LE CIMETIÈRE EUROPÉEN DE MARRAKECH DÉVOILE DE NOUVEAUX NOMS 

AVEC LE 1er NOVEMBRE VIENT LE TEMPS DE LA MÉMOIRE DES DISPARUS À QUI NOUS SOMMES REDEVABLES DE NOTRE PRÉSENT ET AUSSI DE NOTRE AVENIR

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Nous commencerons par les plus vieilles sépultures du cimetière : 1926 - 1928

Avant 1912 existait déjà un vieux cimetière chrétien à Marrakech, entre Bab Khemis et les tanneries de Bab Debbar, c'est ce que confirme un plan de 1913.

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Ce cimetière semble avoir disparu très tôt, car il n'est pas mentionné sur un plan de 1920. Il serait intéressant d'en avoir des photographies, des témoignages, des noms de personnes qui y ont été inhumées autrefois. Que se trouve-t-il à la place? Qui ira photographier l'endroit et nous apporter la réponse à cette question ? 

Après l'arrivée de la colonne Mangin, un cimetière militaire fut créé à l'Aguedal à proximité du Palais de Dar Beida, aménagé partiellement en hôpital militaire, l'hôpital Maisonnave. Le plan de 1920 nous permet de situer précisément ce cimetière où les civils avaient aussi des tombes, mais en moins grand nombre.

 Cimetiere-militaire-agdal-1920

Le cimetière était en K-9, immédiatement au nord du palais. D'après les photos satellites, il semble qu'il soit devenu une partie d'un parc plus grand. Qui nous rapportera la manière dont il a été transformé après le transfert des tombes au cimetière européen du Guéliz ?

En effet, avec le développement de la ville nouvelle se fit sentir la nécessité de créer un cimetière pour le Guéliz; il fut ouvert probablement à partir de 1926, mais quelques tombes plus anciennes y ont été transférées venant d'ailleurs et notamment toutes les tombes qui se trouvaient au cimetière de l'Aguedal.

Les premières inscriptions sur les tombes commencent en 1923, mais il est probable que certaines épitaphes parmi les premières concernent des civils inhumés d'abord au cimetière de l'Aguedal, puis transférés au Guéliz à l'occasion du décès d'un autre membre de la famllle.

Nous avons parmi les plus anciennes inscriptions datées celles de Jean Torrent, décés du 6 juillet 1923; Virginie Bruneau décédée le 10 octobre 1924. Des décès d'enfants comme Eugène Tréboz le 20 avril 1925, ou Lucien Prod'homme en 1927, de jeunes adultes comme Louis Lovat le 16 mars 1927 et de la britannique Miss May Hakes en avril 1927. Nous parlerons plus loin de cette jeune femme britannique qui fit beaucoup pour la santé des jeunes enfants de Marrakech et de leurs mères entre 1913 et 1927 avec l'appui de son ONG. De nombreux marocains de Marrakech ne seraient pas en vie aujourd'hui sans ces quatorze années qu'elle a consacré à la santé des enfants qui sont devenus des grands parents de grandes familles.

Le cimetière accueille beaucoup de nouvelles tombes en 1928 et notamment des tombes d'enfants. Pendant le 1er semestre une épidémie frappe la population et atteint notament les plus jeunes. Les tombes de civils de l'année 1928 sont bien plus nombreuses que celles des années précédentes.

Il semblerait que c'est en 1928 que le cimetière du Guéliz est vraiment ouvert en raison du peu d'inscriptions qui subsistent des années précédentes.

3 janvier 1928 Marcel Rabasa 7 ans

18 janvier 1928 Gaston Rongieras 39 ans

24 février 1928 Jean De Soto 35 ans

25 février 1928 Konstantin Sakellaris 43 ans

6 mars 1928 Victor Dantard 41 ans

9 aout 1928 Fernand Nicolas 8 ans

31 aout 1928 Yvette Chaussedent 2 mois

9 novembre 1928 Francisco Moreno 27 ans

10 novembre 1928 Jean Morelli 53 ans

7 décembre 1928 Marguerite Lejeune 29 ans

Georges de Lanascol 48 ans aussi décédé en 1928 et le jeune Bernard Saupin mort à 7 mois dont nous cherchons à localiser la tombe.

Les premières sépultures du carré militaire sont trois tombes de 1926 et six tombes de  1927. Il s'agit majoritairement de légionnaires du 4e Étranger (Régiment Étranger d'Infanterie) à qui nous rendons hommage. Ce régiment a beaucoup contribué à la création de routes nouvelles, parfois difficiles comme celle du Tizi n'test ou du Tizi n'tichka, ainsi qu'à la pose des voies ferroviaires et l'installation de lignes électriques et téléphoniques. Plusieurs sont morts ou furent grièvement blessés à la suite d'accidents lors de ces travaux. Il y a une exception militaire parmi les tombes les plus anciennes, un artilleur du 64e RAA 

Les militaires sont regroupés dans le carré "H". Depuis l'homme de troupe jusqu'au colonel la même croix blanche surmonte chaque tombe, sauf pour quelques rares soldats musulmans qui ont une belle pierre également blanche.

RUDER Henri - légionnaire de 1e Classe, 4e REI mort le 28 juin 1926. Carré H, rang 1, tombe 1.  

NICOLAÏ Maurice - légionnaire de 2e Classe 4e REI - Matricule 9460, mort le 17 aout 1926 de maladie. Carré H, rang 1, tombe 3

ICKERT Erwan - légionnaire de 2e Classe 4e REI - Matricule 13431, mort le 17 octobre 1926. Carré H, rang 1, tombe 7.

KOHLEMANN Werner- légionnaire 4e REI- Matricule 8741, mort le 6 janvier 1927 des suites d'une autolyse 

BLANCHAERTS René, légionnaire de 2e Classe, 4eREI - Matriculele 14225, Mort pour la France, le 9 mai 1927 Carré H, rang 1, tombe 5.

GISCHEL Théodore, légionnaire au 4e REI,  Mort pour la France le 27 aout 1927 - Carré H, rang 1, tombe 15.

CHIOLINO Bernard, légionnaire de 1e Classe, 4e REI, Mort pour la France le 12 octobre 1927 - Carré H, rang 1, tombe 18.

JEAND'HEURE Louis, Maréchal des logis, 64e RAA (artillerie)  mort le 25 novembre 1927-Carré H, rang 1, tombe 12.

INCONNU Carré H, rang 1, tombe 11;

MALCHIE Franz, Sergent fourrier, 4eREI, mort le 14 décembre 1927, Carré H, rang 1, tombe 4.

INCONNU- Carré H, rang 1, tombe 20.
Nous poursuivrons ultérieurement la liste des sépultures militaires des années 1928 et suivantes. (voir 1928-1938)

May Hakes

Une pierre tombale peu banale d'avril 1927

HAKES May - infirmière et institutrice britanique travaillait depuis 1913 à Marrakech. La plaque indique: Southern Morocco Mission - Entered rest - "Jésus Christ Whom having not seen ye love" - verset biblique tiré de la 1ere épitre de Pierre 1 verset 8. signifiant " Christ, lui que vous aimez sans l'avoir vu". 

QUE SAVONS-NOUS DE MISS MAY HAKES ?

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Miss Hakes est venue à Marrakech en 1913 travailler comme infirmière-institutrice dans une sorte d'ONG d'origine écossaise soutenue depuis Glasgow par des chrétiens. Cette ONG qui intervient auprès des femmes marocaines pour des soins médicaux gratuits à leur intention ainsi que pour leurs jeunes enfants a équipé dans plusieurs villes du sud marocain un dispensaire de soins, mais aussi un asile de nuit pour ceux qui n'ont pas de toit et pouvant accueillir 100 personnes, une école pour enfants qui apprenent à lire et à écrire, ou même à coudre, broder et tisser pour les filles. Cette ONG est présente à Marrakech depuis 1888, date à laquelle Cuthbert Nairn lança son activité. Elle était aussi à Safi en 1889 avec M & Mrs Balger, à Mogador avec Miss Macnab en 1898 et à Mazagan depuis 1912 avec M & Mrs J. Haldane.

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Miss May Hakes est arrivée à Marrakech en 1913 et l'équipe se composait alors de Cuthbert Nairn (1888), Mme Nairn (1896), David Muir (1889), Miss Mac Arthur (1894), Miss Hancock (1901), Miss Hakes et Miss Alderson (1913), Miss Nisdet arrivera en 1916. 
Le dispensaire pratiquait des vaccinations gratuites contre la variole, très demandées par les marocaines pour elles et leurs enfants.
Le blog a déjà présenté cette oeuvre chrétienne qui avait presque 40 ans d'existence quand Miss Hakes est décédée. On trouvera quelques informations supplémentaires à propos des photographies diffusées sur cartes postales par Alan Lennox
Bien avant le début du protectorat les habitants de Marrakech connaissaient bien ces chrétiennes d'Europe qui circulaient dans la ville sans être inquiétées, il les appelaient les toubibas. Le danger pour elles venait des fanatiques qui n'étaient pas de Marrakech et qui débarquaient de leur bled occasionnellement dans la Ville rouge. Si les Français de la colonne Mangin ont été plutôt bien accueillis en 1912 à Marrakech, c'est en partie à cause de ces autres Européennes, femmes de bien, qui avaient donné une image positive des chrétiennes. En 1922 le Dr Finlay, responsable à Glasgow de l'ONG appelée "Southern Morocco Mission" rend visite à l'équipe, qui a organisé une sortie dans la palmeraie.

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En plus des noms déjà cités et du Dr Finlay se trouve Miss Eadie qui s'est jointe à l'équipe au début de l'année 1922. Mademoiselle Irène Couleru, venue de Suisse, n'est pas sur la photo car elle arriva l'année suivante. Certains Marrakchis se souviennent peutêtre d'elle quand dans les années 50 elle habitait Derb Ahmed ou Moussa dans le quartier de Bab Doukkala, alors que le dispensaire se trouvait à Derb Toubib, quartier Rahla Kedim où résidait Miss Logan, Miss Pollock et Miss Jacobsen. D'autres marrakchis auront connu plus récemment Miss Martha Hirsch, sage-femme qui logeait à Derb el Arsa, quartier de la Bahia. En 1963, cette organisation protestante, comme d'autres organisations catholiques fut interdite par le gouvernement marocain de l'époque. Miss Martha Hirsch décida de s'inscrire en faculté en France et de passer son doctorat de médecine. Elle l'obtint brillament et revint à Marrakech retrouver ses amies marocaines et exercer comme médecin pour les pauvres.

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Dans l'aide aux familles marocaines à l'initiative de Madame Lyautey il faudrait signaler l'implication des soeurs franciscaines dans l'oeuvre de la goutte de lait et la création d'un foyer d'adoption d'enfants abandonnés. De même l'action d'une sainte laïque, la doctoresse Françoise Légey, fondatrice et première directrice d'une maternité pour marocaines et d'une école pour sages-femmes marocaines. Notre ami Joseph Dadia lui a rendu hommage.

DANS LE CARRÉ MILITAIRE ON TROUVERA DES TOMBES PLUS RÉCENTES:

FORTOUL Mathieu Philippe Colonel (ER) 2e RSM, né le 8 juin 1882 à Vincennes, décédé le 16 décembre 1969 - Carré  H, rang 6, tombe 127. Le chef d'Escadron Fortoul était toujours au 2e Spahis à Marrakech en 1937. Il s'était déja illustré en septembre 1912 à Sidi bou Othmane. En 1914, il était : Lieutenant de spahis. Chevalier de la Légion d'honneur (10 ans de service, 2 campagnes - Maroc). Services exceptionnels: a chargé brillamment, le 6 septembre 1912, à la tête de son escadron, charge au cours de laquelle son escadron s'empara d'un étendard ennemi. Le même jour, a participé à la poursuite exécutée jusque sous les murs de Marrakech, avec le détachement léger, qui assura la délivrance du consul de France Maigret et des autres prisonniers français d'El-Hiba.

Le Maréchal Lyautey était son beaupère car en 1909, il avait épousé la veuve Fortoul (mère de Mathieu), née Inès de Bourgoing.

REVEL Louis Colonel décédé le 5 juillet 1970 - Carré H, rang 6, tombe 131. Il avait effectué sa carrière militaire au 2e Régiment de Tirailleurs marocains. Puis à sa retraite de l'armée, il était devenu correspondant à Marrakech de "La Vigie marocaine" et sa fille Marie-Jeanne Revel, prenait d'excellentes photos pour illustrer ses articles. Beaucoup se souviennent encore de ces deux figures qui ont participé au développement de la Ville rouge.

REMAUX Jean-Antoine lieutenant, décédé le 6 février 1972 - Carré H, rang 6, tombe 129. Qui nous parlera de ce lieutenant ?

SÉPULTURES DE CIVILS

LANDAU Romuald né le 17 octobre 1899 en Pologne et décédé le 2 mars 1974. Historien, essayiste et arabisan, pilote de la RAF pendant la seconde guerre mondiale, obtient la nationalité britanique, auteur d'ouvrages sur les grands polonais Paderewski et Pilsudski.

ERNE DE CROSAZ, Max F. Docteur né le 25 mars 1924 à Bâle, citoyen du monde de passage sur cette terre, enterré le 26 novembre 2001. Sa tombe est décorée d'un bouquet de trois fleurs stylisées. 

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GOULEAU Alain né le 14 décembre 1958,  créateur de la Galerie d'Art Design & Cook et décédé le 28 décembre 2011 - Sa tombe est ornée d'une oeuvre d'art moderne: un arbre rouge à 4 branches.

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Alice PRÉBOIS née LAUNAY (8 juillet 1893 - 26 Août 1948) et Pierre PRÉBOIS (22 octobre 1875 - 22 avril 1950). Merci à l'un de leurs petits enfants de partager une photographie de leur tombeau, témoin de leur venue à Marrakech dès le début de l'année 1913 avec les premiers pionniers qui installèrent leur activité d'abord dans le riad zitoun en médina.

La famille GALIANA a aussi ses tombes au cimetière, elle habitait au Quartier industriel. Fabrice Ablitzer les partage avec nous.

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- La tombe de Vincent GALIANA (1893-1951): maçon, spécialiste de moulure sur platre (références: Palais du pacha de Marrakech 1923, Casino de Marrakech, refuge du Toubkal 1939-1940- Transports des matériaux à dos de mulets, Club alpin français Marrakech), selon les précisions de ma tante Gilberte Galiana, aujourd'hui décédée.

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- La tombe de sa femme Marie GALIANA , née FERRANDIZ (1900-1962) xxxxxxxxxxxxxxxxx

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- La tombe de la maman de Vincent GALIANA: Dolores BACETE-PARDO (1872-1940); xxxxxxxxxxxxxxx

 

tombe du petit frère LEANDRI Marrakech

- La tombe du "petit frère LEANDRI" xxxxxxxxxxxxxxxx

Merci pour toutes les contributions à cette nouvelle page sur le cimetière .

Blog-Toussaint-2015

Votre blog vient à nouveau d'être distingué par Canalblog, comme blog à suivre.

En ce début du mois de novembre, nous n'oublions pas nos morts. Ceux qui auraient des photos de tombes du cimetière de Marrakech à partager sur le blog peuvent les envoyer numérisées par email à mangindemarrakech (arobas) free.fr qui les publiera afin que le souvenir demeure. Vos commentaires à la mémoire des disparus sont les bienvenus.