RUE DU CONTRÔLEUR JEAN PICHERAL

DEVENUE RUE EL QADI AYAD

Elle partait de l'Avenue de FRANCE à hauteur de la rue Blaise PASCAL, longeait le lycée technique Hassan II cher à Christian M. et le Jardin du HARTSI pour rejoindre la place du 4 Septembre.

La famille du contrôleur civil Jean Picheral nous a fait parvenir l'éloge funèbre prononcé à l'époque où le Général Charles Noguès était Résident général et où sévissait une épidémie de typhus particulièrement meurtrière y compris chez ceux qui se dépensaient sans compter pour soigner  les populations affectées et protéger celles qui n'étaient pas encore contaminées. Le discours prononcé le 28 janvier 1938 se trouve en conclusion de cette page. Nous le publions par hommage au contrôleur Jean Picheral et à tous ceux médecins ou autres qui sont décédés dans l'exercice de leurs fonctions au service du peuple marocain mais aussi parce qu'il constitue un document sur cette époque. 

Nous avons quelques noms de personnes, activités libérales ou d'entreprises dans cette rue; merci à celles ou ceux qui en auraient d'autres de les communiquer dans les commentaires.

N°10 – Services Français des Domaines
N°30 – Entreprise F. CALVARUSO ( Jean-Pierre KOFFEL)
N°36 - Famille Pierre CHAVANNE - Villa Asfi (voir sur la même famille avenue du General Lamothe - 26 novembre)

Sarah et Roger BOST, professeurs de piano

TAKIS Michel, assurances, crédits

Immeuble D.I.P. - RZETELNY Roger
DESTIEUX Gilbert Avocat
Villa Le Cornec -  M&Mme TANUGI, Christine SABATHIER

Ch. M. cherche M.-Ch. (Marie-Christine). Elle aurait habité autrefois cette rue. Si vous pouvez l'aider à la retrouver vous lui feriez très plaisir. ( Le 26 juin 2009, il apparait qu'ils se sont retrouvés)

DISCOURS prononcé à Marrakech le 28 janvier 1938

Par monsieur le MINISTRE PLENIPOTENTIAIRE DELEGUE A LA RESIDENCE GENERALE 

aux obsèques de Monsieur Jean PICHERAL, Contrôleur Civil Suppléant,

 

         La population de Marrakech est atteinte de nouveau d’un grand deuil, les Français de cette ville sont réunis une fois de plus pour rendre l’hommage suprême à l’un des leurs frappé à son poste dans l ’ exécution de son service.

 

         Une épreuve s’est depuis de longs mois abattue sur ce pays : la sécheresse avec ses conséquences, qui sont la famine et l’épidémie.  En d’autres temps les victimes se seraient comptées sans doute par dizaines de milliers. Mais cette fois, une véritable mobilisation a été ordonnée contre la disette et la mort.  Il est plus aisé d’en relever les imperfections inévitables que d’en mesurer l’ampleur vraie.

         Grâce à la science de nos médecins qui ont découvert un moyen de lutter contre le mal, grâce peut-être encore plus au courage qu’ils ont eu d’en généraliser l’emploi, grâce surtout au dévouement inlassable et dont vous avez été témoins, qu’ils ont apporté à son application, ce pays, et en particulier cette région ont été préservés d’une catastrophe.

         Grande et belle oeuvre discrètement accomplie qui aura été celle de tous les Français du Protectorat, aidés par la métropole.  Elle n’a pas exigé seulement des millions, elle a demandé, ce qui est plus précieux encore, une ferme résolution, un labeur soutenu et une immense abnégation.

 

         Car, hélas, cette mobilisation a eu elle aussi ses victimes, cette oeuvre ses martyrs; ils appartiennent à tous les rangs de notre colonie française, il y a eu des victimes parmi les hommes de bonne volonté qui se sont dévoués spontanément à l’organisation des soupes populaires, il y en eu parmi les fonctionnaires, parmi les infirmiers, parmi les médecins. Vous assistiez il n’y a pas quinze jours encore aux obsèques de M. le Capitaine-Médecin Broussole, frappé lui aussi en faisant son devoir; aujourd’hui nous pleurons un Contrôleur Civil, M. Jean PICHERAL. C’était un excellent agent, entré en 1930, très jeune encore puisqu’il n’avait que 25 ans, dans le Corps du Contrôle Civil, et qui partout où il est passé, à Khémisset, à Tedders, à Benahmed, surtout à El Borouj où il fut 2 ans chef de poste, s’était fait remarquer par son caractère droit, un attachement sans réserve à son métier, la sollicitude qu’il portait à ses administrés indigènes.  C’est pour reconnaître les services rendus par lui que ses chefs, au mois d’octobre dernier, l’avaient désigné pour la Circonscription de Marrakech-banlieue.  Jean PICHERAL, arrivé ici au mois de novembre, prit son service avec l’ardeur que lui paraissait  commander la situation. Il se donna de toutes ses forces à sa tâche nouvelle qui était de secourir une population menacée par la disette et exposée à la contagion.  Il n’épargna ni son temps ni sa peine; en bon Contrôleur, il effectua de fréquentes et pénibles tournées en tribus, il se consacra  particulièrement à l’organisation et à la surveillance-des centres d’hébergement de miséreux et des centres de vaccination anti-typhique»  II connaissait les risques auxquels il s’exposait. Il.ne voulut  pas en tenir compte.  C’est ainsi qu’il refusa d’interrompre son service lorsqu’ apparurent les premiers symptômes de la maladie, •qui devait l’emporter. c’était le 8 janvier; et ce n’est qu’une semaine plus tard que, terrassé par la fièvre, frappé d’un éblouissement quand il se rendait à son bureau, il consentit à se laisser soigner. Il lutta alors avec toute l’énergie de son jeune cœur contre le mal, et nous avons suivi avec angoisse les alternatives de ce dernier combat. Jean PICHERAL est tombé dans l’accomplissement de sa tâche, simplement, en digne fils d’un ancien combattant, en héritier d’une famille où, je le sais, la notion du devoir est traditionnelle.

          Devant ce deuil, nous ne pouvons, Madame, que nous incliner avec respect et exprimer notre sympathie désolée.  Je le fais au nom du Ministre des Affaires Etrangères et de M le Résident Général qui m’en ont expressément chargé au nom du Corps du Contrôle Civil qui considérait votre mari comme un de ses jeunes membres appelé à un brillant avenir, au nom de cette Région et de sa population française, de son chef, des autorités civiles et militaires de ses administrés indigènes, qui le respectaient et qui l’aimaient, parce que lui-même les respectait et les aimait.

            Nous sentons ce que vos enfants et vous avez perdu dans ce Chef de famille jeune, plein d’amour pour les siens nous sentons ce qu’il y a d’affreux dans votre déchirement quand vous évoquez ce qu’a été depuis 7 ans votre existence commune en ce pays, la route commencée alors dans l’espoir et que vous pouviez légitimement penser parcourir longtemps encore avec lui dans le bonheur; aussi, éprouvons-nous cruellement en présence d’un tel malheur 1’indiscrétion, la vanité de toute parole humaine. Le seul réconfort efficace qu’il nous peut être donné de vous apporter c’est, avec l’expression de la reconnaissance que le Protectorat et la France garderont à la mémoire de Jean PICHERAL, l’assurance que son sacrifice n’aura pas été inutile.  Il restera comme un exemple, un exemple pour les siens, ses enfants ne démériteront pas d’un tel père, un exemple pour le Corps du Contrôle Civil auquel il appartenait, un exemple pour cette ville et cette Région. Et surtout il atteste - comme celui du capitaine-médecin Broussole comme celui des infirmiers, des fonctionnaires et des volontaires que j’ai évoqués, la noblesse et la grandeur de la mission assumée par la France au Maroc.  Certes, trop souvent, depuis 50 ans, des Français se sont réunis sur cette terre pour adresser un dernier adieu à 1’un d’entre eux tombé à son poste.  L’ère de combats comme celle de la pacification est terminée, mais l’ère des sacrifices n’a pas encore trouvé son terme.  Il s’agit aujourd’hui de préserver une population entière de la famine et de l’épidémie; obscurément, avec une abnégation consciente, des Français ont fait leur devoir jusqu’à la mort.  Ils savaient servir ainsi la cause de la France. dans ce payset donner- son vrai sens à l’œuvre qu’elle y a entreprise, qui est une oeuvre de civilisation et d’humanité.

 

         Jean PICHERAL, Contrôleur Civil suppléant, titulaire de la médaille des Epidémies, bon ouvrier de notre tâche commune, reposez en paix. Vous avez fait tout votre devoir. Votre souvenir vivra dans ce pays que vous avez bien servi et dans nos coeurs.