ITINÉRAIRE BRISÉ, UN ROMAN DU MARRAKCHI MOHAMED AZZAM MGHAZLI - 2012

Le mois d'avril voit fleurir les romans de médecins originaires de Marrakech, après SÉÏSMES de Gérard Jean Muller voilà ITINÉRAIRE BRISÉ de Mohamed Azzam Mghazli. 

ITINERAIRE_BRISÉ

Mohamed Azzam Mghazli est un ami, né à Marrakech, membre actif de la Société civile, médecin allergollogue, président du Conseil régional de l'Ordre des médecins (Marrakech-Tensift). C'est grâce à lui que nous avons ouvert une page sur LA POSTE DE LA MÉDINA à laquelle d'autres amis ont participé aussi.

T_Mohamed_AzzamSon roman Itinéraire brisé décrit l’évolution d’une famille berbère originaire du Haut Atlas, depuis les années cinquante jusqu'à nos jours. Les épreuves, les joies et les souffrances ont permis aux deux personnages principaux de chercher avec acharnement les motivations et l’envie de vivre mais, parfois les circonstances détruisent tout espoir. Un long parcours dont le point de départ se trouve en montagne, à trente kilomètres de Marrakech, la grande ville, où les cultures arabo-berbères et européennes se rencontrent et transforment la société marocaine. Passant par l'Indochine ce roman vérité, finement observé et raconté, se déroule dans le Marrakech du XXe siècle. 

Voir plus bas comment commander son roman à l'éditeur: Édilivre

MARRAKECH, LA KENNARIYA

Un autre auteur de romans Jean-Pierre KOFFEL, arrive pour la première fois à Marrakech en aout 1940, il a 8 ans. Sa mère connaissait déja Marrakech depuis 1929. JPK n'a plus son père; son beau père entrepreneur, M. Calvaruso, a pour mission de rajouter une aile au Palace-hôtel de La Mamounia.  A quinze ans, élève au Lycée Mangin, JPK gagne le prix du Maroc de poésie. Agrégé de lettres, il concevra plus tard plusieurs romans, dont certains obtinrent des prix. Il aidera de nombreux marocains d'expression française à écrire et se faire éditer. JPK a publié ses souvenirs, AU JOUR LES JOURS, pour ses amis, mais ne les a pas édité pour un plus large public. Grâce à Hassan Azdod, un de ses amis berbère, nous en donnons un passage concernant la Kennaryia à Marrakech  

SOUVENIRS DE MARRAKECH - JEAN-PIERRE KOFFEL : AU JOUR LES JOURS, 1948 (les passages entre parenthèses ont été rajoutés par JPK en 2008)

À Djemaa el Fna (maintenant, j’écris Jmaa el Fna), mettons un quinze août vers seize heures, j’ouvris les yeux sur la ville qui allait devenir la mienne. M. Calvaruso avait garé à l’extrémité de la place, là où il devait y avoir plus tard un commissariat de police – extrêmement moche, mais on ne peut pas demander la lune à un commissariat. Et ils m’ont abandonné dans la voiture, seul  – pourquoi n’ont-ils pas laissé ma bonne grand-mère avec moi ? mystère et boule de gomme ! –, pendant qu’ils allaient chercher un logis pour la nuit et les suivantes, en attendant de trouver une maison à louer, ce qui, si j’en juge par les tâtonnements par lesquels sont passés mes parents, n’était pas si facile qu’on pourrait le croire. Je cuisais littéralement dans cette voiture chauffée au soleil. Mon peu de sympathie pour la place Jmaa el Fna vient de là. L’attente a dû être plus longue que mes parents ne l’avaient prévue ; sans doute n’ont-ils pas trouvé rapidement ce qu’ils cherchaient. Mais enfin, ils l’avaient trouvé : une pension de famille , pas loin de Jmaa el Fna, derrière l’hôtel de Foucauld, dite chez Darrieusecq – nom que je retrouverai soixante ans plus tard en littérature. Les Darrieusecq  louaient des chambres. La pension était petite, avec un étage, des zelliges frais le long des murs, une courette  avec zelliges aussi – vert et bleu – bien arrosée. Mme Darrieusecq m’est apparue, au milieu de l’escalier qui menait aux chambres de l’étage ; menue, cheveux tirés, serrée dans un habillement austère, très Mme Lepic, une grosse grappe de raisin noir à la main ; elle descendit les dernières marches et m’offrit la grappe, qui avait été lavée à grande eau ; de gros grains brillants, bien pleins et juteux ; pour l’assoiffé que j’étais, quelle aubaine ! Mme Darrieusecq, qui ne m’a laissé aucun autre souvenir, m’a offert ce jour-là l’un des plus forts bonheurs de mon enfance.CP M'Kech ancien_Place Djemaa El Fna 39

         Nous ne sommes pas restés longtemps chez les Darrieusecq – ces gens-là changeaient de l’ordinaire de ceux que je voyais – , juste le temps de trouver un logis. Et ce logis, ce fut en médina. À l’époque déjà –  les années 30, 40 et celles qui suivirent – , des Européens habitaient la médina ; des « petits blancs » dans l’ensemble ; dans les environs de Djemaa el Fna, rue des Banques, rue Bab Agnaou, Riad Zitoun, mais aussi dans le quartier dit Bab Doukkala, ou encore à la Kasbah, ou derrière l’hôpital Mauchamp (jouxtant l’hôtel Mamounia), du côté de l’hôtel Tazi (là où il y avait le quartier réservé de Marrakech, c’est-à-dire un quartier où étaient concentrés les hôtels et les bars  consacrés aux prostituées et à tout ce qui gravitait autour d’elles) ; il y avait une petite église catholique dans la médina, une école primaire européenne (celle de l’Aarset el Mach) où étaient admis des enfants algériens, un marché municipal (donnant sur Djemaa el Fna), la CTM (Compagnie de Transports Marocains dont les cars desservaient tout le pays) et sa brasserie, et sa terrasse panoramique donnant sur la place, sur la ville, sur l’Atlas, sur le minaret de la Koutoubia toute proche... Les Européens vivaient au milieu de la communauté musulmane sans aucun problème. Mon professeur de philo (mais nous sommes déjà arrivés en 1951), l’adorable et très chrétien Gaston Guilhaume, habitait la médina, à Azbezt, par-delà le souk Semmarine ; il arrivait le matin en retard pour son premier cours, à vélo, avec ses pinces à vélo pour tenir ses pantalons aux chevilles, mal rasé, mal débarbouillé.CP M'Kech ancien_Derb de la médina 04

         Il y avait de nombreux petits hôtels, avec des noms charmants  (Cécil Hôtel !), dans tous ces derbs  gravitant derrière Djemaa el Fna. J’ai souvenir de labyrinthes de ruelles toujours lavées à l’eau, à l’aide de seaux. À l’époque, on trouvait des seaux en bois, mais ils étaient plutôt réservés aux hammams. La maison que nous avions trouvée était à la Kennariya, un axe rectiligne – si cela faire se pouvait, en islam, la ligne droite –  la perfection – étant réservée à Dieu, d’ou la présence, dans toute œuvre humaine, d’une légère et imperceptible imperfection : la Kennariya allait de Jmaa el Fna au Mellah (le quartier juif), longeant d’abord le Café de France, passant devant la maison que nous habitions (à la première intersection avec une rue qui remontait vers le souk Semmarine), puis devant le cinéma Éden, un cinéma en plein air en été ; après cela, on entrait dans des profondeurs qui m’étaient moins familières, un itinéraire jalonné de petits hanouts (houanet, devrais-je dire) où l’on pouvait trouver, offert, tout ce qui pouvait s’acheter et se vendre en médina, des épices en petits monticules, des vêtements suspendus, des babouches : fêtes de couleurs claires et vives, safran, vert pomme, abricot, acajou, garance, géranium, ambre, tango, fêtes des sens ; et puis, sur la droite, un des plus beaux jardins que j’aie jamais vu  –  autre école de liberté – , les remparts, la porte, à droite, pour aller à Dar Si Saïd, à la Bahia. (...)  

         La Kennariya, la dernière fois que je l’ai revue, n’avait pas beaucoup changé par rapport à mon premier souvenir. J’étais allé voir Juan Goytisolo – il a un riad derrière le derb Sidi Bouloukat, derrière la Kennariya – et nous sommes passés, en revenant lui et moi vers Jmaa el Fna, devant la maison où j’avais vécu quelques mois avec ma famille en 1940.  CP M'kech ancien_jardin Arsa Bou Achrine 01

         Nous n’occupions que l’étage. Je ne sais pas ce qu’il y avait au rez-de-chaussée. J’ai vague souvenir d’un escalier en pente raide, d’une cour carrelée. Les pièces d’habitation devaient être autour de cette sorte de patio à ciel ouvert. C’est le seul endroit de cette maison que je revois : je suis assis, moi, Pierrot Patatracot, comme m’appelaient ma mère et ma bonne grand-mère, jambes nues, bouche ouverte, au centre d’un damier. Comme  Cosette, je joue à rien – elle, c’était sous une table chez les Thénardier. Il y avait des mouches. Les mouches de l’été à Marrakech sont particulièrement gaillardes. Et des tue-mouches, ou attrape-mouches, sous formes de guirlandes torsadées et poisseuses, de petits rectangles d’allez savoir quelle saloperie qu’on mettait dans des soucoupes avec un fond d’eau pour les imbiber. On vendait dans les souks de très jolis chasse-mouches, en doum ou en alfa. On pouvait aussi flytoxer (incroyable, mais le mot n’est pas dans mes dictionnaires, même récents !) avec des pompes artisanales, faites, y compris le réservoir, avec de la récupération de boîtes de conserves. Quoi qu’il en soit, il restait suffisamment de mouches en pleine forme pour enquiquiner le monde et attirer ces moineaux effrontés que l’on appelle à Marrakech tibibt ou, comme ils ont un caractère sacré, lalla Tibibt. Les Marrakchis les adorent et les chats aussi. Nous avions un chat. Il s’est jeté sur une tibibt qui n’avait peur de rien et n’en a  fait qu’une bouchée. J’entends encore le « oh !» incrédule, indigné, de ma mère qui a refilé au chat l’engueulade de sa vie. Quant à moi, toujours la bouche ouverte – des problèmes de végétations qui allaient être réglés avec une rare barbarie –, j’ai dû avaler une mouche trapue. C’est tout ce que j’ai comme souvenirs de cette maison de la Kennariya. Ça, et les affiches du cinéma Éden qui n’était pas loin.   (Cartes postales anciennes du photographe Félix)

Au jour les jours  de Jean-Pierre Koffel ne se trouve pas dans le commerce, au contraire d'Itinéraire brisé de Mohamed Azzam Mghazli proposé par ÉDILIVRE en livre papier ou livre .PDF  : POUR COMMANDER   ISBN: 9782332488688.  Bonnes lectures.

Dans la catégorie Romans, David BENSOUSSAN nous signale un livre d'une marrakchia, sa mère. DE MARRAKECH À MONTRÉAL

Fiby_BensoussanLes Éditions du Marais, présentent ce livre: Fiby Bensoussan nous propose une collection de petits récits tout imprégnés de légereté et de douceur. Fiby farfouille dans le monde et y découvre des richesses et des trésors que nous ne voyons même pas. Elle a vécu le vingtième siècle du judaïsme marocain, période où, en un bref moment, une communauté a fait un saut millénaire, passant d'un monde où une lettre prenait quelques semaines pour faire un aller-retour de quelques kilomètres, s'il trouvait quiconque pour lire et écrire, à une monde où l'immédiateté règne, où la communication n'est plus livrée aux aléatoires des routes, des montagnes et des océans. Le style de Fiby Bensoussan est un appel à la générosité, à la tolérance. L'auteure voit le monde, elle ne se voit pas dans le monde, et ce qu'elle voit du monde, c'est le beau et le généreux. Collection Savoir lire d'où l'on vient Commander

BLANDINE TAROT-ViGOUR, fête son anniversaire. Les amis du blog lui souhaitent une très belle fête et beaucoup de bonheur. Blandine a partagé avec nous l'histoire de son enfance et adolescence à Marrakech dans le récit et les photos de son Chkoun Ana 

Nous marquons ce jour anniversaire en publiant une photo récente de Blandine devant la porte de l'École Notre Dame des Apoôtres où elle fut autrefois élève. Nous y joignons un portrait de son père Jean TAROT  en 1944, réalisé d'après photo par sa petite-fille Cécile, la fille de Blandine donc.

 Blandine9     Jean Tarot, en 1944 

Jean Tarot est arrivé en mai 1938 au Maroc, D'abord incorporé dans les Spahis en 40; il a été ensuite dans les Tirailleurs marocains. Il a participé aux combats du Mont Cassino, à la bataille du Garigliano avec le Général Juin et a fêté récemment ses 92 ans. Nous reviendrons sur son parcours dans un prochain article. Nous souhaitons un Joyeux anniversaire à Blandine.

QUI NOUS PARLERA DE CES ROMANS APRÈS LES AVOIR LU ? QUI AURA ENVIE D'ÉCRIRE SES SOUVENIRS COMME JEAN-PIERRE KOFFEL OU NOS AUTEURS DE LA SÉRIE "CHKOUN ANA" ?