LIVRE D'OR DU LYCÉE DE MARRAKECH

Sandrine_Lefebvre_Reghay

"Permettez-moi de me présenter. Je suis Sandrine LEFEBVRE-REGHAY, journaliste et écrivain. J’ai eu l’immense honneur d’être choisie par l’Agence Kas pour rédiger le livre d’or du lycée de Marrakech.
Au cours de mes recherches, je suis tombée sur votre blog et sa quantité impressionnante de visuels et de documents d'époque. J'aurais vivement aimé (...) savoir si vous connaissez des anciens élèves ayant à la fois connu Mangin et LVH
En effet, je souhaite pouvoir recueillir leur témoignage afin d'élaborer un livre mémoire des plus complets possibles.
Vous remerciant vivement de l'attention que vous porterez à cette demande et de votre collaboration pour faire de ce livre un émouvant témoignage, je vous prie de croire, etc..." S L-G

Pour mieux faire connaissance avec Sandrine qui vit au Maroc depuis 2003, nous lui avons demandé de nous communiquer le titre et un extrait de son livre le plus récent: Nous les enfants de 1931 - De la naissance à l'âge adulte  - Ed. Warlberg 2011.

Grâce à des entretiens menés avec Yvette Bournazel, sa grand mère, elle décrit avec humour et émotion ce que signifiait naître en France au début des années trente.

Extrait du chapitre 2 intitulé : Douceurs d'Enfance   Rêves d’enfant

Sur fond d’affaire Stavisky, le plus gros scandale financier de la décennie, l’année 1934 commençait par un ras-le-bol généralisé. Les gens étaient exaspérés : le pouvoir semblait paralysé, les ministères valsaient (cinq différents s'étaient succédé en deux ans), c’était trop ! Ce mécontentement était soigneusement récupéré par l'extrême droite, en particulier la Ligue d'action française de Charles Maurras, et par les ligues d'anciens combattants. Dans le même temps, les partis de gauche, conscients que la démocratie était en danger, s'unissait pour créer le Front populaire, avec pour slogan "Pain, paix, liberté".

Au cinéma, Jean Renoir, Marcel Carné, Jean Vigo, Julien Duvivier…inventaient « le réalisme poétique ». Ils étaient servis par les plus grands scénaristes et dialoguistes que le cinéma français ait connus : Jaques Prévert, Henri  Jeanson, Marcel Pagnol, Charles Spaak. Au cinéma, en admirant les belles gueules de Gabin, Morgan on oubliait un peu les nouvelles désespérantes publiées dans Le Canard enchaîné. (...)

Pour contribuer au livre d'Or des anciens de Mangin et Victor Hugo vous pouvez prendre contact avec Sandrine par email: Sandrine. Si vous n'avez pas étudié dans ce lycée, vous pouvez aussi dire vos souvenirs des années cinquante ou soixante et les partager sur le blog: Mangin@Marrakech  

MARRAKECH EN PHOTOS IL Y A CENT ANS - UN AN APRÈS L'ÉPISODE DU PRÉTENDANT EL HIBA - LES FRÈRES NAVARRO & Cie, PUBLIENT DES CLICHÉS

Grâce à l'ami Halfaoui, que nous ne remercierons jamais assez, collectionneur de photographies et cartes postales, nous avons accès à une série de clichés peu connus, car peu vendus, essentiellement entre juin et décembre 1914. La guerre de 1914-1918 a dépeuplé Marrakech d'une partie importante de ses troupes. Lyautey avait accepté d'envoyer plus de la moitié de ses unités combattantes en France pour conserver cependant un minimum de présence militaire à Marrakech, en maintien de l'ordre. Deux séries de cartes postales de Marrakech avec des clichés de 1913 furent diffusées par l'éditeur Navarro Frères et Cie installé dans la Ville rouge, probablement depuis plusieurs années. Ces clichés furent imprimés en cours d'année 1913 car les dates d'expéditions et les timbres sont tous de 1914 et ne vont pas au delà. Les frères Navarro étaient probablement des ressortissants espagnols, or comme l'Allemagne était entrée en guerre contre la France et que l'Espagne s'était rapprochée de l'Allemagne, il est probable qu'ils préférèrent partir de Marrakech. Parmi les personnes qui expédient les cartes postales on trouve peu de civils et principalement des militaires du Camp de l'Aguedal, un camp qui se trouvait près des bassins de l'Aguedal et de l'hôpital. Le vice consul britannique Lennox, éditeur lui aussi de cartes postales et photographe à ses heures avait signalé la présence à Marrakech de deux photographes espagnols sans citer leurs noms. Seraient-ce les frères Navarro auxquels il pensait ?

Les frères Navarro présentent deux séries de cartes postales numérotées, certaines vendues en carnets de cartes détachables, d'autres à l'unité. Bazooka Joe, également collectionneur d'images et qui a contribué à mettre en valeur d'autres photographes de Marrakech a trouvé la couverture de la deuxième série, au dessin typiquement Art déco, indice de modernité en 1913.

Couverture de carnet de cartes postales Navarro 

Les Navarro s'intéressent peu aux monuments et aux ruines comme d'autres éditeurs photographes qui les ont précédés. Ils présentent Marrakech comme une ville guerrière et ce n'est pas un hasard s'ils commencent par deux clichés de fantasia.

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1 Marrakech - Fantasia Il est intéressant de voir comment Marrakech vivait juste après l'intervention des troupes franco-algéro-sénégalo-marocaines du Colonel Charles Mangin venues chasser le prétendant El Hiba qui voulait prendre la place du Sultan Alaouite Moulay Youssef.

Contrairement à beaucoup d'éditeurs de cartes postales de Marrakech, les frères Navarro ne commencent pas par la Koutoubia mais présentent en premier la Fantasia, exercice collectif de préparation au combat. À l'époque, réussir un cliché d'un mouvement aussi rapide tenait de la prouesse car la sensibilité des plaques photographiques nécessitait un temps d'exposition conséquent.

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2 Marrakech Fantasia - Un autre photographe, Gabriel Veyre avait déja réalisé de très beaux clichés de fantasias au temps du Sultan Moulay Abdel Aziz. Mais Gabriel Veyre montre la fantasia dans un contexte de divertissement, alors que les frères Navarro soulignent sa fonction de préparation militaire.

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3 Marrakech Le Guéliz, une inspection du Général Henri (lire Henrys - photo à droite)

 

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Il s'agit du début de la construction du camp du Guéliz en 1913, avec quelques barraquements, protégés par de fragiles clayonages de roseaux et des tentes de formes arrondies comme des noualahs. On remarquera à droite les deux spahis algériens avec leurs longs sabres de cavaliers. Fraichement promu général depuis le 4 juillet 1913, Paul Henrys avait été chargé précédemment d'une colonne comme le colonel Charles Mangin, il avait pu mener à bien une mission difficile au printemps 1913 alors que son homologue le colonel Mangin avait eu de son côté moins de réussite qu'à Sidi Bou Othmane, beaucoup trop de morts et plus de 100 blessés. À l'époque, le Général Brûlard était chef de la région de Marrakech et du Sud tout en ayant pour tache de renforcer l'organisation de l'Armée chérifienne et le Général Paul Henrys supervisait la cavalerie du Maroc occidental. Il est probable que ce genre de photos diffusées par un ressortissant espagnol parfaitement tolérées en 1913, ne plaisait plus aux services de sécurité du Général Lyautey à partir du début des hostilités en 1914.

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4 Marrakech Aît Cerir - Une partie du Cortège du Sultan - (1 Chawwal 1331 ou 3 septembre 1913 )

Le Sultan Moulay Youssef avait déja été acclamé à Marrakech une première fois en décembre 1912. L'éditeur de photographies Martin Vergé dont nous connaissons la collection a diffusé des photographies de son arrivée triomphale. Moins d'un an plus tard ce cliché montre à nouveau l'accueil fervent de ses sujets marrakchis. C'était à 4 jours du premier anniversaire du départ précipité du prétendant El Hiba, le 7 septembre 1912.

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5 Marrakech : Souk - Place Djema El Fena (en 1913)

La place il y a cent ans, cliché pris probablement depuis les bâtiments municipaux, propriété autrefois de l'Écossais Mac Lean, conseiller militaire du Sultan Moulay Abdel Aziz qui l'avait nommé caïd. 

Nous étions à la recherche en 2012 des clichés 6 et 7, le collectionneur Halfaoui 30 mois plus tard a enfin pu les joindre à sa collection. 

 

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6 Marrakech - Intérieur de la palmeraie. Les frères Navarro présentent une vue de la Palmeraie particulièrement "mitée". 

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7 Marrakech - Ruine de Casbah . Les frères Navarro ne photocopient pas de monument mais des ruines

 

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8 Marrakech - Charmeur de serpents. Les charmeurs de serpent existaient bien avant que les touristes européens se laissent fasciner par ce spectacle. Le photographe laisse un espace important entre son appareil et son sujet. A l'époque les plaques photographiques prenaient du temps à s'impressionner, une prise de vue avec un premier plan trop proche aurait rendu plus difficile la réussite du cliché et puis, il est préférable de ne pas trop s'approcher des serpents, n'est-ce pas ?

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9 Marrakech - Camp du Guéliz - Cuisines des Sénégalais

D'autres photographes ont pris des clichés de ces cuisines en plein air; elles se situaient dans la proximité de la palmeraie, du côté de l'hôpital civil qui sera contruit en 1929 et inauguré par le général Noguès, résident général.

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10 Marrakech - L'abattoir. Par précautions d'hygiène, même sommaires, l'abattage des bêtes avait été regroupé en un seul endroit. L'armée était la plus grosse consomatrice de viandes de la région.

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11 Marrakech - Sortie du Sultan Moulay Youssef. Il est aisé de reconnaître la place du Mechouar et sa porte caractéristique. Le plus souvent le Sultan sortait à cheval avec sa suite à pieds pour se rendre à la mosquée. Le timbre sur la carte est espagnol, quelques mois plus tard, une poste chérifienne unique  remplacera les compagnies privées.

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12 Marrakech - Marchands de citrouilles, de celles que El Hiba utilisait comme image pour faire croire à ses cavaliers que les obus des canons étaient inoffensifs.

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13 Souk des Teinturiers. On remarque la présence d'un soldat sénégalais à gauche et d'un européen en civil mais avec des bottes de cavalier au centre. Les frères Navarro aiment à montrer des photos avec la foule, une foule qui peut être inquiétante. Alors que, lorsqu'ils montrent des militaires, ceux-ci apparaissent peu nombreux.

 

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14 Place Djema El Fena ( 14 juillet 1913) - Lundi 9 Ch'ban 1331 - Il s'agit de l'ancienne demeure du caïd Mac Lean. La Poste était associée au Trésor pour n'avoir qu'un seul caissier; c'est ce qui apparait sur le tampon postal de cette carte. Mais pour le courrier en franchise militaire le cachet était celui du vaguemestre du Camp de l'Aguedal.

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On remarquera le tampon ovale de * l'Aguedal * Marrakech * et ci-dessous une photographie de ce camp qui fut assez rapidement fermé et remplacé par des installations plus durables au Guéliz.

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15 Campement à l'Aguedal

Au dos de la carte postale le soldat Luc écrit à son oncle et sa tante: "Voici l'endroit où nous avons logé en arrivant ici, pendant un mois. Maintenant nous sommes dans un autre camp, un peu plus loin et dans des barraquements au lieu des tentes. C'est un peu plus confortable."...

 

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16 Le Guéliz - Lavoir des Sénégalais - Ces lavoirs se situaient du côté de la rue du Commandant Humbert devenue rue Ibn Aïcha.

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17 Réception des Cadeaux par le Sultan.  Décidément, les frères Navarro aiment montrer les marocains dans des grands rassemblements. Il s'agit surtout ici d'illustrer un acte d'allégeance des tribus du sud au Sultan alaouite Moulay Youssef, acte hautement symbolique moins d'un an après la prise de Marrakech par le saharien El Hiba.

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18 Vue partielle Il s'agit à nouveau de Jemaa el Fna. La place a vraiment changé depuis 1913 ! 

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19 Une Rue de Marrakech - Avec déjà beaucoup de chalands

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20 La Coutoubia - Les frères Navarro ont choisi plusieurs clichés photographiés sans contestation possible en 1913. Pour terminer leurs séries de 20 clichés sur le début du règne du Sultan Moulay Youssef, ils ont pu compléter par des photographies antérieures à 1913, celle de la Koutoubia par exemple. Le vice-consul britannique Lennox, aussi éditeur de cartes postales, signale dès 1907 être en relation avec deux photographes espagnols à Marrakech. Étaient-ce déjà les frères Navarro ? Il est permis de le supposer. On notera une orthographe très particulière : Général Henri au lieu d'Henry, Coutoubia au lieu de Koutoubia, Aït Cerir au lieu d'Aït Seghir. Serait ce l'influence espagnole ?

Nous pouvons dater la plupart des clichés des frères Navarro par des événements de 1913, dans la courte période qui sépare à Marrakech la fuite d'El Hiba vers le Souss et le début de la guerre de 1914. La beauté des clichés démontre une excellente maîtrise de la lumière. On regretera le support en carton dont la surface rend les contours moins nets. Les frères Navarro mettent en images une ambiance de guerre, ils montrent des européens peu nombreux et en uniformes militaires, des sénégalais dans leurs camps vaquants à leur cuisine ou à leur lessive, des marocains en grand nombre, ils choisissent la fantasia pour emblème. Nous ignorons à quelle date précise les frères Navarro sont partis de Marrakech, probablement en décembre 1914, car à une seule exception nous n'avons trouvé aucune de leurs cartes postée en 1915.

Leur deux séries intéressent les historiens de Marrakech quelques semaines après la nomination du Général Brulard en février 1913. Rares sont les autres éditeurs de photographies qui ont couvert cette période du début effectif du Protectorat français dans la Ville rouge. Le photographe Félix a montré une arrivée du Général Brulard, légérement antérieure à la collection Navarro, nous en parlerons dans un prochain article.

Sans le concours du collectionneur de cartes postales anciennes Halfaoui, il aurait été impossible de comprendre les circonstances politiques dans lesquelles les clichés édités par les frères Navarro ont été réalisés.  Nous le remercions de mettre si généreusement ses clichés à la disposition de ceux qui recherchent des documents sur l'histoire de la Ville rouge et nous conseillons d'aller voir son site internet: http://halfaoui.blogzoom.fr/ . Merci aussi au collectionneur Bazooka Joe pour sa contribution. Michel de Mondenard

 © Cet article ne peut être reproduit sans l'accord écrit de l'auteur et sans la mention de l'édition et de sa date: Mangin@Marrakech,  9 novembre 2012.

REMERCIEMENTS : Chantal et Patrick Prébois, remercient pour les condoléances reçues à l'occasion du décès de leur père Pierre Prébois.

CONTACTS: Des membres du Rotary Club en France souhaitaient rendre visite à leurs homologues marrakchis. Le contact a été établi grâce au blog. Ce qui nous a permis de saluer son président Robert Ruiz et d'établir un lien sur la page Rotary du blog avec le site internet du Club Marrakech-Ménara.

SPAHIS: Une nouvelle page sur les Spahis est en préparation grâce à Françoise, fille de Spahi qui partagera avec nous des souvenirs.

COLOS DE SIDI FARÈS: Beaucoup d'anciens marrakchis ont participé en été aux colonies de vacances de Sidi Farès. Tous les enfants ne pouvaient pas prendre l'avion ou le bateau pour les vacances. Rester à Marrakech pendant les grosses chaleurs n'était pas conseillé. Certains montaient dans l'Atlas non loin de Marrakech et prenaient l'air plus respirable des montagnes. Une page de souvenirs de ces colos pour jeunes filles et pour jeunes garçons est en construction sur le blog. Les récits de souvenirs et les photos sont les bienvenus. Vous pouvez en informer le responsable du blog par le lien contactez l'auteur, en haut et à gauche de cette page.

CLOS DE L'ASAM - BOULES

Grâce au blog Patrick Quesada et Evelyne Martinez-Garcia vont pouvoir se retrouver au Maroc à l'occasion de la rencontre souvenir organisée par Robert Lucké et Salam Marrakech du 14 au 21 mai 2013. C'est l'occasion de parler du BAR de l'ASAM et de publier une photo d'amis faisant la fête à côté du comptoir.

 

L'ASAM

De gauche à droite Mme Bourru, Mme Martinez, M. Caillères, M. Claverie, X et X. Qui complétera les noms et datera la photo ?

EN ESPÉRANT QUE CETTE PAGE SUR L'HISTOIRE DE MARRAKECH, ( HISTOIRE LOINTAINE AVEC LES PHOTOS DES FRERES NAVARRO ET HISTOIRE PLUS RÉCENTE AVEC LE LIVRE D'OR DU LYCÉE ) SERA APPRÉCIÉE DES AMOUREUX DE LA PERLE DU SUD ET QUE D'AUTRES SOUVENIRS VIENDRONT ENRICHIR NOTRE MÉMOIRE COMMUNE EN RESSERRANT LES LIENS ENTRE AMIS DE MARRAKECH.