LA PRESSE REND COMPTE DE LA KERMESSE DE JUIN 1958 ET ANNONCE LA VENUE DU PASTEUR DANIEL LESTRINGANT

La Vigie Marocaine du 6 juin 1958 rapporte:  La kermesse qui s’est déroulée pendant toute la journée de dimanche, dans le jardin et les locaux de la Paroisse de l’Église réformée de Marrakech (EEAM), avenue Barthou, a connu son splendide succès habituel.

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Le mérite en revient à un comité aussi dévoué qu’expéri-menté et actif. L’affluence a été énorme, sans interruption, avec une proportion considérable d’enfants dont les cris joyeux ajoutaient à La réunion une fraîcheur et un charme de fête.
Les jeux ne manquaient pas: lapinodrome, boules, jeu de massacre, tirs, stand du Rhin, bar, salon de thé marocain avec fines pâtisseries.
On pouvait traiter d’avan-tageuses affaires, agrémentées du sourire des vendeuses, au comptoir des fleurs, de l’épicerie, des ouvrages de dames.
Le réconfort gastronomique ne faisait pas défaut, à midi et le soir. Simon (le boucher-charcutier Fankhauser), aidé de Bertrand (le photographe) avaient magistralement cuisiné une choucroute de première classe et, hors programme, une alléchante fondue. 
Le salon de peinture

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Avec une belle générosité, les artistes de Marrakech avaient offert des oeuvres de valeur à la kermesse: un tableau de Jacques Majorelle, acquis par M. Paul Jorion, consul général de France, quatre tableaux de Ch.-O. Holbing, dont une casbah, acquise par Lady Steel Midland, un dessin de Rose Ercole, un tableau de Belami, deux tablotins de M.-J. Revel.
Les personnalités La kermesse a été honorée de la présence du pasteur Clot, venu de Casablanca, de M. Paul Jorion consul général de France, M. Carton, consul de France, M. Wachsmuth, vice-consul de Suisse, M. Géminel, vice-consul du Portugal et Mme Géminel, le R.P. Edmond (paroisse des Saints-Martyrs), Lady Steel Midland, commandant Jouffroy, major de la garnison, et Mme Jouffroy.

On entourait beaucoup le colonel Kocher, ancien chef d’Etat Major de la Division de Marrakech (1947-48), qui à la place du pasteur avait officié au culte du matin au Temple de l’Hivernage.

La paroisse de l’Église protestante (EEAM) va recevoir son nouveau pasteur
Au cours de cette semaine la paroisse de l’Église protestante de Marrakech va recevoir son nouveau pasteur, M. Daniel Lestringant venant de Kénitra.
Nous lui présentons nos souhaits respectueux de bienvenue. Il succède à M. Le pasteur Jean de Mondenard, qui a quitté depuis plusieurs mois notre ville où il a laissé de profonds et durables souvenirs - ainsi que de très nombreuses amitiés.
(La Vigie, édition de Marrakech, 6 juin 1958).

Pasteurs-EEAM-Maroc Deux couples pastoraux incognito à Casablanca - A gauche Pasteur et Mme Lestringant à droite Pasteur et Mme de Mondenard. 

Historique résumé des protestants à Marrakech

Dès 1890 un culte protestant fut créé à Marrakech, mais en anglais. La Southern Morocco Mission de Glasgow avait formé une petite communauté en médina autour d'un dispensaire de soins médicaux pour les marocains, notamment pour les mères marocaines qui accouchaient, et pour les enfants à vacciner ou à soigner; le dispensaire était situé Derb Toubib. (c'est de l'activité médicale gratuite de ces écossais qu'est venu le nom du derb).  Le vice-consul anglais Alan Lennox et sa famille qui habitaient Dar Tounsi faisaient partie de cette première communauté protestante.

Dans sa brochure de juin 1913 exposant les services mis en place à Marrakech et donnant le plan de la ville, les services du général Brûlard indiquaient qu'un pasteur protestant était à Marrakech. En fait ce n'était pas exact à 100%. Il y avait un pasteur qui venait occasionnellement de Mogador: le pasteur Zerbib mais il était âgé et est mort en 1920; il n'est pas venu souvent. Il y eut aussi le pasteur Jalabert, il avait accepté les fonctions d'aumonier militaire et visitait régulièrement les régiments de la Légion étrangère cantonnés dans plusieurs villes du Maroc; un régiment Étranger d'Infanterie avait sa garnison à Kasbah-Tadla jusqu'en juillet 1917, ensuite au camp du Guéliz à Marrakech, mais i'aumonier Jalabert était souvent aussi à Fez où il y avait d'autres légionnaires. 

Puis vers 1922 le pasteur Serfass est nommé aumonier militaire à Casablanca, et dessert  plusieurs villes de garnison et occasionnellement Marrakech. Il vient un jour ou deux tous les deux mois, invité notamment par le Chef de région le Général Chopin de La Bruyère qui est aussi protestant. D'autres comme les familles Bruniquel, Beerli et Paul Chavanne, de même le Dr Gilloin forment la petite communauté protestante de langue française. 

Pasteur-aumonier-Jules Roche

Un deuxième aumonier militaire est nommé sur Fez et Meknes vers 1930, il s'agit du pasteur Jules Roche, ce qui permet au pasteur Serfass d'avoir plus de temps pour Casablanca et Marrakech. Puis au pasteur Serfass succède à Casablanca le pasteur Théo Calas.

Certains vieux marrakchis se souviennent de l'aumônier Jules Roche qui après Fez a été muté à Marrakech en 1938, comme aumônier de la division de Marrakech (qui comprenait aussi Agadir, Ouarzazate, Safi, Essaouira où il se déplaçait occasionnellement).  Il avait à sa  disposition une maison marocaine vers l'entrée du Mellah et y organisait les cultes protestants où venaient tant les civils installés à Marrakech que  les militaires de passage. Il a contribué aussi à soutenir le scoutisme : Il était commissaire pour les Eclaireurs de France et les Éclaireurs Unionistes. Ses formations incluaient aussi les Éclaireurs Israélites. Ceux qui l'ont connu se souviennent aussi de sa barbe.

En 1943 un grand terrain est choisi pour faire construire un temple dans le quartier de l'Hivernage. Mais avant de construire un vrai temple, il est décidé d'édifier des salles de jeunesse au fond du terrain. Ces salles devaient pouvoir servir dans l'immédiat de lieu de culte provisoire. Mais dix ans plus tard le provisoire devenait définitif.

bapteme-ducou-monique

En décembre 1945 les cultes protestants peuvent se faire au temple du quartier de l'Hivernage, mais le pasteur Jules Roche est sérieusement atteint par le typhus, il doit s'arrêter et obtient sa retraite d'aumonier militaire. En son absence c'est le pasteur Théo Calas qui vient de Casa pour par exemple célébrer un baptême. Ce sera le cas pour le baptême de Monique DUCOU. Elle nous en a confié une preuve, la photo prise ce jour là sur le balcon de l'immeuble Gidel où le pasteur en robe est accompagné de sa marraine Gabrielle Stépan et de son parrain, le dentiste Jean Caillères.

Monique : "En me plongeant dans mes cartons et mes albums, je suis tombée sur une photo de mon baptême et j'ai relu le passage écrit par mon père sur ce sujet. Je le trouve attendrissant et j'ai envie de le partager...."
 
"Peu après la naissance de Monique, le choix des parrain et marraine fut arrêté.
Maman et Papa auraient bien désiré que le baptême fut célébré à Casablanca où leur union avait été bénie par le pasteur Théo Calas. Mais il n'était pas possible de se réunir tous pour cette cérémonie.
Il fut donc décidé que le baptême aurait lieu à Marrakech pendant les vacances de Noêl. L'aumonier militaire, le Pasteur Jules Roche devait donc baptiser Monique le 30 décembre 1945.
Il n'en fut pas ainsi. "L'homme s'agite mais Dieu le mène."
Le Pasteur Roche fut immobilisé à Casablanca, terrassé par le typhus. Sa vie fut en danger pendant une dizaine de jours. De meilleures nouvelles parvinrent à Marrakech. S'il était hors de danger, il ne fallait pas penser le revoir à Marrakech avant le mois de Mars. C'est avec tristesse qu'il fallait différer la date du baptême de Monique alors que tout le monde se trouvait réuni à Marrakech.
Ce fut aussi avec une grande joie que fut accueillie l'arrivée du pasteur Théo Calas, à Marrakech, venu pour célébrer un culte avec Sainte Cène. Papa lui téléphona et, sans hésitation, il accepta de baptiser Monique le jour qui avait été fixé.
Monique fut d'abord un peu effrayée de se voir entourée de tant de personnes aux visages peu connus et fondit en larmes. Mais bientôt elle retrouva le calme. Elle apprécia la cérémonie du baptême car elle n'entendait plus que la voix du pasteur, et ravie de ses gestes, que les plis de sa robe amplifiaient, elle ne cessa de lui sourire. Elle supporta courageusement l'épreuve sans pleurer. Bien qu'elle eut les yeux submergés, elle conserva, jusqu'au bout, son sourire.
Le pasteur après la liturgie, prononça une émouvante allocution dans laquelle il exprima tout le plaisir qu'il avait de baptiser Monique, fruit de l'union qu'il avait béni un peu plus d'un an plus tôt. Il dit son émotion de voir le visage souriant d'un bébé, lui qui était déjà 14 fois grand-père et qui n'avait pas encore eu la joie de connaître ses petits-enfants à cause de la guerre."

En janvier 1947 arrive le pasteur Jean de Mondenard, qui pour venir à Marrakech accepte de devenir aumônier militaire. Il partage son temps avec Agadir, Safi, Essaouira, Louis-Gentil, Ouarzazate tout en résidant à Marrakech. La communauté protestante s'était agrandie vers 1945-1947 avec des familles  avec ou sans enfants: les Aumeunier (médecins), Berlaud, Brochier (médecin), Bakkoven, Ball (restaurant Rex), Bertrand (photographe), Bizeul, Bost (professeur de Piano), Bonniot (juge au tribunal), M. Brunner, Bacle (garage Citroen), Berger, Boeuf (Dr Sté d'électricité), Christoph, Chartier-Suau, Combe (CFM), M. Cornu (ingenieur des mines), Ducou (avocat et assureur), Despieds (pâtissier), R.Duru (inspecteur régional de l'urbanisme), Fankhauser (boucherie Simon), Garçon (base aérienne), Garnier (transports), Geydan (menuiserie), Gripon (retraité armée), Haeny (comptoir Suisse), Heim (dépot de remonte), Klinger, Lafon (institutrice), Lafourte, Lassale, Lebrat, Larroumets (retraité militaire), Migot (Pt de l'AGM), Manguy-Reuilly (graines Vita), Moussu, Nouguier (radio BA707), Perrenoud (comptable Sté Electricité, Perrier (Dr Défense des végétaux), Quarmenil, Rousseau (professeur), Sahi (officier GT514), Saint-Germain (épicier), Schmied (greffier et institutrice), Schweizer (plombier), Wachsmuth (Dr Moulin Baruk et prof de math), Paul Zeender (immobilier)en comptant les plus anciens des débuts: les Bruniquel, les Beerli et les Chavanne.

Les cultes ont lieu au temple de l'Hivernage et les groupes d'enfants et d'ados s'y rassemblent. En 1952, les protestants de Marrakech souhaitent avoir un pasteur civil qui disposerait pour Marrakech de plus de temps qu'un aumonier militaire et cherchent à construire un presbytère. C'est à cette époque que les protestants reçurent  en leg une belle villa située avenue Barthou au Guéliz.  

En 1953, les protestants de Marrakech demandent au pasteur Jean de Mondenard de devenir leur pasteur civil. Il accepte et pour celà démissionne de l'armée. La villa est agrandie et de vastes locaux pour la jeunesse, dont une modeste salle de spectacle, sont construits sur le même terrain.

En 1954 il est décidé d'agrandir et de rénover le temple de l'Hivernage. Raymond Duru, architecte  et responsable de l'urbanisme sur la Région réalisera les plans et surveillera la réalisation.

D'autres familles font partie de la paroisse de Marrakech sans compter celles du bled et la plus part des militaires: les Auberson, Arrondeau, Accart (médecin), Amy, Bataillard, Buttet, Bertrand JJ (Cie Marocaine), Buresté, Bailly, Breton, Boucry, Bassoli, Bignon, Bouffard, Brutsche, Bruègne, Barbey, Bechara, Boggia, Beer (Mamounia), Besana, Brochon (BE707), Calas, Crouzet, Chamorel, Couleru, Couchy, Cheynel (architecte), Delpuech (SJS), Druyer, Delavierre, de Douville-Maillefeu, Decorterd, Duclos, Dosnon-Vassas, Ducros, Denize, Eggink, Fehst, Forel, Trindel (instituteur), Fourets, Fesquet, Franceschi, Falkenrodt, Guiraud, Gauthay, Garzena, de Greyerz, Grand d'Esnon, Hébrard, Husen, Hoka, Holbing (artiste peintre), Hirsch (sage femme), Heraut, Jovert, Jarmolinsky, Jaccoud (médecin), Kopp, Kynel (photographe), Knecht, Kreitmann, Kellermann (chaussures Bata), Lobstein, Lebas, Lummech, Léridon (police), Lapierre, Lefevre, Leonhardt (BA707), Lopez, Lyautey (Pierre), Martinez, Mautner, Muller, Million, Moeglin, Monniot, Maerten, Manton, Morin (services municipaux), Mas (médecin), Monroe, Nussli (BA707), Nahmani, Noé, Oustry, Rappas-Malarte, Pernoux, Peets-Tagapera (médecin, Perret, Pratz, Puget, Petrachevitch, Ramming, de Rham, Rousseau (proviseur lycée), Ramelet, Riegert, Ruel, Roy J., Rosenq, Rouilly, Schvoelel, Stojko, Seidenbinder (manufacture Pitteri), Soudant (professeurs), Strasser, Scherrer, Seguin (armurier), Serramoune (GT514), Susini, Soyer, Sautter, Surleau (Souhela), de Tienda (médecin), Telon, Torrente, Teyssier, Venker, Vergara (enseignant), Walk (géologue), Weiss, Woehr,..  Environ 120 noms de famille, plus ou moins connus se sont ajoutés aux 50 noms de 1947.

Cependant en 1956, quelques familles commencent à quitter Marrakech.

En juillet 1957 le pasteur Jean de Mondenard appelé par les protestants de Toulouse rejoint le Sud-Ouest avec sa famille. Les protestants de Marrakech s'organisent pour vivre une année sans pasteur.

C'est pendant cette période qu'a lieu la kermesse 58 dont parle le journaliste de "La Vigie marocaine". Il n'est pas rare qu'une paroisse protestante reste une annnée sans pasteur. En effet chaque paroisse dispose d'un Conseil presbytéral, formé de Conseillers élus par les membres de la paroisse. C'est ce conseil qui veille à la vie de la paroisse. Pour les cultes, en cas d'absence de pasteur pour un an, ils les font eux-mêmes en partie et invitent des prédicateurs venus d'ailleurs de temps à autre (ce fut le cas avec le colonel Louis Kocher).  Le président de ce conseil presbytéral à cette époque fut l'architecte Raymond Duru, il y avait aussi dans ce conseil Mme Bruniquel, Mme de Rham, M. Lobstein, M. Perrenoud et M. de Tienda.

Lestringant-ane-1961

En juin 1958 arrive le pasteur Daniel Lestringant et sa famille, il restera plusieurs années.

Un film où l'on voit le pasteur Lestringant place Djemaa el Fna a été tourné par Maurice Calas.

Les élèves et professeurs du lycée Victor Hugo auront connu ses enfants: Anne-Marie, Isabelle et Pierre-Yves Lestringant.

Dès 1969 un scoutisme unifié rassemblant les Scouts de France, Éclaireurs unionistes, Guides de France et Éclaireuses unionistes est lancé au Maroc dans une perspective oecuménique. Un rassemblement des unités du Maroc eut lieu pendant les vacances de Pâques 1989 aux Ouled Taleb près de Ben Slimane

Le pasteur Schmidt desservira la paroisse de Marakech depuis Casa durant les années 1970 et début 80. En 1986, le pasteur Hans Reitzel lui succèdera. Bien que peu nombreux les protestants de Marrakech maintiennent les cultes et les activités. En mai 1988 on note la confirmation de Claire Stricker, en juin une cérémonie oecuménique au temple et en janvier à l'église des Saints Martyrs avec le père Joël. En novembre 1988 les délégués de Marrakech Jean-Claude Costa (titulaire) et M. Stricker (suppléant) ont participé au Synode des Églises protestantes du Maroc (EEAM) à Casablanca.

Aujourd'hui, en 2017,  la paroisse protestante de Marrakech est toujours dans le presbytère et les salles de l'ancienne rue Barthou. Le même escalier permet de monter à la terrasse et les bancs sont toujours les bancs de 1945. Un afflux de protestants d'Afrique subsaharienne a apporté un nouveau dynamisme. Voir sur Youtube:https://www.youtube.com/watch?v=gxG9lzCClbI

Merci à Monica d'avoir partagé la photo de son baptême et les propos de son père sur cet événement. Merci à celles et ceux qui ajouteront dans les commentaires leurs souvenirs de ces personnes qui ont participé à la vie de Marrakech tout aulong de ces années. En espérant que cet article servira à renouer des contacts.