UN PROFESSEUR APPRÉCIÉ DES LYCÉES MANGIN ET VICTOR HUGO

JEAN-PAUL BERNIÉ NOUS PARLE

DE SON PROFESSEUR PAUL FIOUX 4220

Je voudrais ici rendre hommage à Paul FIOUX, qui fut mon professeur de français, latin et grec à Mangin en 1958-1959 et en 1959-1960. A l’occasion de son décès en Août 2005, j’ai vu remonter à la surface toutes sortes de souvenirs : de son savoir, qui était immense ; de sa présence, toujours chaleureuse et bienveillante sauf quand certains de nos comportements d’adolescents à cervelle de linotte déclenchaient de brusques éclats de colère indignée (toujours fugitifs) ; de sa méthode, toujours très structurante : une notion, même complexe, était toujours bien assimilée et à la bonne place quand on avait suivi son parcours ; de son humanisme enfin, car cet homme qui n’avait pas hésité, hors du lycée, à marquer sa solidarité avec le tiers-monde (à l’époque en plein mouvement de libération), savait rester neutre en classe, mais sans pouvoir dissimuler la sympathie profonde que lui inspirait tel texte de Montaigne sur les Indiens d’Amérique, ou la curiosité empathique d’Hérodote pour telle population d’Asie : à la hauteur de nos petits cerveaux d’adolescents, et avant d’apprendre à philosopher, nous étions mis en contact avec cet universalisme de la culture classique, qui aurait pu être la source d’une belle rencontre entre incroyance et foi si quelqu’un s’était avisé de mettre Paul Fioux, incroyant, en dialogue avec le Père Christophe, notre aumônier (dont les lecteurs de ce blog ont déjà entendu parler…) : autour de visions convergentes du rapport à l’Autre…

UNE CLASSE D'EXCEPTION

Les hasards administratifs m’ont amené à vivre en 59-60 une expérience de mini-classe : la Seconde littéraire à latin du Lycée Mangin comportait 9 élèves (voir la photo ci-dessous) ! Autour de Paul Fioux, les progrès de ce microcosme ont été spectaculaires, et ont joué un grand rôle dans notre réussite massive l’année suivante, lors du « Premier bacc ». Car en Première, nos apprentissages ne furent pas guidés de la même manière…

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Jean-Paul Bernié, Ginette Hakim, Sylvia Abitbol, Claude Bousseau, Mr Paul Fioux, Jackie Veyssière, Michèle Masson, Odile Martin, Viviane Claverie, André Pabst.

UN PIED À L'ÉTRIER...

J’ai commencé ma carrière comme professeur de français-latin-grec dans le Secondaire, moi aussi, et je dois dire qu’avec l’enseignement reçu de M. Leynaud, en 5ème au Lycée Gouraud de Rabat, celui de Paul Fioux a joué un rôle déterminant dans ma décision de continuer dans cette voie. Aujourd’hui encore, après 25 ans d’enseignement de linguistique à l’université, je vois toujours revenir des réminiscences de son apport quand il s’agit de s’interroger sur tel ou tel phénomène d’actualité : non pas des réponses toutes faites, mais un moyen de se tenir en éveil… Tout simplement : merci.

ARTICLE DU DAUPHINÉ LIBÉRÉ DU 25 MAI 1999

(en 1968, Paul Fioux est devenu professeur au Lycée Champollion à Grenoble)

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"En souvenir de cette période de bonheur"

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Paul Fioux, correcteur de la copie d'examen du futur Hassan II

Le texte complet de l'article transcrit ci-dessous:

Paul Fioux est un homme très discret. L’autre soir, lorsqu’Elizabeth Guigou est venue inaugurer la place Victor Schoelcher, devant le « Prisme » à Seyssins (Isère), il ne s’est pas rué aux côtés des personnalités. En costume de ville avec une casquette blanche à la Charly Gaul, il a patiemment attendu que les « officiels », préfet, chef de cabinet, député-maire fussent entrés. Le ballet des Safrane, ça ne le concernait pas.

« J’ai attendu l’arrivée de Madame le garde des Sceaux. Et comme je ne l’ai pas vue descendre de voiture, je suis resté dehors. Après, je suis allé voir le député-maire Didier Migaud, qui m’a conduit à elle. Ca m’a fait très plaisir de la revoir en chair et en os. C’était une élève douée et discrète. Et sa famille était très connue. M. Vallier, son papa, était un industriel très estimé qui produisait une très bonne confiture d’abricot et son grand-père était un éminent radiesthésiste ».

Mme la ministre a été très émue lorsque Paul Fioux lui a montré une photo de sa classe de seconde au lycée de Marrakech. « Oh ! Je me reconnais, c’est extraordinaire de revoir cette époque. », lui a-t-elle dit, en signant le document : Pour M. Fioux, qui fut notre professeur à Marrakech, en souvenir de cette période de bonheur. Avec toute mon amitié, Elizabeth Guigou ». Et elle est repartie pour Paris.

Aujourd’hui Paul Fioux est un homme tranquille, À quatre-vingt quatre ans, -« je suis né un 29 novembre comme Pinochet ! » - M. le professeur ne corrige plus les copies de ses brillants élèves de « taupe » ou de prépa véto, et ne fait pas non plus de version latine comme le président Pompidou lorsqu’il descendait, l’été, au fort de Brégançon. Le lycée Champollion, c’est du passé. « Mais, je n’ai pas oublié mes collègues. On a d’ailleurs rendez-vous le 30 mai pour un repas ».

De ses années Champollion, M. Fioux garde un très bon souvenir, même s’il fut accueilli comme « un colonialiste », Mais c’est Marrakech qu’il a vraiment aimé. « Après mon agrégation de grammaire, j’ai quitté Clermont-Ferrand. Je n’ai pas fait Normale Sup’ ; je suis allé enseigner au Maroc dès 1941, à Casablanca, jusqu’en 1954, avec trois ans d’interruption dans l’armée. En qualité de membre du jury au baccalauréat, j’ai eu le grand honneur de corriger la copie de Hassan II. Il était très doué et sa copie d’arabe était d’une excellente calligraphie. L’arabe, c’est de l’art ! »

Et après cette magnifique expérience, je suis arrivé à Champollion » - le plus grand lycée de Grenoble – « en 1968, par amour de la montagne. Car j’étais aussi président du C.A.F. à Marrakech. Où les montagnes (Djebilets) ne sont que des collines… » « C’est là que j’ai eu comme élève Agnès Bonnet de Sorel, qui devint l’actrice que l’on sait ».

Véritable petit Mozart du latin, du grec et de grammaire, Paul Fioux a su faire apprécier ces disciplines à des centaines d’élèves des petites classes comme des prépas. « J’ai fait faire des millions de dictées et j’avoue modestement avoir été un professeur consciencieux. Aujourd’hui, plus personne ne respecte le français. MM. Toubon et Allègre, l’un énarque, l’autre professeur, commettent des fautes impardonnables. Et qui étudie encore le latin et le grec ? Plus personne ». « J’ai deux petits fils. L’un fait ses études de médecine, l’autre d’éducation physique. Eux aussi font des fautes ! »

Paul Fioux, lui, n’en fait pas. « Je fais des mots croisés. C’est bon pour la santé mentale. Et pour le physique, je roule à vélo ». Un vrai vélo, pas un VTT ( « ça, c’est pour les éléphants ») avec lequel il va voir Mme Morenas, sa boulangère, ou M. Lotito, son banquier, qui furent ses élèves. Trente ans ont passé. Les copies des anciens potaches jaunissent aux archives de Champollion. Finalement M. Fioux a aimé tous ses élèves, de taupe ou de véto. Tous, d’où qu’ils vinssent. Il fallait bien finir sur un imparfait du subjonctif…

François Cazeneuve


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La 2e1 du Lycée mangin avec la future Garde des sceaux.

Qui contribuera à reconnaitre les visages de cette classe et communiquera leurs noms?

Merci à Jean-Marc Berger pour sa documentation sur la presse d' Isère-Ardèche.

A l'instar de Jean-Paul Bernié, les anciens élèves peuvent témoigner dans les commentaires de leurs années lycée avec leur ancien professeur Paul Fioux et de ce qu'ils lui doivent aujourd'hui.