P1030323 Honneur à Steve Jobs

Photo prise à Manattan, Big Apple square.

Bientôt une page sur les Paras de Marrakech.. Qui aurait des photos ou des documents à partager sur le blog ?

MARTIN-VERGÉ CRÉE UNE COLLECTION DE CARTES POSTALES SUR MARRAKECH EN 1912-1913; UNE TRANCHE PASSIONNANTE DE L'HISTOIRE DE LA VILLE ROUGE ET DU MAROC

Martin - Vergé édite des cartes postales avec des vues de Marrakech prises entre septembre 1912 et juin 1913. C'est une époque charnière de l'histoire de la ville. En aout 1912, Marrakech était occupée par El-Hiba (la cigogne) qui avait réuni une armée pour refouler la dynastie des Alaouites sur le Nord du Maroc et créer un sultanat à son profit au sud du Maroc avec Marrakech pour capitale. Mohamed El-Hiba avait de qui tenir, déjà son père le Chef Ma al Aïnine avait aidé Moulay Al Hafid, le demi-frère du Sultan Moulay Abd El Aziz à devenir sultan à sa place. Puis Moulay Al Hafid demanda et obtint le protectorat de la France alors qu'il était en difficulté à Fez assiégé par des tribus hostiles et peu après, le 13 aout 1912, il abdiqua en faveur de son autre frère Moulay Youssef.

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La Koutoubia - Cette carte a été expédiée le 10 décembre 1912, c'est la première a avoir voyagé parmi les cartes postales éditée par Martin Vergé et réunie par l'ami Halfaoui. Il est probable que le cliché a été pris en septembre, puis la carte imprimée en octobre et diffusée en novembre.

Le général Lyautey avait envoyé un officier de son Etat major le commandant Verlet Hanus pour transmettre ses directives au Vice-consul Maigret. Les français tentèrent d'obtenir une audience de Mohamed El Hiba. Mais celui-ci se pensant très fort, plutot que de parlementer les mit en prison comme ottages dans une Kouba et avait donné des instructions pour les exécuter si Lyautey ne se pliait pas à ses exigences. Lyautey donna l'ordre au colonel Mangin à la tête de plusieurs régiments d'affronter les troupes d'El Hiba et de délivrer le Consul Maigret ainsi que les français civils et militaires faits prisonniers. Ce fut la bataille de Si Bou Othman le 6 septembre 1912 qui permit la délivrance de Marrakech le 7 septembre par une colonne légère de 600 cavaliers sous les ordres du Commandant Simon, la fuite d'El Hiba vers le Souss et le rétablissement de la souveraineté du Sultan Alaouite sur Marrakech. En plus des 600 chevaux le Commandant Simon et son adjoint le Capitaine Cornet disposaient d'une section d'artillerie légère de 75 et d'un peloton monté de spahis sénégalais. Le 9 septembre, Mangin fit son entrée dans Marrakech avec El Hadj Tami El-Glaoui et le Commandant Simon..

Le Colonel Mangin décrit la bataille avec ses propres mots:

« Le combat s'engage dans une plaine entièrement dénudée que sillonnent quelques ravins creusés par les pluies d'orage, à sec en cette saison... A peine en marche, nous apercevons, sur un front de plus de 4 kilomètres, une masse grouillante de 15 000 burnous blancs, fantassins et cavaliers mêlés, avec des bannières éclatantes qui jalon­nent la ligne. La marche se poursuit dans le plus grand ordre... Je confirme d'ouvrir le feu seulement à mon commandement. L'interprète me prévient que des caïds viennent d'échanger entre eux leurs impressions : « C'est la baraka d'El Hiba, les fusils des Français ne peuvent partir ». Certain de la puissance du feu, je voulais le commencer le plus tard possible, afin de tenir longtemps sous la mitraille les groupes tourbillonnants de l'ennemi. J'admire que la harka ait assez de discipline pour ne commencer le feu qu'à 1 400 mètres. C'est à moins de 1 000 mètres de l'ennemi, dont le feu commençait à se faire sentir, que j'ai fait le signal convenu : 1 200 fusils, 8 mitrailleuses, 12 canons, éclatèrent en même temps, donnant à leur tir le maxi­mum d'efficacité. Sous ce déluge de pro­jectiles, la ligne ennemie part contre nous avec un courage magnifique, les cavaliers au galop suivis des fantassins qui courent de toute la vitesse de leurs jambes... Mais cet élan s'arrête... Les cavaliers tourbillonnent, puis se mettent en ordre derrière les fantassins et s'écou­lent sur le flanc de la colonne. Une partie de l'artillerie garnit les faces latérales et la face arrière, qui est aussi atta­quée... Notre carré fait le feu des quatre faces. Les troupes, excitées, ont mis baïonnette au canon. Sur la droite, une compagnie de Sénégalais part à la char­ge et des officiers d'état-major vont, au galop, l'arrêter. L'heure de l'assaut n'a pas encore sonné.
« Le carré reprend lentement sa marche. Nous voici en vue du camp de la harka, dont les tentes innombrables sont encore dressées. L'effort ennemi se porte sur la face arrière qui paraît, évi­demment, reculer. Il est 9 heures. Quel­ques tentes commencent à s'abattre. C'est l'aveu de la défaite. Le moment est venu de porter le coup décisif. La cavalerie se forme sur trois lignes : partisans et goumiers marocains, spahis, chasseurs d'Afrique, 400 chevaux sous les ordres du capitaine Picard. Elle part au trot vers le camp marocain et s'abat en­suite comme une trombe au milieu des tentes. Deux canons, deux éten­dards sont pris. Le camp est enlevé. Une batterie a suivi, au trot. Le carré s'avance. A 10 heures, l'ennemi renonce à la lutte. A 11 heures, la colonne est rassemblée dans le camp de la harka... Elle a parcouru 75 kilomètres en trente heures. »

Les citations font état de six morts et de huit blessés du côté de la colonne Mangin:

Sont morts à la bataille de Bou Othman en délivrant Marrakech de l'ennemi du Sultan Moulay Youssef:

Trois tirailleurs de 2e classe au 3e Tirailleur algérien : Louar Bel KacemToubal Mohammed et Bou ChekaraBrahim Kourouma tirailleur de 2e classe au 6e Bataillon sénégalais; Bengali Kamara tirailleur de 1ere classe au 7e Bataillon sénégalais et Bengrina Ben Rahal conducteur auxiliaire 17eescadron  du TDEM.

Souvenons-nous de leurs noms et aussi de ceux des blessés: Trois zouaves du 3e Zouave: Célestin Gravel, Kegel et Gabriel; Deux soldats au 3e Bataillon colonial: 2e classe Walti et 1ere classe Flachelli; Guebli tirailleur de 2e classe  au 3e Tirailleurs algériens; Un Spahi de 2e classe au 4e Spahis: Ahmed el KhechiniEmile Gillet conducteur de 2e classe  au TDEM.

Les deux Spahis qui ont enlevé des étendards aux troupes d'élites d'El Hiba appartenaient au 4e Spahis: le Maréchal des Logis Jules-Paul Bonnet et le Spahi Léon Martin.

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La Bahia de l'ancien Régent Si-Ahmed - Sur ce cliché du Palais de la Bahia il faut remarquer les menuiseries ajourées disposées entre les colonnes. C'est le signe d'une prise de vue ancienne car ce décor sera supprimé et n'apparaitra plus sur les clichés ultérieurs des autres photographes.

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Cliquer sur la carte pour lire la correspondance d'un militaire du 139e RI

Les photos de la collection Martin-Vergé ont été prises au minimum en deux fois, peut etre en trois fois. C'est grace aux 23 cartes postales anciennes de la collection de l'ami Halfaoui que nous disposons des dates d'expédition. La première fois les vues ont été prises peu après l'entrée du Colonel Mangin à Marrakech en septembre 1912. La première carte est datée du 10 décembre 1912 et représente la Koutoubia. La presque totalité des 23 cartes de la collection est partie de Marrakech, une seule de Safi et une autre sans précision de lieu. Cela porte à penser que les cartes étaient diffusées par l'éditeur seulement à Marrakech. Les auteurs des correspondances sur les cartes postales sont principalement des militaires; à l'époque la population européenne sur Marrakech était presque inexistante à cause d'El Hiba qui s'attaquait à tout ce qui était chrétien. Les européens de Marrakech s'étaient repliés sur les villes portuaires Mazagan, Safi, Mogador, ils ne revinrent qu'à partir de la fin septembre 1912.

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Intérieur d'une maison arabe - Le photographe met en valeur la beauté du site, un personnage cache son visage derrière une colonne.

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La dernière fois où les clichés de la collection de Martin-Vergé ont été photographiés à Marrakech doit etre datée du 19 juin 1913. Ce jour là, le Sultan Moulay Youssef est accueilli dans l'ancienne capitale impériale pour célébrer la victoire de ses Mehallahs sur les troupes du prétendant El Hiba qui occupaient Taroudant. Il fut contraint de déloger au sud de la vallée du Sous, ce qu'on apprit le 1er juin.

Cette nouvelle opération militaire sur Taroudant et Agadir avait été soigneusement préparée à l'initiative du Général Lyautey et en relation avec les forces françaises sur terre et sur mer. Il était important que les troupes du Maghzen interviennent pour que le Sultan de la lignée alouite affermisse lui même son trône en se débarassant du prétendant El Hiba. Les troupes françaises du protectorat restaient à proximité pour intervenir si nécessaire. Le général Brulard qui depuis le 11 février 1913 commandait tout le Sud du Maroc depuis Marrakech s'était spécialement déplacé dans le Sous pour être au plus près des opérations et pour coordonner l'appui de la Marine qui patrouillait au large des côtes afin d'empecher qu'El Hiba obtienne des appuis allemands par la cote Atlantique. A Marrakech, le colonel Savy assurait l'intérim du général Brulard.

Agadir libérée d’El Hiba est occupée au nom du Sultan par le caïd Si Lhassen des Ida ou Guelloul. Ils gardent la citadelle contre les menées du caïd Anflouss des Ida ou Tanan.

Le Sultan a informé les pachas et les caïds de la délivrance  de Taroudant par des lettres annonçant la victoire, elles ont été lues dans toutes les mosquées le vendredi .

Le général Brulard a effectué la première liaison Marrakech-Mogador en automobile sur la nouvelle piste en huit heures.

Les notables d’Agadir ont pu recevoir dans le port même le commandant de la division navale qui est descendu à terre le 3 juin.

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Une rue du quartier israélite - Il était plus facile de photographier au Mellah que dans les rues de la Médina. Cette carte a été écrite en décembre 1914 par Ismael.

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LES DEUX COLLECTIONS DE CARTES POSTALES ÉDITÉES PAR MARTIN-VERGÉ 

Martin-Vergé, comme beaucoup d'autres éditeurs, a réalisé une collection sans numérotation et une autre numérotée. Les deux collections portent le même nom "MARRAKECH (Maroc)", qui est écrit en lettres plus grasses pour la collection qui n'est pas numérotée. Le nom de l'éditeur apparait sur le cliché pour les cartes non numérotées et au verso pour les cartes numérotées.

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Vue partielle de la Ville - Dans cette collection non numérotée les personnages sont rares, le photographe préfère ne pas être repéré au moment où il prend ses clichés. C'est probablement le danger réel ou supposé qui est à l'origine de cette prudence. Cette carte a été expédiée par l'intermédiaire d'intérets britanniques.

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LA COLLECTION SANS NUMÉROS

Les premières cartes présentées appartiennent à cette collection. Elles décrivent le Marrakech éternel. Aucune allusion aux récents événements militaires au Maroc. Nous complétons l'illustration de cette collection avec deux clichés  pris probablement à la même époque que les précédents, mais dont la correspondance fut écrite plus tard.

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Une des Portes de la Casbah - Ce cliché rappelle une vue semblable de Limanton 

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cliquer pour lire la correspondance d'Auguste Charpentier.

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Vue de l'Oued Amiz-miz - Cette vue est originale, Martin-Vergé est probablement le seul à proposer une carte postale représentant une riche et belle vallée de l'Atlas. Elle a été écrite en 1917 seulement.

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"Le pays est épatant, il y a un chique coup d'oeil, beaucoup d'orangers, de beaux champs de dattiers,.."

LA COLLECTION NUMÉROTÉE DE MARTIN VERGÉ:

Dans cette collection, certaines vues ont été photographiées avant le 19 juin 1913 et d'autres ont été prises précisément ce jour là. Il est peu probable que certains clichés soient postérieurs de plus d'une semaine à cette date historique.  En effet certains clichés représentent l'arrivée du Sultan à Marrakech ce 19 juin 1913, venu voir défiler ses mehallas victorieuses. D'autres photos prises ce jour là montrent une partie des festivités organisées à cette occasion.

La collection commence par un cliché de la Koutoubia légèrement différent de celui que nous avons déja vu dans la collection précédente.

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1 - La Koutoubia - Cliquer pour agrandir le texte : "Il faut aller se ballader en ville avec un fusil à l'épaule et cartouchière pleine.." septembre 1913

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2 - Les Teinturiers - janvier 1914

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remarquer la marque de l'éditeur au verso

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3 - Un marchand de poteries -

3img420 Le service militaire pouvait durer trois ans en raison de la guerre avec l'Allemagne.

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4. Huttes d'émigrants du Sous - Cette carte est expédiée alors que la Mehalla du Sultan est allée pourchasser El Hiba du coté de Taroudant. Il y avait à l'extérieur des remparts un village de cabannes construites par des familles originaires du Sous. D'où la correspondance sur la carte postale: "Pays du Sous situé au sud de Marrakech, c'est là que le prétendant El Hiba recrute ses partisants ennemis du Sultan."

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5 - Marché aux nattes - 

5img424 (Ne pas se laisser distraire par l'orthographe fantaisiste)

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6 - Marché aux vieilleries sur le Jema el Fana - La carte a été écrite à la veille de Noel 1913 pour adresser des voeux de bonne année. Il semble qu'elle soit arrivée bien plus tard.

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7 - La Place Jema El Fana - Le photographe semble avoir fait sa prise de vue assis sur la selle d'un cheval. La carte ne comportait pas de correspondance.

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8 - La fontaine publique du Mouassin - Le cliché met en valeur les décors au dessus de la fontaine plutot que les arches plus à gauche. La correspondance est de la fin de l'année 1913 "Je t'écris cette carte au son de la mélopée plaintive de maçons damant des murs en terre, tandis qu'au lointain se distingue le son des fluttes stridentes des charmeurs de serpents. Pays épatant, riche, commerçant; je raconterai celà." 

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9 - La Place du Jema el Fana, le Jour de l'Achour. Cette carte montre un grand nombre de roues avec nacelles pour divertir les marrakchis. Douze roues en bois au moins sont visibles sur la carte. 

9img432 Roue ottomane Modele_européen_1857 

Ces roues existaient dans l'empire ottoman. Un anglais Peter Mundy dans son Journal de voyages en parle et en dessine une qu'il a vue à Plovdiv en Bulgarie en 1620, indiquant qu'elles sont particuluèrement sures pour la sécurité des enfants. Cinq ans plus tôt, en 1615, un habitant de Rome, Pietro Della Valle en a vue une à Constantinople mais n'en fait pas le dessin. On remarquera qu'une seule personne peut faire tourner une roue de huit nacelles avec une seule main. En Europe de l'ouest des roues avec nacelles agrémentaient les foires de villages, on en signale une en 1728. Ici une gravure de 1857. A quand une Grande roue sur une nouvelle place de Marrakech ?

La correspondance est intéressante, elle montre qu'il était important que la Mehalla du Sultan, chasse El-Hiba et en recueille la gloire, cependant que l'armée française venait en appui sur Taroudant et Agadir sans intervenir directement.

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10- Le Pont Marocain sur l'Oued Tensift - Belle vue qui met bien en valeur la largeur de l'oued et le site en bord de palmeraie. Cette carte n'a pas de correspondance au verso.

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11 - Bab Khemis, Vue de l'intérieur - On remarquera les observateurs au dessus de la porte. 

11img436 cliquer pour agrandir

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12 - La Porte du quartier de la Zaouia de Sidi Abdelaziz - 

LE REPORTAGE SUR LA PRISE DE POSSESSION DE SA VILLE PAR LE SULTAN ALAOUITE, MOULAY YOUSSEF

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13 - Le Sultan Moulay Youssef à son entrée à Marrakech - La photo a été prise le 19 juin 1913, il est donc normal que la date d'oblitération soit plus tardive, 8 janvier 1914. Pas de correspondance au verso de la carte.

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14 . Entrée de Moulay Youssef, à Marrakech; Le Groupe Impérial - 

14img442 cliquer pour voir l'écriture de Delarue 

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15 -Délégation des Tribus du Haouz à l'arrivée du Sultan - (Pas de correspondance au verso de cette carte).

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16 - Le défilé des Étendards à l'entrée du Sultan à Marrakech - Les trois derniers clichés ont été pris du même endroit.

16img446 Cliquer pour agrandir

GRACE À L'AMI HALFAOUI NOUS DISPOSONS DE LA COLLECTION NUMÉROTÉE COMPLÈTE DE MARTIN-VERGÉ

IL SEMBLE BIEN QUE LES DERNIÈRES PIÈCES DE CETTE COLLECTION S'ARRETENT AU 19 JUIN 1913. NOUS NE SAVONS RIEN SUR CET ÉDITEUR ÉPHÉMÈRE CE QUI NE NOUS EMPECHE PAS DE LE REMERCIER POUR SON INITIATIVE DE RÉUNIR D'AUSSI INTÉRESSANTS DOCUMENTS SUR L'HISTOIRE DE LA VILLE ROUGE.

Sans le concours du collectionneur de cartes postales Halfaoui, il aurait été impossible de comprendre les circonstances dans lesquelles les clichés de la collection Martin-Vergé ont été réalisés.  Nous le remercions de mettre si généreusement ses clichés à la disposition de ceux qui recherchent des documents sur l'histoire de la Ville et nous conseillons d'aller voir son site internet: http://halfaoui.blogzoom.fr/

Michel de Mondenard

 © Cet article ne peut être reproduit sans l'accord écrit de l'auteur et sans la mention de l'édition et de sa date: Mangin@Marrakech,  9 octobre 2011.