Chkoun_Ana_Editions CHKOUN -ANA FRANCINE Francine

Francine a connu Marrakech à partir de la Base aérienne, à la différence de Sylvaine et Blandine qui habitaient le bled et de Roger, l'enfant de la médina. Elle est partie de Marrakech en 1966 quelques mois avant Blandine et Sylvaine.

© Rappelons que ce récit fait partie des éditions Chkoun Ana au titre protégé. Il ne peut être reproduit pour publication sans l'autorisation écrite de l'auteure et sans la mention de l'édition.

Francine écrit en préalable: "Michel de Mondenard et Roger Beau me prient de raconter comme chacun de nous, mon adolescence au Maroc notamment à Marrakech, mais que v ais-je pouvoir raconter, quand je vois mes amis (es) qui y sont nés et ont déjà tellement bien raconté leur vie dans ce Pays accueillant.  Cela sera court, c’est un petit épisode de ma vie"

Je ne suis pas née au Maroc et pourtant les quelques années de mon adolescence passées à Rabat (un an) et les 5 suivantes, à Marrakech, m’ont marquée à jamais

« ON EST DE SON ENFANCE COMME ON EST D’UN PAYS »

(Saint Exupéry) 

De retour de  Madagascar et après  un bref passage à Tours me voilà encore « en partance » et cette fois c’est pour le Maroc et tout d’abord RABAT !

Année scolaire 1959/1960  je rentre en 6ème au collège de jeunes filles, l’uniforme est obligatoire, tablier beige  avec en haut et à gauche brodés en rouge mon nom, mon prénom ma classe !!

Nous habitons face au jardin botanique, près de la voie ferrée !  quartier l’Agdal

Quelques unes de mes camarades de classe étaient filles de Juges ou d’Avocat ou de Ministre, je ne sais plus mais grâce à leur père on  me permettait d’aller chaque vendredi au Palais Royal pour la prière, et d’y approcher d’un peu plus près le Roi Mohamed V,

Ainsi que la petite Princesse Amina qui était encore très jeune (environ 6 ans)

le_Roi_Mohamed_V

L’année à Rabat se déroula normalement, nous profitions de la plage de Témara, à quelques kms de là!!! ( Bien plus tard à 14ans et demi alors que nous passions quelques jours à la plage il me revient que je fus élue Miss plage Témara !! petite gloire l’espace d’un été !!!

francine___T_mara

Je  me souviens avoir fréquenté souvent  le cinéma-théâtre  de l’Agdal, car souvent  invitée par mon  professeur de piano au Collège, (Mme Bijou) qui m’aimait bien et me faisait participer a tous les évènements qui s’y passaient..

Le théâtre m’a toujours attiré et je pensais qu’un jour..  je serais comédienne.. d’autres ont bien rêvé « d’être un artiste »…..

Puis, un jour mon père nous annonce que nous devons quitter au plus vite Rabat. Politiquement ça bougeait un peu, les militaires n’avaient plus accès à l’Etat Major.

Notre venue à Marrakech fut assez épique !! mon père devant prendre son poste sur la base aérienne au plus vite, nous partîmes la veille de sa prise de fonction, persuadés de trouver de quoi nous loger, pour la nuit, apparemment notre arrivée tardive, minuit voire plus tard, ne nous permit pas de trouver un quelconque hôtel, nous avons donc dormi dans la voiture ! dans une rue qui  semblait très calme !!.

Quand nous nous sommes réveillés le matin, la rue grouillait de monde et nous étions en face du  cinéma  le Colisée !!!  en plein centre de Marrakech !!

le_colis_e

L’aventure de la mutation sur la base aérienne commença ainsi !

Nous arrivons à la base fatigués, d’avoir dormir à 4 (mes parents mon frère et moi ) dans une Dauphine. !

Le colonel Patin nous reçut , avec toute la gentillesse que je lui ai toujours connue.

entr_e_de_la_base_707

 On nous montra notre villa, avec jardin ! en passant j'aperçus les piscines,

Et tout au bout l’aéroclub qui allait être notre passe-temps favori du dimanche

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Et où, la passion pour les  avions ,s’imposa à  mon frère à cette période, et bien plus tard il apprit à piloter, et n’oublia jamais l’aéroclub ..il est décédé trop tôt à l’âge de 50 ans.

Dans cet aéroclub  j’ai cotoyé sûrement sans le savoir le  papa d’Alain Ducou et et de Monique qui a été Président de l’aéroclub. Ainsi que Sylvaine et  son papa moniteur.

La vie sur la base se passait calmement, en période de vacances c’était tous les après midi à la piscine jusqu’à la fermeture où Mr Labartette avait du mal à nous mettre dehors.

photo_piscine             

 Il y avait aussi les courses de vélo et de solex, nous partions de l’entrée de la base et nous parcourions une longue route qui longeait les pistes, et arrivait jusqu’au grillage de l’aéroclub !   

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Mon ami Azor doit s’en souvenir il me semble qu’il faisait la même chose !!!

Je n’en menais pas large sur le porte bagages du solex d’un copain mais pas question de montrer que  j’avais peur !! bien sûr nous nous faisions réprimander car nous étions un peu bruyants !!                                                                                                   

 J’avais pris l’habitude d’aller (toujours avec les copains et copines de la base,) rendre visite aux marchands dans leurs petites « cases » rondes à la sortie de la base où l’on trouvait de tout !, les réparateurs de cycles avaient notre préférence car nous ne ménagions pas nos vélos, et ils avaient souvent les chambres à air à réparer ! parfois deux fois dans la même journée !!

Je passais également, de longs moments  dans la Ménara, où l’on rencontrait des marchands dont les charrettes traînées par un âne , regorgaient  de pastèques! On les dégustait sur place, un vrai bonheur !!

Puis vers septembre ( je crois), j’assistais à l’abattage des olives, impressionnant, !  les « batteurs mettaient du cœur à l’ouvrage » je me souviens de cette usine d’huile d’olives, près de la base qui dégageait une odeur que je trouvais nauséabonde.

Le bassin de la Ménara était facilement accessible à partir de la base et nous  y allions souvent, inconscients de la chance que nous avions de nous trouver sur ce lieu préservé depuis, et un passage  « obligé » pour  les touristes,

1960/:61 j'entre en 5ème ! par souci d’économie vraissemblablement, ma mère avait rebrodé « classe de 5ème » sur ma blouse beige de Rabat ! j’avais honte en arrivant car personne n’avait de blouse au Lycée Hassan II ! en tout cas sur le moment je n’en ai pas vu.

On me regarde bizarrement (j’ai toujours détesté les mutations de mon père, je souffrais chaque fois de quitter mes camarades et même mes professeurs). Je suis «  sauvée » par une jeune fille qui vient vers moi et me dit, "toi tu viens du Collège de jeunes filles de Rabat ! j’ai reconnu le tablier beige et la broderie rouge en haut à gauche !" Je dois dire, que cette connaissance m’a permis de m’intégrer plus rapidement auprès des autres élèves. J’ai oublié son nom et je le regrette !

Les années passaient  vite, 

J’ai aimé  Marrakech,  je m’y sentais bien, il m’arrivait de flâner seule , grâce à la  complicité d’une amie de maman qui trouvait que mes parents ne me laissaient pas assez le liberté, ,! j’arpentais avec délice  l’avenue du Guéliz,  je passais devant  les cinémas, les magasins sous les arcades, ..

j’y suis retournée l’année dernière, j'ai descendu l’avenue en passant sous ses arcades, et en voyant l’immeuble où habitaient Michel Dupré, Monique et Alain Ducou, je me suis revue à 15 ans, quelle émotion ! les magasins que j’ai connus  n’étaient plus là, notamment le magasin de jouets de madame Caillens, mais je retrouvais, l’emplacement. Petite émotion cependant en voyant  un trou béant à la place de notre petit marché , Marrakech devient une ville moderne il faut l’accepter.

Les sorties avec les parents étaient assez limitées, Nous sommes allés qu’une ou deux fois à l’Ouka, plus souvent dans la Vallée de l’Ourika surtout lorsque les grosses chaleurs sévissaient à Marrakech, j’ai regretté qu’ils n’en aient pas plus profité.

 

Certains dimanche passés à Essaouira (Mogador) on ramenait  de belles langoustes qu’un Chibani nous dégotait je ne sais pas comment, mais je me souviens qu’il les ramenait dans la capuche de sa djelaba !!!

Je revois aussi le spectacle en passant par Safi de camions avec leurs cargaisons de sardines tellement remplis qu’ils en  laissaient tomber tout le long de la route, et les enfants et les femmes couraient derrière pour les récupérer.

Le dimanche le plus souvent mes parents allaient au barrage de Cavagnac; ah le barrage, ! Ma consolation était le moment où les Berlioz arrivaient avec leur bateau, ce sont les deux frères Georges et Guy qui m’ont permis de m’adonner au ski nautique, j’ai dû mettre un après- midi entier pour enfin « sortir » de l’eau ! j’ai bu plus d’une fois la tasse, ils ont eu beaucoup de patience, mais on était si heureux ! Nous avons frôlé la catastrophe, à un moment le bateau est passé un peu trop près du barrage et je me suis sentie comme « aspirée » ils s’en sont vite rendu compte et on a eu si peur que l’on s’est vite arrêtés, le temps de nous remettre de nos émotions  la « séance ski nautique » a été reportée pour un prochain dimanche !!

Les parents n’en n’ont jamais rien su !!!               

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Me voilà en 3ème, l’année du BEPC ! petite anecdote, j’ai 14 ans et demi ma mère décide de me faire passer ..le certificat d’études..au cas où je ne réussirai pas le BREVET !!! (pas sympa maman !!!)..catastrophe, ! Impossible d’y échapper, à cette époque « on ne discutait pas les décisions des parents», plus tard lorsqu’à mon tour  mes enfants adolescents  discutaient chacune de mes  décisions, je sus  que mes parents en pronant une éducation très sévère!! s’assuraient une  paix royale!!

Donc «  j’avale » une liste de dates d’histoire phénoménale que l’école avait donnée à mes parents je survole les problèmes de bassins qui se remplissent  et les robinets qui fuient, moi qui  «  étais passée à  l’algèbre » ! ! Je sentais monter en moi, l’incompréhension, la plus totale ! qu’étais je venue faire dans cette galère, ? en l’occurrence dans cette  école primaire ? où le jour de l'examen on me demande si je connais une récitation  !

Je réponds d’un air que je qualifierais de suffisant.. « Monsieur, au Lycée on n’apprend plus de récitation !!  -  C’est ennuyeux me répondit-il, il est indispensable que vous récitiez ou chantiez , que connaissez vous ? - Pour moi la vie va commencer de Johnny Hallyday, » répondis-je avec une pointe d’arrogance je me le rappelle…(sale gamine). Le maître et d’autres qui étaient près de lui, avaient l’air de s’amuser, mais j’eus une réponse négative ! non ce n’est pas possible - connaissez vous la Marseillaise ? - oui - alors chantez » et me voilà en train de chanter la Marseillaise  de manière au moins aussi convaincante que nos footballeurs actuels !! devant des maîtres qui avaient une envie de rire mais qui se contenaient !!

J’eus mon certificat d’études ET mon BEPC !!! J’avais choisi le cursus «  études cycle court, « donc je faisais 3ème et seconde en même temps,

Je ne sais pourquoi , Le lycée technique ne ne me convenait pas en fait car je voulais faire « lettres » je fus donc inscrite au Lycée Victor Hugo !

Je quittais mes camarades, mon amie marocaine avec qui j’allais souvent en Médina et au Mellah, son père était Directeur de la Poste près du Hartsi qu’est –elle devenue ?

Mon amie Josselyne, qui vit à Marrakech et accessoirement en Corse.

Je quittais aussi  mes camarades « garçons ! » ceux du Lycée et ceux des autres Lycées qui venaient avec leurs vélos ou solex nous attendre à la sortie !! et essayaient d’obtenir de notre accord pour  aller en « surprise party ».chez untel ou untel !!

Je me souviens d’une surprise party chez les Valid. Je pense en ce moment à Danièle Valid qui n’a pas gardé contact avec moi, mais elle s’est mariée  bien plus tôt, il y a eu un décalage..  l’époque des yé yé  battait son plein, on écoutait Salut les copains, sur Europe 1 l’oreille collée au transitor, car on ne captait pas bien.

L’epoque des Yé Yé et des beaux garçons.. je ne vais pas les citer,..allez si quelques uns !  Michel Dupré, pourquoi je commence par lui ?..et bien parce que c’est lui que j’ai vu en premier dans la cour…du lycée il était beau .et il tournait la tête à beaucoup de filles,…aïe aïe aïe. , Mimi !! puis les JP Montoya, D.Stepanoff,  G.Ruiz, B.Jacquet, G. Berlioz.

Epoque des Yé yé  époque  du premier Flirt « gentil! » un jeudi où il n’y avait cette fois là, exceptionnelement pas d’entrainement sportif, mais pour mes parents, SI !! je pris mon sac de sport direction le lycée mais  avec la complicité de mon amie Josselyne qui m’apporta un vélo,  je me rendis au lieu derendez vous : «la palmeraie vierge de toute construction !» et entourés  de petits gamins rieurs qui se moquaient de nous et n’avaient pas l’intention de déguerpir !  Je découvris le premier baiser sur la bouche !! ça a compté…puisque je m’en souviens encore !!!! et je revois le visage des ces gosses malicieux !!

 Au Lycée Hassan II je n’oublierai jamais ma prof de sciences, Mme Bontemps, elle repose au cimetière français près de son mari et de sa fille Catherine disparue trop tôt elle aussi. Je suis allée me recueillir sur leur tombe en 2009. Je sais que beaucoup parmi vous amis les  ont connues et appréciées. Michel Dupré avait fait un hommage émouvant sur son blog, on n’oublie pas Cath.

Je n’oublie pas non plus le Censeur Mr Faure, que j’ai vu  il y a 26 ou 30 ans,… déjà ? débarquer dans mon bureau à Paris avec Mr Jazouli était ce Omar ? le futur Maire de Marrakech ? et qui ont fait remonter tous mes souvenirs de lycée ! Comme quoi le monde est petit !  J’aimerais avoir de leurs nouvelles.

Souvenir de mon prof de Français, Mr Boulangeot ? nous avions la même passion pour le théâtre et  nous ne nous privions pas de « jouer » les pièces de Molière, je lui donnais souvent la réplique, je ne suis pas devenue comédienne ! mais nous avons passé de bons moments.

Au Lycée Victor Hugo, j’ai  également eu des profs sympas, j’ai correspondu avec  Mme Villères lorsque j’étais en Allemagne, elle m’annonçait qu’elle avait eu une petite fille Marie Hélène (j’ai gardé sa carte, ) Marie Hélène devrait avoir 43 - 44 ans si elle nous lit……qu’elle se manifeste.

Melle Huchet  dont j’étais un peu la chouchoute et Mr Magnard, là je n’excellais pas en dessins, je n’ai pas dû lui laisser un souvenir impérissable ! Il y en a eu d’autres mais voilà !quelques cases ne se sont pas ouvertes dans ma petite tête,

 Parallèlement aux cours au Lycée Victor Hugo j'avais  demandé à mes parents qu'ils m'inscrivent aux cours privés de Mme Kharchafi, sténo, dactylo anglaise et française. Je n'ai pu prendre ni l'allemand ni l'espagnol à cause du clavier qui était différent. 

Car je me  projetais dans l'avenir et je me disais qu'avec un bac en poche cela ne me donnerait pas un métier alors j'avais pensé au journalisme (cela m'aurait bien plu aussi) et c'est en voyant les journalistes prendre des notes en sténo à l'époque, et taper leur "papier" que j'ai eu envie d'apprendre sténo et dactylo et dactylo étrangère. 

J'ai réussi les examens et obtenu trois diplômes.( Mais je fus plus tard Directrice Export et non journaliste !!)

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Et puis la mauvaise nouvelle arriva, mon père était muté en Allemagne !

La mort dans l’âme je quitte Marrakech en 1966 ! j’ai continué à garder quelque temps contact avec Michel Dupré que j’ai revu la dernière fois en 1967, puis au bout de 38 ans de silence mon neveu m’annonce que « l’on me recherche sur internet !! 

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Grâce à lui j’ai retrouvé mes souvenirs et des camarades et fait la connaissance d’autres que j’avais cotoyés . petit miracle marrakchi !!!!  Puis est venu se greffer le blog de notre Michel de Mondenard. Avec ces deux blogs on arrive petit à petit à regrouper les souvenirs.

Je n’oublie pas  Marrakech Ville magique, qui se transforme petit à petit, mais où l’on peut encore retrouver les traces de notre adolescence.  Il suffit de fermer les yeux et se souvenir.

Nous sommes arrivés à un âge « mûr » et pourtant …..

Il se murmure que derrière les remparts rougeoyants de notre ville d’antan

battent encore nos Cœurs d’enfants !

Marrakech oh Marrakech !

© Photos réunies dans la collection personnelle de Francine Lorand-Gagé, titre et récit protégés par copyright.