Sur votre écran France 2 propose le 20 juillet: Secrets d'Histoire : Moulay Ismaïl : le Roi-Soleil des mille et une nuits...

Stéphane Bern part à la découverte du royaume de Moulay Ismaïl (1645-1727). Un sultan au règne étincelant souvent comparé à celui de Louis XIV, dont il est le contemporain. Il accède au trône presque par accident, après la mort de ses deux demi-frères. Il n'a que 27 ans... et son règne durera cinquante-cinq ans. Moulay Ismaïl est le sultan de tous les excès : ses 500 concubines lui donneront pas moins de 700 enfants. Moulay Ismaïl demandera même la main de la princesse de Conti, l'une des filles naturelles de Louis XIV; mais celle-ci avait d'autres projets. 

LE PREMIER FILM TOURNÉ AU MAROC LE FUT À MARRAKECH ET DANS LES REHAMNAS

Les Tangerois prétendent que le film MECKTOUB fut tourné à Tanger, mais c'est une erreur et le blog Mangin@Marrakech en donne les preuves. Un révisionnisme historique semble vouloir faire oublier que Marrakech fut la première ville marocaine du cinéma avec le film de fiction : C'ÉTAIT ÉCRIT, MECTOUB, Drame de moeurs marocaines.

Même les dictionnaires du cinéma sont très imprécis parce que leurs auteurs n'ont pas bien cherché et vérifié les informations. Il faut dire que tant l'auteur du scénario, le producteur, la direction artistique et les acteurs sont restés peu connus du monde du cinéma. Seul le cameraman a tourné plusieurs films ensuite.

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-11  Même le guide le Petit futé, pourtant habituellement bien informé, le place en premier de sa "filmographie sélective sur Tanger". Erreur, il fut tourné à Marrakech et dans plusieurs douars de la région des Rehamna proches de la Perle du Sud. Pour preuve une photo du tournage, prise sur les toits de Marrakech, avec la Palmeraie proche. 

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-3  Photo Daniel Quintin 

Daniel QUINTIN qui tourna le film était officiellement "Opérateur de prises de vues" et fera par la suite d'autres films, comme La Sirène de Pierre tourné au Portugal en 1923 avec Roger Lion, de même Le fantôme d'amour, Les yeux de l'âme avec la même équipe. En 1924 il tournera L'arriviste avec André Hugon. C'était le frère du journaliste Léon Quintin. 

Des commentateurs, en raison de la date de sortie du film, le classent dans la catégorie des films colonialistes, mais comme l'intrigue du film se réfère à une histoire vécue qui s'est produite vers 1903, ils auraient mieux fait de se renseigner avant d'écrire qu'il s'agirait d'un film colonialiste . En fait il s'agit d'un drame de moeurs marocaines qui se passe uniquement entre marocains à l'époque du Grand Vizir Ba Ahmed au début du règne de Moulay Abd el Aziz. Le sénario a été écrit par Edmond DOUTTÉ, Marrakchi, fin connaisseur des moeurs marocaines, anthropologue, professeur d'université parlant parfaitement l'arabe classique, le darija et plusieurs dialectes berbères; la ville de Marrakech avait honoré sa mémoire en  donnant son nom à une des rues de la Médina de Marrakech; Il s'agit depuis 1956 de la rue Moulay Ismael (peutêtre une manière d'honorer Edmond Doutté). On connait aussi une pièce de théâtre de ce "marocophile impénient" sur une légende arabe préislamique: Imroulcaïs, coécrite avec F. Nozière et interprétée pour la première fois au théâtre Sarah-Bernardt en février 1919, par Romuald Joubé (Imroulcaïs) et Ida Rubinstein (Oum Djondab).

Le directeur artistique qui assistait l'anthropologue était J. PINCHON d'après la fiche technique. Mais un malin pas assez futé n'a pas pensé que son prénom pouvait être Jacques, Joseph, Jules ou autre "J" et a décidé de mettre "Jean". Raté, c'était Joseph, le célèbre Joseph Porphyre PINCHON qui commença à l'Opéra de Paris comme dessinateur de costumes et qui en fut le Directeur artistique de 1910 jusqu'au début de la guerre de 1914. Il dessina les illustrations d'un grand nombre de livres pour enfants et en particulier les aventures de la célèbre bretonne Bécassine. Il réalisa un autre film après Mektoub. Ce film, MON VILLAGE fut tourné à Oberseebach en Alsace d'où était originaire sa femme. C'était aussi un film qui revenait sur le passé récent de l'Alsace. 

L'intrigue de Mektoub: Premier film inspiré de l'histoire et des moeurs marocaines.

Ould TAHAR, fils d'un riche notable de la tribu des Rehamna menait une vie de désordres. Un soir où il donnait une fête parmi les chanteuses venues pour distraire les invités, la jeune TAMOU est vivement frappée de la beauté d'Ould TAHAR. 

Le Pacha de Marrakech fait mander Ould TAHAR et lui reproche sa vie désordonnée, lui montre les châtiments auxquels il s'expose, puis, faisant appel à son honneur, le nomme caïd de la vallée du Draa.

Mektoub-France-Maroc__1918-1919-2En partant rejoindre son nouveau poste, Ould TAHAR voit en haut de sa terrasse la jolie SAADIA, nièce du Pacha et est frappée de sa grâce... SAADIA de son côté n'est pas insensible au beau caïd. 

À quelque temps de là, le pacha reçoit la nouvelle que la tribu des Rehamna s'est révoltée. Il apprend par d'autres messagers qu'Ould TAHAR maltraite ses administrés. Il donne un ordre pour le faire comparaitre devant lui.

La chanteuse TAMOU, éprise d'Ould TAHAR va trouver un étudiant afin d'obtenir un talisman qui lui assurera l'amour du Caïd de la vallée du Draa. Comme elle est surprise dans une dépendance de la mosquée, (lieu formellement interdit aux femmes) où elle était venue trouver cet étudiant, on la conduit devant le Pacha de Marrakech.

Ould TAHAR arrive à Marrakech conformément à l'ordre reçu du Pacha et se présente tandis que ce dernier morigène TAMOU la chanteuse. Il reçoit à son tour des reproches pour ses mauvais traitements et TAMOU, inconsidéremment prend sa défense. On la conduit aussitôt en prison. L'entretien continue et le Pacha donne l'ordre à Ould TAHAR pour racheter ses fautes d'aller prendre le commandement de son ancienne tribu des Rehamna qui s'est révoltée et de la ramener dans la bonne voie... l'opinion de tous et, malgré lui, il est contraint d'approuver la révolte. Réjouissances pour fêter sa venue, fantasia, etc...

Parmi les bateleurs venus pour cette fête, O

Mektoub-France-Maroc_1918-1919-2

Ould TAHAR demande en échange la main de SAADIA qu'il n'a pas oubliée. La réponse n'est pas définitive. En sortant de cet entretien, Ould TAHAR rencontre celle qu'il aime et lui fait l'aveu de son amour.

- "Réussis dans ton entreprise... et je serai à toi." répond SAADIA.

TAMOU, conduite en prison, s'en évade et part vers la tribu d'Ould TAHAR. D'autre part le père de SAADIA décide d'éloigner sa fille et quitte avec elle Marrakech en caravane.

Ould TAHAR, arrivé chez les Rehamna, réunit le Conseil et cherche selon sa mission , à détourner les notables de la révolte. Il est interrompu par l'arrivée d'un pillard qui raconte son exploit: capture de riches voyageurs. Ould TAHAR veut punir le coupable, mais ses amis lui font comprendre que cette conduite le rendra impopulaire, il est amené à gracier le pillard et ordonne qu'on garde les prisonniers sains et saufs.

La séance du Conseil de la tribu continue et Ould TAHAR se rend compte qu'il ne peut aller contre

Ould TAHAR retrouve TAMOU disant la bonne aventure. Il se fait prédire sa destinée et apprend sa fin tragique en prison. Cette divination est interrompue par l'arrivée des prisonniers capturés par le pillard et qu'Ould TAHAR a ordonné d'amener. Il reconnaît avec surprise SAADIA et son père. Il hésite alors sur la décision à prendre vis-à-vis d'eux. Mais les guerriers en désordre viennent dans le camp annoncer que le Sultan marche contre la tribu. Ould TAHAR ordonne la résistance, puis congédie SAADIA et son père, les renvoyant sous une escorte sûre à Marrakech.

Puis c'est la déroute complète des Rehamna, le désordre dans le camp. Devant la fuite des siens, Ould TAHAR avec quelques uns de ses compagnons s'enfuit au galop.

La révolte des Rehamna a été étouffée par l'armée du Sultan. À Marrakech, le père de SAADIA, revenu sain et sauf et touché, autant par la générosité d'Ould TAHAR que par le désespoir de sa fille, plaide auprès du Grand Vizir la grâce du rebelle: "C'est un criminel d'Etat, il doit être puni ! " Tel est l'arrêt du représentant du Sultan.

Au cours d'une partie de campagne, dans un grand jardin, SAADIA apprend qu'Ould TAHAR va être amené enchaîné à Marrakech. TAMOU la chanteuse aussi était là et a tout entendu... Dans son désespoir SAADIA supplie TAMOU qui, comme chanteuse, à l'encontre de toutes les femmes marocaines, peut circuler en toute liberté, d'aller supplier le Grand Vizir de grâcier Ould TAHAR

- "S'il le faut, je renonce à lui... pour qu'il vive !!!"   TAMOU, jalouse jusqu'alors, promet d'intervenir. Le Grand Vizir a fait comparaître devant lui Ould TAHAR enchaîné et lui montre le supplice que méritent les rebelles: on les enferme dans une cage de fer, on les expose à la populace... puis ils pourrissent en prison. Mais Ould TAHAR plein de fierté accepte le supplice et se retranche derrière le fatalisme du Musulman: "Mecktoub ! c'était écrit!" Et alors que TAMOU remplissant sa promesse, vient supplier le Grand Vizir d'être clément, Ould TAHAR lui même refuse sa grâce et réclame le supplice des rebelles... 

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SAADIA apprend de TAMOU l'insuccès de sa démarche et meurt en voyant passer sous les murs de sa terrasse là où la première fois elle vit Ould TAHAR lui sourire, le même Ould TAHAR enfermé dans une cage de fer portée sur un chameau au milieu de la populace.

FIN

(d'après l'article de Marcel Schulz)

Les conditions du tournage

Toutes les scènes ont été tournées dans les lieux mêmes où l'action se déroula; aussi bien à Marrakech dans les palais du pacha, que dans le bled au milieu des douars; tout fut pris sur le vif.

Le drame est illustré par une mise en scène somptueuse : fantasias éblouissantes, fêtes rituelles,, cortège du Sultan, etc...

Les acteurs

Les artistes sont des marocains qui en majorité jouent leur propre rôle. Les chanteuses sont de vraies chanteuses "chikhates", les moghaznis sont de véritables moghaznis et les étudiants des "tolba" authentiques, etc...

Les acteurs du film MEKTOUB sont donc principalement marocains à l'exception de deux acteurs de théâtre professionnels, dont l'une était anglaise née à Hong Kong et l'autre français d'origine belge.

Le rôle de la chanteuse TAMOU est tenu par SAIDA BENI SAÏD, première actrice marocaine

Nous n'avons pas la distribution complète disponible: Le pacha, le Grand Vizir, le pillard, etc... en revanche SAADIA, la fille du Pacha de Marrakech est jouée par une actrice du Théatre de l'Odéon à Paris: Miss Mary HARALD, qui venait de remporter un succès dans le film TIH MINH. Le rôle d'Ould TAHAR est tenu par Robert BOGAERT, aussi du théâtre de l'Odéon, moins connu que son épouse Lucienne BOGAERT et qui fut plus tard engagé à l'Athénée par Louis Jouvet. Ce furent les deux seuls acteurs qui n'étaient pas marocains.

Certains chroniqueurs peu attentifs mélangent les noms des deux acteurs en écrivant "Mary Harald Bogaerts" comme s'il s'agissait d'une seule personne. D'autres chroniqueurs copient cette erreur sans vérifier les sources.

Diffusion du film

Le film entièrement tourné en 1918 à Marrakech et dans sa région, fut mis à l'écran à Paris au GAUMONT PALACE assez tardivement, en novembre 1920. Il fut distribué également dans trois villes du Maroc: Tanger, Casablanca et Marrakech. 

Centenaire du tournage et de la projection publique: Le blog Mangin@Marrakech est heureux d'avoir révéllé aux marrakchis qu'ils peuvent être fiers d'avoir accueilli dans la Ville Rouge le tournage du premier film marocain réalisé au Maroc. Il serait heureux que les responsables du Festival International du fim de Marrakech se procurent la bobine originale du film afin d'en fêter dignement le centenaire.

Cet article a été rapidement repéré par Ali ESSAFI, qui contribue à une histoire des pionniers du cinéma au Maroc commencée par feu A. BOUANANI. Il écrit:
"Ces informations sont justement précieuses parce qu'elles permettent de rendre justice à la toute première actrice marocaine dont je n'ai trouvé trace dans aucun historique  sur les pionniers marocains du cinéma . Il n'y a malheureusement non plus aucune trace d'elle dans les génériques des films de cette époque. Je suis ravi également que çe soit une Chikha. Au Maroc je suis connu pour avoir fait le premier film documentaire sur les Chikhates et qui leur rend justice an tant qu'artistes pionnières du Maroc. Voici le lien du film:

Blues des Shikhats (sous-titres en français). http://www.dailymotion.com/video/k2Ngv4LH5ZCexh3XCpB

Encore un grand merci et bonne continuation à vous." Ali Essafi