Hommage à deux Pilotes, Alain Le Taillandier de Gabory et Stanislaw Beśko morts en service commandé à Marrakech, au cours d'un exercice d'entraînement, le 29 mars 1940.

The day of the funeral in Marrakech Le cimetière de Marrakech, le jour de leurs funérailles. Photo collection Beśko  DR

Hitler avait déjà annexé l’Autriche en 1938 (l’Anschluss) ainsi que le territoire des Sudètes (la  partie de la Tchékoslovaquie la plus proche de l’Allemagne). Les gouvernements Anglais, Français et Italiens ne s’y opposèrent pas.

Hitler obtient ensuite de la Russie soviétique un pacte de non agression, qui est signé le 23 aout 1939. En fait, il avait déjà en tête l’annexion de la Pologne et voulait s’assurer que les soviétiques ne s’y opposeraient pas. Une semaine plus tard, le 1er septembre l’Allemagne envahit la Pologne qui était alliée de la France et de la Grande Bretagne. Cette alliance provoque la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne. C’est le début de la deuxième guerre mondiale. L'Allemagne n'attaquera réellement les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la  France à Sedan que le 10 mai 1940.

Le blog des anciens de Marrakech présente les carrières de ces deux pilotes tombés avec le même avion, afin de leur rendre un hommage commun.

Stanislaw Besko

De Gabory 1

Laura Dzienkiewicz née Belso, la fille du Pilote polonais Stanislaw Besko savait que la tombe de son père se trouvait à Marrakech, elle a vu son nom sur une photographie de l'une des croix du cimetière militaire de Marrakech. De même Christophe Meynard, petit-neveu du Pilote français Alain de Gabory a repéré que le blog parlait de son grand-oncle, adjudant moniteur pilote. Les anciens de Marrakech les remercient pour les documents fournis qui nous ont permis de réaliser cette page à la mémoire des deux pilotes. Le pilote Alain de Gabory porte une casquette de pilote de l'Armée de l'Air, sous le soleil de Marrakech. Le pilote Stanislaw Besko est ici nue tête. Merci aussi à Paulina Derkowska qui nous a aidé à traduire du polonais au français en passant par l'anglais, les documents concernant Stanislaw Beśko, conservés au Musée de l'Armée à Bydgoszczy (Muzeum Wojsk Lądowych w Bydgoszczy)

Carrière du pilote Stanislaw BEŚKO

Stanisław Beśko est né le 3 avril 1905 dans la petite ville de Rusiec ( Voivodie de Łódź, Pologne). En 1923 appelé à effectuer ses obligations militaires, il interrompt ses études en cours à Łódź.

Stanislaw Beśko commença dès le début une carrière dans l’aviation. Le 6 septembre il fut incorporé dans la 3e Cie du 1er régiment aérien à Varsovie. Pendant son service du 1er décembre 1923 à juin 1924, il est attaché au service photographique du 1er Régiment aéroporté. Caporal en mars 1925, caporal-chef en avril 1926. En 1927 il entame une formation de pilote à Bydgoszcz.

Les cours comprennent une partie théorique (mathématiques, physique, hygiène) et une partie pratique (combat, tir, tactique, education physique, maniement des armes, communication, géographie militaire, administration, histoire de l’armée polonaise, défense anti-aérienne,..) et une partie spécifique à l’aviation (moteurs, fuselages, radio, alphabet Morse, tir sur cibles, largage de bombes, tactique aérienne). Au début d’avril 1928 il passe à la partie pratique du pilotage. Au sein du 1er escadron d’instruction Beśko réalise 149 vols avec son moniteur le Sergent Kielek et 72 vols en seul sur Hanriot XXVIII. Au sein du 2e escadron il effectue 31 vols avec le moniteur-pilote Skibiński et 38 vols en seul sur Morane 35-EP2. Au 3e escadron il vola sur Hanriot XIX: 61 vols avec son moniteur le sergent Czarnecki et 48 en seul. Puis en aoùt 1928 il s’entraîna sur Potez XV instruit par le Lt Meissner et le sergent Muślewski. Il termina sa formation en s’entraînant sur Breguet XIV et Potez XXVII le 21 septembre 1928. Au total, il avait réalisé 498 vols pour un total de 55 heures et 46 minutes.

Les cours ne reprenant qu’en novembre, il fut affecté au 11e escadron du 1er régiment aérien, où il vola principalement sur Potez XXVII et en mai 1929 sur Breguet XIX.

Il reçut le n° de pilote 1224 du ministère des affaires militaires en septembre.

Sa formation se poursuivit à l’école de tir et de bombardement à Grudziądz et pour l’entraînement pratique au terrain de Grupa près de Świecie et en juillet 1930, il prit part à la Parade aérienne dans le ciel de l’aéroport d’ Okęcie à Varsovie.
Les missions s’enchaînent ensuite, soit des vols d’appui pour les manoeuvres de l’infanterie (28e Division), soit des Parades aériennes pour susciter des vocationsde pilotes, soit des liaisons aériennes, sur Malte par exemple. Il eut aussi à faire face à des pannes de moteur ou même à un accident au train d’atterrissage.

Puis en 1931, il suivit une formation de moniteur pilote au Centre d’instruction de Bydgoszcz.

D’autres missions d’entraînement avec l’artillerie et l’infanterie le conduisirent jusqu’au 19 mars 1934 où il fut promu Sergent. Il eut à faire face à une panne de carburateur gelé, à une défaillance des cables de pilotage l’obligeant à un atterrissage en catastrophe. Il fut affecté au 13e escadron à sa création. Il vola alors sur Lublin R.XIII 56

En mai 1936, il effectue de nombreux vols de nuit. En septembre 1936, il exerce comme moniteur pilote au centre d’instruction. Il vole sur RWD-8nr34 et forme de nombreux élèves pilotes.

Le capitaine Ludwik Szul qui commande le 11e escadron donne son appréciation sur le Sergent Stanislaw Beśko (citation en polonais, suivie d'une traduction): „Jako pilot b. dobry, lata b. chętnie, dyscyplinowany w powietrzu. Lądowanie do kwadratu, na punkt, naloty na foto i bomb, naloty na podchwytywanie b. dobre. Loty w szykach b. dobry na wszystkich Nr. Znajomość regulaminów dobra. Morse na ziemi odbiór i nadawanie około 30 zn/min. Ukończył szkolenie strzeleckie II kl. Jako strzelec b. dobry.” „ C’est un très bon pilote, volontaire et discipliné en vol. Il atterri sur un carré, un point, il se dirige à vue sur la cible, lache ses bombes et remonte, parfaitement. Vol en formation: Très bon en tous points. Connaissances en régulation: Très bon; Morse: Reception et émission: 30 signes/minute; Très bon tireur.” 

 Tablo-kursu-pilotazu-37-38  Les appréciations de ses supérieurs l’incitèrent à transmettre ses connaissances et son expérieuce à de jeunes élèves pilotes. Il le fit en 1936-37, puis en 1937-38 où il en forma 35.  Le 19 mars 1939 il fut promu Sergent-chef et en septembre 1939 il intégra l’escadron d’instruction du 1er régiment aérien.

Family

Il est incontes-tablement un pilote entraîné, expérimenté, habitué au pilotage d'avions de chasse, comme d'avions de ligne. Il a utilisé des avions de marques françaises et forme les jeunes pilotes polonais. 

Il est marié à Janina (petit nom: Nanuś) et sa fille est Laura Wiktoria (appelée aussi Loreczka dans sa correspondance). Nous les voyons ensemble sur une photo.

1er septembre 1939:

Survient par surprise l’aviation d’Hitler qui s’abat sur la Pologne et commence par anéantir son aviation avant qu’elle ait pu décoller. Restent de nombreux pilotes sans leurs avions.

Stanislaw Beśko avait tenu son journal à partir du 1er septembre 1939. Il commence comme un journal de bord avec une concision toute militaire; puis il continue plutôt sous forme de lettres touchantes à sa femme jusqu'en mars 1940 à Marrakech. 

Nous  proposons une traduction de ce journal de bord devenu journal intime:

Septembre 1939: le mois de l’exfiltration des pilotes vers la frontière Roumaine et Bucarest

1er IX 1939 - L’aviation allemande envahit le ciel au-dessus de l’aéroport d’Okęcie (Varsovie) et largue ses bombes.

2.1X – Départ vers l’aérodrome de repli près de Grójec.
4.IX – Mariage de mon collègue A. Kryza et baptême de sa fille Basia – je suis son parrain.

5.IX- Départ vers l’aéroport près de Siedlce.

7.IX - Départ du frère Stefek vers le vieux aéroport et avis selon lequel il aurait été touché par les tanks allemands.

8.IX - Aide à la recherche de sa fille par Me Wera. 

10.XI – Départ pour Łuck sur un avion LR13. Pendant le vol je fus touché par mes propres troupes ( deux impacts dans l’aile gauche). Bombardement de l’aéroport de Łuck. Départ pour l’aéroport de Ławrów (Ukraine).

11.IX – Départ pour l’aéroport de Targowica (Ukraine).

15.XI – Départ sur „egret” à Stanisławowo (Ukraine) et passage de bombardiers. Accompagné par Koczwarski et Przybylski.
16.XI – Bombardement de l’aéroport et de la voie ferrée à Stanisławowo.
16.IX – Départ sur un train vers Kołomyja..
17.IX – Départ sur une charette à cheval vers la ville de Kosów, où notre aéroport  était supposé se trouver.
17-18. IX – Nuit passée près de Kosów – nouvelles et réalité.
18.IX – Continuation de la route en utilisant une automobile abandonnée. Que faire maintenant ?
18-19.IX – Passage de la frontière dans le village de Kuty au milieu de la nuit.

19–20. IX – Voyage en automobiles.
20. IX – Don d’armes aux Roumains et poursuite du trajet par trains de marchandises

22.IX – Reception à la gare de Bacau (Roumanie) par la Croix Rouge. Poursuite du voyage par la Mer Noire vers Guleze.. Puis direction de Bucarest par Babadag.

23.IX. – Rencontre du Colonel Skarżyński à Babadag, qui nous informa que les pilotes sûrs devaient se présenter à la mission à Bucarest afin de s’engager dans la Ligue polonaise en France, dans l’aviation.

24.IX –  Rencontre à l’embassade de Pologne à Bucarest. Etablissement d’un passeport à la Maison de la Pologne et acquisition de vêtements civils en complément.
27.IX – Obtention du passeport. Passé la nuit à ROZA CRUZE. Expédition d’une lettre à ma femme et à mes parents par la Croix Rouge. Visite de la Ville.

29.IX – Départ pour Constanta et Eforie
30.IX – La Mer. Pensées pour ceux qui me sont les plus chers.

Octobre, les étapes du voyage ( Turquie, Syrie, Beyrouth, vers Marseille et Istres)

2. X – Natation dans la mer. Difficultés pour aller en France. Nouvelles sur la situation politique. Tristes rappels du cours de la guerre. Discussions politiques.
11. X – Déplacement d’ Eforie à Balcic. Précautions vis à vis des espions à Balcic. Logement dans un lieu habituellement affecté aux femmes turques.
15. X – Embarcation sur un bateau Grec et départ vers la Syrie.  Cinq jours sur la Mer noire, le Bosphore, la Mer Égée, la Mer de Marmara,  la Méditerranée. Observations: faune et flore de la mer et des îles.
20. X – Arrivée à Beyrouth (700 personnes). Réception solennelle par les troupes coloniales et entrée sur la place du camp proche des baraques accompagnés par l’orchestre militaire indigène.
21. X – Première messe et chants patriotiques Polonais. Assiste à une chaude nuit Sénégalaise.

20/21. X – J’ai rêvé de vous, mes chères filles. C’était un rêve étrange: j’ai rêvé à l’arbre de Noël que tu as acheté, Nanuś, mais, parce qu’il était difforme, tu l’avais coupé et y avait ajouté des branches. D’une étrange façon, l’arbre de Noël devint une couronne que Loreczka commença à décorer disant „cela sera notre arbre de Noël”.

21. X – Nous reprenons notre voyage vers la France sur un navire marchand français. Contemplant le bleu profond de l’eau, bercé par le vent fort mais chaud, je pensais à vous, mes très chères filles. Ce n’était pas des moments  de pensées heureuses... Et durant ces nuits sans sommeil,  chaudes, étoilées,  passées sur le pont du bateau, je faisais l’expérience à ce moment de mon incapacité à vous défendre, moment de mutinerie qui nous ordonnerait de renoncer. Et nous étions prêts à périr dans la bataille, seulement ne pas laisser l’ennemi aller plus loin.

Ils nous ont promis de nouveaux équipements. J’ai vu à la frontière entre la Pologne et la Roumanie quelques soldats qui voulaient défendre le pays avec de nouveaux tanks remplis de munitions. Ils imploraient d’être conduits contre l’envahisseur. Ils voulaient combattre. J’ai vu des soldats marchant en colonne sans commandement et je me souviens que le Colonel Umiastowski fit un discours à la radio: „Messieurs les officiers, où êtes-vous ? Des caporaux conduisent des compagnies.” Je suis hanté par les images vues pendant mon dernier vol en Pologne... dans le but supposé d’obtenir de nouveaux équipements.

Quand je volais vers Stanisławowo, alors que le jour déclinait je vis autour de moi la fumée des villages et villes en flammes, des bombes allemandes explosant devant moi, nos avions abattus et brûlés sur le sol et, au-dessus de nous, les avions ennemis détruisant en toute impunité. Et tant d’entre nous prêts à se sacrifier. Si seulement ils nous avaient permis de les combattre avec nos avions. Et malheureusement, j’étais en train de voler sur un avion de ligne désarmé.

Pendant sept longues journées nous navigames protégés par un destroyer français X 32
29. X – Nous débarquames à Marseille; et nous fument conduits vers la ville d’Istres pour être organisés dans cette ville. Celà se fit lentement et il semblait que nous n’allions pas combattre très tôt. Mais il est certain que nous le ferons. Je voulais combattre avec les combattants et pour cela je m’inscrivis sur la liste des combattants. Mais je ne sais comment les choses allaient se produire.  

Mes chéries, je ne sais si je vous reverrai un jour. Je ne sais pas si vous avez reçu par la Croix Rouge la lettre que je vous écrite de Bucarest. Comment avez-vous traversé les bombes et est-ce que Lorecza fut très effrayée. Comment vivez-vous mes chéries ? Et moi, mal chanceux, je ne peux vous aider. Il ne m’est pas permis de communiquer avec vous. Je n’ai plus d’argent et ma dernière paye remonte au 30 aout. Avec seulement de petites allocations, je diffère mes modestes besoins. J’espère que j’aurai une paye en France; peutêtre pourrais-je vous envoyer quelquechose. C’est notre sort...

Novembre, stationnement à Istres, visite de la Provence, la maladie.

7. XI –  Aujourd’hui je suis l’officier de service du groupe local d’aviation. Il y a parmi les autres Koczwarski et Jarnutowski. Przybylski, qui était avec nous, a été arrêté par les Roumains à Balczyk, mais, je pense qu’il viendra à l’occasion d’un transport bientôt. Je suis le patron et commande ceux qui ne sont pas inscrits comme combattants, et à cause de celà, j’ai beaucoup de travail. Notamment la discipline est relâchée et chacun est habillé en civil. Petit bout par petit bout nous apprenons le français, mais seulement dans quelques jours ils nous aideront et nous donneront des lectures.

Le 27, plusieurs d’entre nous, firent une visite en voitures des villes proches, offerte par le Haut-commandement local de la Base. Nous sommes allés à Arles, Tarascon et Avignon. J’ai vu beaucoup de choses étonnantes. Premièrement, c’est un pays très intéressant. Toutes les routes goudronnées sont bordées d’arbres ressemblant à nos érables (platanes), et des thuyas élevés (cyprès). La campagne est plantée de vignes qui sont séparées par de hautes haies de thuyas et de bambous avec des fossés d’irrigation. Le sol est caillouteux, plat, coupé de ruisseaux; ici et là il y a des collines assez hautes. Les villes sont petites, elles évoquent l’époque d’avant le Christ avec des monuments romains. Nous les visitames rapidement. Théâtre romain, arènes circulaires, arches de pont, tout construit en pierres de taille. Je suis allé au Palais des Papes où se trouvent beaucoup de souvenirs de différentes époques. Jamais je ne reverrai une aussi belle vue, depuis la tour de ce Palais. Avignon est une belle grande ville située au bord du Rhône. La plupart de ses bâtiments sont des monuments du passé. Vous ne pouvez pas voir l’effet de la guerre ici. La population est généralement accueillante.

Ils ont ravivé nos espoirs en parlant de faire venir nos familles ici. J’adorerai vous avoir ici avec moi mais je ne sais pas si cela adviendra. Je ne sais pas s’ils vous ont trouvé à l’adresse que je leur ai donnée. Cela dépend de la Croix Rouge en lien avec nos autorités. Nanuś, combien c’est dur de penser à toi! La nuit, mes rêves sur vous me montrent toutes les deux, mes très chères, dans des horribles circonstances. Je vous imagine souvent dans des nuits sans sommeil et je vois vos chers visages – il m’arrive de leur parler – mais seulement en hallucinations, malheureusement !

Avant hier, le Général Kalkus était ici et nous réconforta. Il dit que dans deux jours nous serons finalement habillés en uniformes et organisés dans les rangs des pilotes et que nous allons avoir des avions... Il a dit que dans l’éventualité d’un accidennt, ils subviendront à notre proche famille qui dépend de nous. Et aussi qu’ils essayent de faire venir nos familles ici... Et les nouvelles venues de Pologne ou captées à la radio m’inquiètent, de plus en plus, sur ce que vous devenez. Nous recevons une petite allocation pour le moment, qui est suffisante seulement pour les cigarettes. J’ai souffert de varicose aux veines pendant deux semaines. J’ai des jambes gonflées et habituellement je me tiens couché ou assis. Je ne peux même pas me promener parce que plus tard la douleur est pire. Je suis allé consuler notre docteur deux fois. Il ne sait que prescrire. Il m’a conseillé d’attendre une nouvelle affectation et de commencer un traitement dans ce nouveau lieu. Mais probablement, il serait utile que je voie le docteur français d’ici, pour être admis à l’hôpital maintenant, parce que je veux être en bonne santé aussi tôt que possible. Et être prêt à prendre la revanche sur nos ennemis en raison de la misère qu’ils nous infligent.

Décembre et janvier: apprentissage du français, baisse puis regain du moral 

1.XII – Aujourd’hui est l’anniversaire de mes 16 ans de service dans l’aviation, mais les derniers mois coûtèrent plus à ma santé que la totalité de ma période de service. Je me sens moralement déprimé et mes nerfs n’en peuvent plus. J’ai des problèmes pour apprendre le français, spéciallement dans les domaines où je ne reçois aucune aide. Il y a des livres et des dictionnaires et le soldat français qui est le traducteur ( très mauvais) et nous aide à lire, n’est pas content de mes progrès.

Le 15 décembre nous sommes allés à Lyon (aérodrome de Lyon-Bron) dans le but d’organiser l’aviation polonaise en France; mais il ne semble pas que nous allons disposer d’avions rapidement. (La Base aerienne de Lyon-Bron servait au regroupement de l'aviation polonaise, Bataillon de l'air 145). J’ai passé Noël dans une triste humeur. Nous avons eu un réveillon de Noël commun dans le hall de représentation, mais cela n’est pas la même chose qu’être avec vous, mes chéries. Et le réveillon du Nouvel An fut d’une tristesse sans espoir. Nanuś, j’ai peur de penser à toi.

J’ai tant de pensées différentes dans ma tête, que quelquefois j’ai peur de devenir fou. Et ces cauchemars, dans lesquels je te vois si souvent, mais combien différente qu’habituellement, parce que c’est parmi les explosions des bombes. Mon bébé, mon coeur, elle est toujours avec moi. J’adorerai tant la voir, et probablement, je lui manque aussi.

Mes oiseaux chéris – vous m’avez écrit ! La joie éclate dans mon coeur et la lettre de mon bébé m’a fait fondre en larmes, cela m’a rendu tant heureux ! Mes chers trésors! Vous avez dissipé mes pensées les plus noires avec cette lettre. Je vous bénis de m’avoir rendu heureux. Et j’ai reçu l’autre lettre.

Février: A Lyon-Bron; la séparation de la famille pèse lourdement sur le moral.
20. II. 1940 –  Mes plus beaux trésors ! Le désir de vous voir submerge mon coeur. Je voudrais longuement vous écrire sur tout, mais je crains de vous attirer des ennuis avec mes lettres. Et c’est pourquoi je suis silencieux parfois. Je vous ai écrit cependant une réponse à votre dernière lettre, mais très courte, à peine quelques mots. A une époque où il était toujours possible d’envoyer de l’argent J’ai envoyé 600 zlotys polonais achetés ici contre des francs. Les avez-vous reçus et valaient-ils quelquechose ? Je ne le pense pas. Je n’ai aucune possibilité de vous aider et cela me rend très triste. Mais que puis-je faire mes chèries ?  J’ai décidé de vivre modestement, gardant votre sort dans mes pensées. Peutêtre plus tard, à mon retour, Je serai en mesure de vous apporter quelquechose. Nanuś, je vis ici de manière à ne pas tromper notre amour. Je veux être pur et honnête avec toi, parce que je t’aime de tout mon coeur. Et j’aime seulemnt vous deux. Je languis de vous à chaque moment de libre, quand j’oublie la misère de cette vie d’humiliation, de tout ce qui remplit mon âme avec répulsion envers les gens, j’essaye d’être avec vous, dépité d’être loin. Je me sens heureux alors. Je me demande souvent (spécialement après ce que je vois ici en exil, infortunément. Ne serait-il pas mieux d’êtte resté avec vous et là, même casser des cailloux, faire quelquechose. Mais je suis un soldat et cela concerne notre patrie. la meilleure patrie, différente, plus juste et c’est ce qui me fait rester ici, bienque mon coeur vous manque

Ma chérie, j’écris ces mots sur un bateau français dans une cabine de 2e classe, sur lequel nous naviguons  vers le Maroc, vers la ville de Marrakech. Il semble que j’aille à un entraînement accompagné par d’autres pilotes. Je ne sais pas quel sort m’attends. Je me demande seulement si nous serons capables de combattre nos ennemis et seulement après, les chanceux retrouveront leurs familles. J’espère que je serai l’un d’entre eux.

Mars : Marrakech, l'admiration pour la ville rouge, les dernières missions

1. III. 40  – Hier nous avons quitté Lyon et par Marseille nous partons vers une intéressante zone tropicale. Notre vaisseau militaire va faire un exercice de tir. Ce voyage me rend curieux. Je suis heureux d’avoir laissé la ville haïe de Lyon, la vie ici, était un grand désordre.

18. III. 40 (Marrakech) – Cela fait déja deux semaines que je suis ici. La vie ici serait belle si vous ne me manquiez, mes trésors, et si je ne pensais pas à votre vie . Nous sommes logés ici, à deux, dans une jolie chambre. Je mange au mess, la vie est agréable. Demain, 19 mars, je commence à entraîner nos jeunes pilotes sur des appareils français. J’ai déjà appris quatre types d’appareils moi-même et dans le même temps je vais en apprendre plus. Également le dernier modèle américain et avec le temps, je m’entraînerai sur d’autres. Mes filles, si seulement vous saviez comme c’est beau ici !  Marrakech est situé à environ 60kms des montagnes de l’Atlas au-dessus de 4000 mètres. On peut  voir aisément d’ici les pics de montagnes couvertes de neige blanche. Depuis les contreforts des montagnes jusq’à notre aéroport s’étend une plaine couverte de palmiers, cactus et différentes essences d’arbres du climat subtropical local. Les rares villages arabes sont éparpillés , si particuliers par leur style. Seul le soleil est très dérangeant: hier il y avait 36° centigrade à l’ombre et aujourd’hui , probablement plus. Tout le monde se sent très lourd à cause de la chaleur et c’est seulement le début du printemps! Dans notre pays il fait probablement toujours froid.

Marrakech est une ville de 140 000 habitants dont 5% d’européens, le reste est arabe, (berbère ou juif). Les européens vivent dans une zone séparée, dans une petite ville. ( il y a aussi des européens dans l’ancienne ville). C’est une belle cité, pleine de fleurs, palmiers, faux-poivriers, eucalyptus, oliviers, mimosas, sycomores et d’autres. En arrivant ici, je vis des déserts sauvages dépourvus en général de toutes végétations. La vie ici est très intéressante. Oh Dieu, s’il était possible d’être là dans d’autres circonstances, en vacances avec vous, mes trésors, par exemple.

 Je peux donc communiquer en Français, mais je ne peux encore tenir une conversation.Je n’ai pas appris assez de mots et de phrases. Je vais dormir maintenant parce qu’il est tard, mes chéries. Je dors sans couverture, parce que c’est très chaud ici. Tout en rêvant je continuerai à vous parler, parce que je rêve très souvent de vous maintenant. J’adorerai recevoir une lettre de vous maintenant, mais, avec tant de difficultés maintenant, je suis inquiet de vous écrire. Je pourrais, avec une correspondance régulière avec vous guider les allemands et vous exposer à des répressions. Mon Dieu, je ne sais pas quoi faire. J’ai entendu trop de choses de mes collègues !

Pour nos lecteurrs qui connaissent la langue polonaise, nous reprenons quelques unes des  dernières phrases de son journal: "Jestem tutaj już od 2 tygodni. Życie tutaj mi układałoby mi się dobrze, żeby nie ta tęsknota za Wami moje Skarby i myśl, jak wy tam żyjecie niebożęta wy moje. Mieszkam tutaj w ładnym pokoiku we dwóch. Stołuje się w kasynie, życie bardzo dobre. Od jutra rozpoczynam szkolić naszych chłopców na francuskich maszynach. Sam poznałem już 4 typy i w międzyczasie będę poznawał wi ęcej, aż do najnowszych typów amerykańskich, na których z czasem będę szkolić innych. Dzieweczki moje żebyście wiedziały jak tutaj pięknie! Marrakech położony jest około 50 km od gór Atlasu o wysokości 4000 m. Szczyty gór widziane stąd jak na dłoni pokryte są bielutkim śniegiem. Od podnóża gór w kierunku naszego lotniska ciągnie się równina pokryta palmami, kaktusami i różnym gatunkami drzew tutejszego klimatu."

Son carnet de vol précise ses dernières missions: 

MS315-Morane

13 au 18 mars: les 4 avions dont Beśko parle dans sa dernière lettre sont: un Morane 315, un Hanriot 431, un Luciole 50 et un autre modèle de Morane 315. Les démonstrations sont faites par le Sgt Ruyssen, l'Adt Chennevière, l'Adt Escalle et l'Adt de Gabory. Dès le 14 mars il vole en seul. Les exercices vont de l'aéroport principal de Marrakech au terrain de "La Durance" nom à l'époque du terrain de Sidi Zouine. Morane 315 

Carnet-de-vol-3

Puis à partir du 19 mars il est le moniteur-pilote et commence à instruire les jeunes pilotes polonais sur un Morane 315 en commençant par le capitaine Blaicher. puis Brotkowski, Bérizowski, Boba, Czachla, et le lendemain Bereskovitz, Boba, Boraud, Czachla, Czotowski, Le 21, il reprend avec Boba, Czackla, Bradkowski et Beresowski - quatre élèves par jour et le 23 mars il reprend avec 6 élèves sur un autre modèle: Cne Blaicher, H. Boba, Czachla, Bradkowski, et il reprend Boba et le Cne Blaicher. 

 Le 26 mars Beśko passe sur l'avion M315-199 en prenant un peu plus de hauteur. Il continue la formation de Berezowski et de Boba H. Le 27, il reprend avec lui Berezowski et commence la journée du 29 mars avec Bradkowski. 

MS230Puis c'est la séance de voltige au-dessus de Sidi Zouine. Beśko ne connait pas le Morale Saulnier 230. L'Adjudant Alain de Gabory est son moniteur et le prend pour passager afin de lui permettre d'être à son tour moniteur pour ses jeunes pilotes polonais. D'après le ministère des anciens combattants, partant d'environ 1000m d'altitude, ils s'exercèrent à réaliser de nombreux tonneaux à différentes altitudes. Puis l'avion tomba et s'écrasa causant immédiatement la mort du pilote.  Selon d'autres sources  le dernier exercice serait une vrille dont ils n'ont pu sortir et qui s'est prolongée jusqu'au sol.  Morane 230.

Le pilote français et le pilote polonais unis pour lutter contre l'envahisseur allemand tombaient à Marrakech ce 29 mars 1940.

Symbolic grave of Besko family in Bydgoszcz

Tous les deux furent enterrés dans la terre marocaine, au cimetière européen de Marrakech; puis la famille du pilote français demanda à transférer sa tombe en France dans le caveau familial. La tombe de Stanislaw est toujours à Marrakech, cependant sa famille fit édifier une tombe symbolique en Pologne. BEŚKO STANISŁAW, PILOT WOJSKOWY LAT 35 ZGINĄŁ 29.3.1940 ŚMIERCIĄ LOTNIKA W MARAKKESZU AFRYKA ("En mémoire de la famille BEŚKO; Stanislaw, pilote militaire, âgé de 35 ans, mort en aviateur à Marrakech Afrique. Marianna et Maciej (ses parents), conduits en Sibérie et morts en 1942.)

Biographie d’Alain Le Taillandier de Gabory

Eléments rassemblés par son petit-neveu Christophe Meynard

Marie Alfred Alain LE TAILLANDIER de GABORY est né le 24 novembre 1911 au château Boismartin à Virsac (Gironde).

Boismartin

Il est le fils de Gaston Le Taillandier de Gabory et de Valentine de Brezetz. Il est le dernier de 11 enfants. Le 12 avril 1934, il épouse à Virsac Suzanne Chavasse (1913-2005). Ils n’ont pas eu d’enfant. 

Registre matricule : Archives départementales de Gironde, 1R1830, n°8, mle 03878.

Il est engagé volontaire par devancement d’appel en décembre 1930. Il est affecté au 2e groupe d’ouvriers aéronautique du corps. Nommé Caporal-chef en mai 1931. Affecté au 3e aviation en juillet 1931 puis en décembre, à l’intendance militaire de Châteauroux. Nommé Sergent pilote en janvier 1932. Passe à la base aérienne n°8 en octobre 1933. Passé à la base aérienne n°103 en janvier 1934 où il est affecté au 4e bataillon de l’air. Affecté en novembre 1934 à l’intendance militaire de Cazaux (Gironde) au titre du 4e bataillon de l’air où il intègre le personnel naviguant pilote. Nommé sergent chef (JO du 19.06.1937). Nommé au grade d’adjudant (JO du 16.07.1939).

De Gabory 1-1 Au bord de l'oued Tensift, il est le plus à droite.

Affecté au bataillon de l'air 207 (ancien nom de la BA 707) de Marrakech au Maroc par décision ministérielle d’avril 1939.

De Gabory 8 l'Adjudant Alain de Gabory est au centre.

Passe à la 3e Compagnie – école de pilotage en septembre 1939.

De Gabory 9

Le moniteur-pilote Alain de Gabory est le premier à gauche.

Mort en service aérien commandé le 29 mars 1940 sur le terrain de la Durance (Marrakech - Maroc).

Mort Pour la France par décision ministérielle.

D’après le témoignage de ses élèves, « C’était un pilote merveilleux, un homme racé et absolument charmant pour qui nous éprouvions respect, admiration et affection ».

Il se tua sous les yeux des élèves pilotes, au cours d’une séance d’acrobatie avec un pilote polonais nommé Stanislaw Besko : vrille jusqu’au sol. Cela se passait sur Morane 230 sur la piste annexe de Sidi Zouine [10 kilomètres au nord-ouest de Marrakech]. La tradition familiale raconte que l’avion flambant neuf avait été saboté en usine. Mais le compte rendu officiel n’en dirait rien. 

« La mort tragique de l’adjudant de Gabory nous laisse atterrés et meurtris comme nous ne l’avons jamais été, parce qu’il était des nôtre et tous le reconnaissait un des meilleurs. Les officiers perdent leur meilleur collaborateur, ses camarades perdent celui qui, d’emblée, s’imposait à leur estime par le joyeux entrain de son âme adroite et ardente ; les soldats, les élèves pilotes perdent un chef d’un modèle rare. Il avait fallu faire appel à tout son esprit de sacrifice pour le retenir momentanément loin du champ de bataille… Il aurait pu mourir ailleurs et autrement, il ne pouvait mourir mieux. »  RP Raphaël Sineux, Aumonier principal de l’Air au Maroc

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Virsac (Gironde). Il fut d’abord inhumé à Marrakech puis dans le caveau familial de Virsac, suite à la demande de la famille.

PHOTOS DE LA BASE DE MARRAKECH (4e trimestre 1939- 1er trimestre 1940)

Grâce à la famille de l'Adjudant moniteur-pilote Alain de Gabory, nous pouvons montrer des photographies du personnel de la Base, d'une promotion d'élèves, du staff de l'école de pilotage de Marrakech ainsi que des vues de la ville de Marrakech.

De Gabory 12 Une promotion d'élèves pilotes (2e et 3e rang) avec la division d'instruction et les moniteurs pilotes. Alain de Gabory est le 6e en partant de la gauche.

Le staff de l'école de pilotage 

De Gabory 11 Il est probable que le Lt-Colonel de Bignolas, ainsi que le Cdt Truchement se trouvent sur cette photo. Ils sont repérables à l'épaisseur de la bande claire sur leurs casquettes. Alain de Gabory est debout, le 5e en partant de la gauche

De Gabory 10 La division d'instruction avec ses officiers, ses moniteurs pilotes, ses mécaniciens et ses administratifs. 

Quelques modèles d'avions. Souvenirs qui faisaient partie aussi de l'album-photos de l'adjudant Alain de Gabory

De Gabory 5 Biplan 

De Gabory 6 Bimoteur 

De Gabory 4

 Par temps de pluies soutenues.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des vues prises à Marrakech  fin 1939 - début 1940.

 Réception au Palais du SultanDe Gabory 7 Une mosquée de la Médina 

De Gabory -MRK-3 2 Belle photo animée de la mosquée réhabilitée, les photographes professionnels n'ont pas fait mieux.

Défilé militaire, aux abords de la place Djemaa el Fna

De Gabory 2 Probablement le Général Noguès ou le Général Fougère lors d'une prise d'Armes en février 1940. Nous ne connaissons pas le nom du civil. Un de nos lecteurs pourrait-il nous l'indiquer ?

Nous rendons hommage à l'amitié franco-polonaise et aux aviateurs des deux pays qui se préparaient ensemble à combattre l'envahisseur nazi. Nous nous devions de rappeler la mémoire de ces deux valeureux pilotes aux marrakchis, car la presse à l'époque est restée muette sur leur accident (secret militaire oblige). Ces souvenirs rappellent le rôle de la Base aérienne de Marrakech dans la guerre. Si vous passez devant la tombe de Stanislaw Besko au cimetière européen, (carré militaire H, rang 6, tombe 129) vous pourrez dire qui il était et associer à sa mémoire celle d'Alain Le Taillandier de Gabory, son frère d'Armes.