LES S AINTS MARTYRS DE MARRAKECH - 16 JANVIER 1220 t;/p>

Ils étaient cinq comme les doigts d'une même main, ils s'appelaient Bérard, Pierre, Othon, Adjutus et Accurse. Ils sont morts décapités à Marrakech le 16 janvier 1220. Il y a donc 790 ans.

C'était un jeudi 9e jour du mois de Dhou Al-qi'da, année 606 de l'hégire, ce qui fait 825 années selon le calendrier lunaire de l'Islam. an>

Le dimanche 16 janvier 2011 à 10h00 une messe spéciale a été dite en leur honneur en l'église des Saints Martyrs qui leur fut dédiée en 1929 mais officiellement inaugurée en décembre 1931.

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La fresque du choeur fut réalisée en 1951 dans l'église des Saints Martyrs de Marrakech par le frère bénédictin André Bouton (FRAB) et son frère Jacques Bouton, diplômé des Arts décoratifs de Paris. Elle porte en son centre un Christ Pantocrator, ou Christ en gloire après sa résurrection. Il faut remarquer la mise en valeur par les artistes de la Trinité selon une ligne verticale parfaitement rectiligne. Sur cette ligne, le Dieu unique se manifeste, d'abord comme Père la main tout en haut de la fresque; comme Esprit saint représenté par la colombe; comme Fils, Jésus le Christ assis sur un trône royal.

Le Christ en gloire, assis sur le trône, bénit de sa main droite et porte les Saintes Écritures de l'autre main. Il s'agit de la Bible ( Thora et nouveau testament réunis). Encadrant son trône quatre médaillons représentent les quatre évangélistes (tétramorphe). Chaque évangéliste est représenté par un animal à l'exception de Saint Matthieu reconnaissable à une face humaine : cette tête a été placée par les artistes à la même hauteur que celle du Christ. De l'autre côté et au niveau de la main du Christ levée pour bénir les humains, un aigle symbolise l'évangéliste Saint Jean. (cliquer sur le haut de la fresque pour un agrandissement). En dessous du pied le plus bas du Christ il est possible de distinguer un lion, emblème de Saint-Marc. En dessous du Livre des Saintes écritures une tête de taureau est la marque de l'évangéliste Saint Luc (cliquer sur le bas de la fresque pour agrandir l'image). Quatre évangiles, quatre manières différentes de s'adresser à des interlocuteurs de régions et de cultures ayant chacune ses particularités.

Des anges protecteurs flanquent la gauche et la droite de la fresque, ils sont soumis à la royauté du Christ et au même niveau que ces anges les Saints Martyrs franciscains sont répartis des deux côtés. Sous la main droite du Christ se dressent les deux prêtres et le diacre avec la tonsure et de l'autre côté les deux frères lais (laïcs). Le plus grand des prêtres est Bérard de Carbio de la famille Léopardi le principal responsable de ce groupe de moines franciscains originaires de familles aisées d'Italie. Bérard parle l'arabe, il est, accompagné à sa droite par Pierre de Saint Géminien le diacre et à sa gauche par Othon prêtre comme lui. Tous les trois agitent des palmes pour saluer la royauté du Christ comme au jour des Rameaux. Les frères lais sont un peu en retrait. Les cinq moines attendirent 1421 ( 201 ans et sept mois) pour être canonisés par le pape Sixte VI.

Les deux scènes inférieures ont rapport avec la vie de Saint François d'Assise et celle de Sainte Claire dont on sait qu'ils furent fiancés mais qu'ils renoncèrent au mariage pour suivre leurs vocations religieuses respectives. A gauche (à la droite du Christ) l'arrivée au paradis des frères franciscains et de Sainte Claire. A droite (à la gauche du Christ) Saint François et Sainte Claire marchent sur les eaux mais d'autres s'y enfoncent. La Vierge Marie n'est pas sur cette fresque, mais une Vierge est présente en la personne de Sainte Claire (Claire Offreduccio, qui fut la première Supérieure de l'Ordre des Clarisses).

Nous avons la photo en noir et blanc ci-dessus de la fresque des Saints Martyrs grâce à l'obligeance de la nièce du frère André Bouton, fille de Jacques Bouton. Il serait intéressant de trouver une photo ou une carte postale de l'époque en couleur. A moins qu'à partir de leurs souvenirs les anciens marrakchis qui en ont gardé la mémoire puissent retrouver les couleurs de cette fresque qui fut recouverte de peinture claire avant 1971. Nous en ignorons la raison, peut être une conséquence de l'Indépendance du Maroc. Il semblerait que des travaux aient été entrepris courant 2010  pour décaper la peinture et retrouver la fresque de 1951, mais ces travaux n'ont pas été poursuivis.

Jacques Bouton a réalisé d'autres fresques notamment à la Chapelle de la Route sur la N7 à Ferrières en Gâtinais. Voir ci-dessous à gauche une Naissance de la Vierge de 1955-56 avec ses belles couleurs. 

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Ci dessus à droite une partie de la fresque réalisée par le frère André Bouton dans une chapelle de Notre Dame de la Dormition à Jérusalem à la même époque. Ces couleurs pourraient servir à la réhabilitation de la fresque de Marrakech si cela est encore possible.

Grâce à Marie-Pascale, que le blog remercie chaleureusement, nous pouvons voir les deux frères BOUTON juchés sur un échafaudage en 1951 alors qu'ils réalisaient la fresque de Marrakech. Son oncle, le frère bénédictin André Bouton est prêtre et vêtu de noir. Jacques Bouton son père, porte une chemise à carreaux.  L'angle de prise de vue de la photo montre les frères Bouton bénis par le Christ.

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Ci-dessus à droite la croix de style byzantin, réplique de celle de la chapelle San Damiano à Assise qui présida à la vocation de Saint François, fondateur de l'ordre des franciscains. La croix dont la partie supérieure a la forme de la lettre grecque TAU aurait 'parlé' à Saint-François. Voir San Damiano.  La croix de Marrakech peinte par G. Puvilland est accrochée depuis 1971 dans le choeur de l'Église des Saints Martyrs.

LE PROSÉLYTISME DES CINQ MARTYRS

Les cinq franciscains ne se cachaient pas, début janvier 1220, d'être venus à Marrakech pour convertir les musulmans au christianisme, ce qu'ils avaient déja tenté de faire en Espagne et ce qui leur avait valu leur expulsion par bateau vers le Maroc. A Marrakech, ils furent d'abord emprisonnés, puis grâce à l'action de Dom Pedro Prince du Portugal ils furent libérés après avoir été fouettés et à conditions de cesser leur prosélytisme. Mais au lieu de s'en tenir là, ils revinrent à la charge en déclarant cette fois que Mahomet était dans l'erreur; certaines version disent même "un démon du Mal". Ils furent exécutés par le roi du Maroc en personne qui leur fendit la tête avec son propre sabre. Le prince du Portugal fit recueillir leurs dépouilles afin qu'elles fussent déposées à l'abbaye lusitanienne de Coimbra. On prêta à ces reliques de nombreux miracles dont la conversion d'Antoine de Padoue né à Lisbonne en 1195, devenu un éminent docteur de l'Église, mort en 1231 et canonisé en 1232.

Une partie des reliques de ces cinq martyrs est revenue à Marrakech en 1957 grâce au Père Koehler, membre de la Socité archéologique de France et curé de la paroisse qui avait insisté auprès de l'abbaye franciscaine de Coimbra depuis plusieurs années pour qu'une partie des reliques reviennent à Marrakech dans des chasses réalisées spécialement. Des fêtes et des processions furent organisées à cette occasion. Mais quelques années plus tard les reliques étaient retirées discrètement car il avait été constaté qu'il s'agissait d'ossements de caprins et non d'ossements humains. Le Père Christophe n'était pas mécontent de ce retrait car il préférait que les chrétiens s'intéressent au Christ plutôt qu'à des reliques. C'est ce qu'il exprimait dans les méditations qu'il partageait avec ses frères franciscains ainsi que dans ses relations de tous les jours avec ceux qu'il rencontrait: "Je reviens avec une conviction encore plus ancrée : le Christ parle à partir de nos humanités, sans rien en exclure, sans rien en omettre. Chacun se débrouille avec ses fragilités, ses résistances… Le combat de l’homme pour dire sa vérité est un combat admirablement beau et digne. Oui, le Christ est là… mais le chemin est long pour le reconnaître. Parmi les présents, beaucoup témoignaient d’une foi profonde. Mais d’une foi qui cherche de nouveaux mots pour se dire, de nouvelles expériences pour inviter à entrer dans ce chemin. Une foi qui se risque à la main tendue, à la rencontre sur un autre terrain. Une main tendue vers ce monde assoiffé de beauté."  

LE CHRIST PANTOCRATOR RÉALISÉ PAR LES FRÈRES JACQUES ET ANDRÉ BOUTON (FRAB) EST PAR SON VISAGE À RAPPROCHER D'UNE APPARITION QUI A MARQUÉ LA COMMUNAUTÉ CATHOLIQUE DE MARRAKECH, CELLE DU VISAGE DU CHRIST APPARU À UN FILS DE LA FAMILLE THOMAS DU QUARTIER INDUSTRIEL. JEAN-MARC BERGER NOUS EN PARLE:  "Je revois cette Tête de Christ comme si c'était hier. Je me souviens de la tête d'un Homme aux cheveux longs sur un support vert pale à l'identique du visage que nous retrouvons sur le Saint Suaire de Turin. Sur celui-ci, ses yeux sont baissés. Chez les Thomas ses yeux étaient levés vers le Ciel.(...)  J'ai effectué 3 visites ,et bon nombre de Marrakchis de l'époque  peuvent confirmer cet Evénement !   L'Image avait une dimension de 8 cms environ, blanchatre sur fond de mur dans une peinture à l'eau vert amande !  Un petit Autel avait été dressé en dessous de l'Apparition !  "

01_Christ_Suaire_Turin apparition_MRK  MarcelT58 

L'Apparition du Christ de Marrakech entre le suaire de Turin et une photo du fils Thomas, prise quand il était plus jeune et qui a vu le premier l'apparition. LA MAGIE D'INTERNET NOUS PERMET DE RECEVOIR LE JOUR MÊME UNE PHOTO DU CHRIST SUR LE MUR.  Gilberte Giacomoni nous l'a faite parvenir: " j'ai en ma possession une photo prise à l'époque par un membre de ma famille. Je me fais un plaisir de vous l'envoyer!"Merci Gilberte de partager avec nous ce document qui va refaire surgir de vieux souvenirs à plusieurs.

LES ANCIENS MARRAKCHIS VOUDRONT SE SOUVENIR DES CÉLÉBRATIONS QUI CHAQUE ANNÉE, LE DIMANCHE LE PLUS PROCHE DU 16 JANVIER, HONORAIENT LES SAINTS MARTYRS DE MARRAKECH, SAINT FRANçOIS D'ASSISE ET SAINTE CLAIRE.

PRESQUE CHAQUE ANNÉE L'ÉVÊQUE DEPUIS RABAT SE DÉPLAçAIT À CETTE OCCASION ET VISITAIT LES CATHOLIQUES DE MARRAKECH ET DE LA RÉGION.

QUI SE SOUVIENT ? QUI ÉCRIRA DANS LES COMMENTAIRES LES RÉCITS DU TEMPS Où LA FRESQUE DES SAINTS MARTYRS ORNAIT LE CHOEUR DE L'ÉGLISE ?