LE REFUGE A 3207m AVANT LE TOUBKAL 

Les premiers alpinistes à gravir le Toubkal le 12 juin 1923 furent le marquis René de Bardon de Segonzac, un proche du Maréchal Lyautey, Vincent Berger et Hubert Dolbeau. 

Le blog a déja édité une publication sur l'ascension du Toubkal. Grâce à Marc Roché, né à Marrakech, qui a amicalement partagé des photos de sa collection nous sommes en mesure d'ajouter une nouvelle page sur la construction et l'inauguration du premier refuge du Toubkal construit à 3207 mètres. Cette page est composée aussi grâce à des articles de la presse marocaine. Marc est le fils de Paul ROCHÉ, magistrat à Marrakech et Président du CAF (section du Haut Atlas) à cette époque. 

Refuge-Louis-Neltner-1939-1960Le refuge du Toubkal, Louis Neltner, à gauche en juin 1939 à l'époque de son inauguration (photo Dantan, Rabat), à droite en été 1957 (photo Maurice Calas Marrakech). 

Le journaliste et le photographe de La Vigie Marocaine avaient couvert l'événement. Ainsi les lecteurs et notamment les alpinistes ont pu s'informer sur ce nouvel équipement en faveur des sports de montagne. "La construction se présente de l'extérieur sous la forme d'une bâtisse rectangulaire de 7 mètres de long sur 6 métres de large. Les murs ont 3,60m de haut et les pignons 6 mètres. La couverture de fer galvanisé sur voliges jointes et sur matière isolante est engagée dans le mur des pignons à l'avant et à l'arrière, pour donner moins de prise au vent. La maçonnerie, en gros moellons,est à base de ciment et un chainage périmétrique a été exécuté en béton armé à hauteur  des fenêtres. On pénètre dans le refuge par une porte en fer à deux battants qui donne accès dans un vestibule de 2 mètres sur 3 mètres. À droite et à gauche sont des casiers pour les chaussures et des râteliers pour les skis et piolets.

Du vestibule, une porte en bois recouverte de zinc sur la face extérieure donne accès dans la salle du rez-de-chaussée, qui mesure 6 mètres sur 5 mètres. Cette salle est éclairée par deux grandes fenêtres munies de volets en fer et de doubles vitres. Elle est meublée de deux grandes tables recouvertes de zinc, de bancs et de nombreux casiers.

Le chauffage est assuré par un poële et par une cheminée. Dans un coin, un évier en faïence est surmonté d'un grand récipient en fer galvanisé contenant 150 litres d'eau qui s'écoule par un robinet. À côté, un vaste potager recouvert de carreaux en faïence et un matériel de cuisine complet.

On accède par une échelle en fer au premier étage où est aménagé un dortoir de 22 places sur bas-flancs placés de part et d'autre d'un couloir central. Au-dessus des bas-flancs sont disposées de larges étagères; le plafond qui se prolonge jusqu'au niveau des bas-flancs est constitué par des lames de parquet.

Le dortoir est aéré par deux ouvertures: un oeil de boeuf et une fenetre analogue à celle du rez-de-chaussée.

Voilà une description qui rappellera des souvenirs à plusieurs anciens, alpinistes ou randonneurs, lesquels peuvent s'exprimer dans les commentaires.

Discours de Monsieur Paul Roché, Président de la section du Haut Atlas marocain du Club Alpin Français, sise à Marrakech. Prononcé le 28 mai 1939

Mon Général, Mesdames, Messieurs, Mes Camarades,

Au mois de juin 1922, trois hardis alpinistes, sous la conduite du Marquis de Segonzac, entreprenaient l'ascension du djebel TIFNOUT, vaste croupe arrondie qui se dresse à 4070 mètres d'altitude, à l'Est du TOUBKAL, et qu'ils considéraient alors comme le point culminant du haut Atlas.

Arrivés au sommet, ils étaient fort surpris d'apercevoir, à l'ouest, une pyramide imposante aux couloirs abrupts et un deuxième massif qui les dominaient nettement et que leurs guides chleuh désignaient du nom d'Ifni et d'Ouakoukrine. Ils évaluaient l'altitude du djebel Ifni à 4210 mètres, et, après une tentative manquée en avril 1923, ils en faisaient l'ascension le 13 juin de la même année par l'itinéraire que nous avons suivi ce matin.

Vous avez tous deviné qu'il s'agit du TOUBKAL dont l'aiguille d'Ifni constitue un épaulement rocheux très abrupt sur le versant sud.

Les premières ascensions du TIFNOUT et du TOUBKAL étaient à la base de la formation de la section du Maroc du Club Alpin Français.

Le Club Alpin Français, je me permets de vous le rappeler, a été fondé le 2 avril 1874. Reconnu d'utilité publique le 31 mars 1882, il a été agréé par le ministre de la guerre le 16 mars 1920. Personne n'ignore son œuvre grandiose ; sa réputation est mondiale.

Son but principal, faciliter et propager la connaissance des montagnes, a été amplement atteint.

Ses travaux scientifiques sont connus et appréciés des savants.

Il groupe aujourd'hui plus de 30 000 membres et il possède plus de 100 chalets ou refuges de haute montagne .

Son rayonnement dépasse les frontières de la métropole.

De toutes les possessions françaises, c'est au Maroc que l'on trouve les montagnes les plus belles.

La chaîne du Haut Atlas se classe, comme altitude, immédiatement après les Alpes, et, si elle ne comporte pas de glaciers, du fait de la latitude, elle présente cependant des sommets abrupts, des couloirs et des varappes fort intéressantes, des vallées splendides et des aspects très variés.

Elle s'étend du Djebel Ayachi, au Nord-Est, à l'Océan Atlantique au Sud-Ouest.

La perle de cette chaîne est, sans conteste, le massif du Toubkal-Ouenkrine avec au Nord-est, l'Aksoual et l'Inghemar.

Ce massif constitue le Haut Atlas de Marrakech, et c'est là que porte principalement notre activité.

Devant un champ d'action aussi vaste, après les résultats obtenus par leurs aînés de la Métropole, et suivant leur exemple, comment ne pas admettre que les alpinistes du Maroc devaient être obligatoirement amenés à constituer une section du Club Alpin.

La section du Maroc était donc fondée à Casablanca en 1923, sous la Présidence d'honneur du Maréchal Lyautey et sous la présidence du Marquis de Segonzac.

Son activité était très grande et c'est au premier congrès de l'alpinisme, tenu à Marrakech le 3 avril 1923 que le marquis de Segonzac en exposa les buts :

1° construction par l'initiative privée d'un grand hôtel de touristes à Marrakech ( ce fut la Mamounia) ;

2° aménagement de piste conduisant aux débouchés des vallées de montagne (Asni, Amizmiz, Ourika, Denmat) ;

3° construction de refuges de montagne.

L'essentiel de notre programme était déjà tracé, mais que de chemin parcouru depuis !

Entre temps des travaux importants étaient réalisés tant du point de vue alpinistique que scientifique par les membres les plus distingués de la section et qui ont nom :

MM. de Lepinay, Neltner, Dresch, Stoffer, et De Prandières. 

Nous avons appris la mort de ce dernier survenue récemment en France. Ayons pour lui une pensée reconnaissante.

En 1936, la « harka » de Marrakech était affiliée au Club Alpin français dont elle devenait une section, sous le nom de « Section du Maroc Sud » et sous la Présidence du Docteur Pourtau.

Dès lors commençait un gros travail d'organisation rationnelle et de réalisations constructives sous l'impulsion du Docteur Pourtau et de notre camarade Fourcade, aidés et conseillés par M. le Professeur de Lepiney, par MM Dresch et Neltner, et surtout appuyés par les autorités militaires et civiles de la région de Marrakech.

Entre temps, M. de Mazières avait acepté la présidence de la Section du Maroc, à Casablanca.

L'éloignement des montagnes du siège de la section en avait rendu l'action quelquefois inefficace malgré le dévouement de son président et de ses membres distingués.

Aussi, sur l'initiative de MM. de Mazières, de Lepinay et Dresch, la fusion était réalisée au profit de la section du Maroc Sud à Marrakech  devenue Section du Haut Atlas au début de l'année 1937.

Dès lors, notre effectif passait de 28 à 66 membres. Aujourd'hui nous sommes plus de 150.

De nombreuses courses, ascensions et collectives de propagande ont été réalisées depuis 1936 ;

parmi les ascensions les plus difficiles qui ont été réussies, nous devons noter la face sud de l'Inghemar, la face nord de l'Angour, l'arête Sud-Ouest du Toubkal, le Grand couloir du Tazarrt et les clochetons de l'Ouenkrime, parmi les collectives de propagande, les plus instructives, le Lac d'Ifni par le Tifrout et par le Tizi n'Ouanoum, plusieurs ascensions du Toubkal, le djebel Siroua et le Djebel Sagho, avec ascension du Bou Ghafer, enfin plusieurs reconnaissances dans les vallées de l'Oued Tifni et de la haute Tessaout, et la liaison refuge de Neltner- Tachdirt par le Tizi n'Ouaourei et le Tizi Likemt.

Un groupement de skieurs a été constitué au sein de notre section en 1937. Il a pris le nom de « Ski Club de Marrakech ». Son activité a été intéressante malgré le petit nombre de skieurs résidant à Marrakech. Surtout au cours de la saison dernière, il a fait de nombreuses sorties au plateau de l'Oukaïmeden et au Tizi n'Tichka où se sont joint à lui d'excellents éléments venus de Casablanca et même de Rabat.

Une fête de la neige, avec concours de slalom et de descente, dotés de nombreux prix, a été organisée pendant les fêtes de la Noël au plateau de l'Oukaïmeden.

Elle a remporté un plein succès. Mais c'est dans l'aménagement et la construction des refuges de haute montagne que l'activité de notre section s'est manifestée de la façon la plus durable.

Dès 1923 la jeune section du Maroc avait fait construire un refuge au col de Tachdirt (3200m), mais peu de temps après, un vent violent en emportait la toiture en zinc qui allait s'échouer quelques 100 mètres plus bas.

Aujourd'hui, il ne subsiste plus de ce refuge que quelques murs délabrés « témoins d'efforts qui eussent mérité un sort meilleur ». 

Peu de temps après, le syndicat d'initiative de Marrakech construisait les refuges d'Iref, Timichi, Tachdine et Arround dont les trois derniers, établis en haute montagne, ont constamment été utilisés par les alpinistes.

En 1936, le contrôle civil de Marrakech-banlieue, aidé par le Service des Eaux et Forêts et le Syndicat d'Initiative de Marrakech, a construit un grand chalet-refuge au plateau de l'Oukaïmeden.

La gestion en a été confiée à notre Section, plus exactement au Ski Club de Marrakech en 1937.

De grosses réparations et d'importants aménagements intérieurs ont été réalisés aussitôt et la capacité du refuge a été ainsi portée de 10 à 24 personnes. La vogue du plateau de l'Oukaïmeden n'ayant cessé d'augmenter, et le nombre de skieurs étant chaque année plus grand, dont certains résident quelquefois dix ou même quinze jours consécutifs au refuge, ces aménagements se sont avérés insuffisants. Nous avons mis au point un projet de transformation ; après sa réalisation plus de trente personnes pourront y trouver asile dans des conditions meilleures de confort. En outre un abri est prévu pour les muletiers.

Ce projet assez coûteux ne pourra être réalisé que grâce à des subventions du Comité Central du Club Alpin Français et nous ne doutons pas de son appui en l'occurrence ; mais il est une règle d'après laquelle le club Alpin Français n'investit pas dans des immeubles qui ne sont pas sa propriété.

Il faudrait donc pour que notre projet soit réalisé que les autorités compétentes consentent à nous céder le refuge de l'Oukaïmeden en pleine propriété et que cette cession reçoive l'agrément du Syndicat d'Initiative de Marrakech. Je pense que ce projet n'est pas irréalisable et M. Costedoat-Larmaque, contrôleur civil de Marrakech-banlieue a bien voulu m'assurer de son concours.

Depuis longtemps l'idée d'un refuge au pied du Toubkal hantait les esprits.

La marche d'approche était longue et fastidieuse pour des alpinistes qui partaient d'Arround pour faire l’ascension du Toubkal ou de l'Oukaïmeden, et ils étaient, le plus souvent, obligés de bivouaquer aux azibs d'Isgoun-Ouagouns, dans des conditions très inconfortables .

Mais les fonds nécessaires pour la réalisation de ce projet nous faisaient défaut.

Une circonstance étrangère à notre Section devait nous procurer les premières ressources.

Au mois d'août 1936, un groupe d'alpinistes français, conduit par Henry de Sigogne et composé de Pierre Allain, Jean Arlaud, Jean Carle, Jean Charignon, Jean Deudon, Marcel Ichac, Jean Leininger et Louis Neltner tentait l'ascension du Karakorum2 dans l'Himalaya.

Cette expédition était organisée par le Club Alpin Français.

Le 1er juillet Neltner, Deudon, Charignon, Allain et Leininger qui tenaient les camps supérieurs entre 5000 et 7000 mètres d'altitude depuis plus d'un mois, étaient obligés de battre en retraite, sur les ordres du chef de l'expédition et malgré leur désir de continuer.

En effet depuis plus de dix jours ils avaient été surpris par une tempête de neige d'une grande violence et la réalisation de leur vœux le plus cher s'avérait impossible.

Ils avaient néanmoins, « pour la première fois dans l'histoire de l'alpinisme mondial, réussi l'escalade entre 5000 et  7000 mètres d'altitude, d'un éperon de rochers aux couloirs vertigineux, dressant d'un seul jet au dessus du glacier ses impressionnants escarpements ».

Vous avez presque tous connu notre camarade Louis Neltner qui fut un des héros les plus intrépides de cette expédition.

Il a vécu au Maroc pendant plusieurs années. Il y était venu en qualité de géologue du Protectorat. 

Il est aujourd'hui professeur à l'école des mines de Saint Étienne.

Au cours de son séjour au Maroc, Neltner avait fait de nombreuses ascensions dans le Grand Atlas et réalisé plusieurs premières difficiles.

Ses travaux géologiques sont très importants et appréciés de tous.

Étant revenu au Maroc à l'automne 1937,  il a bien voulu donner une série de conférences sur l'expédition française à l'Himalaya.

Nous avons suivi ses conférences à Rabat, Casablanca et Marrakech avec le plus vif intérêt mêlé d'une réelle émotion et d'une profonde admiration. Admiration  que pouvait difficilement admettre le conférencier dont la modestie est légendaire.

C'est le produit de ces conférences qui a constitué la première mise de fonds pour la construction de ce refuge.

Nous avons reçu en outre 14 500 francs du Club Alpin Français, 1000 francs du Touring Club de France et 1000 francs de l'Office Chérifien du Tourisme.

Les plans du refuge ont été établis par notre camarade Fourcade et vérifiés, au point de vue technique, par notre vice-président M. Bulle.

C'est M. Fourcade qui en  a dirigé la construction. Les travaux ont commencé le 29 juin 1938, ils ont été terminés le 24 juillet.

Le Service des Travaux Publics et le Contrôle Civil de Marrakech-banlieue nous ont donné tout leur appui, tant pour l 'aménagement de la piste muletière d'accès que pour le transport des matériaux.

Nous avons l'intention de compléter ce refuge par un abri solide pour les muletiers, les guides et les porteurs. Cet abri sera d'ailleurs à la disposition de tous les indigènes de passage qui se rendent des Reraïa au Tifnout et vice-versa. 

L'inauguration avait été  primitivement fixée au 30 octobre 1938, mais des chutes de neige abondantes et de gros orages ayant rendu l'accès de la haute montagne impossible, nous avons dû, à contre cœur, renvoyer cette cérémonie à plus tard. 

Au cours de l'hiver dernier la haute vallée de l'assif Misane n'a cessé d'être fortement enneigée et nous avons attendu que le beau temps soit bien assuré pour venir ici en aussi grand nombre.

Monsieur le Général Noguès, Résident général, a bien voulu accepter le haut patronage de cette cérémonie ; Je vous prie, mon Général, de vouloir bien lui exprimer nos remerciements en même temps que l'expression de notre dévouement et de notre attachement à la cause française.

Mon Général, vous avez bien voulu en accepter la présidence d'honneur ; bien mieux, vous êtes venu en rehausser l'éclat de votre présence.

An nom du Club Alpin, je vous en remercie de tout cœur.

Je vous souhaite la bienvenue dans ces hautes montagnes que nous aimons tant.

Nous savions déjà votre sympathie pour l'alpinisme ; vous avez donné à maintes reprises des marques de bienveillance et vous ne nous avez pas ménagé votre appui lorsque  nous l'avons sollicité.

Nous avons souvent senti que votre impulsion n'était pas étrangère à l'aide que nous avons trouvée auprès des fonctionnaires d'autorité et des Administrations qui sont sous vos ordres.

Nous vous en sommes sincèrement reconnaissants.

Nous remercions aussi M. le chef d’État-Major qui, conformément à vos ordres a réglé de façon parfaite le concours de la section d'éclaireurs-skieurs et pour les travaux de piste auxquels les divers éléments d'infanterie ont collaboré, particulièrement entre Asni et l'Oukaïmeden. 

M. le Commandant Ribaud et tous les Officiers du bureau régional de Marrakech de l'appui bienveillant que nous avons toujours trouvé auprès d'eux, particulièrement pour l'organisation de nos collectives en zone d'insécurité. 

De la même façon nos remerciements vont à M le Général Commandant le Territoire de l'Atlas central, à MM . les Colonels Commandant les territoires d'Ouarzazate et  du Tafilalet, et à MM. Les Officiers des Affaires Indigènes qui ont facilité notre passage dans les divers centres et postes que nous avons traversés.

Nous remercions bien sincèrement M.M. Les contrôleurs civils Truchet et Costedoat-Larmaque de l'appui bienveillant que nous avons trouvé auprès d'eux.

Leur aide nous a été d'un grand secours tant pour l'aménagement des pistes autocyclables Asni-Arround et Asni-Iferghane et des pistes muletières Imelil-Azibs d'Isgoum Ouagouns et Iferghane-Oukaïmeden, que pour la construction du refuge de l'Oukaïmeden et la police des muletiers, guides et porteurs.

Particulièrement au cours de l'hiver dernier, M. le Contrôleur civil de Marrakech-banlieue a fait refaire à cinq reprises la piste d'Asni à Iferghane coupée par les orages et par la neige, et ces jours derniers encore, il a dû faire déblayer et réparer la piste muletière d'Imlil au refuge L. Neltner.

Ce sont là des travaux très importants dont nous ne saurions sous-estimer le mérite.

Nous remercions aussi M. Le Directeur Général des Travaux Publics, M. l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Marrakech et M. Bulle, ingénieur des Travaux publics de ses travaux sur la piste Asni-Arround et de leur aide apportée à la construction du refuge L. Neltner.
M. l'Inspecteur des Eaux et Forêts de Marrakech de son concours bienveillant et de l'aide apportée aux skieurs et aux alpinistes par le personnel de son administration, particulièrement par le garde forestier d'Iferghane ; MM. Les officiers skieurs, les sous-officiers et soldats des secours apportés aux skieurs et de l'aide qu'ils nous ont donné à l'occasion du consours de ski de la Noël.

Je me permets à ce sujet de signaler les services rendus par M. le Lieutenant Grudler et les belles randonnées qu'il a faites en montagne à la tête de sa section, parmi lesquelles une ascension du Toubkal en ski au cours de l'hiver dernier ; M.le Chef des services municipaux de Marrakech, M. le Directeur de l'Office Chérifien du tourisme, M. le délégué du Touring Club de France au Maroc et M. le Président du Syndicat d'Initiative de Marrakech pour les subventions et l'aide qu'ils nous ont accordées.

Nous remercions enfin M. le Caïd SEKTANI d'avoir bien voulu honorer cette cérémonie de sa présence ; nous le remercions de l'aide qu'il nous a donnée et du concours que nous trouvons dans sa tribu auprès des guides, muletiers et porteurs.
Les alpinistes connaissent depuis longtemps les habitants du Reraïa et ils ont toujours trouvé en eux des guides serviables et dévoués, de vrais compagnons de montagne.

Nous pensons, dans leur intérêt et dans l'intérêt de l'alpinisme, à établir un brevet de guide et de porteur, comme cela est pratiqué en France, et à demander à M. le Contrôleur civil de Marrakech-banlieue de les constituer en corporation.

À nos camarades venus de France je souhaite ici la bienvenue ; je les remercie d'avoir bien voulu assister à cette cérémonie, j'espère qu'ils garderont un bon souvenir du Maroc et du Grand Atlas et que le programme qui a été élaboré à leur intention leur plaira. Je salue tout spécialement Mademoiselle Lacroix, membre du Comité Central du Club Alpin et du groupe de Haute Montagne. Mademoiselle je vous prie de transmettre à M. le Président Olivier et aux membres du Comité de Direction du Club Alpin l'expression de notre attachement à l’œuvre qu'ils poursuivent.

Je vous remercie tous, mes chers camarades d'être venus aussi nombreux ici.

Je vous invite à lever votre verre à la prospérité du Club Alpin et à la France, notre patrie éternelle, en répétant notre devise « Pour la Patrie, par la montagne »

Refuge-Neltner-Faniion-CAF-1939

Discours du Général Fougère, chef de la région de Marrakech

Mon cher Président,    Monsieur le Doyen,     Mesdames, Messieurs,

C'est avec le plus vif plaisir que j'ai répondu à l'aimable appel de la Section du Haut Atlas du Club Alpin Français, quand elle est venue me demander de présider l'inauguration du refuge Neltner. J'en remercie tout spécialement son Président en même temps que je lui exprime ma vive gratitude pour les aimables paroles qu'il a adressées.

Cette cérémonie constitue le couronnement des efforts prodigués depuis plus de 15 ans pour la conquête du massif du TOUBKAL, de cette « montagne des montagnes », « Adar n'Dern », comme disent les gens du pays. Ces masses austères, ses dénivellations saisissantes, ces roches nues ne rappellent guère les montagnes d'Europe ; mais leur rudesse, actuellement tempérée par les taches éclatantes de la neige, est pleine de grandeur et comme l'a dit excellemment Monsieur DRESCH, « elle ne saurait laisser personne indifférent ».

Honneur donc à ceux qui ont frayé la voie aux Alpinistes d'aujourd'hui, à tous ceux dont, mon Cher Président, vous avez évoqué éloquemment le souvenir il y a quelques instants ; Honneur aux réalisateurs des derniers mois, qui ont mis sur pied le travail que nous avons sous les yeux, au spécialiste de la haute montagne qu'est monsieur Neltner, au constructeur ingénieux qu'a été Monsieur Fourcade, à ceux, membres et amis de la Section du Haut Atlas, autorités et modestes collaborateurs Français et Indigènes qui ont permis de mener à bien une œuvre si réussie et si utile.

La part prise par l'éminent doyen de l'Institut Scientifique Chérifien dans la reconnaissance méthodique du Toubkal nous rend sa présence particulièrement précieuse et nous ne saurions trop le remercier d'être venu jusqu'à nous.

Je ne veux pas oublier les  montagnards venus de France ; ceux aussi qui désiraient vivement revoir ce Maroc chaque jour mieux connu, sous tous ses aspects mais que les préoccupations de l'heure ont retenu dans la métropole. Parmi eux se range Monsieur le Président OLLIVIER, auquel j'envoie le salut de la région de Marrakech.

Vous pouvez être assuré, mon Cher Président, que je ne manquerai pas de transmettre au Résident Général l'expression de votre reconnaissance. Il l'appréciera certes hautement, car comme nous tous, il sait que la montagne est une des meilleurs écoles d'énergie et il réserve à ses fervents une grande part de sa sollicitude.

Et maintenant élevons les yeux vers le ciel plus beau parce que nous en sommes plus près et tandis que, pour la première fois, elles vont flotter sur ce refuge saluons les couleurs Nationales avec la ferveur que leur doivent des fils ardemment dévoués et respectueux.

Enfin, Mesdames, Messieurs, je lève mon verre aux succès futurs des Alpinistes Marocains et au Club Alpin Français, père vigilant de la Section du Haut Atlas.

La Vigie Marocaine titrait "L'Alpinisme au Maroc, Inauguration du refuge L. Neltner"

1939-06-La vigie Marocaine-Neltner-11Le chalet refuge fut construit aux Azibs d'Issougane n'Ouagouns dans la haute vallée de l'Assif n'Aït Mizane. Ce territoire dépendait du caïd Mohamed Sektani.

L'INAUGURATION DU CHALET-REFUGE DU CAF (Club Alpin Français) 

La date de l'inauguration officielle du refuge du Toubkal est connue: le dimanche 28 mai 1939; mais il fut inauguré officieusement en plusieurs occasions. Un article de presse indique qu’une inauguration officieuse eut lieu le 24 juillet 1938 (fin de la construction). Le 12 aout 1938 le CAF communique que  le chalet-refuge édifié au lieudit "Isgoun Ouagouns » portera le nom de Louis Neltner. Un groupe d'alpinistes a utilisé le refuge en septembre 1938. La presse avait annoncé une première inauguration officielle limitée aux seuls membres du CAF qui devait se tenir le 30 octobre 1938, mais elle fut annulée en raison d’une tempête de neige et de routes coupées.

Déroulement de l'inauguration officielle: La veille. M. Fourcade, secrétaire général de la section locale du CAF et le Dr Pourtau, les dames Grudler, Duncan et Mlle Voisenet formant l'équipe des précurseurs avaient préparé l'accueil du lendemain au chalet-refuge. De leur côté les Éclaireurs skieurs du 2eRTM avaient monté des tentes aux abords du refuge. Les invités avaient pris un car à Marrakech à 6h00 pour une arrivée au cirque d'Arround à 8h30. La montée jusqu'au refuge se fit pour certains à dos de mulet et pour d'autres à pied. 

Le général Fougère, Chef de région de Marrakech et du Sud était la principale personnalité officielle. Arrivent aussi en fin de matinée le Président Paul Roché et le Caïd Mohamed Sektani. 

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal NelterÀ gauche le caïd Sektani descendant de sa monture, tout à fait à droite de 3/4 face le Président Paul Roché s'entretenant avec un officier général de dos dont on voit le képi. 

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal Nelter 001Devant le refuge l'arrivée des alpinistes avant l'inauguration.  Les inspecteurs des Eaux et Forêts Clandot, Métro et Plateau en uniforme.

La section d'Éclaireurs skieurs présenta les armes, puis le général Fougère et sa suite furent accueillis dans le refuge et purent y boire des boissons chaudes.

28 Mai 1939 Inaugurationrefuge Toubkal Nelter 013

Vers midi les invités et les alpinistes arrivèrent. Certains venaient de France: Mlle Lacroix, membre du comité de direction du CAF et de la commission des travaux en montagne. M et Mme Bouldoires, M et Mme Prudhon, Mlle Montagne, Mlle Alexandre et Mr Chauvellot, membre de la section de Paris du CAF. Plusieurs scientifiques au service du Maroc: M. de Lépinay, doyen de l'Institut scientifique chérifien, MM Termier et Gubler, géologues, M. Sauvage, botaniste. De Marrakech: M.Warnery adjoint des services municipaux; Mr Conrad trésorier de la section du CAF du Haut-Atlas, Mlle Revel, Mlle Faure-Baulieu, M. Jean Deschazeaux; Mlle Spiney de Mazagan. Il en était venu aussi de Rabat, de Casa, de Meknes, de Khouribga,.. au total environ 70 personnes qui se pressaient dans le refuge autour d'une table jonchée d'oeillets rouges.

 

1939-06-La vigie Marocaine-Neltner-2

Les participants applaudirent les éloquents discours de Paul Roché Président de la section du Haut-Atlas du CAF à Marrakech, et du Général Fougère, chef de région. Puis les uns et les autres sortirent du refuge pour voir le fanion du club hissé lentement sur sa hampe alors que le Général saluait. Derrière lui la section d'Éclaireurs skieurs présentait les armes, et les clairons sonnaient "Au drapeau".

La cérémonie terminée le général Fougère pénétra dans le refuge suivi des participants et ce fut le moment où le champagne fraichement sorti des eaux glacées du torrent fut servi. Les couverts furent ensuite disposés sur la table ornée avec art. Autour du général prenaient place Mlle Lacroix, Mme Grudler, le caïd Sektani, M. de Lépinay, M.Paul Roché, le Cdt Ribaut, M. Costedoat-Lamarue, le Dr Pourtau, M. Fourcade, le Cne Allix, M. Warnery, M. Conrad,..

Au dessert M. Fourcade lisait la lettre suivante qu'il venait de recevoir de Louis Neltner: "Mon cher Fourcade, Je trouve votre aimable mot au retour de voyage et je vous remercie de votre invitation si cordiale. J'aurais beaucoup aimé à assister à l'inauguration du refuge qui marque une étape dans l'oeuvre marocaine du Club Alpin Français, oeuvre qui vous doit tant à vous et à vos camarades marrakchis. 

Ne pouvant assister à la cérémonie, je vous prierais au moins de dire à nos amis un amical merci pour l'honneur qu'ils m'ont fait en donnant mon nom à ce refuge qui est leur oeuvre et non pas la mienne. J'y vois le témoignage de l'amitié indulgente de quelques camarades et cette amitié me touche profondément....première heure, malheureusement enlevé à l'affection de ses amis. En ce jour de fête je pense à la solitude des Azibs n'Ouanoums, en ce jour de 1924 où arrivait la caravane alpine et géographique de Maurice de Prandières. La première ascension de l'Amgharas n'Igiloua et la deuxième du Toubkal récompensaient leurs efforts, tandis que cette première expédition voyait le germe de la cartographie du massif du Reraïa et de l'organisation alpine de la montagne de Marrakech. Qu'il me soit permis en ce jour de liesse de rappeler le souvenir de ce grand animateur et de ce charmant ami que Monsieur de Prandières. Un des premiers il fut à la peine. Bien plus que moi il eut mérité d'être à l'honneur, en ce lieu, en ce jour. Que nos camarades au moins aient pour lui une pensée d'affectueuse reconnaissance. Cordiale amitié; L. NELTNER"

L'inauguration officielle, avait été précédée d'une ouverture officielle le 14 aout 1938. La presse communiquait l'adresse du secrétariat de la section du Haut Atlas marocain pour ceux qui souhaiteraient acheter leurs cartes et récupérer la clé du refuge: Cité Tazi, Marrakech-Médina.

En octobre 1938 La mission hydrologique de Marrakech avait été mandatée pour analyser l'eau du torrent qui alimentait le refuge. Elle était comparable à l'eau d'Evian par son degré hydrotimétrique et bien moins chargée que l'eau de Marrakech en sulfates et chlorates.

La construction du refuge terminée en juillet 1938 a impliqué plusieurs personnes, dont nous n'avons pas les noms, mais dont nous gardons le souvenir grâce à des photographies de la collection Paul Roché. 

Refuge L Qui nous aidera à identifier ces quatre personnes ?   

Refuge L Constructeurs et premiers occupants du refuge.   Un échafaudage et un rouleau de laine de verre

Refuge L Nous retrouvons l'homme à chemise blanche d'une des photos précédentes

Merci à Marc Roché pour ce partage. Merci à lui pour ces photos si précieuses et pour ces discours qui nous parlent de ces pionniers de 1939. Ils nous permettent de garder la mémoire et le souvenir des précurseurs qui ont contribué à développer les sports de montagne dans le Haut Atlas marocain. Ils permettent de contredire les falsificateurs de l'histoire qui attribuent à Casablanca la construction de ce refuge. Nous invitons les lecteurs à compléter ces souvenirs dans les commentaires.