LES OBSÈQUES DU FRÈRE FRANCISCAIN CHRISTOPHE LECLERC
C'EST DANS LA CHAPELLE DES FRANCISCAINS DE NANTES,
PUIS AU CIMETIÈRE SAINT-CLAIR DE NANTES QU'ELLES ONT EU LIEU
LE 31 MARS 2009.

Nicole Caillens nous rapporte ce qu'a vu Hélène, sa soeur: " Il n'y avait de fleurs que la couronne des amis qui se sont joints ( marrakchis)  et les fleurs préalablement déposées....
Son frère Eloi, très fatigué était soutenu par deux personnes. Une partie de la famille Leclerc était là, surtout des gens âgés....  Le corbillard ne roulait pas vite,... Au cimetière seulement une dizaine de personnes étaient présentes."

A la chapelle, le frère Gérard GUITTON, qui avait connu le frère Christophe à Tazert, avait choisi les textes bibliques et a donné l'homélie.
Les textes choisis furent les textes du jour: d'une part dans le premier testament: Nombres 21, 4b-9 et dans l'Évangile selon Saint-Jean: 8, 23-32.
Le frère Gérard, devenu franciscain après des études de médecine, a publié aux éditions Salvator: Découvrir Saint-François d'Assise (2004); Le mariage, quelle folie ! (2006); Comment (re)devenir chrétien (2008). Il lit les écritures:
Le peuple perdit courage en chemin. Le peuple se mit à critiquer Dieu et Moïse: "Pourquoi nous avez-vous fait monter d'Egypte? Pour que nous mourions dans le désert ! Car il n'y a ici ni pain ni eau et nous sommes dégoûtés de ce pain de misère!" Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents brûlants qui le mordirent, et il mourut un grand nombre de gens d'Israël.
Le peuple vint trouver Moïse en disant:"Nous avons péché en critiquant le seigneur et en te critiquant; intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents!" Moïse intercéda pour le peuple, et le seigneur lui dit: "Fais faire un serpent brûlant et fixe le à une hampe: quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve." Moïse fit un serpent d'airain et le fixa à une hampe; et lorsqu'un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d'airain et il avait la vie sauve.(Traduction oecuménique de la Bible)

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Moïse montre au peuple le serpent d'airain, élevé sur une hampe en forme de lettre "Tau", lettre hébraïque préférée des franciscains. Jésus fut aussi élevé, "il siège à la droite de Dieu..."

Jésus dit à ses détracteurs: "Vous êtes d'en bas; moi je suis d'en haut; vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde. C'est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. Si en effet, si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés."
Ils dirent alors:"Toi qui es-tu ?" Jésus leur répondit:"Ce que je ne cesse de vous dire depuis le commencement. En ce qui vous concerne, j'ai beaucoup à dire et à juger; mais celui qui m'a envoyé est véridique; et ce que j'ai entendu auprès de lui, c'est cela que je déclare au monde." Ils ne comprirent pas qu'il leur avait parlé du PÈRE. Jésus leur dit alors:"Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous connaîtrez que "JE SUIS" et que je ne fais rien de moi-même: je dis ce que le PÈRE m'a enseigné. celui qui m'a envoyé est avec moi: il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît." Alors qu'il parlait ainsi beaucoup crurent en lui. Jésus donc dit à ceux qui avaient cru en lui: "Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres." (Traduction oecuménique de la Bible)

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Vue de l'hermitage - dispensaire de Tazert, lieu cher aux frères franciscains du Maroc.

HOMÉLIE DU FRÈRE GÉRARD GUITTON:
Bien d’autres frères que moi auraient été mieux à même de parler aux obsèques de notre frère Christophe Leclerc, en particulier ceux qui l’ont connu depuis sa jeunesse franciscaine.
    Je ne reviens pas sur le déroulé de sa vie et les événements dramatiques de la guerre, que nous savons. Je retiens pour ma part qu’il était un homme débordant de l’évangile vécu au quotidien ; un homme de volonté et d’action, toujours à l’affût d’un service matériel à accomplir car il était d’une habileté manuelle remarquable, et en même temps attentif à tous, sachant s’arrêter pour accueillir avec l’esprit de simplicité de saint François.

    Je voudrai rapporter deux souvenirs précis vécus à ses côtés : à Tazert et à Célony. Tout d’abord en 1968, j’ai passé un été merveilleux (et fort caniculaire !) à l’ermitage de Tazert pour remplacer un frère infirmier parti en France se reposer. C’est le frère Christophe qui a organisé ma venue, m’a accueilli et a tout fait pour rendre mon séjour agréable. J’ai apprécié son accueil simple et attentif à l’autre. Il n’avait pas son pareil pour accomplir toutes les tâches matérielles comme il y en a dans tous les postes de brousse : descendre au fond du puits pour le nettoyer, améliorer les peintures, s’occuper des malades s’il n’y avait personne d’autre, veiller à l’état du jardin, et j’ajoute (faisant référence à la première lecture) qu’il était très habile pour neutraliser l’action maléfique des serpents ! Il était présent aussi à la cuisine ; et pour la petite histoire, c’est à Tazert, en plein pays marocain, grâce à Christophe, que j’ai découvert ce qu’était un far breton !
    Il pratiquait l’accueil de ceux et celles qui se présentaient à la fraternité, et il le faisait avec discernement, bonté et… fermeté quand c’était nécessaire.
    Pendant ces deux mois, nous avons prié tous les deux dans l’oratoire, à l’ombre de la tombe du frère Charles-André Poissonnier… Et enfin nous recevions parfois la visite du frère Abel Fauc, qui devait se reposer dans un lieu moins torride en plein été marocain. !

    Ces dernières années, il m’arrivait de passer quelques heures à Célony ; Christophe était toujours là pour améliorer la vie de la fraternité, attentif aux soins du jardin, aux arbres à tailler, aux fruits qui mûrissaient… ou ne mûrissaient pas assez à cause de la sécheresse !

    Christophe était un homme de foi vécue dans le silence. Il était toujours « en marche » pour reprendre les termes de la lecture, mais contrairement au peuple de Moïse, il ne récriminait pas, il acceptait les conditions qui lui étaient imposées. Il était tendu vers la vie de Jésus mort et ressuscité. Et il était en accord avec les paroles que nous venons d’entendre : il était un homme libre, parce qu’il vivait de la vérité de Jésus.

    Enfin Christophe était un homme de souffrance, souffrance cachée au cœur de la croix du Christ. Les souffrances, il en avait connues plus que son compte à 20 ans, avec d’autres frères franciscains. Mais il ne parlait jamais de ce passé crucifiant. Et en ces derniers temps de vie terrestre, il a vécu dans le même silence une autre souffrance qu’il ne pouvait partager avec quiconque : l’ultime maladie qui l’a emporté en quelques semaines, et qui a semblé à ceux qui l’ont approché, tellement rapide et implacable. Sans doute la portait-il en silence depuis de longs mois !

   

Jésus vient de nous dire : « moi je suis d’en haut, vous, vous êtes d’en bas ». Ainsi, après avoir sans cesse contemplé Jésus en vivant « en bas » dans des services quotidiens ininterrompus, il a rencontré Jésus qui lui a dit : frère Christophe, je t’appelle à vivre maintenant « en haut », avec moi pour toujours.