Louis Talvard, Spahi; Thérèze Zrihen et Dominique Vietti descendantes de vieux marrakchis; de nouveaux livres paraissent ces jours-ci.

UN SPAHI DU 4e RSM A ÉCRIT SES SOUVENIRS, LA REVUE "L'ORIBUS" LES A ÉDITÉ 

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Louis TALVARD est appelé au Service en 1940, versé dans les Chantiers de Jeunesse après l'Armistice, il refuse de rentrer chez lui à Evron en Mayenne alors en zone occupée et s'engage en mars 1941 dans le 4e Régiment de Spahis Marocains à Marrakech. Il va rester à Marrakech et dans sa région avec son régiment pendant près de deux ans.(voir 4e RSM). Puis le débarquement des Américains en novembre 1942 va provoquer la modernisation de son régiment. Il sera affecté à l'escadron de chars légers et participera à la libération de la Corse à la campagne du Corps expéditionnaire français en Italie, au débarquement en Provence, puis aux combats de la 1ere Armée française en Alsace, en Allemagne et jusqu'au Danube. Il a écrit ses souvenirs vers 1995, cinquante ans après la fin de la guerre et les intitula: Itinéraire mouvementé d'un jeune mayennais. Il est décédé en 2009.

Son histoire intéressera les Spahis et leurs familles ainsi que les anciens marrakchis. Bernard Sonneck est l'instigateur de ce numéro spécial de la revue l'Oribus et le rédacteur principal, pour tout ce qui n'était pas le texte de Louis Talvard lui-même. Les anciens du 1/4° RSM, ou plutôt leurs descendants, retrouveront dans ce numéro spécial le récit officiel et détaillé de leurs campagnes, au jour le jour : le récit de Louis Talvard a été complété par la transcription quasi intégrale du journal de marche de son escadron, faite à partir de l'original qui se trouve aux archives de l'armée à Vincennes. Pour faire bonne mesure, on a ajouté l'historique du groupement Dodelier, groupement tactique temporaire auquel une partie de l'escadron a été rattaché, transcrit lui aussi à partir de l'original à Vincennes.

Monsieur Bernard Sonneck nous fait le plaisir d'en partager un extrait, qui concerne un quartier particulier de la médina, non loin de l'Hôpital Maisonnave et de La Mamounia: le quartier réservé.Couv2

"Pendant un mois, un jour sur deux, j'assure un service un peu spécial : la garde aux quartiers réservés. Cette garde est assurée par six hommes, cinq marocains et ma pomme, le tout commandé par un sous-officier marocain.

Personnellement, je ne prends pas de garde, je suis là pour les rapports, les marocains étant tous illettrés. Dans cette rue de la médina, un grand nombre de femmes exerce légalement le plus vieux métier du monde, ce métier que la police tolère et que la morale réprouve. Le poste de garde est situé à l'unique entrée de la rue ; de chaque côté de cette rue, des maisons dites closes. C'est toute une organisation : un jour pour la légion, un jour pour les tirailleurs, un jour pour les spahis, etc. Autrement dit, chaque jour a son régiment. Tout militaire qui entre dans cette rue doit passer par la cabine prophylactique. Là, un ancien légionnaire badigeonne le membre viril avec une pommade afin d'éviter les maladies dites honteuses.

Pour un jeune qui débarque de France et qui se trouve transplanté dans ce milieu, cela choque un peu !

La journée, tout est calme. Il n'en est pas de même la nuit. Le premier jour, je ne suis pas tellement rassuré ; nous sommes en pleine  médina, sans aucune liaison avec l'extérieur, pas de téléphone. Une nuit, il y a eu une bagarre. Je demande au sous­-officier « qu'est-ce qu'on fait ? », il me répond « tu prends le mousqueton et tu tapes dessus », bien entendu, nous n'avions pas de cartouches.

Si je racontais tout ce que j'ai vu en ces lieux, on ne me croirait pas. On s'habitue à tout et au bout de quelques jours, j'ai mes entrées pour aller boire le thé à la menthe dans différentes maisons !!!"

Liste des chapitres: - Soldat appelé à Brive-la-Gaillarde - Chantiers de la jeunesse en Corrèze - Dragon à Castres - Spahi à Marrakech - Stagiaire à Alger - De retour à Marrakech - Les Américains arrivent - A l'entrainement en Algérie - La campagne de Corse - La campagne d'Italie - La campagne d'Alsace - la campagne d'Allemagne et d'Autriche - Occupant en Autriche - Retour en France.

Se procurer la revue N°84... l'ouvrage,  fait 120 pages au total. Le prix est de 13 euros, frais de port en sus. On peut contacter M. Jean Steunou, trésorier de l'association et "directeur de publication" ; c'est lui qui détient le stock, reçoit les commandes et expédie les numéros demandés par courrier. Son adresse est celle indiquée sur le site www.oribus.fr à la rubrique "Nous contacter" :  L'Oribus - 31 rue Pierre-Joseph Proudhon - 53000 Laval - asso.oribus@wanadoo.fr 

UN LIVRE DE THÉRÈZE ZRIHEN

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Thérèze Zrihen-Dvir nous avait annoncé qu'elle allait publier un livre de souvenirs sur le Mellah de Marrakech où elle avait vécu ses premières années, effectué ses études et commencé sa vie professionnelle, interrompue par  l'exode des juifs marocains vers Israel et vers d'autres horizons. Elle nous avait fait l'amitié de nous dévoiler quatre épisodes de ses souvenirs, qu'elle appelait alors, les Mémoires d'une juive de Marrakech ou les Contes du Mellah. Voir les archives du 24 mars 2010, 20 mars et 26 avril 2011, 6 février 2012: Le décès du Rabbin -Papa Noël - Les Portes du ciel - Les petits canaris - C'est avec plaisir que le blog vous annonce la sortie de son roman chez l'Harmattan. Il est possible de le trouver aussi chez: Chapitre.

La critique du roman par Barbara Ardinger.

Le récit démarre merveilleusement! D'emblée le ton est donné par un intelligent discours qui plonge le lecteur dans l'ambiance de l’histoire et celle du drame qui couve.
Cette enfant va-t-elle grandir pour devenir Simone Weil ? Cendrillon ? Lire ce roman c'est comme lire un conte de fées et, en effet, l’apparition de Marie parmi les garnements qui peuplent les rues du Mellah, la présente comme une petite princesse de conte de fée. De même, le troc qu'elle fait avec ses bijoux rappelle les éléments d'un conte de fées. Le lecteur est immédiatement enchanté, et l'enchantement du récit de cette adolescente dans un pays étranger capture et séduit le lecteur tout au long du livre.

La structure du livre est inhabituelle. Non seulement le narrateur relate des évènements historiques, mais il s'en sert de trame pour faire également des commentaires de nature philosophique mâtinés à l'occasion d'un brin de théologie ou de quelques remarques sur la politique Marocaine. Les changements soudains des conditions de vie de Marie, sont les éléments même qui composent traditionnellement les contes de fées, comme "Il était une fois", "soudainement" et "immédiatement". La vie de Marie prend donc des tournures rapides qui la rapprochent et l’éloignent de nous mais où la plupart des lecteurs identifieront aisément le vilain petit canard solitaire qui deviendra un cygne splendide durant les étapes ultérieures du récit. L'élément surnaturel (le fantôme de Pépé) apporte une touche excellente qui n'est ni à sensation, ni inopportune.

Le thème de ce livre est en principe l'histoire de la vie de Marie jusqu'à son départ pour Israël, juste avant la Guerre de 1967. La vie de Marie est, c'est le moins qu'on puisse dire, mélodramatique.
Les caractères des autres personnages du livre sont également finement ciselés. Le contexte familial est extrêmement compliqué, avec un père manquant qui, à la fin de sa vie, se rend compte des torts qu'il a causés à sa fille, et avec des grands-parents affectueux mais appesantis par leurs problèmes personnels et leur maladie. Fanny, par exemple, est une mère immature, et égocentrique préoccupée seulement par ses soucis, mais qui tente aussi de temps à autre d'améliorer la condition de sa fille. Le fait qu'elle et Marie soient parfois capables de s'entendre mais aussi de se battre férocement ensuite, ajoute du réalisme à leurs relations. De même, les tantes et oncles de Marie (particulièrement Sylvia et Maurice) sont bien dépeints. Maurice est un oncle sympathique; même si toutefois on est choqué quand il gifle Marie, sa réaction étrangement violente est compréhensible.

Les hommes dont Marie tombe amoureuse (particulièrement M. Ben) sont moins bien dépeints, mais cela est aussi bien équilibré en rapport avec le rôle qu’ils jouent dans sa vie, à l’exception de Philipe. Ils ne sont en effet, que quelques aimables figures passagères pour lesquelles Marie n'éprouve qu'un petit béguin d’adolescente. Plusieurs personnages secondaires, comme le gouverneur et sa famille, sont aussi très bien dépeints.

Cette famille de Juifs marocains vivant durant des périodes troubles, ne peut être comparable à la famille Américaine TV typique. Leurs comportements et leurs modes de vie différents captiveront les lecteurs et éveilleront leur soif d’approfondir leur connaissance des diverses civilisations du monde. La vie des Juifs elle-même est généralement extrêmement intéressante. Cela change du «Violoniste sur le Toit », avec son cliché d'une autre grande famille vivant durant les périodes troubles de l'Europe, mais le thème est semblable : une population décroissante, une Judéité qui s'effrite devant la nécessité de survivre dans un monde étranger, et la recherche de l’amour à l'extérieur de leur communauté. Cela permet aux lecteurs d’observer ce qu'il y a d'universel dans les problèmes particuliers.

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Caractère et composition de l'ouvrage.
C'est sans doute la description générale de l'origine des juifs en Afrique du Nord, et notamment au Maroc qui nous marque le plus. Mais c’est surtout la méticuleuse reproduction de l'étonnante adaptation et organisation du juif dans la Diaspora.
Le train de vie journalier et les mœurs de cette communauté sous deux régimes - d’abord le protectorat français et subséquemment la monarchie déterminée par la réinstallation au trône du roi Mohamed V - sont dépeints de façon impartiale dans leur incertitude individuelle sans toutefois les dénuer d'un certain charme qui enveloppait cette période dramatique.
Le puissant contraste entre les conceptions personnelles, valeurs, cultures et aspirations, crée parmi les différentes classes de cette société certains conflits et bassesses. Voilà ce que l'auteur a nettement reproduit dans sa composition.
C'est aussi l'image pittoresque et naïve de certaines figures caractérisant le quartier juif - le Mellah - avec ses bâtiments, ses ruelles, ses rites, ses mouvements dominants qui est baignée par une philosophie unique et un mystère incompris du grand nombre de superstitions.
L'écrivain doué du talent d'observateur a reporté certains événements avec une précision poignante qui émerveille et parfois déconcerte.
Les juifs marocains avaient certaines conceptions exécrables qui défavorisaient la classe pauvre auparavant déchue et déshéritée, avilie par l'ignorance et le sous-emploi. Finalement rejetée, cette sous-classe était considérée comme problématique et ennuyante par l’autre classe riche et sophistiquée, insouciante et présumée "élite culturelle", d’où un clivage patent et bien réel.
Ce long chemin parcouru par les juifs du Maroc a été intensifié par la cuisante incertitude de leur destinée et par les changements draconiens auxquels il fallait s'adapter. Cela a été vécu depuis le moment de leur installation en Afrique du Nord jusqu'à l'entreprise hasardeuse et non préparée de leur émigration vers différents pays et essentiellement Israël.
Toutefois, ce récit est aussi une intrigue mélodramatique. Une jeune fille, nommée Marie, à la vie initialement façonnée par une société hypocrite et d'intelligence étroite, décide de confronter ouvertement, avec pour arme unique son innocence et avide croyance, le jeu perfide de son entourage.
Dans le déploiement et l'échelonnement de l'histoire de sa vie, le lecteur pénètre un monde aux variables réalités et facteurs qui indéniablement auront une répercussion asphyxiante sur l'état d'âme de l'héroïne ! Elle appris très tôt que sa survie et ascension sociale dépendaient entièrement de sa sagesse. Son endurance était presque surhumaine devant les épreuves et luttes ininterrompues de la vie.
La première partie commence avec sa naissance non désirée chez une mère qui fut précocement désertée par un mari frivole. Quelques années plus tard, un remariage hasardeux avec un alcoolique, destinée d'avance à l'échec, condamne le pauvre enfant à être rejeté et abandonné à ses vieux grands-parents. En dépit de leur soutien, ils sont incapables de la protéger contre une succession d'humiliations et de souffrances.
Pourtant Marie, malgré sa réalité sociale, sa déchéance, le déchirement causé par sa séparation de sa mère affirme depuis son enfance jusqu'à son adolescence une supériorité imprévue et prodigieuse sur le plan moral, ingénieux et spirituel dont le dénouement est le retentissement sur un fil ténu de ses brillants accomplissements. Le grand nombre d'obstacles qu'elle doit défier au Maroc et plus tard en Israël, forgera en elle une sagesse et dextérité qui la pousseront à surmonter courageusement les difficultés de la vie dans toutes ses formes. Cela l'initiera entre autre au démontage et démolissage des attaques et perfidies de certains antagonistes dont la narration dans cette œuvre est indubitablement utilitaire.
La seconde partie du livre rappelle les tribulations endurées par les nouveaux immigrants depuis leur arrivée en Israël jusqu'à leur adaptation complète et enracinement dans leur nouveau pays, Israël. Les sacrifices Imposés qu'ils devaient surmonter et la désorientation coutumière en face d'un régime inconnu contribueront à isoler temporairement cette vague d'hommes hirsutes et presque sauvages. Pourtant, leur endurance et ténacité tailleront une brèche dans l'indifférence et aversion extériorisée par les vétérans et la population préexistante originaire d'Europe.
Un avantage de taille: Le livre est présenté en trois versions: Française, Anglaise et Hébraïque.

DOMINIQUE VIETTI-LETOILLE : DESTINS CROISÉSVietti-Destins_Croisés

Le livre sort le 1 juin mais peut être commandé dès maintenant

  • Relié: 206 pages,  EUR 14,46
  • Editeur : TERRICIAE Collection : TERRE DU MONDE
  • ISBN-10: 2916529632

Présentation de l'éditeur:  Quel lien entre la petite immigrée Fati qui débarque au début des années 90 pour vivre en France grâce au regroupement familial et Angéline, la bourgeoise européenne de la société coloniale du Maroc du début du XXe siècle ? Un même désir de mener une vie libre, qui nous entraîne d'un monde à un autre, du Maroc à la France, d'une époque à une autre, des femmes atypiques et décidées y conduisant le lecteur.

Biographie de l'auteur: Née au Maroc en 1954, mariée et mère de trois enfants, l'auteur, enseignante, a fait des études d'archéologie et d'histoire de l'art. Maintenant installée en République Dominicaine, elle écrit des nouvelles. Elle reste très attachée à Marrakech où ont vécu ses grands-parents , ses oncles, tantes et cousines. Son père Antoine VIETTI, dit Manou était  très connu à Marrakech.Il est décédé l'année dernière à 93 ans près de Toulouse où il était retraité. Dominique a écrit sur son père peu après sa mort, le blog en reproduit quelques lignes:
1 Ordre de l' Ouissam Alaouite (Maroc)
"Je continuerai à l'entendre "parler fort",me répondre au téléphone en criant parce qu'il n'entendait pas bien. Je continuerai à le voir sourire, à l'entendre me parler de sa "petite soeur" (disparue trop tôt dans un accident de la circulation et qu' il m'avoua être une des rares personnes à l'avoir fait pleurer), à me raconter son service militaire et sa guerre (maintes fois répétés). Ses histoires que je connaissais par coeur me manquent déjà. Son Marrakech d'avant n'est plus qu'une image. Je garde précieusement son Ouissam Alaouite, décoration marocaine remise par le roi du Maroc, dont il était d'autant plus fier que son père et son grand-père l'avaient également reçue...Il me disait que j'étais la première génération à ne pas l'avoir...Ce n'était même pas un reproche, juste une constatation. Mais il est vrai, ajoutait-il, j'étais une fille...Et oui, il était un peu misogyne, papa. C'était son personnage, son époque...Je ne l'imagine pas autrement, lui qui cependant était très conscient de l'importance des études, tant pour l'enrichissement personnel que pour le travail ( surtout pour les garçons...disait-il). Il était cependant très fier des études de sa fille(moi!!) et de ses petits-enfants, garçons et fille, qu'il admirait et dont il parlait toujours avec fierté, parfois en embellissant la réalité de façon involontaire, juste parce qu'il nous aimait, c'est tout.
    Je me dis, comme mon fils aîné me l'a dit, qu'il doit bien rire avec mamie de certaines de nos aventures. Il a retrouvé sa petite soeur, ses parents et grands-parents dont il parlait souvent à la fin de sa vie, ses animaux perdus et qui lui manquaient.
    Qu'il soit rassuré, on s'occupe de ceux qu'il a laissés. On pense à lui, on retournera à Marrakech et on continue à l'aimer."
M. Antoine VIETTI de Marrakech est décédé le 8 aout 2011, fête de Saint-Dominique à 93 ans.
J'année 2012 est riche en écrivains qui parlent de Marrakech. Nous avons parlé le mois dernier (20 avril) de SÉÏSMES par Gérard-Jean MULLER, d' ITINERAIRE BRISÉ de Mohamed Azzam MGHAZLI. Nous voilà comblés. Il y en a pour tous les goûts et pour plsieurs heures de lecture.
 
 Mohamed Azzam MGHAZLI toujours très documenté sur Marrakech nous explique que la Ville rouge était la plus peuplée du Maroc vers 1920.
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" Voici la population des principales villes du Maroc au début du 20ième siècle. On constate que Marrakech était la ville la plus peuplée suivie de Casablanca. Rabat était beaucoup moins peuplée, elle avait à peu près le même nombre d'habitants que Meknès. La ville qui contenait le plus d'étrangers etait Casablanca suivie de Rabat et beaucoup moins résidaient à Marrakech et Fès. Que pouvons-nous signaler comme remarque encore?"
Marrakech était la deuxieme ville juive après Casablanca. 
 
Merci Mohamed Azzam pour cette information. Qui d'autre nous parlera de Marrakech autrefois ?