NOUVEAU LIVRE D'UN GAMIN DU GUÉLIZ 

Couverture_tonton_brochette 

Un extrait: Premier chapitre : Pétards

En face de la maison, il y avait l’avenue Barthou et tout au bout, le cinéma Le Palace. Avec son écran géant, ses 300 places c’était la seule salle de ciné du Guéliz[1] et donc la plus belle de Marrakech.

Il y avait même des grands ventilateurs au plafond, forts appréciés quand il faisait très chaud.

Je me souviens avoir vu deux fois Viva Zapata avec Marlon Brando et Anthony Quinn.

Quels acteurs et quel film !

L’avenue Barthou était bordée de petits arbres rabougris couverts de petits fruits noirs qui ressemblaient à du poivre, mais ce n’était pas la précieuse épice. Les faux-poivriers attiraient des djaos[2] bavards qui se piaillaient d’arbre en arbre toutes les nouvelles du quartier.

A mi-chemin, sur le côté droit, il y avait un bureau de tabac où on achetait des carambars.

Des carambars et des pétards.

C’était toujours le même scénario et la même rigolade.

On entrait la mine sage, la monnaie dans la main et on demandait 2 carambars. On les aimait bien à cause des histoires drôles sur le papier d’emballage.

Obligatoire, l’emballage, car le père Tékula prenait les bonbons un par un dans un grand bocal avec ses horribles doigts qui étaient comme des pinces, des pinces effrayantes avec des ongles énormes, d’un ou deux centimètres d’épaisseur, tout sanguinolents…

Nous avions peur de lui toucher la main quand il nous tendait quelle que chose. Brrh !

Pour nous et d’évidence, c’était la preuve d’une maladie contagieuse, une horreur venue du fin fond du moyen âge, prête à contaminer le Guéliz et toute l’avenue Barthou.

Il valait mieux être prudent avec ces choses médicales terribles qui pouvaient vous tomber dessus d’un coup.

Et puis, après les carambars, on demandait des pétards. Pas des gros, trop chers, mais des petits, comme de crayons de couleur coupés en deux.

Je prenais mon air angélique.

– Deux pétards, monsieur, s’il vous plaît.

Le frère et la sœur se jetaient alors un coup d’œil appuyé, ils connaissaient la fin du film…

Ma grand-mère paternelle n’allait jamais à l’Église, mais elle était experte en persiflages, comme une grenouille de bénitier.

Mamie-moustache, on l’appelait comme ça à cause des poils qu’elle avait en abondance sur les babines, Mamie-moustache disait en plissant les yeux qu’on m’aurait donné, sur ma mine, le bon Dieu sans confession.

Mais le Diable était là et c’était à chaque fois le même éclat de rire quand, une fois sortis de la petite boutique, nous lancions les pétards allumés à l’intérieur.

Bang !  Bang !

Les explosions étaient formidables et il nous fallait courir à toute vitesse pour échapper à Tékula qui sortait de sa boutique en éructant de rage. Et la sœur Tékula sortait aussi, du fiel dans la bouche.

– Bandits ! Voyous !

Les bandits et les voyous étaient déjà loin et les vilains buralistes ne les attrapaient jamais.

N’étions nous pas les princes du Guéliz, les rois de Marrakech, la ville rose[3] ?

On ne rattrape pas les Rois ou les Princes quand on a des pinces de crabe à ses pattes velues !

Comme tous les enfants nous étions cruels mais pas méchants. Un jour comme les autres où nous nous apprêtions à commettre un nouveau forfait nous trouvâmes la sœur Tékula en larmes : elle gémissait de chagrin. De grosses larmes roulaient sur ses joues ridées.

Cette femme disgracieuse pleurait comme une petite fille et nous vîmes bien qu’elle était humaine, comme nous.

– Vous pleurez, Madame, vous avez besoin d’aide ?

– Non, vous ne pouvez rien faire, j’ai perdu mon chat Zizou qui s’est fait écraser dans la rue.

Le petit corps de Zizou gisait sur le comptoir, tout maculé de sang et les yeux retournés. Je lui ai fait une petite caresse d’amitié sur le dos et nous sommes partis comme des coupables.

Les bandits et les voyous étaient un peu émus.

Ce jour là, nous n’avons pas lancé de pétards.

Un peu plus tard dans la journée même, nous avons récupéré chez un copain un chaton de gouttière, beau comme un ange de trois semaines, adorable.

Nous avons mis le petit animal dans un panier de roseau avec un bout de tissu pour lui faire un nid et nous sommes allés le déposer discrètement devant le bureau de tabac, juste à l’heure de fermeture.

Cachés plus loin, nous vîmes, le cœur battant, le frère Tékula ramasser le panier et tirer le rideau métallique de la petite boutique.

Il devait y avoir du bonheur ce soir-là dans le petit bureau de tabac de l’avenue Barthou car nous entendîmes les cris de joie de la pauvre femme qui disait très fort, en battant des mains.

– Qu’il est beau ! Ô qu’il est beau !

– Merci !  Ô merci !

Soulagés et la conscience tranquille d’avoir accompli une bonne action gratuite nous nous promîmes de revenir le lendemain pour acheter des pétards.


[1] Guéliz, quartier européen de Marrakech

[2] Djao, Moineau

[3] En ce temps là, Marrakech était appelée « la Ville Rose » à cause de la couleur des remparts mais aujourd’hui on dit « la Ville Rouge », c’est mieux pour la Pub. 

Le Trésor de Tonton brochettes d'Alain ROUTIER est arrivé !  Il est disponible sur le site Edilivre.

Le livre papier : 19,50 €  - Le livre numérique en format pdf : 11,70 €

Le livre papier  +  Le livre numérique :20,50 €

Après les formalités habituelles (enregistrement BNF), il sera début janvier seulement en librairie, amazone, fnac etc, mais, hélas, après les fêtes..nous écrit l'auteur qui a vainement essayé de bousculer son éditeur... Mais il sera disponible pour la Saint-Valentin !!!

UNE PROMO D'ÉLÈVES PILOTES DE 1952

L'ami Halfaoui a réuni à sa collection des dessins-souvenirs d'élèves pilotes. Le travail de l'artiste nous révèle aussi des noms de cette ancienne promo: Vous avez dit 1952 ! soixante deux ans ! la plus ancienne dont nous ayons les noms !

BA707-52D 

Élèves pilotes: Saussine, Dreux, Rotse, Fonderflick, Laurent, Bayard, Poletti, Degeilh, Beaugez, Dumollard, Chérell, Bévalot, Ali, Savary, Limberger, Jouhant, Rondet, Conini, Granda, Jeannin.

52D-BA707 

"Souvenir de tous à chacun" Marrakech - BA707-52D

On trouvera une liste de plusieurs promos d'élèves pilotes par ce lien --> Promos 53 à 60

UN ANCIEN DE LA BASE VOUS ADRESSE SES VOEUX POUR LES FÊTES

aout 2014 

Le chibani Jean-Claude DAVID, auteur des Missions spéciales à Marrakech nous envoie une photo récente et nous écrit à la veille des fêtes: "Le doyen vous salue bien et vous envoie cette photo prise sur la plage de Dinard cet été; et j'en profite pour vous présenter mes meilleurs voeux de bonheur et de bonne santé pour 2015..et je suis toujours heureux en dépouillant toutes les nouvelles de MRK et de la BE 707 qui paraissent sur le blog....BONNE ANNEE...Jean-Claude

Missions spéciales 1 - Missions spéciales 2 - Missions spéciales 3 - Missions spéciales 4 - Missions spéciales 5

Merci Jean-Claude, tu inaugures sur le blog les voeux pour les fêtes et l'année nouvelle 2015. Bonne année à toi!  Le blog est heureux de publier tes voeux et le fera aussi pour ceux qui lui parviendront. 

UN BRIN D'HISTOIRE DU GROUPE DE BOMBARDEMENT GB 1/23 À MARRAKECH EN 1940-43

En mai 1940, le groupe avait besoin de renouveller ses avions peu performants. Le Capitaine MEIFFREN, parti à bord d'un Loockeed pour Marignane revint le 22 juin 1940 avec trois LeO 451 et deux autres équipages, ceux du Lieutenant CHAVETON et de l'Adjudant-chef PAGELOT. En France, Pétain signe l'Armistice.

Le GB 1/23 (élément du groupement 7) est orienté sur la base de Marrakech et la rejoint le 25 juin. Le 9 juillet, il est renvoyé sur Blida. Le groupement de bombardement 7 est dissout. A la suire du raid anglais sur Mers el Kebir, le GB 1/23 est envoyé pour des actions de représailles sur Gibraltar.

Des souvenirs concernant la Base de Marrakech

(voir un document .PDF de l'escadron Arbois pour des informations sur d'autres bases)

Le Haut-Commandement (Air- Maroc) avait décidé que le GB 1/23 serait stationné à Marrakech plutôt qu'à Meknes, car plus proche des ports d'Agadir, Mogador et Safi. Les familles des pilotes rejoignirent Marrakech au cours du mois de janvier 1941 et s'y plurent.

Le Commandant FRANDON commande le Groupement 1/23 secondé par le Capitaine HOCHE. La commission d'Armistice avait prévu de doter le Groupe de 13 LéO 451, il en reçoit 14. Il faut savoir que la commission d'Armistice était installée dans l'hôtel Balima. Et le service de renseignement français avait installé un service d'écoute dans les caves de l'hôtel. Aussi le Groupe était-il informé des futures visites "à l'improviste" de la commission à Marrakech. Ce qui permettait d'envoyer avions et matériels et équipage en supplément sur la Base de Ouarzazate.

Le Capitaine THIRY et le Capitaine MENARD commandent chacun une escadrille, alors que la Base était commandée par le lieutenant-colonel RENARD-DUVERGET, surnommé le « Chacal du potager ».

Peu d'heures d'entraînement sont prévues parla Commission d'Armistice, seulement 8 heures par pilote et par mois. Cependant pour poursuivre l'entraînement des jeunes pilotes, les pilotes confirmés n'effectuaient que 4 heures de vol par mois pour permettre aux jeunes de s'entraîner 12 heures par mois. Cela nécessitait de tenir des carnets de vols  qui étaient cachés aux commissions allemandes et italiennes d'armistice et d'en confectionner d'autres plus "conformes".

Le probleme des carnets de vol était minime par rapport à la difficulté d'obtenir des moteurs en état de marche. L'accord passé par le Gouvernement de Vichy prévoyait que les moteurs fabriqués en France devaient être répartis 2/3  pour l'Allemagne et 1/3 pour la France. Les sabotages étaient de ce fait nombreux avant qu'ils ne quittent la France ce qui fait qu'ils ne tenaient le plus souvent que 30 ou 40 heures.

Plus tard, après le débarquement anglo-américain de novembre 1942, des moteurs Pratt et Whitney équipèrent le LéO 451 qui devint bien plus performant..

Groupe 7-GB-1-23

On a reconnu sur la photo le Cne Thiry, le Lt Delacourt, tué le 13 mars 43, le Sous-Lieutenant Petit, l'Adjudant-chef Ecker tué le 10 juin 1942, l'Adjudant Chef Bénit, l'Adjudant Villard, l'Adjudant Aymard, tué le 10 juin 1942, l'Adjudant Dao, l'Adjudant Chnebelen, l'Adjudant Blanc, l'Adjudant Jarnais, le Sergent-Chef Madaule, le Sergent-Chef Freiss, tué le 13 mars 1943, le Sergent chef Brouquier, le Sergent chef Boulay tué le 10 juin 1942, les Sergents Castin, Berboulet, et Bazon.

Les troupes américaines débarquent le 8 novembre 1942 à Safi et Casa. Le groupe est alors envoyé au terrain de Sidi Zouine. Le Capitaine Thiry était ce jour là en déplacement à Oran, pour faire passer des examens aux jeunes sous-lieutenants et aspirants de l'école de l'air. Un extrait des ses mémoires à son retour à Marrakech depuis Meknes où il avait déposé le Capitaine Puget du 2/23 et Fez où le commandement l'avait envoyé pour y laisser son Goéland et prendre à la place un Potez 63:

"Je me suis aperçu qu'il fallait au moins trois jours, pour remonter cet avion dont les moteurs et les hélices étaient par terre. C'est pour cela que j'ai gardé mon Goéland. Je suis arrivé à Marrakech par un brouillard dense, dont seul émergeait la Koutoubia. Je me suis mis à son niveau, je suis descendu doucement dans le brouillard, j'ai vu à la verticale passer les toits des hangars et je me suis posé : Personne sur la base! Tout le monde était à plat ventre dans les tranchées. On m'avait pris pour un Grumman. L'après-midi, nous partions à Sidi Zouine avec nos LéO et moi, avec mon Goéland. »

Le personnel du 1/23 était plutôt heureux; il appelait de tous ses voeux la venue des américains, car sans eux, comment vaincre l'Allemagne. Malheureusement, le haut commandement apeuré, ordonne la riposte au débarquement, c'est ainsi que le 10 novembre, une estafette à moto, arrive à Sidi Zouine, avec un papier ordonnant le bombardement de Safi, le port abritait de nombreux navires américains. Le Commandant FRANDON déchire le papier et fait mettre la moto en panne. Le 11, les avions américains bombardent la base de Marrakech: le LéO n° 82 est atteint par une bombe et brûle. Et c'est avec un humour grinçant que le rédacteur du journal de marche écrit : « Les grands triomphateurs des derniers jeux olympiques, trouvant que les performances françaises en athlétisme étaient médiocres, ont inauguré une nouvelle méthode d'entraînement pour leurs camarades : rendre le démarrage plus prompt par la bombe, maintenir la foulée plus rapide par le mitraillage. »

Le 12 novembre, le groupe part de Sidi Zouine et rentre à Marrakech. Peu après, "la  Mamounia » sera le lieu de rendez-vous de quelques combattants de la campagne de Sidi Zouine. Et quand le 16 novembre, une délégation américaine à bord de 15 avions de chasse, vient rendre visite à la base de Marrakech, les esprits apaisés et soulagés savent à présent qu'ils ont avec eux l'énorme machine de guerre américaine. Et pour le bonheur de tous, l'entraînement reprend à partir du 23 novembre.

La vie de groupe reprend donc avec plus ou moins de bonheur, le 30 novembre, le Sergent-Chef Chauvire embarque à l'atterrissage et casse le LéO n° 3032. L'Adjudant-chef Largeaud fait la tête : c'était son avion!

En février 1943, le Sergent mécanicien Hamel s'empare du Simoun n° 351, et décolle vers Gibraltar. Sa tentative ne réussit pas, il rejoint le groupe le 8 mars et chacun l'accueille avec sympathie. Deux jours plus tard, le Simoun est ramené par un équipage.

Un jour, le Capitaine THIRY emmène l'évêque d'Alger sur le trajet Casablanca-Alger. Le mauvais temps, hélas, oblige l'équipage à se dérouter à Orléansville. L'évêque, pas content du tout, s'exclame : « J'aurais dû prendre l'avion américain. » « Alors vous seriez au Ciel » lui répond le Capitaine Thiry qui venait d'apprendre que le Dakota américain s'était écrasé en essayant d'atterrir à Alger- Maison blanche.

En février, le groupe passe sous le commandement du Colonel Pelletier Doisy. À cette époque, le groupe perd ses LéO 451 qui sont convoyés à Boufarik. Les Léo sont remplacés par les Cessna 78, bimoteurs, équipés de moteurs Jacob et superbement équipés en radio. Le Cessna 78 est une machine étonnante : il est fiable, on le met en route tout seul comme une automobile. Il possédait même un radio compas. Le chic était de piloter en gants blancs. Malheureusement, l'utilité de ces avions était discutable.

Le 1er avril, le Capitaine Massoni prend le commandement de la 2ème escadrille. Un pot généreux consacre la prise de commandement. Le moral est bon, chacun fait son petit numéro, les plus remarqués sont l'Adjudant Rolland et le Capitaine Meiffren.

Début Juin, le groupe quitte Marrakech. Le Lieutenant Grall part en échelon précurseur le 4, pour Kouribga. Le 10, a lieu la soirée d'adieu à Marrakech . Mais le groupe restera moins de trois mois à Kouribga. Le 2 août, le général Valin rend visite au groupe et le 1er septembre est prononcée la dissolution.

« Le Groupe 1/23 est dissous à la date du 1er septembre 1943. Cinq équipages du groupe dont deux de la 1ère Escadrille et trois de la 2ème Escadrille sont désignés pour rejoindre le détachement devant partir pour l'Angleterre. Le reste du personnel reste à la disposition d'Air Maroc qui prononcera ultérieurement des affectations collectives ou individuelles..."

GUY TEYSSEIRE NOUS AVAIT PROMIS DES SOUVENIRS DE SON PÈRE HENRI TEYSSEIRE OFFICIER PILOTE SUR LA BASE 

Capitaine Teysseire Henri, °1902 + 2002, affecté au Maroc, 1938 à 1946, affecté 63° escadre, groupe 2/63 puis 1/52 puis Ecole d'application de Marrakech 1/1/1943 au 10/07/1946 

Extrait des mémoires d'Henri Teysseire, Officier de la légion d'honneur

J'étais affecté à Marrakech où j'ai retrouvé de vieux avions de l'ancien temps, des quadrimoteurs « Lioré » de 20 ou 30 ans d’âge.

Marrakech c'était la ville, bien mieux que Kasba-Tadla. On a loué une petite maison dans la palmeraie et on faisait de petits circuits de reconnaissance, des prises de photos. Une fois je suis allé à Colomb-Béchar sur ces quadrimoteurs.

Et puis il y avait ces bruits de guerre en 1939 et on se disait : " si on part avec ces avions là, on va se faire descendre du premier coup, à 130 ou 140 Km/h ". On a quand même eu des avions un peu plus rapides mais ce n’était pas encore ça.

Vers fin 39 début 40 nous avons reçu enfin des avions américains, heureusement, car nous avions toujours nos vieux bimoteurs, avions de bombardement de nuit mais tres peu maniables; on ne pouvait pas se défendre là-dessus.

C'étaient des " Glenn Martin " bombardiers légers, bimoteurs qui font du 440 km/h aussi rapides que les avions de chasse allemands, 4 mitrailleuses : là on pouvait se défendre. Mais il a fallu aménager les commandes, blinder le siège, régler les mitrailleuses et tout, et quand il y a eu l'attaque allemande en mai, on nous a envoyé sur le front à ce moment là.

Pendant quelques mois, il y a eu une drôle de guerre où les gens se regardaient face à face sans attaquer. On nous a envoyé combattre quand les allemands étaient dans les Ardennes. Nous étions en retrait du côté d'Evreux et on devait aller bombarder pour soutenir les troupes françaises.

Seulement l'état-major était en retard d'une guerre : "je n'ai jamais vu l'aviation aussi mal utilisée ". C'était une guerre de mouvement à ce moment là : l'avion d'observation partait, il repérait les colonnes allemandes sur les routes. C'est alors qu'il aurait fallu bombarder. Mais il y avait une telle succession d'ordres différents que nous n'allions bombarder qu'à midi avec 4h de retard et le soir c'était pareil. L'avion de reconnaissance partait à 12h, voyait les allemands qui repartaient à 14h et on nous envoyait bombarder à 20h quand ils étaient arrêtés, DCA installée qui nous tirait dessus, c'était terrible !

D'ailleurs, une fois, le chef d'escadrille qui revenait de reconnaissance vers Péronne dans la Somme voit dans la forêt les colonnes allemandes bloquées, entassées sur 5 ou 6 rangs. II dit : " Même en fermant les yeux, on peut taper dedans, démolir presque tout ça ". Tout le monde s'équipe en vitesse, on dit : "On va y aller, on y va "....Seulement nous étions en escadrille au sol. "Allo, il faut aller bombarder là. Ah non, il faut d'abord passer par le groupement (nous étions en groupe et il fallait passer par le groupement) "Allo, le groupement ...... Ah non, il faut passer par l'escadre ..... Ah non, il faut passer par le Général  Commandant le corps d'armée ! Trois heures après, nous étions encore le parachute sur le dos à attendre pour aider le point d'appui français! Quand nous sommes arrivés, c'était trop tard, le point d'appui était balayé, les allemands étaient passés ....... Voilà comment ça marchait pendant la guerre avec tous ces états-majors échelonnés !.......II fallait passer par eux alors qu'il aurait fallu réagir dans la demi-heure même pas, dans le quart d’heure, aller sur place. Et voilà comment on a perdu la guerre !...

Les allemands qu'il fallait bombarder le matin, on les bombardait à midi alors qu'ils étaient arrêtés avec leurs DCA (quand ils étaient en mouvement il n'y avait que les mitrailleuses qui nous tiraient dessus, ce n'était pas trop grave mais une fois installés il y avait tous les canons, etc.…, et ça pétait de partout. Le soir c'était pareil ils étaient arrêtés, camouflés, on trouvait juste 2 ou 3 camions en retard sur les routes, on ne faisait rien de bon, c'était tout ce qu'on pouvait bombarder. On était vraiment découragés à se crever la «paillasse» comme ça, pour rien, et puis comme on se déplaçait souvent, les allemands avançaient, on reculait ..... Les avions se déplaçaient très vite mais l'échelon roulant avec les camions venaient derrière et quand ils arrivaient, nous on devait repartir plus loin : on ne se rejoignait jamais ; c'était nous les pilotes qui devions charger les bombes et tout le matériel, faire le plein d'essence, vérifier, on était complètement crevé ; les mécaniciens, les armuriers arrivaient au dernier moment. Les allemands avançaient de partout. Nous étions, mi-juin, à Cognac à ce moment-là. Alors repli en Tunisie, ou nous sommes allés bombarder l'Italie, les ports de la Sicile et ça s'est arrêté là. On est resté en Tunisie quelques temps puis on nous a replié sur Marrakech.

Oui, on a fait une drôle de guerre !...  Mais heureusement qu'on l'a faite avec des avions américains.

Une fois nous avons été attaqués; moi j'étais ancien pilote de chasse je pouvais me défendre, alors j'ai manœuvré pour dégager les copains qui ne savaient pas se débrouiller car ils fichaient le camp, juste le contraire de ce qu'il faut faire. Dès qu'on est attaqué il ne faut jamais fuir devant un avion car il se met derrière vous et il vous tire dessus. II faut toujours faire face, et je suis arrivé à en dégager 2 ou 3 comme ça, en abattant un ou deux avions allemands avec mes 4 mitrailleuses. Je n’ai pas eu le temps de voir s’ils tombaient ou non, je tirais dessus jusqu'à ce qu'ils dégagent. C'est le plus grand combat que j'ai fait avec eux. Après on combattait guère, on les évitait c'est tout, car on ne pouvait guère combattre contre un chasseur.

Enfin j'ai eu une vie variée car j'ai changé au moins 10 fois d’emplacement : j'ai commencé à Istres, puis à l'école de mécanicien de Nîmes, retour à Istres ; à Bourges j'étais chef d'atelier moteur, de nouveau à Istres comme élève pilote, après à Lyon, le Maroc, Cazeaux, Madagascar, Lyon, Reims, le Maroc ......Bref une vie de nomade ; je ne me suis promené. J'ai commencé sur les tout petits avions de chasse pour terminer sur les gros " Wellington " anglais (après la guerre, nous n'avions plus d'avions et les anglais nous donnaient ceux qu'ils ne voulaient plus et que nous étions bien contents d'avoir : de beaux avions encore avec 2000 CV de chaque côté et pilote automatique, bien équipés). Du Maroc on allait sur Dakar, puis très souvent, après la guerre, on faisait la liaison Maroc-Marseille : toutes les semaines, un avion partait de Marrakech pour Marignane et à tour de rôle nous faisions le voyage par tous les temps. Des fois, je partais de Marrakech pour Oran, Alger, Tunis, toute l'Afrique du Nord dans la semaine. .......

En 46, on a commencé à dégager les cadres : j'avais droit à un congé de personnel navigant (après plus de 2 ans, donc 4 ans de congés) et j'étais très fatigué à ce moment-là. A Marrakech, on faisait de l'instruction, la formation d'équipages, il fallait voler de jour et de nuit. Souvent je volais 2 à 3 heures dans la journée puis il fallait passer toute la nuit sur une piste annexe (Sidi Zouine) et j'étais très fatigué. Aussi quand il y a eu ces demandes de congés, j'en ai profité et c'est là que je me suis fait rapatrier à Lyon en 46. J'étais en congé jusqu'en 51 (à la retraite à partir de ce moment).

ILS VOLAIENT À MARRAKECH EN 1934

Il y avait quatre groupes en 1934 au Maroc: 1er Kasbah-Tadla, 2e Bou-Denib, 3e Marrakech, 4e Meknes, Cependant cette organisation coiffait dix escadrilles: 1e escadrille Ksar-es-Souk, 2e escadrille Kasbah-Tadla, 3e escadrille Bou-Denib, 4e escadrille Marrakech, 5e escadrille Ouarzazate, 6e escadrille Agadir, 7e escadrille Meknes, 8e escadrille Meknes, 9e escadrille Rich..., 10e escadrille Fes

Le 3e groupe avait son commandement à Marrakech et coiffait la 4e escadrille de Marrakech, ainsi que la 5e escadrille de Ouarzazate. Le commandant de la base était en même temps le commandant du Groupe

Le Commandant Sylvestre Tavera commandait la Base et le 3e Groupe de Marrakech de Juillet 1933 à Mai 1934. Son successeur de mai 1934 à janvier 1934 fut le Commandant Pierre Colle qui venait du 2e Groupe de Bou Denib.  Leur Adjoint  au commandement du 3e Groupe était le Capitaine Jean Moraglia.

La 4e escadrille était commandée par le capitaine Paul Roelants et pat le Capitaine Charles Thonyo. Le Lieutenant René Baillefin commandait l'annexe du Parc. Faisaient aussi partie de la 4e escadrille le lieutenant Émile Damidaux et le lieutenant Léopold Ducos.

La 5e escadrille basée à Ouarzazate dépendait du Groupe de Marrakech, elle était commandée par le Capitaine Charles Bailly et son adjoint le Capitaine Léopold Davout d'Auerstaedt. Il y avait aussi deux lieutenants dans cette escadrille de Ouarzazate: Le Lieutenant René Albertus et le lieutenant Marie Chemildin.

Qui nous parlera de ces pilotes ?

Ces quelques tranches d'Histoire complètent nos connaissances sur Marrakech, sa base aérienne et ses pilotes à l'époque de la seconde guerre mondiale et de ses suites. Merci à ceux qui ont partagé ces souvenirs. Merci aussi d'avoir pu évoquer ces hommes qui ont pris le risque de perdre la vie pour affronter le nazisme. Nous nous souviendrons de leurs noms et saluons leurs familles.