LOUVETEAUX, ÉCLAIREURS ET ROUTIERS ISRAELITES À MARRAKECH AVANT ET APRÈS LE 14 MAI 1948

Dans quinze jours (29 septembre), les juifs célèbrent Roch Hachana, le nouvel an de l'année 5772. Le blog souhaite à ses lecteurs juifs de Marrakech d'être inscrits et scellés dans une bonne année. 

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Commissaire René Camhy, cheftaines Corcos, Perez, Chetrit, chefs Ruimy, Lévy et d'autres... au premier rang Aimé (Zizou) Elmoznino.dsk

EDF-1    des EDF aux EIF  E

 Joseph Dadia, Président-fondateur de l’Association des Juifs de Marrakech a sollicité plusieurs témoignages auprès d'anciens scouts de sa communauté. Ils furent rédigés pour la plupart entre 1988 et 1991 et figurent dans le livre collectif « Le Souffle Vespéral » n°16-1993. C’est avec son autorisation et en le remerciant chaleureusement que nous en reproduisons les extraits qui se rapportent le plus directement au scoutisme. Les personnes qui voudraient lire la totalité des textes devront se rapporter au livre, ou bien demander par le lien « contactez l’auteur » de ce blog comment joindre Joseph Dadia. Elles peuvent aussi envoyer photos et récits au blog pour compléter cette page qui parle trop peu des éclaireuses et des routiers ou aussi écrire un commentaire au bas de cet article. 

La cheftaine de louveteaux, Huppe enthousiaste (Rachel Perahia) 1938-1942

Dans ses mémoires où elle parle de ses débuts comme cheftaine à Marrakech en 1938, de sa formation avec Marabout (Jules Roche) commissaire local des EDF et des EU (Éclaireurs de France et Éclaireurs Unionistes), elle fait allusion à la meute de louveteaux qui existait avant ses propres débuts. D'autres passages de ses mémoires ont été publiés sur ce blog le 3 septembre 2011.

« J’en savais moins que certains anciens de la meute : Harboun, Assouline, Abbou, etc… Ils essayaient bien de m’aider, de me mettre au courant des rites, au point qu’un jour les autres se mirent d’accord pour crier au lieu de « Akéla », « Assouline, nous ferons de notre meiux, mieux-mieux, mieux-mieux ». Tout rentra dans l’ordre quand on fit passer ces grands aux éclaireurs. »

Huppe enthousiaste, nous indique l’existence d’une unité de filles qui fonctionnait en 1938-39 avec pour cheftaine Mademoiselle Palacci, mais ne nous dit pas si cette « envolée » avait commencé avant cette date. Nous ne savons rien non plus des éclaireurs et des éclaireuses avant 1938.

Les activités de la meute de louveteaux en 1939 : «  Les enfants de Marrakech avaient une vitalité extraordinaire. Nos rendez-vous du dimanche avaient lieu à 7h30 le matin et nous abattions bien nos 10kms dans une journée au bois d’eucalyptus ou à la palmeraie, de vraies campagnes comme il n’y en a plus en France, près des villes. Ces enfants étaient increvables. Mais la maman d’un louveteau me dit un jour : « Qu’est ce que vous leur faites faire ?  Il est tombé comme une masse dimanche soir et s’est endormi sans dîner ». J’avais 19 ans et j’étais increvable, moi aussi.

Nos réunions du mercredi se faisaient au local, une maison arabe en pleine médina où chaque chambre était occupée par une unité. D’immenses portes fermaient les pièces et les chants, danses et jeux avaient lieu dans le patio, à tour de rôle ; À l’entrée de la maison deux congrégations de mendiants chantaient leur mélopée ; Entre deux jeux on les entendait se répondre d’un groupe à l’autre. »

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Huppe enthousiaste, sa signature. dsk

Pour la période été1940- été 1942 Huppe enthousiaste a sélectionné quelques souvenirs :

« Le passage de Paul Emile Victor, échappé de France pour se rendre à Londres : il nous avait fait le récit de la préparation minutieuse de son évasion ; chaque détail, chaque élément de l’équipement «étaient prévus pour réussir cette traversée des Pyrénées où les chiens policiers étaient les plus dangereux. Puis, toujours assis en rond dans le patio de Marabout, nous avions appris le ban du pêcheur de phoques et la chanson des 10 articles du repas de Magloire, chanson préférée des affamés des camps de prisonniers. »

« En 1941, la « parade » de tous les scouts de Marrakech, devant Borotra, alors ministre de la jeunesse et des Sports de Vichy, où on avait demandé discrètement aux unités juives de « se mettre un peu en arrière »

« L’enterrement de ce routier juif, qui avait attrapé la typhoïde pendant un camp. Ses parents étaient francs-maçons et la seule prière, aux obsèques, ce fut le chant des adieux des éclaireurs. »

«  Je revois surtout des images si fraîches de gosses rieurs, qui entrent dans le bois ensoleillé en chantant « Qu’il fait bon dans la nature, au grand air comme Mowgli » ; et moi-même, avec eux, fière de porter une jupe culotte – les pantalons n’existaient pas encore pour nous -  et me sentant si proche d’eux par mes sensations. Je nesais si les louveteaux vivaient vraiment la vie de Mowgli. Est ce que je me leurrais ? Pour moi qui avait tant aimé le livre, la poésie de cette histoire m’habitait. Je redevenais enfant avec les louveteaux, je jouais réellement comme si j’avais leur âge, au point de me sentir déphasée avec les autres, les V.L. Ce qui ne m’empêchait pas d’être la cheftaine, le Vieux Loup. L’enseignante que j’étais ne pouvait pas imaginer d’autre relation avec les enfants que celle du Vieux Loup avec les pattes Tendres. »

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Lucien Yossef Camhy et son père René Camhy dsk

Souvenirs de Lucien Yossef Camhy concernant les éclaireurs : 1947 - 1963

« En 1946, « Zozio » (Oiseau moqueur), Commissaire Provincial des EDF, chargea mon père (René Camhy) de sélectionner une patrouille d’éclaireurs juifs « pour participer avec trois autres patrouilles ( E.U., SDF, EDF, neutre) à une réunion internationale au Danemark. L’accueil des Danois fut particulièrement chaleureux : on en rêve encore… Nos tentes étaient très entourées, en particulier celle d’un Marocain à la peau très noire….Dans cette patrouille figuraient plusieurs Casablancais et des marrakchis : Georges Abbou, dont la mère Madame Abbou, née Bensoussan, a été institutrice de l’Alliance à Marrakech durant de longues années, et moi-même. »

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Patrouille d'éclaireurs de la troupe ATLAS (EDF) - 1951 dsk

« En 1947, mon père a sélectionné toute une troupe juive qui a participé au Jamboree d’après-guerre, le « Jam de la paix » à Moissons, non loin de Paris, où se sont rencontrés 42 000 scouts du monde entier. Cette troupe fut dirigée par un Marrakchi, Assouline (Cigogne) qui avait pour adjoint Gilbert Boujo et pour assistant Lucien Joseph Camhy (Dromadaire) et parmi les jeunes éclaireurs de Marrakech figuraient entre autres, André Goldenberg et mon plus jeune frère, Raymond. »

« Une belle Koutoubia de plusieurs mètres de haut fut érigée dans notre campement, très visitée, et la maréchale Lyautey, de passage, a bien voulu goûter à notre pantagruélique couscous de 17 kg. Mon père apporta son concours à ce jamboree, en qualité de chef du service des transports. »

«  Pour visiter ce gigantesque camp , on pouvait, gratuitement, monter dans un petittrain qui roulait durant la journée, sans cesse, à la vitesse de 8 ou 10 km à l’heure. Échanges traditionnels d’insignes et d’adresses. Tout en roulant, nous avions parfois la chance de savourer quelques chants à quatre voix qu’entonnaient, à notre demande, les choristes de la Chorale ‘À cœur joie’ de César Geoffray, reconnaissables à leur foulard spécial. Parfois nous nous permettions de les accompagner car une partie de leur répertoire nous était connu, grâce à notre excellent chef de chorale ‘À cœur joie’ de Marrakech, David Amar, professeur de mathématiques et de musique à l’école  A.I.U. de l’Arset El Maach, chorale à laquelle appartenait à l’époque  le jeune Oiknine (Riquet) qui a été promu récemment aux fonctions de grand Rabbin de Marseille. »

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Chefs, cheftaines et routiers du groupe Atlas, René Camhy premier rang à droite. dsk

Souvenirs de René Camhy, commissaire EDF : « En arrivant à Marrakech en 1947, j’ai eu le plaisir de trouver non seulement une troupe bien organisée mais encore une pépinière de chefs parmi les anciens louveteaux de la cheftaine Perahia. J’ai pu ainsi développer le Mouvement et avoir 2 meutes, 2 troupes ( éclaireurs séparés des éclaireuses) et une belle équipe de Routiers dont l’ensemble formait le groupe ATLAS, le plus important du Maroc, ayant son drapeau (œuvre de Oiknine) et son hymne « Vers les cimes » composé par les Routiers principalement, si j’ai bonne mémoire, par Elbaz qui enseigne actuellement à l’Université de Jérusalem. »

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Vers les cîmes où souffle un air pur, où brille une lumière éclatante

Nous irons par les chemins les plus durs, le coeur joyeux et l'âme contente,

La montagne nous appelle, la nature est toujours belle.

Déployons-y tous nos efforts,  pour devenir toujours plus forts.

Paroles de Panthère intrépide, mélodie de Elie Goldenberg - Montagne dorée.

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Groupe ATLAS avant 1956 dsk

Au jamboree de Bad Ischl  en 1951, René Camhy fut désigné pour être le Chef de toute la délégation du scoutisme au Maroc; il commente le voyage :

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Repas à Salzbourg: le chef Lucien Camhy, les cheftaines Corcos et Zrihen (née Levy) dsk

« Le train nous amena à travers la France, la Suisse, en Autriche, Paysages verdoyants, couleurs chatoyantes au Tyrol, arrêt à Innsbruck puis à Salzbourg. Comme vous pourrez le voie sur les photos : repas, douches, en plein air… Promenade en ville, achats de souvenirs. Enfin arrivés dans le site inoubliable de Bad Ischl près de l’ancienne résidence d’été de la famille impériale, dans une magnifique forêt de sapins et près d’un lac au bord duquel est installé la fameuse Auberge du Cheval Blanc . »

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Une halte à Salzbourg, on remarque le chef H. Assouline dsk

«  Le dernier jour avant le départ il y eut une parade générale : toutes les troupes défilèrent, chacune avec son drapeau national en tête, autour d’un énorme globe terrestre, représentant le monde. Puis tous les éclaireurs se serrèrent la main en chantant : ‘Ce n’est qu’un au revoir mes frères’. Ce fut une chaîne immense, chaleureuse, émouvante, symbolisant la fraternité universelle ! »

La délégation du Scoutisme au Maroc, y compris les Scouts musulmans, faisait partie de la délégation française et défilait à l'arrivée au Jam derrière le drapeau tricolore. Le Maroc n’avait pas encore fait la demande d’appartenance au Scoutisme mondial. René Camhy prit la décision de déployer le drapeau marocain à l’avant de la centaine de scouts de toutes appartenances qui formaient la  délégation du Scoutisme au Maroc lors de la parade finale.

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Avant d'arriver au Jamboree: le chef Lucien Camhy, les cheftaines Corcos et Zrihen et des scouts des autres mouvements faisant partie de la délégation du Scoutisme Marocain.dsk

Une réunion de louveteaux au local

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La meute EDF conduite par les demoiselles CORCOS, cheftaines.dsk

Joseph Dadia, plus jeune que les témoins précédents, donne des précisions sur la "Révolution" de mai 1948 au Mellah et sur ses suites dans une autre publication: Regards surl'Atlas 4eme volume Espérance, aout 2004.dsk

"Je me suis inscrit aux louveteaux et ma cheftaine, Mademoiselle Céline Ohana, m'aimait bien. J'avais drôlement rougi le jour où elle m'a embrassé sur les joues. J'arborais fièrement ma tenue et mon foulard de jeune louveteau, le béret noir toujours porté sur la tête.

Je reproduis ci-après une photo de notre patrouille de louveteaux. Je suis debout près de la cheftaine, à mes côtés Marc Azencot. Au premier plan, assis ou accroupis, quelques noms : Assayag, Abshalom Chochana Zal, Mony Elkaïm (au centre), Tordjman, Révah…

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 Nous partions en pique-nique, hors de l'enceinte du mellah, et je m'épanouissais au contact de la nature, en observant le vol des oiseaux et  leurs chants. J'avais remarqué que chaque arbre, chaque plante et chaque oiseau portait un nom qui le distinguait de ses semblables. C'était  un enrichissement culturel et  intellectuel qui venait compléter mes connaissances hébraïques.

Les louveteaux et les scouts se réunissaient à Derb Saba, là où se trouvait Slat Rabbi Mordékhay ben Attar, face au four à pain de Yamin Elfassy, doyen des fourniers juifs, et du bain maure de la famille Harroche.

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Éclaireuses israelites de Marrakech, au tout premier plan Jacqueline Abitbol épouse Assayag. dsk

Le local était fréquenté par un grand nombre de filles et de garçons de tout âge. Je faisais partie des plus jeunes. L'on chantait beaucoup. Mes oreilles résonnent à ce jour du refrain de la chanson " Vent frais, vent du matin ".

Les garçons et les filles étaient contents d'être ensembles. Nos chefs nous entouraient de leur sollicitude. Ils nous encourageaient à venir aux différentes activités qu'ils organisaient. Ils faisaient de leur mieux pour nous imprégner de l’esprit du scoutisme. Ils nous guidaient et nous dirigeaient dans le droit chemin.

C'était la camaraderie et la convivialité. Ni rivalité, ni convoitise entre nous. Seule l'amitié comptait. Heureuses générations et heureux chefs!

Je citerai à l'honneur la famille Kinizou et les frères Sultan, en particulier Roger que je connaissais depuis longtemps.

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Les cheftaines, à leur tête Renée Azran, épouse Alloul.dsk

« Les scouts avaient participé à des Jamborees et à des voyages à l'étranger ou à l'intérieur du Maroc, sous la haute autorité d'un pionnier de la première heure, René Camhy Zal, décédé à Paris fin janvier 2001. Je l'ai accompagné à  sa dernière demeure, en compagnie d'à peine un miniane, tout juste une dizaine de personnes. Difficile et dur de le constater et de le révéler!

Où sont donc passés ses milliers d’élèves et ses nombreux collègues et amis ?

J'ai récité moi-même, en la présence de ses enfants, le qadich des orphelins à sa mémoire. »….

 « Le local Bné-Aquiba se trouvait au rez-de-chaussée d'une maison, au patio spacieux et au carrelage flamboyant, la première à gauche dans la descente de Derb Attia.

Nous apprenions des chansons et des hymnes, de même que des textes et de la poésie, pour perfectionner notre vocabulaire en hébreu moderne Le vendredi soir, c'était l'office en commun, réunissant petits et grands du mouvement. Nous priions et nous chantions comme en Israël."

 Après le 14 Mai 1948, le dimanche 16. dsk

"Un dimanche après-midi, le chef Barbibay nous annonça la création de l'Etat d'Israël. Un vif frisson nous secoua. Notre  imagination nous transporta, comme par enchantement, dans le pays de nos ancêtres.

 Il nous en parlait au cours des réunions. Il nous le montrait sur une carte de géographie pour le rendre familier à nos yeux. Le mot même d’Israël nous donnait des ailes. Nous n'étions plus les mêmes. Et Barbibay de surenchérir: « Rentrez chez-vous, et faites vos valises. Dimanche prochain, nous partons tous en Israël! » 

Arrivé chez moi, piaffant et me trémoussant, exalté par tant d'euphorie. Au comble de la félicité, j'enjoins à Maman de préparer sur le champ ma valise, car je pars en Israël dans peu de temps. Surprise et affolée par ma déclaration, aussi soudaine qu'inattendue, Maman me prend dans ses bras, me caresse et m'embrasse tendrement. Elle a su, en mère affectueuse et prévenante, trouver les mots convenables pour me persuader de différer mon départ…. »

 La nouvelle de la proclamation de l'Etat d'Israël a traversé le mellah comme l'éclair. Elle a ravivé l'espoir millénaire enfoui en nous  d'un retour à Sion.

Désormais, l'air du mellah que nous respirions n'était plus le même. Les senteurs de la rose du Sharon embaumaient nos demeures.

L'ambiance autour de nous avait changé. Le cœur était à la fête. La voix de la tourterelle retentissait au-dessus de nos têtes.

Quelque chose d'indéfinissable a transformé, comme par un coup de baguette magique, l'allure des gens qui parcouraient dans tous les sens, avec désordre et précipitation, les rues et les places du  mellah sans but précis. Un souffle nouveau rythmait ce que nous faisions.

Je note avec intérêt et enthousiasme ce qu'a écrit à ce sujet un autre enfant de Marrakech de ma génération, Yitshaq Quenan : « Comme un feu ravageant des champs après la moisson, la nouvelle de la création d'un Etat juif en Israël se propagea dans les maisons du mellah et chez les juifs des quartiers arabes. Comme une fourmilière perturbée dans sa tranquillité impassible, le mellah chuchotait et murmurait, remuait et bougeait, et ses habitants, couraient et se dépêchaient, s'arrêtant un court instant les uns devant les autres, en se souhaitant bonne fête  ». Ytzhak Quenan : Yélèdminhamidbar, roman autobiographique en hébreu, publié en Israël aux Editions Massada en 1988, page 51 

Plusieurs volontaires partaient sans tarder en Israël, pays de leurs rêves et de leurs prières, tant attendu et désiré, comme une femme stérile qui aspire à des enfants.

Enfin, le retour à Sion se réalise, après  bien des épreuves et des ignominies que tant de générations ont subies. La chronique saura un jour le raconter. Je n'ai plus revu Barbibay. Lui, il avait accompli, en bon pionnier, son doux rêve de jeunesse. Il était monté en Israël. 

Depuis, les départs n'ont pas cessé. Et c'est ainsi que le mellah se vidait, année après année. La majorité des membres de notre communauté sont parties en Israël. D'autres familles ont pris différents chemins de par le monde, la France et le Canada principalement."

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Groupe d'éclaireurs EDF, Groupe ATLAS - 1951 dsk

"Parallèlement à l'école, je poursuivais sans relâche mes activités scoutes chez les Eclaireurs de France, en abrégé E.D.F., et je participais régulièrement aux différentes animations organisées par le mouvement de jeunesse  sioniste des « Bné-Aquiva »

 Le nouveau chef sioniste mettait plutôt l'action sur l'enseignement de l'hébreu que sur la pensée juive. A chacune de nos rencontres avec lui, il nous remettait une liste de mots pour en construire de petites phrases. Il voulait ainsi nous familiariser avec le parler de l’hébreu.

Joseph Dadia poursuit son récit: dsk

A la montagne, en compagnie d'autres garçons plus jeunes que moi, nous vivions sous une tente de toile kaki.

Nous allions puiser de l'eau dans une source vive d’eau pure, au pied d'une pente difficile d'accès. Nous marchions par les chemins à l'ombre des cèdres du Moyen Atlas et nous chantions et nous rêvions dans un site féerique, dans les environs de Bensmine, quelque part entre Fès, Meknès et Ifrane.

La nuit, il faisait froid. Nous nous serrions les uns contre les autres sous des couvertures en laine, «lkssi », au centre de la tente, afin de tromper la peur et l'angoisse qui nous tourmentaient  dans l’obscurité totale que vient alourdir un silence assourdissant.

 Nos vaillants chefs veillaient sur nous et montaient la garde

Le bruit avait couru dans le campement qu'un brigand, vêtu de pied en cape de blanches cotonnades, venait rôder chaque nuit dans les parages, à la recherche d'un butin ou de victuailles. Il narguait la police et les autorités locales, et il était pour ainsi dire insaisissable. Aussitôt vu, aussitôt disparu ! 

Un matin, dès l'aurore, l'alerte fut donnée. Le menaçant voleur, débusqué et pourchassé par les veilleurs scouts, réussit à prendre la fuite et alla se cacher dans une grotte connue de lui. Depuis, «l'homme coton » - «mul lqtin» -, surnommé ainsi parce que nul ne l’entendait s’approcher, s’est évanoui dans la nature et l'on n'a plus entendu parler de lui.

Nos chefs scouts nous aidaient à traverser les tourments et les émois de la puberté, et à passer sans trop d’anxiété et d’angoisse le cap de l'enfance à l'adolescence.

Cependant que certains garçons, mûris avant l’âge, menaçaient les plus assagis de gestes obscènes accompagnés d’un langage scatologique, en exhibant la turgescence de leur membre rubescent, à qui mieux mieux. 

La loi scoute était notre bible en dix commandements. Son premier article, « L'éclaireur n'a qu'une parole », me guide en toutes occasions dans mes faits et gestes.

Les nœuds marins n'avaient pas de secret pour nous. Il m'arrive d'utiliser le nœud coulant ou le nœud plat pour attacher les plantes et les rosiers de mon jardin. Je n'ai retenu que ces deux-là, et j'ai oublié le reste.

Nous avons appris le morse et les signes de piste. Lors de nos sorties dans les fermes Dray ou Israël, les différentes patrouilles partaient à la recherche du trésor caché, après avoir décodé le message écrit dans un alphabet conventionnel. Le trophée de la victoire revenait à la patrouille la plus diligente.

Les réunions scoutes se déroulaient au domicile de Michel Bénisty, un bon chef, intelligent, plein d'humour et astucieux. Il décora notre coin dans le local de la Troupe Oukaïmeden, niché en haut de la vieille muraille almoravide, mitoyenne de l'école Jacques Bigart. Au camp d’Ein-Kala, dans le Moyen-Atlas, il avait monté pour notre usage de vestiaire des rayonnages avec des roseaux.

Chant federal EDF Chant federal EIF

A gauche le chant fédéral EDF, à droite le chant fédéral EIF, cliquer dessus pour les agrandir.

 J'ai quitté les Eclaireurs de France - les E.D.F. -, et j’ai rejoint la Troupe Samy Klein des Eclaireurs Israélites de France (E.I.F.), promu sous-chef dans la patrouille de Armand Chétrit. Nous préparions le jamboree de Montréal, et Armand travaillait sur la maquette d'un voilier. Nous n'avons pas été sélectionnés pour le voyage et immense était la déception!

J'ai accompagné Armand Hazan, Chef de Troupe Adjoint, à Amizmiz, pour les besoins d'une enquête sur la communauté juive locale. Nous logions à l'école de l'Alliance, sans chauffage. C'était novembre et je grelottais sous mon pull-over.

 Les feux de camp, les cérémonies de prestation de serment, les offices du vendredi soir et d’« oneg shabbat » se déroulaient à la Section agricole, avec l'aimable accord de son directeur, Monsieur Elias HARRUS, éminente figure prestigieuse du Judaïsme de Marrakech et du Maroc, connu pour ses nombreuses et inlassables actions éducatives et sociales.

A la suite des départs en Israël, j'ai hérité du fanion scout, et j'ai été propulsé au grade de CTA. J’animais les réunions dans une salle, mise à disposition à la Section agricole.

Aux Bnei-Akiva, la responsabilité du mouvement passa conjointement entre les mains d’une équipe de vieux copains de la première heure : Shlomo Azuélos, Hanania Portal, Haïm Abergel et moi-même. Nous faisions de notre mieux pour maintenir les activités dans un local au rez-de-chaussée d'une maison de « Derb Scouéla » qui communiquait avec « Derb Tajer » par une étroite traboule

Hanania Portal, doué pour la peinture dès sa tendre enfance,a peint à l'huile sur un panneau de bois une impressionnante carte de l’Etat d'Israël. »

LE SCOUTISME ISRAELITE A BEAUCOUP DE CHANCE D'AVOIR TROUVÉ EN JOSEPH DADIA UN MÉMORIALISTE CAPABLE DE RECUEILLIR DES TÉMOIGNAGES SUR SON HISTOIRE DÈS LES ANNÉES 80. NOUS ESPÉRONS QUE CES PHOTOS ET CES TÉMOIGNAGES ÉVOQUERONT D'AUTRES SOUVENIRS ET PERMETTRONT D'AJOUTER D'AUTRES NOMS DE MEMBRES DU SCOUTISME MARRAKCHI DANS LES COMMENTAIRES. NOUS PRÉPARONS AUSSI DE NOUVELLES PAGES SUR LES ÉCLAIREURS ET LES SCOUTS DES AUTRES MOUVEMENTS QUI ONT PARTICIPÉ À L'HISTOIRE DE MARRAKECH.