ROGER BEAU NOUS PRÉSENTE UN PROJET D'ÉCRITURE À PLUSIEURS MAINS

Il existe quelques livres d'anciens marrakchis sur plusieurs aspects de notre histoire. Par exemple le livre de Daniel LERAIS paru en 2000 aux Ed. Alzieu: IL ÉTAIT UNE FOIS... À MARRAKECH, mais épuisé ou presque. Il faudrait citer aussi le livre inédit de Jean-Pierre KOFFEL, AU JOUR LES JOURS, SOUVENIRS qui n'a pas été publié sinon en extraits, ou le livre d'André HARDY, SIDI EL HAKEM paru en 2003. SALAM MARRAKECH contribue à rassembler nos souvenirs  aussi sous forme d'articles. À l'inverse beaucoup d'autres livres qui ont Marrakech dans leur titre traitent de tout autre chose.

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 Quelques nouveaux livres sur la mémoire et les souvenirs des communautés marrakchies à cette époque sont en voie d'être édités; des échos de Tajines ou de Mellah parviennent à nos oreilles. Le projet de Roger BEAU est différent, il présente un projet de livre écrit "à plusieurs mains".  Roger Beau le présente:

Pour une histoire des vécus des anciens de Marrakech

   Pourquoi envisager une telle chronique ?

Il y a presque un siècle, à Marrakech, parmi nos grands parents et parents, qui aurait pu imaginer que sur l'Île de la Barthelasse près d'Avignon résonnerait, une fois l'an, l’accent, les appels et les rires de gens venus de partout pour retrouver leur passé de marrakchis. 

Il y a cinquante ans, aucun de ceux qui, à la veille d’essaimer de par le monde, abandonnaient à jamais ce lieu qu’ils avaient pris pour leur terroir, ne pensait retrouver dans ce petit coin au bord du Rhône, toutes ces femmes et tous ces hommes aujourd’hui éparpillés.

Il y a vingt cinq ans, personne ne pouvait supposer que par la volonté de deux gars de là-bas, je veux nommer Robert LUCKÉ et Georges VANVADELIS, nous replongerions un jour dans l’ambiance de notre passé évanoui.

Et dans vingt, dans cinquante ou dans cent ans, qui se souviendra de tout cela ?

On nous avait fait croire que Marrakech serait éternellement la ville de notre séjour sur terre. Plus tard on nous a fait comprendre qu’il nous fallait aller voir ailleurs ce qui s’y passait. Conjointement, on nous retirait tous nos souvenirs. Même notre qualification de pieds noirs fut étendue à ceux qui reniaient et renient toujours celle de troncs de figuiers qu’ils ont sans doute jugé péjorative.

Depuis la nuit des temps, des peuples ont été et, à notre époque, sont encore déracinés. Tous ont officiellement été qualifiés d’exilés par les historiens. Tous sauf nous. Qui aujourd’hui écrit une ligne, prononce un mot en souvenir de ces anciens du Maroc, a fortiori de ces anciens de Marrakech. Si une pensée fugace émerge de ce silence, c’est pour nous imaginer hier, riches colonialistes, au volant de belles voitures américaines acquises en faisant suer le burnous à des marocains que nous avions colonisés, pardon que nous étions chargés de soutenir, Protectorat oblige !

Si nous voulons rendre à César ce qui appartient à César, nous faut-il nous-même retracer la vérité, ... en révélant nos souvenirs, notre quotidien ? Si un jour nos écrits tombaient aux mains d’historiens sincères, ils auraient ainsi tout loisir de nous rendre justice. De plus, nos descendants soucieux de leurs ancêtres y puiseraient nos souvenirs.

·       Qui pourrait participer à cette réalisation ? 

Pour concrétiser cette tâche, il nous faudrait le plus grand nombre de volontaires possible. En effet, personne ne peut avoir la prétention ni ne disposer du recul suffisant pour rédiger seul un tel mémoire. Un auteur unique, aussi qualifié serait-il, ne pourrait prendre suffisamment de hauteur, et sa production ne représenterait jamais qu’un aspect de nos comportements au travers d’une vision unique, donc entachée de partialité.

Je sais qu’il est difficile d’écrire mais je certifie que seul le premier pas compte.

Je sais que chacun éprouvera de la retenue à s’exposer ainsi à la critique. Cependant, regardons autour de nous : les média ne redoutent plus rien de tel aujourd’hui. Les faits qu’ils narrent sont parfois d’un tel niveau que nul parmi nous ne pourra craindre, en écrivant avec son cœur et ses tripes, la comparaison avec ceux là mêmes qui se présentent comme des rapporteurs de la vie quotidienne. Leur rôle est clientéliste, le nôtre sera de conter la vérité.

·       Comment pourrait s’articuler ces annales ?

Chaque volontaire extirperait un texte enfoui dans ses souvenirs, quelques anecdotes concernant sa vie à Marrakech entre le moment ou il y est arrivé (ou celui de sa naissance), et le jour de son départ, si tel est le cas, quelle que soit la durée de son séjour là-bas.

Certains vont m’opposer que ces textes risquent de présenter des redites. Pouvons-nous affirmer que le même événement, développé par deux personnes différentes, sera relaté de la même manière ? Au long de notre carrière, chacun de nous a du rencontrer des spectateurs de la même scène qui n’ont pas vu se dérouler exactement la même action.

·       Quelle forme pourrait prendre ce mémoire ?

Chaque auteur aurait le choix de la taille de son récit. (une à dix pages)

Chaque production constituerait un chapitre distinct.

Le nom (celui de jeune fille pour les femmes mariées) et le prénom de l’auteur et sa date de naissance ou d’arrivée à Marrakech formeraient le titre du chapitre. La date permettrait d’ordonner les chapitres par ordre chronologique croissant.

·       Des titres possibles

Il s’agit là de premières suggestions émanant de Georges Flores ou de moi-même. Cependant aucune ne nous emballait et  je demande à chacun de réfléchir à ce sujet :

Mamie, Papy, raconte moi Marrakech

Histoires d’autrefois et d’outre-mer

Devoir de mémoire

Ouled Marrakech

·       L’auteur théorique de ces annales

                                 CHKOUN Ana 

En ce qui concerne mon choix d’auteur, il s'explique reprenant deux critères essentiels du projet :

D’une part il représente véritablement l’idée d’un travail collectif, tout en évoquant d’autre part un souvenir fort de notre vécu à Marrakech : En effet, quand l’un de nous rendait visite à l’un de ses copains en médina ou au mellah, pour signaler sa présence, il fallait faire fonctionner le heurtoir en forme de main de femme. La question fusait immédiatement : CHKOUN ? (Qui c’est ?).  Et la réponse était invariablement : ANA ! (Moi !). D'où le Chkoun comme patronyme et Ana comme prénom.

D’autre part ce mémoire n’émanant pas d’un auteur unique, mais de nombreux anciens de Marrakech. A la question CHKOUN ? (Qui a écrit ?), on ne découvrira le ANA qu’au fil des chapitres. Le lecteur ne découvrira qu’au fil des chapitres celle ou celui qui a rédigé sa participation.

Les anciens que j’avais contactés en 2004 considéraient que c’était un travail d’envergure, mais personne ne trouvait l’idée ridicule. La difficulté résidait alors dans la recherche d'un imprimeur. Avec le développement des blogs via internet et grâce au site MANGIN@MARRAKECH cet obstacle devrait avoir disparu.

Roger BEAU

Le Blog MANGIN@MARRAKECH  soumet l'idée de Roger BEAU à ses lecteurs et rédacteurs de commentaires. Déjà le blog a réuni plusieurs récits qui pourraient constituer ce recueil, par exemple ceux de Maurice CALAS sur le Championnat de Ski de 1949 ou sur l'Effondrement du Roxy ou encore sur Les habitants de la rue Maginot. Jean-Claude DAVID et d'autres nous ont parlé de la Base 707, Jean Paul BERNIÉ du Frère CHRISTOPHE. Certains commentaires pourraient être transformés en chapitres comme celui d'Alain JAMET sur Paul CHAVANNE, les souvenirs de Martine HARDY sur Gaston GUILHAUME ou celui de Michel DUPRÉ sur l'École du Guéliz de même que beaucoup d'autres récits apportés par les fidèles commentatrices et commentateurs du Blog qui se reconnaîtrons et qui en font sa richesse. Nous aimerions que ce projet d'écriture "à plusieurs mains" concerne les différentes cultures présentes à Marrakech; des amis comme Hassan AZDOD ou Azor le petit berbère de même que Thérèse ZRIHEN ou David SIBONY pourraient élargir le champ des souvenirs. Que pensent les anciens marrakchis d'un recueil de récits de souvenirs provenant d'auteurs différents? Quelles pistes suggérer ? Merci de partager vos textes et commentaires.

LES PREMIERS COMMENTAIRES NOUS ENCOURAGENT: (voir en bas de page)

Oui Blandine, les souvenirs des enfants et des adolescents intéressent aussi. C'est important de savoir comment les enfants voyaient la vie à Marrakech. La pensaient-ils comme leurs parents ?  Ont-ils retenu des aspects que les adultes auraient oubliés ? La mémoire des uns est-elle la même que la mémoire des autres ? 

Georges, nous comptons sur toi pour nous relater un épisode important de la vie du Marrakech que tu as connu. 

Bravo Mohamed pour l'indication de ce livre qui ne semble pas être encore en vente sur internet, mais dont nous attendons la parution.

Oui Hassan, les témoignages des uns entraîneront les récits des autres. Nous aurons ainsi une grande diversité et de multiples richesses. Que vas-tu nous raconter ?

 

Merci Sylvaine de te proposer, tu as beaucoup à dire. Le mieux est que tu choisisses un sujet qui te plaise. Tu envoies ton texte à "contactez l'auteur" et il sera présenté comme un des chapitres de notre livre commun. 

"Porter la flamme ou réanimer les braises" c'est bien ce que ce livre à plusieurs mains voudrait permettre. Merci Jean-Louis pour ton soutien.

Marie-France, tous les Marrakch'amis comptent sur toi pour participer à la concrétisation de ce projet.

Jean-Marc, on s'étonnait que tu n'aies pas réagi plus tôt ! Biensur qu'on attend ta participation enjouée avec beaucoup d'intérêt.

La procédure à suivre ? Il est proposé dans un premier temps de publier sur le blog chacun des articles en ajoutant à la fin de courtes indications sur l'auteur et l'époque des faits selon ce que propose Roger Beau. Mais probablement Sylvaine, Blandine et Patricia et d'autres ont des propositions à faire en matière de procédure. Marcel Martin pourra aussi nous faire part des précautions à prendre. Merci de partager vos réflexions avec les Marrakch'amis.

 

Jean-Pierre Mreches se joint aux participants et ouvre une nouvelle question, celle de l'analyse d'une telle entreprise. Peutêtre pense-t-il à l'importance de pouvoir exprimer ses souvenirs afin que le passage par l'écrit les libère ? En effet la version officielle concernant cette période n'a laissé place à aucune autre puisque ceux qui ont suivi ont souvent préféré la langue de bois. Peut être Jean-Pierre pense aussi à une conclusion faisant appel au regard scientifique d'un historien du XXe siècle ou d'un sociologue des mémoires collectives ? Peut être Jean-Pierre veut souligner le caractère unique d'une communauté dispersée et pourtant soudée, de nombreux exemples en faisant foi, dont Salam Marrakech et son Moussem d'Avignon ? Oui la question d'une analyse se posera; merci Jean-Pierre d'en esquisser l'architecture.

Francine (qui a fait toute son adolescence à Marrakech et qui n'oubliera jamais ces belles années) a certainement des souvenirs de son adolescence à nous faire partager.

Que chacun réfléchisse à un récit, à une procédure et partage avec tous.

 © Pour mettre en place la protection à laquelle Marcel fait référence, la mention du copyright sera apposée au début et à la fin de chacun des textes, dès sa parution sur le blog, avec la mention de l'auteur et la date de publication.

 © L'édition sur un livre collectif ne pourra se faire sans l'accord de l'auteur du texte.

STATISTIQUESCe dimanche 14 MARS le BLOG MANGIN@MARRAKECH ouvre sa 300 ème page depuis le 17 septembre 2008 et a reçu 48995 visites pour un  total de 131084 pages vues. Moyenne journalière sur la dernière semaine 77 nouveaux visiteurs et 94 déjà connus.