DES LIVRES DE DIFFÉRENTES SENSIBILITÉS POUR LA 500 ème (VOIR PLUS BAS)

MONICA

JOYEUX ANNIVERSAIRE À MONICA, L'UNIQUE  (photo d'un heureux jour de Moussem) On se souvient entre autres récits de son voyage à Pétra et de l'histoire de son père Henry Ducou dont une des passions était l'aviation et l'aéroclub de Marrakech. 

RAMADAN MOUBARAK SAÏD:  Le Ramadan commence ce 20 juillet. Cette année la Nuit du destin (Laïlat el Qadr) correspond avec l'Assomption de la Vierge Marie.

La fête de Lailat al Qadr  (la nuit du destin) est la nuit ou l'ange Gabriel est descendu receler à Mohammed la parole d'Allah. Célébration de la révélation du Coran à Mohammed, elle est la plus sainte nuit de l’année. Cette année elle aura lieu dans la nuit du 14 au 15 aout. La fête catholique de l'Assomption de la Vierge Marie célèbre le 15 aout son enlèvement au ciel à la fin de sa vie. Les Évangiles disent que c'est aussi l'ange Gabriel qui avait annoncé à Marie la naissance de Jésus. Ainsi le ciel de 2012 "s'ouvre" pour les deux religions dans la nuit du 14 au 15 aout. Bonnes fêtes à tous !

 

LE CLOCHER ET LE MINARET

Place du 7 septembre 1912 / 16 novembre 1955 : Le vieux clocher (1929) et le jeune minaret (1999) semblent s'incliner l'un vers l'autre. Serait-ce pour mieux s'écouter ? 

DEPUIS SA CRÉATION, LE 17 SEPTEMBRE 2008, IL Y A BIENTOT 4 ANS, LE BLOG MANGIN@MARRAKECH A PUBLIÉ EN MOYENNE 5 PAGES PAR QUINZAINE POUR CONSERVER LA MÉMOIRE DES MARRAKCHIS DU XXe SIÈCLE, RENOUER LES LIENS ENTRE EUX ET EN CRÉER DE NOUVEAUX

Le blog s'est attiré des lecteurs au début par des photos de classe dont il était possible de compléter les noms manquants, puis par des listes d'habitants par rues ou par quartiers dont les noms avaient changé lors de l'Indépendance. La série "Chkoun Ana"  labellisée par Roger Beau a permis de retrouver des souvenirs et de les graver dans la mémoire commune, de même que la présentation de nouveaux livres sur Marrakech. Les collections de cartes postales et de photos ont enrichi l'histoire de la ville parfois méconnue. Les pages sur les régiments stationnés à Marrakech et sur la Base aérienne 707 ont permis de retrouver des amis. Plusieurs pages sur les peintres et créateurs ont coloré le blog. Le scoutisme, les sports, les édifices religieux ou civils ont fédéré tous ceux qui avaient des documents et des souvenirs à partager. Un soutien inconditionnel à la Revue Salam Marrakech et à son président Robert Lucké était une évidence. Tout celà le blog Mangin&Marrakech le doit à ses lecteurs et contributeurs dont le nombre augmente lentement mais surement.

L'histogramme sur la dernière année montre une nette augmentation des lecteurs réguliers à partir du mois de mars 2012. Ils passent d'une moyenne de 40 à 90 environ par jour (voir l'histogramme ci-dessous et la croissance des visiteurs déja connus). Les visiteurs occasionnels dépassent souvent les 200 par jour. Le 29 fevrier le nombre de pages lues a atteint un sommet : 725 pour 348 visiteurs.

histogramme 

Pour montrer la croissance des visiteurs, au total 243702 depuis le début (46 mois), ils étaient pour les douze derniers mois 94877.

Les visiteurs se trouvent dans différents pays où le français est pratiqué

geographie 

Le 13 juillet la Belgique, l'Allemagne, les Etats Unis et la Suisse étaient présents, le 14 juillet c'est Israel, l'Algérie, le Portugal, les Pays-Bas, le Canada, l'Espagne et l'Italie qui s'ajoutent aux deux pays incontournables. Il est exceptionnel que le Maroc dépasse la France en pourcentage de visites, cela est déja arrivé.

Geo14

Tous ces internautes reliés par Marrakech, n'est ce pas réjouissant !

 

SORTIE DE LIVRES DE DIFFÉRENTES SENSIBILITÉS ET CULTURES

TITRE_BENSOUSSAN

IL ÉTAIT UNE FOIS LE MAROC

Témoignages du passé judeo-marocain par David BENSOUSSAN

David Bensoussan est le fils de Fiby, Marrakchia née en 1920. Nous avons déja parlé sur ce blog du livre qu'elle a écrit: DE MARRAKECH À MONTRÉAL

Son fils nous a autorisé à publier ici un texte sur Marrakech qu'elle a écrit pour un ouvrage collectif : TÉMOIGNAGES SOUVENIRS ET REFLEXIONS SUR L'OEUVRE DE L'ALLIANCE ISRAELITE UNIVERSELLE. Ce texte enrichi l'histoire de l'École de l'Alliance à Marrakech présentée sur ce blog par Joseph Dadia en apportant un témoignage personnel sur différentes personnalités qui ont contribué à cette école. 

L'école de l'Alliance à Marrakech par Fiby Bensoussan

Avant l'ouverture des écoles de l'Alliance israélite à Marrakech, mon père racontait que les leçons de français étaient enseignées dans une chambre vide sans bancs ni tableau. Parfois, les élèves étaient plus âgés que les professeurs. Il n'y avait bien entendu que l'élément masculin, les filles se consacrant à l'apprentissage de leur rôle de femmes au foyer ou apprenant des métiers tels que la couture, la broderie, la finition de vêtements, de caftans rutilants de fils d'or et d'argent, de sarouals artistement piqués à la machine à coudre qui venait de faire son apparition dans les foyers, etc.

Puis ce fut l'événement extraordinaire de la construction de deux écoles une pour les filles, l'autre pour les garçons dans les jardins de Znuma et Afia (une partie du merveilleux Agdal royal). Le jour de l'inscription, ce fut la ruée. C'était surtout les mères qui amenaient leurs filles et leurs garçons. Les mères qui regrettaient de ne savoir ni lire, ni écrire désiraient voir leurs filles avoir accès à l'instruction.

AIEFIBY

Les jeunes garçons aiguisés par l'étude de l'hébreu font de rapides progrès sautant souvent de classe. Les filles rivalisaient entre elles et parvenaient à suivre facilement les leçons. Seul restait l'accent impossible du Français, poussé parfois jusqu'au ridicule.

Accompagnée de ma mère et de ma grande sœur, nous attendons fébrilement l'appel de nos noms. Quelle émotion, nous voilà inscrites ! Il faudra revenir munies d'ardoise, de craies et revêtues d'un tablier beige garni de bleu, la tenue uniforme pour toutes les petites filles, les garçons eux sont en tablier noir.

En rang, la maîtresse armée d'une règle, inspecte les cheveux. S'il y a des lentes, c'est qu'elles ont des mères. Renvoyées chez elles pour arracher les lentes une à une et ne revenir que la tête parfaitement propre. Les ongles en deuil subissent le même traitement. Dans les petites classes, nous n'avons pas toujours la même maîtresse et des monitrices ou des remplaçantes se relaient autour de nous. Malgré cela, j'apprends facilement et plus tard, je vais aimer avec passion la langue française, riche et élégante. C'est l'aventure la plus exaltante pour les petites filles.

La récréation nous trouve excitées, bavardes et pressées de courir et de jouer. Je me souviens de nos premières maîtresses que nous admirions pour leur beauté et leur élégance. Leur parasol était souvent assorti à leurs robes C'était les filles du grand Rabbin Pinhas Cohen. La grande s'était mariée et partit habiter Mazagan. Nina la cadette s'était mariée à M. Cohen qui enseignait aux garçons. On l'appelait Hérode, ses cheveux roux étaient flamboyants.

Pour se rendre à l'école, on pouvait y aller soit du Mellah ou encore à partir de la Médina (beaucoup de familles habitaient dans les quartiers des Arabes), en longeant l'austère cimetière juif. Les mendiants venus souvent de l'Atlas sont accroupis contre les murs. Devant le cimetière, une immense montagne que nous grimpons et dévalons avec des cris de Sioux. Une cantine distribue aux pauvres soupe ou riz.

En 3ème, nous avons eu Mme Cami ( Camhy) grassouillette aux yeux aussi bleus que le ciel de Marrakech au printemps. Elle était pétrie de bonté et de gentillesse. Pendant l'heure de la gymnastique, elle nous faisait faire des huit avec nos bras ou puiser l'eau des puits, alors que nous avions des ailes aux pieds et ne rêvions que de courir et de jouer. Nous étouffions nos fous rires pour ne pas lui déplaire, car nous toutes l'aimions. Mme Cami était aussi tendre qu'une maman. Nous attendions impatiemment l'heure de la récréation pour nous livrer à nos jeux favoris : en sautant à la corde en chantant ''l'aéroplane de St-Malo'', en jouant à l'escargot en poussant la palette du pied, en jouant à saute-mouton, à ''la balle jolie balle...'' ou encore aux ânes, soit en contournant sans les toucher un grand nombre de zéros tracés sur l'ardoise, en tapant sur le dos de la main de celui qui ne la retire pas assez vite de la paume de son adversaire et qui reçoit alors une tape cuisante, ou encore ''à la ronde des muets''.

En 2ème classe, ce fut Mme Abou. Nous lui devons tout ce que nous avons appris en dehors des leçons. Grande, autoritaire, elle avait le sens de la justice et de l'humour. Un jour que nous ne connaissions du mot qu'une femme enceinte, elle fit venir son fils Lucien, âgé de six ou sept ans, pour nous apprendre que le mot enceinte voulait dire aussi un rempart autour d'une ville.

En première, l'année de l'examen final, ce fut Mlle Tolédano toujours bien habillée et bien coiffée. Elle était la seule à venir à l'école dans sa voiture. Un matin, nous avons trouvé l'école en effervescence. Mlle Tolédano est morte dans un accident de voiture sur la route de Casablanca. Nous sommes bouleversées, d'autant que cette année est l'année où nous espérons réussir à obtenir notre diplôme. M. Bibas (Bibasse), le directeur des deux écoles est venu nous voir pour nous annoncer que nous aurions Mme Abou pour terminer l'année. M. Bibas est très près de ses élèves et couvait presque tous nos parents. En cette année 1935 il fait une chaleur accablante, mais nous, les enfants, ne ressentons ni la canicule, ni le froid cinglant de l'hiver.

Nous travaillons sérieusement, Mme Abou ne supportant ni bavardage ni paresse. À la récréation, quand elle nous surprenait en train de parler en arabe, nous devions payer deux sous pour chaque oubli. C'est grâce à elle que notre promotion a connu 80 pour cent de réussites. J'ai une mention bien ce qui déplaît à mon frère qui attend les résultats. Il voulait pour moi une mention très bien.

Enfin, c'est la joie, la liberté. Les familles aisées jamais opulentes, envoient leurs enfants pour les vacances au bord de la mer, à Mogador ou à Mazagan. Les jeunes se baignent jouent, apprennent à vivre en société. Une expérience fantastique. Connaître une autre ville, ses habitants et son climat. Malgré le vent de l'alizé, Mogador demeure cette petite ville bleue et blanche, où l'on vit chaque heure comme un cadeau du ciel.

Nous sommes sorties de cette première école riches de poésies. Des fables de La Fontaine (le par cœur est obligatoire). Même le Cid que je peux encore réciter au grand ahurissement de mes enfants.

Les enfants de famille nanties avaient droit à l'écolage alors que les autres avaient droit à la cantine. Durant la Seconde Guerre mondiale et sous le régime de Vichy, certaines élèves qui fréquentaient le lycée français en furent renvoyées.

Je suis et resterai toujours reconnaissante à l'Alliance où j'ai appris une langue raffinée qui comble ma soif de culture et qui m'a aidé à évoluer dans la vie. Je remercie de tout cœur l'organisation, l'école et nos maîtresses si dévouées. F.B.

La nouvelle version augmentée et illustrée du livre de David BENSOUSSAN  IL ÉTAIT UNE FOIS LE MAROC est disponible sous forme électronique et papier aux éditions iuniverse.  L'ouvrage retrace l'histoire du Maroc et de sa communauté juive durant les deux derniers siècles.  L'ouvrage peut être commandé sur le site www.iuniverse.com  Version papier: ISBN 978-1-4759-2608-8, 620p.   Version électronique    : ISBN: 978-1-4759-2609-5, 620p.

SAADIA ALAMI, UNE MAROCAINE AU DESTIN PEU COMMUN

Aziz Cherkaoui

AZIZ CHERKAOUI nous parle d'une "résistante" qui est née à Fez en 1936, fut mariée à Casablanca et s'établit avec son second mari à Marrakech. Son premier mari  Mohamed Zerktouni, résistant marocain emblématique, chef de la cellule de Casablanca, choisit de se suicider au cyanure à 27 ans le 18 juin 1954 quand il comprit que la police était à la porte de son domicile. Il avait été principalement secondé dans sa résistance par sa soeur et bras droit Khadija Zerktouni. 

Chers Amis  Je vous envoie le dossier relatif a la sortie bientôt de mon livre sur une grande résistante marocaine ayant eu un parcours incroyable : SAADIA ALAMI. Vous  serez informés du jour de la sortie de ce livre courant deuxième moitié de juillet 2012. Aziz Cherkaoui

Le Dr Aziz Cherkaoui a publié, il y a trois ans :MARRAKECH : HOMMES ET MONUMENTS. Dans son nouvel ouvrage il s"agit tout simplement d’un récrit qui veut rendre justice et honneur à une grande dame de la résistance marocaine.

Couverture du livre

Ce livre a pour ambition supplémentaire de raconter la vie d’une jeune fille exceptionnelle (à peine 15 ans) , qui a vécu d’abord, avec un premier mari feu Martyr Mohamed Zerktouni qu’elle a accompagné dans toutes ses actions de la lutte pour l’indépendance, puis avec son second mari, juste après l’indépendance, feu Hadj Ahmed Chouhaidi, grand nationaliste et magistrat de renom. Il fut Président du tribunal de Marrakech jusqu'à sa retraite.

Le livre raconte la vie de cette femme, qui nous a livré son témoignage sur cette période de la résistance, juste avant l’indépendance, des vérités non connues du public et surtout la démonstration de son courage, de son combat, des moments difficiles, et aussi la joie de vivre comme toute femme auprès de ses enfants.

Elle a voulu que ce livre voie le jour pour garder en mémoire des vérités qu’elle révèle, et pour avoir la conscience tranquille vis-à-vis de l’histoire d’un pays, le Maroc qu’elle a tant aimé et pour lequel elle a exposé sa vie maintes fois. Sa foi et son courage lui ont permis de résister et de surmonter les grandes difficultés, devant la mort de son premier mari mais aussi de bâtir toute une vie auprès de celui avec lequel elle a eu sept enfants et qu’elle va perdre aussi en 2010. Ce livre est un. Hommage sans limite à Lalla Saadia. Az.Ch.

Note: le Bd Zerktouni à Marrakech est l'ancienne avenue Landais

REIN TAAGEPERA ÉCRIT SES SOUVENIRS DE MARRAKECH EN ESTONIEN

Rein_Taagepera_2009

Rein Taagepera fut un lycéen remarqué au Lycée Mangin de Marrakech. (voir Chkoun Ana de Roger Beau)

S'il arrive à 14 ans à Marrakech en 1947 sans connaitre ni le français, ni l'arabe, c'est qu'il est né à Tartu Estonie en 1937, que son pays fut occupé en 1944 par les Soviétiques, qu'il a appris l'allemand dans un camp de réfugiés et que sa tante Nora, l'épouse du Docteur Peets l'a précédé dans la Ville Rouge. Il poursuivra des études universitaires à Rabat puis au Canada en Physique et aux Etats Unis. Il enseigne en tant que politilogue à l'Université de Californie Irvine à partir de 1970 en appliquant les principes de la physique à la science politique. Il retourne en Estonie en 1991 et créée une Faculté de Sciences sociales qui sera rattachée à l'Université de Tartu. Il est membre de l'Assemblée constitutionnelle estonienne. En 1992 il s'est présenté comme candidat à la présidence de son pays contre un candidat issu de la nomenklatura Arnold Rüütel afin de favoriser l'élection de Lennart Meri, ancien déporté et diplomate. Rein arrivera en troisième position avec 23% des votes et Lennart Meri sera élu. Il obtient un premier prix international en 2008 dans sa spécialité universitaire.

Rein publie aujourd'hui un livre en estonien qui parle de Marrakech tel qu'il l'a découvert et connu entre 1947 et 1954. Il est dans les librairies à partir de cet été 2012. Il y raconte sa découverte du Maroc à son arrivée, la Villa Nora avenue Landais, le voisinage, le quartier du Guéliz, M'raksh entre Berberes et Arabes, Jemâa-el-Fna, la Médina... Ce livre est un véritable Chkoun Ana à la manière de Roger Beau.

Comme les lecteurs du blog pour la plupart n'entendent pas l'estonien, à l'exception notable de Jean Nagy ancien du lycée Mangin lui aussi, une traduction en français de certains passages nous a paru préférable.

En marchant dans le soleil levant,

le front clair et les cheveux dans le vent,

le pas sonne sur la route,

on n’a plus ni peur ni doute,

en marchant dans le soleil.

(Chant appris dans le Haut-Atlas, en français dans le texte estonien)

En fait, j’ai vécu à Marrakech de novembre 1947 à mai 1954, venant d’Allemagne pour ensuite aller au Canada. S’ajoutèrent à mon séjour à Marrakech des colonies de vacances dans le haut et le Moyen Atlas, quelques semaines à Mazagan ( aujourd’hui El-Jadida) et à Casablanca (Dar El-Beida) ainsi que quelques mois à Rabat, la capitale du Maroc. J’ai divisé cette période en deux : les deux premières années, jusqu’à septembre 1949, années envahies d’un troupeau d’impressions nouvelles, puis les cinq années suivantes durant lesquelles ma vie suivit un cours plus paisible. Lorsque je suis seul, je continue à chanter "En marchant dans le soleil", chant que j’appris lors de mon premier été au Maroc. Ces années couvrent la période de mes quatorze à seize ans.

1Rein_Taagepera

Le train venant d’Algérie atteignit sa gare de destination, Casablanca. Ma tante Nora Peets nous attendait. Elle était vraiment différente de ce que je m’étais imaginé à partir de photos vues il y avait de cela longtemps: apparemment plus petite que ma mère, rousse (je n’avais pas encore entendu parler du henné), avec un nez relativement recourbé (mon propre nez ne s’était pas encore formé). Nora, à son tour, ne devait reconnaître que mon père et ma mère, mon frère aîné Arvo et moi-même ayant beaucoup changé depuis qu’elle nous avait vus dix ans auparavant ; et il se peut que Nora n’eût même pas rencontré ma grand-mère.

Nora avait apporté un sac d’oranges. Je me souvenais vaguement de leur goût, sept ans auparavant, avant la guerre, quand Ema (ma mère) en achetait parfois, en pelait une et la distribuait, tranche après tranche, afin qu’on la mâchât lentement. Celles que Nora avait étaient plus petites et presque totalement vertes. Elle expliqua que celles-ci étaient en langue technique des clémentines, issues du croisement d’une orange et d’une mandarine, et qu’il convenait de les manger dès l’apparition du premier point jaunâtre. C'était le cas. Comme on les a dégustées ! On avait sept ans à rattraper.

Le chemin de fer de Casablanca à Marrakech traversait un paysage rougeâtre aride. Les pluies n’étaient pas encore arrivées. Nora expliqua qu’alors seulement l’herbe pousserait. « Pourquoi ce pays est-il plein de ruines ? », demandai-je. Cette question amusa ma tante longtemps après que je l’eus oubliée. Je prenais pour des ruines abandonnées des maisons de fermiers parfaitement habitables parce qu’elles n’étaient pas entourées d’arbres ou de jardins et que les murs donnant sur l’extérieur n’avaient pas de fenêtre. La pluie réduit plus ou moins à l’état de ruines les murs entourant les fermes parce que ces murs hauts de deux mètres sont construits en argile locale versée dans des moules d’un mètre de haut. Le contact entre la base et les deux moitiés supérieures demeure faible. Au cas où la moitié supérieure s’effondre, on ne s'empresse de construire un nouveau mur que lorsque la moitié inférieure est elle aussi à moitié érodée. C’est ainsi que les demi ruines se forment.

Tante Nora nous raconta les tracas à propos de nos visas. Officiellement, elle ne pouvait faire une demande de visa que pour trois mois. Son intention de demander ensuite une prolongation était flagrante. Le commissaire de police lui demanda brusquement, "Et qu'allez-vous faire d'eux après ces trois mois?" Nora prit conscience de l'impasse où elle se trouvait: "Si je dis que ma famille compte rejoindre leur camp de réfugiés en Allemagne, le commissaire me prendra pour une menteuse éhontée. Si je dis que nous avons l'intention de demander une prolongation, il est dans l'obligation de refuser. Je dis platement: Hé bien, je les jetterai à la mer." Ça a fait rire le commissaire et il a signé. (Le Certificat d'Immatriculation d'Arvo reçu le 12 novembre 1947 laisse entendre qu'en fait nous avions obtenu une permission de séjour jusqu'au 1er septembre 1948.

Oncle Ruudi Peets et sa voiture attendaient à la gare de Marrakech. Il m'embrassa sur les deux joues, à la française, et me demanda de faire de même. Je ne me suis jamais vraiment accoutumé à la chose. La ville, avec ses palmiers et ses habitants vêtus de longues robes, ressemblait à un conte tiré des Mille et Une Nuits. Devrais-je débuter par l'histoire générale et la géographie de Marrakech et ensuite ajouter des détails personnels à ce cadre? Non! Je vais faire l'inverse, à peu près dans l'ordre selon lequel je me suis familiarisé avec la ville..... (à suivre)

Voir sur ce blog une page sur: Nora Peets publiée avec l'aide de Jean Nagy.

500e PUBLICATION POUR TISSER ET RENFORCER LES LIENS ENTRE MARRAKCH'AMIS !

CELA GRÂCE À TOUS CEUX DE TOUTES LES CULTURES, QUI ÉCRIVENT ET ENVOIENT ARTICLES ET PHOTOS SUR LA VILLE ROUGE POUR LES PARTAGER ! 

Bonnes vacances pour ceux qui en prennent et bon été pour tous !

Le blog continue en été... Prochainement nous parlerons, grâce aux frères Joudoux du club sportif marrakchi de gymnastique: l'AGM. Début septembre nous marquerons l'anniversaire centenaire de la délivrance de Marrakech par les troupes du Colonel Mangin. Un centenaire incontournable. Nous attendons d'autres photos des anciens de la Ville rouge et d'autres témoignages à partager.