1er Mai_Muguet

 

 

 

BON 1er MAI !

 

Ces beaux brins de Muguet viennent du jardin de Francine que nous remercions pour son attention.

Agadir  Port d'Essaouira  Taroudant,

Agadir, Port d'Essaouira, Remparts de Taroudant (cliquer sur les vignettes)

Nous remercions Blandine qui nous rapporte des photos de sa récente tournée des villes du sud et s'est arrêtée à Marrakech ....

Chez Zézé

 ..chez ZÉZÉ. Georges Gomez nous avait gratifié d'une ancienne photo de ce palais de la brochette, situé rue Clémenceau, où l'on évoque les familles Caturla, Paolinetti, Martin, Scimone. (voir ancienne photo) Blandine nous écrit: "...ce café fonctionne de nouveau; il y a 3 ans, il était fermé et paraissait à l'abandon... j'enverrai d'autres photos aux deux blogs." Pour les photos du blog de MiMi voir le lien colonne de droite: MARRAKECH & NOUS

Une doctoresse promue à Marrakech le 17 mai 1913 (il y a cent ans) Adjointe du directeur de l'Hôpital Mauchamp (Service des femmes). Pour introduire cet article l'ami Halfaoui partage avec nous des photographies rares de l'Hopital Indigène Mauchamp (Ibn Zohr aujourd'hui) qui dépendait de l'administration "SERVICE DE SANTÉ ET HYGIÈNE PUBLIQUE" et incluait un dispensaire prophylactique.

LABORATOIRE_MAUCHAMP_  Ce laboratoire du docteur DIOT fut aménagé dans un ancien pavillon à proximité de la porte de Si Mimoun

SALLE-D-OPERATION_MAUCHAMP La salle d'opération voisine du laboratoire nécessita la construction d'un nouveau pavillon. Il donnait sur les jardins, proches de ceux de La Mamounia.

Hommage à la doctoresse Françoise Légey..

..par Joseph Dadia dans son livre REGARDS SUR L’ATLAS dédié à son père (photo de Jacob Dadia ci-dessous) Ed. 2011

dadia-couverture

 Joseph Dadia nous fait la grande amitié de nous permettre de publier son hommage à une femme d'exception (pages 44 à 61 de son livre); une doctoresse que la ville de Marrakech ne saurait oublier sans faillir. Elle mérite d'être honorée à plusieurs titres: non seulement elle permit à de nombreuses marrakchia de mettre au monde leurs enfants dans des conditions médicales exceptionnelles jamais connues à Marrakech au paravant où beaucoup d'enfants mourraient à la naissance et les mères à l'accouchement, mais en plus, elle a recueilli les traditions orales des marrakchis avec leurs propres expressions à une époque où elles étaient encore vivaces et elles les a écrites pour les conserver à la postérité.

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Ses deux livres font autorité, sans elle, c'est tout un pan du patrimoine culturel des berbères, arabes et juifs de Marrakech et de l'Atlas qui se serait envolé dans l'oubli, laminé par la mondialisation de la culture.

Joseph Dadia président fondateur de l'association des juifs de Marrakech, nous dit ce que la communauté juive doit en particulier à la doctoresse Légey. Il y aurait tant à dire également sur ce que les autres communautés doivent aussi à cette grande Dame.

Noce_juive  Noce juive au Mellah de Marrakech par E. Limanton, photographe

Maternité marocaine de Marrakech (1927-1961)

Comme tant d’autres enfants du mellah de Marrakech, nous sommes tous nés dans cette maternité, mes frères, ma sœur et moi.

famille_dadia

Ma mère m’a raconté beaucoup de bien de cette maternité.. Elle appelle, les larmes aux yeux, qu’un matin l’infirmière est venue prendre les bébés, pour la première toilette de la journée. Au retour, l’infirmière, par mégarde, lui remit un autre  enfant à ma place. Ma mère a poussé des cris, et, de sa main droite, montra à l’infirmière que j’étais dans les bras d’une autre femme.. Tout est rentré dans l’ordre. Chaque maman a récupéré son bébé.

Après la naissance de chaque enfant, la sage femme remet à la maman une attestation. Des sept attestations remises à ma mère, je n’ai trouvé dans les papiers de mes parents que deux.  Ci contre une photo de madame Fréha Dadia et de ses enfants devant le logement familial au Mellah

Voici le libellé, manuscrit à l’encre et à la plume, de l’attestation en date du 14 décembre 1946, ayant pour en tête écrit à la main – Maternité indigène de Marrakech :  « Je soussignée, Y. Sachet, sage femme, certifie que la nommée Fréha Dadienne a accouché le 12 novembre 1946 d’un enfant vivant du sexe masculin. »

Suivent la signature et le sceau de la maternité. En marge de l’attestation, à la date du 10 décembre 1946, il est ajouté « Servi, 3 mètres layettes » ; signature illisible d’une autre responsable de la Maternité.

À présent, voici le libellé, manuscrit à l’encre et à la plume, de l’attestation à la date de « Marrakech le 22 septembre 1954 », à en-tête en lettres d’imprimerie : Direction de la santé publique et de la famille – Maternité marocaine de Marrakech :

"Je soussignée, sage femme (pas de nom), certifie que la nommée Fréha Dadia, israélite, a accouché le 17 septembre 1954 à 7 heures 55 d’un garçon vivant ; »

Suivent la signature illisible et le sceau de la Maternité. En marge de l’attestation, à la date du 2 octobre 1954 : « layette donnée », signé N. Carbeau.

La première attestation est celle de mon frère Moïse, plus précisément David-Moshe, prénommé ainsi d’après le saint vénéré Rabbi David ou Moshe, enterré au lieu dit Timzerit, chez les Aït Tamestint, près du bourg d’Agouim. Nous allions en pèlerinage au saint, suivant la coutume familiale.

La seconde attestation est celle de mon frère Abraham, dit Bébert, dit Abi, le benjamin de la fratrie ; celui qui ne figure pas sur la photo de la famille. Il porte le prénom de mon arrière grand père, celui de notre patriarche à tous, notre Père Abraham.

 

beignets_Mellah 

Marchand de beignets au Mellah, collection Hébréard

Je voudrais rendre l’hommage qu’elle mérite à ce médecin génial, visionnaire, qui se soucia des familles musulmanes et juives, en construisant pour elles une maternité moderne, en leur offrant les progrès de la science médicale, afin que les accouchements se déroulassent dans d’excellentes conditions. Et gratuitement.

Ma mère disait « Logé » et  appelait la Maternité « Dar Madame Logé », c’est à dire «  La Maison de Madame Logé »

J’ignore tout de Madame LEGEY/Légey, à commencer par son lieu et sa date de naissance. Je sais vaguement qu’elle est née en Algérie, et qu’elle a fait des études de Médecine en France. En ma possession peu de documents la concernant.  Mais je me base sur eux pour réaliser cet hommage. C’est ma façon à moi de lui dire ma reconnaissance et mes remerciements. Elle est pour moi une pionnière, avec d’autres, dans le domaine social et prophylactique du Maroc. Audacieuse, vaillante, elle n’hésitait pas à parcourir à cheval tout le bled, zones d’insécurité comprises.

Son œuvre et son action honorent la France.

Ce qui me surprend le plus, c’est qu’aucun prénom ne figure sur aucun des écrits qui vont me fournir la substance de cet article. La Doctoresse Légey n’indique pas elle-même son prénom dans les textes qu’elle écrit.

Le prénom de Françoise figure bien dans les bibliographies des Juifs d’Afrique du Nord. Pourtant il me semble avoir lu que c’était Yvonne son prénom. Ce prénom, je l’ai écrit dans un fascicule où je cite un morceau de ses textes. Mais je suis incapable aujourd’hui de dire où je l’avais lu. Alors, je m’incline, c’est Françoise.

Autre chose qui m’intrigue. Dans la plupart des documents examinés, il est écrit Legey (en lettre minuscules) y compris dans l’introduction qu’elle donne dans son « Essai de Folklore marocain ». Il faudrait aussi souligner que la plupart du temps, il est imprimé LEGEY en lettre majuscules. Par contre, sur la première de couverture de son livre « Contes et légendes populaires du Maroc » c’est Doctoresse Légey ( avec é ) en lettres minuscules. Cet ouvrage a été édité en 1926. Je n’ai que la réédition de 1999, J’ignore donc ce qui est dans l’édition originale .

Par contre dans le livre d’Alice La Mazière dont je parlerai plus loin, il est écrit en plusieurs endroits Légey (sans le prénom). Ce livre a été édité en 1932. Les deux femmes probablement se connaissaient. Le titre du livre dont il s’agit est « Le Maroc secret », suivi d’un sous-titre, « Notes d’enquêtes ». C’est dire.

Madame Françoise Légey a trouvé le temps et la patience pour rédiger deux ouvrages de référence, aujourd’hui incontournables, pour celui qui veut comprendre le Maroc des années 1920. Ces deux livres ont été publiés à Paris en 1926 :

 

essai_de_folklore_Légey

-1 Essai de Folklore Marocain, édité par la célèbre Librairie Orientaliste Paul Geuthner, aujourd’hui disparue à mon grand regret.  Les thèmes développés sont : ethnologie, croyances populaires, cultes des saints, magie, maladie, alimentation, etc.. Iconographie 235 pages.

Dans cet ouvrage, la Doctoresse Légey consacre plusieurs pages aux juifs de Marrakech, dont voici l’essentiel, afin de comprendre leur mentalité et leurs mœurs :

-a « La femme stérile est méprisée. On dit qu’elle est entre toutes les religions. Elle n’est ni musulmane, ni juive, ni chrétienne… La femme stérile ne peut admettre sa stérilité. Elle croit à une conception entravée dans son développement par un maléfice… Elle s’imagine qu’elle était enceinte et que l’enfant s’est endormi. Elle dit couramment « andi raqued » : j’ai un enfant endormi, et se livre à certaines pratiques pour le réveiller… Les femmes juives considérant que cet enfant peut être évanoui posent sur le ventre de la femme qui a un « raqued » du vin doux avec de la cannelle et de la viande grillée, repas qu’elles offrent d’habitude à une personne qui a eu une syncope… Plusieurs procédés sont utilisés pour guérir la stérilité. Ainsi les femmes avaient des testicules de coq ; les juives le prépuce du nouveau-né qu’on vient de circoncire pour être fécondes et avoir des enfants.(Tous les textes de Mme Légey sont dans la même couleur ; P. 69-70)

Note : La théorie de l’enfant endormi dans le ventre de sa mère, et d’où il peut sortir après une longue période de gestation, est une construction des juristes musulmans. Le droit hébraïque ne la connaît pas.

Je pense avoir vu ma grand-mère paternelle et mes tantes accrocher la tête d’un coq, égorgé rituellement par le rabbin, du côté de la mezouza, après la naissance de mes frères.

-b "Dans le Glaoui, la montagne de Moulay-Ighi, c’est à dire le saint Rabbi David Lashquar (d . le 22 aout 1717), était désertique, mais elle est devenue verdoyante par la bénédiction du saint. Il y fit naître une cascade en enfonçant son bâton. Cette cascade au delà de Demnate est réputée pour ses vertus fécondantes. Aussi les juifs du Maroc vont en pèlerinage en automne, aussi bien que les musulmans au sanctuaire de Moulay-Ighi.(p 4 et 74)

-c « On croit que c’est un ange qui façonne l’enfant dans le ventre de sa mère à la manière d’un sculpteur qui, d’une masse informe de marbre, fait une belle statue. Quand le travail est achevé et que tous les organes sont formés, l’ange écrit sa destinée sur le front du fœtus.

cimetiere_israelite Cimetière israélite de Marrakech Collection Hébréard

« Les Juives en état de grossesse n’entrent pas dans les cimetières. avant que le fœtus aie manifesté sa vie par des mouvements intra utérins. Elles redoutent qu’une âme errante d’un être mort prématurément avant son heure, ne pénètre dans le corps du fœtus et ne l’anime.. Dans ce cas la vie de l’enfant serait fatalement écourtée. C’est en quelque sorte une survivance d’une antique croyance à la métempsychose.

« Chez les marocains musulmans la femme enceinte n’est pas admise auprès des morts, parce que la crainte de la mort pourrait la faire avorter. » (p.77)

-d « Dans toutes les villes du Maroc, les Juifs, la veille du Yom Kippour, jour du Grand Pardon, font une purification par l’eau avant le  grand jeûne. Ils prennent des bains froids collectifs dans de grands bassins attenants aux synagogues, bassins appelés Nekoua. Pendant qu’ils sont dans l’eau, pour chasser les mauvais esprits, le barbier qui est en même temps rabbin, leur fustige le corps avec  un bâton.

«  Ils font aussi des purifications par l’eau, le Nahr Mimouna, pour qui termine les fêtes de Pâques.

« Le matin, à la première heure, les Juifs de Marrakech vont faire cette purification dans une conduite d’eau en partie démolie qui se trouve entre le Palais de la Division et l’Hôpital Mauchamp et qui s’appelle Sequaïït El Mzoudi, la conduite d’eau du Mzoudi. Cette conduite d’eau a une légende.

« Un riche musulman du nom de Mzoudi avait une fille. Une nuit il commit un inceste avec elle. Lorsque la raison lui revint il alla demander aux hommes pieux comment il pourrait se laver de ce péché. Ceux-ci lui dirent : »Il faut que tu creuses avec tes mains une conduite d’eau qui ait quatre jours de marche de longueur et ta faute sera remise .» Alors le Mzoudi se mit au travail et creusa une conduite d’eau qui devait alimenter Mogador en eau potable. Cette eau a donc, par son origine, un très grand pouvoir de purification. Tous les juifs de Marrakech sans exception, doivent s’y laver les mains et le visage le N’Har Mimouna. On en recueille dans des bouteilles pour faire accomplir le rite aux malades et, aux femmes en couches, qui ne peuvent se transporter à la Sequaïït El Mzoudi. À la côte, cette purification se fait avec l’eau de la mer. (p.39)

José Bénech nous laisse un tableau détaillé de la Pâque juive et de la Mimouna. ( Note: Essai d'explication d'un mellah, Livre posthume publié en 1940).

Je ne cite pas les pages qu’il consacre à la cérémonie de la soirée de la Mimouna., et de ses préparatifs dès l’après midi du huitième jour de la fête, mais seulement ce que vivent les juifs de Marrakech dès le lever du jour, en cette journée de joie et de bonheur de sâ’d oul-mazal :

« Le lendemain les familles juives ont coutume de sortir du mellah et d’aller déjeuner en plein air à l’ombre des arbres.

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Elles se rendaient autrefois dans les jardins de Moulay Mustapha, près de l’emplacement actuel de l’hôtel Mamounia.

« Elles vont maintenant au jardin de la Ménara, relié ce jour là au mellah par un service spécial d’autobus.

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Toutefois bon nombre d’entre elles se rendent d’abord à la seguia qui, en face de l’immeuble de la raffinerie Saint-Louis, longe le mur de l’hôpital Mauchamp et y accomplissent un rite traditionnel.

« J’y arrivai ce matin là en même temps que la famille de Jerimoth et voici ce que je vis : La mère bâtit sept fois l’eau de sa main en murmurant une prière ou une incantation, puis tous les hommes se déchaussèrent, trempèrent longuement leurs pieds dans l’eau courante, symbole d’abondance, s’humectèrent le visage et la poitrine.

« Tout autour, d’autres familles faisaient de même. Des enfants et des femmes remplissent des bouteilles de cette eau pour la rapporter au mellah. » 

 

Mellah_LL_108 Une rue du Mellah vers 1915, photo des frères Levy

De mes souvenirs en famille, à Pâque et à la Mimouna,  je rappellerai seulement un fait qui remonte à ma tendre enfance. Le matin de la Mimouna, ma mère me réveillait dès potron-minet. J’avais du mal à ouvrir les yeux encore pleins de sommeil. Elle me conduisait à un jardin où coulait un ruisselet que ma mère appelait te-kherret, probablement un mot tiré du berbère, et dont j’ignore la signification. Mais ce mot est resté gravé dans ma mémoire.

Un gardien, au courant de notre visite en ce matin, a ouvert la porte aux familles juives qui attendaient dehors, tout était silencieux alentour. Même les oiseaux se prélassaient encore dans leur nid douillet.

Ma mère me lave soigneusement mes pieds dans l’eau claire et fraiche du ru qui vagabondait à travers les palmiers et les oliviers. Je ne peux pas dire si ce jardin était du côté de Saquiït El Mzoudi ; si c’était ‘arsât Moulay Mustapha. Mon souvenir d’enfance en ce matin là se résume en ces lignes.

 

Felix_144_Mellah Une rue du Mellah par le photographe Félix vers 1915.

-e « Il arrive assez souvent que des femmes juives, redoutant de perdre un enfant nouveau-né, le mettent sous la protection d’un saint musulman. Dans ce cas, elles pénètrent dans le sanctuaire accompagnées de femmes musulmanes, vêtues en musulmanes ; elles apportent des offrandes d’argent, de bougies et un animal à sacrifier. Elles déposent leur enfant sur le tombeau du saint en disant mentalement « O grand saint untel, cet enfant t’appartient, il n’est plus à moi. » Elles se recueillent un instant et se retirent persuadées qu’elles ont forcé la main du saint qui protège l’enfant d’Israël de la même manière qu’il protège les enfants musulmans. »

« Les Juives toujours dans le même but de protection, célèbrent les fiançailles de leur garçon nouveau-né avec une petite fille bien portante et dont la mère n’a jamais perdu d’enfant en bas âge. Il n’est pas possible aux parents de cette fillette d’interdire ce rite, qui, cependant, est souvent funeste à la petite fiancée. Elle devient en effet un véritable accumulateur magique du mal qui a fait mourir les frères et sœurs de ce singulier fiancé. (p. 104)

 

LL_Mellah_28 Quartier juif  de Marrakech, photographie des frères Levy

-f « Les juifs de Marrakech, écrit-elle, demandent la guérison de la possession, de la peur et de tous les états nerveux à un immense bassin situé dan un jardin habous faisant partie des Habous de Sidi Bel Abbès, non loin d’un vieux cimetière. On appelle le lieu où se trouve ce bassin qebour chou : les tombes de Chou ; il est impossible d’obtenir le sens de cette expression… Tous les dimanches matins hommes, femmes, enfants y vont en pèlerinage…. La folie est guérrie par la baraka de nombreux saints… le saint juif Rebbi Hanania (Cohen) dans le cimetière juif de Marrakech, les saints Smirou (des juifs) à Safi, etc… En général, on place les fous dans de petites cellules attenantes au sanctuaire vénéré. On les enchaîne, car le fer éloigne les esprits méchants qui donnent la folie. » (p. 155-156)

Face à la page 36 est la planche V, représentant deux vues d’un grand intérêt historique avec une légende :

En haut de la page, le bassin de Kebbour Chou à Marrakech,

Le dimanche matin les juives y vont laver leur mauvais sort et s’y purifier de tout mal.(p.155)

En bas de la page, l’arbre sacré de Rebbi Haninia au cimetière juif de Marrakech.

Les femmes suspendent dans ses branches des morceaux de chiffons dans lesquels elles ont passé leur mal et aussi des cheveux tombés.. Le vent en secouant les branches emportent le mal ainsi que le mauvais sort qui fait tomber les cheveux.(p.156)

Près de la tombe du saint l’on voit  5 vieilles tombes construites à l’ancienne. C’est un document d’un intérêt historique indéniable. C’est une vue qui montre un coin du cimetière du mellah de Marrakech, dans les années 1920.

Cette vue de la tombe du vénéré Rabbi Hanania Hacohen, saint patron des Juifs de Marrakech a disparu.

 

Mellah_CAP_119 Savetiers juifs, photo CAP vers 1915. On remarquera les petits établis transportables.

De son côté José Benech nous laisse, dans son livre, un précieux témoignage sur les juifs de Marrakech dans les années 1930. (op cit p. 181).

Voici ce qu’il écrit sur le saint Rabbi Hanania Cohen :

« Il y a des saints dont le culte est durable, bien que leur légende elle-même se soit estompée au point que nul ne s’en souvienne. Tel est le rabbin Hanania Cohen, « patron » de Marrakech, enterré depuis trois cents ans dit-on, dans le cimetière du mellah, auquel des pouvoirs de thaumaturge sont attribués.

« Sa tombe se trouve auprès d’un olivier dont les branches sont garnies de petits chiffons que les Juives, à l’instar de leurs sœurs musulmanes, ont noué en guise d’ex-voto. Les malades y viennent passer des jours et des nuits entières pour implorer la fin de leur maux ou pour attendre que dans un songe le saint leur indique un remède. »

À la fin des années 1940 et au début des années 1950, j’allais le samedi soir participer à la prière dans le mausolée, assez petit, du saint rabbi Hanania Cohen. Ce mausolée a disparu et a été remplacé par un autre plus grand.

Je me souviens d’un fou surnommé « Liaho el-mehboul », qui rôdait du côté du saint rabbi Hanania Cohen. Nos mamans nous recommandaient de ne pas croiser son regard, si nous le rencontrions sur notre chemin, car il agressait et blessait tous ceux qui le dévisageaient.

Dans les parages du saint, se dressait en hauteur un petit bâtiment, réputé pour être le logis de la camarde, « menkor »

Je me rappelle une série de petites pièces adossées au mur du cimetière, à la droite de l’entrée. Des malades et leurs familles y séjournaient durant sept jours « seb’iyam » et priaient Dieu de leur envoyer une prompte guérison par le mérite du saint rabbi Hanania Cohen, et de tous les saints enterrés dans le cimetière qui date de 1557/1558.

Un dernier souvenir pour clore cette section : il y avait au beau milieu du cimetière, bien loin du mausolée du saint rabbi Hanania Cohen, un petit arbrisseau aux branches épineuses, complètement nouées de monceaux de chiffons. L’aspect entortillé de cet arbrisseau, même à distance me terrorisait. Du coup je ne me suis jamais approché de cet arbrisseau. Mes copains me disaient que cet arbre produisait « wizgar » ou « zegar » fruit de couleur marron consommable, ayant l’aspect d’une petite bille. Il m’arrivait d’acheter ce fruit à des âniers du bled de passage sur nos marchés. Ce fruit est délicieux, il rappelle par son goût celui du jujubier.

 -g « Le crachat d’un chérif, d’un Aïssaoui, d’un homme pieux, guérit de beaucoup de maladies… les Aïssaoua sont appelés pour cracher dans la gorge des malades atteints d’angine.

« Chez les Juifs, l’emploi de ce rite est très fréquent, mais beaucoup plus compliqué. Lorsqu’un malade est atteint d’une maladie grave, typhus, typhoïde par exemple et qu’on a épuisé une longue liste de remèdes sans que la maladie en soit améliorée, une parente prend un verre neuf et se rend à la synagogue le samedi au commencement de la grande prière. Elle présente son verre sans mot dire , à chaque fidèle qui, sachant ce qu’elle veut dire crache dans le verre. Quand elle a ainsi recueilli le crachat de tous les hommes en prière, elle s’en retourne auprès du malade et procède à une onction générale de son corps avec ce baume magique, chargé de la sainteté de la prière des hommes pieux. Si cette onction est inefficace et que la maladie continue à avoir un caractère de gravité inquiétant, on procède au changement du nom du malade. Dix rabbins se réunissent à son chevet et solennellement lui donnent un autre nom qui sera définitivement son nom s’il guérit. Ils abandonnent par ce rite aux puissances occultes le nom du malade qui fait partie intégrante de sa personnalité et pensent avoir détourné définitivement sa colère des génies invisibles de la nouvelle personnalité ainsi octroyée, l’homme au nom nouveau étant un homme nouveau (p. 142-143).

Étant l’aîné de ma fratrie, j’ai reçu comme prénom Saül, conformément à la tradition des Dadia. C’est le prénom qui est attribué aux aînés. Ma mère a demandé à ce que l’on adjoint à Saül le prénom de Joseph d’après le saint Rabbi Yossef Pinto, enterré au cimetière de Taourirt de l’Ouarzazate, berceau de la famille Dadia. Mais au sein de la famille,  de ses proches et de ses intimes, tout le monde m’appelait Baba. Mes parents m’ont inscrit à l’école en donnant le prénom de Joseph.

Mon frère puiné a été prénommé le jour de sa circoncision Hanania, d’après le prénom de mon grand père paternel. Mon frère était tout le temps malade.. Le prénom de Gabriel, qu’il porte toujours, a remplacé celui d’Hanania. Depuis, il n’a pas connu d’autres maladies et se porte bien. J’ignore si le procédé indiqué par la Doctoresse Légey a été suivi dans le cas de mon frère. Gabriel est le nom d’un ange de haut rang, ange protecteur des fils d’Israël.

-h « Autrefois, on enfermait certaines matières dans les murailles pour assurer la protection d’une ville ou d’un quartier. C’est ainsi qu’il y a à Marrakech une porte du Mellah, exactement la porte qui est au bout de la Qissaria et qui fermait l’ancien Mellah, dans le pilier droit de laquelle le rabbin Mardochée ben Attar emmura une cruche d’huile qui protège le Mellah contre l’envahissement des ennemis et l’empêche d’être pillé ; les musulmans ont voulu pénétrer par la violence dans le Mellah de Marrakech de nombreuses fois et n’y sont jamais parvenus. Après chaque assaut infructueux, on rendait grâce à la porte.

Entree_mellah La rue de la porte du Mellah, photographiée par E. Limanton

 Encore à l'heure actuelle, aucun Juif ne quitte le Mellah le matin sans faire une prière devant ce pilier en posant sa main droite à plat sur la pierre » (p.184)

D’après la tradition rapportée par José Bénech, le Grand Rabbin et Premier Chef de la communauté, rabbi Mardochée ben Attar, emmura dans la porte d’entrée du mellah un parchemin sur lequel il avait écrit une prière.

Les deux traditions, celles de Légey et de Benech ne sont pas contradictoires et elles se complètent parfaitement.

Yahvé est le seul protecteur d’Israël : « Sur lui repose mon salut, mon bonheur ; il est mon puissant rocher, mon abri est en Dieu. »(Psaume 62,8)

À chacun de mes retours à Marrakech, avant de franchir l’arcade dite « rabbi Mardochée ben Attar », je pose mes deux mains sur son côté droit et je l’embrasse avec ferveur. Je fais cela par respect pour le saint, et c’est par son mérite que Dieu entend nos prières et nous protège.

Ce texte de la Doctoresse Légey a une importance historique. C’est pour cela que j’ai pris soin de le citer.

Le mellah de Marrakech à l’ombre du Palais royal, a été érigé en 1557. L’arcade en question a été la seule porte d’entrée du mellah.

Moulay Hassan, Sultan du Maroc (1873-1894), aimait bien les juifs de Marrakech. Dans sa bienveillance, il leur accorda une concession de terrain hors du mellah, en déplaçant aux deux extrémités les murailles. Celles-ci englobèrent désormais vers l’ouest un ancien terrain vague. Ainsi se forma un nouveau quartier dit Mellah Eljedid (nouveau mellah), plutôt commerçant, surtout dans la Qissaria, sa principale rue, avec de hautes maisons d’habitation réparties entre différents notables, et une synagogue appelée Slat el Fassiyine, la synagogue des Fassis.

C’est dans ce nouveau quartier que se trouve la grande porte d’entrée du mellah. Elle existe toujours.. Et la porte d’origine est devenue l’arcade dont s’agit.

Vers l’est, une portion du jardin potager (dialecte Al bhira) de Jnan El Afia ou « Le jardin de la paix »,  est devenue la rue de la Bahira , principale artère de ce nouveau quartier occupé par une population pauvre, avec l’artisanat comme activité essentielle.

Passons brièvement au second livre de la Doctoresse Légey.

contes&legendes_légey

-2  Contes et légendes populaires du Maroc/ recueillis à Marrakech et traduits par l’auteur ; Publications de l’Institut des hautes études marocaines, Editeur Leroux, 321 pages..

Voici ce qu’elle écrit dans les premières pages de la préface :

« J’ai recueilli tous ces contes à Marrakech.

«  Plus heureuse que nombre de folkloristes qui ont dû s’adresser à des intermédiaires, j’ai fait ma récolte directement dans les principaux harems de Marrakech, sur la place ‘Jâma el-fna, auprès des conteurs publics ou dans mon cabinet, où venaient s’asseoir et causer Si El-Hasan et Lalla ‘Abbouch.

« Je transcrivais ces contes en français au fur et à mesur qu’ils m’étaient contés. et, ensuite, pour être bien sûre de n’avoir fait aucune erreur d’interprétation, oublié aucune expression particulière, je les redisais à mon tour en arabe à mes conteurs.

« Je puis donc affirmer que la version que je donne est aussi près que possible du conte entendu. »

Parmi les conteuses et les conteurs, Doctoresse Légey a écouté avec tant de plaisir Lalla Fréha bent Hammou du Mellah de Marrakech, en ses différents contes :

-       Histoire de moitié d’homme – Celui qui sait ce qui est dans sa tête et dans la tête des autres (p. 63-70)

-       Chouiter ou le septième frère (p. 139-142)

-       L’homme à la vache et les quarante voleurs (p. 167-169)

Doctoresse Légey a écouté des musulmans et des juifs, chacun en ses contes. Ce qui montre encore une fois la grandeur d’âme de cette grande Dame, philosémite.

Je viens à présent à l’essentiel de cette dissertation : savoir : les éléments biographiques qui caractérisent la personnalité de la Doctoresse Légey ; - la construction de la maternité ;

Deux médecins français, l’un, le Docteur Christiani exerce à Fez, l’autre, la Doctoresse Légey exerce à Marrakech. Tous deux sont arrivés au Maroc avant le Protectorat. Ils sont venus par amour pour le peuple marocain, frappé par toutes sortes de maladies et particulièrement par la syphilis.

Originaire d’Alger, Françoise Légey fit ses études de médecine à Paris. Elle se maria avec un avocat fort distingué, dont elle porte le nom. Elle se fixa à Alger où elle créa un service pour femmes indigènes. Elle y vécut huit ans , puis décida de se rendre au Maroc avec son mari.

D’Alger elle gagna Marrakech. Si Madani Glaoui comprit quels services la Doctoresse Légey pouvait rendre et lui marqua sa confiance en la chargeant de soigner les femmes de son harem. Des années ont passé. Sa réputation n’a fait que grandir et elle est devenue le médecin attitré des plus riches et des plus puissantes familles du Royaume. Elle a soigné la mère, les femmes du Sultan, celles du Pacha. Chaque jour elle donna soins et conseils aux harems du Glaoui et du caïd Layadi.

Au moment où l’on institua le protectorat de la France, tous les médecins présents au Maroc furent incorporés aux services de l’Assistance. Madame Légey pénétra alors dans les milieux les plus misérables et s’y dépensa avec générosité.

La guerre de 1914 éclata. Madame Légey quitta Marrakech, créa des dispensaires pour femmes indigènes à Salé, Casablanca, retourna, la paix signée, à Marrakech, y poursuivit sa tâche, et contribua à la création d’une Maternité dont elle prit en janvier 1927, la direction.

(Note : La Direction du Service de Santé a construit dans l’Hôpital Mauchamp d’importants pavillons pour accueillir les malades de plus en plus nombreux qui viennent demander des soins aux médecins français. La Direction de la Santé et Hygiène Publiques a créé à Marrakech un dispensaire prophylactique, avec un laboratoire, dirigé avec tant de science par le docteur Diot, fonctionnant à plein rendement.)

Mellah_Flandrin_132 Groupe de juifs de Marrakech par le photographe Flandrin, années 1920.

Quelle était alors , sur le plan de la santé et de l’hygiène, la situation des juifs de Marrakech la veille de l’ouverture en médina de cette Maternité indigène ?

Jacques Bigart, secrétaire général de l’Alliance Israélite Universelle à Paris, était en visite au mellah de Marrakech le 28 février 1926. Voici quelques passages de son rapport pour comprendre les conditions de vie de la population juive de Marrakech à cette époque :

«  Si j’avais le temps de mettre sur le papier les impressions contradictoires que me laisse ma visite à Marrakech, il me faudrait remplir un cahier tout entier…L’école récemment inaugurée… est la plus belle que nous ayons au Maroc : vaste, largement aérée, elle est construite en rez-de-chaussée dans un grand parc, planté de vieux oliviers, qui donnent un ombrage, indispensable dans cette région. L’architecte, comme l’entrepreneur, de même que le directeur, M. Falcon, qui a surveillé les travaux, ont droit à tous les éloges… Marrakech est encore placé sous le régime militaire, nous sommes ici dans le sud-marocain. Le général Daugan, qui gouverne la région, nous a reçus  très  aimablement et m’a même demandé si nous avions quelque chose de particulier à solliciter de lui. Je l’en ai remercié, me réservant de traiter avec M. Soucard les questions scolaires et communales qu’il connaît bien.

« Visite à la « Goutte de lait », où nous avons été reçus par Mme la générale Daugan, qui a organisé cette œuvre et s’y intéresse très activement. C’était le jour réservé aux mères et aux enfants israélites. L’œuvre est magnifique.

 

goutte_de_lait_02 La Goutte de lait, un jour réservé aux musulmanes, à gauche une soeur franciscaine participe à la distribution

« Les dames juives ont installé une malheureuse petite « Maternité » dans un immeuble étroit et sordide, avec quatre lits seulement, et tout cela sans hygiène, sans propreté même. Le Docteur Madeleine s’en occupe avec un grand dévouement, mais que peut-il sans moyens matériels ? Madame la doctoresse Légey  a organisé une grande maternité pour femmes indigènes. Elle voudrait que les israélites fissent construire sur un terrain contigu un maternité pour les femmes israélites, qu’il ne faut pas songer à mêler aux femmes indigènes, les unes et les autres s’y refuseraient.

« À quel point un établissement de ce genre serait bienfaisant, vous allez en juger par ce qu’il me reste à vous dire du Mellah. Nous savions depuis longtemps, par les rapports de nos directeurs et par ceux de M. Sénach, l’état de misère effroyable du Mellah de Marrakech. Partout où j’ai passé, j’ai parcouru les mellahs, je vous en épargne la douloureuse description, mais nulle part je n’ai rien constaté d’aussi tragique qu’à Marrakech. Il y a dans cette ville de 11000 à 12000 juifs. Je crois pouvoir vous dire que 7000 à 8000 vivent dans des conditions matérielles véritablement meurtrières. (…)

 

cordonnier_juif_LL7065 Cordonnier juif, photo LL des frères Lévy

« À ma grande surprise, j’ai rencontré ici une jeunesse instruite, aux idées modernes, qui a conscience du rôle bienfaisant qu’elle pourrait jouer et qui a la volonté d’agir. Grâce à cette jeunesse active, une grave épidémie de typhus qui s’était déclarée l’année dernière au Mellah, a été jugulée. Nos jeunes gens, sur les indications des médecins et stimulés par le directeur, M. Falcon, pénétrèrent dans les taudis, forcèrent les familles à signaler, à faire soigner et isoler les malades. Bravant la contagion il réussit à dépister les centres d’infections et à les épurer. Leur action courageuse et peut-être héroïque a peut-être sauvé le mellah et la ville d‘une grande catastrophe.

« La communauté est dirigée depuis plus de 50 ans, par M. Josua Corcos, un vieillard honoré, éminemment respectable et personnellement charitable, mais qui ne peut comprendre qu’à une situation nouvelle,  il faut des procédés nouveaux, qui dans cette immense détresse ne vit que la fatalité et que cette conviction quasi mystique éloigne des nouveautés et des réformes devenues pressantes. Il faut à tous prix que cela change ; la santé physique, la santé morale de cette grande Communauté l’exigent ; un esprit plus libre et plus humain doit être infusé dans ces organisations vétustes.

« En arrivant ici ce matin, j’ai eu une longue conversation avec le docteur Colombani, directeur du service de santé. Je lui ai signalé la nécessité grande de l’inspection sanitaire régulière des écoles. Il est tout disposé à l’organiser, complète, si les services financiers lui en fournissent les moyens.  Question signalée au Résident par ma note et sur laquelle j’insisterai plus longuement lorsque, après notre retour de Fez, j’aurai une nouvelle audience de M. Steeg, c’est à dire le 5 ou le 6 mars.

« C’est de la Maternité à créer à Marrakech que nous nous sommes surtout entretenus. Si l’on trouvait les 100000 francs nécessaires pour la construction, qui serait élevée en prolongement de la Maternité indigène en voie d’achèvement, le Protectorat prendrait à sa charge les frais d’entretien. Après ce que je vous écris sur la situation sanitaire du Mellah de Marrakech, vous sentirez, comme moi, qu’une pareille institution serait une œuvre de salut pour des centaines de femmes et d’enfants. Je ne veux pas croire qu’on ne puisse recueillir cet argent à Paris. On le trouvera certainement, car le judaïsme français est loin d’être indifférent à l’œuvre de salubrité entreprise avec énergie et de grands sacrifices par les autorités de Rabat. »

 

Plan_Mauchamp_Légey_1920 Ce plan de 1920 permet de situer l'Hôpital Mauchamp ( Ibn Zohr aujourd'hui) avec ses pavillons distincts au sud des jardins de la Mamounia. On remarquera aussi la situation du Mellah entre le palais du sultan et la Bahia.

Les fonds nécessaires ont été recueillis à Paris grâce aux dons de quelques israélites généreux. Ainsi le pavillon juif a vu le jour dans la Maternité indigène de Marrakech.

Maternité modèle : les fenêtres en donnent sur un jardin tout parfumé de roses ; maternité conçue pour que les Européennes, les Arabes, les Juives puissent trouver au moment de leurs couches tout ce qui, de nature parfois extra-médicale, leur est pourtant indispensable.

Pour les juives, on a dû aménager une cuisine spéciale, où selon le rite, les animaux égorgés sont préparés et une salle contenant la Tora où, le huitième jouir après la naissance de l’enfant mâle, a lieu la circoncision.

En 1931, on procéda à deux cent vingt neuf accouchements et, dans le pavillon annexe, l’on donna soixante-dix mille consultations. Également confiantes, les femmes musulmanes et juives ont vite pris l’habitude de venir ici.

photosalam01L'entrée de l'Hopital Mauchamp - Photo Salam Marrakech

Madame Légey ne pouvait plus suffire seule à cette tâche. Elle est entourée maintenant d’assistantes auxquelles elle a transmis son ardeur : une Oranaise ayant fait ses études médicales à Paris,  une sage femme née à Tanger, une musulman qui fait les piqûres, et trois infirmières juives du mellah si expertes qu’elles procèdent elles-mêmes aux accouchements.

Marrakech compte aussi une consultation de nourrissons avec Goutte de lait où les franciscaines, sous la direction de madame Légey font un excellent travail.

Depuis le 1er septembre 1932, la Maternité indigène est dirigée par une jeune femme médecin de beaucoup de talent : Mademoiselle le docteur Décor.

Madame Légey est devenue Directrice Honoraire de la Maternité en même temps que Médecin honoraire du service de santé et d’Hygiène.

Doctoresse Françoise Légey, fière de son œuvre, résume en quelques mots l’influence française et l’action bienfaisante des médecins dans les hôpitaux, les dispensaires et toutes les Maternités.

Voici sa conclusion en ce qui concerne la Maternité indigène de Marrakech :

« Cette maternité à laquelle est joint un dispensaire, pour femmes et enfants, reçoit journellement un nombre considérable de malades, et hospitalise, de plus en plus, les femmes indigènes, répandant sa bienfaisante action jusqu’au cœur de la famille marocaine, grâce à la surveillance  organisée avec le concours de Kablas ou accoucheuses. Ces Kablas doivent, en effet, rendre compte, chaque jour, au Médecin-Chef, des accouchements faits en ville et appeler à l’aide à la moindre difficulté. » (Revue Nord-Sud)

Du côté juif, l’Aide Maternelle de Marrakech, grâce à son Comité et au dévouement de M. Bibasse, son secrétaire, a créé à la Maternité indigène « le Pavillon Narcisse Leven » dont l’urgence se faisait tellement sentir et qui rend aujourd’hui de si inappréciables services.

« Pour compléter cette œuvre admirable dirigée avec autant de compétence que de dévouement par madame la Doctoresse Légey, a été fondée notre Association  qui a pour objet de venir en aide aux accouchées après leur sortie de la Maternité, en leur fournissant la layette, du linge, ainsi que des secours en nature ou en espèces en attendant qu’elles puissent recouvrer des forces et reprendre leur travail…

Retenez bien ces chiffres, en 1927, le nombre des femmes israélites hospitalisées était de 207 sur un total de 250, En 1928, sur 281 femmes enregistrées, il y avait 235 israélites dont seulement 10 sont payantes…

Avant de terminer ce rapport, je me fais un agréable devoir d’exprimer, au nom du Comité, notre plus vive gratitude au gouvernement du Protectorat ainsi qu’à Madame la Doctoresse Légey et son personnel pour tous les soins intelligents et dévoués que reçoivent nos femmes pauvres. L’alliance Israélite comme vous le savez continue à servir à nos élèves sages-femmes l’allocation mensuelle de 1200 francs, montant des trois bourses créées en faveur de ces jeunes filles à partir de juillet de l’année 1927. Que l’Alliance veuille bien trouver ici l’expression de notre profonde reconnaissance. Le Comité rend également un juste hommage à l’activité et au dévouement de Madame Bouskila qui s’est toujours dépensée sans compter pour une œuvre qui lui tenait à cœur. Nos remerciements vont également à MM Eliezer Wizman et Joseph Attar, ces hommes de cœur en qui les bonnes œuvres de Marrakech ont toujours trouvé un solide appui. Ce n’est jamais en vain qu’il a été fait appel à leur excellent concours en faveur de notre œuvre. Mais les personnes que je viens de nommer constituent un tout petit noyau de bonnes volontés qui ne suffisent pas à elles seules pour une si grande et si belle œuvre. Il faut, encore une fois, la sympathie agissante et effective de tous pour que toutes les œuvres de Marrakech, et la notre en particulier, fleurissent et atteignent leur plus grand développement ; » (Cf L’Avenir illustré du 15 mai 1929 )

Note: Autres personnes engagées : Mlle Harrar, E. Benhamou et Mme Corcos après la démission de Mme Bouskila.).

En 1961, la Maternité a cédé la place à l’École de Formation d’Infirmiers. 

Joseph Dadia, Ed. 2011.

   Légey_LeMatin_3janvier1913  revue_de_l'Islam_1902

Publications les plus connues de la Doctoresse Légey:

Pour les femmes indigènes d'Algérie  Revue de L'Islam, 1902 n°79 p.93-95

- Notes sur le fonctionnement de la clinique indigène d'Alger. Alger, Crescenzo 1904.

- Notes de routes : Voyage à Marrakech, Alger : imprimeur P. Crescenzo, 1910.

Les femmes esclaves au Maroc, long article publié dans le Matin en janvier 1913

- Essai de Folklore marocain, Paris Librairie Orientaliste P. Geuthner, 1926

- Contes et légendes populaires du Maroc recueillis à Marrakech et traduits, Paris, Leroux 1926.

Marrakech avait donné le nom d'une de ses rues à la Doctoresse Légey, elle est devenue rue de Tétouan...

La doctoresse Légey  du Service de Santé et de l'Assistance publique fut promue à Marrakech par décret Viziriel du 17 mai 1913 (10 Djoumada tani 1331), Adjointe au Médecin chef de l'Hôpital de Mauchamp (chargée du service des femmes).

Les anciens de Marrakech remercient Joseph Dadia pour cet article qui met en correspondance les coutumes ancestrales recueillies par la Doctoresse Légey entre 1913 et 1920 (en rose) avec les siennes propres des années 1940 (en bleu) et celles des années intermédiaires  relatées par José Benech (en vert), Jacques Bigart  et M. Bibasse (en mauve). Nous le remercions aussi de nous avoir révélé l'oeuvre immense de la Doctoresse Légey en faveur des femmes marocaines et de la mise au monde de leurs enfants dans d'excellentes conditions. Nous avons illustré cet article avec deux photos de la famille Dadia et des cartes postales de la collection Halfaoui, merci aussi à lui pour les photos de l'Hopital Mauchamp. Nous aurions aimé publier une photo de madame Françoise Légey, de même une photo de la Maternité Narcisse Leven. Nous n'en avons pas encore trouvé et nous faisons appel à nos lecteurs qui pourraient partager ces images sur le blog.

Bonnes fêtes du 1er mai avec des brins de Muguet. 

 

L'ATLAS (Hptal Mauchamp-1938)

Nous ajoutons deux clichés de pavillons de l'Hopital Mauchamp du photographe ZURITA publiés dans la Revue L'ATLAS (Directeur Jean du Pac) en 1939.