JULIETTE BEULLAC AURA ÉTEINT LES BOUGIES DE SES CENT ANS.

Le blog Mangin@Marrakech a préparé avec ses lecteurs l'anniversaire des cent ans d'une grande marrakchia afin de contribuer à la réussite de la fête d'anniversaire. Nombreux sont ceux qui voudront lui dire merci. Par sa fille Bernadette nous avons le cliché où Juliette BEULLAC/PRÉVÔT marque son passage dans le club des centenaires en s'aidant astucieusement d'une petite cueillère. A côté d'elle, l'aîné de ses fils, né à Marrakech.

Trois ans après cet article nous apprenons le décés de Juliette survenu à Dijon, le 31 mai 2017, à l'âge de 103 ans. Par la même voie nous apprenons le décès de sa fille Bernadette le 11 septembre 2014, à l'âge de 69 ans. Nous adressons nos condoléances à François Prévot, Barbara Prévôt, ainsi qu'à Anne Marie et Jacques Duley, Cécile Prévôt, Odile et François Evrot-Carrican,... sa famille proche.

100ANS

 

Le mardi 25 février, Juliette passe le cap des cent ans. Tous les marrakchis et surtout ceux qui ont connu Juliette Beullac lui souhaitent un superbe anniversaire en lui envoyant des messages et des photos souvenirs; le blog les publie et les publiera. Les messages et les images lui seront remis pour ce jour exceptionnel. S'il y a des retardataires, leurs envois lui parviendront aussi.

Juliette- Beullac Cliché du 14 juillet 2013 DR

Juliette BEULLAC était connue à Marrakech comme cheftaine de louveteaux, monitrice de colonies de vacances, notamment à Sidi Farès et aussi comme institutrice dans une école franco-musulmane en Médina, l'école Moulay Abd el Aziz.

Après l'école du Guéliz dans la classe de la directrice Madame Martin, elle a étudié au collège en Médina, puis au nouveau collège du Guéliz dont le directeur était M. Césaire Cazabat.  Nous connaissons les noms de ses camarades de la classe de troisième: René JEANMOUGIN, France BRUNEAUD, Andrée JUSTET, Amélie PELLOUX, Rosette RODER, Denis BERGES, Irène BOCABEILLE, Germaine VALETTE, Pierre FRIGGERI (photo de classe). Avec une formation de Sténo et par l'intermédiaire d'amis, les Periès, elle a travaillé au 120 rue Verlet Hanus chez l'assureur Rousselière. Elle est devenue madame Bernard PRÉVÔT en décembre 1941, ils ont eu six enfants. Il y a trois ans Juliette a réuni quelques souvenirs pour ses enfants et en a fait un cahier dont ils partagent avec nous quelques extraits. La mise en page associe les souvenirs de Juliette à des photographies et à des noms de personnes qui l'ont connue.

Sidi_Fares-moniteurs-1930-31

Les colonies de vacances

Juliette à gauche en excursion à l'Oukaïmeden avec d'autres moniteurs et le directeur  de la colo à droite, M. FAVRE ou M. TADEI.

J’ai été embauchée pour être surveillante à la colonie de vacances des écoles laïques de Marrakech, à Sidi Fares. La première année j’étais simple surveillante ; puis j’y suis allée deux années suivantes comme surveillante générale. Ces gens étaient contre l'autorité de l’Eglise mais considéraient que je leur rendais grand service car on pouvait me faire confiance quand je m’occupais d’enfants. J’avais 16 ans, 17 ans. C’était en 1930 et 1931.

Ils me demandaient pour la colonie. Le soir, dans le grand dortoir, je faisais faire la prière. Cela a été scandaleux mais je me suis rebiffée et on m’a permis de faire dire aux enfants le Notre Père et de faire un petit moment de méditation, de remerciement. J’avais mes idées, mais on me respectait car on savait que cela marchait bien avec moi.

Cheftaine de meute de louveteaux

BEULLAC_Juliette Rang du haut : GIDEL, François THIERY, MASSACRIER, Antoine NICOLAÏ, Paul BROUSSOLLE, Jacques DIOT, Max TORNESY, GIDEL, Michel REUILLARD et Juliette BEULLAC. Rang assis: SABLEROLE, Paul GEMINEL, François CHOMEL, Robert DEROUGES, René BALEYTTE, Maurice BAZILLON, X, Jean-Pierre LESUR. 

Les louvereaux,..c’était ma vie et Maman me disait : « Avec tes louveteaux, tu ne te marieras jamais car tu ne penses qu’à ça. »

J’ai créé une meute au Guéliz, puis une à la Médina, une à la Base aérienne. J’en ai créé une à Mogador, une à Agadir. Qu’est-ce que je me démenais et tout cela marchait bien. C’était épatant. Ces garçons avaient une tenue impeccable. L’abbé Pierre Broussolle est un de mes anciens louveteaux.

L’autre fois un Monsieur m’a téléphoné pour me  dire qu’il conservait un souvenir merveilleux d’un camp près de l’oued Tensif et que cela avait été très agréable.

Je travaillais chez Rousselière  et toutes mes sorties étaient pour les louveteaux. Souvent quand il y  avait une réunion de jeunes gens ou  jeunes filles, mes  louveteaux avaient la priorité et Maman était furieuse.

Par le scoutisme Juliette était très en lien avec les CAVILLON, Jacques et Jean dont le père s'occupait beaucoup des scouts.  Elle était proche aussi de Jacqueline REUILLARD.

Ecole-abd-el-aziz-1940_SM57

Ecole de filles Moulay Abd El Aziz en Médina

Sur cette photo de 1940 Juliette est la 2e en partant de la gauche. Parmi les autres enseignantes: Mesdames POUVREAU, Françoise MALHOMME, Marthe TORNEZY, Hafiza GASMI, Léonie RAT, Mlle AYME, l'infirmière Mme BAZILLON.

Quand j'ai laissé l'entreprise Rousselière, c'était pour faire la classe aux petites Marocaines.

Maman joue au scrabble

Je leur apprenais les lettres françaises, le B-A-BA pour lire les choses les plus simples en français et à tenir un porte-plume. Dans cette école profession-nelle, certaines maîtresses faisaient un peu la classe et leur apprenaient ou à coudre, ou autre chose. Ma charge était de leur faire la classe et de leur apprendre à travailler la laine. À ce moment-là on ne fabriquait pas encore de pelotes de laine toutes travaillées; la laine se vendait en vrac. J'en achetais, je la faisais laver; des femmes venaient à l'école pour filer la laine et j'apprenais aux filles à tricoter.

J'achetais aussi de la laine que je faisais laver et teindre pour faire des tapis. Deux maîtresses marocaines leur apprenaient à faire la trame; et moi je regardais si c'était bien fait. J'en étais la responsable. J'allais au musée des arts marocains  pour rechercher les gravures de tapis anciens, pour retrouver les dessins traditionnels; ensuite on faisait un tapis, pas un grand  tapis, plutôt une descente de lit.

Notre directrice, Mme Decaudin, était une personne toujours habillée de noir car veuve et toujours en prière à l'église de Marrakech.

Juliette-lit

J'allais à la Médina à vélo et me trouvais dans des embouteil-lages de mulets, de chameaux et de bourricots, dans les petites rues de la Médina. Mon vélo crevait. A coté de l'école il y avait un cycliste marocain très très modeste qui réparait les vélos. En arrivant à l'école je lui laissais mon vélo qui était crevé et en sortant, je retrouvais mon vélo réparé, astiqué, mis en beauté, et je disais: « Combien je te dois ?» et il répondait "Ashouma ! », ce qui veut dire « C'est scandaleux ! Tu voudrais que je te fasse payer, toi qui viens t'occuper de nos petites ?"

J'ai eu toujours de bonnes relations avec les marocains de Marrakech. 

Interieur-de-l-Eglise-du-Gueliz

Juliette s'est mariée le 30 décembre 1941 à la Mairie de Marrakech à Bernard PRÉVÔT, alors capitaine vétérinaire en lien avec le  4e Régiment de Spahis Marocain. Puis l'année suivante, le 3 janvier 1942 à l'église des Saints-Martyrs. Il y eut une grande fête avec des chants scouts pour la messe de mariage et une haie d'honneur des Guides depuis l'église jusqu'à la maison. Le cliché de l'intérieur de l'Église est de Roudnev et provient de la collection Halfaoui.

Naquirent ensuite six enfants François, Roger, Bernadette, Anne-Marie, Cécile et Odile; les premiers à Marrakech. Nous remercions particulièrement Bernadette de nous avoir permis de réaliser cette page.

Blog_Juliette

 

Le blog vient d'être distingué par Canalblog parmi des miliers de blogs pour cette page anniversaire de notre sympathique centenaire. Si vous êtes d'accord avec cette distinction vous pouvez le confirmer en haut de cette page.

 

 

 

 

 

 

 

QUELQUES MESSAGES POUR JULIETTE SONT PARVENUS AU WEBMASTER

Marcel Martin a composé une carte à son intention: 

Bon_anniversaire_Juliette_Beullac 

Marcel ajoute: la carte ci-dessus est à l'attention de la vénérable cheftaine des louveteaux Marrakchis ,  afin de lui souhaiter un très heureux anniversaire entourée par tous ceux qui lui sont chers. Juliette est une de ces pionnières marrakchies  dont il est bon de rappeler  son investissement et son dévouement  pour les marrakchamis de l'époque.

En outre j'ai eu la surprise , sur la photographie de la meute des louveteaux ,de lire et voir François Thiéry tout jeune  , illustre, joueur puis entraineur de rugby au SAM et à l'ASAM mais aussi avocat entre autres affaires de Mr Medhi Ben Barka. Il est un des fils de madame Thiery qui fut notre sympathique prof de math des lycées Mangin et Victor Hugo. François
Marie-Pierre, fille de Jean Cavillon souhaite un Joyeux anniversaire à la Centenaire. "Ma mère Josette Estève et mes tantes Cavillon ont été cheftaines de louveteaux elles aussi mais elles ne sont plus là pour en parler. Jacques Cavillon est mort début janvier." Les témoins se font rares, merci à la centenaire de partager ses souvenirs.

Henri Chezalviel: Bravo à cette centenaire Marrakchie à qui je souhaite de vivre encore longtemps. Je n'ai pas connu  de louveteaux, ni des anciens du scoutisme et encore moins les colos de l'Ouka et autres.
J'avais 20 ans, militaire à l'état-Major, puis après au service sécurité de la BA de Benguerir, suivi de mon retour en France en décembre 1956. Je suis de tout coeur avec vous tous.

Francine a envoyé une carte personnalisée:

IMGP3107 et encore une autre dans un paysage connu:

les remparts

D'autres Marrakchis d'avant et d'aujourd'hui voudront féliciter  dans les commentaires notre centenaire Juliette BEULLAC/PRÉVÔT qui aime les livres d'images, fait toujours des jeux de mots avec son scrabble et participe à la Revue Salam Marrakech en envoyant articles et photos souvenirs. Merci Juliette pour tout ce que vous avez offert aux enfants de Marrakech, aux jeunes marocaines de l'école Moulay Abd el Aziz, aux jeunes louveteaux catholiques, aux jeunes laïcs de Sidi Farès et aux lecteurs de Salam Marrakech qui restent toujours jeunes.