L'année 2020 nous aura conduit à repenser la manière dont nous vivons nos fêtes. Noël 2020 pour les chrétiens sera plus intériorisé comme Hanouka vient de l'être pour les juifs. Joseph Dadia nous écrit: 

La première bougie de Hanouca, c'est le soir du 10 décembre.

Nous avons été toujours en contact en cette période.

J'avais souhaité écrire un texte pour rappeler ce que des poètes et des historiens

ont écrit sur cette  Fête des Lumières, comme l'appelle Josèphe Flavius.

Et le temps passe et je ne remplis pas ce projet. Pourtant j'ai un cahier rempli de notes

 

Notre ami Joseph DADIA nous avait déjà permis de retrouver des souvenirs des écoles du Mellah de Marrakech. Dans cet article plus complet, il rassemble des témoignages de plusieurs auteurs et nous permet de mieux suivre la chronologie depuis la création de la première école de l'AIU à Marrakech.

Ecoles primaires de l’Alliance Israélite Universelle de Marrakech

Grâce à l’autorité du président Yéshoua Corcos [(1832-1929) ; premier président de la Communauté juive de Marrakech (1884-1929)] qui a su calmer les inquiétudes de la population et l’opposition des rabbins, la première école de l’Alliance ouvrit ses portes en décembre 1900. Et dire que le bon président Rabbi Yéchoua Corcos a été traité de misonéiste ! 

L’école s’installa  au  centre du mellah à la rue du Commerce,[1] connue par les cartophiles sous le nom de «Rue des balcons ». C’est le quartier du Fondouk Lousti. Monsieur Goldenberg place ce Fondouk dans la rue appelée derb scouella, la rue des écoles. De commune renommée, il a bel et bien existé dans cette rue une école.  Son premier directeur est Moïse Lévy, rejoint  par Messody Coriat pour l’école des filles. Ils sont en charge de trois classes. Il y a là cent seize garçons et soixante et une filles.[2] Cependant, le directeur et la directrice de l’école indiquent, dans un rapport officiel, les chiffres suivants : A- cent cinquante garçons répartis en trois éléments : 1- une vingtaine de garçons de 15 à 18 ans, fils de commerçants, qui quittèrent l’école au bout de trois mois ; 2- 60 enfants environ de 10 à 12 ans, fils de familles aisées ; 3- le restant de l’effectif  vient de la partie la plus miséreuse de la communauté. Grâce à la soupe chaude de midi et à la promesse d’un vêtement, ces élèves restèrent à l’école. B- soixante-seize écolières, filles des plus riches, presque toutes payantes. Les pauvres n’ont pas les moyens de l’instruction ; mais la promesse d’habiller les enfants les plus indigents vaudra sans doute quelques recrues.[3]

En 1902, recrudescence de la misère au mellah ; à la même époque, une épidémie de variole éclate. En vaccinant de force, un grand nombre d’enfants, M. Lévy les sauva d’une mort certaine. Par lettre du 15 février 1904, Moïse Lévy alerte le Président du Comité Central de l’Alliance sur la situation des juifs de Marrakech suite à une crise monétaire. La famine pour le mellah et la médina. Une escouade de soldats campe aux portes du mellah. Le 20 janvier, la population arabe, armée de bâtons, se dirige vers le quartier juif aux cris de « Naklou el mellah », « Nous mangerons le mellah ». La garde aux portes du mellah, prise au dépourvu, a eu à peine le temps d’en fermer les portes. À l’école, plusieurs mamans réclament leurs enfants. M. Souessia ne perd pas son sang froid, encourage le personnel et calme les élèves. Le directeur Moïse Lévy se trouvait au moment de ces évènements au petit village El Yéhoudia à 4 heures de Marrakech.[4]

Paul Lemoine, de passage à Marrakech en automne 1904, visite l’école de l’Alliance. On y apprend à parler, à lire, et à écrire le français, avec des rudiments de calcul. Quelques rabbins, rémunérés par l’Alliance, donnent l’instruction religieuse et hébraïque aux jeunes enfants.  M. et Mme Lévy partent diriger les écoles de Tétouan.[5] M. Souessia est l’unique instituteur. Si dévoué qu’il soit, il ne peut suffire à sa tâche. Il a 250 élèves, répartis en cinq classes, présents de huit heures du matin à cinq heures du soir. Il doit leur donner, non seulement l’enseignement, mais encore la nourriture de midi, œuvre créée par la baronne Hirsch. Un directeur, accompagné de sa jeune femme, une parisienne, qui va ouvrir une école de filles, vient cependant d’arriver ; sa présence était bien nécessaire.[6] Il s’agit de Nissim Falcon, de Smyrne, et de son épouse. M. Souessia, originaire de Mogador, devient son adjoint.

M. Louis Gentil a connu M. Falcon sur le bateau entre Tanger et Mogador, alors qu’il se rendait avec sa famille, à Marrakech, pour y prendre ses fonctions. Il avoue avoir éprouvé chaque fois un vrai plaisir dans ses visites aux écoles du mellah de Marrakech, et il remercie M. Falcon et son adjoint, M. Souessia, de l’en avoir si obligeamment facilité l’accès. C’était le 11 janvier 1905. Un nouvel adjoint a été donné à M. Falcon et une maîtresse de couture viendra en aide à la directrice de l’école des filles. Louis Gentil a constaté qu’on voit moins chez les filles ce désir de s’instruire ; mais par contre, elles sont avides d’être initiées à la couture et à tous les travaux spéciaux à la femme. Ce qui l’a le plus frappé, c’est de voir aux cours d’adultes, des hommes de trente, quarante ans et plus, qui après une journée de labeur fatigant, venaient, ne sachant pas un seul mot de français, apprendre à lire, à écrire et à parler en français. Au bout de quelques mois de ce travail du soir, ils parvenaient à écrire une lettre d’une clarté et d’une précision déjà suffisantes.[7]

José Bénech indique dans son livre des renseignements communiqués par M. Falcon : « Il était fort difficile, en cette période de transition, d’exiger une fréquentation régulière. En 1904, le nombre des élèves très élastique variait entre 250 et 350 pour les garçons, 150 à 175 pour les filles. Ces dernières se montraient plus assidues, plus constantes dans leurs efforts, car elles n’avaient point à subir l’attrait de la rue. Elles délaissaient volontiers la maison pour l’école où l’on n’exigeait point d’elles les travaux pénibles du ménage. »[8]

José Bénech nous livre ce témoignage poignant : « En 1906, au cours d’une famine restée légendaire, tandis que musulmans et juifs tombaient d’inanition dans les rues de la ville, l’Alliance prenait à sa charge la nourriture de tous les enfants du mellah. En ces temps héroïques, son délégué, en liaison étroite avec les notables, prend fréquemment part à leurs délibérations et les aide de ses conseils. »[9]

En octobre 1907 à Marrakech, Christian Houel constate qu’à part « quelques commerçants aisés, la population juive était affreusement misérable. Quinze mille Juifs s’entassaient dans des habitations sordides. Hommes, femmes, enfants, couchaient côte à côte sur de mauvais grabats. Des monticules d’ordures ménagères obstruaient les ruelles étroites. Ils empestaient  sous la chaleur du soleil, s’écoulaient sous les pluies en immondes cloaques. Contre cette lamentable existence de leurs coreligionnaires, c’est en vain que les plus dignes et les plus éclairés tentaient de réagir. Les édits chérifiens les enfermaient dans un réseau de telles interdictions que tout redressement était rendu impossible. »[10]

Après quelques jours passés au domicile de M. Firbach, dans la médina, M. Jacob Hazan, receveur de la poste française le reçoit avec amitié et la plus généreuse hospitalité dans sa maison au mellah, dans la rue qui portera plus tard le nom de derb Tabac. Son neveu, Abraham Corcos, un jeune homme de 18 ans, l’un des plus brillants parmi les anciens élèves  de l’école, est un agréable compagnon. Un matin, il conduit M. Houel à l’école de l’Alliance où professe M. Falcon, après avoir enseigné à Tanger, Tétouan, Mogador et Casablanca, avant d’arriver à Marrakech. L’école comptait alors 300 garçons répartis en plusieurs classes et l’école des filles comptait près de 200 fillettes. M. Houel raconte : « Je sens, à la poignée de mains de M. Falcon, le plaisir qu’il a d’accueillir un compatriote. A mon entrée, les jeunes élèves se sont levés. Ce geste me rappelle le temps où, assis comme eux sur des bancs d’école, mes camarades et moi nous nous levions à l’entrée d’un étranger dans la classe. - Vous allez assister à ma leçon, me dit M. Falcon. Un petit garçon se lève et, sans  se troubler de notre silencieuse attention, récite une fable de La Fontaine : « Le Loup et l’Agneau ». Je suis soudain saisi d’une émotion que rien ne peut exprimer. Ces phrases  si simples dites par ce jeune enfant dans cette cité d’où suinte de toutes ses murailles la haine de ce qui est français, ont, au fond de moi, une telle résonance, que je sens mes yeux s’embuer de larmes. J’écoute ces mots familiers dits par ces jeunes lèvres. Il me semble que leurs sons aimés se prolongent jusqu’au cœur de la ville rouge pour y répandre leur douceur, leur harmonie, leurs promesses. Aujourd’hui, cet épisode n’a plus que la valeur d’un vieux souvenir. Des  milliers d’autres enfants récitent les fables de La Fontaine. Dans les demeures les plus pauvres, comme les plus riches s’épanouit la langue française. Mais en ces temps, dans cette ville, il fallait que maîtres et enfants eussent du courage. Je ne sais si le Protectorat s’est souvenu de ces précurseurs quand il n’a plus eu besoin d’eux. Le certain, c’est qu’après le meurtre du docteur  Mauchamp, le Gouvernement décora de la Légion d’honneur l’explorateur Louis Gentil et M. Falcon… des palmes académiques ! »[11]

En dépit du bouillonnement populaire, suite à l’assassinat du docteur Emile Mauchamp à Marrakech le 19 mars 1907, les maîtres restent à leur poste malgré les dangers auxquels, en ces temps troubles, un Français peut se trouver exposé (M. Falcon est français par naturalisation, sa femme par la naissance), et une hostilité incoercible aux chrétiens qui menacent l’islam. Mais les évènements vont s’accélérer, et Casablanca va être occupée par les troupes françaises en représailles de l’assassinat le 30 juillet 1907 de 9 ouvriers européens dont 6 français, massacrés par le peuple de la ville  et les tribus voisines. Un navire de guerre est envoyé à Casablanca suivi de deux autres croiseurs et le « quartier arabe » est bombardé le 5 août suivant. Sur le plan politique interne, c’est la confusion totale au Maroc : le sultan Moulay Abd-el-Aziz (1894-1908) est à Fès, son règne est contesté ; son frère Moulay Hafid est son khalifat à Marrakech, il entend le détrôner ; des agitateurs insurrectionnels se dressent contre le pouvoir en place, appuyés par de nombreuses tribus : le rogui Bou Hamara au Nord-Est, le théologien bandit Ahmed el- Raissouni terrorise Tanger et Tétouan, et le marabout Ma el-Aïnin en Mauritanie. Les écoles de l’Alliance ferment provisoirement. M. Falcon quitte Marrakech et s’en va ouvrir une école à Safi pour ne pas rester inactif. Le 16 août 1907, Moulay Hafid est proclamé sultan à Marrakech. La beï’a  lui est accordée le 4 janvier 1908.  En août 1909, il devient sultan du Maroc, reconnu à Fès. « Si Madani el Glaoui, écrit José Bénech, seigneur de Telouet, devient premier Ministre [GrandVizir de Sa Majesté Chérifienne]. Au cours d’un séjour de ce dernier à Marrakech (Janvier 1908), l’Alliance, à l’instigation de M. Falcon, lui dépêche un émissaire. Si Madani accueille favorablement la demande de l’Alliance et envoie à Safi une escorte chargée de ramener à Marrakech M. Falcon qui y parvient après un voyage mouvementé. Toutefois ce fut seulement après plusieurs entrevues que le Glaoui consentit à l’ouverture des écoles en les prenant sous sa protection efficace. »[12]

Monsieur Moïse Lévy a quitté Marrakech en 1904, après les désordres au mellah (une cinquantaine de blessés) engendrés par une crise monétaire; il en est de même de Monsieur Nessim Falcon en 1908, suite à l’agitation arabe, spécialement dans la tribu des Rehamna qui terrorisent le mellah (mai et août 1907) et les évènements politiques de 1908. 

M. Falcon est nommé directeur de l’école de Safi. Il est remplacé en 1909 à Marrakech par M. Raphaël Danon qui vient de Larache. « M. Danon, écrit Alfred Goldenberg, est d’origine roumaine. Il est marié avec une demoiselle Rosenbaum… Beaucoup d’enfants refusent de venir à l’école ; M. Danon emploie des moyens énergiques : le gardien de l’école, un « moghazni », va les chercher, portant un sac vide de toile de jute. Quand il réussit à trouver un écolier récalcitrant, soit dans la rue, soit à son domicile, il le fourre dans le sac, met le sac sur son dos et l’apporte à l’école. »[13]

De son côté, M. Danon écrit : « Quant aux fillettes, les parents ne les envoient à l’école que peu de temps. Aussitôt qu’elles peuvent apporter une aide à la famille, on les retire de l’école et elles s’emploient comme bonnes, ou deviennent apprenties brodeuses de babouches à 10 centimes par jour. Tous nos efforts : lettres lues dans les synagogues, gratuité de l’instruction, nourriture, vêtements, pour les ramener à l’école ont donné peu de résultats… Il faudrait instituer un atelier de couture. »

En 1911, aux côtés de M. Danon, il y avait M. Benoudiz son adjoint, 3 professeurs d’hébreu, 2 professeurs d’arabe, 2 moniteurs, 2 domestiques. Le nombre des élèves est de 289, 71 payants et 218 gratuits, sur une population de 17 500 âmes. [14]

M. Danon écrira plusieurs lettres au Comité central de l’A.I.U, où il décrit la misère dans toute son horreur de la majorité des juifs du mellah de Marrakech, loqueteux et sales. Il dénonce  en même temps la ladrerie d’Y. Corcos à l’égard des établissements scolaires de l’Alliance qu’il tolère mais ne fera rien pour leur installation. « Des gens tels que Y. Corcos, écrit-il le 19 janvier 1911, millionnaire dit-on,  président de la Communauté et pouvant payer au moins 20 francs pour son fils unique ne paye que la modique somme de 3 frs 60 ». Dans ce même message à l’A.I.U.,  Danon se lamente et vitupère contre l’autoritarisme intransigeant dans la conduite des affaires du mellah : « Ce qui est à déplorer dans notre ville, c’est la mauvaise organisation de la Communauté. Aucun contrôle n’intervient dans son administration et le maître qui est encore M. Josué Corcos fait ce que bon lui semble ».[15]

Voici quelques détails de sa lettre : Les belles et grandes maisons du mellah, bien bâties, appartiennent à quelques notables qui les exploitent. M. Corcos est propriétaire de toutes les maisons formant deux rues assez longues. Les autres habitent dans une chambre louée de 2 à 3 frs par mois. Là s’entasse une famille le plus souvent nombreuse, avec des enfants en bas âge à peine couverts, croquant en pleurant un morceau de pain sec. Dans les rues à chaque pas, on rencontre des tas d’ordures d’où s’en dégagent des odeurs nauséabondes. Des mendiants juifs parcourent le mellah toute la journée. L’école est située dans la rue « des riches », le spectacle de cette misère est souvent offert au regard du directeur. Le vendredi, c’est une procession sans fin. Le samedi matin, des femmes en groupe de vingt à trente vont de maisons en maisons et avec des cris assourdissants réclament le « hobbs dé sebbss », le pain du samedi. La même misère règne à l’école. Par suite du retard mis à l’envoi des fonds pour l’habillement des enfants nécessiteux, il y a dans les petites classes des enfants à peine couverts d’une chemise. Ils sont autorisés à s’absenter un jour par semaine pour la faire laver parce que cette chemise est leur unique pièce d’habillement.[16]

De nouveaux évènements politiques vont troubler la marche de l’école et elle sera fermée encore une fois. Le fils du marabout Ma el-Aïnin, Ahmed el-Hiba, surnommé le sultan bleu, se fait reconnaître sultan à Tiznit. Il entre à Marrakech avec ses guerriers berbères le 18 août 1912 et s’y fait proclamer sultan. Les troupes d’el-Hiba sont dispersées par les soldats français, qui entrent à Marrakech le 7 septembre. Le colonel Mangin et sa colonne sont accueillis sur la place Djemaa el Fna par les élèves de l’école de l’Alliance qui chantent « La Marseillaise », malgré l’absence du Directeur, réfugié à Tanger.[17] En octobre 1912, le général Lyautey entre au mellah. L’école de l’Alliance est toujours fermée. Le président Corcos, accompagné des notables, ouvre l’école pour la circonstance et convoque les élèves. Le directeur n’est pas encore rentré. En son absence, c’est Mardochée Amzallag, le meilleur élève de l’école qui reçoit les visiteurs et récite un compliment au général.[18]

En 1912, un petit noyau des élèves de l’Alliance fournit un contingent de secrétaires, d’employés, de comptables et d’interprètes. Ils furent les aides précieux de la pénétration française au Maroc.[19]

En 1913, il y avait 309 dont 100 payants.[20]

La guerre de 1914 éclate. En 1915, M. Danon est muté à Safi. Le nouveau Directeur de l’école est M. Isaac Soussana, originaire de Mogador. La Directrice est sa belle-sœur Mme Wanda Soussana. En 1918 l’école ferme pour des raisons financières,  et les directeurs quittent Marrakech faute de maîtres suffisants et de la difficulté de communiquer avec Paris, en raison de la guerre.

En 1920, l’école s’installe pour la première fois à l’extérieur du mellah, près de la place des ferblantiers dans une maison appartenant à M. Meïr Amzallag, négociant. M. Falcon est revenu ; il est veuf, sa fille est adjointe. En 1922, l’école  retourne au mellah rue Fracisco ou Francisco. C’est le nom d’un commerçant qui habite la rue. Elle s’appelle en réalité derb Attias. Jacob Attias, grand bienfaiteur de ses frères, est décédé le 15 septembre 1933 le jour de Rosh Hashana.  Il entretenait des relations d’affaires et d’amitié avec le pacha de Marrakech. Ma mère, encore petite a rencontré le pacha grâce à son proche parent, le distingué Jacob Attias.

L’école est une formation Franco-Israélite installée  dans la maison  de M. Jacob Benhaïm, rabbin de l’école de 1901. Cette maison est carrée à un étage, dont la galerie surplombe le patio. Elle est conçue selon les mêmes principes que les écoles franco-arabes : enseignement primaire donné par des instituteurs français, l’instruction religieuse étant dispensée par un rabbin. Le protectorat envoie des instituteurs à Marrakech : M. et Mme Dubascoux, M. et Mme Callandry, Mme Deschaseaux, Mlle Aymard qui, mariée, s’appellera Mme Prabis, et enfin Mme Durand.

Cette école pouvait recevoir 450 élèves, selon le chiffre donné par José Bénech.[21]

Il m’est impossible, en l’état de mes investigations, d’établir la date exacte de l’installation de l’école en dehors du mellah. Mais je sais depuis longtemps, par d’anciens élèves, que cette école était bel et bien installée du côté de la place des Ferblantiers. Je sais aussi que l’école a bien occupé une maison de derb Francisco.Je connais bien cette maison située au début de la rue Francisco, juste en face de derb Bensimhon. Là où est l’école, la maison est sur une pente ; le restant de la rue est en profondeur par rapport à son commencement. Ce qui fait que la maison est surélevée, donnant l’impression qu’elle est le plus haut bâtiment du mellah. Juste en face d’elle se trouvait le local des Bnei-Akiva que je fréquentais, tant pour les activités que ce mouvement organisait, que pour l’office du vendredi soir et de l‘Oneg shabbat de samedi après-midi. A quel moment l’école de la place des Ferblantiers a fixé ses classes à derb Francisco, il y a des dates qui se contredisent.  Me référant à un témoignage indirect, l’école de derb Francisco existait déjà en 1919, et au  plus tard courant 1920. Les frères Tharaud dans « Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas » consacrent le chapitre VII de leur livre au  « Ghetto marocain ». Ils décrivent leur rencontre, dans sa propre maison, avec « Le patriarche de cet enfer hébraïque (qui) est le bonhomme Ischoua Corcos, l’argentier des Sultans, le millionnaire du Mellah ». En l’occurrence, c’est la suite de leur récit qui nous intéresse : « Par la fenêtre, arrivent d’une école voisine où l’on enseigne le français, des phrases qui entraînent l’esprit dans un rêve dément, et que répètent, comme un verset de la Loi, les enfants du Mellah : « Nos ancêtres les Gaulois » ou bien encore : « Mon père, ce héros au sourire si doux… ». Alors tout danse devant moi, les deux Lions de Juda, l’arbre de Jessé sur le mur, et la fausse pendule peinte et sa clef peinte elle aussi, pendue à un clou imaginaire. Je n’écoute plus le père Corcos. Je n’entends plus ni le piano, ni la machine à coudre, ni les cris du poulet. Je n’ai d’oreilles que pour ces phrases folles, qui résonnent d’une façon tout à fait extravagantes dans ce ghetto saharien. »

La première édition de ce livre date de 1920. L’on peut présumer que la rencontre entre l’écrivain et le président Corcos a eu lieu en 1919.[22] La distance, à vol d’oiseau, de la maison du patriarche et de celle de l’école est de 50 mètres environ. Je précise que la maison Corcos est en contrebas par rapport à celle de l’école.

En 1922, trois classes quittent l’école de la rue Francisco et s’installent dans les locaux d’une nouvelle école appelée à s’grandir en quelques années. Cette nouvelle école est établie sur une parcelle de Jnan el Afia, dans le voisinage de derb el Bhira. Ces classes sont tenues par M. et Mme Dubascoux et par une monitrice, Mlle Rachel Benaïm. En 1924 arrive à Marrakech en tant qu’instituteur, âgé de 18 ans, M. Nessim Lévy, originaire d’Edrine/Andrinople (Turquie). Seuls, le directeur Falcon et lui sont juifs à l’école Francisco. En 1925, les autres enseignants appartenant au cadre métropolitain de l’Education Nationale s’en vont ; c’est toute l’école de la rue Francisco qui est transférée à Jnan el Afia. M. Falcon est le directeur de ce nouveau groupe scolaire, aidé par M. Nissim Lévy et des moniteurs : Mlle Sété Coriat, M. Nessim Sabbah et M. Boujo.[23] Dans la classe du Brevet, il y avait des élèves En cette même année 1925, une grave épidémie de typhus s’était déclarée au mellah. M. Falcon et les élèves les plus âgés de l’école, faisant preuve d’héroïsme et bravant la contagion, ont jugulé le mal, sur les indications des médecins, en pénétrant dans les maisons pour dépister les cas douteux et épurer les centres d’infection. Leur action courageuse a sauvé le mellah et la ville d’une immense catastrophe.[24] 

Mellah-Wehrli-1929 Photo colorisée prise au coeur du Mellah en 1929 par L.Werlih. On remarque les vêtements encore portés en 1929 et la large plaque pour le recueil des eaux pluviales à l'angle de la rue à gauche.

 Deuxième partie:

 En 1926, M. Falcon quitte Marrakech et il est remplacé par M. Moïse Bibasse.[25] Mme Bibasse qui a une machine à écrire donne des leçons de dactylographie En février 1926, M. Jacques Bigart, l’infatigable Secrétaire Général de l’A.I.U., se trouvait en mission au Maroc. Voici ce qu’il écrit sur cette nouvelle école du mellah de Marrakech, qui portera plus tard son nom : « Elle est la plus belle que nous ayons au Maroc : vaste, largement aérée, elle est construite en rez-de-chaussée, dans un très grand parc, planté de vieux oliviers, qui donnent un ombrage, indispensable dans cette région. L’architecte comme l’entrepreneur, de même que le directeur, M. Falcon, qui a surveillé les travaux, ont droit à tous les éloges. Le groupe est divisé entre les deux écoles, qui ont naturellement leur cour indépendante, ainsi que les W.C., et disposent même d’un grand terrain pour un peu de jardinage. En un mot, c’est parfait. Les écoles comptent ensemble 500 élèves. Elles pourront encore en accueillir 150 lorsque le mobilier sera complété… C’est l’école de Marrakech qui est la mieux doté en personnel, tant de l’Alliance qu’en personnel indigène. Tous ces jeunes gens - six adjoints du cadre - paraissent se plaire à Marrakech, qui offre du reste, un climat admirable, en dehors des terribles chaleurs de juillet et d’août, où les écoles sont en vacances. Le niveau des études est relativement élevé et j’ai la conviction que nous pourrons puiser largement dans ce milieu de bons candidats pour nos écoles préparatoires. »[26]

« Dès lors l’école ne fera que s’agrandir, écrit M. Goldenberg. Une aile est l’école des garçons, l’autre l’école des filles. En 1936 on construit un bâtiment à un étage de 10 classes qui devient l’école des filles, l’ancienne école devenant entièrement une école de garçons. En 1942, un deuxième bâtiment à un étage de dix classes, destiné aux filles est construit en face de l’autre. »[27] Voilà la chronologie de la construction de ce complexe architectural, qui portera pour l’histoire le nom de Groupe Scolaire Jacques Bigart. Parlant de Jacques Bigart, M. Nessim Lévy écrit : « Il régnait en maître absolu, qui disposait de nous tous, sans nous consulter. Mais quelle activité ! Infatigable. Un jour, on le découvrit inanimé, la tête sur le dossier qu’il était en train d’étudier». Plus tard, M. René Camhy écrira pratiquement la même chose en termes lapidaires : « Nominations, mutations, création d’écoles, fixation de traitements, le Secrétaire Général décidait de tout en maître absolu ».

M. René Camhy est nommé instituteur à Marrakech en 1926. Il écrit : « Dès mon arrivée, je me présentai à M. Falcon, Directeur de l’Ecole franco-israélite, devenue Ecole de l’Alliance Israélite. Il devait prendre sa retraite quelques jours plus tard, remplacé par M. Moïse Bibasse, qui me confia, pour une demie journée un Cours Elémentaire et pour l’autre demie journée une classe du Cours Complémentaire mixte. Mes élèves avaient à peine 2 ou 3 années de moins que moi. Cependant, à aucun moment mon autorité ne fut en péril. » Berthe Goldenberg est arrivée en même temps que lui. Alfred Goldenberg arrivera en 1927.

A sa sortie en 1904  de l’Ecole Normale Israélite Orientale, M. Moïse Bibasse, exerça à Damas, Alep, Beyrouth, Tunis. IL dirigea la colonie agricole de la J.C.A. à San Antonio en Argentine. Au Maroc, après un an à Tétouan, l’Alliance lui confie l’unique école de Casablanca jusqu’en 1926, date à laquelle il fut muté à Marrakech. Il s’était consacré corps et âme à ses élèves et à son école, tout en participant activement aux affaires communautaires en tant que secrétaire de plusieurs associations locales. Il créa à Marrakech l’Aide Scolaire, l’Aide Maternelle, l’Association des Anciens Elèves, et, bien sûr, la Section Agricole qu’Elias Harrus devait développer plus tard. Par-dessus tout, il a voulu assurer l’avenir de ses élèves en leur procurant un gagne-pain. Voici ce que l’un des anciens élèves de M. Bibasse, dans la classe de 1928, m’écrit dans une longue lettre datée Monte-Carlo le 29 mars 1993 : « De lui, moi Elie Bitton, ai gardé un excellent et inoubliable souvenir pour les services qu’il m’avait généreusement rendus en tant que son élève préféré et dont je lui rends hommage avec émotion et toute ma reconnaissance. C’est lui qui m’avait aidé pendant plus de deux ans à parfaire mes études de français en me donnant des cours gratuits chez lui à la maison … Il m’avait recommandé, pour un emploi, en intervenant lui-même auprès du Directeur d’une grande banque, le Crédit Foncier d’Algérie et de Tunisie où, progressivement, j’ai exercé les fonctions de … Fondé de Pouvoir et Directeur. Ma formation professionnelle dans cette banque, pendant plus de 13 ans, m’avait ouvert les portes bien grandes vers d’autres activités dans d’importantes Sociétés agricoles … »

De son côté, Monsieur René Camhy m’écrit de Nice le 28 mai 1989 : « Pour M. Bibasse il n’y avait ni jours de congé, ni jours de fête ; il passait tout son temps à l’Ecole ! Un dimanche, j’étais allé en classe pour corriger des cahiers  et terminer la décoration des murs. Etonné d’entendre un coup de sifflet prolongé, je sors. Je vois M. Bibasse, le sifflet à la bouche, attendant que les élèves sortent, et la cour était vide ! Il avait oublié que c’était un jour de congé. »

« M. Bibasse, témoignera encore M. Camhy dans la même lettre, était un homme d’une simplicité extraordinaire. Pour lui, les mondanités et leurs manifestations étaient une perte de temps ! Comme l’école se développait rapidement et qu’il n’y avait plus de place dans la cour, il fit percer les 3 silos vides qui étaient près de la sortie (des murs de plus d’un mètre d’épaisseur) pour en faire des classes et recevoir plus d’une centaine d’élèves supplémentaires. L’école finit par compter plus de 20 classes devenant la plus grande et la plus peuplée du Maroc. Il souhaitait la construction d’un réfectoire permettant aux enfants de prendre leur repas dans des conditions convenables. Il n’eut pas cette joie. Et c’est plusieurs années après sa retraite, qu’il me fut donné de réaliser son rêve et même au-delà. J’obtins la construction d’un grand préau avec une cuisine à un bout, 2 classes surélevées à l’autre pouvant servir l’une de scène et l’autre à l’habillage. J’y fis ajouter, en partie à mes frais, murs, portes et fenêtres pour la transformer en salle de fêtes.

Pendant qu’à l’intérieur de l’école, M. Bibasse et ses adjoints, dont il m’est impossible de dire tous les noms, s’occupaient avec persévérance, aussi avec amour et affection, à instruire et à éduquer leurs élèves dans des classes souvent surchargées, les préparant à vivre en hommes libres et responsables leur vie personnelle et professionnelle, que se passait-il dans la rue juive et la communauté ?

« Le Mellah de Marrakech, écrit le journaliste Jacob Ohayon, dans une série de trois articles au titre révélateur « Dans Marrakech la juive », ne ressemble en rien aux autres Mellah, c’est une ville juive, uniquement juive, avec son commerce, ses industries, ses riches, sa classe moyenne, ses pauvres, ses miséreux… nous voici à la B’hira.  La vie, à force d’être lamentable, devient incroyable. B’hira signifie « jardin ». Quelle ironie ! Vos yeux, vos sens sont saisis par la violence inédite du spectacle. Tout d’abord, on croit rêver, mais la réalité est là et l’on voudrait communiquer ses impressions à tous, l’on voudrait prendre le monde à témoin de cette invraisemblance, et l’on se sent découragé devant l’impossibilité de rendre un sentiment aussi vif, aussi douloureux… Comment donc décrire ces bouges, où l’on patauge dans des marécages, dans le fumier, au milieu d’une vaisselle douteuse, et  aux usages les plus inattendus. Cette vieille boîte à sardines est un plat, ce pot fêlé sert de marmite, cet autre est destiné à un autre usage,  ce qui ne l’empêche pas de voisiner avec son frère dans le même coin; ici, la promiscuité des individus se communique aux choses. Les animaux eux-mêmes y participent. Un âne est accroupi sur le fumier. Des femmes, au milieu de cet ensemble, se livrent aux occupations les plus imprécises. Et tout cela à cent mètres à peine de l’Aguedal ! D’un côté, la vie pleine de luxe et de vigueur, de l’autre, la misère dans son horreur. D’un côté, les oliviers, les orangers, les fleurs, les fruits, le soleil, l’eau pure, le chant des oiseaux, de l’autre, la boue, le fumier, les excréments, la puanteur, la tuberculeuse, la syphilis, la mort… Mon Dieu, y aura-t-il un jour une Société Protectrice des Juifs miséreux de Marrakech ? … La S.P.A., c’est bien, mais la S.P.J. aurait été mieux. Et que fait, dans tout cela, la Commission d’hygiène ? On est saisi d’un douloureux étonnement devant cette carence. M. Abraham Corcos nous dit que la Commission d’hygiène dont il fait partie s’occupe du Mellah, et a installé des douches, très fréquentées d’ailleurs. Mais, au moment où nous l’avons entretenu, nous n’avions pas encore visité la B’hira. Qu’en fait la Commission d’hygiène ? Il est certain que les membres israélites ont présenté des vœux ; mais, dans un cas pareil, il ne s’agit pas de vœux, mais d’exigences ; la question n’intéresse plus le Mellah seul ; elle intéresse toute la population de Marrakech ; elle intéresse tout le Protectorat ; elle intéresse l’humanité. Elle sort du cadre local. Il est inadmissible que l’on laisse subsister un foyer d’infection à deux pas d’une école moderne où huit cents enfants vivent journellement (c’est moi qui souligne). Nous sommes étonnés, lorsqu’on nous dit que le bureau d’hygiène fait des visites au Mellah. Nous avons peine à croire que, ayant visité la B’hira, il n’en ait pas tiré des conclusions en vue des mesures à prendre.  Et, si des rapports ont été faits sur cette question, quelles sanctions en ont découlé ? Si des sanctions n’ont pas été prises - et elles ne l’ont pas encore été - quels obstacles s’y opposent ? L’urgence de cette affaire intéresse la santé publique. Des mesures de protection ont été prises contre le typhus : des étuves puissantes ont été installées dans des lazarets, où les individus sont épouillés, douchés, rasés, rendus inoffensifs. Vous rasez les individus, mais vous négligez de raser les quartiers ; vous douchez le miséreux, mais vous le renvoyez à la B’hira, où il retourne barboter dans la boue natale. Je suis un enfant du Mellah. J’ai vécu dans une promiscuité qui m’a cuirassé et blasé. Et cependant, je demeure saisi devant la B’hira. Elle a réveillé en moi une indignation que mon milieu  atavique avait pourtant voilée. »[28]

Dans le second volet de cet article, Jacob Ohayon insiste sur le positif de la vie juive à Marrakech : « La vie française pénètre chaque jour davantage dans les familles des générations formées par l’école. Les parents, dont beaucoup ne sont pas riches, donnent au prix de milles sacrifices, l’enseignement secondaire à leurs enfants. Plusieurs même, sentant que pour une transformation totale de la future élite un séjour en France est nécessaire, envoient leurs enfants dans les lycées parisiens. La faculté possède des étudiants marrakchis, et même, ô joie, une étudiante en médecine. Puissent les prières des miséreux de la B’hira se conjuguer pour le succès de cette courageuse jeune femme ! Elle reviendra sûrement un jour se pencher sur leurs douleurs et contribuer avec autorité à l’amélioration de leur sort… L’instruction se répand de plus en plus. Nous avons parlé d’étudiants et d’étudiantes. Marrakech a également fourni à l’Alliance un contingent de jeunes instituteurs et institutrices qui répandront plus tard la langue française chez les leurs au Maroc et ailleurs. L’esprit sportif, qui a d’ailleurs besoin d’être cultivé en certains milieux, n’est pas un faible facteur de la transformation physique de la jeunesse marrakchie : les équipes israélites de football  donnent le spectacle réjouissant de sujets musclés et pleins de cette beauté plastique qui impose l’estime… Il faut rendre hommage aux associations sportives locales qui ont encouragé la jeunesse juive dans la voie du sport et de l’athlétisme, accomplissant ainsi une œuvre puissante de régénération. »[29]

Voici l’essentiel du troisième et dernier volet de cet article. En cette année 1931, 2000 enfants du Mellah sont « sans-école » : « Que de luttes, entre les jeunes gens attirés par l’école comme le moustique vers la flamme, et les pères craignant pour leurs fils les dangers d’un déracinement, conséquence d’une culture incomplète ! L’Alliance fait enseigner l’hébreu et l’histoire juive, très sommairement d’ailleurs, dans les écoles… Mais l’Alliance n’est pas seulement une œuvre d’enseignement. Elle est une œuvre sociale, une œuvre humaine. L’Ecole n’est qu’une des multiples formes de son action, moyen puissant à la vérité, mais qui ne doit nullement éclipser le but. L’instituteur est un monsieur qui vient faire la classe aux heures réglementaires, puis se retire quand la cloche sonne, ne songeant plus à rien, jusqu’à la classe suivante. S’il en est ainsi, le maître de l’Alliance n’est pas instituteur. Il faudrait un vocable spécial pour désigner ce maître-Jacques, organisateur, bâtisseur, administrateur, économe, surveillant, guide des parents, guide de la Communauté, jeune avec les jeunes, vieux avec les vieux, commissaire des fêtes, à la fois hardi et modérateur, audacieux et prudent, propagandiste, apôtre, ambassadeur, et par-dessus le marché, maître d’école. La voilà, la vraie figure cde l’Alliance, et que serait-elle sans ses maîtres ? A la tête de l’école de Marrakech est un de ces hommes, M. Bibas.  Marrakech, grosse agglomération juive, attire particulièrement l’attention de l’Alliance. L’œuvre entreprise il y a trente ans porte ses fruits, les générations collaborent avec elle très étroitement. M. Abraham Corcos, Secrétaire de la Communauté, ne nous a pas, malgré sa modération bien connue, caché son impatience devant le nombre incalculable d’enfants sans école2000 ! C’est le chiffre qu’il nous donne, et il faut l’en croire, car il ne se paie pas de motsLe groupe scolaire de Jnan El Afia contient 800 enfantsLes classes sont bondéesPour être admis, il faut faire queue pendant plusieurs années, ici on entre à l’école primaire à 10 ans pour n’en sortir qu’à 17, avec le certificat d’études. Ailleurs, à cet âge, on est bachelier… En 1932, l’Alliance entreprendra la construction d’un nouveau groupe de 20 classes pouvant abriter un millier d’enfants. L’école actuelle comporte outre les classes, pour 800 filles et garçons, un vaste réfectoire, un atelier de travaux manuels, un ouvroir et atelier de couture. Le jardin, où les enfants peuvent au moins respirer l’air pur pendant 200 jours par an, est planté de légumes utiles au profit de la soupe scolaire… Dans une ville où l’apathie est une conséquence logique de l’état matériel, créer une œuvre et surtout la maintenir est un véritable tour de force. L’Association des Anciens Elèves de l’Alliance, l’Aide Scolaire, la Maternelle, luttent courageusement contre la misère et arrivent à l’atténuer. L’Aide Scolaire, qui nourrit et habille 150 enfants des écoles, fait preuve d’une prodigieuse vitalité. Elle reçoit les subventions suivantes : 3000 francs de la Communauté ; 3000 de l’Alliance ; 3000 francs de la Municipalité. M. Bibas nous signale l’appui précieux qu’a reçu l’œuvre, en toutes circonstances, de M. Getten, chef des Services Municipaux. Le concours des jeunes ne lui manquent pas, entre autre celui de M. Salomon Corcos, celui de M. Simon Derhy, ce dernier s’étant montré un organisateur de premier ordre. La Maternelle est présidée par Madame Abraham Corcos. Ce nom est à lui seul suffisant pour montrer avec quel dévouement est menée une pareille œuvre.  Une garderie d’enfants est en projet. A la Maternité de Madame la doctoresse Legey est un pavillon israélite édifié aux frais de l’Alliance.[30] Depuis quelques années, l’hospitalisation n’est plus refusée aux malades israélites. Il y aurait cependant intérêt à la création d’un hôpital israélite sur le modèle de celui de Mogador… Nous avons essayé, autant qu’il est en nous, de donner une idée de la misère des dernières couches : misère de promiscuité, misère physique, misère morale. A cela, le Comité de la Communauté, à la tête duquel est M. Mardochée Corcos, s’emploie de toutes ses forces, à remédier. La Communauté, outre ses diverses œuvres d’assistance, subventionne l’Alliance, l’Aide Scolaire, etc. … Les « valeurs » juives de Marrakech ne sont retardées que par une seule cause : le manque d’espace. Nous laissons cette courte conclusion à la méditation de nos lecteurs. Chacun lui donnera le développement que lui dicte son tempérament. »[31]

D. Knafo décrit sans concession dans L’Avenir Illustré « La vie juive à Marrakech » en 1932. La jeunesse du mellah n’est indifférente devant aucun problème juif. Elle a besoin de se grouper : « Marrakech est probablement un cas unique au Maroc, on n’y trouve pas un seul cercle, malgré la multiplicité d’amicales  de sociétés, d’associations, de groupements, de sections, de fédérations et de ligues, etc. 

Parmi toutes ces organisations, l’Amicale des Anciens Elèves des Ecoles de l’Alliance brille par une absence totale de manifestations extérieures… Certes, elle s’occupe à des cours professionnels, par exemple, et leur verse d’importantes subventions, mais là ne doit pas se limiter son action. Elle pourrait soulager le comité de la Communauté d’une partie de sa besogne actuelle. S’occuper des Juifs pauvres de Marrakech n’est pas une sinécure. Il suffit pour le comprendre, de parcourir, un vendredi, par exemple, les rues du Mellah. On en rencontre, de ces longues théories, de ces incessants défilés de mendiants haillonneux, vieillards, infirmes et femmes dont la visible détresse émeut les plus indifférents. Le comité de la Communauté fait évidemment son possible pour réduire le nombre et satisfaire aux besoins pressants des mendiants, mais la charge est trop lourde, et les profiteurs nombreux … Pour cette grande besogne, l’aide de quelques jeunes gens courageux et doués de bonne volonté ne serait pas totalement inutile … Il y a déjà longtemps, s’est posée à la population juive de Marrakech la question d’un hôpital israélite, ou du moins un pavillon israélite à l’Hôpital. Sur l’initiative de MM. Abraham et Mardochée Corcos, M. le docteur Routhier a tenté des démarches auprès d’un grand Juif et homme de bien : M. Gradis. M. Gradis, dont la générosité  est inépuisable chaque fois qu’il s’agit d’une bonne œuvre, a réuni une somme de deux cent quatre-vingt mille francs nécessaire à la construction du pavillon. Mais il ne la donnera qu’à une condition expresse : la Communauté devra trouver les cent mille francs destinés à l’achat du terrain. Diverses personnalités juives se sont inscrites sur la liste des donateurs, parmi lesquels il convient de citer et de féliciter M. Jacob Attias, qui a souscrit treize mille francs. D’autres ont donné, mais pas assez à notre sens. Une quarantaine de mille francs est encore à trouver…»[32]

Madame Noguès épouse du Résident Général visite Marrakech en 1936 non point en touriste mais en ambassadrice de la bonté. Elle a exprimé le désir de visiter les œuvres de bienfaisance et de se pencher sur les misères pour en secourir un plus grand nombre. Après avoir visité tour à tour l’œuvre de la Goutte de Lait, la Zaouia de Sidi Bel Abbès, le Dispensaire antituberculeux, et, enfin, sa voiture, « après avoir traversé le Mellah, s’arrête devant la porte de l’Ecole Israélite où Mme Noguès va pouvoir juger de l’œuvre accomplie par l’Aide Scolaire et de la formation pratique donnée aux jeune filles de l’ouvroir. Mme Noguès est reçue à l’entrée de l’école par Mme et M. Israël, M. Amzallag, M. Adjiman, Mlle Benmoras, M. Bibas, M. Abbou qui, entre une double rangée d’élèves, la conduisent à la classe de couture. Elle s’intéresse vivement aux travaux des élèves et félicite leur professeur de son enseignement… C’est ensuite la visite aux enfants secourus par l’Aide Scolaire. Sous de vastes préaux, ils reçoivent précisément à cette heure leur repas. Ils étaient, l’an dernier, au nombre de 600. Cette année dix nouvelles classes, représentant 600 nouveaux élèves, ont été ouvertes. Parmi ceux-ci les 300 plus nécessiteux sont encore secourus. C’est donc neuf cents enfants dont la communauté assure la nourriture, le vêtement et les fournitures scolaires, ce qui représente un budget annuel de 16 000 francs… Ayant remis une généreuse offrande aux dirigeants de l’œuvre, Mme Noguès exprima le désir de visiter ensuite la soupe populaire que fonda en septembre dernier M. Abbou et qui à l’heure actuelle vient en aide à plus de 300 malheureux, ce qui représente 600 repas quotidiens. Cette charitable institution étant voisine de l’école, Mme Noguès voulut s’y rendre à pied. Cela allait nous permettre de mieux juger de l’enthousiasme d’une foule, émue d’une si vive sollicitude. Sans doute, à l’aller, avait-on pu juger du grand concours de population massée sur le trajet des voitures ; sans doute, avait-on perçu au passage la stridulation des youyous, mais maintenant c’est porté par un flot humain que le cortège atteint son but. En vain, des assès improvisés tentent-ils de l’endiguer. Les acclamations qui partent des fenêtres et des terrasses semblent, au contraire, stimuler l’élan de la foule… »[33]

J’ai tenu à citer longuement des extraits de cette série d’articles pour avoir une idée de ce qu’était la vie scolaire et communautaire des juifs de Marrakech dans les années 1930. Comme l’a écrit en 1944 André Siegfried de l’Académie Française dans la Préface à un livre sur l’école dans un village français, la méthode que j’adopte « permet de saisir la réalité en prise directe, dans son infini détail. Pour bien savoir les choses, écrit La Rochefoucauld, il faut en savoir le détail, et comme il est presque infini, nos connaissances sont toujours superficielles et imparfaites … Mais ce détail infini n’est intéressant et fécond que s’il est rattaché à l’ensemble : il faut que le cas individuel nous amène à connaître l’espèce. C’est ce qu’Albert Thibaudet appelait le sens de la spécialité. ».[34]

Fort de son expérience à la colonie agricole  de la J.C.A. à San Antonio en Argentine, M. Bibasse créa à Marrakech la Section Agricole qui symbolisait pour lui la beauté de l’effort qui produit le retour à la terre. Pour lui, l’idée de diriger les jeunes vers le travail de la terre s’est présentée tout naturellement à l’esprit. Pour lui, il s’agissait surtout d’apprendre à la jeunesse un métier qui procure un gagne-pain honnête. C’était une aventure pionnière. Le président Jules Braunschvig se demandait alors : « Réussirait-on à faire des « terriens» de ces jeunes que leurs traditions familiales au sein du Mellah surpeuplé de Marrakech ne préparaient nullement à l’agriculture, avec son dur labeur dans son isolement, et en l’absence de tout antécédent rural ? » Le travail de la terre, il connaissait. Avec son frère, il développait les fermes que son père avait créées dans le Gharb au nord du Maroc.  En 1936, l’Alliance organisa à Marrakech la Section Agricole, grâce à l’appui des pouvoirs publics. Le Service des Domaines du Protectorat possédait en face du Groupe Scolaire Jacques Bigart un terrain de près de trois hectares plantés d’oliviers centenaires, entièrement entouré de murs. Cédé par les Domaines, ce terrain a été destiné à l’Ecole Agricole par la Direction Générale de l’Instruction Publique. Pour diriger cette nouvelle école, la Direction Générale a choisi un jeune français, M. Cassara, diplômé en 1925 de l’Ecole Coloniale d’Agriculture de Tunis, familiarisé avec les conditions agricoles du Maroc. Les élèves agriculteurs sont au nombre de vingt. « Chaussés de souliers ferrés, écrit M. Alfred Goldenberg, vêtus d’une combinaison bleue, ils accomplissent leur besogne avec ardeur, un air pur remplit leurs poumons, leurs faces expriment la joie du travail, ils ne veulent plus quitter l’exploitation ».[35] Le programme comprend des cours théoriques et des cours pratiques, s’étalant sur deux ans. Les cours théoriques occupent deux heures par jour. Le programme établi par M. Cassara, et approuvé par la Direction Générale de l’Instruction publique, comprend des leçons d’agriculture, d’horticulture et d’arboriculture. Les études portent aussi sur les plantations d’arbres, les pépinières  et les greffages, des notions de viticulture, de botanique, d’élevage, d’économie et de législations rurales, et, sommairement, la minoterie, l’huilerie et l’industrie laitière. Au cours de la deuxième année, les élèves seront envoyés à tour de rôle à l’atelier de bois de l’Ecole Jacques Bigart., où ils acquerront les notions de menuiserie indispensables à un bon ouvrier agricole. Cet atelier a été transféré dans les locaux de la Section agricole, en 1939, pourvu de nouveaux établis construits à l’atelier même. M. Bohsira est le maître-menuisier. Enfin une forge a été installée dans une cour attenante à l’atelier de bois, sous un préau que les apprentis ont construit. L’école agricole, dont dépendent en 1939 les ateliers pour le travail du fer et du bois, comprend vingt-quatre élèves, répartis en deux classes. 

         La durée des études a été fixée à trois ans. Chaque promotion étant de douze élèves, l’école comprendra par la suite trente-six élèves. Au mois de juin 1938, douze élèves formés à l’Ecole agricole se sont présentés à l’examen  que la Direction Générale de l’Instruction a institué pour sanctionner les études en agriculture et qui s’appelle le « diplôme de connaissances agricoles ». Tous les candidats passèrent avec succès la première et la troisième partie de l’examen, c’est-à-dire les épreuves portant sur les connaissances en agriculture. Mais deux élèves échouèrent à la deuxième partie, qui ne comprenait que les épreuves de français et de calcul. Pourtant, ils possédaient tous deux leur certificat d’études primaires. Durant leur séjour à l’Ecole agricole, ils avaient oublié le français et le calcul. 

          Depuis ce temps, un instituteur, détaché de l’Ecole Jacques-Bigart, réunit chaque jour les élèves agriculteurs et leur enseigne le français et le calcul. Après cet examen, les douze élèves sortants ont été placés comme contremaîtres dans des fermes situées dans diverses régions du Maroc. Ils gagnent presque tous 400 francs par mois et sont logés. 

 M. Cassara a reçu des lettres dans lesquels les propriétaires des fermes expriment leur satisfaction pour le travail des nouveaux ouvriers qu’ils emploient.

 Berthe Goldenberg et René Camhy se marieront à Marrakech sous le signe du chiffre 7, soit le 27/7/37, nombre aux forts symboles, et il avait fait ce jour-là 47 ° à l’ombre.

 M. Alfred Goldenberg, le frère de Berthe, arrivera à Marrakech, en 1927.

Fait à Kervenic-en- Pluvigner dans la campagne morbihannaise

Entre terre et mer ,le 30 mars 2011. Josph DADIA

Rentrée-Goldenberg-1948  Le jour de la première rentrée scolaite, courant 1948, de la nouvelle école primaire Yéshoua Corcos,

le Directeur Alfred Goldenberg et des élèves devant la Saba,

 La porte d’entrée de l’école est de l’autre côté de la Saba. 

personnel-ecole-yechoua-Corcos Le personnel de l’école Yéshoua Corcos

Au centre Alfred Goldenberg, directeur,

entouré du corps enseignant

Rabbi Haïm Chochana, en tenue traditionnelle, 

et, à ses côtés, M. Lévy, infirmier


[1] Aïemy Hazan in Le souffle vespéral (Joseph Dadia et al.) édité en 1993 par l’Association des juifs de Marrakech, p.49-50.

[2] Elias Harrus : L’Alliance en action, Nadir, 2001, p. 80-82.

[3] Cf. Bulletin de l’Alliance israélite 1901 - Chap. Les Israélites au Maroc, cité par José Bénech dans son livre Essai d’explication d’un mellah, p.290- 292. Les chiffres indiqués dans ce rapport sont pratiquement repris par le Comte Maurice de Périgny dans son livre Au Maroc - Marrakech et les Ports du Sud, Paris, 1918, p. 151-152.

[4] Cf. Pierre Flamand : Diaspora en terre d’Islam, Vol. I, p. 364-367, la lettre du 15 février 1904 en 4 pages.

[5] Elias Harrus, op. cit. ,  indique que les établissements comptaient déjà 272 garçons et 135 filles.

[6] Paul Lemoine : Mission dans le Maroc Occidental (Automne 1904) - Rapport  au Comité du Maroc, Paris, 1905, p. 62-63. M. Hazan,   un homme de marque est chef de la poste française à Marrakech : p. 30 et  p. 68-71 ; à la page 70, une illustration du bureau de la Poste française au mellah de Marrakech. Je reconnais sur cette photo la rue qui s’appellera plus tard derb Tabac. Sur la Poste en général à cette époque, cf. Augustin Bernard : Une mission au Maroc, Publication du Comité du Maroc, Paris, 1904, p.57-63. Cet auteur parle des écoles de l’Alliance au Maroc (p. 76-83) : Tanger, Larache, Rabat, Mogador, Fès, Safi, Mazagan, Ksar-el-Kebir, Arzila, mais point de l’école de Marrakech.  Avec un accent quelque peu prophétique, il écrit : « On peut s’en remettre à l’Alliance israélite du soin de fonder en temps et lieu des écoles pour les Juifs du Maroc partout où cela sera possible et utile, On ne fera pas mieux qu’elle à cet  égard, et il est inutile de chercher à reprendre les écoles qu’elle a abandonnées momentanément parce qu’elle a vu l’échec certain ».

[7] Louis Gentil : Explorations au Maroc (Mission de Segonzac), Masson et Cie Editeur, Paris, 1906, p. 170-174. A la page 171, Louis Gentil écrit : « J’ai eu l’occasion d’habiter, le Mellah de Marrakech à trois reprises différentes … Je me suis alors  trouvé en contact avec la population juive. J’ai vu très fréquemment les élèves des écoles, je les ai interrogés à maintes reprises, j’ai causé avec eux bien souvent, puis j’ai été reçu par des notables de la Communauté, en particulier par son président, M. Corcos. » Dans l’Avant-propos, p. IX, il écrivait déjà : « Je garde le meilleur souvenir de la collaboration des professeurs de l’Ecole de l’Alliance Israélite universelle  à Marrakech, de M  et Mme Falcon et de M. Souessia, ainsi que de nombreux membres de la Communauté israélite de la capitale marocaine, présidée par M. Corcos. »

[8] José Bénech, op. cit,, p. 293. Comte Maurice de Périgny, op. cit. , p.152, mentionne pour l’année 1905 350 élèves dont 24 seulement payants. 

[9] José Bénech, op. cit. , p. 299.

[10] Christian Houel : Mes aventures marocaines, Editions « Maroc-Demain, Casablanca, 1954, p. 52-53.

[11] Christian Houel, op. cit., p. 53-54.

[12] José Bénech, op. cit. , p. 295-296. Alfred Goldenberg in Trait d’Union - Bulletin d’informations et de liaison du Judaïsme de Marrakech, mai 1989, intitulé Les draps blancs, p 45, cite deux lettres adressées par M. Falcon à Paris : l’une est datée du 27 novembre 1908, dans laquelle il déclare être à Marrakech depuis le 23 : « Mon arrivée au Mellah fut saluée avec enthousiasme par nos coreligionnaires qui ont considéré ma présence comme un gage de sécurité durable » ; l’autre lettre est datée du 5 décembre 1908 : « Extraordinairement, Si Madani (Grand Vizir) manda chez lui toutes les autorités de la ville et des environs. Il leur dit ; « Les écoles que l’Alliance a dans toutes les villes du Maroc ont pour but de rendre les jeunes moins ignorants et moins malheureux. Je vous recommande spécialement les maîtres qui viendront accomplir cette tâche et les enfants qui fréquenteront ces écoles ».

[13] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 46

[14] Rapport du 17 décembre 1911 de l’assemblée générale de l’Alliance israélite universelle, p. 102

[15] D’autres observateurs ont dit beaucoup de bien d’Y. Corcos, et sa popularité en milieu juif était immense : il a su pratiquer le charité envers les pauvres ; il a  bâti  une grande synagogue et entretenu quatre yéchoiboths. C’est un débat qu’il faudra ouvrir un jour, et étudier en profondeur ca qu’ont été véritablement les relations entre les institutions juives de Marrakech et la population ; ce débat se fera en suivant la méthodologie dans le domaine de la recherche universitaire. 

[16] Pierre Flamand, op. cit., p. 229-230 et p. 368-369.

[17] Louis Botte : Au cœur du Maroc, Hachette, 1913, p.199-200 : « Mais quand nous arrivons au mellah, c’est un tout autre spectacle. L’enthousiasme est délirant. Tous les juifs sont là… ils se poussent, se bousculent et s’écrasent contre les chevaux qui ruent. Les bravos crépitent. Du haut des terrasses, les femmes accrochées en grappes vivantes, et comme ivres, miaulent leurs you-you prolongés, assourdissants, énervants. Des centaines de mains s’agitent, claquent, ou font le salut militaire. Des apostrophes se croisent : « Content de te voir, monsieur ! - Monsieur, Vive la France, » Pendant tout le temps du défilé, ces juifs manifestent une joie indescriptible. Ils exagèrent. 

[18] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 47.

[19] José Bénech, op. cit. , p, 294. 

[20] Comte Maurice de Périgny, op. cit., p. 152.

[21] Il n’a pas été facile d’établir toutes ces indications en raison des sources consultées. Aïemy Haïm Hazan dit que l’école près de la place des ferblantiers fonctionnait parallèlement à celle de la rue Francisco, où il a été élève, sans autres précisions quant aux dates. Je relève différentes dates, quelque peu contradictoires, dans les écrits de M. Alfred Goldenberg : cf. le texte déjà cité p. 47-48 et son livre Souvenirs d’Alliance, éditions du Nadir de l’A.I. U., 1999, p. 50-51. De son côté, José Bénech, op. cit., p. 296 écrit : « Puis ce fut 1914 et la guerre. Pour des raisons financières, l’Ecole de l’Alliance dut fermer ses portes. En 1919, le Protectorat ouvrait dans une maison du Mellah une école franco-israélite… Cette école franco-israélite disparut en 1925. »

[22] Jérôme et Jean Tharaud : Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas, Plon, Paris, 1920, p. 122-123.

[23] Sur Nessim Lévy, cf. Le souffle vespéral, op.cit., p. 69-76. Nessim Lévy m’a écrit plusieurs lettres ; je ne les ai pas toutes publiées dans le susdit document ; les autres sont dans mes archives.

[24] José Bénech, op. cit., p.299-300; Paix et Droit 1er avril 1926, p. 7.

[25] Alfred Goldenberg in Trait d’Union, op. cit., p.48.

[26] Jacques Bigart in Paix et Droit, op. cit., p. 6.

[27] Alfred Goldenberg, op. cit., p. 48.

[28] Jacob Ohayon : Dans Marrakech la juive in L’Avenir Illustré, 19 mars 1931, p. 3-4.

[29] Idem in L’Avenir Illustré du 26 mars 1931, p. 3-4.

[30] Je viens de terminer un long article pour rendre hommage à l’œuvre et à la personnalité de la Doctoresse Françoise Legey, marrakchie de cœur et d’adoption.

[31] Jacob Ohayon in L’Avenir Illustré du 9 avril 1931, p. 3-4. Jacob  Ohayon a écrit ses textes avec « son sang et ses larmes », expression empruntée à Farid el Atrach. Comme lui, je suis un enfant de la promiscuité. Cette promiscuité n’était pas criminogène. Elle a été source d’amitié et de bon voisinage, el mhebba ouzouria. Comme le chante dans son Matrouz Simon Elbaz : « Nous étions tous réunis », « kouna mezmou’in ».

[32] Cf. L’Avenir Illustré daté du 30 novembre 1932, p. 4. 

[33] L’Avenir Illustré du 31 octobre 1936, p. 3, article non signé : A Marrakech - La Visite du Résident Général et de Madame Noguès a été l’occasion d’une émouvante manifestation de la population juive.

[34] Roger Thabault : 1848-1914 - L’ascension d’un peuple - Mon village - Ses hommes, ses routes, son école, Librairie Delagrave, Paris, 1944. Dans cet ouvrage de 250 pages, l’auteur souligne qu’au départ les défenseurs de la tradition se défiaient des idées nouvelles et de l’instruction qui les propage. Ils ne voulaient point qu’ils fussent contraints par une loi d’envoyer leurs enfants à l’école.  Ils voulaient surtout que l’école demeurât religieuse et que l’instituteur restât l’auxiliaire du prêtre.

[35] Alfred Goldenberg in Paix et Droit, 1er février 1937, p.9-10 ; Ibid. 1er mai 1939, p.9-10 : extraits de deux rapports établis respectivement par M. Bibasse et M. Goldenberg.