Voir en fin d'article un film sur l'histoire du cinéma Le Colisée (passé inaperçu en raison d'un titre inadapté "Marrakech ciné stories" !!!)

Le film MEKTOUB, tourné à Marrakech et dans les Rehamna, fut en 1918 le premier film de fiction tourné au Maroc. Projetté dans les salles seulement en 1920. Tous les acteurs et figurants étaient marocains à l'exception de deux acteurs professionnels venus de Paris. Le scénario correspondait à une histoire vraie de la vie marocaine au temps du grand vizir Ba Ahmed (vers 1903). Ce film donna un rôle de premier plan à une chika, danseuse et chanteuse de Marrakech, Saïda Beni Saïd et en fit la première actrice marocaine.

Nous avons déja présenté ce film sur ce blog. voir le lien: MEKTOUB C'ÉTAIT ÉCRIT

Ce premier film tourné au Maroc précéda dans les mois qui suivirent d'autres films,  soit des films à intention patrimoniale ou touristique, purement documentaires, sans acteurs, dont nous donnons une liste indicative au bas de cet article, soit des films construits avec un scénario et une mise en scène.

Stinia-Palais-Glaoui

TROIS FILMS D'ACTEURS FURENT TOURNÉS DANS LA MÊME ANNÉE 1922 ET DONNÈRENT LIEU À UNE STIMULANTE RIVALITÉ ENTRE LEURS RÉALISATEURS FRANÇAIS. "LE SANG d'ALLAH" par LUITZ MORAT,  "IN'CH'ALLAH" par FRANZ TOUSSAINT & LES HOMMES NOUVEAUX PAR VIOLET ET DONATIEN. Les trois films furent tournés partiellement à MARRAKECH et partiellement dans l'Atlas pour LE SANG D'ALLAH, partiellement au sud de Mogador/Essaouira pour IN' CH' ALLAH et partiellement à Casa, Rabat et Fez pour LES HOMMES NOUVEAUX. Tous furent tournés partiellement à MARRAKECH; ce qui fait de cette ville la première ville du cinéma au Maroc. Ci-dessus le palais du Pacha, la Stinia. Le pilier sur la gauche de la photo couleur (vu sous un autre angle) est le même que le premier pilier de la scène du film ci-dessous en noir et blanc.

chez-le-pache-cinemonde Une scène du film "Le sang d'Allah" tournée dans le Palais du pacha de Marrakech.

Ces films n'étaient pas destinés à un public marocain mais se voulaient instructifs pour les européens se rendant au Maroc. Tout en faisant découvrir les moeurs marocaines ils voulaient alerter les européens sur les dangers qu'ils encouraient à s'intéresser de trop près aux femmes marocaines. Des films pédagogiques pour adultes en quelque sorte.
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LE SANG D'ALLAH - 1922 -  Scénario : Luitz MORAT (vrai nom Louis RADIGUET, photo à gauche) et Alfred VERCOURT

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Début du tournage en décembre 1921- Le film eut d'abord pour titre "AU SEUIL DU HAREM"; mais ce titre fut abandonné entre le tournage et le montage au mois d'avril. Ce remplacement de titre a fait croire à certains qu'il y avait deux films différents, en fait il s'agit du même film. 
La première projection privée fut réalisée le 11 octobre 1922 et la diffusion en salles effectuée par Pathé Consortium Cinéma
Sortie dans les salles le 1er Décembre 1922 à Paris, Aubervilliers et Clichy, puis par toute la France, quelques villes d'Algérie  et... le 18 mars 1923 Arcachon ...
Le sang d’Allah est présenté comme un conte d’Islam, tourné au Maroc avec une immense figuration indigène, 18000 hommes, 5000 cavaliers, 3000 chameaux. Le Pacha de Marrakech fit venir à ses frais et nourrit pendant trois jours hommes et montures. Luitz Morat n'eut rien à payer, la seule chose qu'il put faire c'est dire "Merci". Il n'est pas douteux que le Pacha était un fervent amateur d'art et de spectacles. N'a-t-il pas fait venir la troupe qui jouait la Traviatta afin qu'elle se produise au Palace à Marrakech? Mais on ne peut s'empêcher de penser que faire venir sous les remparts de Marrakech autant d'hommes et de cavaliers en armes avait pour lui un intérêt politique, précisément en 1922, année où le Président Millerand a fait une visite des principales villes du Maroc. Personne d'autre au Maroc n'était capable de convoquer autant de combattants, une démonstration de sa puissance. 

gaston-modo-cinemonde

Acteurs: Florica Alexandresco (d'origine roumaine), Gaston Modot (photo à droite), Henri Rollan (vrai nom: Martiné), Marthe Venot, Baron San Giorgio, '....           
Société productrice: Films Luitz Morat, Pierre Régnier et Cie
Opérateurs: Jules Krüger et Décors: Hugues Laurent. Jules Krüger deviendra un très célèbre chef opérateur. (voir photo avec caméra à manivelle). Laboratoire mobile: André Debrie, constructeur d'une caméra à grande vitesse, le Debrie GV. Cet appareil, à entraînement manuel, permettait de filmer jusqu’à 240 images par seconde.
Scénario: Deux jeunes européens, Henry Averson et Jack Herveley, accompagnés de quelques amis, ont été conduits en Afrique, l'un par son goût de la chasse et du sport, l'autre par le désir d'oublier le grand chagrin que lui a causé l'infidélité de sa femme. (En photo, Gaston Modot, ligotté et surveillé par son geolier)

Jules-Kruger-cinematographe

Un jour qu'ils excursionnent aux environs d'une ville dont le sultan ayant surpris sa favorite Yasmina dans les bras d'un esclave a ordonné que la coupable fut lapidée. Henry, que révolte cette punition impensable pour lui,  arrache Yasmina au supplice, mais ce geste de pitié est, par les fidèles du Coran, considéré comme un crime. Le camp européen est attaqué, Yasmina rendue à son seigneur et maître et Henry fait prisonnier. Celui-ci va être livré au boureau lorsque la jeune femme offre sa vie au sultan en échange du fou qui a essayé de la sauver. Mais le sultan refuse cette offre; et cruel dit au jeune homme: "Tue toi-même la coupable et tu seras libre." L'européen refuse et est conduit sur une terrasse avec Yasmina où ils succomberont tous les deux au double supplice du soleil et de la soif. Yasmina meurt la première et Henry est délivré par son ami Jack.

Florica-Alexandresco-star-roumaine

Cette action que n'alourdit aucune intrigue annexe est emportée dans un mouvement fievreux qui gagne le spectateur qui ne s'interroge un moment que lorsqu'il y a à nous faire voir des tableaux, comme celui qui groupe sous les vieux remparts de la citadelle où est tapi le sultan, quelques miliers de cavaliers prêts à s'élancer sur leur proie.
L'interprétation de "Le sang d'Allah' est simple et musclée avec MM. Henri Rollan, Georges Modot et San Giorgio, souple, nerveuse et d'un charme à la fois orietal et slave avec Mme Florica Alexandresco.
Sous le nom de - Au seuil du Harem le départ pour le Maroc eut lieu dès décembre 1921. 

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Mais ce titre fut abandonné par Luitz-Morat et il choisit à la place "Le sang d'Allah"
Le titre abandonné fut repris plus tard (1926) pour la version française d'un film danois de A. W. Sandberg. (L'acteur menotté sur la photo à gauche est Henri Rollan. On reconnaît la forme des colonnes de Dar Moulay Ali, proche de la Koutoubia)
Le tournage de "Au Seuil du Harem" devenu "Le sang d'Allah" s'est déroulé à Marrakech et même plus au sud jusqu'à mi-avril 1922, comme nous l'indique un courrier de Luitz Morat au journaliste Croze: "Dans le bled marocain, ou plutôt aux contreforts de l'Atlas neigeux, un peu plus au sud que la grande capitale Marrakech".
Il écrit aussi à un journaliste du Petit Journal après la fin du tournage qui a duré un peu plus de deux mois. Mais sa lettre ne sera publiée qu'en  juillet 1922.
Luitz MORAT: "Que penseriez-vous du metteur en scène qui, pour entreprendre un film portant semblable titre, ne se croirait pas obligé de s'en aller dans l'extrème-sud marocain, à Marrakech par exemple ? C'est donc à Marrakech que, pour réaliser le scénario que m'avait remis mon ami Alfred Vercourt, j'avais établi mon quartier général et le laboratoire ambulant établi par Debrie, où je disposais du nécessaire pour voir, le soir même, et grâce au dévouement et à l'habileté de mes opérateurs Krüger et Laurent, le négatif de ce que nous avions tourné dans la journée... Or, nous tournions, nous tournions beaucoup, nous tournions tous avec entrain et foi, tant que nous étions: Mme Florica Alexandresco, du théâtre national de Bucarest, M. Henri Rollan (L'Athos des 3 Mousquetaires), Mlle Marthe Vinot, le baron Saint-Georges, Gaston Modot qui, après son farouche Ascanio de La terre du Diable, exprimait dans son nouveau rôle, toute sa fantaisie et tout son humour. Et, c'est en tournant que nous parcourumes une importante partie du Maroc: partis de Marrakech, nous passames par Tazerte, point d'où s'élancent les pistes du désert, et que nous atteignimes après avoir traversé le Haut-Atlas aux neiges éternelles, puis... par Tahamaout, Sourk, Azemour, Tagadirt, où se passe un bon tiers de l'action du film. (il y a beaucoup de lieux qui portent les mêmes noms dans l'Atlas, avec parfois des orthographes différentes, mais cette liste devrait permettre de situer plus précisément le bled où se fit le tournage)
Sans doute notre vie fut-elle mouvementée, mais elle ne le fut qu'agréablement, grâce surtout à son Excellence le Pacha de Marrakech qui facilita notre tâche de tout son pouvoir - et même au-delà... 
Durant notre séjour dans l'extrème sud marocain, nous avons évidemment tous vécu de la vie berbère, couchant sur la terre, mangeant le couscous et le méchoui ou bien encore du poulet farci de figues vertes et de dattes, et cela avec la main, sans le moindre secours de la moindre fourchette.
Après chaque repas, le serviteur apportait à chacun de nous un bassin d'argent rempli d'eau chaude, où nous trempions la main droite. Et puis nous buvions le thé à la menthe - jamais de vin - et nous fumions un tabac très parfumé. Le dîner achevé, tout en buvant et en fumant, nous regardions des danses qui dans la nuit profonde nous enveloppaient de poésie.
Heure exquise de repos après le travail épuisant sous le soleil. Maintenant, ce travail nouveau pour nous et plein de pauses non moins inédites est fini et j'espère avoir réussi dans le projet que j'avais formé de présenter l'Islam sans supercherie et sans artifice, tel qu'il est réellement en 1922, rébarbatif d'aspect, moyennageux de moeurs et d'allures, mais en définitive plus près que nous le croyons de notre vie moderne. Ce que j'ai essayé de mettre  dans "Au seuil du Harem", que vous verrez au début de l'automne prochain, c'est l'Islam tout entier, avec ses châteaux forts en tronc de pyramides, avec ses habitants si farouches quand on ne les connait pas; mais si doux, ingénus et hospitaliers quand on a gagné leur confiance et nous verrons bien si j'ai réussi. In' Ch'Allah! Comme nous disions quand nous étions les hôtes du Pacha de Marrakech. Luitz MORAT
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In'Ch'Allah, c'était écrit, film de Franz Toussaint
Franz Toussaint est un homme du Sud-Ouest, né à Toulouse, ami de Jean Jaurès et Jean Giraudoux. Auteur et traducteur de poèmes orientaux, il parlait l'arabe dont il faisait des traductions, de même du persan, du sanscrit et du japonais. Il ne tourna lui même qu'un seul film: In'Ch'Allah et fit également les scénarios de: La sultane de l'Amour et de Tristan et Yseult (en arabe).
Tournage au Maroc à partir de mars 1922

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Première projection à Paris en novembre 1922
Le film ne sera projetté à Alger qu'en avril 1924.
Le critique de cinéma Emile Vuillermoz après avoir vu la première projection mi-novembre 1922 a publié un article dans Comoedia:

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L'auteur, Franz Toussaint nous présente l'aventure d'une petite danseuse arabe du nom de Zilah, (jouée par Stacia Napierkowska) dont une prédiction mystérieuse va bouleverser la douce existence. Une inscription funéraire annonce qu'une jeune vierge très belle, dont le père sera originaire du Maghreb et pour laquelle sept hommes seront morts dans la même nuit, sauvera son pays d'un désastre. Le père de Zilah, le vieux Bakir, et un chamelier farouche nommé Saïd, vont se vouer à la tâche sacrée qui consistera à conduire Zilah, de gré ou de force, vers son destin. Car le fatalisme musulman ne croit pas inutile d'apporter aux prédictions d'Allah la collaboration la plus énergique et la plus active. Zilah aime le jeune caïd Sliman et se soucie peu d'être une héroïne de l'Empire marocain. Bakir et Saïd ne pouvant la convaincre, l'enlèvent et lui font traverser le désert pour l'emmener à Irchad. Sliman se lance à sa recherche, la rejoint au moment où Bakir vient de mourir, et, toujours sous la protection menaçante de Saïd, se voit contraint de suivre la voie fatidique. Ils arrivent enfin à Irchad, où le sultan Khaled, oublie ses devoirs de chef entre les bras de sa perfide favorite Djahila, qui médite de livrer l'empire aux tribus des montagnes.
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Le voluptueus Sliman s'éprend de Djahila et délaisse la pauvre Zilah qui se désespère.(Photo: Fabienne Fréa en Djahila)
Mais Saïd veille, toujours mystérieux et, toujours énergique. Il épie les traitres et déjoue leurs projets. Les tribus de la montagne envahissent la ville, le sultan s'enfuit lachement, Sliman est tué, Djalila se fait justice. Zilah fanatise le peuple qui prend les armes sous la conduite de Saïd et délivre l'empire. La prédiction est réalisée. Et le chamelier, refusant la main de Zilah devenue sultane d'Irchad, reprend lentement la route du désert.
On devine aisément ce qui a du se passer dans l'atelier de montage de Franz Toussaint. Pour réaliser ce vaste tableau d'histoire musulmane, l'auteur avait du accumuler les notations et les détails. Il a fallu, au dernier moment, resserrer le sujet en réduisant le métrage. Minute dangereuse où furent certainement sacrifiés des éléments essentiels. À ces moments là, un auteur, trop familiarisé avec son oeuvre est incapable de discerner ce qui est indispensable ou non à l'intelligence de son sujet et ses coupures deviennent souvent des mutilations graves. Pour un oeil neuf ces mutilations laissent des cicatrices apparentes. Voici celles que, pour ma part, je voudrais voir disparaître, ce qui est, d'ailleurs, un résultat très facile à obtenir. Il y a, dans ce sujet, un élément dramatique capital trop souligné: le voluptueux Sliman et le farouche Saïd sont frères. Leur antagonisme autour de la frèle Zilah crée une situation digne de plus sérieux développements, d'autant plus que Saïd est seul à connaître ce secret et se laisse condamner à mort par Sliman sans se faire reconnaître.
Sliman a une épouse qui cherche à s'opposer à son départ et tente de le suivre au désert. De ce rôle, probablement important dans le scenario, il ne reste plus que deux "amorces" inutiles qui déroutent le spectateur et qu'il serait prudent de faire disparaître, malgré toute la grâce de Mademoiselle Yvonne Simon, parce qu'elles ne sont plus justifiées et sollicitent une curiosité qui sera déçue. La mort de Sliman est escamotée et nous ne voyons pas l'évolution de la pensée de Zilah en qui l'indignation tue l'amour. Nous avons laissé une petite danseuse en larmes; nous retrouvons une Jeanne d'Arc du Maghreb sans aucune transition. L'équilibre entre l'anecdote sentimentale et le drame du fanatisme patriotique est, d'ailleurs souvent compromis. Le sujet se rapetisse et grandit tour à tour: il pourrait, mieux conduit, mieux enveloppé, garder toujours la même échelle. Encore une fois, il ne s'agit là que de détails de montage. Quelques sous-titres, quelques rapppels, quelques insistances adroites arrangeraient toutes choses et donneraient au film toute sa force et toute son éloquence. Mais l'oeuvre est assez belle pour qu'on n'hésite pas à lui accorder de tels soins.
L'interprétation est excellente. Mademoiselle Napierkowska, étoile désormais attitrée de films sahariens, a vécu son rôle avec une sobriété, une tenue, un charme et une intelligence tout à fait remarquable. Mlle Fabienne Fréa a eu de belles minutes d'expression dramatique aigüe et féroce. Et le centaure Brahim El Hadjeb a dominé tout le film de sa magnifique autorité, de sa simplicité pleine de force et de son expérience artistique d'enfant du désert renseigné, à qui Franz Toussaint a dû présenter quelque jour à Nice, le terrible Modot et "La sultane de l'Amour!...
Il faut citer aussi dans l'équipe deux actrices marocaines: Messaouda Bent Yella, Zouhra Bent Yabla et les acteurs Brahim El Hadjeb et El Hadi El Moukhtar. De même : Yvonne Simon, Jean Salvat, André Volbert, Dartagne, Jacques de Trévières et Marco de Gastyne.
Opérateurs Louis Chaix et Henri Gondois.
Société de Production : Général Film Office
Distributeur: Compagnie Française du Film
La comédienne Fabienne Fréa raconte son recrutement et le tournage au Maroc :

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C’était un matin gris de mars dernier. Les arbres, que j’apercevais de mes fenêtres, n’avaient pas encore leur robe de feuilles.  Assise au coin du feu, tisonnant les braises et mes souvenirs, je m’efforçais de lutter contre ma grande nostalgie du soleil et de l’azur de mon pays natal. Certaines femmes sont mélancoliques le soir, d’autres ont du vague à l’âme toute la journée, la plupart, et je suis de celles-là, en ont surtout le matin, quand elles viennent de murmurer – ou à peu près – et sortant des limbes, du sommeil et des rêves.

Afin de pouvoir prendre mon courage à deux mains, je venais de poser ma tasse de thé sur la cheminée lorsque retentit l’appel du telephone.

-       Allo! Mlle Fabienne Fréa ?

-       On le dit.. lançais-je sans aménité.

-       Franz Toussaint…

-       Oh! Pardon…

-       Vous allez bien ? Oui ? Alors, si vous êtes libre et si ça vous chante, nous partons demain soir pour le Maroc. Mon film… In’ Ch’ Allah ! Je vous ai choisie… Je vous confie un des rôles principaux.

Dans mes joyeux égarements, et à ma honte immediate, moi qui eus un premier prix de géographie au couvent des Dames de Sion (mais j’avais dû copier mes compositions…) je demandai à M. Franz Toussaint:

-       Est-ce que le paquebot fera escale à Smyrne?

Dieu est grand ! La communication avait été coupée. Mon intimidant interlocuteur n’a pas entendu cette question déplorable.

Et ma chambre, aussitôt, fut inondée de soleil, et des oiseaux merveilleux étincelèrent dans les arbres qui s’encadraient dans mes fenêtres et un puissant parfum de rose, de jasmin, d’oranger en fleurs, m’environna.

Était-ce vrai? Demain, le Maroc ? Ses grands sables où palpitent les mirages. Ses jardins édéniques… Au bord de la mer, Mogador, Mazagan, Rabat, Salé, ces villes blanches qui sont le collier d’Anphitrite…. Demain, le Maroc !  Fez, Marrakech, les neiges de l’Atlas, ses fontaines d’eau bleue, tous ces arômes qui m’attendent et dont je ne pourrai peutêtre plus me detacher !

Le temps d’allumer une petite cigarette, et j’ai retrouvé ma lucidité: “Ma fille, il ne s’agit pas d’un voyage d’agrément. Il s’agit d’un film, qui n’est pas une petite affaire. Pour comble, on te donne un des principaux rôles. Quel poids pour mes frèles épaules! Tu ne seras jamais capable de t’en tirer.”  Ah! Comme j’ai envie de dire tout de suite à M. Franz Toussaint que j’ai la grippe, ou que je viens de me casser la jambe, ou que mon fiancé m’interdit de partir !

Un des principaux roles d’In’ Ch’ Allah! Avec Stacia Napierkowska, la grande étoile… Non ! Je n’ose plus…

J’ai un prétexte. Je suis étrangère. Je ne possède aucun passeport. Je sais qu’il faut plusieurs semaines de démarches pour en obtenir un et la troupe s’embarque après demain. Je lui parle de mes papiers, qui ne peuvent être en règle avant longtemps….

-       Mademoiselle, vous les aurez ce soir-même. Le nécessaire a été fait.

Le sort en est jeté !

 -    Quelles robes dois-je emporter ? dis-je avec résignation?

-       Rien pour le film. Vous jouez un role en sultane. Comme il fait déjà chaud là-bas , ne vous munissez que de robes très légères, de petits chapeaux et d’ombrelles.

Bien entendu je n’ai entassé dans mes malles que des robes d’hiver, des manteaux, des fourrures et des parapluies.

Ça commençait bien ! Et je suis quand même arrivée à Casablanca, mais sans avoir apercu Smyrne.

À partir de ce jour, il m’est difficile de classer mes souvenirs du Maroc. J’ai vu tant de merveilles ! j’ai savouré tant de délices et j’ai eu de telles fatigues ! Tout est encore pêle-mêle dans ma mémoire.  La décantation sera longue. Quand j’évoque Fez, Marrakech ou Rabat. Je vois d’abord verdoyer des Jardins écrasés de lumière, des jardins ou les rosiers et les géraniums en fleurs sont des arbres. Des ruisseaux mélodieux, des fontaines et des bassins aux parois incrustées de mosaïques multicolores y répandent une fraîcheur d’oasis. Je ferme encore les yeux et c’est Fez dans une nuit lumière. J’écoute le bourdonnement qui monte de cette ville aux six cents mosquées. J’écoute les chant d’un moueddin’ qui appelle à la prière. Je vois le désert blanc des caravaniers exténués qui se traînent vers un puits tari. Et j’entends M. Franz Toussaint qui clame en arabe avec force jurons qu’Allah ne lui pardonnera jamais :”Ne regardez-pas les appareils !”

Je vois les opérateurs qui, ruisselants de transpiration pestent contre la poussière de sable qui va peutêtre atteindre leur pellicule. Je distingue M. Marco de Gastyne qui a des démélés avec nos turbans et nos robes. Je suis des yeux, avec angoisse, un de nos chauffeurs, qui est parti à la recherche d’eau qui refroidira son radiateur. J’entends annoncer que le chef de l’immense caravane convoquée pour trois heures dans la palmeraie de Sidi Harazem s’est trompé de route et ne pourra nous rejoindre que dans trois jours. J’assiste, le coeur battant, aux vertigineuses prouesses équestre qu’éxécute Brahim El Hadjeb, cet Arabe qui est le héros du film et qui risquait chaque fois sa vie avec une complète indifference.

À présent, dans le calme d’une retraite champêtre, je laisse vagabonder mon esprit parmi toutes les splendeurs auxquelles j’ai modestement participé. Tous ces souvenirs resteront mon plus cher trésor. J’ai beaucoup vu, j’ai essayé de retenir beaucoup. Puisse le sablier du Temps tarder à effacer dans ma mémoire les lumineuses images qui enchantent actuellement mes jours !

In’ Ch’ Allah (S’il plait à Dieu!). Parmi tous ces souvenirs, il en est que le père Kronos ne pourra pas détruire.

Si je dois à ce film d’avoir fait leplus beau voyage que l’on puisse imaginer, je lui suis surtout reconnaissante de m’avoir donné de connaître, d’aimer, et d’admirer davantage encore Stecia Napierkowska qui sera l’innoubliable flamme d’In’Ch’Allah! Son charme, sa grace, sa bonne humeur permanente dans les moments les plus pénibles – et nous en avons eu ! – étaient notre réconfort, notre stimulant.

Mais quel bavardage ! Vraiment, pensez-vous, ne ferait-elle pas mieux de nous dire quand on verra In’ Ch’ Allah !

Vous le saurez bientôt !

Il ne reste à la petite sultane qu’à s’excuser de n’avoir été que le pâle reflet de la femme mystérieuse et tragique dont M. Franz Toussaint a conçu l’existence.   Fabienne Fréa

LES HOMMES NOUVEAUX, film d'E.É. VIOLET et de É.B. DONATIEN.

 

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Ce troisième film tourné dans plusieurs villes du Maroc  comporte plusieurs scènes à Marrakech, notamment dans la palmeraie où l'acteur Georges Melchior joue le rôle du capitaine de Chassagnes, victime d'une agression. Il s'agit d'une adaptation du roman de Claude Farrère au titre éponyme. Claude Farrère a composé lui-même le scénario et s'en explique: "J’ai tenu à faire le scénario moi-même du film Les Hommes nouveaux. Certes, je n’ai rien d’un homme de génie et je le regrette amèrement chaque jour, mais j’ai l’orgueil d’avoir fait un scénario de saine propagande où se trouve magnifié l’effort colonial français qui n’est pas ce qu’un vain peuple pense, puisque la conséquence la plus directe du succès de cet effort est d’épargner le sang humain sur la terre. 

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J’ai glorifié, dans le film l’un des plus grands français d’aujourd’hui, le Maréchal Lyautey qui a mérité ce surnom, le plus beau de tous les éloges: l’Africain. L’Africain ce nom qui claque comme un étendard au vent du large, personne n’avait mérité de le reprendre depuis plus de deux mille ans qu’il est tombé en désuétude.
Eh! Bien, il y a une chose qu’ii faut dire: c’est que, grâce au film, cette propagande que j’ai voulu faire au Maroc et à son fondateur a été multipliée puisque des publics sans nombre ont acclamé la grande oeuvre de Lyautey au Maroc."
Le journaliste Marcel Gaultier a rédigé un résumé du scénario: 
Le romancier Claude Farrère, ayant réalisé qu’il existe un autre Maroc que le poétique Maroc d’hier fait de palais, de jardins et de fontaines, peint à nos yeux le Maroc d’aujourd’hui et de demain, celui que sont entrain de créer, autour du Maréchal Lyautey et de ses collaborateurs, « Les hommes nouveaux ».

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Pour commencer se rencontrent sur le paquebot « Mezzar » allant au Maroc, Jules-Amédée Bourron (joué par Donatien), propriétaire et spéculateur à Casablanca, et, Christiane Séveral (jouée par Marthe Ferrare) qui veuve de guerre et ruinée s’en va au Maroc rénover une quelconque industrie de tapis indigènes. Les seuls paquebots offrant d’immenses ressources pour que les relations s’y nouent et que les caractères s’y dévoilent, il arrivera à la fin de la traversée que nos deux personnages connaîtront ou croiront connaître leurs personnalités réciproques, et même seront fiancés.
Il est hors de doute que le romancier Farrère a pris dans la réalité toute pure de son entourrage: Bourron, Christiane et ceux qui gravitent autour d’eux. Nos compatriotes au Maroc n’ont pas eu de peine à soulever des masques à peine attachés. Ceci posé, il n’en reste pas moins que Christiane est, plus qu’un double de la propre fille de Farrère.

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 Elle est très belle et très séduisante, il va sans dire. Née d’une famille racée,(dans le premier sénario elle se nommait Christiane de Sainte-Foix) elle en a le courage, l’orgueil, et le goût de la sincérité. Elle a pu tromper un mari qu’elle n’aimait pas, et qui ne l’aimait pas; mais ce mari tué à la guerre, elle a eu "honte et horreur » de son amour, et elle a rompu, comme on accomplit un sacrifice nécessaire. Bourron, lui, est « l’homme nouveau ». Comme nous l’apprenons en même temps que Christiane à Tanger en 1910, il avait « moins que rien »; cinq mille francs empruntés; il « vaut » à Casablanca en 1922 douze millions. La différence suffit à montrer quelle manière de génie est Bourron; à une époque où le Maroc se fonde économiquement, il a su acheter et vendre des mules, des conserves, des terrains, et demain le pays entier lui appartiendra. Cela suppose évidemment un homme taillé pour la lutte, tour à tour fort et rusé, et sachant écarter les scrupules. Bourron a l’orgueil de sa fortune et de sa force, et ne veut pas être confondu avec les nouveaux riches de Paris ou de province. Car, dit-il « après eux rien ne reste que la misère de la France après nous la richesse d’un grand pays… Je me suis élevé, et j’ai élevé l’empire… » Envisagé ainsi un Bourron ne manque pas de grandeur que nous reconnaissons à un Carnegie ou à Rockfeller. Mais elle ne peut lui donner malgré ses prétentions ce qui lui manque totalement: l’éducation des manières, et surtout des sentiments.

Il pu conquérir la fine Christiane, car les femmes aiment la force, et aussi parce que l’ami commun que l’on trouve toujours en pareil cas a su lui démontrer ce qu’un tel mariage pouvait avoir de raisonnable.
Mais que ce ménage tourne mal, nous ne nous en étonnerons pas, malgré leur grande bonne volonté réciproque. Car ils se heurtent journellement à propos de ces menus riens dont justement la vie est faite. Christiane découvre peu à peu la grossièreté de son mari et en souffre, et s’ennuie sans savoir pourquoi, malgré l’adoration qu’a pour elle Laure, la délicieuse fille du premier mariage de Bourron.(jouée par Marcelle Legrand).
Mais voici que parmi les innombrables affaires que brasse Bouron se trouve une immense affaire d’accaparement. Celle-ci amène sur la scène un officier de renseignement (Capitaine de Chassaignes, joué par Melchior) détaché auprès du caïd Madhani, un grand caïd du Sud. Et c’est justement l’homme, si pareil à elle et si différent de Bourron que Christiane a aimé autrefois, et n’a pas oublié. Bourron, qui n’ignore pas tout à fait ce passé n’hésite pas à envoyer sa femme malgré elle vers cet homme, quand ses intérêts l’exigent.

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Mais l’orage affolé de la jalousie se lève sur lui quand Louis de Chassagnes, blessé dans une expédition et mourant pour son devoir, demande Christiane à son lit de mort.

Cinéa_-hommes-nouveaux-bourron-colere-1922Christiane insultée, brutalisée et enfermée s’enfuit, à la mode du pays, par les terrasses. Bourron perd en même temps que sa femme, sa fille révoltée de l’aveugle brutalité de son père; « Car, dit le philosophe du roman, M. Maurice de Tolly, vous avez un coeur d’or, un cerveau d’acier, et le reste à l’avenant. Vous serez donc un demi-dieu, la chose est possible, mais un gentleman, non, la chose ne l’est pas. Or, les femmes, bétail illogique et saugrenu, n’aiment que les gentlemen. Les femmes donc ne vous aimeront pas. Jamais. »

Christiane partira donc avec sa belle-fille pour le « voyage nécessité par sa santé » afin de sauver la face. Elle reviendra peut-être, car la grandeur de l’oeuvre des hommes nouveaux lui parait déjà, à peine Casablanca quittée. Et, résignée, elle pardonnera.
Ce roman est ainsi la double étude d’un mariage mal assorti, ce qui n’est pas neuf, et de la psychologie d’un "fondateur d’empire" ce qui ne peut manquer d’intérêt. Farrère y apporte avec le charme de sa philosophie désabusée, sceptique et indulgente, l’attrait d’un cadre merveilleux et plein de contrastes: Casablanca avec son activité américaine - Rabat et son jardin Bleu - les innombrables beautés de Marrakech - Et l’Atlas neigeux et boisé, où vit une organisation toute féodale le peuple marocain simple et fidèle, auquel les hommes nouveaux apportent la paix, la culture européenne, et peut-être aussi quelques autres bienfaits moins évidents.

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La mise en scène est celle d'Edouard-Émile VIOLET (de son vrai nom Châne, photo ci-contre) qui joue aussi le rôle de Maurice de Tolly. Le producteur est Alexis DAL MÉDICO (DAL films), parmi les autres acteurs on cite André Gargour, Jean Bradin. Les opérateurs et photographes sont André Dantan et Louis Dubois.

Hommes-nouveaux-aubert-Dal-films

L'affiche du film ne dit en rien que cet intérieur bourgeois se situe à Casablanca, mais elle est significative de l'époque. La Première du film aura lieu à Paris le 12 janvier 1923, au Gaumont-Palace et au Aubert-Palace et la diffusion dans les salles à partir du 26 janvier.

 Trois réalisateurs, trois approches différentes, l'un Luitz Morat est un homme de cinéma expérimenté, il arrive à Marrakech avec la meilleure équipe technique du moment et un grand nombre d'acteurs européens. Il met en scène des milliers de marocains, mais ne leur confie aucun rôle d'acteur. L'autre Franz Toussaint est plus un auteur qu'un homme de cinéma. Il continuera plus tard à écrire des scénarios, mais ne voudra plus être réalisateur. Son équipe technique est légère. Il connait très bien l'arabe et sa culture. Il prévoit des figurants marocains mais compte en centaines et non pas en milliers. Il confie des rôles d'acteurs à deux marocaines et deux marocains. Les premiers après Saïda Beni Saïd, actrice dans Mektoub, c'était écrit. Édouard-Émile VIOLET a déja réalisé plusieurs films. Il adapte un roman à l'écran dont il n'a pas écrit le scénario et arrive au Maroc avec son équipe de techniciens et d'acteurs qui a déja tourné plusieurs scènes sur le bateau. Il n'y a pas d'acteur marocain dans la distribution, seulement des figurants. 

Ce film muet précéda de 13 ans un autre film avec le même titre et la même histoire. Il ne faut pas les confondre entre eux. Le film parlant qui fut tourné en 1936 fut réalisé par Marcel L'HERBIER.

 Ces trois films muets tournés en partie à Marrakech et d'autres lieux du Maroc donnèrent l'occasion à plusieurs marocains de goûter à une carrière d'acteur de cinéma. À la première actrice Saïda beni Saïd qui joua dans Mektoub en 1918, viennent s'ajouter Messaouda Bent Yella et Zouhra Bent Yabla. Les femmes marocaines investirent le cinéma avant les hommes puisque nous ne connaissons que les noms de Brahim El Hadjeb et de El Hadi Ben Moukhtar comme acteurs en 1922. Mais les miliers de figurants, notamment dans le film de Luitz Morat, pouvaient donner l'espoir d'un futur développement du cinéma marocain.

Les quatre premiers films muets tournés au Maroc comportent des scènes filmées dans la Ville rouge: Marrakech, première capitale du cinéma au Maroc.

Quelques films documentaires de la même époque à Marrakech et environs:

Films documentaires de réalisteurs et opérateurs inconnus, sans fiction, tous sortis en 1920, seule la société de production est parfois indiquée.

Marrakech la rouge - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique fondée par Pierre MARCEL LÉVI en 1921 qui récupère des films a visée pédagogique tournés par d'autres avant 1921.
 
Petits métiers du Sud marocain - 1920 - France - Noir et Blanc - Production : CUC - Compagnie Universelle Cinématographique
Casbah-Tadla -1920 - (tourné en 1919) - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : Société Française des films et cinématographes Eclair - S.I.C.E. L'un des derniers films avant la faillite de son activité production (1922).
L'Oeuvre civilisatrice de la France au Maroc - 1920 - France - Noir et Blanc et Teinté - Production : 

Ces films ont été conservés et il est possible de les visionner sous certaines conditions. 

On notera aussi parmi les premiers films sur la Perle du Sud:

Marrakech de René Moreau. produit par la CUC en 1922 - Film de 10 minutes en 35 mm - Noir & Blanc et Teinté - France

Descriptif: Marrakech, l'une des capitales du Maroc, est l'ancienne cité impériale. Sa médina et ses monuments font sa renommée. L'oasis, au pied des remparts, est un lieu de rencontres. Les caravaniers et leurs troupeaux viennent s'y abreuver. Une foule cosmopolite fréquente les souks et les marchés.
Si vous avez l'occasion ne manquez pas de voir MARRAKECH CINÉ STORIES avec LE COLISÉE, Méroé Films. Les producteurs qui ont choisi le titre devraient mettre des lunettes. Ils auraient vu que le nom du cinéma n'était pas "The Coliseum".

cinema-colisee-marrakech 

Hadj Saïd LAYADI, le grand-père, a acheté la salle en 1953 avant l'indépendance mais à l'époque des attentats de Casablanca. Aïcha Ait Belkheir est ouvreuse depuis le début des années 1970. Le Colisée ne compte aujourd’hui plus que deux placeuses, contre cinq autrefois. En 2009 Mohamed Layadi, est gérant après le grand père. Dans la rue du Colisée, les trois autres salles des confrères ont disparu. Entre 1995 et 2007, le nombre d’entrées a chuté de 70%. Le royaume ne compte plus que 94 écrans, contre 300 dans les années 1980. 

Les Marrakchis qui ont des souvenirs de leurs cinémas peuvent les partager dans les commentaires ci-dessous.