance l'appel, choisit l'aviation et passe un an sur la Base aérienne de Marrakech, les souvenirs de Gilbert Cohen.

Mon engagement

003J'avais 20 ans, je venais de passer le conseil de révision et j'étais apte au service militaire. Je devais être appelé vers la fin de l'année 1935. 

Les conscrits de ma classe devaient accomplir 2 ans de service et je devais être affecté, comme tous les juifs d'Algèrie, soit dans les zouaves, soit - ce qui ne valait guère mieux- dans les chasseurs d'Afrique, soit dans un régiment d'infanterie de France. Un ami, avec qui je discutais de ces problèmes, me conseilla de contracter un engagement de 3 ans (qui en réalité se réduisait à 30 mois en raison d'une permission libérable de 6 mois).

Je n'avais aucune situation et de toutes façons je devais partir pour accomplir mes deux ans avant la fin de l'année.

L'idée de choisir mon corps me séduisait et de plus, pourquoi ne pas profiter de mon engagement pour faire une carrière militaire ?

Quand j'en parlais à la maison, ma mère commença à pousser de hauts cris et me demanda si je n'étais pas fou d'envisager une telle solution. Puis, à la réflexion, tout le monde trouva que ce n'était pas une trop mauvaise idée.

avril1935-Colonel-Bouscat

De plus, un ami de notre famille, avec qui mon père en parla, se souvint qu'il avait un ami qui était général d'aviation, le Général Bouscat qui commandait l'Aviation au Maroc. Il promit de me recommander chaudement.

Le colonel Bouscat venait de perdre sa femme, décédée fin mars à Rabat, alors qu'il était en déplacement à Ouarzazate. Il sera Général de division en 1939.

Rien ne s'opposait plus à mon départ. Je n'hésitais plus longtemps et je signais un engagement de 3 ans pour la 37ème Demi-Brigade Aérienne de Rabat au Maroc.

Au moment du départ, ma mère pleura beaucoup et mes tantes écrasèrent quelques larmes. Mon père était plus ému qu'il ne voulait le laisser paraître et mes deux frères étaient malheureux de me voir les quitter: nous ne nous étions encore jamais séparés. Et moi, je n'étais pas très fier...

J'avais récolté un petit pécule en allant dire au-revoir à mes proches et c'est accompagné de ma famille que je pris le train pour Rabat à la gare d'Oran. 

Dans le train, je fis la connaissance d'un jeune oranais nommé Botella qui avait contracté comme moi en engagement de 3 ans dans la même base. Nous fûmes heureux de faire notre voyage ensemble et nous décidâmes de rester amis durant nos 3 années de service. 

Nous voyageâmes toute la nuit.  Arrivés à Rabat, nous fûmes étonnés d'apprendre qu'il n'y avait là que la base administrative de l'Aviation au Maroc : on nous dirigea aussitôt sur Casablanca, terme réel de notre affectation.

Et, très exactement le 9 juillet 1935 vers 16 heures (je m'en souviens comme si c'était hier), nous nous présentions, Botella et moi, aux bureaux de la Caserne d'Aviation, au Camp Cazes. C'était le terme de notre voyage et le commencement de notre service. 

Je fus aussitôt inscrit dans les effectifs de la base sous le numèro 988 du bureau de recrutement d'Oran. On me remit un paquetage et je dus abandonner mes vêtements civils non sans un petit pincement au cœur. Dès cet instant, je réalisais combien il allait être long de passer 3 ans dans l'armée. J'étais un peu angoissé et je sus sur le champ que je ne serais jamais un militaire de carrière et que cette vie n'était pas faite pour moi.

Mais j'étais là, je l'avais voulu, personne ne m'avait influencé et je décidais que je devais tout faire pour m'adapter à cette nouvelle vie. J'avais 20 ans, j'étais jeune et costaud, plein de vie : je voulais être courageux et il me fallait laisser derriere moi le souvenir de mes jeunes années et devenir un homme. Et j'appris vite à le devenir. 

Le Camp Cazes de Casablanca.

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Un officier me débita une petite leçon et crut devoir me dire ; «  Vous avez contracté un engagement de 3 ans dans l'Armée de l'Air et j'espère que vous serez un bon soldat et que vous gravirez les échelons pour faire une carrière. Je compte sur vous ! »

Je souris timidement et j'affirmais que c'était mon intention, mais au fond de moi je n'étais pas convaincu.

Comme il était d'usage, je dus remplir un questionnaire et on me remit un livret militaire que j'ai conservé tout au long de ma vie. Je l'ai encore. 

Gilbert Cohen et son ami au pied du mat où flotte le drapeau

La fiche signalétique, outre des renseignements signalétiques, comportait des indications sur mes connaissances, notamment en langues étrangères. À la rubrique « Profession », on nota « Secrétaire-Comptable » Je n'ai jamais su ce qui me poussa à indiquer cette profession, mais cette mention me fut utile tout au long de ma vie militaire et  je fus toujours affecté dans des bureaux, ce qui était un réel avantage.

Dans le train qui nous conduisait vers notre destinée militaire, nous avions convenu, Botella et moi, de nous rendre dès le premier jour au réfectoire, décidés dès les premiers instants à nous habituer à cette cuisine. Mais si Botella s'adapta facilement, ce fut pour moi une autre histoire. A peine entré au réfectoire, j'en ressortis aussitôt : la simple odeur qui s'en dégageait m'avait fait fuir et je restais longtemps avant de me décider à y retourner.

Tant que j'eus de l'argent, je me nourrissais de sandwiches achetés à la cantine. Le soir, j'allais dans un restaurant qui se trouvait juste en face de notre camp pour manger un steak et des frites. A ce régime, mon pécule fondit rapidement et je dus prendre une décision. Je pris mon courage à deux mains et un beau jour je retournais au réfectoire. Au début, je ne mangeais que les hors-d'oeuvre, un bout de viande...et je me gâvais de pain.  Puis je m'habituais petit à petit. Mais je chipotais toujours un peu et je peux affirmer que je n'ai jamais réussi à assouvir ma faim.

Je regrettais alors les difficultés que j'avais créées à ma mère. Et je lui en voulais de m'avoir trop gâté et rendu si vulnérable.

Le temps finit par tout arranger. Cependant quand je revins à Oran, 5 mois après, pour une première permission, j'avais perdu 10 kilos. A mon départ, j'étais un peu enrobé, je pesais à peu près 75 kilos et là, je n'en pesais plus que 65. Mais  j'étais en meilleure santé, plus musclé, en pleine forme. Pourtant ma mère en me voyant faillit s'évanouir ! La différence était spectaculaire. Aussi, je reçus par la suite de nombreux colis de nourriture : ma mère essayait ainsi de compenser les calories qu'elle croyait qu'il me manquait.

Dès le deuxième jour après mon arrivée à Casablanca, je dus subir les piqures et vaccins obligatoires. On appelait ces vaccins « TAB chauffé »  et ils étaient censés nous préserver de  nombreuses maladies. Ces  piqures étaient très puissantes et elles rendaient malade. Pendant deux jours, Botella et moi avons eu une grosse fièvre et surtout une inflamation de l'épaule qui faisait beaucoup souffrir. Mais cela passa très vite. 

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Dès que je fus remis, je commençais mon instruction militaire. Ce n'était pas très pénible, il faut dire que dans l'Aviation elles se réduisaient au minimum. On apprenait les rudiments : marcher au pas, se servir du mousqueton, saluer...enfin, les bases du métier de soldat. Je ne regrettais pas mon engagement : nous étions loin des marches interminables que l'on imposait aux fantassins. Quand nous devions nous rendre sur la plage d'Ain-Diab,  un peu loin de la base,  pour des exercices de tir à la mitrailleuse, nous étions conduits en camion.

Le plus désagréable était la vie communautaire dans des chambrées de 40 hommes, la promiscuité, le manque d'intimité.  On s'habitue très vite, mais quel changement ! À la maison, j'étais choyé, gâté, chouchouté par une mère toujours aux petits soins pour sa progéniture. 

Je croyais qu'il allait être pénible de vivre en caserne, mais, à part la nourriture, tout se passa très bien et je mis très peu de temps à m'habituer à la vie de caserne.

J'avais un avantage : j'étais jeune et costaud et, dans les rues de ma ville, j'avais été habitué à me battre dès le plus jeune âge. Je n'étais pas peureux et dans l'armée, je sus dès les premiers jours me faire respecter.

Le racisme n'était pas virulent et je ne le ressentais pas. Ou peut-être craignait-on de me le faire sentir ? Il me faut raconter une anecdocte à ce sujet.

Nous étions environ 40 hommes dans notre chambrée , des hommes de toutes origines : des pieds-noirs, des français originaires de métropole...

Mon ami Botella était dans le même chambrée que moi et dès les premiers jours je me fis camarade avec la plupart des soldats de ma " piaule ".

Il y avait dans notre chambrée un soldat qui faisait son service militaire, un appelé, pas un engagé, nommé Birbaum. C'était un grand garçon, beau et costaud d'apparence, mais il était craintif et timoré : deux défauts qu'il faut éviter à tout prix d'avoir lorsque l'on vit en communauté.

Moi, il ne m'était pas antipathique, mais tous les soldats l'avaient pris en grippe. C'était lui qui héritait des corvées les plus désagréables. Cela me paraissait très injuste, mais je ne m'en préoccupais pas plus que ça. Je pensais qu'il était assez grand pour se défendre. Mais comme à lui seul il ne pouvait assumer toutes les corvées de la chambre, je fus un jour désigné pour l'aider.

Il semblait qu'il attendait cette occasion pour me parler franchement.  Il me dit : « Je ne comprends pas pourquoi tu as l'air de me fuir et pourquoi tu n'éprouves aucune sympathie pour moi ? Nous sommes les deux seuls juifs de notre chambrée, cela devrait suffire à nous rapprocher ! »

Je demeurais stupefait. J'ignorais alors qu'il existait d'autres juifs dont les noms ne ressemblaient pas du tout à ceux de nos coréligionnaires d'Algérie. Birbaum, Rosenberg, Veill, tous ces noms n'avaient pas de consonnance juive ! On s'appelait chez nous Benichou, Benhamou, Teboul, Tobelem, Darmon...Des noms d'origine hébraïque ou arabe...

A partir de cet instant, Birbaum devint mon ami. En devenant son copain, je devins aussi son défenseur et quand je jugeais qu'il avait eu sa part de corvées, je m'interposais pour qu'on le laissât tranquille. Les camarades de chambrée furent étonnés de mon changement d'attitude et un jour où je pris sa défense, l'un d'entre eux crut bon de me dire : «  Cela ne m'étonne pas que tu défendes Birbaum. Entre juifs, vous savez vous soutenir, vous êtes tous solidaires. »

Ce n'était pas très méchant, mais je pris mal la chose et ce fut la raison de ma première bagarre. La première, mais pas la derniere...Durant tout le temps que je passais dans l'Armée, je ne pus jamais admettre la moindre allusion désagréable concernant ma race ou ma religion. C'est uniquement pour ces raisons que je me battais.

Mais cette histoire m'éloigne de mon sujet et je m'empresse d'y revenir.

Le peloton des élèves caporaux.

En raison très certainement de la recommandation promise au moment de mon engagement, je fus un jour convoqué au bureau de la base. Un officier m'informa qu'à l'Etat-Major de Rabat on souhaitait me voir suivre le peloton des élèves caporaux. A demi-étonné, je dus me soumettre à un souhait exprimé en si haut lieu et je me fis inscrire.

Malgré le nombre de postulants, nous n'étions pas très nombreux à suivre ce peleton. Les cours n'étaient pas désagréables à suivre et durant tout le temps de la formation, nous étions exemptés de toutes les corvées : cuisine, latrines, revues et surtout service de garde.

Chacun de nous reçut un manuel d'instruction militaire : il n'y avait plus qu'à apprendre. Les officiers chargés de nous dispenser les cours étaient presque tous des navigants et même les sous-officiers, chargés des travaux pratiques, étaient très gentils avec nous. 

Je mettais de la bonne volonté à apprendre tout ce qu'on nous enseignait, mais il fallait pourtant le reconnaître : ce n'était pas très captivant !

Nous apprenions par cœur et c'est pour cette raison que tant d'années après je me rappelle encore des leçons. 

Voici par exemple un morceau d'anthologie militaire que j'éprouve du plaisir à citer : « La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de son subordonné une obeissance entière et une soumission de tous les instants. Les ordres doivent être exécutés littéralement, sans murmures. L'autorité qui les donne en étant seule responsable, la réclamation n'est permise à l'inférieur que lorsqu'il a obei. » N'est-ce pas beau!

Au cours du « garde à vous », il ne fallait pas oublier que « le petit doigt doit se trouver exactement un peu en arrière de la couture du pantalon ».

Pourtant, tout n'était pas négatif : les exercices sportifs, les maniements d'armes étaient intéressants. J'étais doué pour les exercices de tir et j'étais devenu très habile au démontage et au remontage de la mitrailleuse qui avait déjà servi à nos pères en 14/18 : la mitrailleuse Hotchkiss. 

Cohen-Casa 001 Le soldat Gilbert Cohen est en position de tir.  Au dos de la photo: "Fin du peloton des élèves caporaux- 12/9/1935"

Durant tout le temps du peloton, il régna un climat agréable puis, quand le temps des examens arriva, nous fûmes questionnés par des officiers qui nous attribuèrent des notes dans chaque discipline. Ce n'était pas très difficile et je n'eus aucun mal à être admis.

Le peloton terminé, nos classes achevées et nantis d'une instruction adéquate, chacun reçut son affectation.

J'aurais aimé rester à Casablanca mais je fus affecté à la Base Aérienne de Marrakech, dans le sud marocain. Je quittais mon copain Botella qui lui était muté à la Base d'Agadir. J'avais déjà accompli 4 mois de service et le 4 octobre 1935, je quittais Casablanca dont j'avais peu profité : je ne me doutais pas encore que la guerre m'y ferait revenir en 1939.

Marrakech. Troisième Escadre Aérienne du Sud Marocain.

J'arrivais à Marrakech par une belle journée d'automne. Le temps était magnifique et il faisait très chaud. Dans le train, je me demandais ce qu'allait être ma vie dans cette ville. Mais je n'étais pas inquiet, j'étais bien habitué à porter l'uniforme.

Avant de quitter Casablanca, j'avais perçu le montant de ma prime d'engagement. C'était une somme assez rondelette pour l'époque : 2800 francs. Je m'étais empressé d'envoyer la moitié de cette somme à ma mère car je savais qu'elle en avait bien besoin.

J'étais donc assez étoffé. Aussi, dès mon arrivée à Marakech, comme il faissait une chaleur accablante et qu'il y avait une belle trotte jusqu'au champ d'aviation, je me payais un fiacre.

Ce n'était pas très onéreux, quelques francs à peine. Je n'avais pas de bagage, j'avais rendu mon paquetage,  et je n'avais qu'une simple musette qui contenait tout ce que je possédais.

Tout le long du trajet, j'eus le loisir de découvrir un peu de la ville qui me fit bonne impression. Toutes les routes qui conduisaient à la base étaient bordées de magnifiques palmiers. Ce qui me frappa le plus, ce fut la couleur de la ville : ocre rouge. Je pus entrevoir les murailles de la ville. Bref, Marakech me plut !

A peine arrivé au camp, je me présentais à l'officier qui dirigeait le bureau des effectifs. Il prit  mes coordonnées, je lui donnais mon livret militaire et comme il était mentionné que j'étais secrétaire-comptable, je fus affecté dans les bureaux.

Je dus alors  me présenter à l'adjudant Plantade qui se chargea de mon installation. C'était un vieux sous-officier qui avait conquis ses galons à l'ancienneté : il était déjà soldat en 14/18. 

Ce n'était pas un mauvais bougre, mais il était pratiquemment illettré, assez obtus et passablement rétrograde. Sa phrase la plus fréquente était « Je ne veux pas le savoir !»

Il falllait faire avec et s'en contenter.

Il me conduisit au magasin d'habillement où on me remit un nouveau paquetage. Puis il me désigna ma nouvelle chambrée, m'alloua un lit vacant et il fallut encore aller chercher des draps et des couvertures.

Je m'empressais de faire mon lit et de monter mon paquetage au carré comme c'était le règlement. J'étais devenu habile à ce travail, je n'étais plus aussi timoré qu'à mon arrivée à Casablanca. Tout en m'affairant, je ne pouvais m'empecher de penser aux nombreux mois qu'il me restait à accomplir sous l'uniforme. Je me demandais si je verrais arriver un jour le bout du chemin. Et pourtant...Depuis cet instant, 55 années de ma vie se sont écoulées et au moment où je rédige ces mémoires (1990), je songe avec nostalgie au temps où j'étais militaire et à mes 20 ans : je ne savais pas alors apprécier le bonheur d'être jeune et d'avoir une longue vie devant moi.

Dans l'Armée de l'Air, rien n'est comparable aux trois autres armes. La discipline est beaucoup moins sévère, les obligations purement militaires sont restreintes et, passé le temps de l'apprentissage, le temps des classes, le service est moins exigeant. Chacun reçoit une affectation dans un emploi déterminé, en principe adapté à ses aptitudes bien que cela ne soit pas toujours vrai. Chacun est employé, comme le seraient des salariés, dans tous les services de la base. Les uns deviennent mécaniciens dans les hangars abritant les avions, les autres au parc automobile. Beaucoups sont affectés aux cuisines, dans les magasins, à l'infirmerie et enfin dans les bureaux : ceux-là sont considérés comme des privilégiés.

J'eus la chance d'être employé dans les bureaux de l'Etat-Major, ce qui était considéré comme la meilleure affectation. Je la devais à mes quelques années de lycée, à ma connaissance de l'arabe et de l'espagnol mais aussi, très certainement, à cette qualité usurpée de secrétaire-comptable !

J'avais terminé mon installation quand un coup de clairon m'arracha à mes rêveries. Les hommes arrivaient de leur travail et se rassemblaient dans la cour. Je regardais par la fenêtre de la chambrée : tous les soldats étaient au garde-à-vous et écoutaient en silence la lecture de quelques notes de service.  Puis, après un vibrant « Rompez les rangs ! » de notre adjudant Plantade, tout le monde s'éparpilla.

Ma chambrée fut bientôt pleine et tous me regardèrent avec étonnement. J'eus vite fait de me présenter et de faire connaissance. Le chef de chambrée était un caporal nommé Lopez. Comme il me regardait d'un air interrogateur, je lui dis mon nom et aussi que j'étais d'Oran : il sut ainsi que j'étais juif et que j'étais Pied-Noir. Lui-même était de Sidi-Bel-Abbes et, coincidence, il connaissait mon oncle Simon, il avait travaillé avec lui ! 

Quand je proposais de payer une tournée à la cantine, je fus aussitôt adopté sans plus de cérémonie et j'allais au réfectoire avec tous les autres.

A cette époque, dans l'Armée (et je pense que c'est pareil maintenant) les soldats avaient tendance à se regrouper selon leurs affinités et surtout selon leur origine : les bretons sortaient avec des bretons, les parisiens avec des parisiens et les provençaux, les languedociens, les picards, les normands faisaient de même. 

Bien sur, j'aurais bien aimé avoir des juifs avec qui sympathiser, mais sur les 1000 hommes que comptait notre base, j'étais le seul juif. Aussi, je fus assez satisfait de me rapprocher des camarades du caporal Lopez, tous originaires de l'Oranie et tous d'origine espagnole : ils avaient noms Ruiz, Perez, Lopez etc . Mes nouveaux camarades étaient amicaux et ne montraient aucune hostilité parce que j'étais juif : j'étais Pied-Noir. Nous appellions les français de France des « Patos », ce qui signifie canards. Les Oranais étaient un peu craints car nous avions la réputation d'être bagarreurs. C'était vrai ! 

Je ne fis pas comme le premier jour à Casablanca : j'allais donc au réfectoire avec mes nouvelles connaissances. Je m'étais endurci, j'avais maitrisé mon palais et réussi à le discipliner. La soupe n'était ni meilleure ni pire qu'ailleurs et ce premier repas se passa très bien.

Notre base était divisée en deux parties distinctes séparées par un poste de garde situé à l'entrée.

D'un côté se trouvaient les services adminitratifs, les magasins d'habillement, le réfectoire, les mess des officiers et des sous-officiers et tout ce qui était utile au fonctionnement d'une caserne.  Les bâtiments des chambrées, des cuisines et de la cantine entouraient une vaste cour rectangulaire qui nous servait de terrain de football.

De l'autre côté, après avoir traversé une route, on arrivait à la partie réservée aux avions et à tout ce qui s'y rattachait : hangars des mécaniciens, soutes à essence, parcs automobiles et soutes à munition.  C'est dans cette partie que se trouvait l'Etat-Major et c'était là que je devais travailler.

Un mur de 2 mètres de haut, en pisé rouge, isolait notre base d'une magnifique palmeraie où se trouvait la Menara (« le lustre »), un palais (pavillon) appartenant à un notable arabe. Dans la Menara, il y avait un beau jardin et un grand bassin.  De nos jours, ce palais est devenu un très grand hôtel qui accueille de nombreux touristes. ( cette dernière phrase concerne l'hotel Menara au centre ville et non le pavillon du jardin)

Il nous était strictement interdit d'y aller, mais nous n'hésitions pas à sauter le mur pour nous rendre en ville car c'était un raccourci appréciable. De plus, quand il faisait très chaud, nous allions nous baigner dans le bassin. En période de canicule, il était très difficile de résister au plaisir d'aller se tremper et je n'étais pas le dernier à m'y rendre. 

Bassin-de-la-Menara-par-Felix-vers-1936 Photo par Félix de la Ménara à la même époque.

 

Mon bureau à l'Etat-Major.

Etat-Major-Base-aerienne-Marrakech

Au commencement de l'après-midi, je me rendis dans les bureaux de l'Etat-Major situés dans un coquet pavillon. Le lieutenant qui me reçut était très aimable : ce fut mon chef tout le temps où je restais à Marakech.

Il me présenta au commandant de la base, le colonel Robini. (le Lt-Colonel Robini commanda la Base aérienne de Janvier à septembre 1935). C'était un excellent officier, un pilote qui appréciait davantage les avions que les rigueurs militaires. Il me fit un petit sermon d'usage, me prodigua quelques conseils et m'assura que je pouvais compter sur sa bienveillance. 

Les bureaux où j'allais devoir bientôt m'occuper étaient grands, bien éclairés et donnaient directement sur les terrains d'où s'envolaient et atterrissaient les avions de notre base. 

Des camarades étaient installés, on fit les présentations et le lieutenant me désigna la place qui m'était réservée. Sur une table était installée une machine à écrire. Je ne savais pas taper à la machine mais j'appris à le faire très vite. Je fus bientôt très habile : je tapais avec deux doigts avec une certaine rapidité, comme je le fais encore aujoud'hui au moment où je tape ces mémoires.

Mon travail n'avait rien d'excessif : je devais taper des notes, des comptes-rendus  et des ordres en plusieurs exemplaires qui étaient distribués dans les divers services de la base. Je m'appliquais à travailler correctement. 

Ce premier contact avec mon travail me convint parfairement et dès que le clairon de 5 heures sonna, je rangeais mes affaires, remis mon travail à l'officier et allais rejoindre le cantonnement où, après un court rassemblement j'eus quartier libre.

Nous pouvions sortir, mais nous devions rentrer à 21 heures avant l'extinction des feux. Nous pouvions obtenir une permission de 23 heures, mais la base était trop éloignée et nous en usions rarement.

Il nous fallait attendre le samedi pour avoir, si nous n'étions ni punis ni de service, une permission de 24 heures qui nous permettait de profiter vraiment de notre sortie .

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Les avions de la base étaient de vieux Potez 25 qui dataient de la guerre de 14/18. Nos pilotes devaient s'en contenter. Ils les utilisaient avec une grande maestria et ils volaient d'une base à l'autre dans tout le Maroc. Il n'était pas permis au personnel rampant de voler, mais notre colonel autorisait quelques rares baptèmes de l'air. J'en ai bénéficié deux fois seulement.

Bapteme de l'air de Gilbert Cohen sur un Potez 

Chaque escadre avait un emblème, une sorte de mascotte. Le notre était un pingouin ( en réalité un pélican avec un parapluie sous l'aile et un bonnet de pilote) qui était peint sur la queue de nos avions. La grande plaisanterie consistait, lorsqu'un nouveau arrivait, à l'envoyer donner à manger aux pingouins ! On avait bien essayé avec moi, mais j'avais refusé car je savais bien que des pingouins ne pouvaient pas vivre à Marrakech.

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Rare étaient ceux qui ne se laissaient pas attraper. Toute la base était dans la combine et le pauvre bleu se coltinait de lourdes gamelles d'un endroit à l'autre. Puis quand on jugeait qu'il avait suffisement navigué, on le mettait au courant et tout se terminait à la cantine devant une chopine de vin. 

Le Pélican était l'emblème de la 2e escadrille 3e Escadre Aérienne du Sud Maroc. Il fut utilisé du 1er septembre 1933 jusqu'au 1er mai 1937.

On essaya encore de m'envoyer chercher la clè du champ de tir et bien d'autre facéties de la même veine sans plus de succès. J'eus cependant droit au lit en portefeuille : on ne pouvait echapper à tout ! Chaque fois que j'avais su éviter de me faire avoir, je devais quand même me plier de bonne grace à la coutume  qui consistait à offrir quelques litres à la cantine aux gars de ma chambrée. 

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Le premier dimanche après mon arrivée à Marrakech, j'obtins ma première permission de 24 heures et je me décidais à aller à la découverte de la ville. Je profitais d'une camionnette qui descendait en ville et je partis. La camionnette me déposa place Djemaa El Fna et j'entrais aussitôt de plein pied dans la Cité Rouge.

Felix-remparts Une ouverture dans les remparts de la Ville rouge

 

Marrakech la Rouge. 

Marrakech est une ville très pittoresque . C'est une ville ancienne, entourée de remparts en pisé rouge. J'ai le souvenir de très beaux jardins avec beaucoup de fleurs odorantes, d'une belle palmeraie, de palais, de minarets et de portes de style musulman. Bref, une vraie ville orientale, une ville sortie des Contes des mille-et-une nuits.

J'ai encore dans les narines l'odeur de Marrakech, une odeur forte d'épices, de cuisine orientale et de parfums violents, une odeur spécifique mais pas du tout désagréable.

La couleur de la ville est aussi très frappante : la ville est entierement rouge. Les murs des maisons, les remparts sont en pisé rouge, au moins dans la ville arabe. Même la couleur des vêtements des musulmans est très vive. Les couleurs chantaient à Marrakech ; je ne sais pas si c'est toujours le cas aujourd'hui...

Felix-souk-de-bab-khemis Photo Félix -Souk de Bab Khemis

 

Tout était en abondance. Les étalages ruisselaient de fruits et de légumes très peu chers. Les oranges étaient presque données. 

J'allais de découverte en découverte, c'était tout l'Orient, aucune ressemblance avec les villes d'Algérie : Oran avait l'apparence d'une ville de France.

 

Palais-de-la-bahia

J'admirais la Koutoubia, une splendide tour qui servait de minaret et qu'on disait sœur de la Giralda de Séville. Et j'admirais l'architecture orientale , les tombeaux des rois Saadiens, les cours intérieures avec leurs jets d'eau....Marrakech avait tout le charme d'une ville islamique à peine sortie du moyen âge. Nous étions en 1935...je pense que tout a du bien changer.

Il n'est pas utile de s'attarder sur la ville européenne du Gueliz : aucun charme particulier, une ville propre, aux belles rues avec de beaux magasins. Bref, une ville en tous points semblable à une ville de Métropole.

Le cœur de Marrakech, le centre principal des activités, est la place Djemaa El Fna, la place des Trépassés, ainsi appelée parce que sur cette place avaient lieu les éxécutions capitales. 

Là se tenait en permanence une foule bigarrée qui donnait une grande animation. On pouvait voir des jongleurs, des charmeurs de serpents, des montreurs d'animaux et des sauteurs marocains d'une agilité prodigieuse.

Des commerçants arabes vendaient de tout et surtout de la nourriture : des délicieuses « Kesrah » (petits pains), des viandes et des cotelettes grillées sur des kanouns, et aussi des sauterelles frites : un délice parait-il, mais inutile de dire que je n'ai jamais consenti à y goûter. Il y avait encore des amoncellements de fruits de toutes sortes, des légumes et des étalages d'épices odorantes et multicolores.

Les conteurs arabes étaient passionnants à écouter pour qui les comprenait. Ils étaient assis au milieu d'un cercle de badauds et se relayaient à 3 ou 4.  Entouré d'une foule attentive, l'un d'eux racontait puis au bout d'un moment s'arrêtait...Il fallait alors donner quelques sous de bronze si on voulait que le récit continuât. Quand un conteur s'arrêtait, un autre prenait le relai et l'histoire pouvait continuer pendant des jours et une bonne partie des nuits.

Ils avaient un art de conter qui devait être prodigieux car la foule ne cessait jamais de s'agglutiner autour d'eux : ils pouvaient délayer une histoire sans jamais lasser l'auditoire.

Je comprenais et parlais l'arabe, je pouvais donc les suivre et il m'arrivait de servir d'interprète à mes camarades.

Je me souviens de m'être arrêté un jour pour écouter un conteur : j'avais compris qu'il s'agissait du conte d'Aladin et la Lampe merveilleuse. Je suis resté une heure  entière  et durant tout ce temps, le conteur en est resté à la description de la Lampe ! Et il le faisait si bien que personne ne s'ennuyait : je compris alors pourquoi une histoire durait si longtemps.

Depuis la place, on avait accès aux souks, les pittoresque marchés marocains, toujours envahis, toujours colorés et pleins de charme oriental Les  artisans aussi étaient nombreux et très habiles. Il travaillaient devant la clientèle : objets en cuivre, plateaux et théières, bijoux d'argent, bagues, colliers, bracelets, articles de maroquinerie, sacs, portefeuilles, porte-monnaie bordés de fils d'or, couteaux et poignard damasquinés. Et pour les connaisseurs, splendides tapis de haute laine aux beaux dessins géométriques, tissés selon des méthodes ancestrales.

J'aimais flâner dans les souks, avec un plaisir accentué par le fait que je comprenais l'arabe. Il m'est arrivé de servir d'interprète entre les commerçants et des camarades libérés ou qui allaient en permission et voulaient ramener des souvenirs chez eux.

Quand cela arrivait, le marchand commençait par vanter sa marchandise dans un français approximatif. Je le laissais parler puis tout d'un coup je me mettais à lui parler en arabe. L'effet de surprise était toujours le même : le marchand était abasourdi, puis il reprenait vite son sang-froid et, invariablement, il me proposait une collaboration. Il essayait de faire de moi un allié. Mais ( très honnêtement...) je refusais de me laisser corrompre et je travaillais à obtenir le meilleur prix possible pour mon camarade. Ceui-ci était suffoqué par le rabais que je lui avais obtenu et m'offrait souvent un déjeuner ou pour le moins un coup à boire.

Le Mellah

Chaque ville du Maroc avait son « mellah », son quartier juif. Le mot mellah signifie « saloir » : avant l'arrivée des français, les juifs marocains vivaient en bonne intelligence avec les arabes, mais ces derniers étaint les maitres et parfois un tyran faisait éxécuter quelques malheureux juifs, les décapitait et exposait leurs tête salées à l'entrée du mellah...c'est du moins l'explication qu'on me donna, il y en a peut-être d'autres...

Un de mes plus grands étonnement au Maroc était justement les mellahs. En Algèrie, nous les juifs étions nombreux et même si nous avions notre quartier, ce n'était pas comparable. Chez nous, tous les juifs étaient français et étaient habillés à l'européenne. Ils allaient à l'école, ils étaient soldats, en un mot ils étaient des citoyens français.

Au Maroc en 1935, je fus ahuri de voir la différence qui exitait entre nous et les juifs de là-bas.  Ils étaient vétus de djellabas et rien ne les différenciait des arabes si ce n'est que les juifs avaient une chéchia noire et les arabes une chéchia rouge. Leur apparence physique même les rapprochait plus des arabes que nous.

Ils étaient craintifs, timorés et gardaient encore le souvenir des brimades qu'ils enduraient avant la venue des français. Ils ne pouvaient alors s'adresser aux musulmans qu'en les appelantt « sidi (« maître ») et ils étaient contraints de descendre du trottoir pour lasser passer les arabes.

 Ils étaient un peu moins  craintifs quand j'ai connu le Maroc et, même s'ils avaint entre eux des airs méprisants, les arabes et les juifs vivaient et travaillaient ensemble.

J'avais de la peine à m'imaginer que c'étaient des coréligionnaires: en Algérie, si nous avions de bonnes relations avec les arabes, nous nous sentions, bien à tort, un peu supérieurs à eux. Au Maroc c'était tout le contraire. Je me croyais bêtement au dessus de ces juifs et je comprenais pourquoi, lorsqu'ils arrivaient à Oran, ils ne pouvaient qu'être porteurs ou hommes de peine.

Je confesse que mon jugement était erroné : il y avait parmis eux des gens formidables, des gens qui nous valaient bien. La seule différence entre eux et nous, c'est que nous étions devenus français et qu'ils étaient restés marocains. Je m'efforçais de penser que notre famille avait elle aussi quitté le Maroc il n'y avait pas si  longtemps et que mes ancêtres ne devaint pas être très différents de ces juifs du mellah. Aussi , quand l'occasion m'était donnée, fier de mon uniforme, je prenais leur défense.

Je dois raconter deux circonstances dans lesquelles je pris la défense de ces juifs marocains.

Le premier eut pour cadre la place Djemaa El Fna. Non loin de cette place, il y avait un cinéma et il fallait faire la queue pour prendre des places. Flanqué de mon copain Lopez, j'attendais mon tour pour acheter des billets. Devant moi se temait un jeune juif avec sa chéchia noire. Arrive un arabe qui le bouscule et prétend prendre sa place. Ce grand nigaud juif allait le laisser passer sans rien dire. Je regardais Lopez qui, d'un signe, me fit comprendre qu'il assurait mes arrières. Je me précipaitais alors sur l'arabe : une simple menace suffit à le faire déguerpir. Mais je ne pus m'empêcher d'engueuler ce mauvre minable de juif. Je lui dis que j'étais juif moi aussi, qu'il était assez costaud pour être capable de se faire respecter.. Il me dit en souriant qu'il préférait éviter les histoires.  Il me demanda comme une faveur de m'offrir les places de cinema. Comme je voyais que ce serait pour lui une grande satisfaction de le faire, j'acceptais de bon cœur. (sur le cinéma voir le commentaire de Marcel Martin)

L'autre cas fut tout à fait différent : il ne s'agisssait plus d'un juif, mais d'une juive. 

Dans chaque ville du Maroc, il y avait un quartier réservé. Cet endroit retiré de la ville était toujours entouré d'un mur qui le délimitait. Celui de Marrakech était entièrement clos et on ne pouvait y accèder que par deux portes gardées par des tirailleurs sénégalais ou des lègionnaires.

A chaque porte se trouvait un service prophyllactique  et il était obligatoire pour les militaires de toutes les armes d'y passer en entrant et en sortant pour une désinfection. Il m'arrivait d'aller dans ce quartier comme mes camarades, mais je m'abstenais personnnelement de toute relation sexuelle : les maladies vénérienes étaient nombreuses et, même s'il n'y avait pas  encore le Sida, il était dangereux de ne pas demeurer chaste. 

Mais ce quartier, appelé Arsi-Moussa, n'était pas dépourvu d'intérêt : on y trouvait beaucoup de cafés, de salons de thè, de la musique indigène...C'était un lieu de distractions peu onéreuses qui nous attirait. C'était un véritable village au milieu de la ville. Outre les maisons de plaisir, on trouvait des restaurants et des commerces en tout genre. Les seules femmes étaient des prostituées, en général musulmanes mais parfois juives,  hélas ! On les reconaissait facilement parce qu'elles n'étaient pas tatouées contrairement aux femmes arabes qui avaient le visage tatoué.

Avec les copains de ma bande, nous étions installés dans un cafè-bordel et nous buvions des consommations en regardant le spectacle toujours pittoresque. Une jeune prostituée juive était installée à une table avec des militaires. Un arabe survint qui voulut la contraindre à le suivre. Elle refusa net : les juives n'allait pas avec les arabes et la réciproque était vraie. Mais cet arabe ne cessait de la harceler ; il s'impatientait et la menaçait. Mes copains me regardaient, ils semblaient estimer que cette affaire me regardait. Il me fallut intervenir sans beaucoup de plaisir : je ne pouvais pas éprouver de sympathie pour une juive qui se prostituait, cela m'attristait toujours d'en rencontrer.

Il me fallait cependant agir : je dis à l'arabe de laisser la fille tranquille. Il ne voulait rien savoir et me regardait d'un air menaçant. Je me saisis alors d'un lourd plateau de cuivre qui se trouvait sur une table basse et j'en assenais un grand coup sur la tête de l'arabe. Il en résulta une bagarre. Bientôt, plus personne ne sut pourquoi ni pour qui on se battait. Il fallait s'éloigner vite, avant que n'arrive la Police Militaire. 

J'aurais pu me sentir fier, mais j'étais plutôt penaud...Quelques temps après, j'eus l'occasion de revoir cette fille au même endroit. Elle ne parut pas me reconnaître et moi, de mon côté, je n'eus pas envie de lui parler.

Nommé caporal.

La vie militaire n'avait pas beaucoup d'attraits et je ne dirais pas que j'étais heureux.

Pourtant, à la caserne, les jours s'écoulaient sans trop d'amertume : on s'habitue à tout. Mon emploi à l'Etat-Major de la base était interressant et je m'en acquittais correctement. J'étais apprécié de mes supérieurs, les obligations militaires étaient peu contraignantes : quelques corvées de chambrée, un tour de garde de 24 heures tous les mois et c'était à peu près tout. Je m'adaptais bien plus facilement que je ne l'aurais pensé. Je n'étais jamais puni pour une manquement de service, mais je faisais parfois quelques jours de salle de police pour de petites bagarres. J'admets que j'étais susceptible mais, sincèrement, ce n'était jamais moi qui provoquait. Les raisons de mes altercations étaient toujours des allusions piquantes à ma race ou à ma religion. Mais à force de donner et de recevoir des coups de poings, on finit par me laisser tranquille et je me fis de nombreux camarades. 

Quand je n'étais ni de service ni de permanence au bureau, j'obtenais facilement des permissions de 24 heures et j'en profitais pour aller me promener dans Marrakech. Seul le manque d'argent limitait mes sorties et encore : cette ville offrait suffisament de spectacles gratuits dont je ne me lassais jamais.

L'année 1935 s'acheva : j'avais déjà accompli 5 mois de service. Le Nouvel An 1936 m'apporta une bonne nouvelle : j'étais nommé caporal à compter du 1er janvier. Je ne peux pas dire que je sautais de joie, mais c'était quand même un beau cadeau de Nouvel An ! Cette nomination m'obligea à changer de chambrée car il me fallut remplacer un caporal qui venait d'être libéré. Cela me dépaysa car je laissais de bons amis. 

Je devins chef de chambrée. Cette promotion, après 6 mois de service, était exceptionnelle. Mais comme personne ne se doutait que j'étais pistonné, je ne fus pas jalousé.

Je le redis, j'adorais me promener dans Marrakech, parfois avec des camarades mais souvent seul. J'étais presque toujours dépourvu d'argent. Je ne pouvais pas compter sur des mandats de ma famille et ma prime d'engagement avait fondu depuis longtemps. En général, je profitais d'une occasion pour me faire descendre en ville et je revenais toujours à pied.

En tant que soldat, je percevais 25 centimes par jour. Le grade de caporal fit monter la paye à 1 franc. Comme on le voit, ce n'était pas le pactole ! 15 francs chaque quinzaine, j'étais bien obligé de m'en contenter. Je fumais, mais nous touchions quelques paquets de cigarettes tous les 15 jours. Quand je devais sortir, je le faisais après avoir mangé.

J'aurais très bien pu trouver une famille juive qui m'aurait accueilli, mais je préférais ne pas y avoir recours. J'étais timide et fier, il ne m'aurait pas été possible d'aller chez des inconnus.

Je ne suis allé qu'une seule fois à la synagogue à Marrakech. Ce fut pour le jour de Yom Kippour . Je dois reconnaître que je fus bien accueilli. On aurait bien voulu me recevoir dans une famille. Mais devant mon refus poli on me remit, comme c'était l'usage,  un gros billet de 100 francs. Chaque soldat de notre confession recevait cette somme : j'acceptais sans fausse honte et j'en profitais pour aller faire un bon repas dans le quartier européen du Gueliz. Et ce n'était bien entendu pas un repas cacher...

Au mois de juillet 1936, j'arrivais au terme de ma première année sous les drapeaux. Il faisait cette année là une chaleur épouvantable, des températures de l'ordre de 45°. On nous distribua des casques coloniaux, ils n'étaient pas inutiles. Je crois que je n'avais jamais eu si chaud de ma vie. Le soir, nous étions obligés de mouiller nos draps pour trouver un peu de fraicheur. Mais ils avaient vite fait de sécher. 

Pourtant, cela ne m'empéchait pas de sortir. J'écrivais aussi beaucoup. Le papier était gratuit et nous bénéficiions de la franchise postale militaire car le Maroc était  assimilé à un territoire en campagne de guerre. Chaque semaine j'écrivais à la maison, à des amis et à ma tante Lisette qui m'envoyait parfois ( rarement..) un mandat. Je recevais heureusement beaucoup de réponses, cela m'aidait à tenir le coup. 

J'étais arrivé à organiser ma vie de soldat et, franchement, je n'étais pas malheureux.

Je ne suis plus caporal.

L'année 1936 fut fertile en évènements de toutes sortes. En Espagne, un général félon, parti du Maroc à la tête des troupes coloniales, avait envahi sa patrie et déclenché une épouvantable guerre civile. L'Espagne était à feu et à sang.

En France, la gauche avait remporté les élections et un gouvernement de Front Populaire était à la tête du pays. Plus d'un de nos chefs rêvait d'une sédition à la Franco, et, même si heureusement personne n'osa bouger, on sentit un moment un léger flottement.

Pour nous rien ne changeait. On avait des nouvelles par les journaux et on savait que les ouvriers obtenaient en luttant des avantages, mais rien ne changeait pour les soldats : la nourriture était toujours la même et la discipline militaire ne variait pas.

C'est à ce moment que se produisit un incident qui aurait pu avoir de graves conséquences pour moi.

Un jour, à la cantine, des orannais eurent une altercation avec des camarades de Métropole. Elle était plus sérieuse que d'habitude et la bagarre prit de graves proportions.

Je n'y étais pas melè et je m'abstins de prendre parti. Je n'étais d'ailleurs pas le seul caporal à avoir cette attitude. Le poste de garde fut alerté et dut intervenir. Les bagarreurs furent conduits en prison et quelques bléssés légers furent pansés à l'infirmerie. 

Un adjudant de service fit un rapport à l'officier de semaine et me reprocha, à moi seul, de ne pas avoir été à la hauteur et de n'être pas intervenu ce qui, à ses yeux,  favorisait mes camarades orannais. Le rapport était si tendancieux et il m'était si défavorable que je fus mis à mon tour en prison. On décida que j'étais passible du Conseil de Guerre et on m'expédia à la prison de la place de Marrakech.

Je fus enfermé dans un cachot, une cellule sombre et humide. Le service de garde était assuré par des soldats sénégalais, de braves bougres mais à cheval sur le règlement. Je restais enfermé toute la journée, avec une heure de sortie le matin et une autre le soir. Le reste du temps, je demeurais seul à me morfondre dans ma cellule et à me demander ce qui allait m'advenir. J'étais d'autant plus pessimiste que je me voyais traité comme un véritable criminel.

Au bout de trois ou quatre jours, je pris enfin conscience de la gravité de la situation et je décidais qu'il était temps de réagir. Je n'avais ni volé ni tué personne et je ne trouvais aucun motif sérieux d'être traité avec autant de sévérité. Je me disais que mon  cas n'était pas si grave et que j'étais victime d'une injustice. Il était vrai que je n'étais pas intervenu, mais tous les autres caporaux étaient dans mon cas et ce motif ne valait que quelques jours de salle de police.

L'officier qui avait statué sur mon cas l'avait fait légèrement, en se basant uniquement sur le rapport d'un adjudant dont les idées de droite et les sentiments racistes étaient connus de toute la Base. Il ne se gênait pas  de critiquer ouvertement le nouveau gouvernement et son président, Léon Blum.

J'avais un seul droit, celui d'écrire, et personne ne pouvait me le supprimer. Je sollicitais du sergent qui dirigeait la prison l'autorisation d'écrire et il me fit remettre du papier et une plume. Je commençais par faire une lettre à mon père, puis je redigeais un rapport destiné au Commandant de la Place de Marrakech qui avait autorité sur toutes les armes de la Place .

Dans la lettre destinée à mon père,  je racontais en détail ce qui m'arrivait. J'insistais sur l'injustice dont j'étais victime ; je reconnaisais la petite faute que j'avais commise en n'intervenant pas pour faire cesser la bagarre, mais je relevais que d'autres gradés étaient dans le même cas que moi. Pourquoi alors était-je le seul à être aussi sévèrement traité ? Je pensais qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule raison : l'antisémitisme d'un gradé.

Le rapport destiné au Colonel Commandant la Place exposait les mêmes arguments, mais j'avais ajouté que j'avais demandé à mes parents de contacter des personnes compétentes pour qu'elles interviennent  afin de faire cesser cette injustice. Le colonel avait d'ailleurs sur son bureau la lettre que j'avais adressée à mes parents: elle avait été remise ouverte, c'était le règlement. 

Et visiblement, elle avait été lue : moins de 24 heures après avoir écrit, je fus extrait de ma cellule et autorisé à circuler librement dans le cour de la prison. Le sergent qui était de service me dit de me tenir prêt de bonne heure: je devais être présenté le lendemain au Commandant de la Place : comme par un coup de baguette magique, toute l'atmosphère avait soudain changé. On me traitait avec plus d'égards, on avait visiblement reçu des ordres en conséquence.

Dès huit heures le lendemain, j'étais prêt. Je fus présenté au Commandant de la Place. Devant lui étaient posés ma lettre et mon rapport. L'officier fut très aimable et me demanda de lui exposer calmement les faits. Je fis un compte-rendu détaillé et honnête de l'affaire, sans fioriture. J'insistais longuement sur le caratère discriminatoire du rapport de l'adjudant qui faisait de moi un authentique bouc émissaire. Je le dis franchement et je terminais en affirmant que ce sous-officier était connu pour ses opinions antisémites et anti-gouvernementales dont il ne se cachait guère.

Je fus écouté attentivement et avec bienveillance. Quand j'eus terminé, le Commandant me fit savoir qu'il avait ordonné une enquête : si on pouvait effectivement me reprocher une faute légère, cela ne justifait pas la sanction qu'on avait voulu m'imposer. Il tint à m'assurer que l'Armée Française s'honorait de respecter toutes les croyances, qu'elle se defendait d'avoir des idées racistes. Il me donna comme preuve le fait que le général qui commandait toute l'aviation d'Afrique du Nord, le général Weil, était de confession israélite. Il me demanda de ne pas envoyer la lettre à mes parents afin de ne pas les inquieter inutilement. Je promis de ne pas le faire, je n'y tenais d'ailleurs pas plus que ça.

Je fus remis en liberté sur l'heure et on me renvoya à ma Base. A mon arrivée, mon colonel me reçut dans son bureau. Il était navré de cette affaire et me garantit qu'il agirait en conséquence. (Colonel Jannekeyn, commandant la Base de Marrakech d'avril 1936 à octobre 1937). Il ajouta qu'il était contraint, à son grand regret, de me sanctionner pour respecter la discipline, mais qu'il allait le faire avec indulgence : je devais être cassé de mon grade et affecté à la base de Meknès où je devais être recommandé.

Cette aventure m'avait aguerri et m'avait montré qu'il y avait encore des gens qui pouvaient se montrer injustes pour ceux qui n'avaient pas les mêmes opinions politiques ou les mêmes croyances qu'eux.

Je devais apprendre plus tard que le sous-officier qui était responsable de mes ennuis avait été sévèrement sanctionné. Il avait lui aussi été muté dans une autre base en métropole et pour lui, qui avait une famille et une petite maison à Marrakech, c'était là une sanction importante. Je gage que cela le rendit encore plus antisémite et encore moins tolérant. J'ai alors souhaité avoir un jour la chance de le rencontrer, quand je serais redevenu civil, pour régler mes comptes avec lui, mais heureusement cela ne se produisit pas.

J'abandonnais mon grade avec peu d'amertume, je n'avais aucune intention de faire une carrière militaire.  Mais je quittais Marrakech avec regret.  J'arrivais à la 2ème Escadre du Nord-Marocain le 10 août 1936. Il faisait encore une grande chaleur, la base était loin et, bien entendu, personne n'était venu m'acceuillir.

Je ne pouvais songer à prendre un fiacre comme je l'avais fait en arrivant à Marrakech car j'étais démuni d'argent. Je dus me résoudre à faire le chemin  à pied, sous le soleil. J'arrivais à la base tout soufflant et suant et extrèmement fatigué. Je n'avais heureusement pas de bagages : j'avais rendu mon paquetage en quittant Marrakech et tout ce que je possédais tenait dans une simple musette.

Les souvenirs de Gilbert Cohen datant de 1935-36 nous ont conduit avant Marrakech dans les premiers mois de formation d'un appelé devançant l'appel et découvrant la vie militaire. Nous apprenons qu'à cette époque il y avait 1000 hommes sur la Base de Marrakech, - le jardin de la Menara était déja un lieu d'escapade et le bassin servait alors de piscine occasionnelle, -le Pélican emblème de l'escadrille de Marrakech à cette époque, - la flotte de l'escadrille composée de vieux Potez,

Il est notable que'en 1935 le centre ville est toujours la place Djemaa-el-Fna et que la place de l'Horloge au Guéliz n'est même pas évoquée. Le passage sur le Mellah et la différence entre juifs d'Algérie et juifs marocains est aussi très révélateur de cette époque. Cette différence va s'estomper avec la guerre de 39-45. Le quartier Arsi Moussa révèle les nombreux régiments stationnés à Marrakech, Les traces de l'affaire Dreyfus étaient toujours réelles dans l'arlmée française, le capitaine Alfred Dreyfus avait été innocenté à l'époque de la loi sur la laïcité et les journaux venaient d'annoncer sa mort en 1935. Les tensions entre appelés de la Métropole et appelés d'Algérie étaient réelles.

Que va devenir Gilbert Cohen après Marrakech ?  Peutêtre qu'un jour la suite de ses mémoires seront publiées ? Il va être affecté à la Base de Meknès où il fut distingué par le capitaine Vidal en raison de sa connaissance de la langue arabe. Il sera muté ensuite à la Base de Duigny-Le Bourget où il retrouvera son grade de Caporal.

Son fils décrit son parcours miltaire:

"J'ai retrouvé son livret militaire (en très mauvais état...) Il confirme bien ce qu'il raconte: incorporé à la BA 137 le 9 juillet 1935 comme engagé pour 3 ans; caporal à compter du 1/01 1936; cassé le 1er août 1936 et affecté à Meknés (2ème EANM) ; puis à la BA de Duigny Le Bourget  ( 54e escadre, 1er groupe) le 12 juin 1937. Renommé caporal le 1er novembre 1937, puis renvoyé dans ses foyers le 8 avril 1938 ( avec un congé de fin de campagne de 90 jours)."

Il a défilé sur les Champs Elysée le 14 juillet et le 11 novembre 1937,  

Les grandes lignes de la suite des mémoires:

"Après son service, mon père est resté à Paris où mes grands parents et ses frères s'étaient installés pour raisons familiales. Il est revenu en Algérie puis à nouveau au Maroc au moment de la moblisation en 39. Il a retrouvé ensuite ses parents à Paris. La guerre les en a chassés en 1940, ils se sont réfugiés à Carcassonne où ils avaient des attaches, puis dans un maquis de la Montagne Noire. Un de mes deux oncles a été deporté à Auchwitz et n'en est pas revenu. Et ma grand-mère a été tuée lors d'une attaque d'un village du maquis par la Milice et les allemands."

Merci à Gilbert COHEN d'avoir pris le soin de rédiger ses mémoires et à son fils de nous les avoir transmises. Ilis nous aident à compléter l'histoire de Marrakech et de sa base aérienne à une époque pour laquelle nous possédons peu de documents et de témoignages. 

Chacun pourra ajouter ses questions et ses réflexions dans les commentaires.


17 janvier 2017

PHOTOS RÉCENTES DU GUÉLIZ À MARRAKECH APRÈS LA COP22

LES BATIMENTS ET LE STADE DE L'EX LYCÉE MANGIN ONT FAIT PEAU NEUVE

Ce lycée construit à la fin des années 30 a vu passer de très nombreux élèves qui seront heureux de voir sa nouvelle apparence. Il a changé de nom au début des années 60, en Lycée Ibn Abbad et son apparence se détériorait lentement. Le récent ravalement et la restauration de son stade et de ses installations sportives montrent la volonté de donner à ce lycée un nouvel avenir

20170101-lycée Mangin Photo du 1er janvier 2017 par Chistian J

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Le lycée a retrouvé la couleur ocre-clair d'autrefois. Entre temps un ocre plus foncé avait changé son apparence. Une photo d'il y a quelques mois montre la différence. Le bâtiment avec la porte principale d'aujourd'hui au linteau droit fut construit après le bâtiment plus à gauche. On distingue à gauche la première entrée en ogive, celle qu'ont connu les professeurs et les premiers élèves du lycée Mangin.

Nous devons ces images à Lalla Claudine qui avait rencontré le directeur du lycée Ibn Abbad en 2014. Lequel lui avait expliqué que ce lycée était destiné aux sportifs de haut niveau et qu'il allait être rénové dans ce but. En 2014 le stade de sports du lycée semblait être à l'abandon. Depuis, il a été tout refait et il est utilisé aujourd'hui pour des entraînements intensifs. Qui nous procurera des photos de ce stade rénové et de l'intérieur du lycée ?

LE GUÉLIZ AU PREMIER JANVIER 2017

Un des immeubles construit sur le terrain de l'ancien Marché Central 

20170103-56-Mrk-av  Le carré Eden 

20170103-54-Mrk L'allée centrale des immeubles qui occupent l'espace de l'ancien marché central. 

20170103-52-Mrk-av  Une autre vue des appartements des nouveaux légumes de l'ancien marché central

LE ROND POINT DE L'HORLOGE, COEUR DU GUÉLIZ EN 2017 

20170103-90-Mrk-café de l'Atlas L'Atlas et La Renaissance, lieux chargés d'histoire, un peu plus loin dans la rue le cinéma La Colisée.

20170103-48-Mrk-ex av À gauche l'ATLAS et au centre LA RENAISSANCE avec l'Avenue Mohammed V 

20170103-42-Mrk-la Renaissance La Renaissance

20170103-46-les Négociants L'immeuble LOUIS et les NÉGOCIANTS  

20170103-38-Mrk-le Colysée Tout près de la Place centrale du Guéiz, le Cinéma LE COLISÉE

L'AVENUE MOHAMMED V EX AVENUE GÉNÉRAL CHARLES MANGIN  

20170103-58-Mrk-arcades Les arcades   

20170103-84-Mrk-av Nouveaux immeubles sur l'Avenue

20170103-50-Mrk-av Les bigarradiers chargés de fruits 

20170103-86-Mrk-arcades Les arcades  restent la marque de l'architecture de l'Avenue créée il y a déjà un sièce

LA PLACE DU 16 NOVEMBRE (EX 7 SEPTEMBRE) 

20170103-74-Mrk-pl  Les jets d'eau  

20170103-80-Mrk-av L'avenue MV depuis la pace du 16 novembre

20170103-60-Mrk-angle pl L'architecture en bordure de la place 

20170103-72-Mrk-pl La grande poste centrale  

20170103-78-Mrk-pl Cafés et restaurants en terrasse sur la place

AUTRES RUES ET SITES REMARQUABLES 

20170103-66-Mrk-rue el Imam Malik Rue El Imam MALIK (autrefois Général GOURAUD) 

20170103-62-Mrk-rue el Rue Général GOURAUD (autjourd'hui El Imam MALIK)

20170103-76-Mrk-mosq La Mosquée HASSAN 2

20170103-94-Mrk-le Casino LE CASINO de MARRAKECH

L'ÉGLISE DES SAINTS MARTYRS FRANCISCAINS 

20170103-98-Mrk-église Ste La place devant l'église étonnament vide. 

20170103-102-Mrk-mariage 1957 La nouvelle fresque de l'église avec le Christ Pantocrator et les médaillons des quatre évangiles. 

L'AVENUE DE A MÉNARA 

20170103-92-Mrk-av La perspective depuis la MÉNARA vers la KOUTOUBIA avec à gauche les frondaisons du Quartier del'HIVERNAGE.  

Merci à Lalla Claudine et à Christian J. pour ces photos récentes de Marrakech-Guéliz . Elles nous montrent que la ville change mais garde quelques airs de ressembance avec ce qu'elle était il y a cinquante ans. Chacun pourra ajouter remarques et commentaires. Si à la suite d'un récent voyage vous avez d'autres photos pensez à les envoyer au bog pour ceux qui ne se dépacent plus mais que les images font rêver d'un autre temps.

10 janvier 2017

1952-1969 : UN OFFICIER ET LE RUGBY À LA BASE AÉRIENNE 707 & PROMO 56E bis

Yvette_Marsilio

Triste nouvelle, Salam Marrakech en deuil. YVETTE MARSILIO, veuve de Jean Marsilio décédé en juillet dernier, vient de succomber à la maladie. Les anciens de Marrakech adressent leurs condoléances à leur fille Dominique, à toute sa famille, ainsi qu'à leurs amis, notamment Robert LUCKÉ qui leur était très proche et appréciait beaucoup leur chaude amitié (voir l'avis de décès de Jean Marsilio)

Yvette était une ancienne marrakchia, dont le père Charles Louis BENNOT avait combattu avec le 2e RTM à Valle Corsa (Italie) où il était mort pour la France, tué à l'ennemi le 25 mai 1944.

Le service d'obsèques aura lieu ce lundi 23 janvier 13h15 au crématorium d' Avignon, 1483 Chemin du Lavarin (Crémation à 14h). Il est possible d'écrire des condoléances dans les commentaires au bas de cette page.                                                        

UN LIEN VERS LA PROMO 56 Ebis D'ÉLÈVES-PILOTES 

Promo-56E bis

Cette promo continue à se réunir après 60 ans et rend hommage à ceux qui ont quitté ses rangs pour le firmament des pilotes. On trouvera par ce lien de nombreuses photos et précisions sur la formation des pilotes à Marrakech. On voit en photo et on y parle aussi des Capitaine PRATT, Lt GASPARI, S/Lt GUYOT, sergents APFEL, BACHARAN, COMBES, DABOS, PENAUD et avec une affection toute particulière pour l'Adjudant-chef VEYNANTE qui fut longtemps leur invité. 

Lien vers le livre souvenir de la Promo 56 Ebis

ÉLÈVES-PILOTES: Michel ANDRÉ, BILLOTTE, Pierre BINET, Claude-Roger BIZOT, BIZOUARD, BOUGE, Jean-Claude CORVAISIER, FRÉJAVILLE, Jean-Louis GIRARD, Patrice de GUILBERT, GUYOT, François HAMON, Joël ISSARTEL, JAILLET, Claude JOUVANCY, LANATA, Michel MOINDROT, PETITZON, Claude PINEAU, PLAMONT,  Bernard RAULLINE, RECH, Jean-Pierre ROURE, SCHOENDORFFER, Roland SPIESS, VEILLOT,   

LE CAPITAINE-PILOTE GILBERT TALON, RACONTÉ PAR SON FILS LAURENT, ÉLÈVE À AUGUSTE RENOIR

"Bonjour, j'ai découvert le blog par hasard. Mon père, Gilbert TALON, était entre autres pilote instructeur, sur la base de Marrakech pendant plusieurs années (nous sommes rentrés en France en 1969). J'ai plusieurs photos de l'époque que je pourrais éventuellement poster. (...) Ca rappellera probablement des souvenirs à certains..."

Laurent TALON était élève à l'École Auguste Renoir, il nous communique une photo de maternelle de l'année 1967-1968. Il permet ainsi à certains de sa génération de reconnaître des visages et de les partager avec nous en indiquant les noms dans les commentaires. Laurent nous donne trois repères. 

Talon-3-Renoir-1967-68-maternelle-rang2-7e-Nicoli-Lanlo -3  Laurent TALON se trouve au 2e rang, le 7e à partir de la gauche. La maîtresse est madame NICOLI, l'aide maternelle est madame LANLO. 

L'année suivante, la photo de 1968-1969 du cours préparatoire 

Talon 7 Laurent TALON se trouve encore au 2e rang, le 3e en partant de la gauche. Si vous trouvez qui sont les autres, veuillez indiquer les noms dans les commentaires. La maîtresse se prénomme Dany qui saura trouver son nom ?

Talon-2-1955-avec-IBOS -BE707

GILBERT TALON a été affecté à la Base 707 de Marrakech entre 1952 et 1969 avec des passages dans d'autres bases marocaines: BA 708 de Meknès (1953) et BA 153 à Oujda (1955). Il deviendra capitaine pilote puis lieutenant-colonel de réserve en 1977. 

Il a été Commandant d'escadrille pendant 4 ans, Directeur des Études de la base 707, Officier chargé de la Sécurité des vols, Officier des Sports et loisirs et Directeur du Foyer du soldat. Il a été instructeur sur T6 et Fouga Magister. 

Les élèves-pilotes de plusieurs promotions ont certainement des souvenirs de lui, de même les autres cadres de la BE707 et leurs enfants. Sur la photo de 1955, on le reconnaît à droite, son élève IBOS casqué, vient d'effectuer un vol avec lui. 

Talon-5 Sur son T6

Plusieurs se souviendront aussi de ses performances sportives en Athlétisme et au Rugby

Talon-4

Gilbert TALON a été Champion d'Afrique du Nord militaire sur 400 mètres (1956), Champion du Maroc militaire sur 200m, 400m, 4x100m et 4x400m (1960), Vice-champion de France juniors civil sur 800m en 1949.

En rugby, champion du Maroc juniors avec le RUC en 1948 puis... Avecxl'ASAMxchampionxduxMarocxmilitairexenx1960...

Talon-1-Rugby-BE707-Salé-1960- 1

Équipe de rugby de la BE 707 championne du Maroc militaire en 1960 (victoire contre Salé 31 à 3). Gilbert TALON est accroupi, le 3° en partant de la gauche.  

En 1956 l'Équipe de rugby s'était déjà distinguée     Photo6-Rabat-1956-Rugby

Équipe de rugby de la BA 707 à Rabat en mars 1956 : finale Air Maroc. Gilbert TALON est accroupi, le 3° en partant de la droite. Qui sont les autres ?

ASAM-RUC

Le blog a déja publié une photo de l'équipe de rugby de l'ASAM qui vainquit le ROC et dans laquelle se trouvait Gilbert TALON. La photo des vainqueurs avait paru dans --> "Le Petit Marocain". Voir en particulier le commentaire détaillé de Marcel Martin.

Laurent TALON se souvient de la maison de sa famille et de ses voisins sur la Base, " Nous habitions une villa située sur la gauche après le rond point de l'entrée. Nous avions entre autres comme voisins, les familles : JUCHEREAU (pas sûr de l'orthographe), BOISSON (dont la fille Christine est devenue actrice de cinéma), LOGNOS, le docteur BENATIER etc."

Madame TALON, prénommée Colette a également travaillé sur la base 707 comme secrétaire. Elle a été employée successivement au service AMB (???) et aux moyens techniques.

MERCI À LAURENT D'AVOIR PARTAGÉ AVEC NOUS DES SOUVENIRS PLEINS D'ÉMOTIONS DE LA BASE 707, DE L'ÉCOLE RENOIR ET DES LIENS ENTRE RUGBYMEN DE LA BASE ET DE L'ASAM. CES DOCUMENTS ÉVOQUERONT À CERTAINS ANCIENS DE MARRAKECH DES MOMENTS FORTS DE LEUR RICHE PASSÉ. MERCI AUSSI À CHRISTIAN M. D'AVOIR SU DÉNICHER SUR LE NET LE LIVRE D'OR DES ÉLÈVES-PILOTES DE LA PROMO 56E bis À MARRAKECH. 

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02 janvier 2017

BONNE ANNÉE À TOUS LES MARRAKCHIS DE LA TERRE

2016 LAISSE LA PLACE À 2017, ET MARRAKECH RESTE EN NOS COEURS 

bonne année-koutoubia LES MARRAKCHIS SE SOUHAITENT  réciproquement UNE EXCELLENTE ANNÉE 2017

Geneviève BESSON- GUILLEN a passé son enfance à l'Ouka et à Marrakech, elle nous fait parvenir depuis sa résidence à Marbella des photos de l'OUKAIMEDEN, un lieu tant prisé des Marrakchis ! Ces photos sont de la semaine dernière et illustrent ses voeux pour l'année nouvelle. Elles ont été prises par madame Rhadija Ben Zeroual alors qu'il venait de tomber un mètre de neige sur la station. 

OUKA_2 La montagne de l'Angour sous les rayons du soleil. Certains se souviendront d'André BESSON, leur ami, vice-président du club photo et cinéma, leur moniteur de ski ou leur moniteur d'escalade, ainsi que sa famille.

Oukaimeden-3 Les chalets de l'Oukaïmeden en 2016-2017. Merci Geneviève pour ces photos accompagnant tes voeux.

Dany Stepanoff et Marcel Martin, ont communiqué leurs voeux sur le blog.

"bonne et heureuse année 2017 , la santé et beaucoup de bonheur à tous les MARRAKCHIS de par le monde."

"Ami-e-s Marrakchi-e-s 
2016 nous quitte doucement , Recevez mes souhaits de bonne santé et bonheur pour l'année 2017 qui arrive sans se presser ainsi qu'à tous ceux qui vous sont chers. Je saisi ce moment pour adresser à notre ami M2M mes remerciements pour l'animation de ce blog sans relâche et je lui donne sans oublier tous les autres marrakchi-e-s rendez-vous les 24-25 juin en AVIGNON pour le moussem SALAM MARRAKECH. Marrakchamitiés. Marcel Martin"

Raymond Perrenoud et Sissi, depuis la Suisse, nous envoient un oiseau pour porter leurs voeux de même Simone Perrenoud-Holmes depuis la Grande Bretagne et Marie-Jane Perrenoud-Bourgeois aussi depuis la Suisse: 

mouette champ 3 

Simone: "De temps en temps je regarde les photos du blog de nos bons jours passés à Marrakech, je fais marche arrière… en effet, cela fait plus de 44 ou 45 ans que je partais!!! Une année en Suisse et après l’Angleterre. Je venais dans une famille “au pair” en principe pour 6 mois, et c’était une famille tellement gentille que je restais avec eux même après notre mariage, jusqu’a ce que Claude et moi nous trouvions notre propre maison, dans le Nord, la région des lacs. Belle région avec petites montagnes, couvertes de neige depuis hier, et bien sur, tous les lacs. Une  Suisse réduite!! Meilleurs voeux!"

Jean-Claude David, ancien de la BE 707, auteur des "missions spéciales": "Je suis toujours là...l'année a été difficile à certains moments...je vous souhaite une bonne et heureuse année...me voila dans ma 89ème année...qui l'eut cru???; je consulte le site chaque jour...et je constate que Marrakech est toujours Marrakech;et  que de bons souvenirs...et  aussi vive le souvenir de la BE 707. Jean-Claude"

Eddy Nussli et Lucie : "Bonne et heureuse année 2017"

Maurice Calas et Claudine : "Meilleurs voeux 2017"

Les uns et les autres nous avaient aussi souhaité un Joyeux Noël de même que Bernard Joudoux et Jacqueline :Au seuil de cette nouvelle année, nous venons vous souhaiter de bonnes Fêtes et une très bonne Année pour 2017. Toutes nos Amitiés de Marrakchis, Bernard et Jacqueline"

Franck Mauviel " Une excellente année 2017" pour les LVH, les judokas et tous les marrakchis"

Roger Beau nous envoie un texte de Bernard Pivot repris par Pierre Ciaravino participant fidèle des Moussems à Avignon:

Amis,  Le soleil se couche une dernière fois sur 2016 et l’année prend peu à peu sa place dans l’album de nos souvenirs. Une après l’autre les années s’écoulent inexorablement. Et pour exprimer ce temps qui fuit, un ancien marrakchi a déniché un texte bien évocateur signé Bernard PIVOT. Il nous semble pourtant que Marrakech et notre séjour trop éphémère là-bas vivent toujours aussi forts en nous. 

En cette période de l’année durant laquelle le froid nous encercle, nous évoquons avec notre passé ce magnifique ciel pur de tout nuage au-dessus de nos têtes. 

En ces temps-là, nous étions probablement bénis des dieux, mais nous ne savions pas que quelques années plus tard nous embellirions, si faire se peut, cet antan perdu à jamais.

Que nous reste-t-il aujourd’hui de ces réminiscences éparses ? Quelques amis disséminés aux confins de cette immense boule appelée la terre,  et l’évocation d’autres amis disparus à jamais. 

À ceux qui se souviennent, je souhaite que la version 2017 soit aussi douce qu’elle aurait pu l’être si le soleil de Marrakech arrivait encore à réchauffer nos cœurs. Qu’elle nous épargne des épreuves intolérables que nous ont prodigués les deux dernières années, cette résurgence de l’immonde, du racisme et d’un populisme irréfléchi.

Chama Benzriouil le dit avec des fleurs de l'Hivernage, du Hartsi et de La Targa et nous parle de Lalla Mina :   C'est  avec  un  bouquet  de  jacarandas  de  l'hivernage, un bouquet  de  géranium  du  jardin  du  harti, et  un  bouquet  de  roses  de  la  roseraie de  La targa que  je  souhaite une  bonne  et  heureuse  année 2O17   au  président  Robert  Lucké  et  son  équipe  et  à  tous  les  adhérents  de  SALAM  MARRAKECH "   

"C'est toujours un plaisir de lire ce blogmangin qui rafraichit et rajeunit la mémoire, . Dernièrement j'ai eu des nouvelles de si Hassan Elglaoui par sa soeur lalla Mina qui vient de fêter ses 100ans , me confirmant que SI Hassan n' a qu'un souhait c est de participer encore une fois au moussem d'Avignon des anciens de marrakech, Inchallah SI Hassan on le refera ensemble, Chama"  Merci Chama pour ces voeux et ces nouvelles, transmets nos félicitations à Lalla Mina. Bon premier de l'an Berbère de Yennayer les 13-14 janvier prochain !

Gérard Achim, ancien du lycée Mangin: "J'ai visionné les films de Calas qui m'ont bien sûr rappelé d'agréables souvenirs. J'en profite pour souhaiter une année 2017 qui comblera, je l'espère, nos voeux les plus chers. En attendant de possibles retrouvailles en juin à Avignon , j'adresse mes amitiés à tous. Gérard"

Guy Ucello, charge un héron au long bec emmanché d'un long cou de porter ses voeux: 

image001

"Tout comme ces hérons, nous résistons à l’hiver de la vie, et j’espère qu’il en est de même pour vous tous. Nous vous souhaitons: la santé bien sûr, mais aussi le moral et la joie de vivre. Guy et Claudine"

Le petit fils du Général de Butler nous envoie aussi ses voeux depuis l'autre côté de l'Atlantique: "Bonjour depuis les Etats Unis. Pour information, la photographie des eleves de Dar El Beida vient de la collection de mon grand pere, le General Jean de Butler qui etait le commandant de l'ecole comme vous l'indiquez. Bonne annee 2017"

Lallah Claudine écrit aussi: Il y a des traditions qui unissent le monde... L'échange des voeux à l'occasion du changement d'année en fait partie , et cela permet de faire un petit coucou et donner des nouvelles aux amis et à ceux qui nous sont chers.

Le début d'une nouvelle année permet aussi de prendre de nouvelles bonnes résolutions...pas toujours facile à tenir, mais l'essentiel c'est d'essayer.

Nous te souhaitons ainsi qu'à tous les lecteurs et amis de notre blog bien aimé , une BELLE et BONNE année 2017 .
A toi Michel , a vous tous lecteurs du blog:
Prenez soins de vous,et de ceux que vous aimez.
Savourez avec gourmandise les jolis moments qui se présentent chaque jour,
Profitez des belles rencontres (et le blog nous en fourni)  et des petits cadeaux quotidiens auxquels on ne fait parfois plus attention , la vie quoi!
Le monde qui nous entoure est tumultueux, agité , violent , anxiogène.
Je vous souhaite à tous et toutes de savoir déceler au milieu de toute cette agitation stérile , un peu de ZENITUDE. Pas évident !!
Mais c'est un beau défi et n'oublions pas de continuer à rêver malgré tout ...
Bonne année 2017
Lalla Claudine (XIMA) et Philippe Lemaure"

Merci à tous pour vos voeux. Bonne année à toutes celles et à tous ceux qui lisent le blog. Il est possible d'ajouter des voeux ci-dessous dans les commentaires: pour Robert Lucké et son équipe, pour la revue Salam Marrakech dont le prochain numéro va paraitre, pour les rencontres et les Moussems, pour tous ceux qui maintiennent les liens entre marrakchis, ...

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27 décembre 2016

L'ORPHELINAT INDIGÈNE DES FRANCISCAINES DE BAB DOUKKALA

 (voir plus bas une photo de 10 religieuses chez madame Hindié, ainsi que des photos de leurs broderies au point de Fez, Meknes ou Safi)

blog-orphelinat

Votre Blog MANGIN@ MARRAKECH commence bien l'année, il est  au TOP parmi les blogs associatifs. Souhaitons lui de favoriser les liens entre anciens marrakchis encore longtemps. 

Vos prochains rendez-vous :

Escapade en Pays Basque 16-19 mai 2017, voir la page du 6 novembre qui précise --> les conditions.

Grand Moussem des Anciens de Marrakech - ASAM, organisé par Robert Lucké et son équipe à AVIGNON. Réservons la date du Dimanche 25 Juin 2017, à La Souvine et pour ceux qui le peuvent au Vert Hotel le Samedi 24 juin. Exceptionnellement ce sera le 4e WE de juin 2017, et non le jour de la fête des pères.

SOUVENIRS DE L'ORPHELINAT INDIGÈNE ET OUVROIR DE MARRAKECH

C’était son appellation en 1931. Un article dans la Revue de l'Association des Dames Françaises en témoigne:

L’orphelinat indigène de Marrakech doit sa fondation à la grande famine de 1925 qui fit refluer vers le nord les populations misérables du Sous. Marrakech en fut inondée et très vite, comme il arrive toujours, une épidémie de typhus se déclara.

Depuis longtemps les Franciscaines Missionnaires de Marie désiraient recueillir des orphelins, mais l’exéguité de leur maison de resources les arrêtaient. Elles profitèrent (si l’on peut parler ainsi) de l’occasion exceptionnelle.  À ce moment là on achetait un enfant pour 3,50 francs et il n’était même pas besoin de les acheter, on en trouvait suffisamment sur les tas d’ordures; ou oubliés dans les coins des centres d’épouillage par les parents qui retournaient vers le Sud.

Bientôt les religieuses en eurent vingt! Elles habitaient au fond d’une ruelle infecte, une misérable petite maison indigène dont le rez de chaussée est occupé  par la Goutte de lait.

goutte_de_lait_02 La distribution du lait stérilisé par les religieuses aux femmes musulmanes.

(note: Les religieuses étaient arrivées à Marrakech en mars 1918,  où elles commencent par fonder un ouvroir pour les jeunes filles (près du Mellah), puis non loin de la place Djemaa el Fna elles gèrent un dispensaire avec les services de la Goutte de Lait créés par la Générale Daugan en janvier 1923. En 1925 elles distribuent déja 150 biberons par jour)

Quatre pièces au premier: leurs chambres; elles les donnèrent, une d’abord puis les autres, puis leurs lits. Sur celui de la plus jeune petite soeur au doux visage souriant, on logea quatre nourrissons pitoyables qu’elles contemplaient avec extase. Les grands dormaient tout habillés à la mode indigène sur une couverture.

Pas de subventions, pas d’argent, de bonnes âmes envoyaient quelques légumes, de quoi faire la soupe,… la misère, quoi…

Mais la supérieure est une femme d’action et d’énergie; tout de suite elle mit le petit monde au travail. Les aînées commencèrent à étudier les vieux points de broderie de Fez, de Meknes, de Salé, les plus jeunes enfilèrent les aiguilles, et les tout petits bien empaquetés dans leurs petits burnous, incapables de rien faire d’utile purent encore donner le bon exemple de la sagesse, et se balancèrent avec gravité assis dans la posture corecte de tout bon oriental.

Depuis trois ans les choses ont heureusement changé; le dortoir des grandes a de bons matelas; chaque petit a son gentil berceau blanc. L’ouvroir fait de très jolies choses et les vend très bien. Comme le nombre des orphelins augmente sans cesse, on prévoit une belle maison sur un terrain du caid M’Tougui.

Hélas les petits abandonnés de la première heure ne la connaîtront pas, ni les pauvres rescapés qui dormaient à quatre sur le lit de soeur Agnés. Un coup de Sirocco du dernier et brûlant été de Marakech a emporté leur frèle existence, et leur douce petite mère adoptive les a pleurés comme si c’étaient ses vrais enfants.

Cet article paru en janvier 1931 rendait compte du trajet parcouru en trois ans après la création de l’orphelinat à Marrakech. Il a été rédigé à l’occasion d’une tournée de Madame DAL PIAZ, vice présidente de l’Association des Dames Françaises  dans les différents centres où elle a fondé ou développé des groupements ou comités Croix rouge de son association l’A.D.F.

Mme DAL PIAZ était la veuve de l’ancien Président de la Compagnie Générale Transatlantique dont le nom est resté lié au développement touristique et économique du Maroc. Une voie du quartier de l’Hivernage portait son nom, elle est maintenant appelée avenue ECHEHAHOUDA.

La création d’orphelinats pour jeunes marocains dont la gestion était prise en charge par des religieuses catholiques ne plaisait pas à tous les marocains. Ce qui s’est passé à Taroudant à la même époque en témoigne, comme on va le voir ci-après. 

À Taroudant la maladie sévissait plus encore qu’à Marrakech. Les enfants abandonnés de la campagne étaient regroupés sur la ville. Quand il y en eut plus de cent, on fit appel aux Franciscaines missionnaires de Marie, et on les installa avec les orphelins dans une charmante maison indigène avec un “riad” rempli d’orangers et un grand terrain bien arrosé par des séguias.

Sur une dénonciation anonyme on décida de rendre les enfants à leurs tribus. La supérieure courut se jetter aux pieds du capitaine Denis, commandant le poste; lui représentant l’effet déplorable produit. Que penseraient les inigènes en voyant rendre à leur misère les enfants que la France avait officiellement promis d’élever. Le commandant se laissa facilement convaincre; il téléphona à Agadir; Agadir informa Marrakech; et le Général Huré intervint auprès de Rabat pour qu’on s’en tint là.

L’orphelinat est sauvé maintenant; il y reste 60 enfants; les garcons s’exercent au jardinage de leur terrain, sous la conduite du Père Patrice, un véritable franciscain joyeux et actif comme son saint patron. C’est soeur Bénigne, au visage doux comme son nom, qui s’occupe des petites filles et naturellement elles travaillent à l’aiguille.

Cet incident est significatif, d'ailleurs à Marrakech on parlait moins d’orphelinat que de la "Pouponnière" fondée par l’épouse du Général Daugan, chef de région, que l'on voit sur la photo ci-dessous en chapeau lors de la pesée d'une petite fille sur une balance Roberval.

franciscaines-marrakch

Il y avait un autre orphelinat à Marrakech, une association musulmane s'occupait des garçons: Société musulmane de bienfaisance, orphelinat et asiles de la Médina ( Djamaal el-Kheïriya el Tsiâmiya) 

Moulay_Hassan_Sarsar_MarrakechEn juin 1929, le Chérif Moulay Hassan Sarsar a convié à un plantureux pique-nique les pupillles de l'Orphelinat musulman de Marrakech. Le journaliste des Annales commente: "Ce fut pour ces enfants une délicieuse après-midi d'ébats dans l'une des propriétés du Chérif généreux qui avait frêté un car automobile pour le transport de ses petits invités: sous les frondaisons de verts jardins proches du Tensift,...

Le Chérif Moulay Hassan Sarsar

Le journal LA CROIX annonçait à la fin de 1931, le 14 décembre, que Mgr VIELLE, évêque de Rabat, avait béni solennellement les nouveaux locaux de l’orphelinat des soeurs franciscaines missionnaires de Marie. “La maison à deux étages est spacieuse et claire avec les diverses pièces aménagées à la manière du pays, afin de ne pas “déclasser” les enfants qui y seront éduquées. Désormais, le nombre des orphelines qui pourront être reçues sera supérieur à ce que pouvait contenir la très pauvre maison de la médina. Le Glaoui, grand et célèbre pacha de Marrakech, a tenu à contribuer largement à cette oeuvre.”  Cet article du journaliste de La Croix titrait: "Orphelinat de Notre Dame des Martyrs" montrant ainsi l'ambiguité autour du nom officiel de l'orphelinat.

Les soeurs franciscaines missionnaires de Marie formaient les orphelines à la broderie et leur aprenaient des points d'aiguilles faisant partie du patrimoine du Maroc, point de Fez, de Meknes, de Safi,.. . Cette formation permettait aux fillettes de réaliser des travaux susceptibles d'être vendus. En sortant de l'orphelinat elles avaient un métier. 

orphelinat-broderie-1933 Une salle d'apprentissage de la broderie avec les soeurs  accompagnant les orphelines.

À partir de 1955, la formation des orphelines principalement manuelle avant, devint plus scolaire par un niveau plus poussé en écriture, lecture et calcul.

COMMENT RETROUVER LA TRACE DES DEUX ORPHELINES ISA et MINA ?

Le blog reçoit une demande: "Je recherche 2 sœurs scolarisées dans les années 40-50 à la mission, à Marrakech, elles se prénomment ISA et MINA BOUDA fille de (Tahar) BOUDA. Elles sont nées en France et sont arrivées jeunes avec leurs deux parents au Maroc. Malheureusement leur mère décède à la traversée France-Maroc. Mina et Isa ont vécus alors dans une campagne marocaine avec leur père. Les sœurs maltraités par leur belle mère sont envoyées alors dans une mission à Marrakech par leur père. Malheureusement leur père meurt soudainement et nous perdons la trace de ces 2 jeunes sœurs. (Peut être retournées en France chez leur famille maternelle) 
Si quelqu'un possède une information quelconque sur ces jeunes sœurs je vous en serais reconnaissante. (Je suis leur arriere petite nièce) 
Merci         
ASMA."

Répondre par le lien "contacter l'auteur" en haut de la colonne de gauche.

Annie Moreau/Castillo, ancienne du Lycée Mangin, conseille de rechercher également du côté de L'école religieuse Notre Dame des Apôtres  près de la Villa Taylor. (NDA). La difficulté est qu'aujourd'hui ce sont des soeurs libanaises qui connaissent l'arabe et non plus les soeurs françaises qui ont peutêtre des archives à leur centre de la région Lyonnaise.   

Qui nous aidera à retrouver des témoignages ou des documents ?

LA MÈRE DE NABAOUIA ÉTAIT À L'ORPHELINAT DE BAB DOUKKALA AVANT D'ÊTRE ADOPTÉE, ELLE Y A APPRIS À BRODER (voir la photo d'une de ses belles oeuvres finement brodées), NABAOUIA CHERCHE À SAVOIR  ...

Broderie-Taizi"Bonjour, je suis la fille d'une ancienne residante de l'orphelinat de bab Doukkala. Ma mère m'a parlé de cet orphelinat il y a quelques années seulement. Troublée par le fait que ma famille que j'adore (cousin cousine oncle grand mere etc...) ne soient pas ma famille biologique je cherche a savoir si des personnes ont des renseignements sur cet endroit. j'ai lu plus haut qu'une personne avait mentionné cet orphelinat tenu par des Soeurs. Elle y etait en 1956 et y est restée presque 10 ans avant de se faire adopter par ma grand mère Bimik Hachouma. Ma mère a encore des souvenirs mais moi j'aimerais en savoir plus. Je sais que ce message est un peu comme une bouteille jetée à la mer mais je garde espoir. merci par avance."

Monsieur MEERT dans son commentaire a conseillé à NABAOUIA de prendre contact avec les franciscaines à Casablanca. Nous lui avons communiqué les photos de 1930 ci-dessus.

Qui aurait d'autres photos, soit de l'orphelinat, soit des orphelines, soit des Soeurs Franciscaines à partager afin que NABAOUIA puisse les montrer à sa mère et en parler avec elle ? Qui pourrait lui transmettre un récit de souvenirs ?

Il est probable que dans les archives des soeurs franciscaines se trouvent des "journaux de maison" des correspondances de soeurs, des témoignages dans leurs Annales, des rapports annuels. Les écoles primaires et secondaires ont été marocanisées entre 1975 et 1980 tout en gardant les orientations éducatives des soeurs.  À Casablanca on peut prendre contact avec soeur Claire Hantouche, franciscaine missionnaire de Marie, bilingue franco-arabe car d'origine libanaise. Elle est au Maroc depuis 1992 et au centre d'Anfa à Casablanca deouis  2001. Qui sait si les soeurs franciscaines de l'orphelinat de Marrakech vivent encore au Maroc ?

JEAN-PAUL HINDIÉ répond à notre requête en envoyant une photo de plusieurs soeurs franciscaines qui avaient été reçues chez lui.

DIAPOS EDGARD 2 025  Jean-Paul nous fait un beau cadeau avec cette photo, en ce début d'année 2017 qu'il nous souhaite belle et heureuse!!! Il nous commente la photo qui est de 1966: 

"Ma mére Janine Hindié-Oustry était trés proche des soeurs de Bab Doukkala et a fait beaucoup pour les soutenir....Et a été une trés bonne cliente de leurs ouvrages pendant des décennies....Ci joint une photo de Maman au milieu des soeurs à la maison chez mes Parents....

AJAX et EDDA -1966

En outre un souvenir particulier....Quand mes parents ont été contraints de quitter La Targa, ce sont les soeurs qui ont recueilli leurs chiens.... nos compagnons de l'époque......". Finalement EDDA, plus agée est "partie" avant le départ des Parents pour la France......AJAX seul a rejoint les soeurs......"

Jean-Paul nous montre aussi le travail d'aiguille que les soeurs et les orphelines réalisaient.

Nappe-orphelinat-marrakech-312

"Ci-joint quelques clichés des oeuvres des soeurs..... Elles produisaient beaucoup de "pièces" différentes..... Déco de table, napperons, nappes, serviettes.... burnous brodé pour bébé..... Et sans doute bien d'autres choses.... Et de couleurs différentes....

P1070307 L'intérét de leur travail réside entre autres dans la finesse du point et le fait qu'il n'y ait pas d'endroit ni d'envers.....

P1070305 ...Je suis loin d'étre connaisseur.....Sans doute des "Marrakchia"pourront compléter ces explications !!!!!"

P1070317 2 P1070314 2 Merci à Jean-Paul et à tous ceux qui comme lui partageront leurs souvenirs sur le blog.

Le siège des FMM se trouve 32 avenue Reille, 75014 Paris. Qui se charge de les contacter pour recueillir des souvenirs de l'orphelinat de Marrakech ? tél. 01 43 13 11 50 

Grâce à cette page et aux photos de Jean-Paul nous avons répondu au moins partiellement à la quête de NABAOUIA et de ASMA, elles nous disent:

- "Bonjour et tout d'abord un GRAND MERCI. j'ai envoyé les photos à ma maman elle me dit qu'une seule sœur lui dit plus ou moins quelque chose. Bon c'était maintenant il y à 50 ans il faudra peut-être du temps avant que les souvenirs reviennent. En tout cas il s'agit bien de ce type de broderie. J'ai retrouvé dans mes serviettes une serviette qu'elle avait confectionné. Merci pour vos recherches et votre investissement totalement gratuit."
- "Je vous suis très reconnaissante, vous venez de m'aiguiller sur plusieurs pistes, je vais donc appeler les sœurs de Paris, également les sœurs de Lyon pour récolter plus d'informations si elles en connaissent.
Je vous remercie encore pour la création de la page sur le blog Mangin qui communique sur mes arrières cousines."


20 décembre 2016

RECHERCHE D'INFOS : QUI TROUVERA LA RÉPONSE ? LES RÉPONSES ?

J_Noel_nouvel_an

Serge dont le père était officier au GT514 a conservé pieusement un cadeau de Noël confectionné par les Appelés de l'atelier de menuiserie de ce Groupement du Train. Une pièce unique, un garage station service comme on en voyait autrefois. C'est pour nous l'occasion de rendre hommage aux Appelés qui préparaient Noël en pensant à la joie des enfants du corps recevant leurs cadeaux

Garage_Bizeau__Marrakech"...un garage de réparation voiture, avec un étage pour le parking et sa rampe d’accès,  deux vitrines et devant, la station d'essence. Le tout peint en blanc avec liserets rouge et bleu et deux boules de ping pong figurant des éclairages; encombrant mais magnifique!!!"

Merci à Serge pour cette photo du jouet devant la cheminée; il nous permet de partager ce souvenir avec lui et d'évoquer les Noëls à Marrakech

Serge nous envoie aussi un autre cliché, pris en aout 1976 à Marrakech

Marrakech_camp_des_oliviers_6 

Serge Bizeau: "La vue embrasse le Camp des Oliviers plein Ouest avec l' abreuvoir situé derrière les murs du 2ème RTM. C'était aussi le chemin pour nous rendre à l'Ecole du Camp-Mangin. C'est sur ce terrain vague dans lequel coulait un torrent les jours de grandes pluies, que la Garde-Noire à cheval faisait ses préparatifs de défilé. Ils étaient superbes et impressionnants, pour un gamin de 9 ans."

DEUX ÉNIGMES À DÉVOILER

1- QUESTION SUR LA VENUE DU ROI DU MAROC À MARRAKECH

Mohamed_V_

"Maurice CALAS a tourné un film de la venue à Marrakech du Roi MOHAMMED V, mais ne se souvient pas de la date de cet événement. Qui pourra lui indiquer la bonne réponse?  Il précise sa demande: 

"Chers "salamistes" J'ai besoin de votre mémoire.

J'ai filmé la visite officielle du roi Mohamed V  à Marrakech: le  défilé des forces armées royales avec encore les tenues et le materiel français, la foule énorme sur la place encore du 7 septembre et des dizaines de fantasias le long des remparts dont celle de Bab Doukkala. Ce petit film en 8 m/m doit durer cinq à six minutes. et je voudrais trouver la date de cet événement, pour l'inclure dans le titre.

J'ai un point de repère, grâce à la gentillesse d'un inspecteur de police marocain , j'ai filmé depuis la tribune réservée au corps diplomatique à coté du consul de Suisse Mr Wachsmuth c'est à dire que j'étais aux premières loges , en face de moi se tenait le prince Moulay Hassan sur un magnifique cheval, la tribune était installée le long de la nouvelle Poste, donc l'événement a eu lieu en 1959 ou 60, il me semble que c'était au mois de novembre, quel jour ? Cette séquence est d'autant plus précieuse que le film de Raymond Carnuccini  bien plus long que le mien reste toujours introuvable. Merci de réveiller vos mémoires ou celles de vos connaissances au Maroc et de trouver ces renseignements.

J'espère pour bientôt un commentaire révélateur de cette fameuse date."  Maurice Calas. 

25___PCCM___pht_pr_s_de_Bab_Doukala_visite_du_Roi Le même jour, la réception près de Bab Doukkala.

 

2- QUI A CONNU LA FAMILLE À MARRAKECH D'UN HÉROS DE LA GUERRE 39-45 TUÉ EN LIBÉRANT PARIS LE 24 AOUT 1944  ?

Jean Luc GÉRONIMI était parti rejoindre l'Armée du général de LATTRE avec deux copains du lycée Mangin: DIOT et CASANOVA. A la fin de la guerre, les marrakchis donnèrent son nom à une des rues qui joignaient le Guéliz à l'Hivernage (aujourd'hui rue El Iman Charif).

Classe-Geronimi-36-37 GÉRONIMI se trouve au deuxième rang, tout à fait à droite, à côté de son voisin il parait de petite taille. 

D'après sa cousine Marie, les parents de Jean-Luc GÉRONIMI se trouvaient à cette époque sous l'occupation en Corse. Une question se pose alors,.. chez qui habitait Jean-Luc alors qu'il effectuait ses études au Lycée Mangin ?

Jean-Luc n'est pas parti tout seul pour rejoindre de LATTRE, il y avait avec lui Jacques DIOT, qui sera brûlé sérieusement et Marc CASANOVA, blessé plus légèrement à la main, le seul debout des trois le 25 aout 1944. Son char le Montmirail fait partie des trois premiers chars qui déboulent sur la place de l'Hotel de Ville à Paris

Montmirail-Casanova-25aout44  Le Lt Louis Michard, commandait la section de chars (+28-01-45), Gaston Eve survivant, Paul Lhopital, chargeur et radio survivant, Marc Casanova, co-pilote et mitrailleuse survivant, Etienne Florkowski, Sergent Georges Commeinhes (versé ensuite sur le char l'Austerlitz (+23-08-44).  La ville de Bourg-la-Reine à la Croix de Berny où eut lieu l'engagement contre les allemands du char Elchingen II a posé une plaque à la mémoire du jeune lycéen marrakchi.

CROIX-DE-BERNY  Le char Elchingen II appartenait à la 2e compagnie du 501e RCC, régiment de chars de la 2e DB.

Mais chez qui et où habitait Jean-Luc GÉROMINI à Marrakech ?

Nous ne le trouvons pas sur la photo des internes du lycée Mangin.

En revanche quelques années plus tôt, sur une photo de classe de l'École du Guéliz, apparaît JP GÉRONIMI

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Géronimi est dans le rang du haut le 2e à partir de la droite. (photo Salam Marrakech) autres élèves Marcel DUSSONI, MIKAÏLIDES, BARBERA, Pierre LAUVRIÈRE, ROUSSEAU, BIGARIÈS, Louis HYPERT, TENA,POGGIOLI, CIRCHIA,PAGAN, JOUANY, GUÉDAN, FONT, ORIA, CALVEZ.

Il y avait un Dominique GÉRONIMI, collecteur principal, à la poste du Guéliz en 1937, mais il n'était pas de la famille proche de Jean-Luc. Par ailleurs la mère de Jean-Luc était une LUCIANI, or il y avait une famille de ce nom au Guéliz et certains ont connu Barthélémy LUCIANI dit "Bartho". 

Merci à ceux qui auraient des souvenirs de Jean-Luc et de ses proches de les partager avec nous pour que la mémoire de ce héros marrakchi ne s'efface pas.

Si vous avez des questions sans réponse sur le Marrakech d'autrefois, vous pouvez les poser à votre tour et les partager sur Mangin@Marrakech, il est probable qu'un des lecteurs aura la bonne réponse.

Prochainement nous parlerons de l'orphelinat des soeurs franciscaines de Bab Doukkala en réunissant des informations peu connues et en cherchant à mieux connaître une institution qui parlait peu d'elle-même.