PAULETTE CHÔNÉ ÉCRIT DES ROMANS, DES ESSAIS ET DES BEAUX LIVRES SUR LA LORRAINE. ELLE CONSACRE UN LIVRE À SON PÈRE QUI FUT ARTILLEUR À MARRAKECH EN 1929-1930. Paulette souhaiterait être aidée dans la recherche de documents sur les artilleurs à Marrakech de cette époque. Elle partage avec nous les rares photos et renseignements qu'elle a pu trouver dans les archives familiales.

Paulette permet ainsi au Blog Mangin@Marrakech d'ouvrir une page sur les Artilleurs et leurs familles. Cette page accueillera les commentaires sur les différentes générations d'artilleurs qui ont stationné à Marrakech et permettra de concevoir d'autres pages. Pour envoyer des photos utiliser le lien "contactez l'auteur" en haut à gauche de la page.

L'ARTILLERIE S'INSTALLE À MARRAKECH EN 1911

Le Groupe d'Artillerie Coloniale du Maroc a été créé le 5 mai 1911. Il s’installe dès le début à Casablanca, Marrakech et Kasba Tadla. Le 20 aout 1912 il change d’appellation et devient Régiment d’artillerie coloniale du Maroc dans les mêmes garnisons. En septembre 1912 il fait partie de la Colonne de Marrakech qui est commandée par le Colonel Mangin. Avant 1911 le Sultan du Maroc possedait quelques canons livrés par l'industrie allemande. On sait que le prétendant El Hiba a fuit de Marrakech après que les canons installés sur les remparts aient été mis hors d'état de tirer par un adjudant d'artillerie vêtu à la marocaine qui avait subtilisé tous les percuteurs.

Colonne_de_Marrakech_Artillerie_de_montagne_1_ Colonne de Marrakech - L'artillerie de montagne - Il s'agit d'artllerie très légère avec des canons de 65.

 Bazooka Joe nous signale le Journal de marche de la 2e batterie du 1er Régiment d'Artillerie de Montagne pour la période du 6 septembre 1912 au 16 octobre 1913. C'est une batterie alpine qui débarque à Casablanca venant de Grenoble et Marseille les 13 et 14 septembre 1912. Elle participera à la Colonne de l'Oued Zem du 17 mars au 13 juin. Mais son seul lien avec Marrakech est que le Colonel Charles Mangin commandant la région de Marrakech est chargé de remplacer le Colonel Simon qui commandait cette Colonne. En colonne avec le Colonel MANGIN : 19 compagnies d'infanterie, 4 sections mitrailleuses, 2 escadrons 1/2, 1 batterie 1/2 75, 1 batterie 65, 2 ambulances mobiles, 1 section de munitions, 1 convoi.   Effectif total de la colonne au 7 mai :  173 officiers, 6027 hommes.  Français 2790 , Sénégalais 1435 , Marocains 930 , Algériens 872 .   Montures: 286 chevaux français , 594 chevaux barbes ; 1074 mulets ; 1700 chameaux (615 chameliers)  Le commandant TESSIER commandait les batteries de 75 et de 65.

A l’époque de la premiere guerre mondiale une autre unité d’artillerie a ses quartiers à Marrakech. Il s’agit de la 11e Batterie de Réserve, devenue Batterie 2/4

Commandements successifs ; Capitaine ROCHETTE; Capitaine BAUCHET; Lieutenant CODINE; Capitaine CODINE; Capitaine STEFANINI.

Le 24 novembre 1915 , une section se rend par étapes à Marrakech depuis Casablanca. Marrakech sera la garnison de la batterie jusqu'au 25 décembre 1918.

Pendant cette période, la batterie prit part à la Colonne des Aït Messat (octobre 1916 – Décembre 1916 ); puis la Colonne des Aït M'hamed ( juillet 1918 – août 1918 ). Le photographe Félix a immortalisé ces affrontements en éditant des cartes postales n°133, 134, 135. (voir sur ce blog, la compagnie des mobilisés de Marrakech)

Le 25 décembre 1918, la batterie quitte Marrakech pour se rendre dans la subdivision de Taza; elle est appelée à remplacer, comme batterie de 65 de montagne, la 9e batterie coloniale qui devient batterie de 75 à Marrakech.

Il y avait à Marrakech un "canon du ramadan" pour annoncer l'heure du jeûne.

24_MARRAKECH_Jardins_de_la_Koutoubia_et_canon_du_Ramadan_5 Canon du Ramadan à Marrakech

La 9e batterie coloniale et le 64e RAA 1919-1934

La décennie de 1920 voit la naissance des six premiers régiments d'artillerie d'Afrique (numérotés de 62 à 67), suivis en 1941 du 68e RAA puis en 1943 du 69e. Le 64eRAA sera en garnison à Marrakech.

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La 9e batterie coloniale participe à la constitution du 1er RACM. En effet le 22 fevrier 1919 l’artillerie coloniale du Maroc change d'appellation et devient 1er Régiment d'artillerie coloniale du Maroc (1er RACM), 1er  formation : mêmes garnisons dont Marrakech.

La dissolution du 1er RACM.le 31 mars 1924 permet la création le 1 avril 1924 de la 1er  batterie d'artillerie coloniale du Maroc ( Marrakech). Elle entrera dans la composition du nouveau RACM en 1937.                                                             

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Nous devons quatre insignes à Christian M. qui partage avec nous sa collection. Nous le remercions de sa participation.

Le 64e RAA est en garnison à Marrakech en 1929-1930. Les colonels Richome et Bouquier sont en poste à Marrakech  à cette époque. Comme le rapporte Paulette Chôné à l'aide de documents ayant appartenu à son père:

"Mon père Choné Charles (1908-2002) était brigadier en 1929-1930 au 64e RAA (fort du Guéliz). Moi aussi je suis à la recherche de photos et témoignages de cette époque.

 

C'est toute une histoire.

Mon père a écrit pendant toute la durée de son service et envoyé à ses parents tous ces récits, mais dans des circonstances qu'il n'évoquait pas volontiers, une colère de jeune homme, il a tout détruit. Quel dommage !

Vers la fin de sa longue vie d'agriculteur, il a écrit des souvenirs qui ne sont pas des mémoires à proprement parler ; il y a une page seulement sur son service militaire. "

"C’est en 1928 que je suis appelé au service militaire. (Petite tricherie sur la date ; il avait été incorporé en 1929, ayant d'abord été réformé parce qu'il ne faisait pas le poids.) Vingt ans, le bel âge. Je pars à l’automne et pour le Maroc ! Je dois dire heureux comme un roi ! D’abord parce que je suis le premier de la famille à pouvoir voyager loin et voir du pays, et ensuite changer de vie, ce qui ne manquera pas de m’être profitable. (Je suis nerveux et vigoureux, mais je ne pèse que 50 kgs, ce qui va fort étonner le major qui ne pourra s’empêcher de dire : « Je ne comprends pas ce jeune ! léger mais n’a aucune tare ??... ») Je suis ébahi de tout au Maroc : le soleil d’abord toujours présent. Je nous croyais pauvres, mais alors de voir les naturels du pays tous pieds nus ou presque, habillés de chiffons, les enfants abandonnés à eux-mêmes, sales et déguenillés, je me dis que nous étions des favorisés du sort. Je m’amuse comme un fou à l’exercice et les marches soi-disant d’endurance me réjouissent d’avance quand je vois les camarades soufflant et geignant pour 20 petits km. Le fusil me pèse un peu, mais les jambes s’accommoderaient bien du double du parcours. Après trois mois de classe plus un mois de stage d’artificier, je suis affecté à la garde d’artillerie d’un fort désaffecté ! En marge, il a ajouté cinq lignes : l’inaction me pèse un peu, mais compensée par les promenades et les parties de cartes interminables, la lecture, etc… À part la tambouille du soldat, ce serait la vie de château. Après 14 mois de service, je rentre en France. La France notre bonne mère m’a fait gagner 10 kgs."

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Le père de Paulette (à droite) au fort du Guéliz avec la légende suivante au dos : "Charles Choné et Jean Le Bouetté au fort du Guéliz sur un canon de 120 mm". On peut lire sur le fût que le canon a été révisé le 8 juillet 1930.

Paulette nous explique: "Je n'ai plus que quatre documents :

- certificat d'aptitude à l'emploi d'artificier (signé du colonel Richomme)

- certificat de bonne conduite (signé du colonel Bouquier)

- une belle petite photo qui le montre avec un copain sur un canon de 120 au fort du Guéliz (voir ci-dessus)

- une mystérieuse petite photo (rue de Marrakech) que je veux faire scanner pour essayer de la déchiffrer. (voir ci-dessous) Il l'a gardée pliée toute sa vie dans son missel...   Et c'est tout !"

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Une énigme, qui aidera à identifier le lieu de cette photo ?

"En ce moment je consacre un livre à mon père, dans une forme littéraire qui respecte exactement sa propre expression en l'approfondissant.

Je sais bien que de fil en aiguille souvent les connaissances s'accroissent de manière surprenante, c'est pourquoi je me réjouis de votre entreprise et espère aussi pouvoir y être utile.

Un très beau document sur Marrakech septembre 1938 dans le Journal en ligne de --> George Orwell
Précieux pour les observations sur la vie militaire, les relations des Français avec les indigènes, etc."

A peu près à la même époque le grand père de Bazooka Joe a participé à l'expédition militaire dans le Todra (1932). Il y avait du Génie, du Train, de l'Intendance, service de santé et service vétérinaire et aussi de l'artillerie: L'Atelier mobile N°5 commandé par le capitaine MORIN.

Le 64e RAA se rendit célèbre plus tard. Rééquipés avec du matériel américain, les RAA vont emprunter les sentiers de la gloire : campagne d'Italie, débarquement en Provence, libération de la France, invasion de l'Allemagne, au cours de laquelle un officier du 64eRAA, le capitaine TOUYERAS, sera le premier à hisser le drapeau français sur le nid d'aigle d'Hitler.

 

Le RACM a quitté Marrakech pour Meknes et Fez entre Octobre 1934 et mars 1937.

Un plan de 1935 du Camp Mangin montre que les deux quartiers des artilleurs et le parc d'artillerie se situaient au plus près du Djbel Guéliz.

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Le 31 mars 1937 il devient le Groupement autonome d'artillerie coloniale du Maroc GAACM en garnison à Meknes et Fez

D'avril 1937 à novembre 1942 le RACM

1er avril 1937    création du RACM par changement d'appellation du GAACM, 3ème formation : retour  à Marrakech, garnison de tradition.

La guerre: Après le Rif et le Levant, les artilleurs africains vont donner leur pleine mesure au cours de la campagne de Tunisie en 1942-43, en faisant échec aux offensives de l'axe malgré un désavantage matériel très net.

Le changement dû au débarquement américain:

  1. 25 novembre 1942    Les Ier  et IIIème groupes du RACM sont versés au Régiment d'Artillerie Coloniale du Levant (RACL), le 1er  groupe du RACL devient 1er groupe du RACMaroc à Marrakech
  2. C'est aussi en 1943 qu'apparait le 69e RAM (Régiment d'Artilllerie de Montagne)

    01.07.1943    Le RACM est réorganisé au Maroc sur le type US à 2 groupes de 105 et 1er  groupe de 155. les Ier et IIe groupes sont équipés en 155. Puis sont créés les IIIe et IVe (155 également). Le RACL est donc à quatre groupes lourds. Il participe aux campagnes de 1943 à 1945.

    Plus tard le 404e RAA installera ses unités à Safi, Louis Gentil (Youssoufia) et BenGuérir. Nous avons quelques noms qui appartenaient à la 3e batterie basée à Louis Gentil: Capitaine LYS,  Ss-Lt PIRETTE, Adjt-chef BOURETTE, Brigadier GRANDGOULET. De même merci à Raymond VAUDE (Safi) qui nous précise que le régiment a quitté le Maroc pour l'Algérie en mars 1957. (voir les 5e et 6e commentaires) 

    (listes de noms et grades à compléter dans les commentaires)

404__R_A_A L'Ex Maréchal des Logis Raymond Vaudé viens de retrouver le faire part du Père 100 du contingent 56/1/C du 1/404 RAA avec une liste de noms

"Féter le père 100 en mars 1958 était de l'optimisme car je n'ai été libéré que 240 jours plus tard.

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 Bosméan, Boubon, Boudreau, Boureau, Bozzato, Delbecque, Delemme, Darne, Duflo, Dupont, Edet, François, Fischer, Isart, Marcou, Miquet-Sage, Muylaert, Michel, Mazei, Lassalle, Lestrohan, Pegliasco, Perret, Pizzacalla, Raynaud, Roche, Raineri, Santre, Simonetti, Raymond Vaudé, Gore.

 

 

 

 

01.10.1945    Les Ier , IIème et IIIème groupes forment le 11ème RAC, le IVème groupe devient groupe d'artillerie coloniale de montagne du Levant (GACML).

Le 06. 01 1946 le GACML débarque en Indochine et le 01 10 1954 Le GACML devient I/RACM au Maroc.

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Le 69e RAA est envoyé en Indochine également et son insigne change en alliant l'étoile du Maroc et le Dragon d'Indochine.

Le 03.08.1955    Le 1er groupe du RACM devient I/10ème RAC par changement d'appellation. Le reste du régiment est dissous.

Le groupe d'artillerie coloniale de montagne du Levant, de retour d'Indochine, devient le nouveau 1er  groupe du RACM qui s'installe au Maroc.

Dans les années 1953 - 1956 il y avait au 64e R.A.A le Commandant KREITMANN, Brigadier-chef Pierre ALBERT, Artilleurs: Albert BRUN, Roger CALAME, ... (liste à compléter) et au  69e R.A.M. (Artillerie de Montagne) servaient les artilleurs: Jean PIERRAN, Victor WILLY,( liste à compléter)

Beaucoup d'enfants de ces artilleurs allaient à l'école du Guéliz ou à celle du Camp Mangin ( parfois à Notre dame des Apotres) avant d'entrer au Lycée Mangin.

L'indépendance algérienne sonne le glas de l'artillerie d'Afrique, dont les derniers régiments sont dissous en 1964.

Nous remercions Paulette CHÖNÉ et Christian M pour ces souvenirs qui nous permettent de saluer la mémoire de ces artilleurs et régiments qui ont participé aux conflits majeurs du 20e siècle après s'être ressourcés à Marrakech. Nous encourageons ceux qui peuvent compléter ces souvenirs et rassembler des documents à nous aider et à écrire des commentaires.