MANGIN@MARRAKECH

Culte d'action de grace en hommage à Michel de Mondenard

faire-part Michel 5aUn culte d'action de grace sera célébré le 18 septembre à 11h à la Chapelle du Luxembourg, Paris 6e.

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Disparition de Michel de Mondenard

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Nous avons l'immense peine d'annoncer le décès soudain de Michel de Mondenard, le 10 juillet 2021 à la suite d'un accident vasculaire cérébral. 

L'enterrement aura lieu le 15 juillet 2021 dans son village, puis un culte sera célébré en septembre.

Merci de l'accueil que vous lui avez réservé dans la belle communauté des marrakchis.

Vos commentaires sur cette page seront lus par la famille.

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16 juin 2021

BA 707 - ACCIDENTS D'AVIONS PENDANT LA GUERRE, ENTRE 43 & 45 - LE CAPITAINE GRALL ET SON ÉQUIPAGE

La plupart des 37 accidents identifiés ne furent pas mortels et eurent lieu sur les terrains de Marrakech-Menara ou de Marrakech-Sidi-Zouine, cependant quelques crashes se produisirent ailleurs: Asni, Boujab et pour le Capitaine GRALL et son équipage à l'ouest de Tamelelt (aux confins du territoire Rehamna). 

Le blog a reçu un message de Nathalie: "Bonjour, mon oncle Robert VILLAIN né le 11/11/1921, sergent,  a également trouvé la mort dans l’accident du 25/09/1944 à Rehamna sous les ordres du Commandant GRALL."  Comme le savent les lecteurs du blog Mangin@Marrakech, nous ne laissons pas passer une information de cette importance, d'autant que nous connaissions la tombe du capitaine GRALL au carré militaire du cimetière du Guéliz, mais pas celle de l'oncle de Nathalie.

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Nous lui avons demandé une photo de son oncle et elle nous a donné en plus des informations précieuses sur l'accident.

Le jeune sergent Robert Villain sur sa moto dans le bled marrakchi.

Nathalie: "Tout d’abord je tiens à vous remercier pour l’intérêt que vous avez porté à mon message et pour votre retour.

La tombe de mon oncle se trouve pourtant bien au cimetière européen de Marrakech où nous sommes allés nous recueillir en famille à plusieurs reprises.

Je ne peux vous transmettre qu’une photo que ma grand-mère m’avait donnée. Nous n’avons pas retrouvé son livret militaire que ma grand-mère conservait pourtant, ni son carnet personnel, sorte de journal qu’il tenait chaque jour consciencieusement jusqu’à son accident à 22 ans...."

La presse avait été très discrète, comme habituellement en période de guerre. Seuls deux journaux : l'Echo d'Alger et le Petit Marocain ont relayé une dépêche laconique de l'Agence France-Presse le 1er octobre, après que la cérémonie des obsèques eut été terminée et sans citer de noms.

Grall-journaux

Nathalie complète par des informations ignorées de la plupart des marrakchis à l'époque: "J’ai pu obtenir des informations supplémentaires d’un membre de ma famille sur l’accident d’avion dont a été victime mon oncle (il avait il y a longtemps rencontré le voisin de chambre de mon oncle, lequel était allé reconnaître les 7 corps après l’accident) :
L’équipage était composé :
- du Capitaine GRALL,
- du Lieutenant JOURDAN,
- du Sous-Lieutenant KOUIDER,
- du Sergent Chef DE SIGALONY,
- du Sergent VILLAIN (mon oncle),
- du Sergent DUPOUY,
- du Sergent MAGOULES.
L’avion, un VICKERS WELLINGTON type III n° H.E 127, prenait le départ pour une mission d’entraînement à la navigation sur l’itinéraire Marrakech / Kasba-Tadla / Mechra Ben Abou / Safi, cible de bombardement (pour bombardement fictif) /Marrakech.

L’avion a décollé de Marrakech à 8h42 et survolait le terrain se dirigeant vers Kasba-Tadla vers 8h50 à 600 mètres d’altitude. Il s’est écrasé au sol peu après 9h sur la route de Kasba-Tadla à quelques kilomètres à l’est du village Tamlelt.

Le rapport d’enquête a indiqué que le feu a pris à bord au moteur droit, lequel aurait enclenché le largage du dinghy qui, heurtant les gouvernes, aurait rendu l’avion incontrôlable. L’avion avait continué son cap en se mettant en ligne de descente légère, comme s’il avait voulu se poser dans la plaine après la ligne de hautes collines. L’avion a continué sa descente. Arrivé à 50 ou 100m d’altitude, l’avion a viré brusquement à droite en s’inclinant fortement avant de heurter le sol après avoir effectué un changement de direction à 120°, explosant sous le choc, se retournant complètement et se répandant sur 150m. Tout l’équipage a été tué sur le coup. Ils avaient tous agrafé leur parachute.

J’espère que ces informations pourront permettre de rendre hommage à cet oncle que je n’ai malheureusement pas connu mais pour lequel j’ai une affection, un respect et une admiration sans borne."

L'accident se produisit un mois seulement après la Libération de Paris (24 aout 1940). Nous imaginons l'enthousiasme de ces jeunes aviateurs, prêts à repousser l'ennemi nazi en dehors de nos frontières, voulant participer à la destruction définitive de ses armes  afin de retrouver la Liberté.

Nous remercions Nathalie pour ce partage et ces précieuses informations qui nous permettent de garder la mémoire et de rendre hommage à cet équipage dont nous savions si peu et à qui nous devons beaucoup. Ces jeunes aviateurs venaient de différentes régions de France dont la Martinique et d'un pays ami. Commençons par le plus jeune et poursuivons jusqu'au plus haut gradé.

Robert VILLAIN, oncle de Nathalie, sergent, le plus jeune de l'équipage, ( 22 ans et 10,5 mois) né le 11 novembre 1921 à Fontaine-le-Comte dans le Poitou. Mort pour la France. (avait autrefois sa tombe au cimetière du Guéliz).

Henri Georges DUPOUY, sergent-radio, (24 ans et 5,5 mois), né le 10 avril 1920 à Verteuil d'Agenais en Aquitaine. Mort pour la France. Tombe non localisée.

Georges MARRAUD de SIGALONY, ( 24 ans et 6 mois, 8 jours), sergent chef, né le 16 mars 1920, à Fort de France , en Martinique. Mort pour la France. Tombe au cimetière européen de Marrakech; carré H, rang 16, tombe 351.

Moïse MAGOULES, sergent, ( 24 ans et 6 mois), né le 22 mars 1920 à Lamagistère en Occitanie. Mort pour la France. Sa tombe est au cimetière du Guéliz, Carré militaire H, rang 16, tombe 353. Sa maman Félicia est décédée à Agen en 1988.

Mechri KOUIDER, Sous-lieutenant, (24 ans et 10,5 mois) né le 10 novembre 1919 à Casablanca-Maroc. Mort pour la France. Tombe non localisée.

Roger JOURDAN, Lieutenant navigateur, (33 ans et 9,5 mois) né le 5 décembre 1910 à Ste-Marie Pyrénées Atlantiques. Mort pour la France. Tombe non localisée.

Jean-Marie GRALL Capitaine pilote, (42 ans et 6,5 mois) né le 10 mars 1902 à Plourin-les-Morlaix en Bretagne. Mort pour la France. Sépulture au cimetière du Guéliz, carré militaire H, rang 16, tombe 346.

Nous accueillons volontiers les familles de ces valeureux militaires qui auraient des photos ou des documents à partager sur ce blog.  Il est important en effet que leurs histoires respectives ne s'effacent pas dans l'oubli.

 Localisation du crash du Vickers-Wellington, le 25 septembre 1944.

Crash-Wellington-25-09-1944Le Wellington n°127 s'est écrasé dans la zone repérée par un rectangle de 8 points bleus en territoire Rhamna et à proximité de Tamallalt.

A l'époque de l'accident le Lieutenant-Colonel BREYTON commandait la Base 707 depuis mars 1944. 

Base707-1945On peut distinguer les avions monomoteurs et bi-moteurs rigoureusement alignés sur le Tarmac

Wellington-base-707L'un des Vickers-Wellington dépendant de la Base école de Marrakech - EAPN

REPÈRES DANS LA CARRIÈRE DU CAPITAINE Jean-Marie GRALL 

1929 - Le sergent-chef-pilote GRALL se distingue lors d'un concours en juillet-aout 1929. Il fait partie sous les ordres du Capitaine Jobert de la première escadrille du 21e Régiment d'aviation de Nancy. Son escadrille participe au concours des avions de bombardements et gagne la coupe "Military Zenith" des avions de bombardement en ayant de meilleurs résultats que l'escadrille concurrente du 22e Régiment d'aviation de Chartres. L'escadrille de Nancy reçoit outre les médailles du concours une prime de 6000 francs. L'escadrille était formée de 5 avions 'Lioré et Olivier' type LeO 20 BN3 , moteurs « Gnome Rhône Jupiter » de 420 CV. Le raid de nuit eut lieu les 22 et 23 juillet et les bombardements de nuit sur cibles la nuit du 9 aout 1929.

L'Air_Photo-

Photo Scherbeck - Au milieu le Cne JOBERT navigateur et le Sgt-chef GRALL pilote, derrière eux le S/Lt FROMENT mécanicien.
1935 - En avril, l'Adjudant GRALL livre à l'Aéroclub civil de Marrakech dont il est le pilote référent, le nouveau 4 places que l'Aéroclub vient d'acheter. Le club marrakchi détenait déja un Caudron biplan baptisé "Koutoubia", le nouveau monoplan portera celui de "Ville de Marrakech". Ces deux avions servent aux baptêmes de l'air, à la formation des pilotes civils, au tourisme aérien au dessus de l'Atlas, aux hommes d'affaires allant d'une ville à l'autre. Le " ville de Marrakech" un Caudron de type pélican C-510 est baptisé au champagne par la générale Catroux qui en est la marraine et l'Adjudant GRALL prend à son bord pour le vol d'inauguration le Général Catroux ainsi que MM du COLOMBIER et SOMBWAY les Président et Vice-P. de l'Aéroclub. En mai il participe à la fête du Printemps à Tamlelt où il pose en douceur le "Ville de Marrakech" sur le petit et tout nouveau terrain d'aviation de la localité.
1936 - L'Adjudant-chef GRALL complète sa formation de moniteur-instructeur en suivant un stage au centre d'instruction du parachutisme d'Avignon-Pujaut
1938 - En avril, lors de la fête de l'aéroclub, l'Adjudant-chef GRAAL est unanimement remercié pour son engagement dans la formation des pilotes civils sur ses temps libres, notamment MM. Guillaume et les frères Maheu. On y apprend qu'il est inscrit sur le tableau de la Légion d'honneur.
1944 - Le 4 juillet, le capitaine GRAAL et l'Adjudant GRANDJEAN ont un accident avec le LeO-451 n° 504 sur la base de Marrakech. L'accident fut uniquement matériel semble-t-il, mais seulement 2 mois et demie avant le terrible accident du Vickers-Wellington.
Après l'accident de Tamlelt, les Marrakchis ont voulu honorer sa mémoire en baptisant l'une des rues du Guéliz: "rue du capitaine Graal"  Elle se trouvait proche de la rue du BANI, mais a changé de nom après l'Indépendance.
Il serait nécessaire de disposer du livret militaire du capitaine GRALL pour lui rendre hommage en décrivant la totalité de sa carrière. Cela vaut aussi pour les autres membres de l'équipage. Nous espérons des photos et des témoignages de la part de leurs familles et amis.

L'ITINÉRAIRE DU SERGENT-CHEF Georges DE SIGALONY

Baccalaureat en juin 1937 à Fort de France, il gagne Paris pour s'inscrire en Droit. Il valide sa première année de licence à la Faculté de Paris-Panthéon. Ses études sont perturbées, il est mobilisé en mars 1940. Il s'engage pour être pilote. 

Tombe-Sigalony-MRK-H16-351

Il reçoit sa formation à l'école élémentaire de pilotage n°23 au Mans. Avec une centaine de ses camarades il se rapproche de la Manche à Morlaix et s'embarque dans la nuit du 18 au 19 juin à bord du Tribouliste pour passer en Angleterre.

Sur le sol Britannique, il s'engage immédiatement dans les Forces Aériennes de la France Libre (FAFL) qui lui font continuer sa formation de pilote dans la Royal Air Force. Il obtient son brevet de pilote bi-moteur le 6 décembre 1941.

Sergent pilote, il est affecté en avril 1942 au Bataillon de l'Air n°1 de Bangui (en Afrique Française Libre). Il reçoit une nouvelle affectation à la base de Damas en aout. En 1943 il est en Angleterre, base de Camberley pour parfaire sa formation. En juillet 1944 il est muté à la Base École de Marrakech avec le grade de sergent-chef. Au carré militaire du cimetière de Marrakech sa tombe indique sa mort par erreur le 21 au lieu du 25.

MONUMENTS, PLAQUES ET CROIX DU SOUVENIR

Ces sept aviateurs ont péri alors qu'ils étaient en mission, leur sacrifice a justifié la mention "Mort pour la France" pour chacun d'eux; pourtant il ne semble pas que les services de l'Armée aient informé leurs communes d'origine de leur décès. Après vérification pour deux d'entre eux, leurs mairies de naissance n'ont reçu ni la date, ni le lieu, ni le motif de leur mort. Il n'y a pas de mention marginale à côté de leur acte de naissance. Leurs noms ne figurent sur aucun monument aux morts à l'exception des trois qui sont nommés dans le carré militaire de Marrakech. Les anciens de Marrakech rendent hommage à tous les sept.

Annexe : 37 Accidents d’avions sur la période janvier 1943 - 7 mai 1945 dans la zone de compétence de la BA - 707 de Marrakech. (mais en réakité beaucoup plus)

Ces informations proviennent des archives officielles du SHDAI 

Ci-dessous trois lignes par accident: 1ere ligne - n° du bureau d'enquête, date, lieu; 2° ligne - Noms et grades des personnels concernés; 3°ligne - Modèle et n° de l'avion, formation et nombre de photos faisant éventuellement partie du dossier. 

AI 6D 32 - 04/02/1943 Marrakech 

GRIDELET (sgt), DESCLAUX (adc), LE TORREC (adj), CLAVAUX (adj)  

LeO 451 n°248, & LeO 451 n° 188 – Groupe 1/19 – 4 photos.

AI 6D 32  - 05/02/1943 Marrakech 

???

LeO 45 n°433  GB 1/11

Nous ne savons pas à quel(s) accident(s) rattacher les décès de François BERTHE de POMMERY (EAPN) et d'André BOURGUIGNON d'HERBIGNY le 5 mai 1943.

De même les décès le 9 juin 1943 du Lt Jean Paul ROCHAS et du Cne Pierre FAURE.

Et le 29 décembre 1943 du S/Lt Jean-Pierre ARNOULIN, accidenté à Chemaïa.

Pour le premier semestre de l'année 1944, nous notons d'autres décés dont nous ne savons pas non plus où ils se sont produits et à bord de quels avions:

22 février 1944 : Sergent-Chef Armand SAURY et Caporal Serge BOISSARD (EAPN)

20 mars 1944: Lieutenant Guy DUBALEN en mission vers Safi

4 avril 1944: Capitaine-pilote Gabriel DEBAIZE (ou DEBRAIZE) et Capitaine-Pilote Henri FOURNIOL

Ainsi il semblerait qu'aucun rapport d'accident ne soit parvenu pendant plus d'un an au Bureau d'enquête.

AI 6D 34  - 03/06/1944 Sidi Zouine 

RUYSSEN (sgc), HARCHINCHE (sgt)

Cessna 78 n°37297  EAPN

AI 6D 34 -  05/06/44  ???

TAFANI (sgc),  LYS, Philippe DELOS Lt navigateur, 

DB7 n°79   EAPN

AI 6D 34  - 08/06/44  ( 3 Km à l'Est d'Asni) 

LEROUX Jean (adc),  ARCHINCHU Jean (sgt),  LEROUX Roger (cal),  HELOU Paul (sgc), GOUZZIN Ernest (eat), FOURNOU Jean (ear), MARCADET Pierre (ear),  DUMAS André (adj).  –

Morts du 8 juin: Aspirant Ernest GOUËZIN, Ear Pierre MERCADET, Caporal Roger LEROUX, Sergent Jean HARCHINGUP, Sergent-Chef Paul HELOU. (Il semblerait que trois aviateurs ne sont pas décédés lors de l'accident).

LeO 451 n°395 EAPN

AI 6D 34  - 10/06/44  Marrakech 

COURTOIS (sgc), GAULNIER (Cne), LEBEAYPIN (sgt), CHAUSENSSON (adc),

Cessna 78 n° 37376  - EAPN Marrakech

AI 6 D 34 - 13/06/44 Sidi Zouine 

GLESE (sgt), PRUNET (sgt) –

Cessna 78 n° 37366  EAPN

AI 6D 34 - 14/06/44 Marrakech 

OLIVAUX Yves (sgt), DEMANGEAT Marcel (adj), KALIS Hubert (ear), LAGONNE Paul (ear) –

Cessna 78 n°37452 -  EAPN

Morts du 14 juin: Adjudant Marcel DEMANGEAT

AI 6D 35  - 04/07/44  Marrakech

GRALL (Cne), GRANDJEAN (adj), 6 passagers –

LeO451 n°504 – EAPN

AI 6D 35 - 18/07/1944  Sidi ZOUINE 

COURTOIS Léon (sgc)

DB 7 n°134 – EAPN

Mort du 26 juillet 1944: Sergent-chef Jean BOURY

AI6D35 - 27/07/1944 Marrakech

BOURGEADE (sgc), MANCELIN (adj), DE BEAUCHAMP (sgt), JONCHAIS (ear)

Cessna n°37299CIDEM 

AI 6D 36 - 02/08/44 SIDI ZOUINE 

COURTOIS Léon Pierre (Sgc) 

DB7 n°53 CIDEM - Le Sergent-chef Courtois en est à son 3ème accident: 10 juin, 18 juilet, 2 aout.

AI 6D 36 - 08/08/44 Sidi Zouine 

BENITSA Edmond (Adj), LANGLOIS Jean Pierre (Slt )

Cessna 78 n°37292  CIDEM 4 photos

Le 8 aout mort d'Edmond BENISTA et le 10 aout 1944 mort du S/Lt Jean-Pierre LANGLOIS-BERTHELOT

AI 6D 36 - 12/08/44 Marrakech 

CHENAVARD Lt  

Cessna 78 n° 37446 Cidem

AI 6D 36 - 13/08/44 Sidi Zouine 

CASENEUVE Antoine Sgt, GACHADOIT ear, CARRERE René Sergent, VICHERAT Sgt, 

Cessna 78 n°37444 et n°37780. CIDEM

AI 6D 36 - 14/08/44  Marrakech 

CARRERES Sgt, DUJARDIN Sgc, DE FONTAINE Adt, 

Cessna 78 n° 37291; CIDEM

AI 6D 36 - 18/08/44  Marrakech 

Royer Alfred Lt,  ANSELEM Sgt,  CAQUET Paul Lt,  TROUILLOU Paul Adjt,  FLICK Walter Sgt,  DEGASTINE ear, DELOZANNE ear,  KALM ear, MANGUENE ear,  LOPEZ Sit,  BALDOT Adjt, 

?????   CIDEM. 5 photos

AI 6D 36 - 31/08/44 Marrakech 

HERICAULT, (adj) 3 passagers  

DB7 n°47 CIDEM

AI 6D 37 - 01/09/44  Sidi Zouine  

DEBRAS Cne , COUTIER Sgt, FAURE Cal;  

DB7 n°123 CIDEM

AI 6D 37 - 25/09/44 Tamlelt

GRALL (Cne), DE SIGOLANY (sgc), JOURDAN (Lt), KOUIDER (SLt), VILLAIN (sgt), DUPOUY (sgt) , MAGOULES (sgt), 

Wellington n°NR127  CIDEM  4 photos

AI 6D 37 - 27/09/44  Sidi ZOUINE,  

CELSE SgtC, BRISWALTER (slt). 

Cessna N°78 n° 31975, CIDEM

AI 6D 37 - 26/09/44  Marrakech. 

MORDACQ Cne, GULBEN Klan ear;  VERNIER cac;  

DB 7 n°135. CIDEM

AI 6D 37 - 29/09/44  Marrakech 

MARILL Georges Adj,  LAGARCE Amand Sgc;   

DB7 n°25; CIDEM

AI 6D 38 - 01/10/44. Marrakech 

ABOUBARAM Asp; NEYS Adt; DE LASTERADE SLt; LOCHES SLt,  

Cessna 78 n° 332041 CIDEM

AI 6D 39 - 02/11/44; Marrakech; 

BRISWALTER Georges  sit; MANCELIN  Adt; BRUN Michel SLt, DUMANS André SLt;  

Cessna 78 n° 331960; CIDEM.

AI 6D 40 - 02/12/44 Sidi Zouine 

LARGEAUD André SLt, ABOUDARAM Asp;  

Cessna 78 n° 331049 CIDEM

AI 6D 40 - O2/12/44 Sidi Zouine; 

BRUGGERE Jacques Adjt; THERNOZ-LORCIERE cal; 

Cessna 78 n° 37737 CIDEM

AI 6D 40 - 23/12/44  Marrakech

LIOTARD Paul Sgt; VALDEYRON SLt, DELAPLACE ear; GAILLARDOT Norbert Sgt; 

DB7 n°47 et DB 7 n°67;  CIDEM 2 photos

AI 6D 40 - 23/12/44 Boujab;  

CARIN Jean Lt;  

A24 n°254697  CIDEM; 

AI 6D 41 -  02/02/45  Marrakech

FAVIER Guy (Adj), BARRE (Adj), JOURDAN (Adj) 

Cessna 78 n° 331973 – CIDEM

AI 6D 45 - 09/03/45  Sidi Zouine

NORODOM Songdeth (sgt), 

DB7 n°13  CIDEM

AI 6D 41 - 16/03/45  Marrakech

ANDRIEU Charles (Slt), MONLOUBOU (Slt), DEBROSSE Marc (sgt) , CLOAREC Yves (Sgc) , CONDOFOULOS (FFA), LE CORNEC (FFA), LEROUX (FFA),

Wellington n°HZ143  CIDEM

AI 6D 41 - 17/03/45  Marrakech

MORAI Maurice (sgt), ABDESLAM BEN MOKTAR 

Cessna 78 n°331943 et Cessna 78 n° 37389  CIDEM

AI6D 41 - 27/03/45  Sidi Zouine,

HOCHE (adt), TERROL (asp) , CASUS (sgt), MALIS (ear)

DB 7 n°128  CIDEM

AI 6D 41 - 29/03/45  Marrakech

DECHAUX (Cdt), GUILLOT (Slt), FONTAINE (asp)

DB7 n°134  CIDEM

AI 6D 42 - 30/04/45  Sidi Zouine

COLLET (asp), CARPINI (sgt)

DB7 n°135  CIDEM

AI 6D 42 - 05/05/45  Marrakech

BOINNOT Henri (Lt),  FUSCHINO Jean (Sgc), VALERE André (Cne),  HOLZENER Lucien (sgt)

DB7 n°67  CIDEM 

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09 juin 2021

PREMIERS QUARTIERS ET PREMIÈRES RUES DE MARRAKECH

Savine-Dans-les-fers-du-moghreb-1911

D'après le livre d'Albert SAVINE, 'DANS LES FERS DU MOGHREB', Récits de chrétiens esclaves au Maroc (XVIIe et XVIIIe siècles) annotés d'après les documents d'Archives et les Mémoires'

Ce livre a été publié par la Société des Éditions Louis MICHAUD, 168 Boulevard Saint-Germain, Paris Edition de 1912.

Notre ami Joseph DADIA nous propose la lecture de deux passages de cette oeuvre. Il les a sélectionné, page 13 et page 20, en fonction de ce qu'ils révèlent du plan des rues et des quartiers de Marrakech, notamment ceux qui situent l'habitat des juifs et celui des chrétiens dans une capitale musulmane à l'époque où la Ville rouge avait pour nom 'MARROC'. Ces passages montrent aussi ce qui distinguait et ce qui rapprochait les communautés aux yeux des marocains. Merci à Joseph DADIA de nous avoir révélé ce livre.

 La Barbarie a servi d’asile aux Juifs chassés d’Espagne. Les Maures les ont reçus à des conditions très onéreuses et, outre le mépris souverain qu’ils ont pour leur personne, ils ne leur permettent pas d’habiter dans l’enceinte de leurs murailles. A cet effet, les Maures leur ont permis de bâtir une bourgade à côté de leur ville, plus ou moins grande suivant le nombre de leurs familles. Les Maures ont coutume de dire que les Juifs sont des keffers et les Chrétiens aussi, - keffer signifie infidèle -  de sorte que keffers et keffers peuvent bien être logés ensemble et dans les mêmes enclos, avec  cette différence que les Chrétiens peuvent choisir les maisons les plus belles pour y loger. La raison de cette préférence, disent-ils, est que les Chrétiens  sont libres, ont un roi, font la guerre et la paix, possèdent un pays, au lieu que les Juifs dispersés, sans pays, sans roi, ni sans aucun gouvernement particulier, sont une preuve visible de la punition dont l’Etre suprême, justement irrité contre eux, leur fait sentir le poids.

Les esclaves chrétiens sont logés avec  les Juifs, et la rue destinée à cet effet est appelée Amit  ou quartier des Chrétiens. Les esclaves chrétiens qui y sont déjà logés nous reçoivent avec tendresse et compassion. Chaque nation est contenue dans un quartier particulier de ladite rue et l’empereur comme un chef maure qui a droit sur tous les esclaves des différentes nations. […]

Les renégats ont un quartier séparé  des Maures, des Chrétiens  et des Juifs.

Le gouvernement des Juifs est absolument le même que celui des Maures, et les uns comme les autres sont obligés de payer les taxes que le roi juge à propos de leur imposer.

Je n'ai aucun commentaire à faire, sinon qu'il s'agit de pages rares écrites sur Marrakech et ses rues. 

Fait à Kervenic-en-Pluvigner, 9 mai 2021

 Joseph DADIA.

Merci à Joseph DADIA de nous avoir fait découvrir ce livre qui nous parle de Marrakech, de ses quartiers, de ses rues et de ses habitants des principales religions monothéistes. Il nous donne aussi l'occasion de publier des témoignages d'époque qu'Albert Savine a probablement consultés.

Notes : La 'Barbarie' est le nom donné à cette époque au Royaume du Maroc par les européens, il a son origine dans "berbérie". Les berbères y vivaient bien avant les Arabes. Certains l'appellent à l'époque "Mauritanie",  ce qui ne correspond pas à la Mauritanie d'aujourd'hui. Maure désignait les habitants de l'Afrique du Nord.  'Keffer' est un nom donné aux non-musulmans et même aux musulmans dont la théologie est jugée déviante. 'Amit' pour un nom de rue n'a pas d'origine arabe, il existe un prénom juif Amit עמית‎ mais c'est possiblement aussi une origine latine, les chrétiens de différentes nationalités s'appelant "amit" entre eux ( ami, amico, amigo).

orfevres-juifs-9

Les juifs expulsés d'Espagne par Isabelle la catholique ont émigré au Maroc et dans d'autres pays en 1492. Il y avait déja des juifs au Maroc, les 'Beldiyyin', principalement des orfèvres qui vivaient dans le quartier du Mouassine qu'ils partageaient avec les Arabes et les Berbères musulmans.

Echoppe d'orfèvres juifs. Photo R.Moreau.

Les nouveaux arrivants d'Espagne, les juifs 'Mégorashim', vinrent les rejoindre, la plupart dans ce même quartier. Le sultan qui régnait en 1557, Moulay Abdallah Al Ghalib Billah, décida pour les protéger de les regrouper plus près de son palais dans un quartier entourré de hauts murs et accessible par une seule porte fermée la nuit: ce quartier pris plus tard le nom de Mellah. 

Lettres de visiteurs de Marrakech au début du XVIIe siècle

Nous ajoutons deux extraits de lettres de témoins, l'une rédigée en 1606 par Jean Mocquet, un apoticaire français en voyage d'études entre Safi et Marrakech au service du Roi de France, Henri IV; l'autre écrite vers 1665 par Thomas Le Gendre, un commerçant de Rouen, pratiquant l'import-export. Il connaissait Marrakech dès 1617 et jusqu'à 1625; il obtint ensuite des renseignements par son frère présent de 1631 à 1633, puis par d'autres personnes de leur entreprise.

Pont-du-Tensift-Photo-Greber-1912

L’arrivée en vue de Marrakech de Jean MOCQUET le 1er septembre 1606.

L’accueil par un groupe de prisonniers 'les fers aux pieds' et les conséquences de l'évasion d'un renégat.

Le Pont du Tensift construit à la fin du XIIe siècle; Photo P.Grébert, 1912.

" Le fleuve Tensift porte les plus excellentes truites du monde, étant petites et fort rouges de chair, mais d’un très bon goût, et sont fort estimées à Marroc (Marrakech). 

" Le lendemain matin ayant cheminé un peu nous découvrîmes la ville de Marroc en une grande campagne, & semble que cette ville soit proche du mont Atlas, encore qu'elle en soit à plus de sept lieues. (une lieue équivaut à 5km environ)

" Nous trouvâmes sur nôtre chemin quelques Chrétiens qui venaient au devant de nous. Ce sont des gens qui trafiquent là. Quand ils entendent que quelques autres Chrétiens viennent avec la Cafile (caravane indigène), ils sont bien aise de les venir reconnaître en chemin ; et ceux-ci amenèrent avec eux un petit mulet chargé de vivres. (vendeurs attendant les voyageurs des caravanes)
Or la plus part des Chrétiens de cette Cafile étaient Anglais, prisonniers, les fers aux pieds , et avaient été arrêtés à Safi, à cause d'un Al-caïd nommé Abd el Acinthe, qui était Portugais de nation, mais Renégat ; et pour ses capacités et sa valeur on lui avait confié le commandement sur la Cafile qui retourne de la ville de Marroc à Safi, avec environ 500 soldats sous sa charge. 

" Or il arriva d'aventure qu’Antoine de Sardaigne et Pierre Cézar gentilshommes Portugais avaient été pris à Tanger en Afrique & menés à Marroc, & y ayant été détenus captifs treize ou quatorze ans jusqu’à ce qu'ils furent rachetés par le moyen du sieur Arnault de L’Isle médecin, établi à Marroc comme agent pour représenter le Roy Henry le Grand (Henri IV). Comme ces deux Portugais s’en retournaient en liberté cet Al-caïd Abd el Acinthe avait négocié avec eux de se sauver dans leur même vaisseau où ils devaient s’embarquer. Pour ce faire il alla poser son Al-mahalle vers le lieu où on va prendre de l’eau pour les navires près du Cap de Cantin; et  étant là une nuit, il dit à ses gens qu'il avait fait venir une Moresque , avec laquelle il désirait aller parler en secret assez loin du camp, & ne mena avec lui qu’un sien esclave. Quand il fut près de la marine, ii fit feu avec un fusil qui était le signal qu’il avait donné à ceux du navire. Aussitôt qu'on vit Ie feu, voici les gens du bateau qui étaient cachés dans des broussailles, qui vinrent se saisir de sa personne, l’enlevèгеnt et le portèrent en leur vaisseau , dans lequel il se sauva: l’esclave s’enfuit à ГАl-mаhаllе pour conter la prise de son maître, dont chacun fut bien étonné, et se retirèrent tous à Safi. Mais comme les gens d’un bateau Anglais en ce même temps furent venus à terre pour charger plusieurs marchandises dont ils avaient besoin, ils furent arrêtés, & on leur mit les fers aux pieds, comme je les vis dans le château de Safi en fort pauvre équipage.  Ils furent depuis menés à la ville de Marroc, où les marchands payèrent pour eux je ne sais combien d'onces d’or, qui était la rançon à peu près de l’Al-caïd Abd al Acinte qui s’était sauvé. Car ces Rois là ne veulent rien perdre, étant la coutume à Marroc que si un esclave s’enfuit, tous les autres ensemble le payent, se cautionnant tous les uns les autres pour aller libres par la ville sans fers aux pieds; ce qui s'entend des pauvres : car pour les riches ils sont mis en la Sisaine (Segena), qui est la grande prison du Roy, ou ils sont bien gardés comme l’étaient les deux gentilshommes Portugais. "

Note: Les renégats logeaient dans un quartier séparé à Marroc. Il s'agissait de mercenaires d'origine chrétienne qui pour accéder à des fonctions administratives ou militaires plus élevées et réservées aux musulmans se convertissaient à l'Islam.

La première nuit de Jean Mocquet dans la maison des chrétiens et la visite aux Toubibs du roi-sultan, le Sieur Arnault de l’Isle qui habitait dans le quartier du Mellah et son jeune confrère le sieur Etienne Hubert.

" Pour revenir aux Chrétiens de Marroc qui vinrent au devant de nous, ils nous firent fort bonne chère dans un jardin le long d’une eau courante, à deux ou trois lieues (4 à 6 km) de la ville de Marroc. L’al-mahalle n’entra point pour ce jour à Marroc, mais je la laissai où elle était posée, & je fus coucher dans la ville en la maison des Chrétiens, payant mon entrée au Talbe ou greffier. Ce fut le 2 de septembre 1606. Je ne manquai pas, si tôl que je fus arrivé, d’aller visiter le sieur Arnault de L’Isle, médecin, qui était logé en un beau logis en la Juderie ou Juiverie. 

Le sieur Arnault de L’Isle était depuis longtemps auprès de la personne du roi de Marroc en qualité d’agent pour nôtre roi Henry le Grand (Henri IV), et  y avait été en plus envoyé le sieur Etienne Hubert, médecin du Roy, pour relever le sieur de L’Isle, puis tous deux étaient revenus en France; mais depuis ledit sieur de L’Isle y était retourné. 

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Le sieur Etienne Hubert demeura environ un an à Marroc, exerçant la médecine auprès du Roy, & là, suivant son principal dessein, qui l’avait porté à faire ce voyage, il apprit si bien la langue arabique, qu’il s’y rendit depuis fort savant, comme il en a fait de son vivant profession publique & royale à Paris avec grande célébrité. Il se contenta de sortir de ces pays plus chargé de science & de livres arabiques que de richesses & autres commodités, lesquelles le sieur de L’Isle fut plus heureux que lui. 

" Étant donc allé en la Juderie, j’y fus conduit par un Juif qui m’allégea de quelques réais, me donnant à entendre faussement qu’il fallait payer quelque droit à la porte de ce lieu où nous avions à entrer, & de fait il attira quelques-uns qui me vinrent quémander & il les fallut contenter. 

Cette Juderie est à plus d’une grande lieue de la douane où logent les Chrétiens, et proche du palais du Roi, & elle est comme une ville à part, entourée de bonnes murailles & n’ayant qu’une porte gardée par les Mores - cela peut être grand comme la ville de Meaux ( Jean Mocquet était natif de Meaux)

Là demeurent les Juifs au nombre de plus de 4000 & payent tribut. Il y a aussi quelques Chrétiens & là demeurent aussi les agents & ambassadeurs des princes étrangers. Pour le gros des Chrétiens, trafiquants & autres, ils demeurent à la douane. "

 Notes: On remarque que les chrétiens logent en deux quartiers distincts: ceux qui sont libres et dont l'activité principale est le commerce logent à la douane dans la maison des chrétiens, probablement située vers le souk de Bab el Khemis. Les ambassadeurs et autres représentants d'une altesse étrangère  habitent la Juiverie qui n'est pas encore appelée  'Mellah'. Arnault de l'Isle loge dans une belle maison parce qu'il est le médecin du Roi de Marroc. Pour les différentes sortes de prisonniers il existe plusieurs prisons distinctes. 

Arnault de LISLE fut le premier titulaire de la chaire d'Arabe au Collège de France en 1587 et fut nommé après l'obtention de son doctorat de médecine.

Du temps d'Henri IV la France était très bien considérée à Marroc, grâce à ses médecins et l'honnêteté de ses commerçants; cependant le parti des Guise qui intriguait avec l'Espagne de Philippe II avait créé la Sainte Ligue catholique et nommé un faux Consul de France, du nom de Castellane, lequel profita de la réputation d'Arnault de l'Isle pour endormir la confiance du Roi Moulay Zidane en prétendant qu'il allait mettre les 4000 magnifiques livres de sa bibliothèque en sûreté. Comme il ne les lui rendait pas, Moulay Zidane fit mettre en prison tous les français présents au Maroc comme monnaie d'échange. C'était l'Espagne qui avait récupéré tous les livres et ne les rendit pas. La France supplantée par l'Espagne, l'Angleterre, et la Hollande recommença modestement à traiter avec le Maroc à partir de 1631.

Thomas Legendre décrit Marrakech en 1625: les rues, les maisons, le palais, les jardins.

La ville de Marroc est fort grande, & beaucoup plus que ce qu’on appelle à Paris la ville (les onze premiers arrondissements), étant fort peuplée, comme de trois à quatre cent mille habitants de toutes sortes de religions & il y a des rues où, pour la multitude grande du peuple, on ne peut quasi passer. La plupart des maisons ordinaires y sont basses, petites & mal bâties, de terre & de chaux; mais les maisons des al-caïds, seigneurs & gens de qualité sont grandes & hautes, bâties de pierre, environnées de murailles, avec une tour haute au milieu pour aller prendre le frais, & il y a de nombreuses petites fenêtres & lucarnes; le dessus des maisons est plat.

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Le palais du Roy est bâti de petites pierres (zelliges), comme pièces rapportées, & il y a de nombreuses colonnes de marbre, fontaines & autres ornements. Leurs mosquées en grand nombre, sont bien bâties de marbre & couvertes en dôme avec du plomb. Dans les places il y a de grandes halles ou voûtes où se tiennent les marchands, entre autres ceux qui vendent les al-ebec ou vêtements, comme fruitiers. Il y a aussi quelques collèges pour instruire en leur loi. 

Un passage bordé de colonnes dans le Palais du Sultan. Photo Félix, 1913.

Il n’y a point de rivière qui passe par la ville de Marroc, mais de nombreux fossés & canaux en terre (seguias) pour conduire les eaux qui viennent en abondance des montagnes d’Atlas, partie de sources, partie de neiges fondues; & font dériver ces eaux ça & là pour leurs jardins & fontaines. Ils ont aussi des puits & citernes. Ils se servent du drainement de ces eaux pour arroser leurs terres & jardins. Hors la ville, aux environs,  par la campagne, y a grand nombre de jardins & vergers et toutes sortes de fruits & vignes, avec des eaux, & une petite habitation pour s’aller récréer ; ils tiennent là quelques esclaves à travailler. Toute la terre y est bonne & fertile, & ne la faut quasi que gratter & la semence fructifie incontinent. Les montagnes sont de tous côtés de la ville, sinon du côté que l’on vient de Safi qui est plat. Il y a les monts de Draa vers le désert, d’où viennent les bonnes dattes. Il n’y a point d’arbres en la campagne, sinon quelques palmiers. Tous les arbres sont dans les jardins, qui sont comme nos vergers.

Thomas Le Gendre parle des religions à Marrakech et de certains aspects de leurs cultures respectives vers 1625-1660.

Toutes les religions sont permises en la ville de Marroc ; les Juifs ont une Juderie fermée d’un mur d’enceinte à Marroc, assez grande, & il y a deux synagogues, & de mon temps y vivaient quatre ou cinq cents personnes juives dans cette Juderie. A Safi, il n'y a point de Juderie qui ferme pendant la nuit, mais il y a pourtant une synagogue. Les Mahometans permettant par tous leurs pays le libre exercice de religion, quelle qu'elle soit.

Les Juifs s'entremettent fort dans le commerce & dans les fermages, prenant ordinairement à ferme ou à rente les droits du roi des entrées & sorties, à cause de quoi on appelle ceux-là rentiers; & ainsi il faut en effet souvent passer par leurs mains. 

Les Juifs ne possèdent aucune terre en propre, mais ils ont quelques jardinages & vignes dans leur Juderie, & font quelque vin de raisin, mais très peu, & pas assez pour leur provision ; en sorte qu'ils ont, comme les Chrétiens qui arrivent en ce pays-là, recours au vin-de-passe. On appelle passe le raisin séché au soleil, duquel on met environ deux cent pesant dans une barrique qu'on emplit d'eau, & puis on le laisse bouillir de soi-même, & au bout de cinq ou six jours que cette eau & ce raisin ont bouilli ensemble, on le tire par la chante-pleure & c'est du vin blanc & trouble, & quoi que fait d'eau, il ne laisse d'être très fort & d'enivrer ceux qui en prennent trop. C'est donc de ce vin-de-passe que nous buvions ordinairement. 

Les Mores même n'ont pas de possessions ni de jardinages au delà de la portée du mousquet des murailles de leurs villes, parce qu'ils n'en jouiraient pas, les ‘Alarbes’ déroberaient tout de nuit ; ce qui est cause que ces gens-là ne cultivent point, & ne se servent point de la bonté de leur pays. Les ‘Alarbes’ même cultivent peu, à cause qu'ils sont nomades sur la moindre guerre qu'on leur veut faire. Ils sont seulement curieux, aux environs de leurs douars, de faire des blés & des orges dont ils emplissent leurs ‘ matamores ‘; ce sont des puits sans eau, très profonds, qu'ils emplissent de grain, jusques à fleur de terre, & y font dessus quelques marques pour retrouver ces magasins profonds, notamment quand ils sont contraints de se retirer en quelque autre contrée. 

Les Mores ne font point de vin & se contentent de manger leur raisin, soit mur, soit sec; mais les Mores les moins religieux à la dérobée, boivent du vin & de l'eau-de-vie, chez les esclaves chrétiens qui en vendent & chez les Juifs. Mais pour ce qui est des boissons de café, de thé & de ‘ cha ‘, on ne sait ce que c'est en ce pays-là. Ce sont des boissons qui sont en usage aux Indes & au Levant, & dont l'usage est venu aussi en ce pays-ci, & surtout en Angleterre, où ce café a beaucoup de débit, parce qu'il a la vertu d'empêcher de dormir ; en sorte que, quand une personne veut passer la nuit à travailler, il n'a qu'à prendre un doigt de ce café, cela lui ôte l'envie de dormir; & quant au thé & au ‘cha’, on dit qu'ils débrouillent la tête & délassent l'esprit, quand on a beaucoup étudié.   

Note: "Toutes les religions sont permises", ce qui peut surprendre un européen du XVIIe siècle où les religions autres que celle du roi sont persécutées. Il y a deux synagogues, probablement l'une concerne les familles juives établies à Maroc avant 1492: les Beldiyyin et l'autre synagogue a été construite par les juifs dont les familles ont été expulsées d'Espagne par Isabelle la catholique: les Megorashim. Ils n'avaient pas tout à fait les mêmes rites, ce qui justifiait les deux synagogues. 

Thomas Le Gendre localise les habitations des juifs et des chrétiens dans la ville de Marrakech, ainsi que les palais et les prisons.

"La Ville de Marroc: est pour le moins aussi grande que Paris, n'y comprenant point les faubourgs; mais elle est fort vaste y ayant beaucoup d’espaces vides. Elle est située en une plaine à sept ou huit lieues en deçà des montagnes qu'on appelle l'Atlas, desquelles, quand on est dans Maroc, on croit être fort proche, parce qu'elles se voient aisément, & leurs cîmes sont couvertes de neige en quelque saison que ce soit . De ces montagnes descendent plusieurs petites rivières de belle & bonne eau, qui viennent premièrement arroser un jardin qu'on appelle le petit Meserra, & y font un grand étang parfaitement beau, qui a bien mille pas en carré. Cette eau passe après dans un grandissime jardin, qu'on appelle ‘El-Meserra’ lequel est plein de rangées d'orangers, de citronniers, palmiers ou dattiers, oliviers, amandiers, figuiers & grenadiers, entremêlés d'arbrisseaux de jasmin & autres fleurs odoriférantes. 

Palatium-REGIS-MAROC-1640

Gravure hollandaise d'Adrian Matham représentant la ville de Marrakech en 1640. On remarquera à gauche en "G" les vergers de l'Agdal; en "H" les synagogues dans la Juderie; en "I" La Montagne de l'Atlas; en "L" la porte des juifs; au centre le Palais, le Harem, la Koutoubia, les tombeaux des rois, ... 

"De ces deux jardins qui sont publics & communs, cette eau passe dans la belle maison du Roy, laquelle on appelle El Bedeh, où l'on dit (car je n'y suis pas entré) qu'elle fait quatre étangs, au bas desquels il y a quatre jardins, dont le haut des arbres vient à fleur & à l'un des étangs ; en sorte que les jardins sont en bas & les étangs en haut, & fort bien compassés, y ayant un jardin entre deux étangs, & un étang entre deux jardins. Les rois de Marroc donnent ordinairement leurs audiences sous le grand portail de cette maison ; & ainsi, c'est « aller à la Porte », aussi bien qu'à Constantinople. Mais quelquefois il y a eu des rois, lesquels, après avoir lait retirer les femmes dans un sérail, par le soin de la dame leur gouvernante, qui s'appelle ‘Larissa Ramena', ont donné audience dans leur maison à quelques ambassadeurs, mais bien rarement ; & ils ont donné cette audience dans une longue salle voutée, dont la voûte & les parois sont de fin or, à l'épaisseur d'un ducat, outre laquelle il y a encore tout plein de beaux corps de logis, à ce que nous contaient les eunuques, gardiens de cette maison, & les femmes juives qui y entraient pour porter des  provisions. 

Plan-MRK-median-1868

Joignant cette maison, il y en a encore une autre qu'on appelle le Michouar, où demeurent les ‘el-chef’ ou renégats qui accompagnent le Roi quand il sort.

Plan du Mellah et de son environnement par Beaumier.

Il y a aussi une autre maison qu'on appelle ‘Dar lachor’, c'est-à-dire: maison de la dîme; c'est une maison où les marchands chrétiens étaient obligés de faire porter toutes leurs marchandises arrivantes ; & puis 'l’Amin es Sultan', ou Trésorier du Roi, allait prendre le droit ‘el-hallal’, c'est-à-dire ce qui est licite, de dix ballots égaux un, & ainsi du reste. Il y a encore d'autres maisons jointes où demeurent les al-caïds, eunuques & autres officiers, & même un jardin commun, dans lequel il y a une fosse à lions ; & tout cela dans un grand enclos de murailles, lequel enclos on appelle ‘Al caseba ‘- c'est comme à Paris le Louvre. 

"Joignant cet enclos, il y a une grande mosquée longue de cent pas, & sur cette mosquée une tour carrée, de laquelle sort par haut une grosse tige de fer, dans laquelle sont passées trois pommes d'or, la première fort grosse, celle de dessus moindre, & celle de dessus encore moindre. Lesquelles pommes d'or, notamment la plus grosse, qui est celle de dessous, sont bossues de plusieurs coups de mousquet qu'on leur a tirés, & même en plusieurs endroits percées à jour ; car elles ne sont pas massives, mais seulement de l'épaisseur du doigt. De quoi m'étant étonné & ayant demandé à de vieux Mores d'où venaient ces coups de mousquet, me firent réponse que c'était les soldats de Yacob el-Mansor (Moulay Abdallah bou ech-Cheikh), lorsqu'ils prirent la ville, qui les avaient ainsi canardées. Mais ayant répliqué : « D'où vient qu'ils ne les ont pas enlevées ? « O qu'ils n'avaient garde de le faire ! me repartit-on, car elles sont sacrées.»

"Au bout de cette mosquée, il y a une salle en forme de chapelle, qui est la sépulture des rois de Marroc, où les Chrétiens entraient librement accompagnés du concierge, où j'ai vu plusieurs monuments élevés de deux ou trois pieds seulement & cette salle est en voûte, & la voute et les parois concavées à la mosaïque, & ces fossés ou concavités dorées de fin or à l'épaisseur d'un ducat.

A cinq cents pas de ce lieu, il y a un grand enclos de hautes murailles, aussi grand que Magny, lequel enclos est la Juderie, les Juifs y étant en assez bon nombre, avec synagogue & bien logés, & cette Juderie n'a qu'une porte qui ferme le soir & ouvre le matin par le soin de celui qui en a la charge. À cinquante pas de la Juderie, il y a une grande maison, ou pour mieux dire, prison, qu'on appelle ‘Segena’ qui est la maison des pauvres captifs chrétiens, d'où on les sort le matin pour aller au travail, & où on les renferme le soir. 

A mille pas delà, il y a un grand enclos de maisons, qu'on appelle la Douane ; c'est la demeure des marchands chrétiens, en laquelle chaque nation avait son appartement, quand il y en avait, & celte maison était aussi sujette à être fermée le soir & ouverte le matin par le soin du portier commis pour cette tâche.

Proche de là, est un grand enclos où est la prison des Mores ; & proche de là, plusieurs petites prisons où on mettait les marchands chrétiens & juifs, quand ils l'avaient mérité. 

Dans toute cette grande ville, il n'y a pourtant que deux juges, 

Les Mores sont fort jaloux, ne s'imaginant pas qu'il puisse y avoir une femme de bien, à cause de quoi ils ne vont point dans les maisons les uns des autres que le maître de la maison n'y soit et qu'il n'aie fait retirer ses femmes. 

Nous avons laissé les eaux des montagnes dans la maison du Roi appelée ‘Bedih’ ; de là ces eaux viennent arroser & fournir la ville en plusieurs endroits, puis sortent entre les deux portes appelées el Khemis & Doukalla, là où elles se rejoignent & font une rivière, mais guéable, qui s'en va du côté d'occident chercher la mer entre Mogador & Safi ; et cette rivière-là s'appelle Tensift. 

Moulay Zidane arbitre entre Catholiques et Protestants

Savine-Moghreb-image

" Avant que nous sortions de Marroc, il n'y a pas de mal de faire récit de quelques actions de Moulay Zidane, qui en était roi lorsque j'étais en ce pays-là. 

Il y eut un jour de dimanche grande querelle dans la ‘Segena’ entre les esclaves français, parmi lesquels il y avait nombre de Provençaux et quelques Rochelais. Les uns faisaient leurs dévotions en un bout de la ‘Segena’, où ils avaient une chapelle, & même quelques prêtres aussi esclaves qui disaient, la messe ; &  les autres étaient à l'autre bout à faire leurs dévotions dans leurs chambrettes. Gravure tirée du livre d'Albert SAVINE et figurant les coups de batons sur les fesses.
Les Provençaux mutins étant venus troubler les Rochelais chauds & bouillants, ils se gourmèrent si bien, que l'al-caïd de la ‘Segena’ se trouva obligé d'en avertir Moulay Zidane, qui commanda qu'on lui amena deux de chaque côté, ce qui fut fait ; & aussitôt les marchands français y coururent, pour intercéder chacun pour son parti.

Mais après que le Roi eut entendu les parties, & qu'ils s’étaient querellés sur le fait de la religion, il leur fit bailler à chacun cinq cens coups de baston sur les fesses, et leur fit défense de se plus quereller, sur peine de la vie, voulant que chacun exerça sa religion, puisqu'il en donnait la permission. 

Note: Les Provençaux catholiques en nombre vont chercher les Rochelais protestants moins nombreux et les trouvent. Il ne semble pas que les prêtres catholiques soient intervenus pour apaiser le climat de la prison. On constate qu'il y avait des marchands catholiques et des marchands protestants à Marrakech du temps de Louis XIII qui défendent les prisonniers de leur confession. Thomas Le Gendre note que  le Sultan déjà à cette époque voulait que chacun exerça sa religion.

Thomas Le Gendre, parle de l'Islam à Marroc où dans leurs prières les musulmans invoquent plusieurs saints.

" Reste à dire quelque chose de la religion des Mores, & de leur méthode en leurs prières. Ils sont, comme chacun sait, mahométans, mais ils ont pour le moins une douzaine de saints qu'ils invoquent, à la tête desquels ils mettent Mohamet ; ainsi appellent-ils leur Prophète, & non Mahomet. 

Quand ils veulent faire leur ‘sala’, ou leurs prières, ils se lavent les pieds & les jambes jusques aux genoux, & les mains & les bras jusques aux coudes ; & puis il s'assoient à terre la face vers le soleil levant, un chapelet à la main ; après quoi ils invoquent leur Sidi Mohamet, en le priant de prier pour eux ; puis Sidi Bellabech (Sidi Bel Abbès), qu'ils disent être Saint Augustin & ainsi plusieurs autres ; & à chacun, ils se jettent contre terre, touchant la terre de leur front autant de fois qu'ils invoquent de saints, & durant le tour du chapelet. Ils mêlent même parmi leurs saints Notre Seigneur, sous le nom de Sidna Aissa , qu'ils avouent être un grand saint; & quand nous leur demandions de qui il était né, ils nous répondaient: « de Lalla Mariem, de la Vierge Marie » ; & quand nous leur demandions encore comment il avait été conçu au ventre de la Vierge, ils nous répondaient : « du souffle de Dieu » ; à quoi leur répliquant que, par le souffle de Dieu, il fallait entendre l'Esprit de Dieu, & que, par conséquent, Nôtre Seigneur étant né de la Vierge & conçu par le Saint Esprit, il était constant que Nôtre Seigneur était, avec le Père & le Saint Esprit, Dieu & un seul Dieu bénit éternellement ; mais c'est ce qu'ils ne pouvaient & ne voulaient comprendre, & nous rebutaient avec injures..."

Bibliothèque de France. — Imprimés, 03j 2. — Lettre escrite— par Monsieur **** (Thomas Le Gendre) Editée à Paris, par Gervais Clouzier, M.DC.LXX.  

Ces témoignages et cette gravure hollandaise d'Adrian Matham nous apprennent le Marrakech du début du XVIIe siècle, complétement contenu à l'intérieur des remparts de la Médina et ne comprenant pas encore le Guéliz et l'Hivernage. Chacun peut ajouter des commentaires.

29 mai 2021

ILS NOUS QUITTENT

Dominique MARSILIO, Roland ORY gendre du Colonel PATIN et Dolores veuve d'André BESSON moniteur de ski à l'Oukaïmeden.

Ce vendredi 28 mai est décédée à Marrakech Dolores Guillem Gamboa veuve d'André Besson et maman de Geneviève, Alexandre, Patrick et Nicole BESSON; elle avait 93 ans.

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Geneviève nous apprend que l'enterrement aura lieu au cimetière européen de Marrakech , dans l'après midi du lundi 31 Mai à 16H30. La cérémonie comprenra plusieurs textes dont un en langue berbère.

En raison du Covid et des restrictions de communications entre pays, il n'a pas été possible de la rapatrier en Espagne où Dolores vivait habituellement.
 
Photo d'André et Dolores prise en été à l'Oukaïmeden
Postérieurement,  quand les transports entre pays vont se normaliser il est prévu de rapatrier le corps à Annecy en Haute Savoie où repose André Besson.   
Les Marrakchis qui ont connu André Besson et sa famille à Marrakech, à l'école de la Palmeraie et à l'Oukaïmeden seront présents par la pensée dans le cimetière européen de la rue Erraouda au Guéliz où tant d'autres anciens marrakchis reposent. Notre sympathie va à toute la famille et à ses amis.

Nous apprenons le décès de la Marrakchia Dominique MARSILIO, à l'âge de 66 ans. 

DOM-Marsilio

Elle demeurait à Anglet dans les Pyrénées Atlantiques et elle est décédée à Bayonne le 3 mars dernier.

Elle est née à Marrakech le 2 mai 1954. Elle était la fille de Jean et Yvette Marsilio. Jean (dit Jeannot) était cofondateur de l'association des anciens de Marrakech aux côtés de Robert Lucké. Yvette était de la famille Bennot à Marrakech. Jeannot nous avait quitté en juillet 2016 et Yvette six mois plus tard. Dominique avait été élue conseillère municipale de la commune du Pontet à côté d'Avignon en mars 2020.

Les marrakchis présentent leurs condoléances à ses proches et à ses amis de l'armée où elle fit sa carrière. Plusieurs se souviendront de sa participation aux Moussems d'Avignon.

Décès du pilote Roland ORY, promo 60C

Nous apprenons par ses fils Gilles et Patrick le décès de Roland ORY qui après 18000 heures de vol a pris son dernier envol le 27 avril 2021 à l'âge de 83 ans. Ses obsèques ont eu lieu le mercredi 5 mai en l'église paroissiale Saint-Clément de Cornebarrieu (Haute-Garonne), commune proche du centre aréronautique de Toulouse-Blagnac.

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Roland ORY fut élève-pilote à Marrakech dans la promo 60C à l'époque où la BE 707 sous les ordres du colonel Patin devenait la 1re BERP du capitaine Aguizoul. C'est à Marrakech qu'il a connu Françoise Patin.

Roland ORY s'est distingué dans des films avec des prises de vues depuis les hélicoptères qu'il pilotait. Ses amis en trouveront des illustrations sur le site :  la chasse aux trésors 

Nos condoléances vont à Françoise son épouse,  leurs fils Patrick et Gilles ainsi qu'à toute la famille, proches et amis de la promo 60C.


25 mai 2021

HISTOIRE DES PREMIÈRES SALLES DE CINÉMA DE MARRAKECH

Alors que les cinémas sont fermés en raison du COVID 19 et que beaucoup attendent leurs réouvertures, Mangin@Marrakech vous propose un voyage virtuel dans les salles où beaucoup de Marrakchis ont encore des souvenirs.

LA PREMIÈRE SALLE À MARRAKECH : L'EDEN-CINÉMA

EDEN-CINEMA-Pub-de-juin-1913

Dans le premier guide commercial et administratif de Marrakech publié en juin 1913, un seul cinéma est mentionné, le premier à Marrakech. Son propriétaire est M. LEUTHARDT. Il ne s'agit pas d'un débutant, mais d'un organisateur de spectacles expérimenté venu d'Alger, comme quelques autres Algérois, convaincus que le Protectorat au Maroc offrait un nouvel avenir à la ville de Marrakech. La doctoresse Françoise Legey qui fit beaucoup pour les marrakchias et la mise au monde de leurs bébés en créant à Marrakech la première maternité du Maroc pour les marocaines venait aussi d'Alger à la demande du maréchal Lyautey. A côté de ce premier cinéma une brasserie: la Brasserie des Jardins. 

marrakech Cinéma EDEN dec2008

LEUTHARDT était directeur à Alger de l'Alhambra-cinéma; il songe à le moderniser mais retarde ce projet pour lancer l'Eden-cinéma à Marrakech où il le fait construire dès la fin de l'année 1912 dans le quartier de Riad Zitoun Jdid. 

Il ne se sépare pas pour autant de ses projets algérois. Le 26 septembre 1915 il organise la dernière séance à l'Alhambra avec le film "La dame de Montsoreau". Sa nouvelle salle de cinéma est Le Kursaal sur "L'esplanade Bab el Oued" où il convie les cinéphiles d'Alger dès le mois de septembre 1915.

En mars 1919, après la guerre, l'EDEN-CINÉMA est toujours le seul cinéma de Marrakech, puisque Georges Aimel, cadre aux services municipaux, dans un article sur la création du Guéliz sous la direction d'Albert Landais et sur les équipements de Marrakech-Médina ne dénombre qu'un seul café-concert et un seul cinéma. L'Eden-cinéma arrête son activité en janvier 2009. Avec 95 ans de bons et loyaux services il cesse ses projections. Il aura presque vécu 100 ans, loin derrière son homonyme de La Ciotat, la première salle ouverte au monde et restée ouverte encore en 2021.

LE CINÉ-PALACE EST LA DEUXIÈME SALLE DE MARRAKECH. IL EST LANCÉ EN 1926 AVANT L'OUVERTURE DE LA LIGNE DE CHEMIN DE FER CASA - MARRAKECH. Il est situé au Guéliz, avenue des Ouled Delim / avenue Barthou (faisant angle avec rue de Yougoslavie).

Marrakech prend un nouveau développement grâce aux promesses du ferroviaire. La guerre de 1914-1918 avait amputé Marrakech d'une partie de ses entrepreneurs et de sa population, qui pour certains avaient été mobilisés et pour d'autres furent contraints de fermer par absence de clientèle.

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Cinema-Palace, théâtre, photo coll. Friggeri

Les créateurs du Ciné-Palace et de la brasserie du Ciné-Palace sont M et Mme ESCHARAVIL. Ils mettent un point d'honneur à équiper leur salle des derniers perfectionnement en son, en luminosité de l'écran, en confort des sièges, etc..

LA TROISIEME SALLE EST L'IDÉAL-CINÉMA, PRÉSENT EN 1928, MAIS QUI CHANGERA DE NOM POUR RÉGENT-CINÉMA. La famille SALORT, originaire aussi d'Algérie avait investi et fait construire un vaste ensemble immobilier situé avenue du Guéliz, qui deviendra plus tard l'avenue Mangin, puis Mohammed V. 

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La famille SALORT était donc propriétaire de l'Idéal-Cinéma.  Le café SALORT se trouvait dans le même ensemble immobilier. Mais gérer un cinéma n'était pas le métier de la famille, ils préférèrent louer la salle à un professionnel, lequel changea le nom de l'enseigne en Régent-Cinéma.

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Ce sont les Ets SEIBERRAS de Casablanca qui gèrent la programmation et l'exploitation de  l'Eden-Cinéma et du Régent-Cinéma qui est lui même affilié au groupe Pathé-Cinéma. Sur place M. Sentenac directeur des Ets SEIBERRAS à Marrakech en assure la direction depuis 1927. Artur Tosi lui succéde en 1934.

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LE PACHA-CINÉMA OUVRIT LA QUATRIÈME SALLE DE MARRAKECH. Le PACHA était situé rue Bab-Doukkala. Mais ce fut un cinéma éphémère, dont on n'entend plus parler après 1930.

Ainsi Marrakech avait deux salles en médina et deux salles au Guéliz, comme l'annuaire de l'Automobile et du Tourisme au Maroc le présente: curieusement le Ciné-Palace est le seul à ne pas avoir le téléphone.

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En 1934, à côté du cinéma Palace on trouve le Restaurant Garret, mais il change de nom en Brasserie de l'Atlantide. En médina on n'entend plus parler du Pacha-Cinéma, mais apparait une nouvelle enseigne...

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LE REX-CINÉMA OUVRE LE 8 AOUT 1934 - - Direction M. LA ROCCA - La salle est située rue de l'Arsat el Maach, elle est conçue par l'architecte Haberlach. Elle est moitié couverte, moitié à ciel ouvert. C'est la 3e salle créée en Médina après l'Eden et le Pacha. Le premier film projetté sur l'écran est 'La naissance du Monde'. La presse présente les programmes de ses séances en deux parties, d'abord les comiques, puis le long métrage: 'les Trois Mousquetaires'.  Mais le décés de la fille de 2 ans du directeur La Rocca semble avoir provoqué indirectement la fermeture du REX en 1936.

Dès 1934 des modifications importantes deviennent nécessaires pour les deux cinémas du Guéliz. En avril 1934 c'est le Régent-cinéma qui à l'occasion de la Foire annuelle se distingue en changeant la totalité de ses sièges. C'est ce que rapporte la presse: "En quelques jours seulement, réalisant un record, la direction a fait procéder à l'emménagement de nouveaux fauteuils, rembourrés, élégants, infiniement plus confortables que les sièges accoutumés" Les sièges antérieurs étaient des plaques de bois basculantes.  La direction de l'EDEN et du RÉGENT est en charge d'Artur TOSI depuis 1934.  Il gére la programmation, la publicité des spectacles, la billeterie et la gestion du personnel des deux salles. Mais c'est la famille MAHEU de Marrakech qui a achété le fonds de commerce de ces deux cinémas. Elle est aussi propriétaire du Café Glacier de la Place Jemaa El Fna.

La famille TOSI est déja bien implantée à Casablanca où Ugo TOSI est reconnu comme un excellent professionnel du cinéma. C'est son jeune frère qui prend la direction des deux cinémas dont M. MAHEU est propriétaire du fonds.

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La salle du Cinema-Palace adaptée au théâtre.

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LE CINÉMA LUX:  Après avoir rénové complétement la salle du Cinéma Palace en l'équipant d'une scène de théâtre et de meilleurs équipements en son et en luminosité de l'écran, la famille ESCHARAVIL crée en 1938 le Cinéma LUX.  Il est situé à côté du Palace sur le terrain laissé libre après la destruction de la Brasserie de l'Atlantide. Le LUX est un cinéma à l'extérieur dans un environnement arboré, mais la publicité préfère indiquer le "Palace plein air". Avec cette transformation du Cinéma Palace en théâtre et la création du LUX, la famille ESCHARAVIL prend l"avantage sur la famille TOSI. Mais la famille TOSI va réagir moins de trois ans plus tard.

LE CINÉMA LE PARIS: En mars 1941 Henri MAHEU vend les fonds de commerce de l'Eden et du Régent à la famille TOSI qui crée en plus LE PARIS, cinéma de plein air situé avenue Landais  pour concurrencer le LUX (voir publicités dans la presse locale).

Il s'en suit qu'en octobre de la même année le CINÉMA LUX est modifié par le cabinet d'architectes Mrèches et Bellanger, les mêmes architectes qui ont réalisé le Casino de l'Hivernage. Plus tard en 1947, M. Pierre FRIGGERI, apparenté à la famille ESCHARAVIL devient directeur des cinémas PALACE et LUX. 

Cette course pour la meilleure salle entre les deux familles TOSI et ESCHARAVIL va tenter un troisième concurrent: Elias BENHAMOU va se mettre sur les rangs.

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Le ROXY apparait au Guéliz, rue Alexandre 1er de Yougoslavie en juillet 1949 il est qualifié de "cinéma le plus moderne et le plus riant de Marrakech". Deux entreprises ont été mises à contribution: la société Hernandez qui n'a pris qu'un mois pour la construction et l'amé-nagement et la société Timsit qui en 4 jours a réalisé l'installation électrique.  Son propriétaire Elias BENHAMOU a fait équiper le ROXY du tout dernier modèle de la "Western Électric" système Westrex, et la sonorisation par le Groupe Cyciex, lanternes de projection américaines. 900 spectateurs prévus.

Cinema-Mabrouka-2021 Le Mabrouka en 2021

Elias BENHAMOU a de grandes ambitions puisqu'il prévoit également la construction d'un cinéma en Médina: le MABROUKA.

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 La presse annonce dans une publicité rédactionnelle: "Mille deux cents places confortables, de vastes dégagements, des éclairages indirects au néon, un plafond à eclipse, un sol à double pente qui permet une vue totale pour les spectateurs du parterre, et un acoustique encore inégalé à Marrakech. La salle de tonalité cerise et blanc (les murs étant recouverts sur toute leur hauteur de plaques d'amiantes) pourra être utilisée comme théâtre ou salle de conférences". Le MABROUKA ouvre en avril 1950 à proximité de la rue Bab Agnaou, aujourd'hui passage du prince Moulay Rachid. 

Cependant le 27 aout 1954 l'immeuble en construction à côté du ROXY s'effondre: c'est un drame, 9 ouvriers décédés et des blessés. Le premier témoin qui a prévenu les pompiers avait pris des photos. Il a écrit un article pour les anciens de  Marrakech. Cliquer pour lire le récit de Maurice Calas.

LES NOUVEAUX CINÉMAS DE MARRAKECH CRÉÉS À LA FIN DU PROTECTORAT

Dans l'annuaire de 1956 apparaissent les dernières ouvertures de salles en Médina et au Guéliz:

En médina:

- Cinéma ATLAS, rue du Dr Linares, rue Bani-Marine

- Cinéma MARHABA à Bab Taghzout

De même au Guéliz:

- LE COLISÉE est créé en 1953, avenue Landais, Bd Zerktouni par les frères TANUDJI. L'architecte Georges Peynet le fit bénéficier des perfectionnements les plus récents.

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Le Colisée sera racheté en 1972 par Saïd Layadi: quelques mois plus tard M. Friggeri vend le Ciné-Palace, dont l'activité sera prolongée jusqu'en 1984. 

De tous ces cinémas restent aujourd'hui le Mabrouka et le Colisée. Mais nos souvenirs et ceux de nos anciens comprennent tous les autres .  Peutêtre que cet article vous fera vous souvenir des bons moments passés au ciné en couple ou en groupe de copains ou copines.. peutêtre auriez-vous conservé des photos  ou documents concernant ces cinémas que vous aimeriez partager sur le blog ?

De même si vous avez des souvenirs des cinémas ouverts dans les années 60 ou 70 qui ne figurent pas sur cette liste vous pouvez les ajouter aussi dans les commentaires.  

05 mai 2021

LE PREMIER ÉVÊQUE DE MARRAKECH, UN CLANDESTIN SANS PAPIERS...

D'AUCUNS CROYAIENT QUE LE PREMIER ÉVÈQUE DE MAROC (établi à Marrakech) ÉTAIT FRANCISCAIN ET AVAIT ÉTÉ NOMMÉ EN 1246, UN DOCUMENT DÉCOUVERT PAR UN RÉVÉREND-PÈRE DOMINICAIN ATTESTE QU'IL Y AVAIT EN 1115 UN ÉVÈQUE À MARRAKECH, DONC AVANT LA CRÉATION DES FRANCISCAINS ( février 1209).

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Notre cher ami Joseph DADIA dont l'érudition sur la Ville rouge est immense, nous révèle un livre/opuscule de 39 pages du Révérend Père THERY, dominicain, spécialiste de l'histoire et des philosophies du Moyen Age dont le contenu nous interpelle. Joseph DADIA, qui doit être l'un des rares marrakchi à disposer de ce livre, sinon le seul, a bien voulu rédiger un nouvel article pour le blog Mangin@Marrakech. Nous l'en remercions très chaleureusement, nous faisant les interprètes de tous les amoureux de Marrakech et de son histoire.

Un  évêque  à Marrakech - Circa 1115

Il s’agit du premier évêque captif de Marrakech, texte écrit  par le R.P. Théry, O.P., 39 pages, s.d.

Cet évêque habitait dans la Médina de Marrakech ver 1115. Il vivait caché et il n’osait pas déclarer sa personnalité.

Mon souhait est de faire connaître des  événements peu connus de Marrakech.

Les faits : Marrakech date de 1062, « une ville ruisselante de beauté, » qu’alimente le Tensift. En ce temps-là, Aghmat était, avec Nafis,  une grosse agglomération située à quarante  kilomètres au sud-est de Marrakech. Il y avait à Aghmat une importante communauté juive, dont je parlerai dans un autre texte. Les Almoravides arrivent à Aghmat en 1057. Ce sont les Juifs d’Aghmat qui conseillèrent aux Almoravides d'acheter un terrain appartenant à une vieille dame. 

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Pour d’autres, le terrain appartenait à un esclave noir, du nom de Marrakech. C’est sur ce terrain que sera édifiée la première cité de Marrakech.  Les derniers vestiges d'Aghmat: un hammam.

Revenant à l’homme qui se cachait. C’est l’objet de cette très courte monographie. Il affirme être musulman quand il est apostrophé. En réalité, c’est un chrétien, un prêtre, un évêque.

Une enquête est ordonnée et un procès-verbal est établi par le cadi de Marrakech. Ce chrétien avait embrassé l’Islam et, publiquement, il se montrait musulman. Puis on apprit qu’il  était resté chrétien.

« On perquisitionna dans sa maison et l’on y trouva  une chambre ressemblant  à une chapelle, dans laquelle était une alcôve cintrée tournée vers l’orient et plus étroite que le reste de la pièce, avec une lampe à huile suspendue et divers objets sur lesquels étaient des restes de cierges fondus. On y trouva une croix. »

  Le cadi s’appelait Aboû Imram Moûsa ibn Hammâd as-Sanhâdji, jurisconsulte malékite.

  Ce chrétien de Marrakech  était un ancien captif amené d’Espagne, et il parlait arabe.

  L’évêque a été déporté en Espagne aux environs de 1115.  

  Ce qui concerne cet évêque est  passé totalement inaperçu même chez les historiens anciens.

  L’essentiel est là. Cet évènement fait partie de notre Histoire de Marrakech.

 Fait à Kervenic-en-Pluvigner, le 19 avril 2021.

 Joseph DADIA

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Souhaitons que cette information qui repose sur le procés-verbal du cadi Aboû Imran Mûsa ibn Hammâd as-Sanhâdji, jurisconsulte malékite, soit étudiée de manière plus approfondie par des historiens d'Espagne, de Marrakech et du Vatican qui pourront nous dire à partir d'autres documents le nom et l'histoire personnelle de cet évêque de Marrakech de la fin du XIIe siècle.

Portrait du RP Thery O.P. qui aurait publié cette histoire en 1925.

Par une autre source nous savons que Aboû ‘Imràn Mûsâ ibn Hammàd As-Sanhâdji, jurisconsulte malékite, était originaire d’Al-‘Oudwa de Ceuta. Il fut câdî de Grenade, puis de Marrakech, où il mourut alors qu'il était toujours en fonction à la date de Dhoâ l. Qa’-da 535 (= 8 juin 8 juillet 1141). Cf. Ibn Bashkouâl, Kitâb as-sila, éd. F. Codera, p. 554, notice 1228. 

Nous connaissons d'après l'histoire ecclésiastique plusieurs noms de religieux, prêtres et évêques chrétiens au Maroc:

- Au milieu du IXe siècle, le géographe Arabe El-Bekri nous apprend que Tlemcen possédait des églises fréquentées par des chrétiens. Ce qui laisse à penser que Tlemcen n'était pas le seul lieu du nord de l'Afrique où se trouvaient des églises. Cependant les autorités musulmanes les persécutèrent et les firent disparaitre. Ces autorités musulmanes repoussèrent aussi dans les montagnes ceux qui pratiquaient l'ancienne religion berbère et ceux qui adhéraient à la religion juive. Les berbères ont été contraints à l'Islam, mais ont gardé certaines pratiques de leur religion ancestrale qui subsistent encore aujourd'hui. Les juifs dont les activités économiques intéressaient les autorités musulmanes furent protégés quoique méprisés, leur habitat fut séparé et ils purent conserver leur religion en restant regroupés.

- Les chrétiens étaient tués ou mis en prison; deux ordres religieux se créèrent en 1198 et en 1218 pour opérer le rachat des captifs chrétiens. Pour la plupart des marins, des pécheurs ou des voyageurs dont les bateaux s'étaient égarés en méditerrannée ou le long des côtes africaines à la suite de tempêtes. Les Trinitaires furent institués les premiers par Jean de MATHA et Felix de VALOIS. Ils rachetèrent en une seule année 186 captifs chrétiens; c'était la dernière année du règne de l'Emir YACOUB EL MANSOUR. L'orde de Notre Dame de la MERCY fut fondé par Pierre de NOLASQUE, aidé par Raymond de PENAFORT. Les négociations nécessitaient une présence de ces religieux dans la proximité des captifs d'une part, des autorités d'autre part. Ils habitaient au mellah dans le quartier juif. Ils échangaient les prisonniers chrétiens contre des rançons après des négociations qui pouvaient traîner en longueur. Ils risquaient leurs vies. Certains furent tués.

- L'ordre de SAINT-FRANÇOIS est créé en 1209. Les cinq Saints martyrs de Marrakech étaient prêtres franciscains. Ils s'appelaient Bérard, Pierre, Othon, Adjutus et Accurse. Ils sont morts décapités à Marrakech le 16 janvier 1220. Les huit cents ans de cet anniversaire furent célébrés l'année dernière à Marrakech très discrètement.

- Vers 1230 le Saint-Siège put se mettre en relation avec des communautés de chrétiens formées au Maroc depuis l'Espagne, tolérées et même protégées par les Emirs qui utilisaient les compétences de mercenaires chrétiens soit dans l'armée, soit dans la construction de palais, soit dans l'organisation de transports logistiques. Un évéché fut établi à Fez, puis à Marrakech pour ces petites communautés d'expatriés et les évêques s'y succédèrent sous les derniers Almohades et du temps des Mérinides, sans être totalement en sécurité. Plus tard en 1544 sous la dynastie des Chérifs Saadiens, les chrétiens furent systématiquement chassés et persécutés. Le dernier évêque de Marrakech, don SÉBASTIEN de OBREGON, s'était déja retiré à Séville à cette date.

- DOMINIQUE, frère prêcheur, dominicain, fut martyrisé le 16 septembre 1232

- AGNELLO, franciscain, évêque de Fez parait avoir succédé au frère prêcheur DOMINIQUE. Le 27 mai 1233 le Pape de Rome GRÉGOIRE IX le recommandait aux fidèles de cette contrée ainsi qu'à Thibault, comte de CHAMPAGNE. AGNELLO mourut vers 1246. 

- LOPE 1- également franciscain 

Les évêques de Marrakech reconnaissaient Séville comme métropole. Le Pape de Rome INNOCENT IV écrit aux princes Almohades et Hafsides, ainsi qu'aux rois et princes de Bougie et de Capsa afin de recommander les moines franciscains. Par une autre lettre "universis christianis in Africanis partibus constitutis" adressée aux chrétiens d'Afrique du nord, il notifiait que leur nouvel Évêque de Marrakech avait reçu l'héritage complet des pouvoirs spirituels exercés sur eux par ses prédécesseurs et les avertissait de lui obéir comme au père et pasteur de leurs âmes.

Les religieux Trinitaires anglais subissent le martyre à Marrakech; en 1255, Gilbert et Edouard sont exécutés. En 1263 Patrice et William périrent brûlés vifs, en 1326 Firmy et Sylvestre furnt pendus.  Mais grâce aux deux ordres religieux qui oeuvrent pour le rachat des captifs et aux donateurs européens qui les aident ce sont plusieurs milliers de captifs qui ont pu être libérés et rapatriés en Europe au cours des ans.

. LUPUS 2 - Le pape aurait changé son nom de Lupus (Loup) en Agnus (Agneau). Il serait mort à Saragosse en 1266.

Nous ne pouvons pas lister ici tous les religieux qui furent confirmés dans leurs fonctions par les papes de Rome. Contentons-nous de préciser qu'une bulle donnée en 1290 par le pape NICOLAS IV, reconnaît pour son légat, RODÉRIC, Évêque de MAROC (Marrakech). 

Il y eut aussi à partir de 1413 un évêque de Marrakech originaire de France nommé par le Saint-Siège, il s'appelait AYDOMAR d'ORLÉANS. En 1424 il était évêque à Ceuta.

Aujourd'hui Marrakech dépend de l'Archidiocèse de Rabat dont l'évêque est Monseigneur CRISTOBAL. A noter qu'un institut oecuménique créé par les catholiques et protestants du Maroc forme ses étudiants depuis 2012 à différents aspects de la théologie et en particulier à la connaissance de la culture et de l'Islam marocain. Il s'appelle Al Mowafaqa ("accord" en arabe) et le nombre de ses inscrits augmente chaque année: https://www.almowafaqa.com

Le Pape François a déclaré: "... Je considère comme un signe prophétique la création de l'Institut Œcuménique Al Mowafaqa, à Rabat en 2012, par une initiative catholique et protestante au Maroc, Institut qui veut contribuer à promouvoir l'œcuménisme ainsi que le dialogue avec la culture marocaine et avec l'Islam.

Cette louable initiative traduit le souci et la volonté des chrétiens vivant dans ce pays de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine."

29 avril 2021

ÉLÈVES DE SARAH ET ROGER BOST EN 1954

UN ANCIEN PROGRAMME DES AUDITIONS DE PIANO EN MAI 1954 NOUS PERMET D'ÉVOQUER LES ARTISTES EN HERBE QUE NOUS ÉTIONS OU QUE NOUS CONNAISSIONS ET DE FAIRE REVIVRE LA MÉMOIRE DE NOS BRILLANTS PROFESSEURS.

Roger-Bost-dromadaire Roger BOST n'était pas seulement un pianiste concertiste et un professeur de musique hors pair, il pratiquait aussi la montagne et le tennis. Ici il monte un dromadaire en 1954 à la kermesse protestante de l'Hivernage. Mme BOST jouait aussi au tennis club de Marrakech.

Nous devons le précieux programme des auditions de mai 1954, pieusement conservé dans leurs archives par Daniel et Catherine LERAIS. Nous les remercions pour ce retour dans nos souvenirs.

Roger-Bost-mai-1954Cliquer sur le programme pour avoir une meilleure image...

Ces auditions commençaient par les plus jeunes et les moins expérimentés, mais dont l'avenir était plein de promesses: Anne et Genevieve FASSERO, Hélène BONNIOT et Hélène LOTAN, Hilda LASRY, Georges NARDOU, Marie-Xavière JEAN, Raymond PERRENOUD, Christine AUBERSON, Louis BONNIOT, Françoise NARDOU, Marion WACHSMUTH, Robert ANTON, Madeleine MAILLARD, Michèle AUMEUNIER et Michel de MONDENARD. 

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 Cliquer sur le programme pour agrandir l'image

La deuxieme partie commençait par le Quatre mains des soeurs Maryse et Colette SIKSOU. Venaient ensuite les solos de Maryse SIKSOU, Irène TROUPOSKIADES, Bernadette CORIAT, Marguerite NOTO, Brigitte ACCARD, Hélène OBADIA, Michèle LACATON, George-Anne KERANGUEVEN, Nadine TREJANT, Jocelyne EMERY, Lucienne FELICIAN, Philippe DUCOUX, Nicolle SIFFRE, Josette JUAN, Viviane RBIBO, Simone PERRENOUD, Janine LÉVY, Françoise ACCART, Danièle ACCART, Michèle PERROS, Nicole ORIEZ, Annie MAHINC.

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 Cliquer sur le programme pour lire plus facilement.

La troisième partie s'ouvrait aussi par un quatre mains de Michelle GERMAUX et Alain du COLOMBIER et se poursuivait par les solos des virtuoses: Lida ARRAKELOFF, Gisèle OBADIA, Annie VIVIER, Reine MIMRAN, Suzanne BOYER, Alain du COLOMBIER, Monique ROUSSELET, Juliette CANTARD, Michelle GERMAUX, 

Pour le final un quatre mains de Marcelle HARROSCH et Éva MIMRAM, suivi de deux solos: du Debussy avec Marcelle HARROSCH et du Chopin avec Eva MIMRAM. Lucien BOUTRY mit énergiquement la touche finale avec du Saint-Saëns et du Bela Bartok.

Plusieurs programmes et photos des cours de M & Mme BOST ont déja été publiés sur ce blog: cliquer sur la date du 28 décembre 2008. N'oubliez pas de compléter par une ou plusieurs phrases de commentaires.

Nous y trouvons une photo avec ses élèves de 1928. Nous avons même repéré dans le Petit marocain du 17 avril 1938 quelques noms de ceux qui ont participé aux auditions de l'année. Cela intéressera peutêtre leurs petits enfants.

Les années précédentes les auditions avaient lieu dans la vieille salle de Dar Baroud. Pour la première fois en 1938 les auditions eurent lieu dans la toute nouvelle salle vitrée du Hartsi.  Le journaliste cite quelques noms:

"Cette année comme les autres , nous avons pu remarquer les réels progrès des élèves entendus l'an dernier, notamment les deux jeunes Pourtau, qui témoignent déjà à sept ans d'un véritable talent. (Le Docteur Pourtau était le médecin hygiéniste de la ville rouge). Citer tous les élèves est impossible, mais nous nous plaisons à relever les noms  de Lucette ENARD, Renée de VERDILLON, Maurice ABERT, Henri CORNET, Suzanne ARIN qui furent les principaux artisans du succès de cette charmante matinée. Mais tous les élèves sans exception ont largement mérité les applaudissements qui ne leur ont pas été ménagés.

Cette petite fête de famille a été brillament clôturée par l'éxécution d'une ballade de Chopin que M. BOST a joué avec sa maîtrise coutumière et nous sommes heureux de le féliciter pour le beau succès de son audition."

Roger BOST était aussi le secrétaire de l'Association des amis de la Musique à Marrakech. Le président en était Maître ARIN avocat et le trésorier le Lt PERDEREAU, chef de musique du 4e étranger. Lors de la saison 1936-37 il y avait au programme à Marrakech en février le pianiste et compositeur Francis POULENC; en avril Robert CASADESUS, mais aussi en novembre le violoniste Jean HUBEAU, et bien d'autres célébrités de la musique et du chant.

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26 mars 2021

MARRAKECH ET CHURCHILL SE VENDENT BIEN - LA VILLA TAYLOR

UNE BELLE VILLA CHARGÉE D'HISTOIRE NÉE DANS LA PALMERAIE PENDANT LES ANNÉES FOLLES...

L'actualité de la vente aux enchères d'oeuvres d'artistes a mis en lumière une toile de Winston Churchill premier ministre de Grande Bretagne peinte depuis la Villa Taylor et offerte au Président des Etats Unis Franklin Roosevelt en souvenir d'une rencontre de janvier 1943. La villa Taylor, jeunette, n'avait alors que 16 ans. La toile fut nommée: "Tower of the Koutoubia Mosque" et près de 80 ans plus tard les  récentes enchères atteignirent plus de 9 millions d'euros.

Churchill-Koutoubia-Bab-Doukkala-KabbadjAujourd'hui, il n'est plus possible de voir ce paysage, même depuis la terrasse de la Villa Taylor, car Bab Doukkala est radicalement transformée. Churchill découvrant les dispositions talentueuses en peinture du jeune Hassan el Glaoui, élève du Lycée Mangin, avait encouragé son père, le Pacha de Marrakech, à lui permettre d'en faire sa profession. 

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Plus tard Hassan el Glaoui, devenu l'un des artistes peintres les plus réputés du Maroc, peignit le même décor. 

LA VILLA TAYLOR RECÈLE SA PART DE MYSTÈRE. Elle appartient aujourd'hui au roi du Maroc et il n'est pas facile de la visiter. Certains, peu nombreux, y parviennent..

Quant elle fut construite, entre 1926 et 1927, sa tour berbère émergeait seule de la Palmeraie, mais elle avait d'autres atouts cachés...

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Villa Taylor, dans la Palmeraie, face à Bab Doukkala, avec un air de Kasbah berbère.

Robert POISSON, architecte DPLG, faisait partie du nouveau contingent d'architectes-décorateurs arrivés au Maroc et attirés par la politique urbaine du Maréchal Lyautey. Pour ce jeune architecte c'était l'occasion rêvée de combiner le style néo-mauresque à l'art déco en intégrant les techniques artistiques traditionnelles des artisans marocains. Il réalisa un grand nombre de villas et bâtiments publics à Marrakech, certains en association avec l'architecte Paul Sinoir. 

Villa-Taylor-Photo-76 La villa Taylor dans les jardins de la palmeraie.

Les premiers propriétaires: Moses (Moïse) TAYLOR et Edyth son épouse née BISCHOP choisissent de construire en dehors de la ville. Lui est né en 1871, elle en 1874; ils se marient à Newport(USA) en 1896, ils ont un peu plus de 50 ans lorsqu'ils décident de construire dans la Palmeraie de Marrakech. Ils connaissent déjà l'expérience de la construction d'une nouvelle maison. Après la guerre ils ont fait bâtir un trés beau manoir "The Glen" au milieu de leurs terres sur Rhode Island. Il ne fut terminé qu'en 1923.

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Ils auraient pu construire au coeur du Guéliz, ils préfèrent un grand terrain isolé avec vue sur Bab Doukkala, les remparts, la médina, la Koutoubia et l'Atlas. Ils sont immensément riches et ne reculent devant aucune dépense.

Photographie d'un patio de la villa, publiée dans la revue l'Atlas en 1928.

L'un de leurs fils, venu en France avec le contingent de l'Armée US a été blessé mortellement en mars 1918 sur le front des Ardennes. Ce décès va marquer profondément les Taylor qui soutiendront de nombreuses initiatives en faveur des victimes des guerres. Elle est présidente de la Croix Rouge de sa ville aux USA et a financé la construction d'un hôpital avec salles d'opérations où sont formés du personnel médical et des bénévoles.

Moses TAYLOR meurt de maladie en mai 1928. La Villa TAYLOR vient à peine d'être terminée. Les bâtisseurs marrakchis ont mis toute leur énergie et tout leur coeur à la réalisation de la villa sous la conduite de l'architecte Robert POISSON: Il s'agit de l'entrepreneur Jean BONAMY, du décorateur BÉNÉZECH, de l'ébéniste et menuisier Michel DINJEAN, du ferronier d'Art Émile GARCIA et du peintre Albert FILLOUCAT, tous d'excellents professionnels.

Plafond-Taylor-79 Le plafond du grand salon de la villa réalisé en bois de cèdre par des artisans marocains, à l'image des plafonds du Palais de La Bahia.

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Madame EDYTH est désormais seule, c'est une passionnée de voyages et notamment de croisières à la voile, c'est aussi une experte en agencement de jardins. C'est elle qui va décider des cyprès et plantes exotiques qui vont s'ajouter aux palmiers et oliviers du parc qui entoure la villa. Cependant elle ne vit qu'une période par an à Marrakech, celle où les fleurs sont les plus belles. Son jardinier lui apporte chaque matin des fleurs coupées pour qu'elle garnisse les vases de la villa à sa guise. Elle restera dix ans dans son veuvage avant de se remarier. Elle vivait alternativement dans son manoir de Rhode Island (USA) en été et à Marrakech à la belle saison.

A l'occasion de l'un de ses séjours à Marrakech, en décembre 1934, elle apprend que la ville veut ouvrir une nouvelle rue à travers la palmeraie. Elle est consultée par l'intermédiaire de M. BROUCAT son régisseur. Elle décide de faire généreusement don à la ville d'une parcelle de 1155 m2. Cette rue qui fut d'abord la rue A, devint ensuite la rue du COLONEL D'ORNANO et changea de nom pour IBN TOUMERT après l'Indépendance. La ville de Marrakech reconnaissante déclare par la plume de M. COUGET, chef des services municipaux: "A la place d'une piste poudreuse, la rue A qui aura 612 mètres de longueur sur une largeurs de 9m, et en bordure de laquelle se trouvera désormais la splendide Villa Taylor, desservira, après l'aménagement des voies urbaines, des quartiers où l'on  n'attend précisément que la réalisation des voies pour édifier de gracieuses villas... Elle comportera en outre un égout de 510 mètres de longueur.".

Monsieur BROUCA est le régisseur de la VILLA TAYLOR, il gère les biens de la Lady, notamment pendant son absence. Il partageait les valeurs de Madame Edyth en donnant à différentes oeuvres bien connues des marrakchis: l'Orphelinat indigène, l'Aide scolaire Israélite, l'Oeuvre des enfants à la Montagne (Sidi-Farès), l'Union des familles nombreuses françaises, le dispensaire anti-tuberculeux,  la Caisse des chômeurs, la Société musulmane de bienfaisance, la Caisse des Écoles. l'Oeuvre de la Goutte de Lait,... Au printemps 1937 il marie Mlle Brouca sa soeur à Monsieur Saint-Martin, un commerçant de Casablanca.

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Edyth TAYLOR songe à se remarier. Chacun de ses quatre enfants a fait sa vie. Elle voyage sur son Yacht qui nécessite 50 hommes d'équipage. Il porte sur sa poupe le prénom de Iolanda.  En mars 1937 la presse locale de Casablanca signale la présence de son bateau dans le port. Elle a rejoint sa villa à Marrakech. Elle venait d'effectuer une croisière aux Indes. Plus tard en avril elle repart de Casa pour le port de South-ampton. 

Le magnifique yacht de plaisance "YOLANDA" appartenant à la richissime Américaine Mme Taylor, et qui ne compte pas moins de 50 hommes d'équipage est arrivé dimanche dans notre port venant des Indes. En bas : le torpilleur de la marine nationale "L'Adroit".

Remariage: Madame TAYLOR-NICHOLSON. En mai 1938 Madame Edyth devient Madame Guthrie NICHOLSON. Son mari est PDG de plusieurs sociétés de chemins de fer en Alabama, comme "The Deep River Black Creck Company". Il est né en Angleterre et a étudié à Oxford. Le mariage a lieu en Alabama le 15 mai 1938; au début de leur mariage ils s'établissent à Santa-Barbara en Californie. La guerre étant déclarée en Europe Madame TAYLOR-NICHOLSON offre son yacht à l'armée Britannique pour le transport de vivres, de pansements et de médicaments. 

Eisenhower-Villa-Taylor-1942

LA VILLA TAYLOR DANS LA GUERRE: Lors de l'opération TORCH (débarquement des Alliés au Maroc et en Algérie) les 8-9 novembre 1942 plusieurs maisons et établissements de Marrakech sont réquisitionnés par les Alliés. Le Casino de Marrakech devient le quartier général du commandement US au Sud du Maroc et la Villa Taylor est réservée aux hôtes de marque, notamment de Winston Churchill, mais aussi du Président Roosevelt et des généraux de passage.

La population de Marrakech avait été préparée; des tracts tombés du ciel depuis un avion avaient été lancés au dessus de la ville. Les marrakchis découvraient le visage rond du général Eisenhover qui se faisait le messager du Président des Etats Unis. Chacun peut relire la teneur de ce message: Aucune nation n'est plus intimement liée, tant par l'histoire que par l'amitié profonde, au peuple de France et à ses amis que ne le sont les Etats Unis d'Amérique. Les Américains luttent actuellement , non seulement pour assurer leur avenir, mais pour restituer les libertés et les principes démocratiques de tous ceux qui ont vécu sous le drapeau tricolore. Nous venons chez vous pour vous libérer des conquérants qui ne désirent que vous priver à tout jamais de vos droits souverains, de votre droit à la liberté de culte, de votre droit de mener votre train de vie en paix. Nous venons chez vous uniquement pour anéantir vos ennemis, nous ne voulons pas vous faire de mal. Nous venons chez vous en vous assurant que nous partirons dès que la menace de l'Allemagne et de l'Italie aura été dissipée....

A Marrakech seul le terrain d'aviation fut touché par les bombardiers US; les avions de la base 707 avaient été préalablement déplacés et cachés à Sidi Zouine par précaution. Les plus anciens marrakchis se souviennent encore aujourd'hui du bruit intense occasionné par ces bombardements. L'opération TORCH dont le nom est inspiré du flambeau de la statue de "la Liberté éclairant le Monde"  offerte aux USA par la France, permit aux Alliés de s'assurer du contrôle de l'Afrique du Nord contre l'Allemagne nazie.

La villa Taylor réquisitionnée en novembre 1942 pour les personnalités politiques ou militaires haut placées fut occupées début janvier 1943 par Winston CHURCHILL qui se préparait à la conférence d'Anfa organisée par les Britanniques et les Américains à Casablanca. Churchill était déja venu à Marrakech en 1935 et avait logé à La Mamounia. La conférence d'Anfa à Casablanca avait pour but de définir la future stratégie des Alliés, mais aussi de réconcilier les généraux Giraud et de Gaulle (Roosevelt préférait Giraud et Churchill pensait plutôt à De Gaulle). La conférence d'Anfa eut lieu du 13 au 24 janvier 1943. C'est à la fin de la conférence que Churchill eut l'idée  de faire connaître au Président Roosevelt l'émotion visuelle des couleurs du coucher de soleil marrakchi sur l'Atlas enneigé. Il existe une photo de presse où les deux hommes politiques sont devant le balcon de la tour. Tous les deux passèrent la nuit du 23 au 24 janvier 1943 à la villa Taylor. Quelle était la position de leurs étoiles ce soir là ?

Fin juin 1943, le Général GIRAUD, coprésident avec DE GAULLE du Comité français de Libération nationale loge à la Villa Taylor avant de s'envoler vers les Etats Unis invité par le Président Roosevelt. Il sera reçu à Marrakech avant son départ en avion par le général Le Diberder, commandant la Région de Marrakech par intérim.

Le général Robert Astier de Villatte gouvernait la région de Marrakech en septembre 1943. Il a raconté dans ses mémoires les mesures qu'il a été obligé de prendre pour garantir le secret de l'arrivée de Churchill à la Villa Taylor où il était venu se reposer en décembre 1943 après la Conférence de Téhéran, première conférence des Alliés à laquelle participait STALINE.

Avenue-Mangin-De-Gaulle-Churchill-1944

Il raconte aussi les repas à la Villa Taylor auxquels assistait Lady Churchill. Il décrit la visite du général de Gaulle à Churchill, suivie du chaud accueil des marrakchis les 12-13 janvier 1944 sur l'Avenue Mangin.

Ci-contre : Churchill et de Gaulle ensemble, assistant au défilé des troupes sur l'Avenue Mangin (image de l'INA).

C'est l'occasion de présenter une petite histoire d'un élève de 6e au Lycée Mangin qui allait voir sa maman et son petit frère nouveau-né à la clinique:

         Le 16 novembre 1944 était un jeudi. (...) Je m’étais arrangé pour aller voir à la clinique à quoi ressemblait mon petit frère avant de me retrouver en classe à 8 heures. Le plus plausible est que je rentrais le jeudi à 9 heures (je doublais ma 6e sur les conseils de Mme Queneau, mon cher professeur de français qui avait conseillé à ma mère de profiter de ce redoublement pour me faire faire du latin). Ce qui est sûr, c’est que je suis allé à pied à la clinique où ma mère avait accouché : la clinique de Mme Bruner. Le nom m’est resté. Il me semble que j’étais en short ce matin-là, qu’il faisait fort beau, fort clair, un temps léger avec un doux soleil. Je me revois marchant d’un bon pas, sans doute en me chantant pour moi-même (pour ma tête, comme on dit au Maroc) quelque air d’opéra italien. Mais je ne savais qu’en gros où se trouvait la clinique de Mme Bruner : une rue qui prenait derrière la Place du 16 septembre et aboutissait  dans le prolongement de l’avenue Landais, face à un no man’s land  où la nature reprenait ses droits – le dernier sursaut de  la palmeraie, la pauvre, qu’est-ce qu’on lui a fait ! – entre la villa de la comtesse Olivieri et la Prison. J’ai longé de grands murs, hauts, à l’ombre desquels il faisait un peu frais. Des murs moussus, comme je les aime. Il y a eu un portail  à deux battants, en fer forgé,  comme la grille d’un château, entrouvert. J’ai pensé que c’était là la clinique de Mme Bruner et je suis entré. Un parc. Une allée. Mes pas alertes faisaient crisser le gravier.

Villa-Robert-POISSON

Il devait y avoir une haie de romarin et des fleurs. Au bout de l’allée un manoir à la façade distinguée frappée par le soleil, en fait une grande maison à un seul étage, qu’on ne voyait pas de la rue. Un perron. Au balcon du premier, juste au dessus du perron, il y avait un homme, grand de taille, plus très jeune, au teint rose, en chemise de nuit blanche – à moins que ce ne fût une fouqiya marocaine, mais je ne le crois pas – avec un chapeau à larges bords sur la tête. Avait-il un cigare entre les doigts ? Non, mais un pinceau ; il faisait de la peinture debout devant un chevalet sur son balcon. J’avais entendu parler de Winston Churchill, je savais qu’il venait à Marrakech, qu’il faisait de la peinture, mais je n’ai fait le rapprochement que quelques minutes plus tard, quand l’homme, avec un fort accent anglais,  m’eut demandé, du haut de son balcon, ce que je voulais. Je n’avais pas ma langue dans ma poche et je lui ai dit que je venais voir mon petit frère Gilbert qui était né à la clinique pendant la nuit. « Ici, ce n’est pas la clinique. », me fit valoir Winston Churchill avec ce délicieux accent anglais que je devais retrouver quelques années plus tard chez Mme Demacon, née Vera Owen. Effectivement, la clinique de Mme Bruner, c’était la petite villa rose d’à côté. Cette belle demeure, c’était  la maison de la comtesse de Breteuil. (...) J’ai donc rencontré Churchill et bavardé avec lui. Il avait de l’humour et il a été très gentil, un peu moqueur, avec le petit garçon que j’étais. Personne dans ma famille ne m’a cru. Si les services secrets britanniques ou Scotland Yard m’annonçaient que le 16 novembre 1944 Sir Winston Churchill ne se trouvait pas à Marrakech, j’en serais catastrophé, car je vis du souvenir de l’avoir rencontré. (...) Malraux s’est bien inventé une rencontre dans un bar avec le fabuleux (pour lui) Lawrence d’Arabie et il a cru mordicus à cette rencontre, unique elle aussi, toute sa vie. 

 Mon petit frère Gilbert était un petit poupon, moins gros, moins rose mais plus fripé que Sir Winston Churchill.

(Extrait de 'Au jour les jours' de Jean-Pierre KOFFEL, romancier franco-marocain). D'autres anciens de Marrakech se souviennent avoir rencontré Winston Churchill avec son chevalet et ses pinceaux. 

 LA VILLA TAYLOR APRÈS GUERRE : Le comte et la contesse de BRETEUIL

Madeleine-REDIER-de-Breteuil-janvier-1927

Après la guerre, Madame Edyth devenue septuagenaire choisit de se séparer de sa villa et de son jardin à Marrakech et de rester proche de ses quatre enfants et petits enfants à Rhode Island. La Villa TAYLOR vendue? mais à qui ? un couple ? 

Elle, c'est Madeleine, grande, élégante, croix de guerre 1945; lui, c'est Charles, Officier de la Légion d'Honneur, médaille militaire. Ils se sont mariés en juillet 1947 à Casablanca dans la plus stricte intimité. Elle est propriétaire de la villa Taylor; Lui est directeur du quotidien "Paris-Dakar" publié au Sénégal. Elle a 38 ans, lui 4 de plus.

Que signifie la plus stricte intimité ? Lui était déja marié, divorcé d'une ethnologue en mission de longue durée en pays Dogon et un fils déjà âgé de 19 ans. 

Charles-Letonnelier-1931

Les nouveaux occupants de la Villa TAYLOR sont donc le Comte et la Comtesse de BRETEUIL. Leur nom complet est Letonnelier de Breteuil. Le blason de la famille se dit en langage héraldique: "d'azur à l'épervier essorant d'or, longé et grilleté de même."  La mère de Charles est aussi américaine et se prénomme aussi Edyth. Elle est Croix de guerre 1914-18 car pendant la première guerre mondiale elle a créé et organisé la gestion de cantines et de foyers de soldats en mobilisant des fonds importants. 

Le comte et la contesse de Breteuil ont un fils Jean, né le jour de la Toussaint 1949. Inviter des copains pour son anniversaire le jour de la Toussaint ne devait pas être très festif !!! Madeleine est surnommée "Boule de BRETEUIL". Mlle GAUTHAY réside à la villa et assiste la comtesse en qualité de gouvernante générale.

Le comte de BRETEUIL avec le quotidien "Paris-Dakar" et deux autres titres "Paris-Congo" et "Paris-Tana", développe ses activités dans la presse en fondant la SAPEF, Société africaine de presse. Il ajoute de nouveaux titres: "Paris-Bénin", "Abidjan-matin", "La presse de Guinée", "Cameroon Tribune", "Bingo", "Dakar-Jeunes",.. Il prend aussi le contrôle entre 1951 et 1955 de "La dépêche marocaine" (Tanger), des "Annales coloniales" et de la revue "France-Outremer". Il participe au lancement de l'Express en 1953. Il n'est pas souvent présent à Marrakech. Il est décédé en septembre 1960 à Rabat alors que son fils Jean n'a que 11 ans et Madeleine 51. Jean de BRETEUIL est décédé d'une overdose à 22 ans en juin 1972. De nombreux marrakchis ont connu la famille de Breteuil et auront des souvenirs à partager dans les commentaires. 

Madeleine voulait terminer sa vie à Marrakech dans sa villa, alors qu'elle voyait partir de Marrakech beaucoup de ses amis expropriés. Elle choisit de léguer la villa Taylor à sa mort au roi du Maroc. C'est ainsi que Hassan II en devint propriétaire le 30 décembre 1993. Boule de BRETEUIL pendant les vingt et une années qui ont suivi la mort de Jean son fils a continué à recevoir des visiteurs à la villa Taylor. Des personnages célèbres y furent conviés. Mais depuis que Boule de Breteuil a quitté ce monde, la Villa Taylor s'est endormie.

 

Churchill-Marrakech-L'Afrique_du_Nord_illustrée_Winston-Churchill-1936

WINSTON CHURCHILL ET SES OEUVRES AU MAROC: Churchill a pu venir cinq ou six fois à Marrakech: - pour sa santé d'abord et notamment pour ses poumons qui supportaient mal ses cigares et qui appréciaient l'air pur de l'Atlas, - pour la politique ensuite: Marrakech et son célèbre hôtel La Mamounia fut le cadre de plusieurs rencontres importantes.(ci-contre en 1936), - pour la peinture aussi; il était amoureux de la lumière de Marrakech et de ses couleurs. Peindre lui permettait aussi de réfléchir et de préparer ses décisions politiques. Plusieurs anciens de Marrakech reconnaîtront les sites qu'il avait choisi pour dresser son chevalet et mouiller ses pinceaux

Remparts-jardin de Marrakech Deux toiles attribuées au premier ministre brittanique: Remparts de Marrakech et Jardins à Marrakech.

Winston Churchill se faisait conduire aussi dans une vallée proche de La Mamounia, la vallée de l'Ourika, bien connue des Marrakchis. 

Churchill_Vallée_de_l_Ourika_et_Montagne-de_l_Atlas-1950Selon la presse du 21 décembre 1950:  La consigne à l'Hotel Mamounia, où réside M. Churchill, est d'écarter surtout les journalistes. M. Churchill est à Marrakech pour se reposer. Hier matin,  il est parti en auto pour la vallée de l'Ourika où il a pique-niqué sur l'herbe. Il comptait faire un peu de peinture et regagner Marrakech.

Si cet article vous a intéressé, si vous avez reconnu des personnes ou des lieux que vous connaissiez, si vous avez des informations à ajouter, n'hésitez pas à rédiger un commentaire

 

10 mars 2021

LES VRAIS CRÉATEURS DE LA STATION DE L'OUKAIMEDEN ET DU PREMIER REFUGE DU TOUBKAL - PREMIÈRE ÉCOLE D'ALPINISME AU MAROC

Les marrakchis s’étaient mobilisés très tôt dans le but d’équiper le Haut Atlas de refuges pour Alpinistes et pour Skieurs, et aussi pour en faciliter l’accès par la route; même les pistes empierrées étaient très insuffisantes et ne permettaient pas à un véhicule de dépasser l'altitude de 1900m. Le Syndicat d'Initiatives et du Tourisme de Marrakech, SITM n'avait pas attendu 1933 et la fin de la pacification pour établir des refuges dans les vallées du Reraïa et de l'Ourika et pour convaincre les autorités de créer de nouvelles routes d'approche du massif du Toubkal. C'est l'époque de l'ouverture du refuge d'Arround (1950m) et de celui de Tachdirt (2350m). Le lundi de Pâques 1934 le SITM organise une excursion par autocars qui permet de faire connaître aux marrakchis, au-delà d'Asni, la nouvelle "voie autocyclable" jusqu'à Arround. Mais cette voie s'arrête à 2000m, c'est encore loin du plateau de l'Oukaimeden et des sommets. 

Carte-Haut-Atlas-Theophile-Jean-Delaye Carte dessinée par Théophile Jean Delaye, elle permet de situer les principaux massifs et refuges au sud de Marrakech

LA HARKA, CLUB ALPIN DE MARRAKECH : Un groupe de marrakchis mordus d'alpinisme et de ski, crée une association pour développer les sports de montagne dans le Haut-Atlas marocain précisément dès cette année 1934. Il est composé de Joseph d'ÉPIED éleveur au Génie rural,  Jacques THIBAUDET, inspecteur des Eaux et Forêts, Gabriel BULLE ingénieur TP, M.BALEYTE cadre administratif de la mairie, PUISSESSEAU lieutenant dans les Tirailleurs marocains, brillant épéiste par ailleurs, ... Un groupe de cinq trentenaires qui réunissaient des compétences complémentaires. L'ingénieur TP savait tracer les routes et prévoir le franchissement des oueds et des torrents, le lieutenant pouvait obtenir le concours de l'armée, l'inspecteur des Eaux et Forêts savait se procurer du bois pour construire ou pour se chauffer en montagne, le cadre administratif avait ses introductions à la Mairie de Marrakech pour la communication en faveur des sports de Montagne et l'éleveur savait organiser des caravanes d'ânes et de mulets équipés de profonds chouaris pour les transports. 

A partir d'Arround il fallait prévoir de tout porter à dos de bêtes. Une caravane pour un groupe d'alpinistes se composait de dix à quinze mulets car la marche d'approche était longue ( plus de 5 heures de marche) avant de pouvoir pratiquer l'escalade ou la glisse. La cohorte de mulets servait surtout à monter les équipements, le couchage, les tentes, la nourriture et les ustensiles. Cette longue caravane leur avait donné l'idée de baptiser leur groupe "La Harka", une association totalement pacifique en dépit de son nom guerrier.

Caravane-Muletiere-Haut-Atlas-1935 La Harka dans un lacet:  à gauche de face le mulet de tête, au milieu deux mulets de profil, à droite et de dos deux caravaniers avec chapeaux à larges bords pour se protéger du soleil.

En 1934, le syndicat d'initiative et de tourisme de Marrakech (SITM) venait de construire un refuge neuf  aux abords du cirque d'Arround à presque 2000m d'altitude. Il en avait fait la promotion dans un article de la revue "L'Afrique du Nord illustrée" datée du 28 avril. Les bureaux du SITM étaient situés place Djemaa el Fna. Les touristes y trouvaient les informations sur les possibilités d'alpinisme dans la région sud. Les quelques refuges récemment ouverts y étaient indiqués. Chacun pouvait s'y procurer les services d'excellents guides berbères et aussi des couvertures. Le syndicat d'initiative de Marrakech donnait déja tous détails utiles sur les possibilités d'excursions ainsi que l'époque optimale pour les réaliser. Son président M. Marius Dorée, marrakchi de grand prestige, était favorable à confier à La Harka la responsabilité de la promotion et du développement touristique dans le Haut-Atlas.

En effet le dynamisme de LA HARKA, le Club Alpin de Marrakech, s'était traduit en beaux projets en ce printemps 1934. - Décision d'une souscription et de démarches pour construire un refuge sur le plateau de l'Oukaïmeden (les premiers à en formuler le projet). - Réalisation d'une "Première Fête de la neige" à l'Ouka. - Organisation de sorties et compétitions de ski en hiver et au printemps et d'ascensions collectives à Pâques et en été.  - Effort publicitaire autour de la beauté du Haut-Atlas et de ses possibilités touristiques et sportives avec une présence remarquée d'une Exposition Alpine par La Harka à la Foire de Marrakech. Tout celà représentait beaucoup d'énergie et un effort financier considérable. Mais à la fin de l'été une centaine d'alpinistes, la plupart de Marrakech,  et quelques uns aussi d'autres villes marocaines et d'autres pays étaient monté au plateau de l'Oukaïmeden et souvent plus haut. Les projets se réalisaient. La ville de Marrakech était fière d'avoir un club alpin dynamique.

Mi-octobre 1934, le Président, Joseph D'Epied, parodiant la fable de La Fontaine, publie un article dans le Petit Marocain: "Pour l'essor de l'Alpinisme". Quand la bise fut venue, LA HARKA, - telle la cigale de la fable - se trouva fort dépourvue...  Suit un appel financier pour la caisse de LA HARKA afin de terminer l'aménagement du refuge de l'Ouka. En fait le gros oeuvre avait été réalisé en été 1934. Il restait à poursuivre les travaux de second oeuvre pour qu'il soit prêt et inaugurable au début de l'année 1935.

Le dynamique Mr. J. d'EPIED, président de La Harka, est un marrakchi bien implanté, né avec le siècle il s'est marié à Marrakech en décembre 1928 avec Lucy Eyraud; Il travaille dans le civil pour le Génie rural (au Guéliz) mais habite 15 derb Arset Aouzel (en Médina). Il a écrit au Président du SITM, M. Marius DORÉE auquel il propose de présenter le projet de LA HARKA pour créer une station de ski à l'Oukaïmeden. Il demande à Henry PETIT de MIRBECK, moniteur de sports de montagne et fils du Commandant de la Base aérienne de Marrakech de venir soutenir avec lui ce projet de nouveau refuge devant l'Assemblée générale du Syndicat d'Initiative de Marrakech. Ils voulaient obtenir la confirmation de l'appui total du Syndicat d'Initiative pour leur projet à l'Oukaïmeden et les moyens nécessaires à sa réalisation.

Ainsi le 20 novembre 1934 deux représentants de La Harka assistent au Conseil d'Administration du Syndicat d'initiative et du Tourime de Marrakech où siégeaient avec le Président DORÉE, Messieurs PIERRE, FAURÉ, LOUIS, LAMBERT, BIDON (Photo Félix), PITOIS, GÉMINEL, BEAURIEUX. Les marrakchis doivent à ces pionniers dynamiques les bases de l'essor touristique de la Ville rouge et de sa région. Souvenons-nous de leurs noms.

Joseph d'ÉPIED présente les projets de LA HARKA, laquelle veut faire connaître les incomparables beautés du Grand Atlas. Il décrit les nombreuses activités du club alpin marrakchi, ses programmes futurs et les illustre par des documents photographiques. Le Conseil d'Administration convaincu assure La Harka de son appui le plus complet et de son désir de l'aider dans sa tache, mais demande plus de précisions sur le projet de refuge à l'Ouka et sur sa voie d'accès.

LA HARKA encouragée se mobilise à nouveau et prépare la saison 1935.

Nous ne connaissons pas tous les noms des premiers membres du Club Alpin de Marrakech "La Harka", ces pionniers, mais au cours de cet article nous en citerons plusieurs parmi les plus connus. (Si certains anciens de Marrakech disposent de photographies ou de documents sur eux, ils peuvent les transmettre à l'auteur du blog.)

L'assemblée générale de LA HARKA du 9 février 1935 (Club Alpin de Marrakech)

Au début de sa deuxième année d'existence officielle: 32 membres actifs. 16 votants présents ou représentés. Le bureau est reconduit en grande partie: Le Président J.d'EPIED et le 1er Vice-Président THIBAUDET par 15 voix chacun; le 2e Vice-Président BULLE, et le Trésorier BALEYTE, par 12 voix chacun, le Secrétaire nouvellement élu est M. PUISSESSEAU aussi élu par 12 voix. Ce groupe est très uni autour de sa présidence.

Autres noms de membres de La Harka cités: Mme Jossic, Mlle Coriat, MM Perret, Cousinery, Coriat, Bocchia, Deville, Itelli, Perrin, Bost, Lycurgue, de Livry, Gracium. Excusés: Dugendre et Marchetti de Casablanca, Gerbaud d'El Kelaa. 

Dans son rapport d'activité de l'année 1934, le président J. d'Epied cite la création effective d'une section de ski, la création en cours d'une section féminine, 13 sorties d'alpinisme pour 65 participants. Parmi les projets à réaliser: - présence d'un stand "La Harka" à la Foire de Marrakech, - création d'un Cercle du club alpin à Marrakech, (projet de location de la salle du bastion de Bab Doukkala). Par ailleurs tous se réjouissent  de la prochaine Sortie du club de La Harka la semaine suivante au week-end des 16-17 février sur le Plateau de l'Oukaïmeden.

L'assemblée générale se termine par une séance de formation du moniteur-skieur Henry PETIT DE MIRBECK sur l'équipement et l'approvisionnement des alpinistes et l'emploi de la corde en montagne.

LA HARKA défend l'idée de la création d'une Station de Ski à l'Oukaïmeden, choisit le tracé de la route le plus favorable pour y accéder  et soutient le projet de construction d'un refuge comme première construction d'une Station marocaine dédiée aux Sports de Montagne.

En février, comme prévu, La Harka effectue une équipée de 3 jours à l'Ouka. Ses responsables présentent et soutiennent leur projet le 22 février devant le Syndicat d'Initiative  et du 2 au 4 Mars repartent pour étoffer leur dossier de présentation du site exceptionnel de l'Oukaïmeden. Son président  Joseph d'Epied remet au journaliste du Petit Marocain le récit de cette deuxième équipée. Nous notons dans cet article la rencontre des responsables de LA HARKA avec le Général Catroux, nouveau chef de région. Ils l'ont convaincu de l'intérêt d'appuyer la construction d'un chalet-refuge sur le plateau de l'Oukaimeden, comme ils l'avaient obtenu du Syndicat d'Initiatives de Marrakech et de son Président Marius Dorée. 

Le_Petit_Marocain_HARKA-d'Epied-21mars-1935

Le Petit Marocain publie cet article relatant les équipées des pionniers et intitulé "Le Plateau de l'Oukaïmeden futur centre marocain des sports d'hiver en Haute montagne." En introduction le journal écrit: "L'actif président du Club Alpin de Marrakech, "La Harka", M. J. d'Epied, nous dit aujourd'hui, au cours d'un récit d'une randonnée de trois jours en haute montagne, quel admirable centre de sports d'hiver sera l'Oukaïmeden pour le Maroc lorsque l'accés en aura été rendu plus facile." En effet comme cela est décrit dans l'article la route d'accès actuelle est très belle, mais dangereuse et se poursuit par une piste muletière très longue. 

(Vous pouvez agrandir la photo de cet article pour le lire en totalité )

La piste "autocyclable" des Eaux et Forêts part d'Asni et va rejoindre le Camp de Vacances de Sidi-Farès. Partant de la "Bonne Auberge", la piste suit la vallée du Reraïa et s'élève très rapidement en face du confluent de l'Iminen avec des à-pics vertigineux sur l'Oued. (à ne pas recommander aux chauffeurs novices). La piste arrive ensuite au village d'Ifeghane, puis elle devient mauvaise du fait de la fonte des neiges. Puis c'est Agadir petite agglomération juchée sur un piton, il faut laisser l'automobile et charger les bardats sur des mulets. Ensuite c'est Tadment et la vallée qui monte vers le Tiz-Erag. Il faut franchir la crête à 3000m avant de voir en contrebas le plateau de l'Oukaïmeden tout blanc de neige au pied de l'Angour tout noir. Il ne reste plus qu'un quart d'heure de descente avant d'arriver à un "azib" (abri de berger) établi sous un rocher où il sera possible de dormir. Le champ de neige est là il ne reste plus qu'à skier. 

Plateau-Oukaimeden-1935

Mangin@Marrakech a retrouvé la note de "La Harka" présentée au Syndicat d'Initiatives de Marrakech le 22 février 1935. Nous la reprodusons ici:

Note sur l'utilité de la construction d'un refuge ou d'un gîte de haute-montagne au plateau de sports d'hiver de l'Oukaïmeden lue à l'assemblée générale du Syndicat d'initiatives.(présidée par Marius Dorée)

Le club Alpin de Marrakech, composé de onze membres s'est rendu pour la première fois le dimanche 17 février, à l'Oukaïmeden, dans le but de renseigner le Syndicat d'Initiatives de Marrakech sur les possibilités de ce plateau, en tant que centre de sports d'hiver, et par des photographies et des détails sur l'opportunité de la création d'un refuge, précédant l'établissement de la future station de sports d'hiver dans cette partie de l'Atlas.

Voici donc, Monsieur le Président le résultat de nos observations que mes camarades m'ont chargé de vous exprimer, agissant ainsi, non seulement dans notre intérêt, mais dans celui de toute la région (de Marrakech).

Voies d'accés à l'Oukaïmeden en prenant Asni comme point de départ - tous les gens allant à la montagne commencent par aller à Asni - point central, dans l'axe de nombreuses vallées: toutes praticables hiver comme été en face du Toubkal et de ses satellites.

1° ). À mulet ou à pied: par rive gauche de l'Iminem, par Imesker, Tinoughar, Tideli et Gliz : 5 heures de marche environ.

2° ). En auto; par la nouvelle piste des Eaux et Forêts, par Ifeghane, jusqu'à Sidi Farès (15 km environ) plus deux heures de marche pour atteindre le plateau.

3° ). En auto, par la piste partant de Tahanaout et allant rejoindre le camp de vacances de Sidi Farès.

De toutes ces voies seule la seconde nous paraît présenter quelque intérêt à condition qu'elle soit praticable une grande partie de l'hiver.

Situation: Le plateau de l'Oukaïmeden est l'endroit idéal pour la construction d'une station de sports d'hiver, partant du Tizi N' Tighatene et se poursuivant presque sans interruption jusqu'au plateau du Yaggour, aux pieds du Meizen, en passant par le Tameksaout et le Timenkar.

Balcon suspendu audessus de l'immense plaine, à l'intersection de plusieurs vallées. Iminen, Aït Irène: à proximité de la vallée de Tachdirt et de l'Ourika. en un point proche des grands plateaux de l'Angour enneigés plus de cinq mois par an (de novembre à mars), fenêtre ouverte sur l'Ouenkrim, le Toubkal et tant d'autres, l'Oukaïmeden par l'amplitude de ses champs de neige et leur exposition plein Nord, à l'abri des vents grâce au relèvement des falaises donnant sur l'Aït Ireour, ne, à une altitude où la neige demeure plusieurs mois de l'année - les Eaux et Forêts ont observé la persistance de cette neige pendant plus de 4 mois chaque année - l'absence absolue de rochers dangereux pour les skieurs, l'abondance de la neige et son épaisseur uniforme ( 70 cms, à l'heure actuelle), la facilité de l'établissement de pistes de bobs et de luge, de tremplins de saut et enfin les pentes merveilleuses qui se prolongent pendant plusieurs kilomètres font de ce coin encore ignoré de l'Atlas, le paradis des skieurs et des alpinistes.

Situé en un endroit où il y a de l'eau et du bois en abondance, à proximité de plusieurs villages: Gliz à 1h15, Sidi Farès à 2 heures (avant toute amélioration des pistes), le refuge de l'Oukaïmeden serait susceptible de servir en tout temps, été comme hiver:

- Relais pour les touristes désirant faire un circuit vers Tachdirt et Arround en partant de Sidi Farès (Camp de Vacances)

- Relais pour les alpinistes désirant se rendre dans la vallée de l'Aït Irène, à l'Angour, à l'Inghemar, au Likoumt.

L'utilité de ce refuge étant démontrée, son emplacement devrait être choisi près d'un azib (abri naturel), à l'extrémité Nord-Est de l'arrête du Djebel Oukaïmeden, dans une brêche séparant le premier plateau rencontré lorsqu'on arrive par Gliz du second qui constitue véritablement l'assise du futur centre de sports d'hiver.

Le refuge Construction - Ce refuge devrait être construit face à l'Angour, adossé à la falaise du Tiz Erag. Il devrait comprendre: une grande pièce servant de dortoir munie de simples bat-flancs, une pièce plus petite servant de cuisine et un WC.

-Une cheminée dans chaque pièce devrait permettre le chauffage indispensable à pareille altitude.

-Un débarras donnant dans la cuisine servirait à entreposer le bois nécessaire au chauffage.

Un ameublement très rudimentaire suffit. Ce que nous proposons, c'est un toit capable de nous abriter; nous et les camarades qui viendront ensuite.

- Le dortoir devrait pouvoir loger au minimum 15 personnes. Avec des bat-flancs, une pièce semblable à celle du refuge d'Arround suffirait.

La construction en pierre est préférable à toute autre, vu la température que cet abri aurait à supporter. La pierre ne manque pas, quant au sable il doit facilement se trouver dans l'Assif Aït Irene.

La couverture serait composée, soit par des tôles ondulées maintenues à la paçonnerie par des crampons en fer, avec un faux plafond en lattes: soit économiquement par un hourdi indigène passé au lait de ciment et recouvert d'asphalte.

La question du gardiennage pourrait plus simplement être résolue, soit par une porte en bois protégée à l'extérieur par une grille, soit par une porte en fer renforcée par deux barres cadenacées.

Les fenêtres seraient bien entendu également grillagées.

Documentation: Les photographies présentées donnent un simple aperçu de la pente neigeuse située au Col Tighatène au pied de l'Oukaïmeden. Quelques autres donnent une idée imparfaite des sites rencontrés sur le chemin du plateau.

LA HARKA, si vous le permettez et envisagez favorablement ce projet de construction, complétera cette documentation par d'autres photographies et des renseignements plus précis surtout en ce qui concerne la voie d'accès partant de Sidi Farès (voie que nous comptons emprunter pour nous y rendre) et l'emplacement du refuge futur.

Dans ce but, quelques membres du Club Alpin de Marrakech dont MM Thibaudet (inspecteur des Eaux et Forêts), Bulle (ingenieur des TP), Henry de Mirbeck (moniteur-skieur)  et moi-même, se rendront à l'Oukaïmeden le 3 mars prochain.

En soumettant ce projet à votre approbation, Monsieur le Président (Marius Dorée), avec toutes les observations qui me paraissaient susceptibles de vous éclairer, j'ai cherché à vous faire partager notre idée et nos espoirs en souhaitant que vous compreniez que nous ne parlons pas seulement pour nous, mais que nous avons un but: l'essor de l'alpinisme dans le grand Atlas, dans cette région unique au Maroc.

On nous parle d'Ifrane, d'Azrou, que sais-je.. Nous qui avons l'Oukaïmeden, nous commes silencieux et pourtant, rien qu'au point de vue ski les terrains ne sont pas comparables; l'Oukaïmeden l'emporte avantageusement.

Venez à l'Oukaïmeden, terrain en friche promis aux plus belles moissons. Et grâce à vous, si vous le voulez, Monsieur le Président, les sillons tracés par les skieurs de La Harka porteront bientôt leurs fruits.

Ayons bon espoir, le Syndicat d'Initiative tient la charrue, et la Harka sème le bon grain au vent des hautes cîmes.

Projet-route-Asni-Ouka- 2                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Vient ensuite la période estivale de La HARKA en 1935. En juillet dans la revue "L'Afrique du Nord illustrée" parait un nouvel article:  

À Marrakech s'est formé un groupement jeune où l'entrain et l'enthousiasme règnent et où on fait du bon sport. Le Club Alpin de Marrakech dont le président est M. J. d'Epied possède aujourd'hui plus de 40 fervents et sa renommée franchissant l'oued Tensift, lui a valu des adhésions de Casablanca et de Rabat. LA HARKA ne se contente pas d'exister sur le papier. Elle est vivante et bien vivante. Elle est active car elle ne compte pas moins de dix-huit ascensions réalisées depuis sa création, soit une par mois, ce avec un nombre toujours croissant de participants. Ses sorties ont fait connaitre aux marrakchis amoureux de la montagne, les pics les plus élevés de la chaine du grand Atlas, depuis le djebel Bou-Ourioul, haut de ses 3580 mètres jusqu'au djebel Toubkal qui dresse sa cime à 4167 mètres. Fourcade, 

L'événement de la messe au sommet du Toubkal

"Tout récemment encore les 4 et 5 mai, a eu lieu pour la seconde fois l'ascension de cette dernière montagne, la plus imposante de la chaîne. Vingt-quatre atlasistes (24 ce nombre est important, car deux ans plus tard il ne sera pas dépassé) 24 y prenaient part et atteignirent le sommet. Sur ce sommet même fut célébré une messe , ce qui bat à coup sûr les records d'altitude de l'Office..." 

messe-toubkal-Henry-Koehker

La revue "Le Maroc Catholique" a publié un long article du Père Koehler, curé de l'église des Saints Martyrs, sur cette ascension. Le Père Koehler y remercie le Président de La Harka pour l'excellente organisation mise en oeuvre. On y trouve aussi dans cette revue des photographies exceptionnelles de l'événement. Certaines ont été éditées en cartes postales et diffusées par tout le Maroc pour susciter des envies de Montagne.

L'activité de "LA HARKA" ne se borne pas aux sorties et aux ascensions elle se prépare à développer le ski à partir du site de l'Oukaïmeden dont l'altitude de 3100 mètres est particulièrement propice. C'est un excellent moniteur M. Henry Petit de Mirbeck ... qui initie ses compagnons à ce sport si prenant.

M. Henri Rabanit, rédacteur de l'article dans "L'Afrique du nord illustrée" souligne l'engagement de M. d'Épied, l'actif président, grand animateur de "LA HARKA". "Il la conduira aux plus brillantes destinées pour la plus grande gloire de l'alpinisme marocain, frère cadet de celui de France." Une photo est jointe à cet article. 

Photo-Ouka-Harka-Alpinisme-13juillet-1935La vue plonge vers l'itinéraire de montée tracé pour parvenir au plateau de l'Oukaïmeden.

Irhef-Ourika-1350-1937

Les refuges déjà construits: En été 1935, le chalet-refuge de l'Oukaïmeden est en construction, tandis que le Syndicat d'Initiatives et de Tourisme de Marrakech présidé par Marius DORÉE rappelle les refuges déjà construits et qui sont entretenus toute l'année pour favoriser les excursions en montagne. 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxRefuge d'Irreft - 1250m

Tachdirt-2350m-1937

- Près du cirque et du village d'Arround dans la vallée de l'oued Reraïa et à 1950m.

- Dans la vallée de l'Ourika, au village d'Irreft, refuge à 1250m

- Au village de Tachdirt à 2355 m dans la vallée de l'Imminem

- Prés du village du Tichki à 1975 m, vers le Djebel Yagoun.

Refuge de Tachdirt - 2355m 

Timichi-2060-1937

 - Vallée de l'Ourika, refuge du village de Timichi à 2060m.

Ces refuges comprennent une chambre pour les dames et une autre pour les messieurs. les lits sont en fer et garnis d'un bon matelas. Une salle commune sert de réfectoire et de cuisine.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxRefuge de Timichi - 2060m 

Chaque refuge a ses WC. Chacun est équipé d'une table, bancs, brocs, seau, cuvette, etc.. Tout est prévu pour passer une bonne nuit de repos.

L'inauguration du premier refuge sur le plateau de l'Ouka et Deuxième Fête de la neige.

Refuge-Oukaimeden-1935 2

Les 1 et 2 février 1936 fut inauguré le Refuge de l'Oukaïmeden avec le Syndicat d’initiative de Marrakech, les services des Eaux et Forêts et La Harka le vaillant club de sports d'hiver de Marrakech.    De même fut célébrée la deuxième Fête de la neige. M. de MAZIÈRES représentait le CAF, le Club Alpin Français qui s'inquiétait de  voir  cette nouvelle station s'établir sans lui. Le CAF avait été consulté, mais avait déclaré ne pas subventionner la construction d'un refuge s'il n'en devenait pas propriétaire.

Les membres de La Harka, club Alpin de Marrakech présents: Joseph d’EPIED, Henry PETIT DE MIRBECK, Roger BOST, D’AZAMBUJA, Lady Mary DUNCAN, Mlle VOISENET, Mlle CERDA, et deux nouveaux: M. Léon FOURCADE et M. PAUME. Plusieurs amis non-membres étaient venus à l'Ouka pour l'événement.

Quatre invités: Mme SABLAYROLLES, M. de MAZIERES, Président de la section marocaine du CAF Club Alpin Français, le lieutenant CRAPELET, champion militaire de ski, le lieutenant PASCAUD.

Insigne-CAF-Montagne

M. de MAZIERES au nom du Club Alpin Français a offert le Champagne, et a remis la médaille de Bronze du CAF à M. d’ÉPIED Président de la Harka.  Le soir du 1er février 1936 a été tiré un feu d’artifice très réussi. Tandis que les fusées multicolores montaient vers les étoiles la lettre H, lettre initiale de la Harka, se dessinait sur la neige. Le refuge illuminé par les lanternes vénitiennes attendait les danseurs qui jusqu'à minuit passé  oubliant leur fatigue, s'en donnèrent à coeur joie.

Le lendemain le lieutenant CRAPELET, champion militaire de ski fait des démonstrations. Des jeux sont organisés, notamment les courses de ski en tandem.

Le Petit Marocain exprime les remerciements des marrakchis au général de LOUSTAL dont l'appui a permis, la contribution du Service de l'Intendance et celui des contrôleurs civils de Marrakech-banlieue.

La revue du Club Alpin Français confirme la remise de la médaille au Président J.d'Èpied. 

HARKA-D'Epied-Alpinisme-2fevrier-1936Cette médaille était associée à une affiliation de La Harka au CAF avec un changement de nom: "Club Alpin Français section du Maroc-Sud". De nouveaux adhérents, notamment des fonctionnaires poussés par leurs administrations respectives qui comprennent l'importance du projet, ainsi que quelques adhérents du Touring Club de France. En particulier M. de Mazières va pousser le Dr Pourtau, médecin hygiéniste de la ville à se porter candidat à la présidence de la section pour obtenir quelqu'un de moins marrakchi que J. d'Epied et de plus acquis à la dépendance du club au Club Alpin Français. Le Dr POURTAU obtient l'adhésion de notables, parfois ni skieurs, ni alpinistes de s'inscrire au CAF afin d'avoir le soutien de leurs suffrages aux assemblées générales.

Dans la presse locale du 16 mars 1936 le Dr POURTAU fait paraître le plan qu'il a conçu pour prendre la présidence. Cependant ce n'est que le 20 novembre qu'auront lieu les élections destinées à confirmer ce plan.

LA-HARKA-FIN-16mars-1936Il utilise la notoriété de certaines personnes: M. de Petit de Mirbeck n'est pas candidat à la fonction de Vice-Président; il est cependant prêt à accompagner le club sur le plan technique comme avant. Le professeur de piano Roger Bost, très apprécié des Marrakchis n'est pas candidat à la fonction de secrétaire, mais il est le professeur de piano des enfants du Dr Pourtau et il prend sa carte du Club Alpin Français. D'ailleurs le 20 novembre Roger Bost refuse d'être secrétaire car il comprend que le but de l'opération est de marginaliser l'ancien président.

10 juin 1936 – mise en place d'un pluviomètre au Toubkal par M. KARST, ingénieur Hydro-géologue. Trois membres du Touring club, section de Marrakech l'accompagnent: M. Léon FOURCADE, Mme JOSSIC, M. PAUME.

En été 1936 d'autres ascensions collectives sont organisées.

FIN NOVEMBRE LA HARKA DEVIENT LA SECTION DU MAROC-SUD DU CLUB ALPIN FRANÇAIS.

Si La Harka à ses débuts ne s'était pas affiliée au CAF, c'est qu'elle avait hésité. En effet pour adhérer il fallait payer une adhésion de club local très importante et disproportionnée pour un club naissant. Les premiers membres de La Harka avaient préféré utiliser leurs ressources modestes à la promotion du ski et de l'alpinisme dans le Haut-Atlas et à organiser son développement par des interventions auprès des décideurs civils et militaires en faveur de la construction de refuges, de routes et l'organisation de formations et de sorties avec tous les aspects logistiques.  Par ailleurs le CAF national avait pour règle interne de ne pas subventionner la construction d'un refuge s'il n'en était pas le propriétaire. Cela entraîna une négociation : 10000 francs du CAF ( la moitié du devis de construction du refuge) à condition que La Harka s'afilie au CAF et adopte ses statuts. Joseph d'Epied y était totalement favorable.  Par ailleurs, le CAF obtenait l'intégration dans le conseil d'administration de cadres fonctionnaires du protectorat comme Jacques de LÉPINEY, scientifique spécialiste des insectes et alpiniste reconnu mais résidant à Rabat.

Le premier refuge de l'Ouka-1936 La photo a été prise par le fils de Léon Fourcade

Les 6 et 7 novembre 1936 le président J. d'Épied, commissaire d'une collective conduit deux groupes de la section du Haut-Atlas et atteint avec l'un le sommet du Jebel Afekhoï (3751m) et avec l'autre groupe la cîme du Jebel Hadj (3200m)

Les 20-21 novembre une cordée dirigée par Paul Roché effectue l'ascension du Jebel Erdouz (3575m).
J. d'Epied et Paul Roché sont les plus actifs alors que d'autres ne participent pas ou peu aux activités sportives de la section. Certains sont des notables qui soignent leur image.

LE CONTROLE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION CHANGE DE MAINS

Dans le Petit Marocain du 2 décembre 1936 on apprend qu'une assemblée générale extraordinaire de la Section du Haut-Atlas marocain s’est tenue  le 20 novembre 1936. Président Dr POURTAU médecin hygiéniste de la Ville, et adhérent au club de trés fraîche date;  vice-président: M. d’EPIED (ex-président), Secrétaire général M. FOURCADE Cadre au Contrôle des douanes et M. BALEYTE cadre administratif de la ville, trésorier de la section.

Présents: M. Roger BOST, Jacques BROUSSOLLE médecin capitaine, Jean STAMBACH juge suppléant, Jean LAFARGE, Félix ARIN avocat, Claude BEAURIEUX avocat, Paul ROCHÉ magistrat, Mlle VOISENET, Lady Mary DUNCAN, Mlle VERNIÈRE, CORIAT. Apparaissent de nouveaux noms d'adhérents dans le comité et une prédominance de carrières juridiques. J. d'Epied est contraint de laisser la présidence au Dr POURTAU, médecin fonctionnaire dépendant de la Ville et venant de Mogador. On concède la vice-présidence à l'ancien président fondateur. Le but de Mr de Mazières est atteint. Il a obtenu la marginalisation de l'ancien président et son remplacement par un médecin. D'un côté il offre le champagne et remet la médaille du CAF au Président J. d'Epied, de l'autre il contribue à le marginaliser avec certaines complicités. 

Ordre du jour de cette assemblée:

- Formation de la nouvelle commission d’établissement du programme des sorties collectives pour le 1er semestre 1937.

- Demande d’une vraie piste muletière entre Arround et les Azibs d’Ouanoums (3100m) à inclure dans les demandes du SITM (Syndicat d'initiative de Marrakech).

- Vote du projet de refuge (futur Louis Neltner) financé partiellement par le CAF , devis estimé de M. Gabriel BULLE ingénieur TP : 20000 francs. 

Louis-Neltner-photo-pipe

- Organisation de trois Conférences de Louis NELTNER sur l’ascension française du Karakoram dans l’Himalaya en mars 1936. Salle du Cinéma Le Régent prêtée par M. TOSI à Marrakech les 8  décembre et deux autres conférences à Rabat et Casablanca à la suite... 10 décembre au cinéma Triomphe à Casablanca; 11 décembre au cinéma Royal à Rabat. Photo de Louis Neltner fumant la pipe après l'expédition du Karakoram interrompue par les intempéries. Louis Neltner offre le produit financier de ces 3 conférences pour la construction du refuge du Toubkal. La somme recueillie atteindra 5528,50 francs.

- Élection à prévoir d'un nouveau Conseil d'Administration de 9 membres remplaçant celui du 20 novembre qui sera élu dans six semaines le 7 janvier 1937. 

- La section devra établir le réglement du refuge de l’Ouka et prendre en charge les réparations et l'entretien. Tarif réduit pour les membres du CAF.

- Inscription de nouveaux membres: PÉPIN, Casa; DERETHE, GAYRAL (ski), MARMEY Rabat, VIALARD, WILD Mogador, RAOUX, Jean LAFARGE Marrakech.

En attendant ce nouveau conseil d'administration, les collectives se poursuivent: Jean Stambach commissaire a pris la direction les 11 et 12 décembre d'une caravane qui a successivement gravi l'Oukaïmeden (3208m) et le Jebel Angour (3614m)

Les 25 et 26 décembre, une collective partant de Tachdirt avec Lafarge commissaire, s'est rendue au Tizi N'Likoumt (3625m) 

SIX SEMAINES APRÈS L'AG de NOVEMBRE : LA NOUVELLE ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SECTION DU HAUT-ATLAS MAROCAIN SIÈGE À MARRAKECH.  On ne parle plus de La Harka sauf dans le solde des comptes. J. d'EPIED est évincé brutalement du groupe de direction.

Le 7 janvier 1937 à 15h15 sous la présidence du Dr POURTAU, assisté de Fourcade secrétaire général, Balaytte trésorier, a lieu la réunion générale annuelle de la section du Haut-Atlas Marocain du CAF dans la salle des services municipaux de Marrakech. Etaient présents: MM d'Epied, Fourcade, Balaytte, Bulle, Conrad, Beaurieux, Mourier, Thoniel, des Desert, Vernière, Brondel, Jean Stambach, Vatin, Dr Broussolle, Paul Roché, Campredon; Mmes Campredon et Fourcade. Les noms d'anciens membres de La Harka d'origine Suisse, Portugaise, Britannique ou autres mais marrakchis de longue date disparaissent.

Lecture de la lettre de MM de Lépiney et Dresch du CAF proposant le maintien de l’ancienne section du Maroc avec siège  à Marrakech et disparition des deux sections actuelles : Maroc Nord et Maroc Sud. C'était une proposition qui flatait le groupe de Marrakech, mais demandait une lourde organisation. 

Décision de l'assemblée: informer M. de Mazières (Président du CAF pour le Maroc) que la section du Maroc-Sud (appellation officielle) sera heureuse de recevoir en renfort l’effectif actuel de la section du Maroc-Nord, anciennement section du Maroc. Il sera demandé à Paris de nous accorder officiellement le titre de Section du Haut-Atlas marocain.

Rapport financier du trésorier: comptes 1936: Cotisation 650 francs, reliquat de La Harka: 55,75 francs.( C'est la dernière fois que le nom de "La Harka" apparaît dans les documents administratifs)

Élection de 9 membres pour former le Conseil d’Administration:  Dr Adrien Pourtau : 27; Léon Fourcade: 27; Bulle: 25; Beaurieux: 24; Jacques de Lépiney: 23; Félix Arin: 23; Jean Stambach: 21; Paul Roché: 20; Joseph d’Épied: 19. On remarque que des consignes ont été données à certains nouveaux pour que l'ancien président recueille moins de voix que tous les autres. Le nom de Petit de Mirbeck qui n'était pas candidat avait été substitué à celui de d'ÉPIED sur les bulletins de plusieurs. C'était légal mais brutal.

La séance est levée à 20 heures et le CA s’est immédiatement réuni pour procéder à l’élection du bureau: Dr POURTAU, président  5 voix; M. Félix ARIN 1er Vice-président 5 voix; 2e Vice-Président Paul ROCHÉ 4 voix, Secrétaire général Léon FOURCADE 7 voix; Trésorier: Gabriel BULLE: 6 voix. M. BALEYTE; l'un des 5 fondateurs de La Harka a quitté le club, il était nécessaire de trouver un autre trésorier, c'est Gabriel BULLE qui a accepté de lui succéder. Le Dr POURTAU n'est pas un marrakchi de longue date, il occupait un poste équivalent à Mogador/Essaouira avant d'être muté à Marrakech.

En fait la nouvelle organisation donne plus de pouvoir au Secrétaire général Léon Fourcade qui est souvent mieux informé que le Président, lequel est aussi président d'autres associations sportives de Marrakech. Du temps de La Harka pas de secrétaire général, seulement un secrétaire du Comité directeur. La direction de La Harka, était bien plus collégiale. 

La revue de Géographie marocaine, très liée aux autorités du Protectorat, basée à Rabat publie à cette époque plusieurs articles de quelques auteurs connus, plus un article du nouveau secrétaire général de la Section de Marrakech, Léon FOURCADE, lui donnant une place parmi quelques grands noms du Club Alpin Français (Louis Neltner, Dr Russo, M. de Mazières, Théophile Jean Delaye, Gattefossé,...) 

L'activité du Club Alpin du Haut-Atlas en 1937 se ralentit, un peu comme si la transformation du club de La Harka en section du CAF avait affecté le dynamisme

On apprend dans la presse locale que la réunion du Conseil d'administration de la section du Haut-Atlas marocain s'est tenue le 3 mars, soit deux mois plus tard que l'année précédente. L'ancien président Joseph d'Épied n'a plus de fonction. Pierre VOIRON fonctionnaire de police et Savoyard est nouveau dans le CA et M. Gabriel BULLE trésorier, l'unique représentant du groupe des cinq fondateurs n'est pas présent. Il semblerait que le Dr POURTAU a outrepassé les consignes de M. de MAZIERES en faisant table rase de La Harka et en humiliant l'ancien président J. d'Epied. Cette éviction va provoquer une cassure dans le groupe, quelques départs et surtout un malaise qui va perdurer pendant les 3 ans de la présidence du Dr Pourtau.

Le CA se préoccupe d'obtenir des subventions pour l'installations de bat-flancs au refuge de l'Oukaïmeden (bat-flanc = cloison mobile entre deux lits). Le CA publie un programme à l'intention des membres du CAF de Casablanca pour mars: 21: visite de la Foire de Marrakech, 22: départ pour Tachdirt, 23: Ascension de l'Angour; 24: Tachdiirt à refuge de l'Ouka par le Tizi N'Addi; 25: Ascension de l'Oukaïmeden; 26: Refuge Ouka à Ourika par le Tizi N' Iddikht; 27: Ascension Djebel Tazaïne et coucher à Timichi; 28: par le Tizi Chiker au refuge d'Irghef; 29: Retour par Aghbal-Ourika et Marrakech.

Des membres de la section du Haut-Atlas préparent une collection de photos de la Montagne marocaine  à exposer lors de la Foire de Marrakech dans le stand du SITM. L'exposition comprendra aussi le tableau des courses depuis la création de la section (20 novembre 1936 et non depuis la création de La Harka).

Désignation de Paul Roché (en son absence) comme Commissaire général des collectives. Le commissaire général reçoit les inscriptions individuelles, désigne les commissaires de chaque course, établit les programmes des collectives de chaque semestre et les fait approuver par le CA. ( au semestre suivant la désignation d'un commissaire général des collectives sera à nouveau posée...)

Le 6 mai 1937 la section du Haut-Atlas du CAF donne une soirée au bénéfice de la construction du refuge d'Isgoun Ouanoums (futur refuge Louis Neltner) à Dar ben Najar dans la Palmeraie de Marrakech. Le temps n'était pas clément mais la soirée fut réussie. La contribution financière des marrakchis fut à nouveau conséquente.

Le Syndicat d'initiative de Marrakech de son côté traite de questions pratiques: il fixe les tarifs de location des mulets. De la maison forestière d'Ifeghane au refuge de l'Oukaïmeden: 12 francs, la nuit en supplément 5 francs, le mulet sans conducteur 4 francs de moins. Il décide aussi des réductions sur les "Droits de séjour" dans les refuges pour les membres de la section du Haut-Atlas du CAF, et pour les membres du Syndicat d'Initiative: remise de 50% sur la carte fixée à 5 francs pour le CAF, gratuité pour les membres du Syndicat d'initiative. 

Une assemblée générale du CAF, Section du Haut-Atlas a lieu le 21 octobre 1937 à Marrakech.

Ordre du jour: élaboration du programme des sorties du 1er novembre 1937 au 31 mars 1938. Désignation d'un commissaire général chargé de l'organisation des collectives. Présentation des plans du futur refuge et exposé des mesures prises pour sa réalisation. Fixation des dates des manifestations de l'année: banquet annuel, bal travesti. 

Le CA se réunit le 12 novembre. Tirage au sort des 3 membres du CA rééligibles: ARIN, BEAURIEUX, VOIRON. Il nomme Jacques de LEPINEY (Rabat) membre d'honneur car celui-ci a de nouvelles fonctions qui ne lui permettent plus d'être disponible. Un membre du comité est désigné pour aller se rendre compte de visu des réparations nécessaires à effectuer dans les plus brefs délais au refuge de l'Oukaïmeden: réparation des bat-flancs...

Nouvelles dates: sortie à l'Oukaïmeden le 20 novembre, sortie à l'Erdouz le 4 décembre, Banquet du CAF à Marrakech le 18 décembre. Prochain CA électif prévu pour le 7 janvier 1938.

Statistiques présentées par Léon Fourcade : En janvier 1938 les effectifs du CAF du Haut-Atlas sont de 128 membres. Il y a 2 ans: 28 membres et entre deux, en janvier 1937 : 111 membres dont 38 de la section Maroc Nord. Objectif pour 1939, dépasser les 150 membres.

Les informations manquent pour l'activité de la Section du CAF du Haut-Atlas à la fin de l'année 1937 et au début de l'année 1938. 

EN REVANCHE J. D'ÉPIED CRÉE LA PREMIÈRE ÉCOLE D'ESCALADE ET CONSTITUE UN NOUVEAU GROUPE AVEC POUR BASE MARRAKECH. 

Escalade-J-d-Epied-9fevrier-1938

Le premier article dans la presse ( 8 février 1938) ne donne aucune affiliation de l'école : ni le CAF, ni  une autre association, seulement Marrakech. Deux photos de sorties récentes: à gauche, au Jebel el M'Kacht, la paroi d'accès au sommet. à droite l'escalade d'un à-pic.

L'article signale que le groupe a à son actif 50 expéditions et qu'il en est à la deuxième pour l'année 1938, puisque mi-janvier il a fait le Jebel Afekoï (3750m).

L'auteur signale aussi une forme de démocratisation de l'Alpinisme: "L'alpinisme au Maroc ne doit pas être seulement l'apanage de  quelques uns, toute personne énergique - homme ou femme - peut et doit y venir". 

Il est regrettable que le Dr Pourtau n'ait rien fait pour laisser une place honorable à J. d'Epied dans la section du CAF de Marrakech où ses compétences en escalade largement démontrées auraient pu être mises en oeuvre. 

Un second article pour l'Alpinisme à Marrakech parait le 24 mars dans le Petit Marocain évoquant  le Dr Broussolle, récemment terrassé par l'épidémie de typhus qu'il combattait; J d'Epied gardait le souvenir de leur commune ascenssion en mai dernier  où ils grimpaient tous les deux encordés la rude face nord de l'Angour et lors de la collective suivante le majestueux Ouenkrime nord.  L'ex-président de la Harka  se remémorait aussi l'ami d'Azambuja dans une descente nocturne au retour du lac d'Ifni. D'autres amis aussi sont évoqués: Mirbeck, Jean Lafarge, Deyrolle, Paillet... C'était vraiment la première école d'escalade organisée au Maroc. Le marrakchi J. d'Epied fut à nouveau un  précurseur en lançant cette école. Ce n'est qu'en avril et mai 1941 que des courts stages d'initiation à l'escalade s'organisèrent à Boulhaut, puis à Kasba-Tadla, et en juillet sur la falaise du Cap Blanc près de Mazagan. Bien plus tard, en septembre 1941 une vraie École d'escalade sera organisée  par le Service de la Jeunesse et des Sports pour les 15-25 ans dans le Haut-Atlas à Tachdirt. C'était plus de deux ans après l'initiative de J. d'EPIED et de son groupe. Ils n'ont pas reçu le soutien du CAF et se sont heurtés à des obstructions.

Léon FOURCADE de son côté s'oppose à cette initiative et utilise aussi la presse pour dissuader les éventuels candidats à rejoindre ce groupe . Il rappelle dans le Petit Marocain le 2 avril que c'est lui qui détient les clés des refuges, que c'est lui qui attribue les cartes pour coucher à l'abri à Neltner et à l'Oukaïmeden. Pour le refuge Neltner sans carte du CAF: 9fr, avec carte: 3 fr. Pour le refuge de l'Ouka, sans carte du CAF 5fr et avec carte 2fr. En qualité de secrétaire général il est inspecteur des refuges. C'est à lui qu'il faut s'adresser, Cité Tazi en Médina.

Par ailleurs à défaut de proposer une collective, Léon FOURCADE propose aux membres du CAF de participer au bal qui sera donné le 8 avril à 22h dans les Salons de l'Hotel Mamounia par le SITM, le Club Alpin et l'Aéroclub de Marrakech: Tenue de soirée de rigueur. Entrée 10fr pour les dames et 20fr pour les messieurs.

À Pâques 1938 la collective change de massif, elle s'éloigne du Toubkal et fait la connaissance du Siroua en utilisant un car de la CTM pour franchir le Tizi n'Test. 

Une vingtaine de membres, dont plusieurs venant d'autres villes du Maroc, découvre cette montagne étonnante avec les marrakchis. Le vice Président Paul Roché en fait un compte rendu détaillé dans "La Vigie Marocaine". 

Léon FOURCADE poursuit dans la presse sa communication au nom du CAF pour contrer l'École d'escalade de Marrakech lancée par J. d'Epied en publiant un article sur une collective de la section assez banale mais montée en épingle. "L'Alpinisme marocain : Sur le toit de l'Afrique du Nord - 23 ascensionnistes ont gravi le Toubkal" 

ascension-Toubkal-20juin-1938

En fait le titre n'est pas tout à fait exact, seulement 13 ascension-nistes sur 23 ont opté pour l'ascension du Toubkal. Les 10 autres, moins entraî-nés, choisirent de s'arrêter plus bas au niveau du Tizi N'Ouanous (3600m) partiellement enneigé, afin de voir de loin le Lac d'Ifni. Cette collective eut lieu le 5 juin 1938. Les participants de ces deux groupes: MM. Brondel, Bergeron, Louis, Gayral, Robert, Bessière, Mme et Mr Fourcade et leur fils Philippe, Lady Mary Duncan et Mlle Voisenet de Marrakech, Mme et M. Malpertuy, Mme Malpertuy mère et Jean Guiseppi de Chemaïa, Docteur Loustaud, Mme Thivent et son fils de Safi, Brunel et Coindre, MM Brisepierre, Rincler et Goldhammer de CasablancaPhoto du haut: le pic du Jebel Tadat (3840m). Photo du bas: le Jebel Toubkal

Léon Fourcade était commissaire et Bessière  serre-file de cette collective. 

On se souvient que 2 ans plus tôt ce sont 24 ascensionnistes qui avaient atteint le sommet avec le Père Koehler qui célébra la messe. Pourtant, il n'y avait pas encore de refuge et il fallait dormir sans chauffage en s'abritant sous un rocher.

Ci-dessous : le groupe des 23 le samedi 4, après la marche d'approche, jusqu'au refuge terminé mais pas encore inauguré officiellement.

Toubkal-4_5_6_juin-1938Le lundi retour à Marrakech sauf pour un petit groupe de 6 qui gravit le Jebel Tadat (3840m), photo du haut.

Le 3 juillet un petit groupe de 7 aborde les clochetons de l'Ouenkrime Nord. Le premier clocheton fut escaladé en dépit d'un vent violent et d'un froid très vif.

Ouenkrime-juillet-1938

 Les sept ascensionistes sont: Mlle Carré, MM Bessière, Brondel, Fourcade, Hofgaard, Robert, Roché.

Le 23 juillet 12 membres se rendirent au refuge du Toubkal et y dormirent. Le lendemain plusieurs d'entre eux poursuivirent vers  les arêtes de l'Akloud et les autres vers le Tizi n'Ouanoums d'où ils apercevaient le toit neuf et étincelant du refuge.

Le 5 aout M. de Lépiney accompagné de quelques membres de l'institut Scientifique chérifien, de M. et Mme Dresch, de M.Mackwitz, Mlle Michaut, M. Bernaudat et M. Fourcade vinrent aussi au nouveau refuge. Ils firent "en premiere" la face sud du Toubkal le 7 aout. 

Refuge-Nelter-Isgoun-Ouagouns-12aout-1938

Le 12 aout le Président Pourtau communique: le chalet-refuge édifié au lieudit "Isgoun Ouagouns » portera le nom de Louis Neltner. Il annonce aussi son ouverture aux seuls membres du CAF dès le surlendemain 14 aout 1938, rappelant que c'est Léon Fourcade, Cité Tazi qui dispose des clés.

On n'entendra plus parler de Joseph d'EPIED et de l'École d'escalade de Marrakech. Il est probable qu'il a quitté Marrakech en été 1938. On le retrouvera à la fin de la guerre en France dans les Hautes Alpes.

Le 25 aout une collective avec M. Bessière pour commissaire, à laquelle participèrent 25 personnes, randonna jusqu'au lac d'Ifni

Les 23 et 24 septembre des casablancais montent à Neltner avec Hervé Brisepierre et le peintre André Timsit.

L'inauguration officielle du refuge était prévue pour le 30 octobre 1938, le temps en décida autrement, il fut nécessaire de décaler la date à l'année suivante.

Ainsi l'inauguration officielle du refuge Louis Neltner ne put se tenir que sept mois plus tard, le dimanche 28 mai 1939. 

Dans un article signé A.L. (Armand Lamy, ami de Fourcade) paru dans le Petit Marocain du 8 décembre 1938 on constate que les membres du Club Alpin Français se sont donnés le mot pour effacer toute trace de l'activité de la Harka. "Au début le S.I. de Marrakech avait pris en main les destinées de l'Alpinisme. Depuis deux ans il est remplacé dans ce rôle par une section du Haut-Atlas, émanation du Club Alpin Français. Cette section a déjà fait d'excellent travail grâce à l'énergie, à la fois d'animateurs et de savants tels que M. de Lépiney, Jean Dresch, Fourcade..."

On voit dans cette réécriture de l'histoire que tout le travail effectué par les alpinistes marrakchis de La Harka de 1934 à 1936 est compté pour nul.

Léon Fourcade feint de s'étonner dans la presse qu'il y a eu des défections "sans raison valable", ce qui laisse supposer qu'il n'est pas étranger à cette vague de démissions à commencer par celles des fondateurs de La Harka et de leurs amis. C'est à dire les vrais pionniers: ceux qui ont créé la station de l'Oukaïmeden avec la construction du premier refuge et l'aménagement de la première piste autocyclable, ceux qui ont lancé les Fêtes de la neige à l'Ouka dès 1935, ceux qui ont fait connaître dans la presse l'alpinisme dans le Haut-Atlas, ceux qui ont préparé les premières ascensions collectives avec la premiere messe au sommet du Toubkal par le père Koehler, ceux qui ont monté les premiers stands du club alpin à la foire de Marrakech,...

Défections-sous-Pourtau-Fourcade-12mars-1939 

"Entretenir entre les membres du club une certaine liaison...", encore faudrait-il ne pas provoquer l'exclusion des membres les plus actifs et les plus motivés."

Le début de l'année 1939 à la section du Haut-Atlas du CAF

La presse donne la composition du nouveau Comité de la Section du Haut-Atlas du Club Alpin Français dont le siège est à Marrakech. La réunion a eu lieu le 20 janvier. Trois membres étaient sortants du fait des statuts: Fourcade, Bulle et Brondel, ils ont tous les trois été réélus. Le docteur Adrien POURTAU a décliné le renouvellement de son mandat. Il considère qu'il n'était plus en capacité de poursuivre en qualité de Président de la section. Une élection interne a lieu dès le 27 janvier. Selon le conseil du Dr Pourtau, c'est Paul Roché qui devient président. Les deux vice présidents sont Léon Fourcade et Gabriel Bulle. Secrétaire général M. Gayral. Trésorier Dugendre.

Quelques semaines après on apprend par une lettre de Joseph MARCHANDISE, vice président de la commission des conflits au niveau du siège du Club Alpin Français à Paris qu'une plainte est montée jusqu'au sommet de l'association nationale. La phrase est accusatrice mais ne désigne personne nommément: « Nous regrettons vivement les incidents que vous nous signalez et qui révèlent une mentalité fâcheuse pour la bonne marche du CAF et nous sommes très étonnés que l’opposition vienne de personnes en qui nous estimons avoir toute confiance ».

De quelle opposition s'agissait-il ? Qui avait démontré une mentalité facheuse pour la bonne marche du CAF ? Nous pouvons le supposer sans pouvoir l'affirmer.

Toujours est-il  que Léon Fourcade démissionne de son poste de 1er Vice-Président.  Est ce lié au problème non résolu en son temps de l'éviction brutale de l'ancien président de La Harka que vient de réveiller il y a quelques mois la création de la PREMIÈRE ÉCOLE D'ESCALADE DU MAROC par J.d'Epieds et un groupe de ses amis grimpeurs ? Est ce lié aux problèmes évoqués dans la lettre de Joseph Marchandise ? Toujours est-il que Léon Fourcade se met en retrait de la direction du club en devenant simple assesseur aux côtés du Dr Pourtau aussi en retrait.

Le nouveau président Paul ROCHÉ magistrat depuis 1936 à Marrakech va pouvoir relancer le CAF du Haut-Atlas sur de nouvelles bases. Les vice-présidents sont MM BULLE (ancien de La Harka) et BLONDEL; le secrétaire général demeure M. GAYRAL, de même DUGENDRE reste trésorier. Quatre assesseurs complètent le comité: Dr POURTAU, MM Léon FOURCADE et deux nouveaux: DESCHASEAUX et Jean LAFARGE.

Ci-dessous des skieurs à l'Ouka pratiquant la conversion, à la manière de l'époque, pour changer de direction à 180 degrés. Daniel Lerais a reconnu madame Jean Lafarge née Marie Louise Munier, la 3e en partant de la gauche.

Ski-Ouka-conversion-1939 3

Ce nouveau  comité est une chance pour la section du Haut-Atlas. Le nouveau président est étranger aux dysfonction-nements des derniers temps. Paul Roché a une réelle expérience des relations humaines et de la montagne et il est qualifié pour défendre les intérêts et la dignité de la section. Il pourra réconcilier,  et accueillir ceux qui avaient été marginalisés ou écartés.  

C'est l'honneur du président Paul Roché d'avoir rappelé la vérité historique lors de l'inauguration du refuge Louis Neltner. : "En 1936, la « harka » de Marrakech était affiliée au Club Alpin français dont elle devenait une section, sous le nom de « Section du Maroc Sud » et sous la Présidence du Docteur Pourtau."  

Roché-alpinisme-mars-1939

Le 12 mars le Petit marocain publie des photos illustrant les activités du club tant en ski qu'en alpinisme.

Le 30 mars les alpinistes sont invités à s'inscrire à la collective du Jebel Sagho pour Pâques du 8 au 11 avril. C'est Paul Roché le président de la section qui est le commissaire de la collective. Il faut s'inscrire auprès de lui à son adresse personnelle: Villa Brus, rue F au Guéliz.  Innovation: la collective n'est pas réservée aux seuls membres du CAF, les sympathisants sont admis également. Le secrétaire général reçoit aussi les inscriptions: GAYRAL, immeuble Botta, rue Verlet Hanus.

President-Roché-Neltner-24mai-1939

Le 24 mai 1939 dans la presse locale le président Paul Roché annonce l'inauguration enfin officielle du Refuge Louis Neltner qui sera suivie de plusieurs excursions lors de la dernière semaine de mai et la première semaine de juin. (On trouvera une page spéciale sur l'inauguration du Refuge Neltner sur ce blog à la date du 28 novembre 2020.)

En juin 1939 le nouveau président annonce une bonne nouvelle aux membres du Club Alpin Français qui se rendraient l'été prochain en France: une réduction de 15% sur les téléphériques de France. Pour avoir la vignette la demande est a adresser au trésorier, domicilié à la villa "Les Aravis" au Guéliz

Les règles changent: alors qu'avec Léon Fourcade il y avait un seul responsable des clés à Marrakech; désormais pour le Refuge Louis Neltner par exemple la clé sera tenue par le gardien Mohamed ben Lahssen qui réside à côté du garage d'Imelil. Il détient aussi des cartes aux tarifs habituels; il suffira à chaque montagnard d'inscrire son nom et la date sur le carnet tenu par le gardien.

De même pour le refuge de l'Ouka, prendre les clés et les cartes à la maison forestiere d'Iferghane auprès du garde Bouvier. En arrivant au refuge prendre connaissance du réglement et s'y conformer. Avant de partir d'un refuge s'assurer que les portes et fenêtres sont fermées. Les excursionistes sont considérés comme des adultes responsables.

Début septembre 1939 la guerre est déclarée.

1935-Pentecôte,AYACHI(3800m),M et Mme Stambach, P

En décembre 1939 on apprend que le CAF du Haut-Atlas a désormais un siège social donnant sur la place Djemaa el Fna, près du bureau des calèches de la ville. Le mercredi 13 décembre une réunion y était prévue pour l'organisation de la semaine de ski à Noël.

Sur la photo le Président ROCHÉ avec Mme et M. Jean STAMBACH, lequel sera le président de la section du CAF de Marrakech en 1942.

Dès ses premiers mois de mandat de président, Paul Roché apporte des nouveautés utiles et positives. Au contraire du Dr Pourtau il s'engage personnellement dans l'organisation des collectives et il fait en sorte que les responsabilités soient mieux réparties et les décisions collégiales. Il fait connaitre les adresses utiles des principaux acteurs (trésorier, secrétaire général, président), il obtient un local pour que le CAF dispose d'une vitrine sur la place Djemaa El Fna. Il rend l'accés aux refuges du CAF plus accessible en délégant.

Mais en cette fin d'année 1939 la guerre avec l'Allemagne envoie chacun à son poste de combat et Paul Roché est mobilisé pour partir en Tunisie. La section du Haut-Atlas marocain du CAF va devoir lui trouver un successeur. 

L'histoire reconstituée des vrais pionniers de la station de l'Oukaïmeden et de la création du Refuge Louis Neltner dans le Haut-Atlas honore le dynamisme des marrakchis des années 30 et condamne les intrigues de personnes "en qui nous estimons avoir toute confiance".

Nous invitons ceux qui disposeraient de documents, photos, articles de presse, récits de souvenirs à propos de ces anciens de la Section du CAF du Haut-Atlas et au delà les membres de LA HARKA (1934-1936) à se signaler à l'auteur du blog afin de les partager et de compléter leur histoire qui fait partie de l'histoire de Marrakech.