LES FAMILLES D'AVIATEURS QUITTENT AGADIR POUR MARRAKECH EN ÉTÉ 1952

Claudine XIMA nous offre cette belle photo de bougainvilliers et poursuit son récit :

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Nous voici donc arrivés à MARRAKECH.

Mais il n'y avait pas plus de logements!

Nous avons été "parqués" dans un bâtiment qui devait servir aux appelés ou aux célibataires de passage sur la base.
Bâtiment tout en longueur : 1 enfant = 1 pièce ; 2 enfants = 2 pièces   

Ma soeur n'était pas encore née .. nous avons donc vécu à 3 dans une piéce où il y avait le lit de mes parents, mon petit lit d'enfant à leurs pieds, une valise debout en guise de table de nuit pour y déposer le réveil et une armoire sur le côté pour le linge.
Un réduit attenant avec un évier servait en même temps de cuisine et cabinet de toilette.

Nous mangions assis sur le lit , sur nos genoux ou sur une valise .

Le bâtiment était à quelques metres du mess des officiers ce qui nous permettait d'aller chercher notre plat chaud au dernier moment. La rusticité du réduit ne permettait pas de cuisiner malgré un petit réchaud électrique.

Tout au bout du bâtiment se trouvaient les WC , communs à tous , il valait mieux éviter d'avoir une gastro !
Les douches , communes , étaient au centre, il fallait faire la queue avec sa serviette sur l'épaule : c'était dans le fond le début du camping !! offert par l'armée .....

Nous avions comme voisins immédiat la famille LARTIGUE que je n'ai plus revue ensuite.

C'est là que je jouais - nous étions dehors en permanence vu l'exigüité du logement - avec Anne-Marie MONFORT,  fille de MONFORT Amaury dont il a été déjà question sur le blog. Ils avaient 2 pièces dans le même bâtiment. Son frère Jean, plus âgé que nous était déjà très studieux et avait toujours le nez dans ses bouquins.
Je me souviens de l'admiration que j'avais de la chevelure d'ébène d'Anne-Marie; elle n'avait  - je pense - jamais coupé sa chevelure qui lui descendait jusqu'aux genoux. Elles les coiffait avec d'énormes tresses qu'elle remontait en plusieurs cercles.

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Anne-Marie Montfort entre ses parents devant leur logement

Il y avait une épaisse haie de bambous devant le bâtiment. Un jour nous avons eu la visite d'un énorme serpent ( tout est relatif .. j'étais petite , lui il me semblait gros!)  Grand émoi tout le monde avec balai et baton à la chasse au serpent qui s'est faufilé dans les bambous sans nous laisser son CV.

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Dans la semaine qui suivait le colonel de la base faisait raser les bambous.

Nous avons eu droit aussi au scorpion coincé derrière la valise-chevet et à la tarentule énorme aussi; bref on ne s'ennuyait pas, il y avait de l'animation!

Combien de mois sommes nous restés là ? je ne sais plus .Pour ceux qui ont connu, ça s'appelait LE 42 BIS.

La crise du logement s'améliorait progressivement.
Nous avons déménagés un peu plus loin dans un bâtiment octogonal nommé "LE TRIGON". Patio et jet d'eau au milieu , verdure , orangers: joli cadre de vie.
On y avait fait plusieurs logements .Les pièces étaient en enfilades mais spacieuses , avec une salle de bain - cuisine avec baignoire et gazinière .
Le luxe après ce que nous avions connu.

Peu de souvenirs de ce passage . Je m'y plaisais bien , à cause du patio et de l'espace. Je découvrais mon nouveau pays, son ciel éternellement bleu , ses bougainvilliers grimpants haut sur les façades, son soleil , sa chaleur , sa lumière, sa douceur de vivre... je devrais dire sa philosophie de vie.


La base se développait , ça construisait, grandissait, une ruche bourdonnante ,.
Il fallait former des pilotes , beaucoup de pilotes. La guerre en avait décimé pas mal et il y avait encore la guerre d'Indochine.. nous étions en plein dedans .

Je pense que le contexte politique de l'époque a joué sur le développement de cette base.
J'étais trop jeune pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Notre nouvelle vie se déroulait en douceur dans ce pays que nous découvrions avec des yeux tout neufs.

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L'école sur la base ,les promenades dans la ville et aux alentours de Marrakech , de nombreuses prises d'armes , défilés au sol et en l'air par nos chers T6 , rythmaient les journées sous notre beau ciel bleu.


Une petite soeur Blandine était arrivée , et avec elle un nouveau déménagement sur la base.

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Mme XIMA et ses filles se promenant à gauche avenue Mangin devant SHELL, et photographiées à droite devant la piscine des officiers où Claudine a appris à nager.

Nous habitions les "blocs à AIR ATLAS".

Un logement au rez de chaussée et un à l'étage. Nous demeurions au 1er au dessus de la famille GOUD (que je viens de retrouver grâce à ce blog)

Notre bloc était au ras de la piste d'atterrissage , derrière l'aéroclub. Nous étions délimités par un muret en pisé .
A côté il y avait la famille AUTISSIER. Je jouais avec Jean-Pierre GOUD
et Chantal AUTISSIER dont le papa a été tué en Indochine, Mme GOUD était seule avec ses trois enfants son mari était lui aussi en Indochine.

Le récit de Claudine nous décrit la vie des familles d'officiers à cette époque, les déménagements fréquents, les logements spartiates,... les voisins et les étonnements ... Certains des marrakch'amis ont certainement des souvenirs en partie proches des siens. Qui nous en parlera dans les commentaires ?

Claudine nous a préparé une suite que nous découvrirons bientôt.