LONELY CHILD

lonely-child-pascale-roze-stock-2017

PARUTION D'UN NOU-VEAU ROMAN HISTO-RIQUE DE PASCALE ROZE CONCERNANT UN COMMANDANT ASSIÉGÉ À DAR EL KADI EN DÉCEMBRE 1912 ALORS QU'IL ALLAIT DEPUIS MOGADOR À LA RENCONTRE DE LA COLONNE DU COLONEL RUEFF. Une histoire racontée par la petite fille de ce commandant qu'elle redécouvre au soir de sa vie avec la mémoire du parcours de son grand père et le souvenir qu'il a laissé au Maroc chez une famille marocaine. Pascale Roze, Prix du Premier Roman, Prix Goncourt pour un autre roman "Le chasseur zéro" est aussi une lectrice du Blog Mangin@Marrakech. ( Stock Ed, 1er février 2017).

HEUREUSE SAINT-VALENTIN À TOUS LES   AMOUREUX

image1

LE COLONEL EMMANUEL MANGIN, L'UN DES PETITS FILS DU GÉNÉRAL CHARLES MANGIN EST VENU EN CE DÉBUT 2017 SE RECUEILLIR SUR LA TOMBE DE SON ONCLE LE LIEUTENANT HENRI MANGIN MORT AU MAROC (TAFILALET) À 25 ANS EN 1933.

Depuis 1933, les descendants du Colonel Charles Mangin (qui chassa le prétendant El Hiba de Marrakech en 1912) se déplacent en pélerinage dans la Ville Rouge et dans l'Atlas. Ils viennent se recueillir sur la tombe du Lieutenant Henri MANGIN, fils aîné de Charles MANGIN, mort au combat à la tête de son groupe de partisans marocains en juillet 1933.

Le colonel Emmanuel MANGIN écrit au blog:"Nous arrivons  ma femme et moi  accompagnés de notre petite-fille , 3 ans , jeudi soir ; nous passons la journée de Vendredi à Marrakech avant de filer vers Zagora  retour mercredi en fin de journée  et nous reprenons l'avion Jeudi en fin d'apres midi ;

Je voudrais aller me recueillir sur la tombe de mon oncle le lieutenant Henri Mangin tué en juillet 1933 dans le Tafilalet; et peut être me présenter au Consul général de France s'il peut me recevoir mercredi..."

Lieutenant Colonel Emmanuel MANGIN (photo ci-contre au cimetière européen de Marrakech)

La tombe du Lieutenant Henri Mangin se trouve dans le Carré militaire du cimetière de Marrakech, alors qu'à l'origine elle avait une place à part. 

catafalque-Henri-Mangin-MRK-7sept1933

Après une première cérémonie en juillet, une deuxième cérémonie eut lieu en septembre en présence de Jacqueline Mangin, soeur du défunt, accompagnée de son mari le capitaine Brosset. Mme Veuve Mangin et son fils Louis-Eugène vinrent se recueillir sur sa tombe le 14 janvier 1935 à l'occasion de l'inauguration du monument de Sidi Bou Othmane.

Le 7 septembbre 1933, la population de Marrakech rendait un ultime hommage à la dépouille mortelle du lieutenant Henri Mangin, tué d'une balle au front, dans l'IMGHAS, alors qu'il se trouvait en juillet à la tête de son groupe de partisans marocains. Le 7 septembre 1912, son glorieux père, le Colonel Mangin, entrait à Marrakech en faisant fuir le prétendant El Hiba, ennemi du Sultan Alaouite. Vingt et un an après, le fils du Général Mangin, si tragiquement décédé en 1925, était enterré au cimetière de Marrakech. 

Les restes du lieutenant Mangin furent amenés sur un catafalque au milieu du cimetière. Dans le fond une compagnie du 4e Étranger avec la musique rendait les honneurs. De face, le Général Catroux, commandant la Région, ayant auprès de lui le capitaine et Mme Brosset, beau-frère et soeur du lieutenant Mangin, derrière eux, l'État-Major, les autorités civiles et militaires, le Section des Croix de Feu et Briscards de Marrakech, les officiers sans troupes, la foule.

 Henri Bordeaux l'Académicien avait tenu à rappeler la mémoire de ce lieutenant volontaire:

 

Lieutenant_Mangin-Rageys-1933

"J'ai dans les yeux la silhouette élégante, gentile, de ce grand jeune homme, plus fin que le père, moins râblé, mais tout aussi volontaire, qui semblait aimer le monde et s'y plaire, que le monde ne demandait qu'à gâter, et qui n'avait au fond qu'une envie: s'en aller au désert, servir et commander. Tout lui aurait été facile, tout lui souriait. Mais que pouvaient bien être ces facilités et ces sourires pour le désir qu'il portait en lui ? Ne devait-il pas continuer l'oeuvre paternelle interrompue trop tôt ? Et pour ne pas lalaisser interrompre ne fallait-il pas se hâter ? Ainsi brûlait-il les étapes. Sorti de l'École polytechnique, il réclame l'infanterie coloniale, et il part pour la Mauritanie.(...)

oct12-Lyautey-bahia-européens-mrk

Avant de traverser l'Atlas et de descendre plus au sud où l'attend la mort, il a traversé Marrakech. Or Marrakech appartient au souvenir de son père. À Marrakech il était chez lui. En 1912, le grand Mangin est le colonel Mangin. (...)

Ci-contre en octobre 1912 au Palais de La Bahia de Marrakech: Lyautey entourré de Brûlard et de Mangin, madame Mangin à son côté.

Quel souvenir pour le jeune lieutenant qui va prendre part à la nouvelle colonne, cette fois bien plus au sud, afin d'établir la frontière définitive du Maroc, celles que ne franchoront plus les tribus dissidentes! S'est-il promené dans ces jardins de l'Aguedal où son père installa son quartier général, avec ce goût qu'il avait pour les belles demeures où la vie continue, comme il le disait, la veille de la bataille de la victoire de Méry, à la propriétaire du château de Pronleroy, car on ne fait la guerre que pour que la vie continue dans des conditions meilleures ? Les jardins de l'Aguedal, charme délicieux de l'oasis de neige et d'or sur le fond des montagnes de neige! Dernière promenade de douceur et d'orgueil à l'évocation de l'oeuvre paternelle, et puis dernier départ avec la colonne. Comment ne pas pleurer un destin si court, alors que tout le marquait pour l'avenir d'une race et de notre pays?

Non ne le pleurons pas. L'offrande de cette jeune vie agrandit l'oeuvre du père, y ajoute cette grâce qui vient du sacrifice librement consenti.  HENRY BORDEAUX

Comment est mort le lieutenant Henri MANGIN ?

Au cours des opérations qui se déroulèrent les 21 et 22 juillet le lieutenant Mangin fut mortellement frappé. Une nouvelle avancée de l'ensemble des troupes mobiles a permis l'occupation de la Haute vallée du Dadès et l'occupation du pays des Ait Abddi. Cette avance consolide les jonctions entre les groupes de Meknès, du Tadla et les confins situés au centre du district d'Indghas et accentue le mouvement de soumission chez les Ait Ouanerghi.

C'est vers le début de la soirée du 22 que le lieutenant Mangin, qui marchait à la tête d'un groupe de partisans marocains a été frappé. Le lieutenant Mangin, qui avait été grièvement blessé, fut transporté à l'ambulance où il reçut du Général Catroux, l'insigne de chevalier de la Légion d'Honneur, avant de mourir le lendemain.

Le général Huré, commandant supérieur des troupes, s'est rendu dans la haute vallée de l'Indghas, dans la région où les troupes mobiles "Catroux et Giraud" ont fait leur jonction, il a visité la formation de Semghir où il s'est incliné devant les dépouilles mortelles du lieutenant Mangin et du lieutenant vétérinaire Besson, tué également dans les récents combats, alors qu'il portait secours à un partisan  marocain blessé. 

Bien que de formation scientifique, et sorti de l'École Polytechnique, le lieutenant Henri Mangin avait opté pour l'infanterie coloniale, la première arme de son père, le général. Il fit d'abord campagne comme officier à la compagnie saharienne de Mauritanie. Il y a seulement quinze jours qu'il avait pris le commandement du groupe des partisans marocains.

Une première cérémonie d'obsèques du lieutenant Mangin et du lieutenant vétérinaire Besson, morts au champ d'honneur dans la région d'Indghas d'où leur corps avait été ramené le 25 par avion, eut lieu le mercredi 26 juillet à Marrakech.  Le deuil était conduit par M. Halmagrand, adjoint civil. Après la cérémonie religieuse, les cercueils ont été transportés au dépositoire où le colonel Schuler et le colonel Chalain dirent successivement un émouvant adieu aux disparus.

En ce début d'année 2017 le colonel Emmanuel Mangin nous parle de ses pélerinages:

"On trouve la tombe d'Henri Mangin facilement. Il a beaucoup été déplacé  C'est le 3eme emplacement au moins.

Avec mon père Louis MANGIN nous avions fait un pèlerinage entre hommes en juin 78 . On voyait la tombe de loin car il y avait un arbuste, ressemblant à un laurier, à côté.

Il m'avait dit que ce n'était  pas le premier emplacement. Le sous officier adjoint de l'oncle Henri avait pris en 1933 un arbuste là où il était tombé. Depuis l'arbuste avait été remplacé.

Ensuite nous avons refait la route de la campagne du Tadla contre le prétendant El Hiba qui avait pris le commandement des tribus en révolte en 1912.

Victoire de Beni Mellal , grosse affaire...

Grand Papa (Colonel Charles Mangin) attend Lyautey à Fez. On lui demande "Que peut on faire pour surprendre le Général ?"

Faites tirer le canon ! Il y a longtemps qu'il ne l'a pas entendu !

Rose-2

On se souvient qu'après la guerre , il disait du Maréchal: "Maréchal à titre civil, Académicien à titre militaire"

Pendant notre périple avec Rose, qui aura bientôt 4 ans , nous avons visité (le cimetière de Marrakech) et la casbah de Ouarzazate, ancien fief du Pacha de Marrakech. 

Notre guide, assez âgé, très fin lettré, me raconte l'installation du Pacha à Marrakech en 1913 

Je me présente , petit fils etc... Il me regarde et dit: "Il y a plus de 40 ans , j'ai reçu ici votre père et votre mère, À la fin j'ai dit à votre mère qu'elle ressemblait à SImone de Beauvoir qui était très proche du Pacha et cela ne lui a pas plu."

(cette visite REMONTAIT au printemps 1971) .....

 je vous joins un cliché pris quelques mois avant la mort d'Henri , à l'occasion, en 1932, de la remise au 23e d'Infanterie coloniale de la maquette du monument MANGIN ."

monument-mangin-1932

On voit à l'arriere plan la maquette du monument Mangin réalisée par le sculpteur Maxime Réal del Sarte

Au centre Madame Charles Mangin entre ses deux fils aînés, à gauche le lieutenant Henri Mangin sept mois avant sa mort dans la haute vallée du Dadès, à droite Louis-Eugene Mangin en uniforme de Saint-Cyr.

Colonel-Mollet-23e 2

Henri Mangin fut renversé par un tramway parisien et gravement blessé le 28 décembre c'est à dire trois mois après cette photo qui date du 20 septembre et a été prise à l'occasion de la remise. solennelle de la maquette du monument Mangin à la garde du 23e d'Infanterie Coloniale (caserne de Lourcine, Bd de Port Royal). Le sculpteur Maxime Réal Del Sarte s'adresse à Madame la Générale Mangin, à ses fils Henri et Louis-Eugène ainsi qu'au Colonel Mollet commandant le 23e d'Infanterie coloniale. Cette maquette serait aujourd'hui au Musée des Troupes de Marine à Fréjus.

L'inauguration de la statue, Place Denys Cochin avait eu lieu six mois avant, le 20 mars. 

Mangin-place-denys-cochin Un imposant défilé des troupes avait marqué cette inauguration. 

Inauguration_du_monument_du_général_[

"En juin 40, le monument érigé place Denis Cochin, prés des Invalides, fut dynamité par les Allemands la veille de la venue d'Hitler pour qu'il ne le vit pas en allant voir le tombeau de Napoléon; L'Armée MANGIN, composée en partie de troupes issues des Colonies, avait occupé la Rhénanie en 1919, et "la race aryenne avait été souillée", de façon évidente, par cette proximité...

Il y a maintenant une statue au chevet de l'église Saint François Xavier;

oct12-Mangin-Dar-Beida

Sur la photo avec ses fils, on voit la Générale MANGIN , toujours en deuil ; Elle a une cinquantaine d'années; Elle était née Cavaignac.

Son père, polytechnicien, était Ministre de la Guerre en 1898 au début de l'affaire Dreyfus;.. son grand père, le General Eugene Cavaignac, polytechnicien, avait été Ministre de la Guerre en 1848 , puis chef du pouvoir exécutif jusqu'en Décembre 1848 

Ci-contre elle monte en amazone en octobre 1912 à Marrakech

Elle a eu 8 enfants.

La famille MANGIN s'engagera résolument aux cotés du General DE GAULLE: elle compta 3 Compagnons de la Libération: deux des gendres: le General BROSSET mort pour la France fin 44 , commandait la 1er DFL ; Jacques LECOMPTE BOINET, chef de réseau puis membre du Conseil National de la Résistance. Stanislas MANGIN Saint Cyrien, BCRA et 1ere DFL . voir leurs bios sur WILKEPEDIA .

Mon père que l'on voit en tenue de Saint Cyr sur la photo , fut Délégué Militaire National en 43/44 puis à l'Etat Major particulier de De Gaulle ;  au Maroc de 37 à 41 , lieutenant , il était en poste ; 

je joins la photo de De Gaulle présentant ses hommages à la Générale MANGIN lors de la célébration du centenaire en 1966 aux Invaides."

generale mangin-35

Nous remercions le Colonel et madame Emmanuel Mangin pour les photos et les souvenirs qu'ils ont partagés avec nous. Nous mesurons  tout ce que l'histoire de Marrakech, du royaume du Maroc et de son unité doit à sa famille. Souhaitons à la petite Rose et à ses cousins de poursuivre avec les nouvelles générations ces pélerinages qui maintiennent les liens avec la terre marocaine et ses habitants. Merci aussi à Pascale Roze pour son roman qui participe de ces liens entre marocains et français, dans la guerre et dans la paix.

Ceux qui veulent ajouter des informations peuvent le faire dans les commentaires ci-dessous. Pour envoyer des photos ou des scans s'adresser au webmaster par le lien "contacter l'auteur" en haut à gauche de cette page.

Photo des 8 enfants de la Générale Mangin ajoutée par Jean-Louis Roy. 

Général Mangin et ses enfants

A propos de Dar el Kadi (décembre 1912) on lira le témoignage du Capitaine Cornet:   http://mangin2marrakech.canalblog.com/archives/2015/09/21/32657810.html

Plusieurs pages du Blog, parlent du Colonel Charles Mangin en 1912-1913: