HISTOIRE : UN FILM SUR LA MARCHE VERTE ET des documents SUR LA NAISSANCE DU GUÉLIZ

MARCHE VERTEL'ami Aziz Cherkaoui nous signale le film documentaire LA MARCHE VERTE: LE RETOUR DES BRANCHES À LA RACINE et nous invite à asister à sa projection qui sera suivie d'un DÉBAT en présence du réalisateur belgo-marocain Hassan El Bouharrouti, et de "grandes personnalités marocaines".
Venez nous rejoindre le Samedi 5 Mai à 18H à l'E.S.A.V. Marrakech!:  Ecole supérieure de l'audio visuel de Marrakech

TROIS HOMMES ONT CONÇU LE MARRAKECH DU XXe SIÈCLE EN CRÉANT LE GUÉLIZ

Avenue du Guéliz31 

L'Avenue du Guéliz avant qu'elle reçoive le nom d'Avenue Mangin.

Beaucoup d'anciens de Marrakech ont le Guéliz dans leur coeur, car ils y ont vécu de belles années. Des documents nous expliquent comment ce quartier de Marrakech est né et comment il a permis la valorisation des autres quartiers et la beauté de toute la ville. Le blog est heureux de présenter ces documents pour les partager avec les amoureux de Marrakech.

LES PREMIERS HABITANTS DU GUÉLIZ ( 512 Français, 98 Marocains (musulmans et juifs), 69 Italiens, 39 Syriens, 24 Grecs, 19 Espagnols, 12 Sénégalais, etc...) seulement 870 habitants en 1919... Grâce à André BERTRAND, né au Guéliz, avocat international, spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle, fils de René BERTRAND, le célèbre photographe de Marrakech et du Grand Atlas, nous découvrons un article de Georges AIMEL décrivant la naissance du Guéliz. Le concepteur de cette ville nouvelle fut le Lieutenant-Colonel LANDAIS qui alors qu'il était Capitaine développa des dons d'urbanistes pour traduire les directives du Maréchal LYAUTEY sur le terrain.  Georges AIMEL, son Adjoint aux services municipaux de Marrakech fit paraître un article sur les débuts du Guéliz à l'issue de la guerre de 1914-18, - précisément en mars 1919. Cet article de la Revue France-Maroc intitulé NAISSANCE D'UNE CITÉ décrit la ville nouvelle du Guéliz. L'auteur s'inscrit dans la politique urbaine du Maréchal LYAUTEY qui veut préserver les villes indigènes anciennes de transformations apportées par les nouveaux arrivants européens en créant des villes nouvelles nettement séparées. Son article est illustré par des clichés du photographe FÉLIX. 

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NAISSANCE D'UNE CITÉ 

EL GUELIZ, ainsi se nomme le gros rocher qui, à quelques distances des Djebilets, les précède comme une sentinelle avancée dans la vaste plaine de Marrakech. Cette éminence abrupte dont le schiste noirâtre luit au soleil a une histoire: là, dit-on, venait prier dans la solitude le très illustre Sidi-Bel-Abbès Es-Sebty, protecteur du négoce, un des marabouts les plus vénérés de Marrakech. Sur le flanc ouest du rocher une Koubba où les fidèles vont encore en ziara (pélerinage), consacre la légende. Dès l’occupation de la capitale du sud en 1912, le commandement des troupes fut frappé moins par le caractère mystique du lieu que par l’importance exceptionnelle de sa position au point de vue militaire. Aussi, tout en respectant soigneusement le chemin du pélerinage et l’accès de la chapelle, n’hésita-t-il pas à y établir une citadelle imprenable d’où les canons tenaient en respect la ville et ses abords. Le camp de la garnison fut établi à ses pieds.

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Le même cliché de Félix a été édité sur carte postale. La rue du Haouz ancien nom de la rue Raymond Poincaré (avenue Hassan II) accueillait ses premières maisons.

Entre le Guéliz et les murs ocreux de la ville s’étendait la palmeraie et des jardins. Au début de 1913 quand l’idée eut jailli de fonder un centre européen à proximité de Marrakech, le choix de l’emplacement s’imposa de lui-même. Un motif de sécurité exigeait que l’agglomération nouvelle fut proche du camp militaire et de la forteresse qui le couronne: au lendemain des évènements de Fez, après la secousse à peine apaisée du mouvement mahdiste, une telle précaution n’était pas inutile. La banlieue immédiate à l’ouest de Marrakech offrait l’avantage d’être à l’intersection des routes de Casablanca, des ports du Sud et de la region du Sous. Une abondante végétation y régnait; l’amenée des eaux y était aisée. Enfin, dernier et decisif argument, la terre y était domaniale et par suite à l’abri de toute spéculation, on avait là réunis tous les éléments qui permettent la création d’une ville agréable, sure, d’un lotissement commode et d’une extension facile.

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Les nécessités qui commandent d’attirer les Européens hors des villes indigènes dans un centre qui leur soit propre sont partout les mêmes en pays d’Islam et plus particulièrement au Maroc. Raisons d’ordre politique et social qui demandent de ne pas laisser vivre côte à côte, pour éviter froissements journaliers et mésentente, des individus de mentalités et de moeurs différentes, pour ne pas dire opposés, dans les gestes de la pratique quotidienne; raisons d’ordre commercial et industriel eu égard au tracé des cités indigènes et à l’étroitesse de leurs rues; raisons économiques qui exigent que le nouveau  venu, colon, trafiquant ou fonctionnaire, échappe aux prétentions démeusurées des propriétaires locaux; raisons esthétiques en vue de laisser intacts le pittoresque et le folklore; raisons hygiéniques enfin qui ne sont pas les moindres.

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Ce cliché de Félix montre les premières casernes, proches de la montagne du Guéliz. Ce fut la caserne du 117e RI, puis celle du 2eRTM.

Tous ces motifs acquièrent à Marrakech, les derniers surtout, une particulière valeur. Certes, on peut objecter que la ville indigène est à l’aise dans l’enceinte immense de ses remparts; elle contient de nombreux espaces non-bâtis où plusieurs quartiers européens pourraient trouver place. Mais il faudrait avoir une âme de futuriste bien chevillée dans le corps pour supporter sans frémir la seule pensée qu’on puisse abattre les milliers d’arbres de ces poétiques jardins qui font l’orgueil et le charme de Marrakech; envisage-t-on également l’effet que produiraient des cheminées d’usine dressant leurs futs empanachés aux alentours même  lointains de la Koutoubia ?

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D’autre part l’ampleur et la cherté des travaux que nécessiterait l’aménagement de la ville afin de la rendre à peu près habitable pour un noyau important d’Européens seraient tout à fait disproportionnées avec les résultats qu’on en pourrait attendre. Marrakech restera toujours d’un entretien difficile. Déjà, aux yeux des voyageurs qu’a séduit l’allure pimpante et soignée des villes de la côte, apparait-elle comme malpropre. Les touristes grincheux sont enclins à juger sévèrement une édilité par avance désignée à supporter le poids d’une disgrace aussi imméritée. Le mode de construction en pied, la quantité des immeubles en ruines font que la ville se délite peu à peu, se résoud incessament en poussières. Le moindre vent, l’été, soulève des nuages opaques de sable et de détritus de toute sorte pulverisés; l’hiver, par contre, les pluies torrentielles transforment places et rues en marécages et en petits lacs où le pateaugeage même est ardu. La ville n’a presque pas de pente et les anciens égouts datent de plusieurs siècles étant à moitié comblés et d’une visite impossible, le seul mode d’écoulement des eaux usées consiste en de multiples puits perdus qui souillent effroyablement la nappe souterraine. Enfin Marrakech est un lieu de passage incessant: c’est le Carrefour du Sud et nommément une sorte de grand fondouq. Une population flottante qu’on peut évaluer de vingt à trente mille habitants fort mal éduqués comme se conçoit, parsème les terrains vagues où les recoins propices d’immondices renouvelées; il faut y ajouter le bétail  qu’on rentre en ville, les files de chameaux qui le traversent, les bourricots chargés de teken qui vole à tout vent. Il faut, certes, rendre grâce aux vertus  aseptiques de cette magnifique lumière qui baigne et dore toutes choses; mais on comprend qu’en cas d’épidémies possibles, il soit preferable d’écater l’Européen du coudoiement forcé de dizaines de miliers de Bédoins. On saisit l’intérêt qu’offrait l’établissement sans retard de la cite nouvelle, avant l’aflux des immigrants dans la capitale du Sud. Il fallait canaliser les nouveaux arrivants vers un groupement humain qui leur soit propre pour évitr qu’ils ne prissent pied d’emblée dans la ville indigene. Ce fut l’oeuvre à laquelle s’employa le Capitaine, maintenant lieutenant-colonel Landais don’t l’esprit de realisation et la largeur de vues étaitent au niveau d’une pareille tâche. Un plan fut trace et un lotissement établi. Celui-ci est compris entre l’avenue de Casablanca, prolongement de la route du même nom qui borde le rocher du Guéliz, le Djenam el Harti, et la partie extra-muros du domaine de la Ménara. Sur l’Avenue de Casablanca se greffent de larges voies flanquées  de belles allées cavalieres, vite ombragées de bellumbras, philaos et d’eucalyptus, tous arbres à croissance rapide; ces percées convergent toutes vers la place du Sept-Septembre, centre de la ville nouvelle où doivent s’élever les bâtments de plusieurs services publics. De la place du Sept-Septembre deux routes,  l’une dans l’axe de la Koutoubia, l’autre vers Bab-Doukkala, raccordent le Guéliz à la ville indigène. De grandes possibilités de développement furent laissées à la ville, au Sud-Ouuest, près du Djham el Harti, grand jardin d'oliviers bien irrigué où se trouve la pépinière municipale; ce jardin est le futur square : un parc des sports est prévu dans son voisinage.

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L'avenue de la Koutoubia à ses débuts après un orage.

Les lots délimités étaient au nombre de 303, certains  étaient très éxigus pour que l’acquisition de terrains dans la ville nouvelle fut permise aux plus modestes, une vingtaine de lots fut réservée pour la construction d’édifices publics. Le prix du mètre carré variait de 0,50 à 1 franc en moyenne. 103 lots furent acquis lors de la première adjudication (5 juin 1913),  77 lots lors de la seconde (5 mai 1914). De nombreux notables musulmans et israélites de Marrakech s’étaient porté acquéreurs. Une disposition très heureuse du Cahier des charges prescrivait que s’il existait des arbres sur le lot vendu il était interdit à l’acquéreur de les arracher ou de les détruire sans autorisation préalable de la municipalité. Cette autorisation ne serait délivrée que moyennant l’engagement  par l’intéressé de planter trios nouveaux pieds d’arbre pour chaque arbre détruit et d’en assurer la reprise. Le titre definitif de propriété n’est delivré à l’intéressé qu’après execution des clauses de mise en valeur. Celles-ci comportent l’obligation, dans un délai de dix-huit mois, d’élever sur le lot vendu des constructions en matériaux durables (pierres, briques, ciment armé, pisé à la chaux) représentant une dépense globale de 4 P. H. par metre carré de surface vendue pour les lots en bordure d’une place, carrefour ou d’une longueur égale ou supérieure à 25 mètres. Pour les lots en bordure d’une voie inférieure à 25 mètres la dépense devait être de 3 P. H.

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La ville commençait à sortir de terre et à prendre forme; des commerces divers s’y installaient; et l’on pouvait déjà prévoir un développement rapide de la jeune cite quand éclata le coup de tonnerre du 3 aout 1914. La décision capitale du Résident Général de ne point évacuer les villes de l’intérieur – initiative courageuse dont les historiens mettront en relief toute l’importance - sauva la vie au Guéliz voué sans celà à un pillage certain. La croissance de la ville s’arrêta; un arrêt residentiel suspendit jusqu’à la fin de la guerre l’obligation de construire. Toutefois la durée des hostilités se prolongeant en dépassant les prévisions dites fondées des meilleures augures, il parut équitable de faire une distinction entre les propriétaires mobilisés et les autres à qui la guerre n’avait pas forcément nui. Un nouvel arrêté residentiel de juin 1917 obligea ces derniers à bâtir avant le 1er octobre 1918.

A l’heure actuelle, 110 lots sont bâtis: une vingtaine portent des constructions en voie d’éxécution ou d’achèvement. Les écoles, l’Abattoir (commun à Marrakech et au Guéliz), le Marché ouvert, l’Hôtel du service des Travaux Publics, l’Hôtel des Postes, l’Entrepôt des Tabacs, sont terminés et fonctionnent normalement. L’édifice du Contrôle Civil va être incéssamment commencé. On envisage l’installation graduelle et la plupart des services publics au Guéliz: Domaines, Justice de Paix, Recette des Finances. Le service de l’Architecture, celui des Travaux Municipaux, le Commissariat de Police se trouvent déjà réunis au Guéliz.

Depuis la guerre il a été procédé à l’établissement d’un lotissement industriel, situé en arrière du camp militaire, au nord de la ménara, le long de la route de Mogador. Dix-sept lots furent adjugés, représentant une superficie de 86 553 mètres carrés. Ces lots sont reserves aux établissements industriels et aux établissements insalubres, incommodes et dangereux.

La population du Guéliz est de 870 habitants ( 512 Français, 19 Espagnols, 69 Italiens, 39 Syriens, 24 Grecs, 4 Belges, 2 Suisses, 1 Roumain, 98 Marocains et 12 Sénégalais). Ces chiffres ne comprennent pas un des éléments de la prospérité du Guéliz: les familles d’officiers qui n’en sont que des hôtes de passages.

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Le cliché montre les premières maisons d'un seul côté de l'avenue de Casablanca et immédiatement derrière, le tracé de la rue Verlet Hanus sans aucune construction.

La statistique des commerces ou industries établis donne les precisions suivantes: Hôtels, 2 ( sont installés tout récemment et fort bien aménagés); Restaurants: 4; Imprimeries : 2;  Bouchers et charcutiers : 6; Boulangers : 3; Cafés: 12; Cinémas et café-concerts: 2; Épiceries et alimentation: 5;  Menuisiers – charpentiers: 3; Tailleurs: 2; Huileries: 2; Garages : 2; Coiffeur: 1; Électricité: 1; Bourreliers : 2; Modes et nouveautés: 2; Papeterie:2; Horloger: 1;  Entrepreneurs (de Travaux publics ou de transport): 21.

La ville est administrée par les services municipaux de Marrakech qui y sont représentés provisoirement par un officier de territoriale, dependant du service des Renseignements; il sert d’agent de liaison entre les bureaux de Djemaa-el-Fna et la jeune cité. Un commissaire de police l’assiste.

Le Guéliz possède les plus beaux dons qu’on puisse souhaiter  à une ville naissante; elle jouit d’un grand espace et de beaux arbres; elle ne manqué pas d’eau, ce qui est capital au Maroc. Des derivations de séguias permettent l’irrigation intensive des arbres plantés dans les avenues et ont singulièrement favorisé leur croissance. Il convient toutefois de prévoir un système de canalisation pour la distribution de l’eau dans toutes les maisons et l’arrosage des jardins privés. On étudie actuellement la captation d’une source susceptible d’alimenter de façon normale une ville de 20 000 habitants. Les services municipaux, assistés par le Service de l’Hydraulique s’occupent de ce problème qui est primordial. Si l’on veut en effet arracher à la Médina les Européens déjà installés dans les maisons indigènes dont beaucoup ne sont pas certes sans agrément, il faut leur fournir au Guéliz un attrait persuasif; celui d’habitations où l’eau coule à volonté et où les installations de bains et de douches soient par suite possibles. Le Guéliz doit devenir, suivant les intentions de son promotteur, le capitaine Landais, une manière de cité-jardin. Le développement futur du Guéliz reste subordonné à ce problème de l’habitation qui doit être plus commode et agréable, même l’été que les maisons indigenes, souvent froides et humides l’hiver, mais en général bien protégées contre les ardeurs caniculaires.  On peut d’ores et déjà, bien augurer de l’avenir du Guéliz. Dès que les conditions normales de la vie économique seront rétablies, son essor, momentanément arrêté par la guerre, reprendra une nouvelle vigueur. Il sera brusque dès l’arrivée du rail à Marrakech. La vie commerciale et industrielle prendra aussitôt une intensité nouvelle; de nombreux entrepôts, fondouqs et usines s’élèveront dans le secteur qui leur est réservé. La gare deviendra un centre d’attraction, vers lequel dérivera peu à peu le courant commercial jusqu’alors fixé dans la Médina.  Un tramway reliant les deux villes donnera la facilité d’habiter le Guéliz aux fonctionnaires et aux négociants que leurs occupations appelleront encore dans la ville indigène.

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Plan communiqué par Monique DB, cliquer dessus pour l'agrandir. On remarquera les constructions peu nombreuses et clairsemées et les anciens noms des rues.

Le tourisme enfin favorisera le Guéliz. Marrakech est une des grandes curiosités de l’Afrique du Nord; par les belles journées d’hiver le spectacle maintes fois décrit, de l’Atlas éblouissant derrière le Rideau léger et mouvant des oliviiers et des palmiers est incomparable. L’atmosphère est légère, sèche et salubre; d’octobre à mai le climat est délicieux. Le Guéliz peut donc devenir facilement un centre d’hivernage et de tourisme; dans ce but il conviendrait de faciliter l’installation, au milieu des jardins et de la palmeraie, d’un grand hotel moderne, dans le genre de l’hôtel de la Tour-Hassan, à Rabat – ou un “Koutoubia-Palace”.

Des terrains de jeux ( tennis, golf, cricket) pourraient être facilement aménagés alentour. Un autobus de l’Hôtel le relie à des heures déterminées à telle porte de la Médina.  Des mules et des chevaux convenablement harnachés, loués à la journée ou à l’heure, faciliteraient les promenades des tourists. Enfin des cars automobiles emmèneraient ces derniers à Safi, à Mogador, à Amizmiz, Tamesloht, Sidi-Rahal ou Aghmat. Plus tard, lorsque les exigences necessaries de la politique du Sud seront devenues moins rigoureuses, le rayon des excursions s’étendra; il sera loisible d’aller jusqu’à Demnat; les amateurs de Camping pourront planter leur tente sur les contreforts des montagnes; certains fervents de l’alpinisme se laisseront tenter par l’ascension des cimes encore vierges de l’Atlas.

Avec des capitaux, un esprit d’initiative et du savoir-faire, un particulier entrepreneur ou une société adroite peuvent créer au Guéliz une station d’hiver qui soit capable d’attirer une riche clientèle anglaise et américaine et devienne ainsi à la mode. Mais pour réaliser un tel projet il faut à la fois voir grand et juste, ne pas négliger l’essentiel au profit de l’accessoire, réaliser enfin une cooperation intelligente entre les services publics centraux et la cause et le groupe intéressé directement au succès de  l’entreprise; celà exige en outre entre tous et en toutes choses un sens pratique certain, une bonne volonté agissante et une confiance mutuelle.

Le Guéliz est la ville nouvelle du Maroc qui offre en elle, par sa situation, le plus de virtualités heureuses d’un développement assuré. Souhaitons donc que l’ombre bénéfique de Sidi-Bel-Abbès, patron des commerçants, qui veille sur elle favorise utilement tous ceux qui ont fait et feront encore confiance au bel avenir qui lui est réservé.

                                    Georges Aimel

Chef adjoint des services municipaux de Marrakech, mars 1919.

Le blog a publié un article le 13 juin 2009 montrant le plan cadastral de lotissement du Guéliz avec les numéros de parcelles, un autre le 3 juin 2009 sur le tracé de l'avenue du Guéliz en direction de la Koutoubia et le 27 novembre 2010, une promenade dans l'avenue Mangin. Pour les retrouver cliquer sur "Toutes les archives".3Daniel_Rivet

Cet article de Georges Aimel de 1919 et un livre de Daniel Rivet de 1998, choisi aussi par André Bertrand apportent des éclairages complémentaires sur le projet urbanistique très novateur du Maréchal Lyautey. Nous conseillons la lecture des trois tomes "Lyautey et l'institution du Protectorat français au Maroc 1912 - 1925 " et n'empruntons à Daniel Rivet que quelques paragraphes de son chapitre sur l'Urbanisme de Lyautey, notamment ceux relatifs à Marrakech.

Les idées qu’impose Lyautey sur l’urbanisme d’une dizaine de grandes villes se résument au départ en " trois idées-forces : séparer complètement villes indigènes et européennes, protéger et restaurer les médinas, expérimenter des villes nouvelles d’avant-garde. »

Le but de Lyautey n’était pas de faire des ghettos comme on a pu le lui reprocher injustement mais d’empêcher que des nouvelles constructions à l’européenne ne viennent « miter » les médinas.

Daniel Rivet (page 148) prend l’exemple de Marrakech : Fin 1913, une note de Lyautey établie de concert avec le Capitaine Landais, chef des services municipaux, prescrit tout un dispositif défensif pour enrayer l’invasion de la Médina par les Européens : proscription de tout débit de boissons et établissement industriel, réservation des immeubles makhzen en location aux fonctionnaires en service dans la vieille ville, prohibition, sauf cas d’espèce, de la circulation automobile, transfert de l’équipement postal et bancaire déjà installés en médina, dans la ville nouvelle du Guéliz, excepté pour la Banque d’État. Il est impossible d’interdire officiellement aux Européens d’habiter en médina, mais on s’ingénie à les en dissuader par des mesures tatillonnes, arrêtées en sous-main en s’abritant derrière Si Thami El Glaoui, le pacha, promu gardien de l’intégrité des musulmans et conservateur de la beauté de la ville sans l’avoir nullement sollicité.

Il restait à protéger et à restaurer la médina, dont Lyautey perçoit intensément la beauté menacée et goûte voluptueusement la saveur encore presque intacte. Protéger : c’est l’affaire du service des Beaux-Arts et des Monuments historiques créé en novembre 1912…

… « On dispose autour de la Koutoubya – sans doute le plus beau, le plus fervent témoignage de l’architecture Almohade- une zone de non aedificandi de 150 mètres autour du minaret. On renforce ce cocon protecteur en l’entourant par une zone périphérique, où les immeubles, pour s’édifier, doivent recevoir l’imprimatur du service des Beaux-Arts et ne pas dépasser une hauteur de 9 mètres. »

«  Après le départ du Général Lamothe et sous la pression d’intérêts capitalistiques irrésistibles, la « médina » est esquintée au début des années 20 par plusieurs manquements au code adopté, qui mettent le Résident (général) hors de lui. A la suite d’un séjour à Marrakech dans le courant de l’été 1921, celui-ci ordonne que tout ce qui a été bâti à la sauvette en style européen et tapageur sur la fameuse place Jmàa el-Fna soit dissimulé par la suppression des enseignes accrocheuses et l’atténuation des façades lépreuses par l’installation de pergolas et abris en roseau. »

Plus tard Lyautey fera passer l’arrêté viziriel du 20 juillet 1922 « portant règlement pour la protection artistique de la ville de Marrakech ». Cet arrêté stipule que toutes les constructions nouvelles y compris celles vouées au commerce, et toutes les restaurations d’immeubles anciens doivent se conformer au genre marocain local (El beni marrakchi), dont il détaille les particularités. Mais la municipalité tolère tout de même deux exceptions qui soulèvent une tempête résidentielle : ...une maison à usage commercial pour le compte du Glaoui qui excède de 3 mètres  la hauteur réglementaire., un négociant juif bâtit un immeuble place Jmàa El-Fna qui risque de gâcher la perspective d’ensemble.

On veut également arracher la ville indigène à son délabrement pluriséculaire, organiser sa renaissance… On veut prendre appui sur l’artisanat marocain, le sauver en soutenant son activité par la restauration.

Conservateur intégral du cadre bâti de la cité musulmane, l’urbanisme de Lyautey est moderniste à tout crin lorsqu’il s’agit des villes nouvelles.(…) La volonté d’imposer pour le bien de tous, une voierie méthodique aboutit à l’élaboration de plans généraux d’aménagement et d’extension des villes nouvelles qui fixent la largeur et la direction des voies, l’emplacement, l’étendue et la disposition des espaces verts et arrêtent les servitudes…

Par chance Lyautey disposa en la personne d’Henri Prost  d’un technicien de la ville hors pair, rodé déjà par l’expérience de la rénovation d’Anvers … Une idée force oriente cette tentative d’urbanisme dirigé : imposer une répartition zonale aux activités de la cité…

 Cependant quand Henri Prost arrive à Marrakech le Guéliz a déjà été tracé par le capitaine Landais avec ses rues en éventail qui se rejoignent place du 7 septembre et ses jardins conservés ou créés. Le "zoning" s'était imposé de lui-même avec le camp militaire qui ne pouvait être ailleurs qu'au pied de la position stratégique du Djebel Guéliz et avec le terrain d’aviation repoussé au delà des Jardins de la Ménara. Le choix de l’emplacement de la Gare ferroviaire a naturellement déterminé les contours de la Zone industrielle. Quand Henri Prost intervient à Marrakech il constate que ses principes ont déjà été appliqués par le Capitaine Landais et l'ingénieur Forestier. Il lui reste à fixer la Zone de l’Hivernage et à prévoir une Zone non aedificandi entre l’Hivernage et la chaîne de l’Atlas.

Trois hommes ont fait le Marrakech du XXe siècle en protégeant la Médina et en créant la ville nouvelle du Guéliz : le Maréchal Lyautey, le Capitaine Landais et l’urbaniste Henri Prost.

Un plan signé d'Henri Prost montre qu'il préserve le panorama sur l'Atlas en créant au sud du quartier de l'Hivernage une zone non-aedificandi.

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Voir ci-dessous la Zone non aedificandi limitrophe du quartier de l'Hivernage entre Bab Djdid et la Menara en 1956 - Photo Calas.

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Dix ans plus tard, en fevrier 1966, la zone a commencé à se construire entre La Mamounia et la Ménara. (Photo Cervoni)

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Elle est aujourd'hui couverte d'immeubles.

Merci à André Bertrand de nous avoir fait connaitre ces articles sur la naissance du Guéliz et sur les principes urbanistiques et architecturaux volontaristes qui ont permis à toute la ville de Marrakech de rester longtemps une ville agréable. Merci aussi à Monique DB pour son plan du Guéliz avec les anciens noms de rues. Merci à nos photographes Maurice Calas et Jean Cervoni, merci à tous ceux qui auront des témoignages, des documents ou des souvenirs pour illustrer l'histoire de Marrakech et la vie au Guéliz

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André Bertrand est l'auteur d'un livre remarquable et qui fait autorité sur le patrimoine culturel du Maroc: Tribus berbères du Haut-Atlas (Edita-Vilo Lausanne 1977) documenté avec des clichés  rares du photographe René Bertrand son père. (Le livre est épuisé, mais n'hésitez pas à l'acquérir si vous le trouvez chez un bouquiniste). Les connaissances d'André ne se limitent pas à l'Atlas et concernent tout le Maroc, ses traditions et son histoire. Souhaitons que nous puissions avoir accès à nouveau à sa grande érudition dans un nouvel ouvrage sur le Maroc.

Les anciens du Guéliz et de Marrakech sont reconnaissants à André Bertrand de leur avoir fait revivre la naissance du Guéliz.