NOTRE-DAME DES ANGES, CHAPELLE DE DERB NAKOUS AU RIAD ZITOUN JDID

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L'église Notre dame des Anges - Derb Nakous (rue de la cloche)

Photo Le Marigny 1914

Les marocains appelèrent la rue Derb Nakous à cause de l'église et de sa cloche.

L'islam a son début avait hésité à appeler les fidèles à la prière avec une cloche, les chrétiens le faisaient déjà. Ce fut le chant du muezzin qui fut choisi, doublé par l'oriflamme de couleur blanche issée sur une hampe au sommet du minaret de la mosquée pour ceux qui entendaient mal mais voyaient bien.

L'ORIGINE DE NOTRE DAME DES ANGES:
D'après Claude POMARES et sa femme Chantal ( née CHRETIEN) qui vivent toujours à Marrakech et s'occupent de l'entretien de l'église des Saints-Martyrs:
"Vers 1913, les Franciscains Français arrivant dans le pays, le père Apollinaire Colombié ouvrait dans la médina de Marrakech une modeste chapelle, dédiée à Notre Dame des Anges au derb Nakous, qui ferma ses portes en 1961. Le père Gilles Pégurier ( qui avait pris l'habit franciscain à Pau en octobre 1944) en fut le père curé (professeur de sociologie en faculté) aujourd'hui retraité, s'occupant d'une fondation, le Majal, et demeurant avec trois autres prêtres à l'église des Saints Martyrs."


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L'autel tel qu'il était en 1921 du temps du Père Roger Guillemotte, aumônier militaire

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Collection Halfaoui - Les 23 communiants en mai 1934, avec le frère franciscain, le Père Ange Koller. Qui reconnaitra des visages ?

Roger BEAU qui nous a transmis l'information sur l'origine de cette chapelle ajoute à titre personnel: "Au milieu des années 1940, j'ai fait mon catéchisme  dans cette chapelle de Notre Dame des Anges (dont j'ignorais totalement le nom, car en ces temps là, nous disions simplement l'église de la médina). Le derb Nakous porte toujours le même nom, du moins portait toujours le même nom lors de notre visite à Marrakech en 2005."

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La dernière célébration pour les nouveaux communiants y eut lieu le 19 mai 1957, Marie-France Bechara s'en souvient et ajoute sa pierre à l'édifice des souvenirs avec la photo ci-dessus et quelques mots :
"Quand je suis allée à Marrakech en 2008 , mes pas m’ont conduite sans la moindre hésitation vers ce derb et c’est avec une intense émotion que je l’ai parcouru …Mon corps tout entier se souvenait.

La cloche a disparu hélas…Je me suis entretenue avec un homme qui se trouvait sur le pas de sa porte, à hauteur de l'entrée de la chapelle . Il m'a confirmé que c'était là qu'elle se tenait .Il l'avait connue en activité . J'y ai suivi tout mon catéchisme et j'y ai fait ma communion.

Elle avait été brulée et le prêtre de l'époque (Le père Gilles ) l'avait restaurée. Nous étions cinq communiants (Michel Martinez, Jean-François Biggi , Monique Tremel , ? Torondel et moi ). C'était la dernière célébration de communion en ces lieux : le 19 mai 1957…

L'autel se tenait au centre de l'église après la restauration. Le prêtre officiait face aux fidèles : c’était nouveau! Les murs avaient été refaits en crépi blanc et des troncs de palmiers faisaient office de cimaises tout autour de la salle .
La messe était dite en français…
Il me semble avoir compris que le père Gilles vivait encore à Marrakech .. Il doit être bien âgé …
Cette église de la Médina m’est très chère. J’y ai des souvenirs de mon enfance qu’il me serait douloureux de perdre un jour …"

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La photo ci dessus prise par Marcel Martin avec les amis du "serment des brochettes" est de décembre 2008, le bâtiment de l'ancienne chapelle a été légèrement surélevé, une petite fenêtre supplémentaire observe la rue et la cloche a disparu.

Avec le Protectorat signé le 30 mars 1912, les religieux espagnols, qui jusque là étaient installés dans le mellah, parce qu'ils n'étaient pas autorisés à s'installer ailleurs, laissèrent la place à des frères franciscains français qui purent s'installer au Riad Zitoun Jdid.

Voilà ce qu'écrivait un médecin originaire de Jersey, (île anglo-normande) et de confession anglicane en 1790 à propos des frères espagnols: "Les religieux espagnols qui ont un petit couvent dans le quartier des Juifs, où ils se sont établis pour le rachat des captifs, me firent beaucoup d’offres de services. Ils se regardaient comme de la même profession que moi, parce qu’ils soignaient les malades et distribuaient gratuitement des médecines aux pauvres. Malheureusement je n’entendais point l’espagnol. Nous ne pouvions nous parler que par interprète, ce qui mettait de grandes entraves à notre commerce (notre communication). Combien sont respectables ces dignes religieux qui se vouent à passer leur vie chez un peuple (barbare) où ils sont exposés aux caprices et à l’insolence d’un maître qui les traite comme les derniers de ses sujets ! La seule récompense qu’ils puissent avoir d’un si généreux dévouement est la satisfaction de venir au secours des malheureux. Ces hommes bienfaisants n’étaient occupés que d’exercices de piété et de bonnes œuvres. Non seulement ils administraient des remèdes aux pauvres, mais encore ils s e chargeaient de leur donner de l’instruction." Quelques mois plus tard à l'occasion de la mort du sultan Sidi Mohammed et de la période troublée qui se prolongeait jusqu'à ce qu'un successeur prenne le pouvoir, le mellah fut pillé et tous ses habitants eurent à se réfugier dans le palais impérial.

Depuis longtemps des messes étaient célébrées à Marrakech, car il y avait des mercenaires chrétiens qui servaient l'armée marocaine. Que les prêtres parlent espagnol, ne posait pas trop de problèmes de compréhension aux européens dont la langue maternelle différait puisque les messes étaient en latin, sauf l'homélie et la prière universelle. Avec le Protectorat la langue française, à côté du latin, devenait la langue officielle de l'Église catholique romaine. La chapelle de la rue Regnault ne sera construite qu'en 1919, la première messe en français eut lieu en plein air en 1912 à Dar Beida. Le Père Fabre la célébra. Sur la photo ci-dessous prise par Maillet, il est possible de voir quelques marocains y assister.

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Merci à Marie-France Béchara, Jean-Marc Berger, Marcel Martin, Halfaoui et Roger Beau pour ces renseignements, photos et témoignages. D'autres auront aussi des souvenirs et des photographies de la chapelle de Notre Dame des Anges et voudront les partager.