CHKOUN ANA

Sylvaine raconte les seize plus belles années de son enfance à son adolescence dans la région de Marrakech, du jour de sa naissance au jour de son brusque déracinement. Elle décrit une enfance heureuse entre le bled et la ville, entre les marocains et les européens, dans le contexte historique du Protectorat tirant sur sa fin. Une enfance banale serait-on tenté de dire, beaucoup y reconnaîtront la leur. Banale pas si sûr ! Sylvaine raconte aussi sa manière de vivre l'institution scolaire, celle d'un cheval sauvage indomptable ruant dans un manège trop étroit pour son horizon.

4a2J6aG4gac64xk&usg=AFQjCNF1wTe7P3wx39nblono-Ylb-bL5jA">© Rappelons que ce récit édité pour la première fois sur ce blog fait partie des éditions Chkoun Ana au titre réservé sur une idée de Roger Beau. Il ne peut être reproduit pour publication sans l'autorisation écrite de l'auteure et sans la mention de l'origine de l'édition.

Chkoun_Ana --  Chkoun_Ana_Editions

Je suis née à Marrakech en 1951 chez Madame Chevrier que j’appelais « maman 2 ». Il paraît que c’est ainsi qu’elle voulait que les enfants nés chez elle l’appellent. Mes parents étaient agriculteurs, ils avaient une propriété à Souhela à environ 30 km de Marrakech. Leur domaine s’appelait « El mousmar » (le clou)

ormal" >De mon enfance je garde un souvenir de totale liberté au grand soleil. Je n’ai aucun souvenir de jours tristes. Il me semble que le soleil marocain a brillé les seize années où j’ai vécu dans ce pays.

Ma première langue étrangère fut le marocain car sur cette propriété il fallait bien communiquer avec notre bonne Habiba et les ouvriers qui aidaient à cultiver orangers, clémentiniers et abricotiers.

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Mes premiers amis furent les enfants de notre bonne, il y avait sa fille Saadia et son fils dont je ne me souviens plus le prénom, ce furent mes premiers compagnons de jeu, ils faisaient partie de ma famille au même titre qu’une sœur et un frère. A la fin du ramadan pour l’Aïd Kébir, nous étions invités chez l’un ou l’autre des ouvriers. Nous nous attablions assis par terre auprès d’eux, il y avait tout d’abord la cérémonie du lavage des mains avec le « mokrach » et son eau tiède, puis le plus souvent un merveilleux couscous mangé avec les mains (un pur délice pour nous les enfants). A la fin du repas, après le thé à la menthe, nous laissions les adultes discuter entre eux et avec mon frère, nous rejoignions les enfants du douar pour jouer ensemble. Une simple roue de bicyclette reliée à un bâton par un fil de fer suffisait à nous occuper toute l’après midi. Nous courrions au milieu des chèvres, des moutons et des poules. Le soir le « décrassage » était plus que nécessaire…….. car nous rentrions à la maison noirs de poussière et très fatigués.

La propriété n’était pas desservie en électricité nous nous éclairions à la lampe à pétrole, l’eau était stockée dans une citerne sur la maison, alimentée par l’eau du puits profond de 100 m qu’il fallait « curer » régulièrement. Des ouvriers en étaient chargés : ils descendaient sur une simple planche reliée à un treuil tracté à la main. Je me souviens de leurs « yella, yella » tant qu’ils n’étaient pas arrivés tout au fond. Ce puits, outre alimenter en eau notre famille, servait à arroser les arbres fruitiers.

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Autour de chaque arbre il y avait un carré creusé, l’eau y arrivait par une séguia ; à l’aide d’une bêche les ouvriers laissaient l’eau entrer dans le carré (on disait un « addo »). Chaque arbre avait le sien, ce travail se faisait la nuit afin que les arbres profitent au maximum de l’arrosage. Ceux qui travaillaient la nuit étaient mieux rémunérés que ceux de la journée. Mohamed, celui que nous appelions le « caporal », (en France on dirait dit chef d’équipe), faisait très attention à ce que chaque ouvrier puisse profiter chacun son tour de cette gratification.

Lorsque toutes les semaines mon père leur donnait leur salaire, Mohamed était présent à ses côtés avec un petit carnet (il ne savait pas écrire, mais notait tout ! je n’ai jamais su comment il s’y prenait) et annonçait : " X ched l’ma " (cela voulait dire " X a pris l’eau "micmichelmi, autrement dit, X avait travaillé de nuit à l’arrosage des fruitiers)

J’étais trop jeune pour prendre toute la mesure des évènements qui ont conduit à la fin du Protectorat au Maroc. Je me souviens seulemen t de ce que rapportaient mes parents : de la protection bienveillante des ouvriers marocains envers eux. Par exemple, il y avait un énorme moteur qui tournait jour et nuit pour pomper l’eau du puits, une très grosse courroie l’entraînait. Celle-ci était précieuse parce que sans elle, le moteur n’aurait pas fonctionné et la propriété se serait vue privée d’arrosage. Mon père gardait d’une fois sur l’autre la courroie qu’il changeait. Je me souviens l’avoir entendu dire que les ouvriers venaient le prévenir que dans la nuit la courroie serait coupée par d’autres qu’eux et qu’il fallait mettre l’ancienne qui ne risquait plus rien et surtout ne plus sortir de la maison, même si l’on entendait du bruit. Cela se passait simplement : eux ne pouvant désavouer le parti qui souhaitait l’indépendance mais préservant leur ami et sa famille.

Pour entretenir la propriété mon père possédait deux tracteurs : un tracteur à chenilles conduit et entretenu par « Brahim » que nous redoutions et respections en raison de sa sévérité et de son sérieux, et un tracteur que je qualifierai « à roues «,  car je n’en connais plus la marque. Ce dernier était confié à « Houcine » qui était bien plus jeune que Brahim et qui avait gardé son caractère d’enfant . Houcine nous autorisait à le conduire, bien entendu en cachette de nos parents ! Nous avons sillonné la propriété en tous sens, creusé des sillons n’importe comment, et quand il fallait refaire le plein du tracteur parce que nous nous étions trop amusés avec, Houcine prenait sur lui pour aller très très discrètement à la pompe dès que notre père avait le dos tourné !

Une de nos bêtise préférée avec mon jeune frère, était d’aller tracasser les cigognes qui avaient fait leur nid tout en haut d’une vielle cheminée. Pour accéder à celle-ci il fallait monter sur un mur en « toub » qui menaçait de s’écrouler, passer au-dessus d’un trou dans lequel nous disait-on, logeait « Aïcha Kendicha », mais qu’importaient les « ouili ouili » de Habiba la bonne, l’objectif était le nid, les bébés cigognes et rien d’autre !

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Quand la fin de l’année arrivait, il fallait récolter les oranges et je me rappelle de ces caisses entassées les unes sur les autres sur plusieurs mètres de hauteur sur lesquelles nous montions pour « voler » les oranges, et de mon père qui nous gourmandait pour que nous en descendions car nous risquions d’endommager la récolte qui n’attendait plus que le transporteur.

Vint l’âge d’entrer à l’école, étant éloignés de Marrakech mes parents avaient choisi de me laisser toute la semaine chez ma grand-mère qui habitait en ville. Terminé les années d’insouciance ! Il fallait rentrer dans le rang des écoliers. J’avoue avoir eu quelques difficultés, notamment en CE1 avec une maîtresse particulièrement sévère, Mademoiselle Deramex (orthographe ?). Je ne tenais pas en place, il fallait que je bouge, ce qui n’était pas du tout l’approche qu’elle avait d’une élève, d’autant, me répétait-elle en permanence, qu’elle avait eu ma mère en classe et que cette dernière avait été une élève modèle (Pffffff !). Toujours est-il que cette année de CE1 est restée gravée dans ma mémoire, j’ai passé plus de temps assise au fond de la classe sur un tabouret minuscule avec l’interdiction de bouger que je n’en ai passé sur le banc qui m’avait été dévolu en début d’année.

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Jusqu’à l’âge de 12 ans j’ai passé mes jeudis et mes dimanches chez ma grand-mère. Le mercredi catéchisme, le dimanche la messe avec le père François (?) à l’église des St Martyrs. Le mercredi était mon jour préféré : après le catéchisme j’avais le droit d’aller rejoindre ma grand mère aux « Galeries Lafayette », elle en était la directrice et moi en tant que sa petite fille, j’étais choyée de toutes les employées. Je souviens m’être cachée dans les cartons des après midis entières. Une seule interdiction : débouler au sous sol où ma grand mère avait son bureau car il fallait passer par les rayons encombrés de vaisselle et l’on me considérait comme « un éléphant dans un magasin de porcelaine » ! Ma plus grande joie se situait à l’époque de Noël : j’avais alors le droit d’accompagner mademoiselle Denise à la réserve ; c’était là que se trouvaient tous les jouets qui, me disait-on, attendaient d’être distribués par le Père Noël ! Je me suis rapidement rendue compte qu’en fait on me testait, car le matin du 25 décembre j’ai souvent trouvé au pied du sapin les jouets devant lesquels je m’étais émerveillée.

Pensant pouvoir venir à bout de mon exubérance, mes parents me mirent interne à l’école de la Palmeraie où somme toute j’ai dû me tenir à peu près tranquille, car je n’ai pas de souvenir précis de ces années !!!!!

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Mon CM2 s’est effectué à l’école Auguste Renoir, sans souvenir particulier non plus, sauf celui de notre instituteur : Monsieur Auguste. Un jour où ma mère s’ouvrait à lui de mon indiscipline chronique, elle lui avoua que pour me punir elle me privait de lecture (quand je ne m’agitais pas, je passais des heures à lire sans me préoccuper du reste du monde), sa réponse me ravit : « mais madame, vous avez une enfant qui aime lire, c’est une bénédiction, surtout ne l’en privez pas ». Ce jour là monsieur Auguste est devenu mon instituteur préféré !

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Puis vinrent les années lycée. Cette fois ci j’étais interne au Lycée Victor Hugo. Très jeune puisqu’il m’a fallut une dispense pour entrer en sixième (à l’époque il fallait passer un examen). Toujours aussi remuante, dès le premier trimestre me voici congratulée par le proviseur monsieur Caverivière pour mes 40 heures de colle ! Je me souviens du chaouch qui passait tous les mercredis pour distribuer les heures de colle, je n’ai pas manqué un mercredi, il y avait toujours un gentil billet pour moi. Donc au bout du trimestre : 40 heures de colle, il fallait le faire paraît-il ! A la fin du trimestre le proviseur passait dans les classes pour annoncer les félicités, les encouragés, les tableaux d’honneur et il disait avec son accent rocailleux du Sud Ouest « mais il y a le revers de la médaille : sont avertis… sont blâmés » et là dans le silence total tous les regards se tournaient vers moi……….. Sylvaine GAMBA ! Le prof que je soupçonnais fortement de m’avoir « délatté », Monsieur Fioux, me jetait un regard satisfait dans lequel je lisais « avec ça tu vas enfin te tenir tranquille ». Et nous prenions rendez-vous pour écouter le sermon du proviseur dans son bureau.

Mais l’internat ce n’était pas que ça, d’ailleurs je n’y ai jamais été collée pour mon comportement immature. L’internat c’était des ami(e)s, c’était devenu ma famille, c’était ceux avec qui je me sentais bien. C’est mon plus beau souvenir, un endroit où des amitiés indéfectibles se sont nouées. L’internat c’était le lycée « à nous – rien qu’à nous » quand les externes et les demi-pensionnaires l’avaient quitté. A nous la piscine, les terrains de sport et le foyer. C’était aussi ce mélange de communautés religieuses : juifs, musulmans, chrétiens tous unis, toutes différences gommées………..

Le jeudi nous jouions au tennis sur le mur. Il fallait renvoyer la balle au-dessus du trait tracé à environ un mètre de hauteur. Ceux qui n’y arrivaient pas étaient……. »couillés » (bon ça y est j’ai dit un gros mot !), et lorsque la balle, victime d’un jet malicieux, passait par dessus l’enceinte du lycée, il y avait toujours un garçon courageux pour franchir le mur et la rapporter.

Le sport était très présent dans toutes nos activités, monsieur et madame Etievant, professeurs de sport n’y étaient pas étrangers, ils s’investissaient énormément et nous donnaient beaucoup de leur temps. Ainsi, avec eux j’ai participé à divers déplacements sportifs, que ce soit en athlétisme ou en hand ball. Nous nous déplacions au lycée Lyautey de Casablanca en car. Le matin le car vibrait de toute notre exubérance, en revanche le soir, après un bon match ou une bonne séance de saut en hauteur ou course relais, c’était le silence complet. Et dans la pénombre bienveillante du car, les premiers amours naissaient………

Le réfectoire ! Ici aussi que de souvenirs ! Le « Bouz » : c’était quand (généralement les garçons bien entendu) commençaient à s’agiter. Quelques pelures oranges étaient lancées de table en table au début et tout se terminait dans un chahut indescriptible. Il y avait aussi les moments où l’un ou l’une d’entre nous criait « razzia ! » dès que le serveur posait le plat sur la table, là, 16 mains se jetaient dans le plat pour se servir d’une façon que je qualifierais aujourd’hui de sauvage.

Dans ce réfectoire, se déroulait la fête de l’internat que nous préparions quelques mois à l’avance. J’y avais joué avec quelques amies la partie de cartes de Marcel Pagnol. Une «grande» avait dansé le lac des cygnes, d’autres avaient joué une piécette intitulée, je crois me souvenir, « Bébert et l’accident ».

Dans le dortoir, c’était la guerre aux provisions (les prov !). En effet, nos parents craignant sans doute que nous mourrions de faim, remplissaient nos valises de victuailles que nous nous empressions d’ingurgiter en très peu de jours. Quand nos stocks étaient à zéro et qu’il fallait pourvoir à notre gourmandise, c’était vers le dortoir des « petits » que nous dirigions et j’avoue honteusement que c’est à l’internat que j’ai appris à ouvrir sans faillir les cadenas à lettre !

Pour autant, ma vie à Marrakech ne s’est pas limitée à ma scolarité, je me souviens des vacances à Oualidia, au chalet des TP au dessus de la saline, plus tard dans le dallas de mes grands-parents. Le matin, aller chercher des sfengs pour le petit déjeuner, écouter ma grand-mère marchander les langoustes et les homards au pêcheur qui faisait sa tournée sur la bicyclette. La recherche de coquillages pour confectionner, une fois les vacances terminées, des poupées en coquillage ou encore des colliers avec ce que l’on appelait des « grains de café ». Les vagues fluorescentes la nuit, les séances de ski nautique sur la lagune, le restaurant l’hippocampe, et tout en haut de Oualidia un restaurant dont j’ai oublié le nom où se déroulaient les soirées des « grands » que j’enviais et qui me faisaient détester mes parents de me considérer comme trop jeune pour y participer.

A propos du ski nautique, les premières séances furent rudes : pour sortir de l’eau il fallait faire un signe au conducteur du bateau (le pouce en l’air) mais j’avais tant de crainte de lâcher la corde que les premières fois j’ai préféré ouvrir la bouche pour dire « OK », bouche ouverte, tractée par le bateau, j’ai cru avaler l’eau de la lagune.

Plus tard nous allions faire du ski nautique sur le barrage de Cavagnac et j’ai le souvenir de jours radieux où nous nous baignions avec en fond d’image l’Atlas enneigé. Quel pays de contrastes ! Un dimanche ski nautique, l’autre ski à Oukaemden.

Marrakech c’est aussi pour moi le souvenir d’heures passées à la terrasse de la Renaissance à écouter nos parents et leurs amis, boire un Coca (ceux de France m’ont paru tout petits à côté de ceux que l’on nous servait là bas !), manger les chips d’un vendeur ambulant, (il n’y avait à l’époque aucune contrainte de traçabilité ni norme et il valait sans doute mieux ignorer dans quelle huile elles avaient été frites !), admirer les enfants acrobates faire des cabrioles devant nous avant de leur donner un pourboire. Nous allions ensuite manger des brochettes et des saucisses chez « Zézé » -encore un coca ou un judor- demander le cumin, la harissa, laisser descendre la nuit et venir la fraîcheur, puis rentrer au bled, en s’arrêtant devant un murier pour en cueillir les feuilles destinées à nourrir les vers à soie.

Certains soirs d’été privilégiés nous allions voir un film au cinéma en plein air « Le Palace ». C’était alors une « vraie soirée » pour nous les enfants. Sur le chemin du retour vers le bled nous nous endormions dans la voiture et étions réveillés en arrivant à l’entrée de la propriété par la discussion de mon père avec le gardien, toujours la même : mon père questionnait « chibes ma kèine ? » le gardien répondait « chi bes ma kèine m’sieu Jacques » (tout va bien ? tout va bien monsieur Jacques) et nous repartions vers la maison. Il était tard, les orangers étaient en cours d’arrosage et l’odeur de terre mouillée chatouillait nos narines. En arrivant, ma mère ouvrait en grand la maison restée fermée toute la journée pour se préserver de la chaleur et arrosait le rebord des fenêtres pour tenter de nous donner une impression de fraîcheur. Nous nous endormions au son des grenouilles et des crapauds……….

La vie est passée, j’ai grandi, la presque adolescente que j’étais devenue aspirait à d’autres émotions. Mes parents avaient changé de lieu de vacances. Nous nous rendions à Fédala au camp Loran sur la plage de Manesmann. La première année fut détestable, j’avais perdu tous mes amis, je ne connaissais personne. Et toujours cette interdiction de sortir le soir ! Pourtant, de la terrasse, je voyais des jeunes gens danser le soir autour d’un tourne disque à l’endroit que nous appelions « les tables ». Nous passions deux mois en camping, les journées se passaient au rythme des baignades. Dans la lagune que nous traversions soit à la nage à marée haute, soit à pied à marée basse, nous allions dans les rochers tracasser les murènes. Côté dunes, c’était les vagues qui nous attiraient. Nous avions inventé le surf avant la planche : nous nagions jusqu’à l’endroit où les vagues commençaient à se gonfler et nous laissions porter par l’onde jusqu’au rivage. Pas un jour de pluie, pas un jour d’ennui. Tout était prétexte au jeu et à la joie. Nos parents nous laissaient libres toute la journée. J’ai encore en moi ce sentiment de totale liberté dont ne disposent plus aujourd’hui nos enfants. Il n’y avait pas d’interdit, pas de danger, pas d’insécurité. Le soir à la lumière des lampes, quand la marée était basse, nous partions à la pêche d’improbables soles (nous n’en avons jamais rapporté !) Nous faisions bien trop de bruit et nos éclats de rire devaient les faire fuir.

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Dans l’année suivante, j’ai eu enfin l’autorisation de rejoindre les « grands » autour du tourne-disque. Quelle émotion ! Quelles émotions………

Puis vint le moment de rejoindre la France, j’étais en vacances à Rabat chez mes cousins. Le dernier jour mon oncle m’a annoncé froidement dans la voiture « vous rentrez en France ! » (il ne devait sans doute pas savoir comment me l’annoncer). Le ciel m’est tombé sur la tête, voilà une hypothèse à laquelle je n’avais jamais songé ! « mais que vais-je faire en France ? » lui ai-je demandé. Il ne m’a pas répondu. Il n’avait pas de réponse. Lui même devait y songer aussi d’ailleurs.

Nous sommes partis de Casablanca un 31 août à minuit. Arrivés à Paris à 3h du matin (il faisait encore 31°à Casa et ………..3° à Paris. Mon père nous accompagnait mon frère et moi, ma mère était restée à Marrakech pour régler les dernières formalités. Nous avions mis nos vêtements les plus chauds pour affronter l’automne français, c’est à dire rien. Juste un petit pull ! Nous n’imaginions pas qu’il puisse faire si froid sur le sol français où nous n’avions jamais mis les pieds. La recherche d’un hôtel pour passer la nuit et le lendemain direction la Normandie où nous devions habiter. La transition a été rude, elle est encore bien présente en moi.

En arrivant en France j’ai appris le racisme des imbéciles heureux qui sont nés quelque part, envers ceux qui sont nés nulle part pour eux.

© Sylvaine GAMBA, Chkoun Ana, Mangin@Marrakech, 27 mai 2010.

Bravo Sylvaine d'avoir mis une partie de ton histoire par écrit, et merci de  partager tes souvenirs avec les Marrakch'amis. Nous t'en sommes très reconnaissants.

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