NOTABILITÉS DE MARRAKECH IL Y A UN SIÈCLE

Grâce à Roger BEAU nous disposons d'un document certainement très rare car nous n'en avons trouvé aucune mention dans les sources historiques habituelles.

Il s'agit des principaux acteurs de la ville de Marrakech en juin 1913, certains habitaient la ville de longue date, d'autres étaient là de manière récente. A l'époque de l'établissement du Protectorat en avril 1912, Marrakech venait de subir des bouleversements tant en raison du départ du Sultan Abdel Aziz que de la révolte menée par son frère Moulay Hafid depuis Marrakech. (voir ci-dessous un rappel historique).

Maroc1907

Moulay Al Hafid en 1908, un an avant sa décision de devenir sultan à la place de son frère. Photo Maillet.

Cette société marrakchie de 1913, où l'Allemagne avait encore une représentation modeste mais remarquée ( Docteur Holtzman) fut modifiée en raison de la Grande guerre de 14-18. Après 1918 un nombre important de responsables ont changé à Marrakech.

La ville nouvelle du Guéliz voulue par Lyautey pour garder à la vieille ville ses traditions n'existe qu'en projet en 1913 et  la plupart des marrakchis sont concentrés à l'intérieur des remparts; presque tous les européens habitent la Médina.

EN JUIN 1913 DE NOUVEAUX RESPONSABLES POLITIQUES SONT EN PLACE DEPUIS MOINS D'UNE ANNÉE:

LE DOCUMENT DONNE PLUSIEURS LISTES: Les politiques et les négociants musulmans, les négociants israélites, les officiers supérieurs et l'administration française, les différents consulats étrangers et la plus longue de ces listes: les entrepreneurs et commerçants européens qui se sont établis à Marrakech. Nous les publierons successivement.

Les politiques musulmans: 

Khalifa du Sultan : Moulay Bou Becker.

Pacha-gouverneur : El Hadj Tami El Glaoui

Khalifa du Pacha : Si Mohamed Tausa.

Pacha de la Kasbah :  Caïd Gilali Gausan.

Cadis : Moulay Mustapha.

Si Ahmed ben Madorri.

Si Tahar Fadegai.

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Moulay Bou Becker en 1907, Hadj Thami el Glaoui en 1902.

Ci dessous son château d'Aghballa

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Son frère aîné, Madani El Glaoui disposait du château de Telouet. Thami el Glaoui fut pacha de Marrakech à l'avènement de Moulay Al Hafid, puis remplacé par Si Driss ben el Hadj Menou ( photo ci-dessus) et enfin rétabli  le 9 septembre 1912 après la bataille de Bou Othmane et la délivrance de 9 parlementaires français pris en otage à Marrakech.  Photos Maillet de la collection Jean-Marc Berger en noir. En bistre photo de la collection d'Aziz Cherkaoui.

Les noms des officiels français sous les ordres du général Brulard, les noms des consuls étrangers et ceux des négociants juifs seront indiqués ultérieurement. La page d'aujourd'hui se limite aux politiques et aux négociants musulmans.

LES NÉGOCIANTS MUSULMANS : UNE TRENTAINE SONT CITÉS ( aucune mention de leur spécialité commerciale sur le document)

Dans cette liste de trente nous reconnaissons des noms qui sont restés au premier plan de la société marrakchie un siècle plus tard. Il serait intéressant que des historiens chercheurs professionnels ou amateurs retrouvent l'histoire des familles de ces négociants dont plus du tiers ont fait le voyage de la Mecque. On remarquera que le prénom de Tami est plus fréquent qu'aujourd'hui. Devant chaque nom nous avons ajouté un numéro qui ne figure pas sur le document. Ces numéros indiquent l'ordre dans lequel ces noms de négociants ont été publiés.

1 - Hadj Mohamed El Azraq (ou Lazraq). 2 -  Mohamed ben Abd el Aziz Berrada. 3 - Hadj ben Asser Sekkat. 4 - Hadj Tami Lahbabi (ou El Hbabi). 5 -  Mohamed ben Abbes el Kabbadj.  6 - Madani Benhayoun (Benhagan).  7 -  Bubker El Araïchi (Araïbi).   8 - Hadj Abderrahman ben Taïb Benchekroun. 9 - Hadj Abderrrahman ben Hemda Chekroun. 10 - Hadj Mohamed ben Taleb Chbani. 11 - Fathi Chraïbi. 12 - Moulay Dris Skali (Escalé). 13 - Abdelmjer Chraïbi. 14 - Dris Seccat. 15 - Ahmed Elmerini. 16 - Faradji Chraïbi. 17 - Mohamed ben Tami El Alami. 18 - Mohamed Guessous. 19 -  Mohamed El khnifri Chraïbi. 20 - Hadj Leubi Berrada. 21 - Hadj Mohamed El Berdaï. 22 - Abdeslam Trombati. 23 - Mohamed ben Feddoul Elbouri. 24 - Hadj Mekki ben Abdulah. 25 - Dris Benarri. (ou Benani).  26 - Hadj Mohamad Trombati. 27 - Mohamed M'barek. 28 - Hadj Tami ben Zaour. 29 - Dris ben Abd el Kader Berni. 30 - Hadj Mohamed Zouel.

POUR BIEN COMPRENDRE CETTE PÉRIODE IL FAUT SE REMÉMORER CE QUI SE PASSAIT À MARRAKECH ET AU MAROC IL Y A UN SIÈCLE.

Il y a Cent ans, en été 1910, le Sultan Moulay Al Hafid était au pouvoir depuis deux ans en résidence à Fez. C’était grâce à l’appui armé des tribus du sud  du Maroc et à leur victoire qu’il avait obtenu l’abdication en sa faveur de son demi-frère le Sultan Abd Al Aziz. Avant, en 1907, il était son Khalifa pour Marrakech et le Sud. Le journaliste Houel rapporte et traduit ses propos : « Mon frère n'a pas rempli ses devoirs de chef des Croyants. Il a contracté des emprunts qui n'ont pas servi à relever l'empire mais à satisfaire ses plaisirs. Il a ainsi compromis l'indépendance de notre pays.  Je désire m'entendre avec toutes les grandes puissances et particulièrement avec la France, pour remettre de l'ordre dans le Maroc et y faire régner la paix »l

C'est bien à partir de Marrakech que Moulay Al Hafid avait lancé sa conquête du pouvoir avec sa Mehalla. Il voulait se rendre à Fez pour se faire reconnaître Sultan du Maroc par les Oulemas à la place d’Abd El Aziz. Il avait constitué une sorte de ministère composé de trois ministres, Si Madani El Glaoui, « allaf » ou ministre de la Guerre, Si Aïssa Ben Omar, ministre de la Mer (Affaires étrangères), et le Caïd El M’Tougui, ministre de l'Intérieur. Le chérif Bou Azzaoui le soutenait de son grand prestige. Il avait également l’appui des hommes en bleu de Ma El Aïn, de l’armée de son oncle Moulay Rechid et de celle d'Omar El Sektani.  Chacun à la tête d’une Mehalla soutenait la révolte de La Chaouia en fournissant des hommes et des armes. Le Général d’Amade ne laissa passer la Mehalla  de Moulay Al Hafid vers Fez qu’après qu'il se soit engagé par écrit à maintenir la paix. Madani El Glaoui avait été écarté autrefois des postes ministériels par le Sultan Abd El Aziz et les Oulemas parce que Chleuh, pas assez arabe à leur goût, alors qu’il méritait ce poste puisqu’il avait commandé en personne l'expédition contre Bou Hamara. C’est à cause de cette ingratitude qu’il aurait aidé Moulay Al Hafid à supplanter son demi-frère. Il fut cette fois récompensé par Moulay Al Hafid en étant nommé Grand Vizir et son frère Thami El Glaoui, pacha de Marrakech.

La situation du Sultan Moulay El Hafid à Fez il y a Cent ans est difficile. Elle ne va pas durer car elle s’avère intenable. Assiégé par des tribus rebelles à Fez qui se révoltent contre lui à cause des impôts ( les Beni M'Tir et les Cherardas), alors que sa Mehalla est embourbée à l’extérieur de Fez, il va être délivré le 21 mai 1911 par les troupes du Général Moinié.

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Photo Grébert - Le Général Moinié reçoit les ministres marocains venus à sa rencontre.

Madani El Glaoui sera destitué de Grand Vizir car la présence de ses caïds et cavaliers berbères était très mal supportée par les fassis.  Ses méthodes ne furent pas étrangères à la révolte des tribus rebelles. Thami El Glaoui fut remplacé et le nouveau Pacha de Marrakech fut Si Driss ben el Hadj Menou. Moulay Al Hafid va demander le Protectorat de la France par la Convention de Fez du 30 mars 1912. Le général Lyautey fut nommé Résident général (ambassadeur avec des pouvoirs politiques importants). Il fut préféré au Général d’Amade, pas assez catholique au gré de l’Espagne influencée par le Saint-Siège. Contre la tradition de l’Église catholique au Maroc qui avait établi les franciscains espagnols, le Général d'Amade voulait des aumôniers militaires français pour les troupes françaises.

Le Général Lyautey va inciter Moulay Al Hafid à abdiquer en faveur de son demi-frère Moulay Youssef qui a juste 30 ans. Un nouveau règne commence, mais à Marrakech les choses se compliquent avec l’épisode du prétendant El Hiba qui veut prendre la place du nouveau sultan. L’intervention du Colonel Mangin en septembre 1912 pour y rétablir l’autorité de Moulay Youssef  et de la dynastie Alaouite obligera le prétendant à fuir de Marrakech. Il avait fait prisonnier neuf parlementaires français lesquels auraient été exécutés sans l’intervention du Pacha Si Driss ben el Hadj Menou et du Caïd Thami El Glaoui.

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Ci-dessus les parlementaires libérés: le Consul Maigret et le Capitaine Verlet Hanus rejoignant le Colonel Mangin au Camp du Guéliz.

La paix est revenue à Marrakech depuis seulement huit mois lorsque le document sur les principaux notables de la ville est publié. Son but est d’attirer des activités et des entreprises nouvelles sur la ville en montrant celles qui existent déjà.  C'est aussi de créeer des partenariats entre entrepreneurs et négociants pour favoriser les exportations et les importations. Marrakech à cette époque est une plaque tournante commerciale d’avenir et rassemble une population de 60000 habitants dont 15000 juifs et à peine plus d'une centaine d’européens. En 1907 on ne comptait pas plus de 20 européens à Marrakech.  La plupart avaient été exfiltrés de nuit à Safi en mars 1907 sur l'ordre de Moulay Al Hafid car leur sécurité ne pouvait être garantie à cause des fanatiques de Ma el Aîn.

Les commerçants israélites cités sur le document sont moins nombreux, une vingtaine; nous en parlerons bientôt lors d'une prochaine page.

Revenons aux négociants musulmans de Marrakech en juin 1913.

Grâce aux amis du blog et notamment aux anciens élèves des lycées Mangin et Victor Hugo qui se sont succédés nous avons pu retrouver des témoignages sur certains d'entre eux. Nous les remercions de leur aide et nous espérons que des historiens compléteront nos recherches sur ces grands acteurs de la coopération économique  franco-marocaine en 1913.

1 - Hadj Mohamed El Azraq ou Lazraq (à compléter)

2 - Mohamed Ben Abdel Aziz Berrada est le fils de Si Abd el Aziz Barrada dont il est question dans l'ouvrage d'Abel BRIVES:"Voyages Au Maroc:1901-1907",édité à Alger en 1909 (612 pages)
Marrakech 11 Septembre 1903. Nous repartons demain après avoir passé ici cinq jours pleins. Je ne les regrette pas pour ma part. Si Omar ben Medjad (voir archives du 3 aout 2010) et Si Abd El Aziz ben Barrada se sont ingéniés pour nous rendre ce séjour le plus agréable possible.
Si Barrada appartient à une famille originaire de Fès, qui est policée et plus active; très gros négociant, il est censal (protégé commissionnaire) de la maison française Braunschwig de Tanger, exerce les fonctions très honorifiques d'amin (président) de la corporation des commerçants, importe et exporte les articles les plus divers, brasse des affaires de toutes sortes, bref, tient la tête du haut négoce de Marrakech. Parfait homme du monde, très élégant dans ses vêtements d'irréprochables blancheurs, raffiné de manières, il donne de son milieu social l'idée la plus favorable....
Si Abd el Aziz ben Barrada nous a convié à diner .Son logis est luxueux. Notre hôte a des goûts artistiques. Je remarque des plâtres ouvragés d'excellent style, ainsi que des revêtements en mosaïque de faïence, qui doivent être les uns et les autres, sinon anciens, au moins copiés ou imités de modèles anciens; les observations que je fais à leur sujet intérressent Barrada; il y répond en connaisseur qui apprécie et qui aime les pratiques ornementales auxquelles doit son charme l'art hispano-maghribi.
....La réception de Barrada nous a révélé les raffinements de l'art de la table dans les bonnes maisons.....
Un autre jour, Barrada nous fit visiter un jardin qu'il a récemment acquis, assez loin de sa demeure, mais encore dans l'enceinte de la ville.....vaste, de plus d'un demi-hectare, m'a-t-il semblé. Il est irrigué dans son entier......"

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Si Abdelaziz Berrada Amin et son fils Mohamed Ben Abdelaziz Berrada
Paul Pascon ,dans son ouvrage en deux tomes :"Le Haouz de Marrakech", édité à Rabat, nous signale:
"Le Kaïd Si Taïeb El-Goundafi à Marrakech a réglé tous les comptes avec Abdelaziz Berrada et il a écrit en marge d'une lettre de change datée du 5 mars 1905: "Nous devons au tajer Braunschwig cinq mille rial à lui rendre dans deux mois, le 2 moharrem 1323". Cette lettre de change est remise à Mohammed ben Abdelaziz Berrada (ministre des finances), elle est endossée le 25 Avril 1905 à Tanger."

On trouvera dans le récent "Marrakech, hommes et monuments" d'Aziz Cherkaoui les photos de plusieurs membres de cette famille (pages 58, 59, 60 et 62 : Abdeslem Berrada, Hadj Brahim Berrada, Hadj M'hamed Berrada, Lamine Aziz Berrada, tous commerçants).

4 - Hadj Thami Lahbabi.

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Hadj Thami Lahbabi, Amine des Oumanas (juge élu a l'unanimité par ses confrères, reconnu de toutes les professions commerciales des souks) est le grand père de  Med Lahbabi , ingénieur a la Radeema
( Régie Autonome de Distribution d'Eau et d'Electricité de Marrakech ) Med est le cousin d'Aziz Cherkaoui de qui nous vient cette photo, car Saadia Cherkaoui est la tante paternelle d'Aziz et la mère de Med. Thami Lahbabi remplissait le role d'amine des commerçants de Marrakech.

5 - Mohamed ben Abbes el Kabbadj

Les familles dont les noms s'écrivent  El Qbbaj ou Kabbadj ou Kabbaj ou Kabbage ou El Kabbaj auraient la mêrme origine, l'orthographe française du nom variant au gré des déclarations à l'état civil. La branche marrakchie termine par les lettre badj.Voir le livre de Mouna Hachem  "Noms de famille du Maroc" page 265 )

M'hamed Kabbadj, ancien du LVH est issu de cette branche dont l'arrière grand père venant de Fès s'est installé à Marrakech et débuta le commerce entre les deux villes. Son grand père Hadj Mohamed Kabbadj, puis son père Hadj Madani Kabbadj continuèrent le négoce avec Fès, puis avec le port émergeant de Casablanca et le port d'Oran en Algérie. "Commençant par des transactions sur des denrées alimentaires et des tissus, épices et autres senteurs, mon père finit par représenter la Maison du sucre Française BEGHIN pour le sud du Maroc. Ainsi, il importait, stockait et distribuait sur tout le sud du pays le sucre qui n’était pas encore à l’époque raffiné au Maroc.   Les bénéfices ainsi tirés du commerce étaient investis dans l’immobilier, les terres agricoles et dans des participations de sociétés."     

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Abdelghani Ben Mohamed Kabbadj, Abdeslem Ben El Madani Kabbadj, Hadj Mohamed Ben Abdeslam Kabbadj.

Dictionnaire des noms de famille du Maroc, Mouna Hachim nous dit à propos de la famille"Qabbaj(el)":
C'est dans la lointaine contrée du versant nord des montagnes du Caucase que s'établit anciennement un membre de la famille Qabbaj qui y épousa une citoyenne tchètchène, grand-mère de Abbas Qabbaj.
Celui-ci naquit à Tanger,avant que sa famille ne s'établisse à Marrakech, ville ou il ne tarda pas à s'illustrer en tant que nationaliste et leader politique, avant de trouver la mort en 1984,dans un accident de la circulation
."
Abbas Qabbaj, un cousin de M'Hamed, fut un des rares notables venant d'ailleurs à être adopté par les Soussis, grâce à son sérieux, son engagement politique, son honnêteté et son acharnement au travail. Valeurs très appréciées à Agadir et dans la région, surtout à son époque (vers 1946). Son fils Tarik, a repris le flambeau et les affaires de son défunt père avec le même capital de sympathie des autochtones, à tel point qu'ils l'ont élu maire d'Agadir, poste qu'il occupe encore aujourd'hui.

8 - Hadj Abderrahman ben Taïb Benchekroun.

9 - Hadj Abderrrahman ben Hemda Chekroun

Le dictionnaire des Noms de Famille du Maroc" de Mouna Hachim(2006) indique: "Parmi leurs innombrables personnalités d'envergure:
*Mehdi ben Tayyeb Bencheqroun,né à Fès en 1862,ambassadeur de Moulay El Hassan en Italie,en Angleterre et en Espagne,chef des Mehalla chérifiennes dans la région de Marrakech et d'El Jadida sous le règne de Moulay Abdel Aziz et directeur des douanes à Tétouan et à Tanger.
*Les Bencheqroun forment une honorable famille à Marrakech ou les jardins (Arassi) Bencheqroun étaient renommés sur l'emplacement du quartier Guéliz. Parmi les personnalités familiales dans la cité, le musicien Mohamed ben Mehdi Bencheqroun Marrakechi (m.1324/1906)."

11 - Fathi Chraïbi

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Hadj Fathi Chraïbi, grand commerçant venu de Fès en 1910 et agent commercial du Pacha Hadj Thami El Glaoui , était tout simplement le grand père d'Aziz Cherkaoui. Ici à côté de sa femme Khadouj Kabbaj-Chraïbi. Ils ont donné a Marrakech des enfants célèbres dont sa mère Amina et son oncle Hadj Bachir Chraïbi (agent commercial aussi du Glaoui). On les retrouvera dans le livre d'Aziz Cherkaoui : Marrakech Hommes et Monuments.

21 - Hadj Mohamed El Berdaï

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Hadj Mohamed Berdaï - comme plusieurs parmi ces commerçants qui tenaient le haut du pavé à Marrakech - avait un partenaire européen. Il était dépositaire de la marque anglaise WRIGHT au début du siècle.
Sa lignée s'est poursuivie par son fils Hadj Larbi Berdaï qui continua les activités de négoce et devint un grand propriétaire terrien. Les Berdaï habitaient une propriété de 5ha à Bab Khmis.

Les petit fils, sont Hadj Ahmed Berdaï (photo couleur) et Hadj Driss Berdaï, Ils étendirent leurs possessions agricoles et leurs activités de négoce dans la minoterie. Ahmed l'aîné fonda l'association Dar el Birri wal lhsane en faveur des enfants des rues; il utilisa ses talents de médiateur entre le roi Hassan II et les marrakchis. 

Driss fut élu Président de la Chambre de Commerce de Marrakech, il y fut régulièrement reconduit pendant plus de 20 ans. (44) La propriété de Bab Khmis a été lotie (3000 maisons). C'est aujourd'hui un quartier de la médina qui porte le nom de Arset el Berdaï. La fille de Driss, Aouatif Berdaï, ancienne du LVH, fut la première femme élue à la Chambre de Commerce de Marrakech. Elle est aussi élue à la Mairie de Marrakech.

 

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24 - Hadj Mekki ben Abdulah.  

Dans "Le dictionnaire des Noms de Famille du Maroc" de Mouna Hachim(2006),,il est dit à propos du nom de famille Ben Abdallah: "Parmi leurs personnalités familiales d'envergure: Mekki Benabdallah, négociant fortuné, propriétaire d'une maison de commerce à Londres en 1890 et grand exportateur au Sénégal."

DES FAMILLES ÉMINENTES DISPARAISSENT

En 1913 des familles très importantes quelques années plus tôt comme Ba Ahmed Grand Vizir ou El Menebhi ministre de la guerre ont été effacées de la scène politique et leurs biens saisis et vendus aux enchères. Il était plus difficile de faire disparaître des familles de négociants. C'est pourtant ce qui arriva à l'une des plus riches :

Le Maroc d'aujourd'hui" d'Eugène Aubin,publié en 1912,et réédité à Casablanca il y a quelques années sous un autre titre "Le Maroc dans la tourmente"
"Si bou Bekr el-Gandjaoui,le plus gros capitaliste de Marrakech, possède nombre de maisons et de fondaks et passe pour avoir, en outre, une forte somme déposée à la Banque d'Angleterre. C'est un vieillard....Dans son fondak, accroupi par terre, entouré de papiers qui débordent de boîtes multiples et de débris de meubles européens, il représente l'incarnation marocaine d'un brasseur d'affaires retors et malin....Si bou Bekr est protégé anglais....

"Boubker Ghanjaoui est le personnage qui a frappé l'opinion à Marrakech par sa prodigalité, ses extravagances, ses frasques, sa totale liberté de parole. On le disait même agnostique -chose assez rarement proclamée pour qu'on se la rappelle. La légation anglaise, dont il était le représentant à Marrakech, supportait mal ses excès. Le Glaoui déshéritera ses descendants en se mariant "trois jours" avec la veuve."
Un autre témoignage le confirme: "Si Boubker al-Rhanjaoui, avant de devenir protégé et agent anglais, avait à Marrakech le commerce des peaux, des grains. On lui prêtait aussi le commerce du kif et de ...l'opium, et le trafic d'esclaves. Miège cite The Reaper vol.XXIV Mars 1904,p.55, sur l'émotion créée dans les sociétés anti-esclavagistes anglaises, apprenant qu'un agent anglais s'adonne à ce trafic; Boubker al-Rhanjaoui passait pour extraordinairement riche, il le prouva d'ailleurs en emportant aux enchères les deux premières parcelles des biens sequestrés de Ba Hmed.
Par ailleurs Paul Pascon précise:
"La chute de la famille de Rhanjaoui fut à la mesure de son personnage: Thami El Glaoui se maria quelques jours avec sa veuve, le temps de la dépouiller de tous les biens de son mari défunt. En 1954, il y avait encore un descendant de Boubker à la porte de Dar El Glaoui qui lui servait de garçon de courses." .

Plus loin il écrit à propos d'une propriété qui est devenu un quartier de Marrakech:
"Daoudiat qui est achetée par Menebhi, passera aussi entre les mains du Glaoui; il la cèdera à Egret qui la vendra à Moulay Larbi Sarsar, autre personnage d'affiche, qui fait pendant à Ghanjaoui."

On lira avec profit un article d'une trentaine de pages de Grigori LAZAREV sur ces familles de négociants avant le protectorat qui montre que le Maroc a été contraint de changer après la révolte des négociants de Fez contre l'autorité du Sultan en 1820. C'est de cet événement que date le début des transformations vers un nouveau Maroc. : Aspects du capitalisme agraire au Maroc

Si vous avez des renseignements sur ces trente négociants ou sur leur rôle dans l'émergence du Maroc moderne n'hésitez pas à les partager sur le blog dans les commentaires. Si vous avez des photos vous pouvez les proposer par l'intermédiaire du lien "contactez l'auteur" en haut à gauche.

AVIS_DE_DECES

cliquer sur l'avis pour l'agrandir

Cette page venait d'être publiée quand nous avons reçu l'avis de décès de Lalla Malika El Alami épouse Berrada, alliée à d'autres familles dont les Kabbadj qui étaient déjà éminentes il y a un siècle à l'époque de la mise en place du protectorat. Certains du LVH et les amis voudront exprimer leur sympathie à M'Hamed Kabbadj qui était son gendre ainsi qu'à la famille de son épouse.