LE TÉMOIGNAGE D'UN PRISONNIER ET LES RECHERCHES DE L'HISTORIEN ANDRÉ R. BERTRAND

LE COMMANDANT VERLET HANUS RACONTE LA RÉVOLTE DU SUD MAROCAIN EN JUILLET-AOUT 1912 ET L'OCCUPATION DE MERRAKECH (sic) - Extrait du Bulletin de la Société de Géographie de Lyon

MRK-Hiba1912 

Cliché Maillet - La caserne des Tabors du Sultan à Marrakesch détruite par les Hibbas -Juillet 1912

LE TÉMOIGNAGE DU COMMANDANT VERLET HANUS

(En fait il s'agit d'un résumé de la conférence de Verlet Hanus réalisé par Mangin@Marrakech. Quelle ne fut pas notre surprise de le voir entièrement pompé sans mention de son origine sur un site de Antony MUNOZ (webanimalier) et "posté" par un certain Jean Lannes )

Prisonniers de MRK

Mai 1912: les tribus des environs de Tiznit viennent rendre hommage à El Hiba, chef des hommes en bleu après son père le Cheikh Ma El Aïnine. Les tribus lui offrent le titre de Sultan, il n'accepte officiellement que celui de Mokkadem, mais pratiquement il prononce la déchéance du Makhzen (il vise ainsi la dynastie alaouite et notamment le Sultan Moulay Al Hafid qui vient de signer l'accord de Protectorat avec la France et l'Espagne )

(ci-contre de haut en bas: le Cdt Verlet Hanus, le Lt Haring et le Consul Maigret)

Le caïd Si Abd el Malek Mtougui en rivalité avec le Glaoui laissa El Hiba franchir le col de Tamesloht avec ses mahallahs, ce qui lui ouvre la route de Marrakech.

Maigret, vice-consul de France à Marrakech depuis seulement mars 1911 observe une montée de l'agitation suscitée par les hommes en bleu, favorisée par la défaillance du Makhzen dans l'administration. Moulay Al Hafid depuis le début du Protectorat décide de ne plus rien faire, il n'assume pas son rôle de Sultan.

Lyautey hâte le mouvement,: 12 aout il force Moulay Al Hafid à abdiquer en faveur de son frère, et le 15 aout proclamation du nouveau Sultan Moulay Youssef dans la Grande mosquée.

Lyautey envoie ses instructions aux consuls. Ceux de Mazagan, Safi et Mogador sont facilement atteignables, mais Marrakech est une ville isolée télégraphiquement.

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Il charge le Commandant Verlet Hanus de se rendre à cheval à Marrakech pour transmettre ses instructions au Vice Consul Maigret. Le Commandant est accompagné du Maréchal des logis Fiori et de guides des Rehamnas

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Le Dr Guichard responsable du dispensaire à la suite du décès du Dr Mauchamp en mars 1907.

Avant d'arriver à Marrakech le Commandant sent l'hostilité à l'égard des européens monter. Il hésite, doit-il entrer dans la ville et prendre le risque de devenir otage, ou bien doit-il rebrousser chemin en laissant le Vice-Consul Maigret sans consigne ? Il décide de poursuivre et arrive dans l'après midi du 13 aout. Il trouve le Vice-consul Maigret, Monsieur Monge chancelier du consulat, le lieutenant Haring, le lieutenant Couadi et le docteur Guichard, directeur du dispensaire à la suite du docteur Mauchamp.

Ci-contre une photo du Vice-Consulat de France à Marrakech prise par Madame Raynolde Ladreit de La Charrière en mars 1911.

Les autres français qui étaient présents en 1911 ont quitté Marrakech depuis plusieurs jours: le Commandant Jacquet, le Capitaine Landais, le docteur Weisgerber, M. Doré, M. Fernau, M. Lassalas, Madame Maigret ainsi que les autres européens comme le consul britannique Lennox.

Le Ramadan commençait le 14 aout. Dans la nuit du 14 au 15 aout la troupe d'El Hiba est annoncée sur l'Oued n'Fils. Les français tentent une sortie de Marrakech escortés par quelques cavaliers Glaouas et Haha, ainsi que par le Tabor du lieutenant Haring, mais sous le feu de nombreux cavaliers hostiles et avec des blessés, ils sont obligés de rebrousser chemin dans la ville. Le consul Maigret eut l'idée d'adresser ses compagnons au vieil Abd el Kader Mtougui en faisant appel à ses sentiments d'honneur et d'hospitalité. Le Mtougui pique une colère sous prétexte qu'on ne lui avait pas demandé son avis, puis envisage que les français soient exfiltrés déguisés en femmes. Ce plan sentait le piège. Finalement les français furent transportés chez Hadj Thami el Glaoui.

Mais la ville tombe aux mains d'El Hiba auquel le groupe des français demande une audience. Ils ont tenu à venir ensemble à cette audience, seul le Marechal des logis Fiori reste chez le Glaoui sans que El Hiba soupçonne son existence. El Hiba fait attendre le groupe des français dans une Kouba derrière les tombeaux Saadiens et finalement ne les reçoit pas et les retient-là. Il les garde, ils pourraient servir d'otages pour obtenir de la France qu'elle le reconnaisse comme Sultan du Maroc, au moins de sa partie sud. Mais les troupes d'El Hiba se rendent impopulaires aux marrakchis par leurs pillages et leurs exactions.

La Kouba qui servit de prison aux ressortissants français

CP M'Kech ancien_Tombeaux Saadiens 04

Cliché des Frères Levy

Le 29 aout, les prisonniers français d'El Hiba reçoivent (par Fiori) la nouvelle du mouvement en avant du Colonel Mangin et de ses troupes. Le 30 arrivent les premiers partisans d'El Hiba blessés. Du 1er au 6 septembre le calme est relatif car El Hiba est occupé ailleurs par la défense de Marrakech et par la difficile mise en place d'une administration à sa dévotion. Lyautey d'un côté fait foncer Mangin en avant, qui va au contact avec les troupes d'El Hiba et leur inflige une première défaite à Ben Guérir et d'un autre côté il négocie avec les caïds résidants à Marrakech dès le 29 aout et notamment avec le Mtougui qui hésitait sur le parti à prendre. La victoire de Mangin à BenGuérir le rend plus coopératif avec les Français.

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L'Illustration - Les troupes du Colonel Mangin se montrent au pied des remparts après avoir fait gronder le canon. Les biens du M'tougui furent la principale cible de l'artillerie.

Du 5 au 7 septembre ce fut la bataille de Sidi Bou Othmane, puis l'arrivée de Mangin aux portes de Marrakech. El Hiba avait donné des ordres pour l'exécution des prisonniers s'il était obligé de quitter la ville. Mais comme le colonel Mangin avait publié qu'il détruirait impitoyablement la ville s'il leur arrivait malheur, leurs vies furent protégées par ceux qui n'avaient aucun intérêt à l'anéantissement de leurs affaires.

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Le Petit Journal montre une gravure où le Colonel Mangin libère les prisonniers dans l'enceinte des remparts de Marrakech, en réalité les prisonniers français d'El Hiba allèrent à la rencontre du Colonel Mangin à l'extérieur de la ville accompagnés par le Glaoui. Voir photo de E.Michel ci-contre.(Merci à l'ami Halfaoui )

Les huit prisonniers étaient: Le vice-consul Maigret, Monge Chancelier du consulat, le Commandant Verlet Hanus, le Médecin Major Guichard, le Lieutenant Haring commandant le Tabor de police, le lieutenant algérien Kouadi et deux autres sous-officiers du Tabor. Le maréchal des logis Fiori ne faisiat pas partie des prisonniers détenus dans la Kouba. Plus tard, une rue du Guéliz fut décorée du nom de Commandant Verlet Hanus, une rue de la Médina reçut le nom de Lieutenant Haring et la caserne près de la place Djemaa el Fna reçut le nom de Commandant Simon.

Le 10 septembre le Petit Journal annonce l'entrée des troupes de Mangin dans Marrakech et la délivrance des prisonniers.

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Le Colonel Mangin entra dans la ville de Marrakech le 9 septembre par la porte de Bab Doukkala accompagné du Glaoui et du Commandant Simon.

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2-MARRAKECH-Le Colonel MANGIN sortant de Marrakech

Le Colonel Mangin installa une partie de ses troupes dans les jardins de la Menara, une autre dans la Palmeraie près du djebel Gueliz et une troisième près de la Koutoubia. Le Colonel voulait poursuivre les troupes d'El-Hiba en fuite vers le Souss pour détruire profondément sa force militaire, mais Lyautey s'y opposa. Le principe de Lyautey était de montrer sa force pour ne pas avoir à s'en servir. Le Colonel Mangin resta donc à Marrakech jusqu'au 15 octobre où il prépara l'installation du camp du Guéliz. Il partit ensuite avec sa colonne parcourir le Souss. Le 11 février 1913 le commandement de la région de Marrakech et du Sud furent confiés au général Brulard. Le Colonel Mangin fut chargé de continuer la pacification dans le bled. 

MRK Vue du Jardin du Colonel mangin Limanton 

Cliché Limanton - Vue des Jardins du Colonel Mangin

Il y a 100 ans Marrakech était libérée par les troupes du colonel Mangin

André R. BERTRAND

Cet évènement n’est qu’une des conséquences de la signature à Fès, le 30 mars 1912 du Traité du Protectorat, qui trouve lui-même son origine dans l’expédition de Napoléon Bonaparte en Egypte (1798-1799), puis de la conquête de l’Algérie par les français, suite à leur débarquement sur le plage de Sidi Ferruch (14 juin 1830).

Le 30 mars 1912, Eugène Regnault, obtenait finalement la signature de Moulay Hafid sur le Traité de Protectorat, également appelé de ce fait "Traité de Fès", qui impliquait un partage du royaume chérifien entre l’Espagne[1] et la France. Dans la zone française le véritable pouvoir était désormais entre les mains d’un Résident général de France au Maroc, “chargé de veiller à l’exécution du Traité du Protectorat et dépositaire au Maroc de tous les pouvoirs de la France, notamment en ce qui concerne la disposition de toutes les forces armées, placé auprès du Sultan, le Résident Général – à savoir le général Lyautey nommé à cette fonction le 28 avril – était de plus l’intermédiaire obligatoire de ce dernier auprès des puissances, de même qu’à l’étranger”[2]. En matière de législation le Résident Général avait seul le droit d’initiative, même si les lois (dahirs) ne pouvaient être édictées que par le Sultan.

Il avait été convenu que la nouvelle de la signature du Traité de Protectorat serait tenue secrète pendant quelques jours, notamment pour permettre à Moulay Hafid « d’en faire connaître la nouvelle aux populations marocaines et leurs expliquer la véritable signification du régime auquel elles allaient être soumises. Mais, il a été impossible de tenir secret, même pendant vingt-quatre heures, un évènement que la presse européenne avait immédiatement connu par ses correspondants et que l’opinion française attendait »[3]. Aussitôt que la nouvelle de la signature du traité fût connue à Fès, « ce fût la consternation générale. Le traité du protectorat était considéré comme un acte de vente, et toute la ville, depuis les chorfa, les oulama jusqu’au dernier des bakkal, réprouvait la transaction par laquelle l’îmam, le Commandeur des Croyants élevé sur le pavois quatre ans auparavant comme le sultan du djihâd avait "vendu aux chrétiens une partie du Dar el Islâm". Un calme lourd de menaces pesait sur la ville mais les signes précurseurs de l’orage n’étaient encore perceptibles parmi les Européens que pour les rares initiés…»[4]. L’émeute débuta par une révolte de deux tabors marocains, suscitée par des questions qui peuvent sembler triviales d’uniformes, de prime de repas et de sacs à dos[5]. Le 17 avril, toute la population européenne de cette ville fût massacrée. “ Pendant trois jours durant on a pillé, démoli, incendié. Des boutiques éventrées, des maisons envahies par une horde, on a enlevé tout ce qui était transportable. Le reste a été brisé à coup de crosses de fusil, de hache et de marteau[6]. Une partie de la population juive du Mellah n’est restée en vie que parce qu’elle trouva refuge dans la ménagerie du Sultan – pour ne pas dire dans les cages dans des lions, comme le montrent les photos publiées dans l’Ilustration et reproduites ensuite sous forme de cartes postales[7].

Le général Lyautey fraichement nommé Résident général de France au Maroc[8], débarque le 13 mai à Casablanca [9]. Son premier souci fut de rétablir l’ordre à Fès. Ensuite, les troupes françaises escortèrent  Moulay Hafid à Rabat[10], où il  abdiquera le 12 août avant de s’embarquer pour la France[11]. Sa succession avait était déjà été réglée. Après avoir envisagé de remettre son frère Moulay Abdelaziz sur le trône, le choix de Lyautey se porta finalement sur un autre des ses frères, qui était alors son khalifa à Marrakech, Moulay Youssef, qui fût proclamé le lendemain 13 août.

“Il aurait été inconcevable, alors que le Maroc traversait une telle crise historique, qu’il n’y eut pas un nouveau prétendant au trône, et effectivement, il y en avait un, le plus spectaculaire de toute leur longue théorie : El Hiba”, un des fils du cheikh Mâ el Aïnine qui avait hérité de la baraka de son père. “Le vrai nom de ce personnage était Ahmad al-Hiba (don de dieu) ; il le changea en al-Hiba tout court signifiant "respect mêlé d’effroi", "révérence chargée de crainte", "prestige imposant", etc… Choix bien significatif ! ”[12].

“Agé alors de 35 ans, intelligent, lettré, de belle prestance, le nouveau chef de la zaouïa de Smara n’avait pas tardé à augmenter son patrimoine spirituel et temporel. Dès que l’on connut dans le Sous le traité de protectorat, il s’était fait proclamer sultan à Tiznit et avait été reconnu comme tel par les tribus voisines. Il était devenu le Mahdi, le "maître de l’heure", et s’était mis à prêcher la guerre sainte contre l’envahisseur et le makhzen corrompu”[13]. “Deux mois après avoir levé l’étendard du jihâd à Tiznit, El-Hiba était devenu l’homme le plus populaire du Sud du Maroc ; aucune force politique ne lui contestait la préeminance”[14].

ElHiba01_09_12

Au début du mois de juillet 1912 on apprenait qu’El Hiba avait quitté Tiznit et qu’avec ses partisans, il remontait vers le nord. Taroudant et Agadir étaient occupés par deux de ses frères : le 23 juillet le croiseur Cosmao bombardait Agadir, ainsi que Massa. Mais, cette démonstration de force eut peu d’effets. Le 16 août, El Hiba et ses hommes après avoir franchit le col d’Ameskroud arrivaient à Chichaoua. La plupart des vingt-cinq français qui vivaient alors à Marrakech avaient fui depuis quelques jours, et le 13 août il n’en restait plus que six, le consul Maigret et son adjoint Monge, le lieutenant Haring et ses secconds, le maréchal d’artillerie Fiori et le sous-lieutenant Kouadi et le médecin-major Guichard, qui furent rejoints dans la soirée par le commandant Verlet-Hanus envoyé là en observateur par le Résident Général. Le 15 août alors qu’ils voulurent fuir Marrakech pour se rendre à Safi, ils durent rebrousser chemin, et se réfugièrent alors chez Thami el Glaoui qui leur ouvrit les portes de sa demeure[15], et ce alors même “qu’El Hiba et ses  partisans, les "hommes bleus", traînant derrière eux huit vieux canons portugais arrachés aux remparts de Tiznit, paraissaient devant Marrakech dont tous les défenseurs passaient à l’ennemi. La cité était mise au pillage…”[16]. Durant les quinze jours qui suivirent, comme on était en pleine période de ramadan, les partisans d’El Hiba passèrent leurs nuits à boire, à manger et à chanter, et se rendirent rapidement impopulaires en pressurant les marrakchis d’impôts, et surtout en épousant contre leur gré les filles de joie de la ville.

La "libération de Marrakech" est un de ces nombreux événements qui ont contribué à la légende de Lyautey. Une colonne de 6 bataillons, 2 escadrons, 2 goums et 3 batteries regroupée sur les rives de l’Oum er Rebia à Souk el Arba à la fin août par le colonel Charles "Sénégal" Mangin[17], prêt à foncer sur Marrakech. Mais, lorsque Lyautey informa Paris de sa volonté d’y envoyer une colonne pour libérer la ville d’El Hiba et délivrer les sept otages français, « il reçut en réponse un télégramme l’invitant à ajourner jusqu’à nouvel ordre toute extension de l’occupation français. Le seul réultat de ce veto fut de hâter la marche sur Marrakech : aussitôt après avoir reçu cette instruction de Paris, Lyautey adressa au colonel Mangin ce télégramme fameux pour son imperatoria brevitas, qui ouvre les portes de Marrakech à nos troupes et ouvrira bientôt à lui-même les portes de l’Académie :"Allez y carrément"»[18].  Mangin, réagit rapidement, et commença à se mettre en marche en direction de Marrakech. Le vendredi 6 septembre 1912, il affronta les partisans d’El Hiba qui s’étaient portés à sa rencontre à Sidi Bou Othmane. Le combat fût totalement déséquilibré car « les hordes hibistes, convaincues que leurs amulettes et la baraka de leur chef les rendaient invulnérables, avaient attaquées en plaine et en masses profondes (comme dans une fantasia), persuadées que les obus français allaient rouler à leurs pieds sous forme d’oranges, de melons et de pastèques et et que les balles françaises les atteindraient transformées en jets de roses et de fleurs d’orangers. Accueillis à quelques centaines de mètre du carré par un feu meurtrier, fauchés par le tir des carabines et des mitrailleuses, écrasés par les obus, puis taillés en pièces par la cavalerie, les hommes bleus et leurs alliés de l’Atlas et du Haouz, après plusieurs retours offensifs, avaient lâché pied, fuyant le champ de bataille jonché de blessés et de cadavres »[19].

La bataille fût un véritable massacre, et la harka d’el Hiba se replia sur Marrakech en pleine déroute. Les pertes de la colonne Mangin se montaient à deux tués et vingt-cinq blessés”[20].

“Un journaliste, François Crucy a retrouvé quelques années plus tard, à Taroudant, un vieil homme qui après avoir écouté le récit d’un tirailleur marocain qui avait connu Verdun pris la parole « les doigts allongés soutenant son front » :

“Tout cela est grand et terrible. Mais, j’ai vu plus terrible encore : la bataille de Sidi Bou Othman. Les canons des Français ouvraient de larges couloirs dans nos rangs pressés. Les balles déchiraient notre armée comme si c’eût été une toile. Nos cris avaient cessé. Nous nous serrions d’instincts les uns contre les autres. Plus nous nous serrions, plus il en mourait…[21].

Maigret22_09_12

Le lendemain, le samedi 7 septembre, dans la ville désertée par les partisans d’El Hiba, les otages étaient libérés par une colonne volante sous les ordres du commandant Simon, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré, à l’exception de deux coups de canons de 75, tirés de la coline du Guéliz qui avaient pour objet d’informer les sept français cachés dans la demeure du Glaouï de leur délivrance proche.

Le lundi 9 septembre 1912, les troupes françaises, à la tête desquelles figuraient le colonel Charles Mangin, le commandant Simon ainsi que Thami el Glaoui, firent officiellement leur entrée dans la médina de Marrakech par la porte de Bab Doukkala. 

Lyautey13_10_12 

Arrivé en auto-mitrailleuse à Marrakech le 1er Octobre, Lyautey élevait Madani el Glaoui au grade d’officier de la Légion d’Honneur “dans une ambiance qui évoquait le rituel de l’adoubement féodal puisqu’il lui fit don de sa propre croix, tandis que Mangin en fit autant pour Thami el Glaoui”  (D. Rivet, Lyautey… T. 1 p. 183), inaugurant ainsi ce que les historiens appelleront plus tard "la politique des grands seigneurs de l'Atlas".  

Lyautey_glaouis_1912 

À Marrakech, le caïd Madani El Glaoui et son frère Thami reçoivent la Légion d'honneur des mains du Général Lyautey (Le Petit Journal, Supplément  27 Octobre 1912  n°1145 )

legionD'Honneur

 Furent décorés également:"les braves du Maroc"

Le chef de bataillon d'infanterie Verlet-Hanus de l'état-Major général des troupes du Maroc, et le médecin-major Guichard, en mission, sont nommés Officiers de la Légion d'honneur. Sont nommés Chevaliers le lieutenant d'infanterie Haring, des troupes auxiliaires marocaines; le sous-lieutenant indigène Kouadi, du 1er tirailleurs algériens et le maréchal des logis Fiori, du 3e d'artillerie de campagne.

 

 


[1] Le 27 novembre 1912 une convention fut signée à Madrid pour “préciser la situation respective de la France et de l’Espagne à l’égard de l’empire chérifien” Marchat H., La France et l’Espagne au Maroc pendant la période du Protectorat (1912-1956), ROMM 1970 n°10 p. 81, accessible sur www.persee.fr.
[2] Institut des Hautes Etudes Marocaines (ouvrage collectif), Initiation au Maroc, Vanoest ed. d’Art et d’Histoire Paris 1946 p. 268
[3] Archives Diplomatiques mai-Juill. 1912 p. 76
[4] Dr. F. Weisgerber (témoin direct et de ce fait fréquemment cité), Au seuil… op. cit. p. 272.
[5] Traditionnellement les troupes marocaines ne portaient ni uniformes, ni sacs à dos et recevaient une allocation avec laquelle elles se procuraient leurs repas. Après les émeutes de Fès, on revint à la tradition pour les corps marocains incorporés dans l’armée française, c’est la raison pour les goumiers avaient un costume comprenant un burnous, et recevaient une allocation pour leur repas.
[6] L. Mercier, Souvenirs des massacres de Fez (avril 1912), France-Maroc n°H.S. oct. 1916 p. 11-17, accessible sur www.bnf.fr. L’Illustration 1912 ( ?). Sur « les journées de Fès » : D. Rivet, Lyautey… op. cit. t. I p. 126-132
[7] Cette carte est reproduite in Dr. F. Weisgerber, Au seuil… op. cit. p. 293 et F. Bensimon, Juifs du Maroc, éd. Soline 2003 p.134.
[8] Nommé par décret du 28 avril 1912, ses attributions seront précisées par un décret du 12 juin 1912.
[9] Après la semaine où les français de Fès enterraient les victimes de la révolte du 17 avril (L’Illustration 25 mai 1912 n°3613 p. 445s.)  
[10] L’Illustration 22 juin 1912 n°3617 p. 544.
[11] L’Illustration 17 août 1912 n°3625 p. 103.
[12]  A. Laroui, Esquisses historiques, éd. Centre Culturel Arabe, Casa 2001 p. 99.
[13] Dr. F. Weisgerber, Au seuil du Maroc moderne, éd. La Porte 1947 p. 320-321. Selon la version de A. Laroui “En mai 1912… le bruit courut que le Sultan avait été tué au cours d’un engagement. Le pays n’avait plus d’Imân situation inacceptable. Al-Hiba qui se préparait depuis longtemps à cette éventualité prit le 3 mai 1912 le titre d’Imân al-Mujâhidin (chef des résistants), premier pas vers celui d’Imân al-Muminin (chef de la commuanuté musulmane). Cette décision, prise dans les conditions que nous avons signalées, n’avait rien d’anormal du point de vue juridique” (Esquisses… op. cit. p. 101).
[14] A. Laroui, Esquisses… op. cit. p. 102 : “ Le 13 août fut rendue publique l’abdication de Moulay Hafid, tandis que la proclamation de Moulay Youssef se faisait attendre. Il y eut donc un interrègne qui encouragea El-Hiba à prendre ouvertement le titre sultanien ”.
[15] Dr. Guichard, Mes prisons (18 août -7 septembre 1912), France-Maroc 1922 n°73 p. 314-316, accessible sur www.bnf;fr (récit par un "otage" de sa captivité à Marrakech).
[16] G. Deverdun Marrakech des origines à 1912, éd. Techniques Nord Africaines Rabat 1950 vol. 1 p. 548.
[17] L’Illustration 7 sept. 1912 n°3628 (couverture) : « En sentinelle sur la route de Marrakech, le Colonel Charles Mangin reçoit à Souk el-Arba, la soumission des chefs indigènes ».
[18] De Saint-Aulaire Cte, Confession d’un vieux diplomate, Flammarion 1953,  p. 265.
[19] Dr. F. Weisgerber, Au seuil du Maroc moderne, La Porte Rabat, 1947 p. 351.
[20] G. Maxwell, El Glaoui, dernier seigneur de l’Atlas, éd. Fayard 1968 p. 111 ; J. le Prévost, El Glaoui, éd.  du Dialogue, Paris 1968 p. 63-65 ; L’Illustration 14 sept. 1912 n°3629 p. 166-168 : « L’occupation de Marakech ».
[21] J. le Prévost, El Glaoui… op. cit.  p. 65.

Le blog se devait de marquer l'anniversaire des Cent ans de la libération de Marrakech du fanatisme des Hibas par les troupes du colonel Mangin dont beaucoup de marrakchis ne connaissent pas l'histoire. Nombreux sont les anciens marrakchis qui fréquentaient la rue du Commanadnt Verlet Hanus sans savoir ce que la ville et la dynastie Alaouite devaient à ce courageux officier. Merci à André R. Bertrand, né à Marrakech, auteur de livres sur le Maroc, de nous avoir fait le cadeau de la présentation historique documentée et illustrée de cette importante phase de l'histoire de la Perle du Sud. Vive Marrakech !