D'AUCUNS CROYAIENT QUE LE PREMIER ÉVÈQUE DE MAROC (établi à Marrakech) ÉTAIT FRANCISCAIN ET AVAIT ÉTÉ NOMMÉ EN 1246, UN DOCUMENT DÉCOUVERT PAR UN RÉVÉREND-PÈRE DOMINICAIN ATTESTE QU'IL Y AVAIT EN 1115 UN ÉVÈQUE À MARRAKECH, DONC AVANT LA CRÉATION DES FRANCISCAINS ( février 1209).

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Notre cher ami Joseph DADIA dont l'érudition sur la Ville rouge est immense, nous révèle un livre/opuscule de 39 pages du Révérend Père THERY, dominicain, spécialiste de l'histoire et des philosophies du Moyen Age dont le contenu nous interpelle. Joseph DADIA, qui doit être l'un des rares marrakchi à disposer de ce livre, sinon le seul, a bien voulu rédiger un nouvel article pour le blog Mangin@Marrakech. Nous l'en remercions très chaleureusement, nous faisant les interprètes de tous les amoureux de Marrakech et de son histoire.

Un  évêque  à Marrakech - Circa 1115

Il s’agit du premier évêque captif de Marrakech, texte écrit  par le R.P. Théry, O.P., 39 pages, s.d.

Cet évêque habitait dans la Médina de Marrakech ver 1115. Il vivait caché et il n’osait pas déclarer sa personnalité.

Mon souhait est de faire connaître des  événements peu connus de Marrakech.

Les faits : Marrakech date de 1062, « une ville ruisselante de beauté, » qu’alimente le Tensift. En ce temps-là, Aghmat était, avec Nafis,  une grosse agglomération située à quarante  kilomètres au sud-est de Marrakech. Il y avait à Aghmat une importante communauté juive, dont je parlerai dans un autre texte. Les Almoravides arrivent à Aghmat en 1057. Ce sont les Juifs d’Aghmat qui conseillèrent aux Almoravides d'acheter un terrain appartenant à une vieille dame. 

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Pour d’autres, le terrain appartenait à un esclave noir, du nom de Marrakech. C’est sur ce terrain que sera édifiée la première cité de Marrakech.  Les derniers vestiges d'Aghmat: un hammam.

Revenant à l’homme qui se cachait. C’est l’objet de cette très courte monographie. Il affirme être musulman quand il est apostrophé. En réalité, c’est un chrétien, un prêtre, un évêque.

Une enquête est ordonnée et un procès-verbal est établi par le cadi de Marrakech. Ce chrétien avait embrassé l’Islam et, publiquement, il se montrait musulman. Puis on apprit qu’il  était resté chrétien.

« On perquisitionna dans sa maison et l’on y trouva  une chambre ressemblant  à une chapelle, dans laquelle était une alcôve cintrée tournée vers l’orient et plus étroite que le reste de la pièce, avec une lampe à huile suspendue et divers objets sur lesquels étaient des restes de cierges fondus. On y trouva une croix. »

  Le cadi s’appelait Aboû Imram Moûsa ibn Hammâd as-Sanhâdji, jurisconsulte malékite.

  Ce chrétien de Marrakech  était un ancien captif amené d’Espagne, et il parlait arabe.

  L’évêque a été déporté en Espagne aux environs de 1115.  

  Ce qui concerne cet évêque est  passé totalement inaperçu même chez les historiens anciens.

  L’essentiel est là. Cet évènement fait partie de notre Histoire de Marrakech.

 Fait à Kervenic-en-Pluvigner, le 19 avril 2021.

 Joseph DADIA

RP-Thery-Gabriel

Souhaitons que cette information qui repose sur le procés-verbal du cadi Aboû Imran Mûsa ibn Hammâd as-Sanhâdji, jurisconsulte malékite, soit étudiée de manière plus approfondie par des historiens d'Espagne, de Marrakech et du Vatican qui pourront nous dire à partir d'autres documents le nom et l'histoire personnelle de cet évêque de Marrakech de la fin du XIIe siècle.

Portrait du RP Thery O.P. qui aurait publié cette histoire en 1925.

Par une autre source nous savons que Aboû ‘Imràn Mûsâ ibn Hammàd As-Sanhâdji, jurisconsulte malékite, était originaire d’Al-‘Oudwa de Ceuta. Il fut câdî de Grenade, puis de Marrakech, où il mourut alors qu'il était toujours en fonction à la date de Dhoâ l. Qa’-da 535 (= 8 juin 8 juillet 1141). Cf. Ibn Bashkouâl, Kitâb as-sila, éd. F. Codera, p. 554, notice 1228. 

Nous connaissons d'après l'histoire ecclésiastique plusieurs noms de religieux, prêtres et évêques chrétiens au Maroc:

- Au milieu du IXe siècle, le géographe Arabe El-Bekri nous apprend que Tlemcen possédait des églises fréquentées par des chrétiens. Ce qui laisse à penser que Tlemcen n'était pas le seul lieu du nord de l'Afrique où se trouvaient des églises. Cependant les autorités musulmanes les persécutèrent et les firent disparaitre. Ces autorités musulmanes repoussèrent aussi dans les montagnes ceux qui pratiquaient l'ancienne religion berbère et ceux qui adhéraient à la religion juive. Les berbères ont été contraints à l'Islam, mais ont gardé certaines pratiques de leur religion ancestrale qui subsistent encore aujourd'hui. Les juifs dont les activités économiques intéressaient les autorités musulmanes furent protégés quoique méprisés, leur habitat fut séparé et ils purent conserver leur religion en restant regroupés.

- Les chrétiens étaient tués ou mis en prison; deux ordres religieux se créèrent en 1198 et en 1218 pour opérer le rachat des captifs chrétiens. Pour la plupart des marins, des pécheurs ou des voyageurs dont les bateaux s'étaient égarés en méditerrannée ou le long des côtes africaines à la suite de tempêtes. Les Trinitaires furent institués les premiers par Jean de MATHA et Felix de VALOIS. Ils rachetèrent en une seule année 186 captifs chrétiens; c'était la dernière année du règne de l'Emir YACOUB EL MANSOUR. L'orde de Notre Dame de la MERCY fut fondé par Pierre de NOLASQUE, aidé par Raymond de PENAFORT. Les négociations nécessitaient une présence de ces religieux dans la proximité des captifs d'une part, des autorités d'autre part. Ils habitaient au mellah dans le quartier juif. Ils échangaient les prisonniers chrétiens contre des rançons après des négociations qui pouvaient traîner en longueur. Ils risquaient leurs vies. Certains furent tués.

- L'ordre de SAINT-FRANÇOIS est créé en 1209. Les cinq Saints martyrs de Marrakech étaient prêtres franciscains. Ils s'appelaient Bérard, Pierre, Othon, Adjutus et Accurse. Ils sont morts décapités à Marrakech le 16 janvier 1220. Les huit cents ans de cet anniversaire furent célébrés l'année dernière à Marrakech très discrètement.

- Vers 1230 le Saint-Siège put se mettre en relation avec des communautés de chrétiens formées au Maroc depuis l'Espagne, tolérées et même protégées par les Emirs qui utilisaient les compétences de mercenaires chrétiens soit dans l'armée, soit dans la construction de palais, soit dans l'organisation de transports logistiques. Un évéché fut établi à Fez, puis à Marrakech pour ces petites communautés d'expatriés et les évêques s'y succédèrent sous les derniers Almohades et du temps des Mérinides, sans être totalement en sécurité. Plus tard en 1544 sous la dynastie des Chérifs Saadiens, les chrétiens furent systématiquement chassés et persécutés. Le dernier évêque de Marrakech, don SÉBASTIEN de OBREGON, s'était déja retiré à Séville à cette date.

- DOMINIQUE, frère prêcheur, dominicain, fut martyrisé le 16 septembre 1232

- AGNELLO, franciscain, évêque de Fez parait avoir succédé au frère prêcheur DOMINIQUE. Le 27 mai 1233 le Pape de Rome GRÉGOIRE IX le recommandait aux fidèles de cette contrée ainsi qu'à Thibault, comte de CHAMPAGNE. AGNELLO mourut vers 1246. 

- LOPE 1- également franciscain 

Les évêques de Marrakech reconnaissaient Séville comme métropole. Le Pape de Rome INNOCENT IV écrit aux princes Almohades et Hafsides, ainsi qu'aux rois et princes de Bougie et de Capsa afin de recommander les moines franciscains. Par une autre lettre "universis christianis in Africanis partibus constitutis" adressée aux chrétiens d'Afrique du nord, il notifiait que leur nouvel Évêque de Marrakech avait reçu l'héritage complet des pouvoirs spirituels exercés sur eux par ses prédécesseurs et les avertissait de lui obéir comme au père et pasteur de leurs âmes.

Les religieux Trinitaires anglais subissent le martyre à Marrakech; en 1255, Gilbert et Edouard sont exécutés. En 1263 Patrice et William périrent brûlés vifs, en 1326 Firmy et Sylvestre furnt pendus.  Mais grâce aux deux ordres religieux qui oeuvrent pour le rachat des captifs et aux donateurs européens qui les aident ce sont plusieurs milliers de captifs qui ont pu être libérés et rapatriés en Europe au cours des ans.

. LUPUS 2 - Le pape aurait changé son nom de Lupus (Loup) en Agnus (Agneau). Il serait mort à Saragosse en 1266.

Nous ne pouvons pas lister ici tous les religieux qui furent confirmés dans leurs fonctions par les papes de Rome. Contentons-nous de préciser qu'une bulle donnée en 1290 par le pape NICOLAS IV, reconnaît pour son légat, RODÉRIC, Évêque de MAROC (Marrakech). 

Il y eut aussi à partir de 1413 un évêque de Marrakech originaire de France nommé par le Saint-Siège, il s'appelait AYDOMAR d'ORLÉANS. En 1424 il était évêque à Ceuta.

Aujourd'hui Marrakech dépend de l'Archidiocèse de Rabat dont l'évêque est Monseigneur CRISTOBAL. A noter qu'un institut oecuménique créé par les catholiques et protestants du Maroc forme ses étudiants depuis 2012 à différents aspects de la théologie et en particulier à la connaissance de la culture et de l'Islam marocain. Il s'appelle Al Mowafaqa ("accord" en arabe) et le nombre de ses inscrits augmente chaque année: https://www.almowafaqa.com

Le Pape François a déclaré: "... Je considère comme un signe prophétique la création de l'Institut Œcuménique Al Mowafaqa, à Rabat en 2012, par une initiative catholique et protestante au Maroc, Institut qui veut contribuer à promouvoir l'œcuménisme ainsi que le dialogue avec la culture marocaine et avec l'Islam.

Cette louable initiative traduit le souci et la volonté des chrétiens vivant dans ce pays de construire des ponts pour manifester et servir la fraternité humaine."