LA BASE ECOLE 707 À L'ÂGE SCOLAIRE

JEAN CLAUDE DAVID NOUS A FAIT REVIVRE PAR SES PHOTOS ET SES SOUVENIRS CE QUE REPRÉSENTAIT LA BASE AERIENNE POUR UN APPELÉ DE LA CLASSE 48.

A SON TOUR, JEAN JACQUES MILHAU ( FILS D'UN OFFICIER D'AVIATION ET DE Mme MILHAU, PROFESSEUR DE LETTRES AU LYCÉE MANGIN) NOUS DÉCRIT SES SOUVENIRS AVEC DES YEUX D'ÉCOLIERS.

DEPUIS SA MAISON IL VOYAIT L'ÉCOLE

 

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Jean-Jacques écrit: "Je tombe sur une photo qui, celle-ci est sûre, vient de la base 707. C'était un logement en bordure de terrains vagues derrière les hangars de peut-être l'aéro club,en tout cas de pistes et des avions. Nous avons habité là d'abord, avant une villa dans un jardin.

J'ai pu retourner sur la Base lors d'un voyage, j'avais encore dans les années 90 un beau-frère officier aviateur marocain qui me l'avait permis."

En regardant cette photo Jean-Louis Roy, écolier vers la même époque, commente:" Je pense que tu ne devais pas habiter très loin des familles Masson, Vershodt, Zarella. J'étais au Lycée Mangin avec les enfants de ces familles, la plus connue était celle des Masson, avec 10 ou 11 enfants, ils habitaient près de l'aéroclub et derrière l'école primaire de la base."

L'école primaire, c'est précisément ce que Jean-Jacques voyait en descendant l'escalier de la photo ci-dessus: Il est possible de la distinguer derrière Fatma et la petite famille ci-dessous.

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Une autre photo permet aussi de voir l'école derrière la tente canadienne installée pour jouer aux indiens peaux-rouges.

 

ecole_707

Jean-Jacques confirme: " Au delà des personnages et de la tente,on aperçoit les bâtiments préfabriqués de l'école sur la Base 707 en bout de jardin, que l'on voyait en descendant l'escalier de la photo précedente!!! Quel véritable puzzle que la Mémoire!! Non?"

Mais comment retrouver ses souvenirs, une carte permettrait-elle de se repérer ?
CarteEtatMajorOct1953

Une carte ( éditée en 1953) montre les bâtiments de la base entre les pistes et les jardins de la Menara mais sans beaucoup de précision. Comment situer l'école ? Merci à Jean-Jacques pour ces photographies accompagnées de ses souvenirs. Les anciens de la Base aérienne peuvent les compléter dans les commentaires.

Quand les repères nous échappent reste alors la poésie des mots et des phrases. Jean-Jacques, à la manière de Georges Pérec dans LES CHOSES nous offre une promenade dans sa mémoire d'écolier:
"Je me souviens d'une église et d'un cinéma sur la Base707, le Dimanche. A l'époque, j'allais y voir ces westerns qu'on ne voit plus, où de sombres Peaux-Rouges attaquaient les Convois de Diligences en Hurlant.
Je me souviens que La Base était un Camp Militaire où nous vivions, nous, rassemblés et gardés par des soldats devant lesquels nous devions passer pour aller en ville au Marché Central par exemple. Je me souviens des avions, des hangars, des pistes et des avions, des T6 jaunes, de vieux Junkers, de gros Nord-Atlas. Je me souviens des montagnes enneigées, au loin, au fond du ciel bleu.
Je me souviens d'un grand portail fermé net au bout de la rue où j'habitais, de l'autre côté des hommes parlaient arabe en cueillant les oranges sur les arbres. Je me souviens que l'un d'eux, une fois, m'en a donné une à travers le portail ou plutôt que je lui en ai demandé une, ou était ce un autre fois, je ne me souviens plus à dire vrai. C'est comme s'il ne comprenait pas, l'un d'eux a fait mine de s'approcher et je crois que j'ai eu peur, malgré ce portail.
Je me souviens que les Adultes parlaient entre eux des Évènements.
Je me souviens avoir fait une course de vélo avec des copains. Dans mon élan je suis arrivé le premier mais.. en heurtant le Portail et en m'ouvrant une arcade sourcilIère, pour n'avoir pas freiné à temps.
Je me souviens de la fenêtre grand-ouverte la nuit et de ma mère me montrant une lumière clignotant dans le ciel. Je me souviens qu'elle me disait que mon père était en Vol de Nuit, c'était comme ça je crois qu'elle disait.
Je me souviens qu'il fallait par contre fermer Tout hermétiquement, quand un nuage de sauterelles menaçait, ce qui arrivait.
Je me souviens de l'Adjudant Minette, un voisin peut-être.
Je me souviens de l'Ecole où Mme Roggero m'a accueilli une fois en me demandant si c'était un garçon ou une fille."

Jean-Jacques habite le midi de la France, et envoyant ces photos par e-mail les souvenirs d'autrefois vinrent se mêler à l'ambiance de la soirée: " Il régnait ici hier soir, jusque tard dans la nuit une atmosphère parfaitement "marocaine" de chaleur, de luminosité, d'odeurs et de sonorités. J'en étais comme ému."

Le projet de ce blog rejoint la démarche de Georges Pérec dans son livre quand il écrit je me souviens...: « des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d'État, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive cependant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie. »

Chacun peut écrire à son tour dans les commentaires: "Je me souviens..."